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La révolution des Meiji

Dans son Histoire du Japon publiée en 1969, Charles Commeaux résumait en ces termes l’exemplarité de la mutation que connaît l’archipel à partir de 1868: « Peut-on trouver dans l’histoire du monde l’équivalent d’une révolution semblable à celle du Japon contemporain ? À l’époque de Napoléon III, c’est un archipel féodal que son insularité protège contre les convoitises européennes mieux que la situation continentale de l’Indochine ou de la Corée. Mais le régime n’inspire pas plus de sympathie ni de confiance que celui de la Chine décadente. L’empereur-dieu, reclus dans une capitale archaïsante, n’est plus qu’un symbole. Le pouvoir est aux mains débiles de maires du palais héritiers d’une longue tradition de grandeur, mais progressivement cernés par les feudataires. Eux aussi ont leur capitale, progressivement désertée par leurs vassaux. Les institutions sont au point mort, figées dans un ritualisme inefficace. La défiance du monde a pris la forme la plus radicale : fermeture quasi hermétique des frontières. Pourtant, depuis plusieurs années, des flottes étrangères, en menant une guerre larvée, se sont ouvert des ports. Encore quelques années, semble-t-il, et le Japon, moins complexe que l’immense Chine qu’on peut grignoter mais non digérer, sera territoire colonial, comme l’Indochine, comme l’Indonésie, comme les Philippines. Il va peut-être sombrer dans une longue période d’exploitation où surnagera, presque folkloriquement, sa culture, pour se retrouver, au milieu du XXe siècle, totalement désaccordé dans une indépendance recouvrée. C’est le spectacle qu’offrent les États de l’Asie sud-orientale. C’est le destin qui semble menacer inéluctablement l’archipel japonais. Or, vingt ans plus tard, plus indépendant que jamais, menaçant même les deux énormes Empires chinois et russe, il construit un État moderne inspiré des modèles européens et travaille d’arrache-pied à les égaler. En pleine Belle Époque, il n’est plus question de coloniser le petit Japon. Il a déjà sa place dans le concert des nations. Il a brutalement tourné une page et un pouvoir fort, soudain revenu aux mains de l’empereur, brise les structures anciennes et les remplace par des nouvelles, souvent importées… »


9 novembre 1867 : Abdication du quinzième shogun Tokugawa. Elle intervient peu après la mort de Kômei, le dernier empereur compromis avec le système shogunal. Avènement du jeune empereur Mutsu-Hito, âgé seulement de quinze ans, qui inaugure l’ère Meiji – le « Gouvernement éclairé ». Il n’est en fait que l’instrument de la révolte conduite par les samouraïs contre le pouvoir shogunal, en même temps que la clef de voûte d’une révolution qui est autant mystique que politique. Les principaux artisans de celle-ci sont Sanjô Sanetomi, Iwakura Tomomi et les samouraïs des clans du sud-ouest du pays (Satsuma, Chôshu, Hizen, Tosa).


3 janvier 1868 : Proclamation de la « restauration de l’ancienne monarchie », qui va de pair avec la fin du shogunat institué en 1192 par Minamoto Yoritomo. Elle est suivie, le 6 avril, du « serment des cinq articles ». L’empereur quitte Kyoto, la capitale traditionnelle, pour Edo qui devient, en prenant le nom de Tokyo, la « capitale de l’Est ».


5 mars 1869 : Les daimios des quatre clans qui sont à l’origine de la révolution (Satsuma, Choshu, Tosa, Hizen) renoncent à leurs droits féodaux et la mesure est généralisée en juillet. La distinction entre noblesse militaire et noblesse civile disparaît, leurs membres constituant la première classe sociale. Les samourais forment la deuxième classe et les anciens daimios deviennent, le 25 juillet, gouverneurs impériaux.


1869: Installation par des ingénieurs anglais de la première ligne de télégraphe entre Tokyo et Yokohama.


1869: Un vassal des Tokugawa demeuré rebelle au nouveau régime, Enomoto Takeaki, est contraint d’abandonner Yeso rebaptisée Hokkaido, « Région de la mer du Nord ». L’île passe sous administration impériale.


1870 : Apparition du premier journal quotidien japonais, le Yokohama Mainichi, suivi par le Nisshin Shinjisi en 1872, l’Asahi Shimbun en 1879 et le Jiji Shimpo en 1882. Abolition de la stratification sociale à quatre niveaux – guerriers, paysans, artisans, marchands – établie par les Tokugawa.


