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Cuba dans l’empire espagnol d’Amérique


27 octobre 1492 : Cuba, la « perle des Antilles », est découverte par Christophe Colomb. L’explorateur décrit ses villages aux rues droites et ordonnées qu’il compare à des camps. Très rapidement, l’île va occuper une position stratégique majeure sur la route maritime reliant l’Espagne à l’Amérique latine. Elle devient également une base de départ pour l’exploration des pays riverains du golfe du Mexique. Dans les premières décennies de la conquête, les colons fondent des petites villes qu’ils ne quittent guère, en raison de la crainte que leur inspirent les Indiens. Les montagnes leur restent étrangères pendant de longs siècles : une grande partie de l’île est ainsi demeurée jusqu’au XXe siècle à l’écart de toute autorité étatique.


1494 : Second voyage de Colomb à Cuba dont il explore la côte méridionale. Il pense alors que l’île est la Terre ferme, c’est-à-dire le continent.


1494 : La première colonie est installée à l’est de Cuba, dans le port de Santo Domingo, sur l’île d’Hispaniola dont le premier gouverneur est Nicolas de Ovando.


20 juin 1500 : L’humanisme chrétien anime la monarchie espagnole. La reine Isabelle la Catholique se prononce contre la politique esclavagiste de Colomb et accorde aux Indiens le statut de vassaux plutôt que celui d’esclaves. Une instruction datée de décembre 1503 réitère l’ordre royal de traiter les indigènes en égaux des Espagnols, avec lesquels ils ne forment qu’un seul peuple. L’Indien ne doit être soumis qu’à la mita, c’est-à-dire au travail obligatoire mais rémunéré. Les Rois catholiques considèrent l’évangélisation des Indiens comme leur premier devoir.


1503 : Massacre d’Indiens à Xaragua (dans l’île d’Hispaniola) mené par Ovando.


14 juillet 1503 : Création à Séville de la Casa de contratación. Les Rois catholiques confient à cette chambre de commerce le contrôle du mouvement des marchandises et des personnes entre Séville et les Antilles. Elle est surtout chargée de percevoir le quint royal sur les métaux précieux.


1508 : Sebastian de Ocampo prouve que Cuba est une île en la contournant entièrement avec ses deux caravelles.


1509 : L’Inquisition est instaurée par cédule royale dans le Nouveau Monde. L’Église joue immédiatement un rôle important dans l’administration et s’implante de ce fait très rapidement dans l’île.


1511 : Le gouverneur d’Hispaniola, Diego Colón, décide la conquête de Cuba, entreprise dont il charge Diego de Velasquez, présent depuis 1494 dans les Caraïbes où il est arrivé avec Colomb. Velasquez prétend adopter à l’égard des Indiens des méthodes moins brutales que celles de Ovando. Les conquistadores, partis de l’île d’Hispaniola, débarquent à Baracoa, ville peuplée de Taïnos. L’adversaire de Velasquez, le cacique indien Hatuey, est capturé par les Espagnols puis brûlé vif. Le dominicain Las Casas rend compte de cet événement qu’il déplore. Si la résistance indienne ne cesse pas avec la mort de Hatuey, les indigènes sont néanmoins forcés de fuir dans les montagnes. On les désigne alors sous le nom de Cimarrones.


Né non loin de Valladolid en 1465, Velasquez est l’un des plus grands conquistadores des Indes occidentales. Il est décrit comme « un homme de grande valeur, d’une beauté singulière, d’agréables manières et d’une grande force de caractère ». Respecté de tous pour son efficacité, il est l’un des hommes les plus riches de l’Amérique de ce temps et possède, sur la place principale de Santiago de Cuba, une superbe demeure de style mauresque qui rappelle celles de Séville. Il occupe également la fonction de « répartiteur d’Indiens » qui consiste à distribuer ces derniers entre les propriétaires. En dépit du caractère injuste de ce système, il tente d’assurer aux indigènes le meilleur traitement possible.


En tant que gouverneur de Cuba, Velasquez est à l’origine de la fondation de sept cités qui reçoivent le titre de villas correspondant à un certain nombre d’attributs, dont un conseil des familles participant à l’administration de la ville et des terres d’alentour. Le gouverneur fonde ainsi Notre-Dame de l’Ascension dans la province indienne de Baracoa en 1511, puis dès 1514 la Sanctissime Trinidad dans la baie de Cienfuegos, Sancti Spiritus et San Cristobal de La Habana (alors sur la côte sud). Suivent en 1515 Santa Maria de Puerto Principe et Santiago, dont Hernan Cortés devient le premier maire.


