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Le royaume d’Ourartou

Ce n’est que tardivement que le hasard des découvertes archéologiques survenues dans la région du lac de Van a permis de ressusciter d’importants vestiges du royaume d’Ourartou qui fut un puissant État de l’Asie antérieure entre le IXe et le VIIe siècle avant J.-C., avant de disparaître au début du VIe siècle avant notre ère. Désigné sous le nom d’Ararat dans l’Ancien Testament et connu des Annales assyriennes, cet ancien royaume fut longtemps considéré comme une simple région du royaume d’Assyrie et, au Ve siècle après J.-C., le grand historien arménien Moïse de Khorène attribuait à la reine assyrienne Sémiramis la construction des monuments dont les ruines étaient encore visibles sur un plateau rocheux, au-dessus du lac de Van. Envoyé en 1827 dans l’Empire ottoman par la Société asiatique française, l’archéologue F.A. Schutz découvre au même endroit les remparts d’une puissante forteresse, ainsi que 42 inscriptions cunéiformes, mais son assassinat stoppe pour plusieurs décennies les recherches, au moment où les découvertes effectuées à Khorsabad et Nimrud retiennent toute l’attention. À la fin du XIXe siècle, on établit une relation entre les habitants occupant cette région durant l’Antiquité et les Alarodiens, cités par Hérodote dans la liste qu’il établit des peuples ayant fourni des contingents à l’armée de Xerxès. Seules quelques figurines et des pièces de chaudrons parvenues dans les musées à la suite de fouilles clandestines confirment, dans les années 1880-1890, l’existence d’une civilisation originale dans cette région orientale de l’Anatolie. Les découvertes réalisées à Ninive vont dans le même sens, notamment les portes de bronze figurant les campagnes menées par le souverain assyrien contre l’Ourartou. Anglais et Allemands conduisent des fouilles sur le site de Toprakkale au cours des années précédant la première guerre mondiale. Ils sont suivis par le Russe N.Y. Marr en 1916, puis par une mission américaine en 1938. À partir de l’entre-deux-guerres, c’est surtout en Arménie soviétique, plus précisément sur le site de Karmir-Blour (là où se dressait l’ancienne cité ourartéenne de Teishebani) proche d’Erevan (l’ancienne Erebouni) que les découvertes, réalisées surtout par Boris Piotrowsky, sont les plus nombreuses. C’est ensuite Armavir, l’ancienne Argishtikhinili, qui fait l’objet de fouilles méthodiques à partir des années 1960. En Turquie, l’archéologue anglais C.A. Burney reprend les recherches dans la région du lac de Van à la fin des années 1950 et peut identifier les ruines de nombreuses forteresses ourartéennes. Les chercheurs turcs s’intéressent pour leur part au site d’Altintepe et reviennent sur celui de Toprakkale dans les années 1960. Les découvertes réalisées à Adicevaz, Dchavachtépé et Patmos complètent ensuite la moisson réalisée au cours des années précédentes. À partir de ce moment, il devenait possible de réévaluer l’importance du royaume établi dans la région du lac de Van, qui apparaissait désormais comme un acteur important de l’histoire de toute l’Asie antérieure dans la première moitié du Ier millénaire avant J.-C.


XIIIe siècle avant J.-C. : Les Annales assyriennes de Salmanazar mentionnent pour la première fois l’Uruatri pour désigner une coalition de petites principautés établies au sud-est du lac de Van et vaincues par le souverain assyrien. La région est ensuite désignée, sous Tukulti Ninurta Ier, comme « Terre de Naïri ».


1116-1090 : Règne de l’Assyrien Teglat Phalasar Ier, qui lance une expédition contre l’ouest du plateau arménien.


883-859 avant J.-C. : Sous Assurbanipal II, le terme d’Ourartou est de nouveau utilisé, associé à celui de Naïri ; la « mer de Naïri » désigne le lac de Van.


1ère moitié du IXe siècle avant J.-C. : Constitution de l’État d’Ourartou


860-825 : Règne de Salmanazar III, qui fait campagne contre l’Ourartou, ce qui est figuré sur les portes de bronze découvertes sur le mont Balawat au sud-est de Ninive en 1878. Ce que rapportent également les Annales assyriennes : « Je me suis approché de Sougounia, la ville forte d’Aramé, l’Ourartéen ; j’ai investi la ville et je l’ai prise d’assaut ; j’ai tué beaucoup de guerriers et j’ai emporté du butin ; j’ai entassé les têtes contre les murs de la ville ; à quatorze villes de leur territoire j’ai mis le feu. Puis je suis parti de Sougounia ; je suis parti vers la mer de Naïri, j’ai lavé mes armes dans la mer et j’ai offert un sacrifice à mes dieux. »


834 avant J.-C. : Les Annales assyriennes signalent un roi ourartéen du nom de Sardouri (fils de Loutipri selon une inscription ourartéenne retrouvée sur un rempart de Toushpa, la capitale ourartéenne établie sur le bord oriental du lac de Van) qui a succédé à Aramé. À ce moment, les Ourartéens, qui possédaient une écriture hiéroglyphique plus ancienne, utilisent l’écriture cunéiforme de leurs ennemis assyriens. Le roi d’Ourartou se nomme lui-même « roi de la terre de Naïri », reprenant ainsi la dénomination assyrienne de son royaume.


Ishpouini succède à Sardouri. Il fait construire à Toushpa et dans ses environs des temples et des forteresses. Cette œuvre est poursuivie sous son fils Menoua.