1870 - 1872 : Construction de la ligne de chemin de fer Tokyo-Yokohama, financée par un emprunt public lancé en Angleterre. Le réseau ferré nippon sera de 2 679 km en 1906.


1871 : Création d’un ministère de la Justice. Dès 1876, il existe une Cour de cassation, quatre cours d’appel et des tribunaux régionaux.


1871 : Formation d’une armée moderne qui se substitue à celle issue des clans traditionnels. Institution du service militaire obligatoire, d’une durée de trois ans dans l’active (28 décembre 1872). Le maréchal Yamagata Aritomo, ministre de la Guerre de 1873 à 1881, et son adjoint le maréchal Oyama sont les pères fondateurs de la nouvelle armée japonaise. Création d’une monnaie nationale, le yen. Création d’un système postal moderne.


19 août 1871 : Nouveau train de réformes. Le han, territoire du clan traditionnel, fait place au ken, c’est-à-dire à la préfecture. Les anciens daimios sont démis de leur gouvernement avec une indemnité égale au dixième de leurs anciens revenus. Ils sont remplacés comme gouverneurs par leurs adjoints puis par des hommes nommés par le pouvoir impérial et étrangers aux anciens clans. Ces mesures marquent la fin de la féodalité traditionnelle.


1868 - 1873 : Une série de mesures permet la mise en œuvre d’une réforme agraire.


2 septembre 1871 : Le gouvernement impose l’enseignement primaire obligatoire ; l’âge de la scolarité va de six à treize ans et la gratuité sera établie en 1887. 50 000 écoles primaires sont créées et seuls 5 % des conscrits seront illettrés en 1908. En 1872, 256 établissements secondaires sont mis en place à leur tour et l’enseignement technique est également organisé à ce moment. La création de huit universités est aussi prévue et quatre seront déjà en place à la fin de l’ère Meiji.


8 octobre 1871 : Le principe de l’égalité devant l’impôt foncier est posé. Il est versé en argent et non plus en grain à partir de 1873. Les lois du 15 mars 1884 et du 26 août 1889 organiseront ensuite définitivement le nouveau système fiscal.


1872 : Création d’un ministère particulier de la Marine. L’ingénieur français Verny crée un arsenal maritime à Yokosuka. Les instructeurs sont britanniques. De 1872 à 1904, le nombre des unités passe de 17 à 78 et le tonnage est multiplié par vingt. Création à Tokyo de quatre grandes banques nationales.


1872 : La bannière du soleil, cercle rouge sur fond blanc, devient le drapeau national.


1er janvier 1873 : Substitution du calendrier grégorien au calendrier lunaire chinois et création d’un nouveau système de poids et mesures.


1873 : Sous la pression des puissances, le gouvernement impérial doit renoncer à la persécution des chrétiens organisée au cours des années précédentes.


Décembre 1873 : Le gouvernement qui devait verser des pensions aux féodaux dépossédés organise leur conversion en versement d’un capital correspondant à six ans de rente perpétuelle, en attribution de terres d’État ou en exemptions fiscales. Cette conversion devient obligatoire par une loi du 5 août 1876.


Février - avril 1874 : Une révolte de samouraï est brisée. En septembre, celle de Saigô Takamori échoue et son chef se suicide.


7 mai 1875 : Traité russo-japonais donnant Sakhaline aux Russes et reconnaissant la possession des Kouriles au Japon – alors que le traité de Shimoda conclu en 1855 avait reconnu Yeso au Japon, partagé Sakhaline entre Russes et Japonais et laissé à ces derniers la seule île la plus méridionale des Kouriles.


27 février 1876 : Accord de Kangwha avec la Corée. Il assure un droit d’extra territorialité aux Japonais et l’ouverture de trois ports coréens en contrepartie de la reconnaissance d’une pleine indépendance du pays, ce qui suscite la colère des Chinois qui se considèrent comme suzerains de la péninsule, ce qu’ils font reconnaître lors d’un accord commercial conclu en 1882.


28 mars 1876 : Le port du sabre est interdit aux anciens samouraïs, ce qui entraîne en 1877 la révolte du clan Satsuma.


1877 : Fondation de l’Université de Tokyo qui deviendra Université impériale en 1886.


1878 : Ouverture de la Bourse de Tokyo.


1879 : Rattachement de l’archipel des îles Ryu Kyu. Okinawa devient une préfecture.


1880 : La possession des îles Bonin (entre le Japon et l’archipel des Mariannes) est reconnue au Japon par les grandes puissances.


Décembre 1880 : Itagaki fonde le Parti de la Liberté (Jiyuto).


