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De l’Union française à l’indépendance

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique noire française ne peut guère compter sur une métropole largement ruinée qui doit concentrer ses efforts sur sa reconstruction et sa modernisation. La décolonisation est rapidement à l’ordre du jour pour une Europe sortie terriblement affaiblie des conflits suicidaires de la première moitié du siècle. Dans le cas de l’Afrique noire française, il convient de fixer un cadre nouveau aux relations entre la métropole et ses territoires d’outre-mer en même temps qu’il faut organiser les rapports entre ces territoires aux frontières souvent fixées de manière arbitraire.


1945 : Formation du Bloc soudanais de Mamadou Konaté et de Modibo Keita. M. Konaté est le premier Africain à exercer les fonctions de vice-président de l’Assemblée nationale française.


18 juin 1945 : Un décret du gouvernement provisoire introduit aux colonies un code du travail indigène qui met fin au travail forcé. Celui-ci, qui avait surtout concerné l’AEF, disparaît des colonies au cours de l’année suivante.


2 juillet 1945 : Au Sénégal, l’avocat africain Lamine Gueye est élu maire de Dakar.


22 août 1945 : Un décret du gouvernement provisoire établit un double collège électoral en Afrique-Occidentale française en vue des élections à l’Assemblée constituante.


21 octobre 1945 : 29 députés africains sont élus à l’Assemblée constituante, dont Fily Dabo Sissoko, instituteur et chef de canton au Soudan, compagnon au Palais Bourbon de Léopold Sédar Senghor et de Félix Houphouët-Boigny.


12 décembre 1945 : Fin du statut de l’indigénat (il permettait l’application administrative aux non-citoyens de peines relevant ordinairement des tribunaux) à dater du 1er janvier 1946.


1945 : Création du franc CFA (franc des colonies françaises d’Afrique). Une parité fixe est établie entre le franc CFA et le franc français en 1948. Il prend ensuite, quand vient le temps de l’indépendance, le nom de franc de la communauté financière africaine (FCFA).


7 janvier 1946 : Reconnaissance officielle du Parti démocratique soudanais (PDS), suivie le 13 février de celle du Parti progressiste soudanais de Fily Dabo Sissoko.


20 février 1946 : Abolition de l’indigénat.


21-23 mars 1946 : L’Assemblée constituante débat de l’abolition du travail forcé prévue par le décret du 18 juin 1945 ; elle est acquise le 11 avril.


30 avril 1946 : Création du FIDES (Fonds d’investissement pour le développement économique et social) inspiré de l’exemple britannique du Development and Welfare Act for Colonies de 1945. Il a pour mission de prendre le relais des investissements publics et privés antérieurs, en vue de la réalisation d’une série de plans de développement locaux. La structure économique de l’AOF n’en demeure pas moins dominée par de grands groupes tels que la Société commerciale de l’Ouest africain (SCOA) et la Compagnie française d’Afrique-Occidentale (CFAO).


2 juin 1946 : Sissoko est réélu à la deuxième Assemblée constituante.


17 juin 1946 : Naissance de l’Union régionale des syndicats du Soudan (URSS) affiliée à la CGT. Le syndicalisme a été autorisé en Afrique noire française par un décret du 7 août 1944.


18 octobre 1946 : Création à Bamako du Rassemblement démocratique africain (RDA). Il est initialement apparenté au Parti communiste français et dispose de sections dans l’ensemble de l’AOF et de l’AEF. Alors que Fily Dabo Sissoko, qui est le favori de l’administration coloniale, et ses amis se rassemblent au sein du Parti progressiste soudanais, Mamadou Konaté crée pour sa part le Bloc soudanais pendant que Modibo Keita et ses partisans se regroupent au sein du Parti démocratique soudanais. Ces deux derniers partis forment l’Union soudanaise et rejoignent le RDA, constitué comme un parti unifié pour toute l’AOF. Refusant l’apparentement du RDA au Parti communiste, Fily Dabo Sissoko a refusé d’y adhérer. PSP et Union soudanaise RDA s’affrontent ensuite pour imposer leur représentativité au cours des années suivantes mais le PSP remporte toutes les consultations électorales jusqu’en 1957. Aux élections de 1947, il enlève ainsi 23 sièges contre 5 à l’USRDA. En 1952, l’écart se réduit, avec 27 sièges au PSP et 13 à l’USRDA. Qui l’emporte en revanche largement en 1957.


