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Le combat pour la terre et la liberté

1850 : Échec de la Ligue des droits du tenancier (l’Irish Tenant League) de Duffy, qui prônait la constitution d’une opposition indépendante, en rupture avec la politique d’alliance avec les whigs inaugurée par O’Connell.

1851 : 250 000 Irlandais émigrent encore cette année-là. Au départ du Connaught et du Munster le plus souvent, les régions les plus pauvres mais aussi les plus irlandaises, ils quittent leur île à bord de véritables « cercueils flottants ». « Si l’on pouvait dresser des croix sur l’eau, la route des émigrants à travers l’Atlantique serait comme un immense cimetière », écrivait alors un commissaire à l’émigration.

1854 : Naissance des chantiers navals Harland et Wolff à Belfast, renforçant le caractère industriel du développement économique de l’Ulster, déjà fort de ses filatures de lin.

1856 : Engels et sa femme, une ouvrière irlandaise rencontrée à Manchester, visitent l’Irlande. « En aucun autre pays d’Europe, écrira-t-il plus tard à Marx, la domination étrangère n’a pris cette forme directe de l’expropriation des indigènes. »

Été 1857 : Dans le nord, les commémorations de la bataille de la Boyne et de la levée du siège de Derry donnent lieu à des violences contre les catholiques. Les attentats terroristes se multiplient sous l’impulsion de sociétés secrètes comme le Phoenix Club, fondé par un ancien révolutionnaire de 1848.

Mars 1858 : Dans une scierie de Lombard Street à Dublin, James Stephens jette les bases de l’Irish Republican Brotherhood, une société secrète vouée à l’instauration par la force d’une république irlandaise indépendante et démocratique. À l’automne suivant, il intronise John O’Mahony « organisateur suprême et directeur de l’IRB en Amérique », où il doit regrouper les exilés et relancer de l’extérieur le combat nationaliste. Bientôt, les membres de cette « fraternité » prennent le nom de fenians, en souvenir des guerriers de Finn Mac Cumhaill, les héroïques défenseurs de l’Irlande épique. Organisée en cercles subordonnés à un centre, la société se développe dans les régions du sud et de l’est de l’Irlande où elle supplante les vieilles sociétés secrètes agraires, tout en se heurtant à l’opposition de l’Église.

Mai 1860 : Dans un article intitulé « The Irish Exodus », le Times souligne l’ampleur de l’émigration irlandaise et jette un cri d’alarme : « Il y aura encore une Irlande, mais une Irlande colossale et une Irlande située dans le Nouveau Monde. Nous n’aurons fait que pousser le Celte vers l’ouest. Cessant désormais d’être emprisonné entre la Liffey et le Shannon, il se répandra de New York à San Francisco. Ceignons nos reins pour être en mesure d’affronter la Némésis de sept siècles de mauvais gouvernement. »

1861 : La dépouille d’un des révolutionnaires de 1848, Terence Mac Manus, est rapatriée de San Francisco à Dublin. L’archevêque de Dublin condamne la manifestation qui rassemblera pourtant plus de 30 000 personnes, témoignant de l’influence des réseaux fenians.

1863 : James Stephens fonde l’hebdomadaire The Irish People. Avec Jeremy O’Donovan Rossa, John O’Leary et Charles Kickham, il y attaque les nationalistes constitutionnels.

1865 : Échec d’un projet de soulèvement de l’IRB. The Irish People est interdit.

1866 : En Amérique, des rivaux de O’Mahony, contestant l’opportunité d’un soulèvement en Irlande, envahissent le Canada et occupent le fort Érié. En Irlande, l’IRB est démantelée. La fraternité passe bientôt sous le contrôle des officiers irlando-américains ayant combattu durant la guerre de Sécession.

1867 : Matthew Arnold, un critique anglais, publie Study on celtic litterature, où il loue la finesse et la spiritualité celtiques par opposition au philistinisme et à l’utilitarisme anglo-saxons.

Mars 1867 : Un nouveau soulèvement nationaliste tourne au fiasco, en raison du noyautage de l’organisation par les Anglais et du manque de soutien du clergé et donc de la population. À Manchester, trois fenians sont arrêtés lors de l’évasion de l’un des leurs. Ils sont condamnés à mort. Timothy Sullivan compose en mémoire de ces martyrs de Manchester « God save Ireland », qui restera l’hymne du nationalisme irlandais jusqu’en 1916.

