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L’exportation de la révolution et son échec

1966 : C’est à La Havane qu’a lieu la Ire Conférence tricontinentale de solidarité anti-impérialiste, qui rassemble des Africains, des Asiatiques et des Latino-Américains venus de 82 pays. Les participants proclament le principe du recours à la lutte armée. Cela donne lieu à la création de l’OSPAAL (Organisation de solidarité des peuples afro-asiatiques et de l’Amérique latine) et de l’OLAS (Organisation latino-américaine de solidarité). C’est le point de départ de l’action idéologique et militaire de La Havane, alors centre mondial de l’anti-impérialisme.


Novembre 1966 : Arrivée de Guevara, de quelques volontaires et de membres du comité central du Parti communiste cubain en Bolivie pour participer à la guérilla.


1966-1970 : Années de difficultés économiques dues au déclin des activités industrielles. En 1968, l’État décrète une « offensive révolutionnaire » pour supprimer toute initiative privée en dehors de l’agriculture. Plus de 58 000 petites entreprises commerciales et artisanales sont expropriées et nationalisées en une semaine. L’échec est cuisant, d’autant qu’il n’existe aucune planification.


Avril 1967 : Dans un message à l’OSPAAL, Guevara dit sa conviction de voir s’établir en Amérique latine les conditions de la lutte armée. Il appelle à « créer deux, trois, plusieurs Vietnam ».


Août 1967 : L’OLAS, réunie pour la première fois à La Havane, affirme son soutien à Guevara au moment où le combat engagé en Bolivie se révèle d’autant plus décevant que le Parti communiste bolivien, qui ne maîtrise pas la lutte armée, s’affirme hostile à l’initiative cubaine.


8 octobre 1967 : Guevara est blessé et capturé, puis tué sur ordre du gouvernement bolivien. Il est enterré dans un lieu secret. Sa mort est aussi celle d’une politique étrangère offensive qui prônait le recours à la lutte armée. L’épisode bolivien marque l’isolement définitif de Cuba en Amérique latine. Castro se tourne dès lors vers la consolidation de son régime.


1968 : Cuba ne parvient pas à maintenir son indépendance vis-à-vis de l’URSS et doit s’aligner sur la politique de cette dernière. L’île a en effet besoin du « grand frère » soviétique pour se développer économiquement au moment où l’échec des guérillas sud-américaines fait que les dirigeants cubains ne croient plus à l’imminence d’une explosion révolutionnaire de grande ampleur.


Août 1968 : Lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS, le discours de Castro annonce un durcissement en matière de politique étrangère. Il juge cette invasion nécessaire dans la mesure où la Tchécoslovaquie « se tourne vers le capitalisme et l’impérialisme ». L’année 1968 est celle de l’alignement sur l’orthodoxie brejnevienne.


1969 : Signature avec l’URSS de traités commerciaux favorables à Cuba.


Fin des années 1960 : La liberté d’expression se restreint tandis que les relations entre le pouvoir politique et les intellectuels se dégradent. Ces derniers doivent choisir entre l’autocensure et l’exil. En 1971, le poète Herberto Padilla, après avoir été emprisonné, devra faire publiquement son autocritique et ne sera autorisé à s’exiler que vers 1985. Son cas est loin d’être unique.


La décennie 1970 débute à Cuba sous de bons auspices. L’île se pose en modèle pour l’Amérique latine et étend son influence dans les autres continents, surtout dans le tiers-monde où la révolution cubaine est perçue comme un exemple à suivre.


1970 : Une campagne dirigiste est menée dans toute l’île pour que la production de sucre atteigne les 10 millions de tonnes. Comme elle se limite en fait à 8,5 millions de tonnes, cet échec conduit à l’abandon de la politique volontariste mise en œuvre jusque-là. Dans le discours du 26 juillet 1970, Castro reconnaît ses erreurs en matière de stratégie économique. Il amorce un tournant avec deux grands axes : la lutte contre le sous-développement et la recherche d’une participation de la population aux décisions politiques. Le lider maximo a compris qu’il est impossible de tout centraliser et il cherche à restructurer le Parti. S’ouvre alors une période de l’« institutionnalisation de la révolution », qui consiste à adopter les modèles des pays d’Europe de l’Est en matière de politique intérieure.


1970-1979 : Période d’ouverture diplomatique et économique en direction de l’Amérique latine.


1970-1986 : Des réformes économiques s’inspirant de celles adoptées par l’URSS sont entreprises. Cela remet en cause toute la politique économique des années précédentes, notamment les idées prônées par Guevara. La politique qui s’impose est celle de la décentralisation et d’une plus grande liberté des investissements.


1971 : Après un voyage au Pérou, Castro se rend au Chili que dirige depuis l’année précédente Salvador Allende, élu président à la tête d’une coalition des gauches dite d’Unité populaire, qui sera renversée à l’automne 1973 par un coup d’État militaire dirigé par le général Augusto Pinochet.


