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Les commencements de l’Arménie chrétienne

Il est possible que, comme dans la Cappadoce voisine, le christianisme ait été prêché en Arménie dès l’âge apostolique mais les traditions qui évoquent l’intervention de Simon et de Barthélémy n’apparaissent que tardivement, au VIIIe siècle, et semblent avoir alors pour fonction la justification de la volonté d’indépendance de l’Église locale. Celle relative à Thaddée semble en revanche plus solide. Ce disciple de Jésus aurait converti le roi d’Édesse Abgar, qui régnait alors sur une partie de l’Arménie. À la mort de ce souverain, son neveu Sanatrouk aurait martyrisé Thaddée en 66 à Artaz, ainsi que sa propre fille devenue chrétienne. Cette première évangélisation semble confirmée par des sources historiques au début du IVe siècle mais ne concerne que l’Arménie méridionale. Elle a cependant laissé des traces dans le vocabulaire arménien relatif à la religion puisque de nombreux termes y sont d’origine syriaque. Dès la fin du IIe siècle, il apparaît que des communautés chrétiennes, évoquées par l’Africain Tertullien et constituées initialement par des missionnaires venus d’Édesse, existent en Arménie. Minoritaire, le christianisme se développe alors dans la clandestinité, à côté des cultes païens.


298-330 : Règne de Tiridate III.


Vers 301-304 (selon L’Histoire d’Arménie de Moïse de Khorène) : L’action de Grégoire l’Illuminateur – fils d’un seigneur parthe selon la Chronique d’Agathange (milieu du Ve siècle) – aboutit à la conversion au christianisme du royaume arménien. Selon la tradition, le roi Tiridate a été puni et transformé en sanglier pour avoir fait martyriser plusieurs religieuses, puis guéri après avoir accepté la foi chrétienne. Dans ce cas, la conversion officielle de l’Arménie aurait précédé la promulgation, en 313, de l’édit de Milan par lequel Constantin a décidé de tolérer le culte chrétien dans tout l’Empire. Cette conversion éloignait l’Arménie de la Perse sassanide et la rapprochait du monde romain. Tiridate décide la destruction des temples païens et Grégoire reçoit à Césarée de Cappadoce la consécration épiscopale des mains de l’archevêque Léonce. Le premier patriarche arménien dépend ainsi de Césarée. À son retour, il baptise dans les eaux de l’Euphrate le roi et sa suite et entreprend l’évangélisation du pays.


Celle-ci s’effectue difficilement et Grégoire doit souvent, dans un premier temps, s’appuyer sur la force armée pour imposer la nouvelle religion. Il fonde des évêchés à Vagharchapat, à Artachat et à Dwin.


325 : Aristakés, fils cadet et successeur de Grégoire, représente l’Église d’Arménie au concile de Nicée. Il sera assassiné ensuite par un seigneur demeuré païen. Son aîné, Vertanès, le remplace et échappe de peu au même sort dans l’église édifiée à la place du temple de Vahagn à Achtichat. Le fils de celui-ci, Grigoris, devenu patriarche des Ibères (Géorgiens) et des Albans est martyrisé par un prince arsacide resté fidèle au paganisme.


Vers 330-340 : Le christianisme arménien réussit à s’imposer.


Vers 350 : Le patriarche Nersès réunit à Achtichat un synode qui organise l’Église arménienne, condamne les survivances païennes et impose aux communautés religieuses une discipline inspirée de la règle du Grec saint Basile. Le principal siège de l’Église arménienne est alors à Achtichat, qui ne sera supplantée que plus tard par Vagharchapat (Edjmiatzin).


La société arménienne de l’époque apparaît marquée par l’existence d’une féodalité de grands seigneurs inspirée du modèle parthe, avec laquelle le roi est contraint de partager le pouvoir.


Khosrov II Kotak, successeur de Tiridate, transfère la cour de Varghachapat à Dwin, la nouvelle capitale bâtie au nord d’Artachat.


338 : Tiran succède à Khosrov II. Il doit compter avec une noblesse turbulente et avec un clergé qui entend affirmer son indépendance vis-à-vis du pouvoir royal.


Vers 350 : Avènement d’Archak II.


359 : Le roi écarte saint Nersès de sa charge de patriarche car il lui reproche sa collusion avec les factions nobiliaires qui lui sont hostiles. Il le remplace par Sahak que les adversaires du monarque désignent comme « un homme de rien ». La même année, Archak est contraint, du fait de la faiblesse romaine, de se rapprocher temporairement du souverain sassanide.


360 : Lors de l’entrevue de Césarée où il rencontre l’empereur Constance, Archak fait le choix de l’alliance romaine.


363 : Archak soutient la campagne de Julien contre les Parthes. Quand l’empereur romain est tué, son successeur, Jovien, négocie avec le souverain sassanide Chahpouhr II, lui abandonne les territoires situés à l’est du Tigre et s’engage à ne plus soutenir l’Arménie, un engagement qualifié de « fatal et impie » par l’historien Ammien Marcellin.


364 : Chahpouhr envahit l’Arménie.


