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La construction de l’Argentine indépendante

1810-1820 : Le commerce entre Buenos Aires et Salta et les bassins du Paraná et du Paraguay est momentanément interrompu. L’exploitation des mines de Potosí cesse après la guerre d’Indépendance, entraînant le déclin des villes de l’intérieur et la perte de valeur des terres de la région. Le commerce intérieur est miné par le développement du commerce international qui se fait pour l’essentiel à Buenos Aires. La fracture entre Buenos Aires et les provinces paraît irrémédiable.

1819 : Le chef de la milice révolutionnaire, Juan Martín de Pueyrredón, cède sa place à José Rondeau à la direction des Provinces unies du Río de la Plata. Buenos Aires s’entête à vouloir dominer l’ensemble des provinces argentines et s’attire ainsi leur inimitié.

La décennie 1820 correspond au gouvernement des caudillos, ces chefs politiques clientélistes. Elle est synonyme d’instabilité, de corruption et de violence politique : arrestations, assassinats et rébellions se multiplient.

1820 : Rondeau est renversé après sa défaite contre les forces unies de Santa Fe et de l’Entre Ríos dirigées par les caudillos Francisco Ramírez et Estanislao Lopez.

1820 : Vingt-trois navires transportant les 4 500 soldats de l’armée de San Martín font voile vers Lima. Les troupes débarquent à Pisco et remontent ensuite vers la capitale péruvienne. Les forces espagnoles préfèrent la négociation à l’affrontement.

1820 : Les provinces argentines sont décrétées autonomes : c’est la fin des Provinces unies placées sous la coupe d’institutions centralisatrices.

1821 : Les troupes espagnoles évacuent Lima, laissant le champ libre à San Martín et à ses troupes. Les créoles n’apprécient guère les bandits et les pillards qui se sont joints à l’armée de San Martín qui a dû accepter de prendre la tête du mouvement en l’absence d’un gouvernement créole unifié. La population de Lima ne lui est guère favorable.

1822 : Le Brésil proclame son indépendance à l’égard du Portugal.

1822 : Trois mille cinq cents Anglais sont présents dans la province de Buenos Aires qui les attire à la fois par les perspectives économiques qu’elle offre et par l’immensité de ses paysages. On citera des voyageurs tels que Samuel Haigh, Charles Darwin… Les Britanniques incarnent la modernité aux yeux des Portègnes qui les accueillent les bras ouverts.

1822 : San Martín voit s’ouvrir de nouvelles perspectives en la personne du général Simón Bolívar qui vient de libérer la Colombie, le Venezuela et l’Équateur. Lorsque les deux hommes se rencontrent à Guayaquil, l’un vient de triompher en Équateur, l’autre est en grande difficulté au Pérou. Bolívar n’a en aucune manière l’intention de partager son pouvoir. Désabusé, San Martín transfère ses pouvoirs à Bolívar.

1824 : Après avoir choisi l’exil politique, San Martín quitte Buenos Aires pour la France.

1824 : La comtesse de Chichester inaugure la ligne maritime Buenos Aires-Liverpool. Les échanges maritimes entre l’Argentine et l’Europe ne cessent de se renforcer.

1824 : Une banque d’investissement londonienne, la House of Baring, accorde un prêt d’un million de livres sterling au gouvernement de Buenos Aires. Cependant, l’argent qui devait servir au redressement économique du pays est détourné à des fins militaires lors de la guerre contre le Brésil.

1825 : Le Brésil, qui a des prétentions sur la Banda Oriental, déclare la guerre à Buenos Aires. Cette guerre constitue une entrave à la vie économique de la province, déjà mise à mal par la guerre d’Indépendance. Des étrangers et des Portègnes tentent de fonder une banque d’investissement, la Banco de la Provincia de Buenos Aires, et de faire revivre les mines d’argent de Potosí mais leur entreprise est vouée à l’échec.

1825-1828 : Malgré la Constitution de 1813, près de trois mille esclaves sont introduits dans le Río de la Plata à la faveur de la guerre contre le Brésil.