Les gouverneurs qui lui succédèrent n’ont guère laissé de témoignages utilisables par les historiens. Cuba n’a eu pour gouverneur qu’un capitaine général rattaché au vice-royaume de la Nouvelle-Espagne, le Mexique, et relevant pendant longtemps de Saint-Domingue pour sa juridiction, les officiers royaux dépendant de la Casa de contratación de Séville.


1513 : Les terres de l’île deviennent espagnoles. Par un décret royal, Ferdinand d’Aragon fixe les droits et devoirs des colons qui doivent s’organiser en encomienda. Il s’agit de répartir les Indiens entre les domaines auxquels ils seront rattachés et où ils serviront. En échange, les encomenderos devront entretenir et armer un cheval, au service de l’État. Toutefois, les projets de Velasquez s’avèrent difficiles à réaliser car les Indiens meurent, refusent de travailler ou s’enfuient.


1514 : Fondation de Santa Maria de Puerto Principe sur le site de l’actuel port de Nuevitas. La ville est rapidement transférée à l’intérieur des terres en raison de la fréquence des incursions des pirates. Elle porte aujourd’hui le nom de Camagüey.


1517 : Une première expédition menée par Francisco Hernandez de Cordoba part de La Havane pour le Yucatán. Beaucoup d’Européens quittent Cuba où ils avaient escompté faire rapidement fortune en trouvant de l’or. Ainsi, Hernan Cortés, arrivé en 1511 avec Velasquez, lance une expédition vers le Mexique depuis l’île en 1519. Ces expéditions à partir de Cuba, véritable marchepied vers l’Amérique centrale et méridionale, constituent un tournant dans l’histoire de l’île et de l’empire espagnol en Amérique.


1518 : La première cathédrale de Cuba est construite à Baracoa.


1522 : Le siège cathédral est transféré à Santiago en raison des difficultés de communication dans la région de Baracoa. Les évêques résident pour leur part à La Havane.


1523 : Début de la culture de la canne à sucre à laquelle la température élevée et la grande humidité des sols de Cuba sont propices. L’économie de l’île a longtemps dépendu de cette monoculture vers laquelle se sont tournés les colons, constatant l’impossibilité de s’enrichir par la seule exploitation des ressources minières, rapidement taries. Dès l’origine, le sucre constitue une véritable monnaie.


Cuba fonde sa richesse à la fois sur le commerce illicite avec les pays voisins (îles des Caraïbes, Mexique, Amérique du Sud) et sur le commerce avec la métropole espagnole et ses autres colonies.


1524 : Mort de Velasquez.


1525 : Le pouvoir royal espagnol délaisse les îles des Antilles pour la Terre ferme. Il se décharge sur les colons qui restent à Cuba des frais d’administration et, ce faisant, leur cède le pouvoir réel. C’est l’origine de la puissance des « seigneurs de la terre » de Cuba.


1527 et 1529 : Des colons sont tués par des Indiens.


1527 : Des mesures sont prises contre la dépopulation de l’île due à l’extinction progressive des Indiens, qu’ils soient originaires de Cuba ou bien importés des îles voisines : un millier d’esclaves noirs doivent arriver à Cuba pour les remplacer dans les plantations. La traite vers Cuba débute alors mais ne prend vraiment son ampleur qu’à partir de 1595.


1529 : Sous la pression de Las Casas, le roi d’Espagne crée le statut de protecteur des Indiens.


1537 : Les côtes cubaines subissent les assauts des corsaires français. Santiago est attaquée en 1538, 1540, 1554 et 1558. En 1555, la campagne française atteint son apogée lors du sac de La Havane par le corsaire Jacques de Sores. Pour la première fois dans l’histoire de Cuba, Blancs, Noirs et Indiens s’allient pour défendre leur île.


1538 : Les gouverneurs de Cuba, les adelantados qui sont d’anciens conquistadores, quittent leur résidence de Santiago pour s’établir à La Havane. Les autres villes sont tenues par un lieutenant.


1538 : Rébellion noire à Cuba.