810-781 avant J.-C. : Règne du roi Menoua. Le royaume ourartéen s’étend. Un panthéon officiel fondé sur la triade Khaldi (dieu de la guerre), Teisheba (forme ourartéenne du dieu de l’orage hourite Teshoub, lié au taureau) et Shivini (divinité solaire) est établi. Mais les noms de plus de soixante-dix dieux ourartéens sont identifiés.


Argishti Ier, fils de Menoua, règne dans le dernier quart du VIIIe siècle avant J.-C., fonde Erebouni, la future Erevan, puis Argishtikhinili. À la fin du règne de ce souverain, l’Ourartou atteint l’apogée de sa puissance. Il prend l’ascendant sur l’ennemi assyrien sur le plan militaire et s’étend de la Transcaucasie au lac d’Urmiah et jusqu’à l’est de l’ancien empire hittite disparu au XIIe siècle avant J.-C.


Sardouri II succède à Argishti Ier et pousse les frontières orientales de son royaume jusqu’au cours du haut Euphrate.


Milieu du VIIIe siècle avant J.-C. : Réveil de l’Assyrie dont le souverain, Teglat Phalasar III, bat les Ourartéens à Arpad en 743 avant J.-C.


735 avant J.-C. : Le souverain assyrien vient assiéger Toushpa, la capitale ourartéenne mais ne peut s’emparer de la citadelle.


735-714 avant J.-C. : Règne de Rousa Ier. Il fait construire au sud du lac Sevan la forteresse du dieu Teisheba.


722 avant J.-C. : Sargon s’empare du trône d’Assyrie. La tension grandit entre les deux royaumes au cours des années suivantes, notamment pour le contrôle du petit royaume de Mana et, en – 714, les Assyriens conduisent une campagne d’envergure contre la ville de Mousasir, entre les lacs de Van et d’Urmiah. Ils surprennent l’armée ourartéenne et l’anéantissent à cette occasion. Tout l’est du royaume est ensuite saccagé. Mousasir est prise et pillée au retour. Les Annales assyriennes rapportent que « quand Rousa, roi d’Ourartou, apprit que Mousasir avait été détruite et que son dieu Khaldi avait été emporté, de sa propre main il saisit le glaive qui pendait à son côté et mit fin à ses jours ».


Argishti II succède à son père Rousa Ier. Il fonde la ville de Titoumnia sur la rive septentrionale du lac de Van et établit une puissante forteresse à Erzincan, sur le cours supérieur de l’Euphrate. Il semble avoir été roi d’Ourartou durant tout le règne de l’Assyrien Sennachérib (705-681).


Fin du VIIIe siècle avant J.-C. : Invasion de l’Ourartou par les nomades Cimmériens venus des steppes. Le roi Argishti II est vaincu en – 707.


685-645 avant J.-C. : Règne de Rousa II qui semble entretenir désormais de bonnes relations avec les Cimmériens et les Scythes. Il étend sa capitale Toushpa (Toprakkale) et aménage la citadelle qu’il baptise Rousakhinili.


639 avant J.-C. : Sardouri III, fils de Rousa, envoie des émissaires auprès du souverain assyrien Assourbanipal.


637vavant J.-C. : Une invasion scythe balaie l’Ourartou. C’est à ce moment qu’est détruite la forteresse de Teishebani (Karmir-Blour).


Plusieurs souverains portant les noms de Sardouri IV, d’Erimena, de Rousa III et de Rousa IV se succèdent jusqu’à la chute du royaume.


614 avant J.-C. : Effondrement de l’Assyrie qui succombe sous les coups des Mèdes. Assour est prise en – 614 et Ninive en – 612. En – 605, la chute de Karkémish marque la fin du royaume d’Assyrie.


590 avant J.-C. : L’Ourartou tombe sous Cyaxare au pouvoir des Mèdes qui détruisent Toushpa, sa capitale. C’est également cette période qui voit la destruction de Teishebani (Karmir-Blour).


C’est dans ce contexte – qui voit la région livrée aux appétits de conquête de ses voisins – que des populations venues de l’ouest viennent s’y installer pour constituer les couches originelles de la population arménienne. Selon la tradition rapportée plus tard par Moïse de Khorène, ce fut Aramanyak – fils de Hayk, le héros fondateur – qui conduisit ses compagnons vers la vallée de l’Araxe pour y cultiver la terre et ce fut le fils d’Aramanyak qui construisit Armavir, à l’emplacement où s’élevait auparavant l’ancienne citadelle ourartéenne d’Argishtihinili. Ce sont ces anciens Arméniens que Xénophon décrit deux siècles plus tard dans son Anabase.


En – 415, un document contemporain de Darius II mentionne pour la dernière fois l’Ourartou mais si, dès – 520, les inscriptions de Naqsh i Roustan et de Behistun donnant la liste des États conquis par Darius Ier utilisaient encore la dénomination babylonienne d’Ourashtu, d’autres documents perses et élamites la remplacent par Armina. Le pays de l’ancien royaume de Van se voyait ainsi désigné sous le nom du nouveau groupement ethnique qui occupait désormais la majeure partie de son territoire. Ourartéens et Arméniens se mêlèrent alors et les similitudes relevées entre les deux peuples en matière de type ethnique ou de vêtement témoignent du fait que cette osmose est réalisée au milieu du Ier millénaire avant J.-C.

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