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Une indépendance fragile

11 mars 1985 : Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du Parti Communiste d’Union soviétique.


18 juin 1987 : Reconnaissance du génocide arménien de 1915 par le Parlement européen. Il a déjà été reconnu deux ans plus tôt par la sous-commission des Droits de l’Homme de l’ONU sur la discrimination et la protection des minorités.


Février 1988 : Plusieurs centaines de milliers d’Arméniens manifestent à Erevan pour exiger le retour à l’Arménie des territoires qui en ont été séparés au cours des années vingt : le Haut Karabagh et le Nakhitchevan rattachés à l’Azerbaïdjan et la région d’Akhalkalaki absorbée par la Géorgie. Le projet de construction d’une usine de caoutchouc synthétique potentiellement très polluante contribue également à la mobilisation des mécontents.


17 mars 1988 : Un pogrom antiarménien perpétré par des Azéris fait des dizaines de morts à Soumgaït, la deuxième ville d’Azerbaïdjan.


28 mai 1988 : Nouvelle manifestation à Erevan, à l’appel de l’Union pour l’Indépendance nationale. Elle entend commémorer la naissance de l’éphémère République arménienne indépendante en mai 1918. Les drapeaux rouge bleu et orange de l’ancienne république, pourtant interdits, sont nombreux dans la foule alors que la police reste passive. Hué, le responsable communiste d’Erevan ne peut prendre la parole.


17 juin 1988 : Le Parlement d’Azerbaïdjan s’oppose au rattachement à l’Arménie de la région du Haut Karabagh peuplée à 75 % d’Arméniens. Le 12 juillet suivant, les députés arméniens de la région autonome du Haut Karabagh défient le pouvoir soviétique et les Azéris en proclamant le détachement de leur région de la République soviétique d’Azerbaïdjan et en affirmant leur volonté de rattachement à l’Arménie voisine. Des renforts de troupes soviétiques sont acheminés vers Stepanakert, le chef-lieu du Haut Karabagh où la grève est totale et où tout rassemblement est interdit.


7 décembre 1988 : Un terrible séisme affecte l’Arménie. Son épicentre se trouve à Spitak, à une centaine de kilomètres d’Erevan. Les villes de Leninakan et de Kirovakan sont durement touchées et des hopitaux d’Erevan se sont écroulés sur leurs occupants. Le bilan est de cinquante mille morts et de quatre cent mille sans abri. Incapables de faire face, les autorités soviétiques ne peuvent qu’imposer le couvre-feu pour empêcher les pillages. Les autorités soviétiques arrêtent les responsables du comité Karabagh qui ne seront liberés qu’au mois de juin suivant.


1990 : Le chef du Comité Karabagh, fondateur du Mouvement national arménien, Levon Ter Petrosian, sort vainqueur des élections organisées en Arménie.


19 août 1991 : Échec à Moscou de la tentative de coup d’État visant à stopper le processus de réformes engagé par M. Gorbatchev. C’est l’occasion pour Boris Eltsine, le président de la république de Russie, d’apparaître comme le nouvel homme fort.


2 septembre 1991 : L’Azerbaïdjan proclame son indépendance. Le Haut Karabagh s’en sépare et reste au sein de l’URSS en vertu de la loi en vigueur sur la sécession des provinces autonomes. Le 2 novembre suivant, l’Azerbaïdjan supprime le statut d’autonomie du Haut Karabagh et déclenche des opérations militaires contre le territoire sécessionniste mais le référendum organisé le 10 décembre 1991 légitime son indépendance.


21 septembre 1991 : L’Arménie proclame son indépendance à l’issue d’un référendum et Levon Ter Petrosian est élu président de la république.


Décembre 1991 : Boris Eltsine crée le 8 décembre, avec l’Ukraine et la Biélorussie, une Communauté des États indépendants appelée à se substituer à l’URSS et à laquelle se rallient le 21 huit autres républiques ex-soviétiques (seules manquent les trois républiques baltes et la Géorgie). Le 25, Gorbatchev quitte le Kremlin et le drapeau russe y remplace le drapeau soviétique. L’URSS n’existe plus.


1991 marque le début d’une transition économique difficile marquée par l’explosion de l’ancien espace soviétique et le blocus imposé par la Turquie en raison du conflit arméno-azéri. Lié au complexe militaro-industriel soviétique, le secteur secondaire s’effondre, la pénurie des ressources énergétiques se révèle catastrophique et le PIB s’effondre de 61 % au cours des trois années suivantes. Pénuries, inflation et chômage se développent de manière inquiétante. Pour faire face et obtenir l’aide internationale, le gouvernement arménien décide dès 1991 la privatisation des terres, puis la libération des prix en janvier 1992. Les subventions versées naguère pour garantir l’accès de tous aux biens et services de première nécessité sont supprimées en décembre 1994. Entretemps, en novembre 1993, une nouvelle monnaie, le dram, a été créée. Ces réformes ont des effets bénéfiques en réduisant l’inflation de manière spectaculaire ; l’aide de la Banque mondiale et du FMI s’avère décisive, d’autant que l’Arménie est vite considérée, du fait de sa politique de rigueur, comme un bon élève en matière d’ajustement structurel. Malgré l’aide apportée par la diaspora arménienne et les ressources en matière grise du pays (compromises par une forte émigration), la situation demeure fragile et la croissance reste insuffisante. La moitié de la population arménienne vivrait aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté et le pays, étouffé en partie par le blocus turc qui l’oblige à maintenir des liens étroits avec la Russie, doit surtout échapper à la tiers-mondisation.