Septembre 1867 : Les nationalistes vengent leur mémoire en perpétrant un attentat meurtrier à Londres.

1868 : Assassinat à Ottawa par les fenians de Thomas d’Arcy Mac Gee, un ancien de la Jeune Irlande devenu membre du gouvernement canadien. En Angleterre, l’arrivée au pouvoir du libéral William Ewart Gladstone, foncièrement convaincu de la nécessité de se pencher sérieusement sur la question irlandaise, va marquer une évolution importante dans l’histoire de l’île.

1869 : « Nous sommes lentement, douloureusement, arrivés à la conclusion que l’Irlande doit être traitée à tous égards comme un pays libre, et doit être gouvernée comme tous les autres pays libres selon les sentiments de sa majorité et non de sa minorité. » C’est dans cet état d’esprit que Gladstone fait voter la loi de désétablissement, une loi de séparation de l’Église d’Irlande et de l’État. Les deux tiers environ des biens de l’Église anglicane d’Irlande sont attribués aux églises catholiques et presbytériennes ainsi qu’à des fondations charitables.

Octobre 1869 : La bataille pour l’amnistie des prisonniers politiques et la mobilisation de l’opinion publique contre le régime carcéral rassemblent 100 000 personnes à Cabra, près de Dublin.

1870 : Le premier Land Act irlandais étend à l’ensemble de l’île la coutume d’Ulster, plus favorable aux tenanciers qui peuvent désormais tirer bénéfices des améliorations apportées à le terre, sans craindre d’être chassés s’ils s’acquittent des obligations de leur bail. À Dublin naît une association en faveur du Home Rule, réclamant l’autonomie locale de l’île à l’intérieur du Royaume-Uni. L’Irlande aurait alors une double représentation : une à Westminster pour les affaires impériales, une autre à Dublin pour ses affaires internes. Ce projet, de type fédéral, est alors défendu par l’avocat protestant Isaac Butt.

1872 : Le Ballot Act institue le scrutin secret, ruinant définitivement l’autorité des landlords dans les élections législatives.

1873 : L’association pour le Home Rule se transforme en parti, la Home Rule League. L’IRB change de constitution et d’orientation tactique : une nouvelle organisation, le Clan na Gael, se substitue à la vieille fraternité feniane qui se scinde en trois factions distinctes, après la sortie de prison des principaux leaders. John Devoy, avec The New Departure, milite pour un front commun de toutes les forces progressistes. Jeremiah O’Donovan Rossa, idéaliste et violent, reste quant à lui partisan de la bombe et du revolver. Enfin, O’Leary et Kickham représentent l’intransigeance de la vieille garde feniane dans l’attente d’un nouveau 1867. Gladstone présente un projet de loi visant à réorganiser l’enseignement supérieur en Irlande, par le biais d’une université unifiée. C’est un échec.

1874 : Aux élections de janvier, une soixantaine de députés se réclamant de l’association pour le Home Rule sont élus et constituent un tiers parti souvent indispensable pour établir ou consolider une majorité à la Chambre des communes.

1875 : À Westminster, des nationalistes constitutionnels comme Joseph Biggar lancent la tactique de l’obstruction, le filibustering : ils bloquent le travail parlementaire par des interventions interminables (en 1877, ils réussiront ainsi l’exploit de faire durer une séance parlementaire vingt-six heures de suite). Sous la direction d’un député du Meath, Charles Parnell, un jeune propriétaire protestant gagné à la cause irlandaise après l’exécution des martyrs de Manchester, ils cherchent à attirer l’attention des fenians encore partisans de l’action directe. La tactique de conciliation d’Isaac Butt étant de plus en plus mal perçue, Parnell le remplace bientôt à la tête du parti et devient l’idole des nationalistes irlandais.

1876 : Le père Nolan fonde la Society for the Preservation of the Irish Language.

1877 - 1880 : Suite à une série de mauvaises récoltes, les évictions reprennent.