368 : Archak et le commandant de son armée, Vasak Mamikonian, se rendent à Ctésiphon, la capitale sassanide. Le roi est emprisonné et son général écorché vif.


371-374 : Règne de Pap, le fils d’Archak, qui est soutenu par l’empereur romain Valens. Le pays est reconquis sur les Perses, avec l’aide des Romains, par Mouchegh Mamikonian.


372 : Les Perses subissent une lourde défaite près de Bagawan.


373 : Le roi fait emprisonner saint Nersés et nomme un certain Housik patriarche mais saint Basile, patriarche de Césarée, interdit à celui-ci de consacrer les évêques en Arménie. Confronté à l’hostilité de la noblesse et du clergé, accusé de complicité avec l’ennemi perse, le roi est finalement exilé en Cilicie et exécuté par les Romains.


374-378 : Règne de l’Arsacide Varazdat, appuyé par les Romains puis finalement exilé par eux dans les îles Britanniques quand son pouvoir est renversé par un chef militaire, Manouel Mamikonian. Ces événements signifient la victoire de la noblesse sur une monarchie dont elle est prompte à contester l’autorité.


378 : Confronté à la menace des Goths, Valens rappelle en Europe les forces romaines stationnées en Arménie. Manouel Mamikonian doit alors accepter de se soumettre au souverain parthe sassanide. Chahpouhr II impose à l’Arménie un gouverneur et le paiement d’un tribut.


À la mort de Chahpouhr, Manouel fait couronner Archak III et nomme un second souverain en la personne du frère cadet de ce dernier, Vagharachak. Les deux princes sont mariés à des filles issues des grandes familles aristocratiques, ce qui doit assurer l’unité du royaume et est sans doute encouragé par l’empereur Théodose Ier.


385 : Mort de Manouel Mamikonian. Vagharchak meurt l’année suivante.


386 : Privé de son tuteur, Archak III ne peut faire face aux factions nobiliaires qui se tournent vers le roi parthe Chahpouhr III. Celui-ci place Khosrov III à la tête de l’Arménie. Archak III doit fuir et rechercher la protection des Romains qui lui permettent de conserver l’Arménie occidentale.


Fin du IVe siècle : L’Arménie se trouve partagée en deux parties à la suite d’un accord entre Romains et Perses survenu lors des ambassades envoyées par Chahpouhr en 384 et 389. La division ainsi réalisée va se prolonger pendant deux siècles, jusqu’à la reconquête byzantine de l’ensemble de l’Arménie. Après la mort d’Archak III la partie occidentale est annexée à l’Empire romain alors que la partie orientale se voit priver de nombreux territoires au profit de la Perse. Attaché au culte mazdéen qui constituait la religion nationale de l’Iran, le souverain sassanide ne pouvait qu’être hostile au christianisme arménien.


388 ou 392 : Khosrov III est convoqué à Ctésiphon et emprisonné. Chahpouhr III nomme à sa place l’Arsacide Vram-Chapouh. La disgrâce de Khosrov est peut-être liée à la nomination, en 387, de saint Sahak, fils de saint Nersès, comme catholicos d’Arménie.


Entre 392 et 406 : Création du premier alphabet arménien par Mesrop Machtots. Ce qui permet, à partir de 432, la traduction en arménien de la Bible et des Pères de l’Église (Athanase, Cyrille, Grégoire de Nazianze, Basile, Grégoire de Nysse). Dès le milieu du Ve siècle, la littérature arménienne connaît un premier « âge d’or » illustré par des auteurs comme Yeznik, Korioun et Agathange.


414 : Mort de Vram-Chapouh. Khosrov II, libéré par le souverain sassanide Yazdgard Ier, rentre en Arménie mais meurt aussitôt. Le roi de Perse nomme alors pour lui succéder son propre fils Chahpuhr, considérant ainsi l’Arménie comme un simple apanage.


Vers 420 : L’empereur Théodose II et le patriarche de Constantinople Atticus autorisent la création d’écoles dispensant un enseignement en arménien et non en grec.


420 ou 421 : Chahpuhr rentre en Iran à la mort de son père mais est assassiné. Le nouveau souverain perse Vahram V (421-438) accepte de placer sur le trône d’Arménie Artachés, fils de Vram-Chapouh mais, dès 428, il est encouragé par les intrigues nobiliaires à le destituer en même temps que saint Sahak, le patriarche. Le premier est remplacé par un gouverneur perse, le second par un certain Sourmak, déposé un an plus tard et remplacé par un Syrien.


432 et 435 : Deux synodes de l’Église arménienne condamnent le nestorianisme, qui dissociait dans le Christ la personne divine et la personne humaine.


439 : Mort de saint Sahak. Deux ans plus tard, Machtots meurt à son tour.


439-457 : Règne du souverain sassanide Yazdgard II qui entend imposer le mazdéisme à tous ses sujets. Convoqués à Ctésiphon, les nobles arméniens doivent ramener chez eux des mages mazdéens qui entreprennent d’installer partout des autels du feu. La révolte éclate bientôt. Elle est d’abord le fait du peuple des fidèles qui réussissent ensuite à entraîner l’aristocratie, longtemps réservée dans la mesure où l’empereur d’Orient Marcien, occupé à lutter contre les Huns, ne peut venir soutenir les insurgés.