1541 : La Couronne interdit le système de l’encomienda.


1544 : D’après les chiffres d’un contemporain, la population de l’île avoisine les 7 000 habitants dont 5 000 Indiens, 800 esclaves noirs et 660 colons espagnols. On estime que les Indiens étaient une centaine de milliers un siècle plus tôt.


Milieu du XVIe siècle : Les navires chargés d’argent provenant du Pérou et du Mexique font escale à Cuba. L’île devient dès lors une étape incontournable sur la route des Indes occidentales et du Nouveau Monde.


1561 : Philippe II ordonne l’érection à La Havane de forteresses et d’un ensemble défensif dont le Castillo de la Real Fuerza est l’emblème. Cependant, l’île demeure la proie des pirates français, portugais puis anglais car le reste des côtes n’est pas fortifié.


1570 : Seules 270 familles espagnoles sont présentes à Cuba car l’or y est déjà épuisé.


1574 : Le gouvernement espagnol reconnaît les mariages mixtes.


1576 : Les premières plantations de sucre de grande taille apparaissent. De nombreux esclaves noirs y travaillent. On estime leur nombre à 20 000 en 1606. À la fin du XVIe siècle, l’industrie du sucre prend son véritable essor grâce à cette main-d’œuvre.


1586 : Voyage du roi Philippe II à Cuba.


1595 : Quinze colons de La Havane parviennent à construire chacun leur moulin à sucre, l’ingenio mû par la force hydraulique.


 


Le XVIIe siècle voit l’établissement de la société coloniale et la naissance d’une classe de grands propriétaires qui s’enrichit considérablement en peu de temps. Les colons parviennent alors à établir les fondements d’une économie prospère et non plus de simple subsistance, comme c’était le cas au siècle précédent. L’importance des ports de La Havane et de Santiago se renforce du fait de leur situation sur la route vers les Amériques.


Début du XVIIe siècle : On commence à exporter du sucre vers l’Espagne. Cuba est la première île de l’empire espagnol d’Amérique à utiliser des esclaves et, avec Porto Rico et Hispaniola, à cultiver la canne à sucre. Le tabac, cultivé entre La Havane et Trinidad, ainsi qu’à l’ouest de l’île, vers Pinar del Río, devient à son tour une production importante. Ces deux cultures sont les moteurs de l’économie de l’île.


1606 : Cuba est divisée en deux gouvernements : La Havane et Santiago.


1609 : Fondation de la ville de Santa Clara dans la plaine centrale de Cuba.


1614 : La Couronne autorise la libre production de tabac, alors considéré comme « chose d’Indien ou de Nègre : une surprenante trouvaille et dangereuse tentation du Diable ».


1628 : Alors que l’Espagne est en guerre contre les Hollandais, ces derniers tentent de s’emparer de La Havane. Piet Heyn et ses hommes attaquent la flotte d’argent qui arrive du Mexique. Elle est constituée de métaux précieux du Nouveau Monde acheminés par mer vers l’Espagne. À l’aide d’une flotte de 32 navires, de 700 canons et de 3 500 soldats, Piet Heyn parvient à s’emparer de 8 navires et de leur extraordinaire butin : « de l’argent, de l’or, des perles, de l’indigo, du sucre, de l’acajou et de riches fourrures ».


Milieu du XVIIe siècle : Cuba compte 30 000 habitants. Les nouveaux colons sont peu nombreux. Le changement se produit en 1655 avec l’arrivée de 10 000 colons espagnols venus de Jamaïque, forcés à l’exil par les Britanniques, après l’envoi par Oliver Cromwell d’une flotte chargée d’attaquer les possessions espagnoles des Antilles. Des Noirs arrivent de Saint-Domingue à partir de 1791 et de Louisiane après 1808.


1670 : L’Espagne signe un traité avec l’Angleterre : les Anglais présents en Jamaïque cessent alors leurs attaques contre Cuba. Un traité similaire est signé avec la France en 1697. La fin du XVIIsiècle apporte l’espoir de voir la sécurité et la paix s’installer à Cuba pour une durée prolongée.


 


1717 : Une cédule royale établit le monopole de la Couronne sur la commercialisation à prix fixé du tabac, si bien que les paysans cultivateurs de tabac, les vegueros, se rebellent et obligent les hauts fonctionnaires à fuir en Espagne.


