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Un archipel aux ressources limitées

À de nombreux égards, le Japon demeure une énigme pour les Occidentaux, une terre lointaine porteuse d’une altérité radicale qui suscite à la fois admiration, envie et inquiétude. Ne disposant que d’un espace utile minuscule pour ses 127 millions d’habitants, confronté à des conditions naturelles exceptionnellement difficiles du fait d’une nature hostile, l’archipel nippon a su réussir de manière inattendue son passage à la modernité occidentale tout en préservant son identité profonde. Premier pays asiatique à s’être engagé, près d’un siècle avant les autres, dans l’aventure industrielle, il en a tiré une puissance politique et militaire qui n’aurait pu être que passagère mais a su montrer ensuite des capacités d’adaptation et d’efficacité surprenantes pour réaliser une reconstruction et une expansion qui en ont fait la deuxième puissance économique du monde. Longtemps demeuré à la périphérie de l’espace culturel chinois, c’est à une époque relativement récente au regard de la longue durée historique, c’est-à-dire vers la fin de notre premier millénaire, que le Japon entre véritablement dans l’histoire de l’Asie orientale pour construire une société profondément originale même si elle est largement influencée par les apports en provenance de l’empire du Milieu et de la Corée voisine. Les périodes de Nara et d’Heian correspondent à un premier apogée de la civilisation nippone avant que le temps du shogunat ne voit s’imposer un pouvoir central toujours plus fort. Renonçant rapidement à l’ouverture engagée par l’arrivée sur les côtes nippones des marchands et des missionnaires portugais, le Japon des Tokugawa se referme totalement sur lui-même à partir du XVIIe siècle mais, à l’inverse de la Chine des Mandchous incapable d’affronter au XIXe siècle les ambitions des puissances impérialistes européennes, le Japon, fort de sa tradition guerrière bien différente de celle des mandarins chinois, réagit vigoureusement aux empiétements étrangers et se donne, en l’espace d’une génération, les moyens d’y faire face. Il passe en trois décennies du Moyen Âge à la révolution industrielle et s’impose, contre la Chine et la Russie, comme la grande puissance asiatique de la première moitié du XXe siècle. L’aventure impérialiste lui sera fatale mais le « miracle » de la reconstruction et de la croissance fait de nouveau de lui un partenaire majeur du concert international. Ce « nain politique » qui demeure handicapé par les conséquences de la défaite subie en 1945 s’impose comme un géant économique qui excelle aussi bien dans l’innovation technologique, le dynamisme commercial, l’organisation du travail ou les performances en matière d’épargne. Un système politique sclérosé, une trop grande dépendance vis-à-vis de la puissance américaine et les précarités inhérentes à une économie largement mondialisée sont cependant sources de faiblesse et, dans un contexte démographique marqué par un vieillissement inquiétant, le Japon du début du XXIe siècle se voit dans une large mesure, même s’il conserve de sérieux atouts, devancé politiquement par le géant chinois engagé à son tour dans une montée en puissance qui semble devoir remettre en cause les équilibres prévalant jusque-là en Asie orientale.



Étendu sur 377 737 km2, l’archipel nippon – du nom de Nihon que lui donnent ses habitants et qui signifie « origine du Soleil » – dispose d’une superficie à peu près équivalente à celle de l’Allemagne réunifiée. Les quatre îles principales représentent 95 % du territoire, avec 227 000 km2 pour Honshu (Hondo ou Nihon, la « Principale »), 79 000 km2 pour Hokkaido, la « Nordique » (l’ancienne Yeso, « la Sauvage »), 36 000 km2 pour Kyushu (« les Neuf Contrées ») et 18 000 km2 pour Shikoku (« les Quatre Provinces »). Le Japon s’étend sur 1 700 km du nord au sud ; en Eurafrique, il s’allongerait de la Gironde jusqu’au sud du Maroc (de 45°30' de latitude au nord à 30° au sud), ce qui en fait un pays proche de la Sibérie au nord et des archipels tropicaux d’Asie du Sud-Est dans les Ryukyu qui constituent l’extrémité méridionale de son territoire. Outre les quatre îles principales, les autres terres qui constituent l’archipel sont généralement inhabitées mais elles donnent au pays une zone économique maritime exclusive précieuse en matière de pêche. Les plus importantes de ces îles forment l’archipel des Ryukyu entre Kyushu et Taïwan – depuis la restitution d’Okinawa par les États-Unis en 1972 – et l’archipel des îles Bonin (ou Izu-Ogasawara) situé plus à l’est. À l’inverse, les Japonais espèrent toujours obtenir par la négociation avec la Russie la rétrocession d’une partie de l’archipel des Kouriles qui s’étend d’Hokkaido à la pointe méridionale du Kamtchatka et verrouille ainsi les accès de la mer d’Okhotsk, ce qui laisse pour le moment peu d’espoir aux dirigeants de Tokyo, la Russie de Wladimir Poutine se montrant encore moins disposée que celle de Boris Eltsine à envisager cet abandon, fût-ce au prix du sacrifice des investissements japonais nécessaires à la mise en valeur de la Sibérie orientale. Les Japonais n’en continuent pas moins à désigner les quatre îles méridionales des Kouriles – Kunashiri, Etorofu, Shikotan et Habomai – comme leurs « territoires du nord » occupés en 1945 par les Soviétiques.