1971 : Loi sur le travail obligatoire réprimant l’oisiveté et prévoyant la réclusion des oisifs dans des centres de rééducation. Les années 1970 et 1980 sont marquées par des purges et par une répression vigoureuse des « contre-révolutionnaires ».


1972 : Entrée de Cuba dans le Comecon qui se réunira à La Havane en 1977. L’île s’assure ainsi des débouchés pour ses matières premières et notamment son sucre. Elle reçoit en échange de nombreux produits manufacturés et tout le pétrole dont elle a besoin. Les années 1970 correspondent à la progressive intégration de l’île au sein du camp socialiste.


1972 : Visite de Castro en URSS où il signe de nouveaux accords économiques favorables à Cuba.


1973 : À la conférence des pays non alignés qui se tient à Alger, Castro annonce la rupture des relations de Cuba avec Israël.


1973 : Des élections municipales au suffrage universel ont lieu dans la province de Matanzas.


1974 : Le Soviétique Leonid Brejnev, l’Allemand de l’Est Heinrich Honecker et l’Algérien Houari Boumediene se rendent en visite officielle à Cuba qui rétablit des relations diplomatiques avec Panama et le Venezuela. En revanche, les rapports restent tendus avec la Chine. Des entretiens avec les États-Unis aboutissent à l’assouplissement du blocus économique.


Décembre 1974 : Ier Congrès du Parti communiste cubain et mise en place du Ier plan quinquennal.


1974-1975 : Durant cette période, plus de 40 % du commerce extérieur se fait avec des pays « capitalistes ». Ce chiffre tombera à 13 % en 1985. Cuba occupe le troisième rang mondial dans la production de nickel.


1975 : En constante augmentation, le nombre de visiteurs est alors de 35 000 et atteindra le chiffre de 80 000 en 1980. Cuba est désormais une destination touristique recherchée.


1975 : Fondation du SELA (Système économique latino-américain) avec 22 pays.


1975-1977 : En 1975, la perspective de l’indépendance de l’Angola a déclenché une guerre fratricide entre trois guérillas idéologiquement opposées, l’une soutenue par les États-Unis (FNLA), l’autre par l’URSS (MPLA) et la dernière par l’Afrique du Sud (Unita). En 1977, Castro décide d’y envoyer des troupes au nom de l’« internationalisme prolétarien ». Au cours de l’opération Carlota, plus de 15 000 soldats sont acheminés vers Luanda. Les troupes cubaines ne quitteront l’Angola qu’en 1988, au moment où l’Afrique du Sud renoncera à son mandat sur le Sud-Ouest africain allemand, devenu désormais la Namibie.


24 février 1976 : Proclamation officielle de la Constitution socialiste après sa ratification par un référendum populaire (par 97,7 % de oui contre 1 % de non…), suivie en novembre des élections législatives à l’Assemblée nationale. Plus du tiers des articles du texte constitutionnel sont textuellement empruntés à la Constitution soviétique. La sphère décisionnelle s’élargit, mais l’essentiel du pouvoir reste entre les mains de Fidel Castro, à la fois chef de l’État et du gouvernement et Premier secrétaire inamovible du Parti communiste, tandis que son frère en est le second.


La nouvelle loi fondamentale définit la République de Cuba comme « un État socialiste d’ouvriers et de paysans ». On parle de « pouvoir populaire » à Cuba en affirmant que le pouvoir vient d’en bas. Il n’en est rien puisque, à tous les niveaux de la hiérarchie, les candidats sont proposés par le Parti « sur la base de leurs qualités et de leurs mérites ».


La Constitution garantit des libertés, mais seulement dans une certaine mesure. En effet, « l’éducation est assumée par l’État et doit promouvoir la formation communiste des jeunes générations ». L’article 38 stipule que « la création artistique est libre, aussi longtemps que son contenu n’est pas contraire aux principes de la révolution », « la liberté de parole et de presse est reconnue aux citoyens », mais leur exercice est réservé à l’État. Enfin « il est illégal et punissable d’opposer la foi et la croyance religieuse à la révolution ».


1976 : Premier accord commercial quinquennal avec l’URSS.


1976 : Création du Comité des droits de l’homme qui critique le régime cubain et le mauvais traitement réservé aux dissidents, intellectuels ou non.


1977 : Cuba envoie 5 000 hommes en Éthiopie qui est alors engagée dans la guerre contre la Somalie. En tout, plus de 17 000 soldats cubains auraient participé à ce conflit, aux côtés des troupes du dictateur communiste Mengistu Haïlé Mariam.


1977-1981 : Les relations entre les États-Unis et Cuba se détendent durant la présidence de Jimmy Carter.


Juillet 1978 : Le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants rassemble plus de 18 000 délégués de 45 pays. L’Assemblée nationale approuve le Code de l’enfance et de la jeunesse.


1978 : Le chef du gouvernement espagnol Adolfo Suarez se rend à Cuba.