Juillet 1741 : Les Anglais, qui représentent depuis longtemps une menace pour Cuba, s’emparent de Guantànamo, renommée baie de Cumberland : ils ne se sont pas attaqués à La Havane ni à Santiago, trop bien défendus. Cette victoire de l’amiral Vernon marque le début d’une ère nouvelle où l’hégémonie sur Cuba est disputée entre l’Espagne et l’Angleterre, puis entre l’Angleterre et les États-Unis.


Milieu du XVIIIe siècle : Le banditisme se développe dans les campagnes. Au XIXe siècle, il fournira bon nombre de soldats à l’armée rebelle indépendantiste.


1762 : Les Britanniques occupent La Havane et une partie du nord de l’île pendant la guerre de Sept Ans. La défaite est particulièrement humiliante pour Cuba qui tombe aux mains du comte d’Albemarle et de ses 14 000 soldats. Cuba s’ouvre alors au commerce international, notamment grâce au port de La Havane.


1763 : La souveraineté espagnole est rétablie à la suite d’accords entre la France, l’Espagne et la Grande-Bretagne. Le gouverneur de La Havane, le comte de Ricla, entreprend la restauration et l’aménagement du port, tirant parti des conseils éclairés des Anglais. Le commerce devient libre entre Cuba et la plupart des ports espagnols dans les années qui suivent.


L’île bénéficie également des réformes souhaitées et entreprises par le roi Charles III qui règne de 1759 à 1788 : des progrès sont accomplis dans l’agriculture, de nouvelles routes sont construites et plus de 70 Sociétés des Amis du pays sont créées par des notables favorables à la recherche économique et sociale.


1779 à 1783 : Lors de la guerre d’Indépendance des États-Unis, débutée en 1776, Cuba noue des liens commerciaux avec les différents États américains. De nombreuses familles de planteurs cubains s’enrichissent alors et profitent en outre de la révolte des Noirs de Saint-Domingue, de 1791 à 1795, qui permet à Cuba de devenir la grande île sucrière. Elle se substitue à Saint-Domingue comme première exportatrice de sucre vers l’Europe et le reste du monde. Les ingenios, c’est-à-dire les plantations, se multiplient sur les côtes et à l’intérieur du pays. Deux régions sont particulièrement vouées à la culture du sucre : la vallée de Güines et la plaine de Colón.


Dès la fin du XVIIIe siècle, le sucre est devenu l’élément essentiel de l’économie cubaine. La monoculture sucrière explique la dépendance économique de l’île vis-à-vis de l’extérieur. Dès 1798, Arango y Parreño note que « Cuba n’a d’autre alternative que celle-ci : ou périr ou vendre son sucre à l’étranger, sans aucune interruption ». En 1800, la production de sucre atteint 26 000 tonnes, contre 1 450 en 1762.


D’un point de vue politique, l’île se divise en deux gouvernements, celui de La Havane et celui de Cuba, qui comprend les districts de Santiago, Bayamo, Holguín et Baracoa, situés dans la partie orientale de l’île. Celle-ci est sous l’autorité d’un capitaine général, Luis de Las Casas y Aragorri de 1790 à 1796.


1789 : L’autorisation d’introduire librement des esclaves à Cuba succède au système de contrôle et de contrats. La traite devient alors une source d’activités des plus lucratives.


1790-1867 : Plus de 780 000 esclaves arrivent à Cuba. Ainsi l’île est le premier importateur d’esclaves de l’empire espagnol.


1790 : Le travail salarié se développe, surtout dans la culture du tabac et l’industrie du sucre.


1791 : Rébellion des esclaves à Saint-Domingue. À partir de 1793, de nombreux réfugiés français arrivent à Cuba où ils contribuent à la révolution agricole : les plantations de café de type français s’y étendent et la production de ce précieux produit connaît une croissance considérable. 


1795 : Nicolas Morales, un Noir libre, crée une organisation favorable à l’indépendance et à l’abolition des taxes levées par le gouvernement espagnol. Pour la première fois, l’idée d’indépendance est évoquée à Cuba.


1790-1860 : L’île connaît l’apogée de l’économie coloniale, favorisée par l’arrivée de nombreux immigrants venus des îles voisines, qui représentent une nouvelle force de travail.

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