1878 : Standish O’Grady, un landlord conservateur, humilié par la condescendance anglaise à l’égard de l’Ascendancy coloniale, publie une Histoire d’Irlande : la période héroïque. À sa lecture, George Russell qui deviendra l’une des figures du renouveau gaélique de la fin du siècle, s’exclame : « C’était la mémoire de ma race qui s’éveillait en moi ! »

1879 : À sa sortie de prison, Michael Davitt, fils de petit fermier expulsé et ancien fenian, comprend la nécessité d’unir les causes agraire et nationaliste. Aux États-Unis, il récolte des fonds auprès des Clan na Gael (« enfants des Gaels »). Il fonde la Ligue agraire (Land League) dont le programme se résume aux « 3 F » : Fixity of tenure (un contrat stable de fermage interdisant l’éviction), Fair rent (un juste loyer), Free sale (la liberté de vente). Sollicité, Parnell prend alors le risque politique d’épouser la cause de l’agitation sociale pour allier opposition bourgeoise et opposition paysanne et devient le président du mouvement. Ce dernier organise la résistance aux landlords, secourt les fermiers, met en quarantaine les propriétaires qui, comme le capitaine Boycott, pratique des évictions. Du fait de la dégradation de la situation dans les campagnes, dégradation amplifiée par une mauvaise récolte de pommes de terre, un nouveau Coercion Bill est voté, instaurant l’état de siège.

1880 : Les élections législatives envoient aux Communes 65 députés home rulers derrière Parnell : John Dillon, le fils d’une des chefs de la Jeune Irlande, Justin Mac Carthy, William O’Brien… Parnell devient le président de l’Irish Home Rule Parliamentary Party.

1881 : La loi Forster cherche à mettre fin à l’agitation en annonçant la dissolution de la Ligue agraire. Michael Davitt puis Parnell sont emprisonnés. Mais en parallèle, le Land Act reprend bon nombre des revendications des « 3 F ». Par ailleurs, en créant des tribunaux d’arbitrage, l’État décide de s’interposer entre les tenanciers et les landlords qui n’ont plus le dernier mot. Sept cent cinquante propriétaires continuent néanmoins de se partager la moitié de l’île.

1881 - 1882 : L’agitation reprend de plus belle, les évictions se multiplient. Y répondent aussitôt les crimes agraires, suivis de représailles souvent arbitraires.

1882 : L’agitation prend fin grâce à l’autorité de Parnell d’une part, qui veut mettre un terme aux pratiques terroristes, et à la volonté réformatrice de Gladstone, d’autre part, qui restreint les droits des propriétaires, accepte de retirer la loi Forster et de libérer les prisonniers politiques : c’est le Kilmainham Treaty, du nom de la prison où les deux hommes se sont mis d’accord. Forster est remplacé au secrétariat d’État pour l’Irlande par Frederick Charles Cavendish.

6 mai 1882 : Le soir même de son arrivée à Dublin, Cavendish est assassiné dans Phoenix Park par les membres d’une société secrète, les « Invincibles ». Gladstone n’a d’autre choix que de présenter un Crime’s bill.

1882 : Fondation de l’Irish National League, qui prend le relais de la Land League, la ligue agraire. Le syndicat paysan fait moins référence au problème de la terre et se transforme en organisation électorale.

1882 - 1885 : Nombreuses tentatives avortées d’attentats de la part des sociétés secrètes.

Mai 1883 : Le pape Léon XIII, tout en manifestant sa bienveillance à l’égard de l’Irlande, regrette « la mauvaise direction prise par le patriotisme irlandais ».

1884 : Naissance de la Gaelic Athletic Association (GAA) de Michael Cusack. Patronnée par l’archevêque Thomas Croke (qui donnera son nom à un stade de jeux gaéliques à Dublin), elle milite pour la pratique des sports traditionnels. La plupart des futurs combattants de 1916-1922 se forment physiquement dans cette association, en apprenant notamment le maniement de la batte de hurley, le hockey irlandais.

24 janvier 1885 : Une explosion souffle trois étages de la Tour de Londres, tandis que deux bombes éclatent à Westminster, dans la crypte et dans le vestibule de la Chambre des communes.

Juin 1885 : Une coalition entre le parti tory de Randolph Churchill et le groupe parlementaire irlandais fait tomber Gladstone. La technique de l’obstruction parlementaire n’étant plus possible, Parnell a en effet choisi de voter tantôt pour les conservateurs, tantôt pour les libéraux, afin de modifier constamment la majorité parlementaire et de se rendre indispensable aux grandes formations. La nouvelle majorité vote une loi donnant la possibilité aux fermiers d’acheter leur exploitation, l’État leur avançant pour cela la somme nécessaire.