1825 : L’armée de Bolívar est vainqueur des forces loyalistes à Tumusla en Bolivie qui acquiert son indépendance à cette occasion.

1825 : Le premier faux-monnayeur, Marcelo Valdivia, est fusillé dans le Retiro.

Janvier 1826 : Indépendance du Pérou. La période de guerre civile qui a débuté seize ans plus tôt en Argentine est enfin achevée.

1826 : Année de grandes difficultés financières à Buenos Aires.

1826 : Bernardino Rivadavia est élu président de la Confédération des Provinces unies. Tous les espoirs reposent sur lui pour mettre fin à la guerre contre le Brésil. Ce civil entreprend de nombreuses réformes, s’attirant les foudres des propriétaires terriens et des gouverneurs caudillos des provinces de l’intérieur qui voient en lui l’incarnation de l’hégémonie de Buenos Aires sur le reste du pays.

1827-1828 : Buenos Aires est victime d’un nouveau blocus lors de la guerre contre le Brésil.

1828 : Indépendance de l’Uruguay dont Artigas est considéré comme le père.

1828 : À l’issue de la bataille d’Ituzaingo, les Argentins sortent vainqueurs de la lutte contre leur voisin brésilien. Cependant, le président Rivadavia, cédant aux pressions anglaises, propose de faire de la Banda Oriental un État indépendant. Ayant mécontenté l’opinion, il doit démissionner.

1829 : Les troupes portègnes de retour de la guerre contre le Brésil sans avoir perçu leur solde se rebellent. C’est la crise et Manuel Dorrego, gouverneur par intérim de Buenos Aires et partisan d’une fédération de provinces, est assassiné. Ce coup d’État militaire dans la capitale est le premier d’une longue série. Juan Manuel de Rosas entre alors dans la capitale. Aidé de ses milices montées ou montoneros, il met fin à la rébellion, ce qui lui vaut le titre de « restaurateur des lois et des institutions ».

1829 : Reconnaissante, l’élite de Buenos Aires le nomme gouverneur de la ville où il parvient à réduire l’instabilité politique. Cependant, il ne contrôle vraiment que sa province. Il reste au pouvoir jusqu’en 1852. L’accès au pouvoir de ce fédéraliste issu de la classe des estancieros, c’est-à-dire des grands propriétaires terriens, marque le passage des élites coloniales de commerçants aux propriétaires fonciers. Il est apprécié des estancieros et des gauchos qu’il protége des attaques des Indiens. Ardent nationaliste, il s’affirme comme le garant de la frontière et déploie toute son énergie pour favoriser l’expansion de Buenos Aires. Dans les provinces, les caudillos gouvernent, secondés par leurs armées à cheval privées. Avec lui, c’en est momentanément fini du libéralisme.

Années 1830 : Le nombre de navires accostant à Buenos Aires est de plus de 280 et ne cesse d’augmenter par la suite. Le commerce et l’industrie prospèrent. Parallèlement, les fermes se modernisent et l’agriculture s’intensifie. Les gauchos tirent de substantiels profits de la terre et de l’élevage si bien que les familles marchandes investissent à leur tour dans les estancias.
Le pays entier bénéficie de la reprise économique et de l’ouverture de nouveaux marchés. Les provinces de Santa Fe, Corrientes et Entre Ríos participent au commerce du bétail.

1832 : Lorsque Charles Darwin traverse l’Argentine, son attention est attirée par les fortifications des ranchs situés à la frontière avec les territoires des Indiens dont les attaques fréquentes sont redoutées. Ils s’en prennent en effet au bétail et aux chevaux et kidnappent femmes et enfants des ranchs isolés.

1833 : Rosas mène contre les Indiens la Conquête du Désert, c’est-à-dire des vastes étendues méridionales qui n’étaient pas encore soumises à l’autorité du pouvoir central.

1833 : Après avoir rétabli l’ordre dans la capitale, Rosas démissionne de ses fonctions.