1978-1979 : Plusieurs milliers de prisonniers sont libérés des geôles cubaines et le dialogue est rétabli avec l’Église catholique. La même année est promulguée une loi dite de « dangerosité » qui stipule que tout individu présentant « un penchant naturel à commettre des délits » peut être emprisonné.


Janvier 1979 : Célébration à La Havane du 20e anniversaire de la Révolution. La capitale cubaine accueille en septembre le VIe Sommet des pays non alignés. Castro devient alors président du Mouvement des pays non alignés et le reste jusqu’en 1983.


À partir de 1979 : La Havane soutient militairement les guérillas et autres mouvements révolutionnaires au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala. Les relations se tendent avec les États-Unis, qui accusent Cuba de vouloir déstabiliser l’Amérique centrale.


Avril 1980 : Fusillade entre un groupe de personnes demandant l’asile à l’ambassade du Pérou et le personnel de sécurité cubain. La protection est retirée au siège diplomatique et en l’espace de deux jours 10 000 personnes se réfugient dans l’ambassade. Des manifestations hostiles aux demandeurs d’asile sont organisées par les Comités de défense de la révolution aux cris de « Que se vayan », c’est-à-dire « qu’ils s’en aillent ».


Castro assouplit sa politique et accorde la liberté d’expatriation à ceux qui en font la demande, ce qui n’était pas le cas auparavant. Dans les cinq mois qui suivent, plus de 120 000 personnes quittent l’île à destination du Pérou et de Miami ; le nombre de chômeurs baisse considérablement et celui des dissidents est ainsi divisé par deux. Le départ de si nombreux Cubains et, parmi eux, de cadres freinera par la suite le développement de l’île.


1980-1985 : L’électricité est apportée à 300 000 logements, soit 85 % des habitations du pays.


1980 : Réforme salariale inspirée de la condamnation de l’égalitarisme prononcée au congrès syndical de 1973.


1981-1989 : Présidence de Reagan durant laquelle les deux pays durcissent leurs positions. Le blocus est renforcé et il est quasiment interdit de se rendre des États-Unis à Cuba.


1982 : Reagan autorise l’installation d’une station de radio en Floride, Radio Martí, équivalent caraïbe de Radio Free Europe, pour renforcer la guerre idéologique contre Cuba.


1984 : Accord sur l’émigration entre les États-Unis et Cuba : cette dernière accepte de rapatrier 3 000 délinquants arrivés aux Etats-Unis, tandis que les seconds s’engagent à fournir 20 000 visas par an à des Cubains ayant des proches sur le territoire américain. L’accord n’est pas respecté par les Américains qui ne délivrent jamais plus de 2 000 visas par an. Le 1er janvier de cette année, Castro avait déclaré : « Cuba ne peut pas plus exporter la révolution que les États-Unis ne peuvent l’empêcher. »


1985 : Avec l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir, les relations entre Cuba et l’URSS se distendent. Lors de la visite du président soviétique en 1989, Castro affirme que chaque pays peut « appliquer ses propres méthodes pour construire le socialisme ».


1985 : À la suite du rétablissement des relations diplomatiques de Cuba avec le Brésil et l’Uruguay, l’isolement de Cuba en Amérique latine prend fin.


Février 1986 : Lancement du « processus de rectification des erreurs et des tendances négatives » lors du IIIe Congrès du Parti communiste. Les idées de Guevara reviennent au goût du jour, notamment sa condamnation du gaspillage. On tente alors de diminuer le coût du travail. Le secteur privé est réduit et les marchés agricoles libres, accusés de corruption et de gains illicites, sont interdits. Ce « processus de rectification » se solde par un échec. En même temps, Cuba s’ouvre sur l’extérieur en tentant d’attirer les capitaux étrangers et en développant le tourisme.


1986 : Selon un rapport d’Amnesty International, le nombre exact de prisonniers politiques à Cuba est inconnu.


Janvier 1987 : Adoption de mesures d’austérité destinées à limiter la consommation, notamment celle d’énergie.


1987 : Le Comecon absorbe près de 90 % du commerce extérieur cubain.


1987 et 1988 : Les États-Unis réclament à l’Onu une condamnation de Cuba pour violations des droits de l’homme, mais la motion n’est pas votée, notamment en raison du refus des pays latino-américains. En revanche, Cuba sera condamnée en 1990 grâce au soutien qu’apportent à la motion les pays d’Europe de l’Est qui viennent de se débarrasser de leurs régimes communistes. En réponse à la question de la journaliste Maria Schriver, Castro définit les droits de l’homme comme le droit à l’éducation, à l’alimentation, à la santé, à l’égalité des chances et à la non-discrimination.


1988 : Plus de 30 pays d’Afrique et du Moyen-Orient reçoivent des aides de Cuba qui leur envoie médecins, enseignants et techniciens de toutes sortes.


1988 : Les pays latino-américains plaident pour l’entrée de Cuba au Conseil de sécurité de l’Onu, signe du rapprochement de l’île avec ses voisins américains. La même année, les troupes cubaines présentes en Angola se retirent.


 


 

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