1886 : Les élections législatives envoient 335 libéraux, 249 conservateurs et 86 Irlandais à la chambre : à la tête d’une minorité de blocage, Parnell est le maître du jeu et continue à faire et défaire les majorités à sa guise. Gladstone, convaincu que « sa mission est de sauver l’Irlande » et de rehausser le prestige international de l’Angleterre dans cette affaire, soumet aux Communes un projet de Home Rule (d’autonomie) pour l’Irlande. Il préconise la constitution d’un pouvoir exécutif responsable devant un Parlement irlandais qui laisserait le dernier mot à Westminster dans le domaine des affaires extérieures. Le pays s’enflamme, les débats sont passionnés. Le parti libéral se divise : Joseph Chamberlain, par exemple, refuse de suivre Gladstone sur le terrain de l’autonomie politique : il fonde le parti libéral-unioniste, soutenu par une bonne partie de l’élite intellectuelle anglaise. Conduits par lord Randolph Churchill, tous les protestants d’Ulster, dissidents compris, s’y opposent également. Avec courage, Gladstone continue de défendre son projet qui n’obtient finalement que 311 voix contre 341. Un nouveau Coercion Bill, le soixante-treizième depuis quatre-vingt-six ans est voté : il est d’une rigueur exceptionnelle et décrété d’application permanente.

1887 : Face au nouveau gouvernement conservateur soutenu par les libéraux-unionistes, l’agitation agraire reprend, donnant lieu à une nouvelle loi de répression. Le Times accuse Parnell de collusion avec les auteurs du double meurtre de Phoenix Park

1889 : Parnell est innocenté. Mais son image est ternie par sa liaison, pourtant de notoriété publique, avec Katharine O’Shea, une femme mariée. Il sera condamné pour adultère l’année suivante.

1890 : En dépit de la campagne d’opinion qui continue de s’acharner contre lui, Parnell refuse de se démettre pour donner une chance au Home Rule d’aboutir. Le parti irlandais se divise et la majorité, conduite par John Dillon et Michael Davitt, se prononce contre lui.

1891 : William Butler Yeats (1865-1939), chef du mouvement littéraire irlandais, fonde la Société littéraire nationale. Son œuvre est très marquée par le folklore irlandais ainsi que par le symbolisme français. Il recevra en 1923 le prix Nobel de littérature.

1891 : En dépit de son opposition à toute autonomie politique de l’Irlande, la coalition unioniste s’engage dans les réformes agraires. La loi du rachat des terres, présentée par Balfour, crée un fonds de prêts d’État, garantis par la terre, pour distribuer de plus larges crédits aux fermiers désireux de devenir propriétaires. Un Bureau des districts surpeuplés (Congested District Board) est mis en place pour développer les terres pauvres du littoral.

6 octobre 1891 : Mort de Parnell. James Joyce écrira sur cette grande figure du nationalisme irlandais : « Comme un second Moïse, Parnell a conduit son peuple indiscipliné et instable de la terre d’humiliation jusqu’aux frontières de la Terre promise. »

1892 : Revenu au pouvoir pour la quatrième fois, Gladstone, décidément « enchaîné à l’Irlande comme Ulysse à son mât », soumet un nouveau projet de Home Rule qui est voté par les communes. Mais la Chambre des lords le rejette par 378 voix contre 41.

1893 : Le poète celtisant et folkloriste Douglas Hyde (un protestant) ainsi que l’historien Eoin Mac Neill (un catholique) fondent la ligue Gaélique, pour promouvoir la langue nationale et « désangliciser » le pays. Douglas Hyde montre l’exemple en écrivant des poèmes en gaélique. Il faut dire que le nombre de personnes parlant la langue traditionnelle est tombé à moins de 700 000. Il s’élevait encore à 4 millions en 1835.

1894 : Le landlord Horace Plunkett fonde la « Société d’organisation agricole irlandaise » (Irish Agricultural Organisation Society) dont le poète George Russell devient la cheville ouvrière en 1897. Elle fonde des coopératives locales, fournit de la documentation agricole… Les fenians y sont peu favorables, jugeant qu’elle détourne les paysans du vrai combat.

1896 : Création de l’Irish Socialist Republican Party par James Connolly, qui mêle dans son programme revendications politiques et revendications sociales.