1835-1852 : L’histoire de Buenos Aires se confond avec celle du dictateur Rosas car la junte des Représentants le rappelle en 1835 et lui confère des pouvoirs exceptionnels justifiés par l’assassinat d’un de ses fidèles, Facundo Quiroga. Son ambition est de rétablir l’ordre dans le pays. Il y parvient au prix d’un programme qui est la parfaite illustration de sa dictature : « Qui n’est pas avec moi est un ennemi. » Rosas met en œuvre un terrorisme d’État qui s’appuie sur une milice secrète, la Mazorca, dont le but est d’intimider les opposants politiques et de réprimer leurs actions. Quelque 2 000 personnes disparaissent ainsi sous son gouvernement. Pour la première fois depuis l’indépendance, la sécurité règne en Argentine mais de nombreux hommes politiques sont contraints à l’exil comme le futur président, Domingo F. Sarmiento, qui trouve refuge au Chili, ou l’économiste et juriste Juan Bautista Alberdi. Rosas bénéficie de l’appui des classes populaires sans pour autant proposer de réforme agraire ou de redistribution de la terre. Partisan de la cause fédérale, il est critiqué pour favoriser financièrement la province de Buenos Aires. Tels sont les divers aspects de sa politique qui mèneront à sa chute.

Mars 1838 : Les sévices endurés du fait de Rosas par le lithographe français César Hippolyte Bacle qui en est mort conduisent à un blocus de deux ans de Buenos Aires par une escadre française. En représailles, Rosas retire à saint Martin de Tours son titre de patron de Buenos Aires.

1839-1842 : La terreur culmine à Buenos Aires où les habitants se doivent de porter les insignes fédéraux sous peine de recevoir des coups de fouet. En 1842, la présence dans les rues des corps mutilés des ennemis politiques égorgés est une réalité quotidienne.

1845 : Rosas s’illustre lors de sa résistance au blocus franco-britannique de Buenos Aires. Ses troupes ont été battues à la Vuelta de Obligado mais les navires des deux puissances se sont finalement repliés sur Montevideo. Ce succès face aux puissances « impérialistes » européennes désireuses de voir s’ouvrir le marché argentin assure au dictateur une grande popularité.

1850 : Mort à Boulogne-sur-Mer de San Martín, le pionnier de l’indépendance argentine.

1852 : Justo José de Urquiza, de l’Entre Ríos, parvient à unifier les adversaires de Rosas et à déposer le dictateur. Ce grand propriétaire est à la tête de nombreux gauchos qui l’aident à vaincre les forces de Rosas lors de la bataille de Caseros. Le vaincu n’a d’autre choix que l’exil en Angleterre. L’arrivée au pouvoir d’Urquiza en tant que président de la Confédération argentine suscite de nombreux espoirs.

1852-1879 : Les Indiens multiplient les attaques contre les villages et les ranchs. En 1876, ils mènent une incursion à moins de 250 km de Buenos Aires, s’emparent de 300 000 têtes de bétail et capturent 500 personnes.

1853 : Urquiza convoque un Congrès qui ratifie la nouvelle Constitution, jurée par l’ensemble des provinces, hormis celle de Buenos Aires qui a fait sécession de la Confédération argentine. Le père de cette Constitution, qui est restée celle de l’actuelle Argentine, est Juan Bautista Alberdi. Elle interdit définitivement l’esclavage et autorise le commerce étranger sur le Paraná et l’Uruguay. Elle prévoit un exécutif fort au détriment du fédéralisme. Le président est investi du droit d’intervención qui lui permet d’intervenir dans les affaires provinciales en cas de troubles locaux. Les Provinces unies d’Argentine sont remplacées par la République d’Argentine. La construction de la nation n’en demeure pas moins à faire car les provinces entretiennent toujours leurs milices armées. Alberdi encourage l’immigration européenne qui constitue, selon lui, la solution au sous-peuplement endémique de l’Argentine. Dans l’esprit de ce libéral, les travailleurs européens sont plus qualifiés que les Boliviens, les Africains et les Paraguayens.