29 septembre 1946 : Présentation de la Constitution, dont le titre VIII expose les clauses relatives à l’Union française. Dans chaque territoire est instituée une assemblée élue. Dans les groupes de territoires, la gestion des intérêts communs est confiée à une assemblée composée de membres élus par les assemblées territoriales. Les organes centraux de l’Union française sont la présidence, qui revient au président de la République française, le Haut Conseil, composé d’une délégation du gouvernement français et d’une représentation de chacun des États associés, et l’Assemblée de l’Union française, composée par moitiés de membres représentant la France métropolitaine et de membres représentant les départements et territoires d’outre-mer et les États associés. Représentées dans le Haut Conseil et dans l’Assemblée de l’Union française, les populations de l’outre-mer le sont également dans l’Assemblée nationale et dans le Conseil de la République (nom donné alors au Sénat).


27 octobre 1946 : Les Français acceptent par référendum la constitution de la IVe République qui prévoit également la création, à la place de l’empire, de l’Union française.


10 novembre 1946 : Élections législatives. Victoire du PSP de Fily Dabo Sissoko. On compte également parmi les élus Mamadou Konaté de l’US-RDA.


15 décembre 1946 : Élection des membres du Conseil général du Soudan.


Avril 1947 : Vincent Auriol, président de l’Union française, pose à Bamako la première pierre du pont franchissant le Niger. Les travaux de réalisation de cet ouvrage de 860 m de long ne débutent en fait qu’en 1958 pour se terminer deux ans plus tard.


5 septembre 1948 : Fily Dabo Sissoko, député du Soudan français, est nommé sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie… pour cinq jours, dans le gouvernement éphémère formé par Robert Schuman.


4 septembre 1947 : Reconstitution de la Haute-Volta qui récupère les cercles de Tougan et Ouhaigouya, donnés au Soudan en 1932.


30 juin 1950 : Vote de la loi Lamine Gueye, qui garantit un traitement égal aux employés africains et français.


17 octobre 1950 : Le RDA rompt l’apparentement de son groupe parlementaire avec le Parti communiste français et s’affilie à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) de René Pleven et François Mitterrand.


1951 : Congrès syndical interafricain réuni par la CGT à Bamako.


17 juin 1951 : Élections législatives. Succès du PSP qui a trois députés : Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Jean Silvandre. Le RDA n’en a qu’un, Mamadou Konaté.


10 octobre 1953 : Modibo Keita est élu conseiller de l’Union française.


18-24 avril 1955 : La conférence de Bandoeng exige la fin de la colonisation et affirme la solidarité du « tiers monde ».


1955 : Le vicariat apostolique de Bamako est élevé au rang d’archidiocèse. Des évêchés seront créés ultérieurement à Kayes, Ségou, San, Mopti et Sikasso.


18 novembre 1955 : L’Assemblée nationale française vote l’institution du suffrage universel dans les territoires d’outre-mer mais la dissolution qui suit empêche la discussion du texte par le Sénat (alors Conseil de la République) et les élections du 2 janvier 1956 se déroulent selon l’ancien système. Elles voient la victoire du Front républicain en métropole et, en Afrique noire, un net succès du Rassemblement démocratique africain.


2 janvier 1956 : Lors des élections législatives, le RDA enlève sept des huit sièges de députés d’AOF et deux des quatre d’AEF. Modibo Keita compte parmi les élus. Dans le gouvernement Guy Mollet formé à la suite de ces élections, Hamadoun Dicko, du PSP, est sous-secrétaire d’État.


11 mai 1956 : Disparition de Mamadou Konaté, vice-président de l’Assemblée nationale française. Elle favorise l’établissement du leadership de Modibo Keita sur l’Union soudanaise.


23 juin 1956 : Vote de la loi-cadre dont l’inspirateur est Gaston Defferre et qui doit préparer les conditions de l’indépendance des territoires africains. Le Soudan dispose désormais d’une assemblée élue au suffrage universel par un collège unique et d’un conseil de gouvernement présidé par le « chef du territoire » désigné par Paris (appellation préférée à celle de « gouverneur ») mais dont le vice-président peut être un indigène. Les décrets d’application sont promulgués en avril 1957. Les fédérations d’AOF et d’AEF deviennent des groupes de territoires avec à leur tête de hauts-commissaires assistés par un Grand Conseil dont les membres sont choisis par les assemblées territoriales.