1898 : Institution de conseils de comtés élus par tous les électeurs, y compris les femmes, marquant davantage encore la perte d’influence des landlords. Le centenaire du soulèvement de 1798 ranime les passions politiques.

1899 : Arthur Griffith, membre de la ligue Gaélique, prêche dans son journal l’United Irishman la doctrine Sinn Féin : « Nous-mêmes », ou « Nous seuls ». Il préconise le retrait de la représentation irlandaise aux Communes, la constitution d’une contre-société et d’une contre-culture, ainsi qu’une désobéissance passive de grande ampleur : « Cessons toutes relations avec leurs usines et leurs banques, ne demandons plus justice à leurs tribunaux, ne leur payons plus de taxes. »

1899 : Yeats, lady Gregory et Edward Martyn fondent le Théâtre littéraire irlandais. L’âme de cette renaissance littéraire, W.B. Yeats, rêve de dépasser les préjugés de l’Ascendancy pour forger une Irlande qui tirerait de l’union de ses deux traditions rivales la volonté de combattre le matérialisme ambiant : « J’avais remarqué que les catholiques irlandais, parmi lesquels étaient nés tant de martyrs politiques, n’avaient ni le bon goût, ni la courtoisie domestique et la décence de l’Irlande protestante que j’avais connue, mais l’Irlande protestante paraissait ne songer qu’à prospérer dans le monde. Je songeais que nous pourrions rapprocher ces deux moitiés si nous avions une littérature nationale qui rendît l’Irlande belle dans la mémoire et qui pourtant fût libérée du provincialisme par une critique exigeante, une attitude européenne. »

28 octobre 1899 : Publication dans l’United Irishman du manifeste de la brigade irlandaise de Sean Mac Bride qui se bat aux côtés des fermiers boers contre les Anglais dans le Transvaal. Il y désigne l’Angleterre « comme le vampire qui a sucé notre sang pendant des siècles. Ses difficultés sont la chance de l’Irlande ».

1900 : David Patrick Moran fonde un hebdomadaire intitulé The Leader, dans lequel il souligne l’impérieuse nécessité de développer l’industrie irlandaise et d’instaurer des barrières protectionnistes, afin d’inciter les Irlandais à acheter irlandais. Les femmes nationalistes se regroupent quant à elles dans l’association Inghinidhe Nah Eireann fondée par Maud Gonne, l’égérie de Yeats.

1900 - 1918 : John Redmond dirige le groupe parlementaire irlandais qui a retrouvé une certaine unité. Mais tous les Irlandais ne sont pas des home-rulers. Avec le développement de l’instruction et le développement du Gaelic Revival, ils sont nombreux à penser de nouveau à l’indépendance totale.

1903 : Une nouvelle loi agraire des conservateurs, la loi Wyndham, liquide le landlordisme. Grâce à cette « nuit du 4 août de l’Ascendancy », l’Irlande, qui était une terre de grandes propriétés, devient peu à peu un pays de petits propriétaires exploitants. L’État peut racheter des grands domaines pour en distribuer les terres aux fermiers qui lui paient un loyer et peuvent, sur le long terme, devenir propriétaires. Les Irlandais qui ne possédaient que 3 % du territoire en 1872 en auront les deux tiers en 1914. La même année, lors d’une visite officielle de la reine Victoria, la municipalité de Dublin refuse de lui présenter la loyal address traditionnelle.

1904 : Ouverture de l’Abbey Theatre, notamment dirigé par Yeats, qui va donner une série de représentations traitant des grandes heures de l’histoire nationale.

1905 : Le mouvement du Sinn Féin se transforme en parti politique. Il est largement noyauté par les fenians.

1907 : Un projet de loi envisageant de concéder aux Irlandais la haute main sur huit des 45 boards administrés par le Château est rejeté. Yeats se retire après l’échec de la représentation du Baladin du monde occidental de Synge, jugé trop irrévérencieux vis-à-vis de l’Église et de la situation morale de l’Irlande. Installation à Dublin de Tom Clarke, chargé de reconstituer les réseaux de l’IRB et de noyauter les associations de l’opposition extraparlementaire.

1908 : Quelques mois après la grève du port de Belfast, James Larkin, un des dirigeants du syndicat des dockers, rompt avec les trade-unions britanniques et fonde The Irish Transport Workers’Union. Il est bientôt rejoint par James Connolly, avec qui il prend la tête de l’Irish Socialist Republican Party. L’agitation ouvrière prend le relais de l’agitation agraire.