Arc insulaire de formation récente né du contact des plaques tectoniques pacifique et euro sibérienne, le Japon fait partie de la ceinture de feu du Pacifique. Le paysage est dominé par la montagne, les plaines basses ne représentant qu’un septième du territoire. Véritable puzzle géologique né des mouvements tectoniques tertiaires et d’une activité volcanique parmi les plus importantes du monde – 165 volcans éteints et une soixantaine actifs, parmi lesquels le célèbre Fuji-Yama dont le cône très pur, couronné de neige, s’élève à 3 773 m d’altitude –, le Japon a été de plus façonné par une érosion violente qui n’est que le résultat de la brutalité des pentes et des conditions climatiques. D’une manière générale les montagnes atteignent rarement 2 000 m d’altitude et seules les Alpes japonaises, situées en bordure occidentale de la Fossa Magna – l’accident tectonique majeur qui prend en écharpe le centre d’Honshu – et composées de trois chaînes (Hida, Kiso, Akaishi), dépassent 3 000 m. Plus que l’altitude, ce sont les pentes abruptes, souvent supérieures à 15 %, qui opposent de sérieuses contraintes à l’installation humaine. L’importance religieuse accordée aux montagnes et aux forêts par la tradition shinto a fait que ces régions ont été historiquement très peu occupées, ce qui explique les extraordinaires densités humaines constatées aujourd’hui dans les plaines littorales dont la plus importante, celle du Kanto (où se dresse Tokyo), ne représente que 15 000 km2. Plus au sud, la plaine du Kansaï est celle où s’est développée Osaka alors que la plaine du Nôbi abrite l’agglomération de Nagoya. De manière générale, ces plaines utiles, généralement réparties sur la côte orientale, ne représentent que 80 000 km2 alors qu’elles accueillent l’écrasante majorité des 127 millions d’habitants que compte aujourd’hui le pays.

Le climat de l’archipel est déterminé par son extension en latitude, la nature très particulière de son relief et l’opposition entre les influences continentales et maritimes. Le contraste né du contact entre l’anticyclone sibérien et les masses d’air chaudes issues de la zone intertropicale mais aussi de l’action du courant froid de l’Oya Shivo au nord et de celle du courant chaud du Kouro Shivo au sud accentue les différences entre Hokkaido, qui participe dans une large mesure à l’espace sibérien, et Kyushu où prévalent des conditions subtropicales. Outre de fortes amplitudes thermiques et de forts contrastes de température liés aux écarts de latitude, les précipitations apparaissent également très variables : importantes chutes de neige sur la côte occidentale exposée aux vents venant de Sibérie et survolant la mer du Japon pendant l’hiver, fortes précipitations au printemps et à l’été sur la façade Pacifique. Contrastées, les conditions naturelles de l’archipel nippon sont également dominées par la violence de catastrophes naturelles de diverses origines. Les séismes sont fréquents et, au cours du seul XXe siècle, ceux de Tokyo en 1923 et de Kobe en 1995 se sont révélés particulièrement dévastateurs. Les tsunami ou raz de marée liés aux tremblements de terre sont également un fléau meurtrier – faisant 30 000 morts en 1896. L’activité volcanique est tout aussi redoutable dans un pays qui compte près de 10 % des volcans actifs du monde alors qu’il ne représente que 1/400e des terres émergées. Le Sakurajima, l’Aso San ou l’Unsen sont ainsi particulièrement dangereux. Les typhons générateurs de vents très violents et de crues de grande ampleur constituent sur les côtes méridionales et orientales d’Honshu un danger supplémentaire. L’hostilité de la nature apparaît ainsi incontestable et rend d’autant plus spectaculaire les performances dont le Japon s’est montré capable. Il bénéficiait, à l’inverse, d’une situation insulaire au contact de mers particulièrement poissonneuses qui lui a permis, selon les époques, de se replier sur lui-même et d’assurer ainsi sa sécurité (contre les invasions mongoles du XIIIe siècle par exemple), de préserver son isolement et, à l’inverse – quand les conditions la rendaient possible – d’entreprendre une expansion qui fut militaire et territoriale – avec, à l’issue, l’échec que l’on connaît – mais qui fut aussi avec plus de succès une expansion économique et commerciale, la mer jouant dans l’approvisionnement du pays, dans son industrialisation massive et dans ses capacités exportatrices un rôle déterminant à partir des années soixante. Longtemps présenté comme une « Angleterre asiatique », l’empire du Soleil levant ne disposait pas des ressources de l’État qui sut dominer le continent européen aux Xe et XIXe siècles mais, sans pouvoir se hausser au rang d’une puissance mondiale dominante, il fut en mesure de bâtir pour un demi-siècle une hégémonie régionale et de relever ensuite, dans le contexte bien particulier de la seconde moitié du XXe siècle, les défis d’une reconstruction et d’une expansion qui ne semblaient nullement acquises en 1945.
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