14-16 août 1956 : L’Union des jeunes du Soudan français participe au 16e festival mondial de la jeunesse et des étudiants pour la paix et l’amitié à Moscou.


Octobre 1956 : Le Bloc démocratique soudanais adhère à l’Union soudanaise.


18 novembre 1956 : Lors des élections municipales, Modibo Keita est élu maire de Bamako.


31 mars 1957 : Des élections générales donnent une large majorité à l’Union soudanaise et au RDA (57 sièges à L’USRDA, 7 au parti des Dogon et 6 au PSP, grand vaincu de la consultation). L’échec du PSP sanctionne un parti qui s’était surtout préoccupé de s’attirer la bienveillance des cadres traditionnels, avec la bénédiction de l’administration coloniale. L’assemblée élue en 1957 accorde le 21 mai l’investiture au premier gouvernement soudanais désigné dans le cadre de l’autonomie interne accordée par la loi-cadre de 1956.


1er juin 1957 : Premières émissions de Radio Soudan.


13 juin 1957 : Hamadoun Dicko et Modibo Keita, les deux frères ennemis du PSP et de l’USRDA, sont tous les deux secrétaires d’État à la France d’outre-mer sous l’autorité de Gérard Jaquet, au sein du gouvernement formé par Maurice Bourgès-Maunoury. Les deux hommes conservent un portefeuille de secrétaire d’État dans le gouvernement Félix Gaillard formé le 5 novembre 1957.


25-30 septembre 1957 : Réunion à Bamako du troisième congrès du Rassemblement démocratique africain, en présence de Pierre Mendès France, de François Mitterrand et d’Edgar Faure. Un débat se fait jour entre ceux qui souhaitent le maintien de puissants exécutifs fédéraux à Dakar et Brazzaville (le Guinéen Sékou Touré ou le Soudanais Modibo Keita) et ceux qui, comme Houphouët-Boigny, réclament le maximum d’autonomie pour chacun des territoires.


1er juillet 1958 : Inauguration de l’aérogare de Bamako.


8 août 1958 : De Gaulle annonce dans une allocution télévisée que les territoires africains auront à se prononcer pour choisir entre l’indépendance et l’association à la France.


28 septembre 1958 : Référendum par lequel les Français de métropole et les Africains sont appelés à se prononcer sur l’adoption de la constitution de la Ve République et sur la mise en place de la Communauté appelée à remplacer l’Union française et à préparer les voies de l’indépendance. La Guinée est le seul territoire qui rejette le projet de Communauté.


5 octobre 1958 : Promulgation de la Constitution française et création de la Communauté.


17 janvier 1959 : Formation, par les dirigeants du Sénégal et du Soudan, de la fédération du Mali, qui demeure dans la Communauté jusqu’à son indépendance, proclamée le 20 juin 1960. La Haute-Volta et le Dahomey (actuel Bénin) ont également adhéré initialement à la Fédération mais le référendum organisé en mars 1960 en Haute-Volta débouche sur un rejet massif de la Fédération. La réaction est identique au Dahomey (actuel Bénin) dont la population se sent plus proche du Conseil de l’Entente regroupant Côte-d’Ivoire, Dahomey, Niger et Haute-Volta.


4 avril 1959 : Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor est élu président de l’Assemblée fédérale et le Soudanais Modibo Keita président du gouvernement, le Sénégalais Mamadou Dia devenant vice-président. Dans les deux pays, les scrutins organisés en mars 1959 ont dégagé une majorité très nette en faveur de ce système fédéral. Ses défenseurs, Modibo Keita et Jean-Marie Koné, ont obtenu au Soudan 78 % des voix contre les tenants de l’indépendance soudanaise, Hammadoun Dicko et Fily Dabo Sissoko. Les deux pays peuvent apparaître complémentaires, le Sénégal fournissant un débouché maritime au Soudan, territoire enclavé mais qui abrite près de la moitié de la population de l’ancienne AOF.