2 juin 451 : Vardan Mamikonian affronte les Perses à Awarayr (Avaraïr) et leur inflige de lourdes pertes mais il est tué au cours de la bataille avec 280 seigneurs que l’Église arménienne a canonisés comme martyrs. Un gouverneur perse est nommé à la tête de l’Arménie.


454 : Attirés dans un piège, les chefs du clergé arménien, dont le catholicos Hovsep, meurent en prison dans le Khorassan. À la tête de l’Église arménienne, les catholicos Giout d’Arahez et Hovhannès Mandaouni entretiennent ensuite la flamme de la résistance.


481 : La volonté des Perses d’entraîner les Arméniens dans la lutte contre les Géorgiens chrétiens révoltés contre leur domination engendre un nouveau soulèvement.


Été 481 : Vasak Mamikonian tue le gouverneur perse à la bataille d’Akori.


482 : Vahan Mamikonian triomphe d’une armée perse encore plus nombreuse.


483 : Les Perses abandonnent car ils viennent d’être sévèrement battus à l’est par les Huns Hephtalites. Le successeur du roi perse Peroz, Valach, doit accepter la liberté du culte chrétien et l’interdiction du mazdéisme en Arménie qui regagne une large autonomie. Vahan Mamikonian se fait reconnaître comme général en chef héréditaire en Persarménie (provinces arméniennes sous domination perse). Il reçoit ensuite, en 485, le titre de gouverneur.


Vers 503-510 : Mort de Vahan Mamikonian qui a accompli une œuvre réparatrice considérable. Son frère Vard, qui lui a succédé, sera déposé par le Sassanide Kavadh.


515-516 : L’Arménie subit les invasions des Huns.


536 : Les Byzantins introduisent une réforme administrative qui accroît la centralisation et crée quatre provinces arméniennes (Theodosioupolis, Justinianopolis, Sébaste et Mélitène) dans l’Arménie qu’ils contrôlent (les deux dernières sont en fait en Cappadoce même si elles sont dénommées respectivement Arménie II et III).


540-561 : La guerre opposant Perses et Byzantins se livre dans une large mesure en territoire arménien.


555 : Concile de Dwin qui marque, selon la tradition, le début de l’ère arménienne. Rupture entre l’Église grecque et l’Église arménienne à propos de l’interprétation des canons du concile de Chalcédoine de 451 qui sont suspectés de nestorianisme par les Arméniens.


564-572 : Le gouverneur perse Souren pousse les Arméniens à la révolte. Vardan II Mamikonian organise l’insurrection.


23 février 572 : Souren est écrasé à Dwin par Vardan et tué au cours du combat.


Vardan et le caholicos Hovhannès partent à Constantinople chercher la protection de l’empereur Justin.


574 : Victoire en Cappadoce des Byzantins et des rebelles arméniens contre les Perses.


584 : Nouveau concile de Dwin qui fixe le calcul de la date de Pâques.


591 : Défaite iranienne de Varart, près de Gandzak. L’ensemble de l’Arménie revient à Byzance et les provinces d’Arménie intérieure et inférieure sont formées à partir de l’Arménie qui était sous domination sassanide. Les Perses ne conservent que les régions orientales du pays (Vaspourakan, Siounik, environs de Dwin). Les deux empires rivaux vont alors accorder une relative autonomie aux Arméniens en nommant soit un gouverneur, pour les Sassanides, soit un « prince » pour les Byzantins.


610 : Héraclius, qui est d’origine arménienne, établit une nouvelle dynastie à Byzance.


637 : L’Empire perse sassanide s’effondre sous les coups des Arabes, qui se sont emparés de Ctésiphon, sa capitale.


640 : Premières incursions arabes en Arménie orientale devenue de fait indépendante. Dwin est pillée le 6 octobre.


650 : Le prince (ichkhan) Theodoros se soumet et signe un traité avec le gouverneur arabe de Syrie.


654 : Les Arabes entreprennent la conquête méthodique de l’Arménie et nomment un ichkhan indigène, Hamazast Mamikonian.


661 : Une assemblée de nobles arméniens reconnaît la domination arabe sur le pays, faute d’une véritable alliance avec les Byzantins, perçus comme des étrangers qui se voient reprocher leur attachement à la doctrine chalcédonienne. En réagissant ainsi face à l’invasion arabe, les Arméniens se comportent, vis-à-vis de l’Empire byzantin, comme les Syriens monophysites ou nestoriens et les coptes égyptiens. L’Arménie dominée par les Arabes est alors devenue un État tributaire qui conserve sa liberté de culte et n’est même pas occupée par les nouveaux maîtres du Proche-Orient. Sous leur domination qui reste lointaine, l’Arménie a pu reconstituer une certaine unité autour des Mamikonian.


689-693 : Les Byzantins réoccupent temporairement le pays.


691 : Un concile réuni à Constantinople condamne le particularisme liturgique de l’Église arménienne, qui affirme de plus en plus nettement son identité sous le patriarche Sahak III (677-703).

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