1908 : Pearse ouvre un collège secondaire dans la banlieue de Dublin. Baptisé Saint Enda, il est placé sous l’invocation de Cuchulainn et des vertus héroïques et rencontre rapidement un réel succès. La même année voit également la naissance de la National University of Ireland, créée à l’initiative de l’Église catholique.

1909 : La comtesse Markiewicz fonde les Fianna, une organisation de boy-scouts irlandais.

1911 : Retour des libéraux au pouvoir. Leur réforme constitutionnelle ne laisse plus à la Chambre des lords qu’un veto suspensif de deux ans : plus rien ne semble s’opposer à l’autonomie irlandaise. Tandis que le premier ministre Asquith prépare un nouveau projet de Home Rule, la résistance protestante en Ulster s’organise sous la direction d’Edward Carson, qui prend la tête du Conseil unioniste d’Ulster. Quant à l’IRB, elle lance un nouveau journal, Irish Freedom, prônant l’indépendance totale.

28 septembre 1912 : Carson fait signer par 471 000 Ulstériens une déclaration refusant de reconnaître à l’avance l’autorité de tout gouvernement irlandais créé par le Home Rule.

Janvier 1913 : Vote par les Communes du Home Rule qui ne laisse finalement qu’une autonomie partielle à l’Irlande. Le gouvernement anglais se réserve les politiques extérieure, douanière et monétaire, nécessitant le maintien d’une délégation de 48 députés irlandais à Westminster. Un Parlement de deux chambres est institué à Dublin pour la gestion des affaires locales. Le projet fait presque l’unanimité contre lui : très insuffisant aux yeux de bon nombre de nationalistes, il fait trop de concessions selon les protestants. Comme c’était prévisible, la Chambre des lords repousse le projet, laissant à tous deux années pour organiser la riposte. Les protestants d’Ulster se donnent alors une organisation militaire, qui compte bientôt près de cent mille hommes, « les Volontaires d’Ulster » (Ulster Volunteer Force ou UVF), dont le mot d’ordre est : Not an inch (« ne pas céder un pouce »). Les factieux sont largement soutenus par l’Angleterre dans leur campagne de désobéissance. De leur côté, jugeant avec Eoinn Mac Neill, que « le Nord a commencé », les catholiques se regroupent au sein du Comité de Volontaires irlandais, qui émane du Sinn Féin. Dans son nouveau journal, An barr Buadh (« La Trompette de la victoire »), Pearse exalte l’action directe.

Juillet 1913 - février 1914 : Le maire de Dublin, patron des tramways et de la presse, décide de licencier dans ses entreprises tous les ouvriers membres de l’Irish Transport Workers’Union. L’ensemble des patrons de la ville veulent alors faire signer aux travailleurs des certificats de non-appartenance à l’organisation syndicale de Larkin et de Connolly. Une grève générale, timidement soutenue par les trade-unions britanniques, est déclenchée : 400 entreprises ripostent par un lock-out massif. Larkin est arrêté, mais vite relâché devant l’ampleur de la contestation, qui dure plusieurs mois, au terme desquels les ouvriers garderont la possibilité de s’affilier au syndicat irlandais. C’est durant cette grève que naît la Citizen Army, qui se donne pour mission de protéger les manifestations ouvrières et, à terme, de libérer l’Irlande du joug anglais et capitaliste. Il existe ainsi, après les Volontaires de l’Ulster et le Comité des Volontaires irlandais, une troisième armée privée en Irlande.

Septembre 1913 : Dans le Nord, l’Ulster Unionist Council, présidé par Carson, s’érige en gouvernement provisoire.

20 mars 1914 : Des officiers britanniques du camp de Curragh, près de Dublin, préfèrent démissionner plutôt que d’avoir à affronter les milices ulstériennes.

25 mai 1914 : Le projet de Home Rule est voté une troisième fois par les Communes. Il n’y manque plus que la signature de George V.

24 juillet 1914 : Échec de la conférence cherchant à fixer les limites de la région à exclure du Home Rule Bill. Carson a proposé l’exclusion des 6 comtés de colonisation (Antrim, Down, Armagh, Derry, Tyrone et Fermanagh). C’est cette solution qui sera finalement retenue sept ans plus tard.
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