Août 1959 : Modibo Keita critique les essais nucléaires français réalisés au Sahara ; après les propos tenus à Tunis par Mamadou Dia contre la poursuite de la guerre d’Algérie, ces critiques tendent les relations avec Paris.


28 septembre 1959 : Modibo Keita et Mamadou Dia, le Soudanais et le Sénégalais, sont reçus par De Gaulle et lui annoncent que la fédération du Mali compte accéder à l’indépendance sans quitter la Communauté, ce qu’accepte le général. Des accords relatifs aux transferts de souveraineté sont ensuite négociés jusqu’en avril 1960.


11-12 décembre 1959 : Lors du conseil exécutif de la Communauté réuni à Saint-Louis du Sénégal, le général De Gaulle annonce l’accès à l’indépendance du Mali, par transfert des compétences communautaires, mais en concluant avec la France des accords de coopération qui seront négociés jusqu’en avril 1960.


18 janvier 1960 : Ouverture à Paris de négociations relatives à l’accession du Mali à la souveraineté internationale. Louis Jacquinot, Roger Frey et Jean Foyer négocient avec Senghor, Mamadou Dia et Modibo Keita. Les accords sont signés le 4 avril et ratifiés les 9 et 16 juin par l’Assemblée nationale française et par le Conseil de la République.


Avril 1960 : La conférence réunissant à Dakar responsables sénégalais et soudanais révèle des divergences entre les deux pays, aggravées par les perspectives de désignation du président de la Fédération.


6 avril 1960 : Naissance de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) issue de l’Union nationale des travailleurs soudanais (UNTS) apparue en août 1957 pour remplacer l’Union régionale des syndicats du Soudan qui s’est divisée à l’initiative du Guinéen Sékou Touré.


20 juin 1960 : Proclamation de l’indépendance du Mali où Louis Hettier de Boislambert est le premier représentant de la France.


19 août 1960 : La crise éclate entre Sénégalais et Soudanais avec la mise à l’écart, décidée par Modibo Keita, de Mamadou Dia.


20 août 1960 : L’Assemblée sénégalaise décide le retrait du Sénégal de la fédération du Mali et proclame l’indépendance, le gouvernement de Dakar récupérant la totalité des pouvoirs et proclamant l’état d’urgence pour une durée illimitée. Les frontières entre le Sénégal et le Soudan sont fermées. Modibo Keita accuse les Sénégalais de sécession et reproche à la France de l’avoir encouragée. L’échec de la Fédération est la conséquence du conflit opposant les deux puissantes personnalités de Léopold Sédar Senghor et de Modibo Keita, de la crainte des Sénégalais de voir l’ensemble en cours de formation dominé par les Soudanais, des perspectives divergentes des uns et des autres quant au modèle de développement et au positionnement international qu’il convient d’adopter.


30 août 1960 : L’état d’urgence est proclamé au Soudan, complété par l’état de siège le 12 septembre.


Septembre 1960 : Le Soudan, confronté à la rupture décidée par le Sénégal, prétend initialement maintenir l’illusion de la fédération du Mali et ses dirigeants font même appel à l’ONU qui refuse d’intervenir dans cette crise.

22 septembre 1960 : Le congrès de l’USRDA proclame la république du Mali, ce qui est confirmé ensuite par le Parlement soudanais. Le gouvernement soudanais devient le premier gouvernement de la république du Mali et conserve l’hymne et le drapeau de la défunte Fédération. L’opposant Fily Dabo Sissoko se rallie à l’USRDA. Les dirigeants du pays annoncent leur intention de mettre en œuvre une politique d’économie planifiée et de « construire un socialisme adapté aux réalités maliennes ». Le divorce est définitivement consommé avec le Sénégal. La volonté de centralisation poussée et le caractère plus autoritaire du régime soudanais ne pouvaient que susciter une réaction des Sénégalais, dont la classe politique était davantage familiarisée avec la culture démocratique. L’USRDA est devenue de fait le parti unique, ce que justifient ses principaux leaders : « Le Parti est le peuple organisé politiquement… Le Parti unique est aujourd’hui en Afrique le seul moyen de créer la Nation » (Seydou Badian Kouyaté) ou « Le Parti est le moteur de la Nation entière et la seule force dirigeante de l’État » (Mamadou Diarrah).
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