Mars 1992 : Les affrontements se développent dans le Haut Karabagh dont les Arméniens prennent le contrôle. Les combats se poursuivent au cours du printemps et de l’été et Azéris et Arméniens se rejettent les uns sur les autres la responsabilité de la situation. En mai les forces arméniennes s’emparent de la ville de Chouchi et ouvrent le couloir humanitaire de Latchine permettant de relier le Haut Karabagh à l’Arménie. Un cessez-le-feu est signé en 1993 et confirmé l’année suivante. Dès mars 1992, la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe a réuni à Minsk une conférence visant au rétablissement de la paix et a chargé un groupe de neuf pays dont la Russie, la Turquie, la France et les États-Unis de faire des propositions qui succèdent aux initiatives russes, jusqu’à la présidence tripartite française, russe et américaine en 1997. Les discussions échouent, les Arméniens avançant leur droit à l’autodétermination alors que les Azéris invoquent le respect de l’intégrité territoriale de leur État.


Juin 1992 : L’Arménie adhère à la Zone de Ccoopération économique de la mer Noire.


1995 : L’élection à la tête du patriarcat d’Etchmiadzine du caholicos d’Antelias scelle la réunion des deux pôles religieux de l’Arménie.


5 juillet 1995 : Adoption par référendum du projet de constitution préparé par l‘Assemblée élue en août 1990. Cette constitution s’inspire de celle de la Ve République française. L’amendement réduisant les pouvoirs présidentiels soumis à référendum en mai 2003 n’a pas été adopté, faute d’une participation suffisante à la consultation.


Septembre 1996 : L’élection de Levon Ter-Petrossian comme président de la République semble avoir été entachée de nombreuses fraudes, ce qui déclenche de violentes manifestations débouchant sur la prise d’assaut du Parlement et le déploiement de l’armée dans la capitale.


29 août 1997 : L’Arménie conclut avec Moscou un traité de coopération militaire et d’assistance mutuelle pour vingt-cinq ans, qui fait suite aux accords de 1995 relatifs au maintien de bases militaires russes sur son territoire. Elle réagit aux positions américaines de règler le conflit du Karabagh par un échange de territoires (Karabagh contre Zanguezour) qui assurerait une continuité territoriale entre Turquie et Azerbaïdjan, tout en coupant l’Arménie de l’Iran. Même si elle a reconnu l’Arménie, la Turquie n’entretient pas de relations diplomatiques avec son voisin, lui impose un blocus très dommageable à son économie, refuse toujours de reconnaître le génocide de 1915 et soutient l’Azerbaïdjan sur la question du Karabagh et à propos du projet d’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan dont l’objectif avoué est de contourner la Russie et l’Arménie pour l’évacuation du pétrole de la Caspienne.


1997 : Ter Petrossian cède aux pressions américaines à propos du Haut Karabagh mais il doit démissionner en février 1998 et se voit remplacé à la tête de l’État arménien par Robert Kotcharian, ex-président du Haut Karabagh, élu président le 30 mars. La manœuvre américaine, engagée hors OSCE, échoue donc. En 1998, c’est la partie azérie qui bloque les discussions.


29 juin 1999 : Mort du catholicos Karékine Ier, élu patriarche en 1995, qui a réalisé, avec le pape Jean Paul II, venu visiter l’Arménie en septembre 2001, la réconciliation avec l’Église catholique romaine.


27 octobre 1999 : Le président du Parlement, Karen Demirdjian, et le chef du gouvernement, Vazken Sarkissian, sont abattus en public en plein Parlement.


25 janvier 2001 : l’Arménie devient membre à part entière du Conseil de l’Europe.


29 janvier 2001 : La France reconnaît par une loi d’État le génocide arménien.


Avril 2001 : Après que Robert Kotcharian et Heidar Aliev, présidents arménien et azéri, ont conclu à Paris en début d’année une série d’accords à propos du Haut Karabagh, un plan de règlement est adopté à Keywest sous l’égide de Colin Powell mais il est dénoncé par Aliev dès son retour à Bakou.


Décembre 2002 : L’Arménie adhère à l’Organisation mondiale du commerce.


2003 : Les élections présidentielles et législatives qui ont lieu en mars et en mai voient la victoire du président sortant Robert Kotcharian et celle de son parti, le parti républicain.


Forte de son indépendance retrouvée, l’Arménie, réduite à une faible partie de son territoire « historique » doit affronter de redoutables défis. Selon Claire Mouradian et Armand Sarian, «… l’identité arménienne apparaît vigoureuse, avec toute la palette des marqueurs : conscience d’un passé ancien, parfois prestigieux, souvent difficile, au carrefour des Empires, Église nationale, langue très tôt dotée de son alphabet, culture originale, territoire de référence porteur de vestiges monumentaux. Mais c’est une identité de survivants. Les vicissitudes de l’Histoire (invasions, partages, disparition de l’État), le deuil impossible d’un génocide nié, la nostalgie à l’égard des provinces perdues d’Anatolie et du Caucase, enfin la dispersion (plus de la moitié des six à sept millions d’Arméniens vivent en dehors de la République d’Arménie) entretiennent la perception d’une existence nationale menacée. » Il faut ajouter les faiblesses de l’économie, les effets d’une émigration inquiétante – qui fait que le pays perd des hommes au moment où il a, de fait, regagné vers l’est certains de ses territoires historiques – et, surtout, un environnement géopolitique incertain dans lequel l’Arménie s’inscrit comme un élément de l’axe Moscou-Erevan-Téhéran face à celui unissant Ankara, Tbilissi, Bakou et Tachkent sous la houlette américaine. Le fait qu’elle se retrouve ainsi au cœur du nouveau « grand jeu » eurasiatique n’est pas la moindre des difficultés qu’elle devra demain surmonter.

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