Le Japon du dernier tiers du XIXe siècle s’engage rapidement dans la révolution industrielle, malgré la prépondérance durable de la population active agricole. La production de houille, la création d’une industrie textile cotonnière, l’essor des manufactures de soie, l’apparition d’une industrie de transformation diversifiée disposant d’une main d’œuvre à bon marché permettent, avec l’essor des chantiers navals, du commerce extérieur et du chemin de fer des progrès très rapides.


1881 : Okuma Shigenobu fonde le Parti Progressiste Constitutionnel (Kaishinto).


1882 : Institution d’un code pénal d’inspiration française, remplacé en 1903 par un système davantage inspiré par le modèle allemand. Tout comme le code civil adopté en 1898 et les codes commerciaux de 1890 et 1897. Création le 10 octobre de la Banque du Japon.


Décembre 1885 : Le Conseil impérial, qui détenait le pouvoir depuis la révolution, est supprimé et remplacé par un cabinet plus conforme aux conceptions politiques occidentales qui gouvernera jusqu’en mars 1888 sous la direction du comte Itô (du clan Chôshu), remplacé en avril 1888 par le comte Kuroda (du clan Satsuma).


1887: Apparition de l’éclairage électrique au palais impérial de Tokyo.


1888: Adoption de l’hymne national.


1er mai 1888 : Institution d’un Conseil privé chargé des problèmes institutionnels, des ordonnances impériales et de la signature des traités.


1888: Grande grève des mineurs de charbon de Takashima.


11 février 1889 : L’empereur promulgue la Constitution mais cette annonce est troublée par l’assassinat le même jour, par un fanatique shintoïste, du ministre de l’Instruction publique, le vicomte Mori, qui ne cachait pas son mépris pour les croyances traditionnelles. En octobre, c’est le ministre des Affaires étrangères, le comte Okuma – à qui il est reproché des concessions judiciaires aux puissances étrangères – qui est à son tour victime d’un attentat au cours duquel il est grièvement blessé. La constitution proclame l’empereur « sacré et inviolable » et met en place un système dans lequel l’exécutif dispose d’un pouvoir quasi absolu. L’empereur sanctionne ou peut rejeter les lois votées par l’Assemblée et les ministres sont responsables devant lui. L’Assemblée comprend une Chambre des Pairs, nommés par l’empereur à titre héréditaire, qui dispose de pouvoirs équivalents à ceux de la Chambre des Représentants qui compte 381 députés élus au suffrage censitaire. Le vote ne deviendra secret qu’en 1900. Un certain nombre de libertés fondamentales sont garanties aux citoyens mais soumises « aux lois en vigueur », ce qui les limite sérieusement.


1889: Constitution d’une Société pour l’étude du socialisme, qui deviendra en 1900 la Ligue socialiste.


Décembre 1889 – avril 1891 : Ministère du général-comte Yamagata, chargé de l’organisation des élections (les premières ont lieu le 1er juillet 1890) et la mise en application du texte constitutionnel.


2 février 1890 : Une loi organise la justice sur le modèle prussien.


1890 : Débuts du téléphone entre Tokyo et Yokohama, entre Tokyo et Osaka en 1899.


1891 : Apparition des premiers tramways à traction électrique.


1891 : Organisation du culte shintoïste autour des images de l’empereur.


Mai 1891 - juillet 1892 : Gouvernement du comte Matsukata.


Août 1892 – 1896: Ministère du comte Itô. L’Assemblée cherche à imposer un authentique régime parlementaire contre les samouraïs héritiers des clans et c’est la guerre contre la Chine, déclarée le 1er août 1894 à l’initiative du comte Yamagata, ministre de la Guerre, qui permet d’atténuer l’opposition entre l’exécutif et les députés.


1894 - 1897 : Les « traités inégaux » conclus avec les puissances étrangères sont progressivement abrogés. Ils imposaient jusque-là le principe de l’extra territorialité pour le jugement des citoyens étrangers et interdisaient au Japon de recourir à des protections douanières. Le traité conclu avec l’Angleterre le 16 juillet 1894 – dit traité Aoki-Kimberley – supprime à terme les tribunaux consulaires et autorise l’établissement de droits de douane (entre 5 et 14 % du prix des marchandises importées).


10 juin 1894 : Un petit contingent de troupes japonaises est déployé à Séoul. L’arrestation du roi légitime et la mise en place de l’ancien roi Hiung, partisan des Japonais, ne peuvent conduire qu’à la guerre avec la Chine (1er août 1894).


 

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