1854 : Le tiers de la population de la province de Buenos Aires, soit plus de 183 000 personnes, est constitué de nouveaux arrivants. Buenos Aires et sa province ont acquis le statut d’un État à part entière.

1860 : L’Argentine est sous-peuplée avec son million d’habitants, soit l’équivalent de la population cubaine.

Années 1860 et 1870 : Les colons européens commencent à cultiver des céréales dans les provinces de Santa Fe et de l’Entre Ríos.

1862 : Les successeurs de Rosas, représentant l’État portègne, parviennent à reprendre Buenos Aires à Urquiza, ce caudillo de l’Entre Ríos. Défaits à la bataille de Cepeda en 1859, ils sont vainqueurs à Pavón trois ans plus tard. L’unité nationale est alors acquise et l’hégémonie de Buenos Aires consacrée. L’écrivain et homme politique Bartolomé Mitre est élu président de la République argentine. Son gouvernement accorde des avantages à des entreprises étrangères pour qu’elles investissent dans la construction ferroviaire.

1865 : La guerre éclate entre l’Argentine et le Paraguay de Francisco Solano López. Elle a pour origine des différends frontaliers dus à l’extension du Brésil sur les terres de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay. Fin 1864, les Paraguayens retiennent un bateau brésilien qui a emprunté le fleuve Paraguay sans y être autorisé. Il transporte à son bord le nouveau gouverneur du Mato Grosso : les autorités brésiliennes déclarent alors la guerre au Paraguay. Solano López décide d’attaquer le Brésil en passant par la province argentine de Misiones. Devant le refus de Buenos Aires, le Paraguay envahit les provinces de Misiones et de Corrientes. L’Argentine, bientôt rejointe par l’Uruguay, s’engage dans cette guerre inégale qui dure de 1865 à 1870 et dont la population paraguayenne sort décimée : seuls 230 000 de ses 400 000 membres en réchappent.
La Constitution argentine de 1853 prévoyait une armée nationale qui n’a d’existence que sur le papier. Le gouvernement argentin mobilise en masse, ce qui est très mal perçu dans les provinces les plus orientales : celle de Salta tente ainsi de faire sécession. La guerre est l’occasion pour le gouvernement argentin de renforcer son emprise sur l’ensemble du pays et d’y faire appliquer les articles de la récente Constitution.

1867 : Buenos Aires est touchée par une épidémie de choléra qui fait 8 000 victimes.

1868 : Le président Mitre est remplacé par Domingo F. Sarmiento.

1869-1914 : La population de Buenos Aires est multipliée par plus de huit, passant de 178 000 à 1,5 million d’habitants.

Dans les années 1870, les présidents Domingo F. Sarmiento et Nicolàs Avellaneda, tous deux provinciaux, dirigent le pays sous l’influence du gouverneur de Buenos Aires, originaire de la capitale. Les Portègnes conservent ainsi la mainmise sur le gouvernement et l’économie du pays.

1871 : À Buenos Aires, la fièvre jaune frappe l’ensemble de l’échelle sociale, des plus démunis aux plus fortunés. En effet, les Portègnes vivent côte à côte dans le centre de la ville, dans de superbes demeures pour les uns, entassés dans des conventillos pour les autres. La situation se modifie par la suite : les riches quittent le centre pour s’installer dans le Barrio Norte où ils construisent des demeures dans le style français. Par leur mode de vie de plus en plus luxueux et fastueux, ils s’affirment au sein de la ville.

1872 : Dans les campagnes de la province de Santa Fe, les étrangers commencent à acquérir des terres et établissent une économie fondée sur la production de maïs et de lin.

1873-1893 : L’économie européenne est touchée par une dépression sans précédent, fatale à de nombreux paysans. L’Angleterre confirme alors la priorité qu’elle donne à l’industrialisation. Sa population augmente et sa balance alimentaire est largement déficitaire. Le marché britannique constitue un débouché idéal pour les produits agricoles argentins qui sont bon marché.

1877 : Mort de Juan Manuel de Rosas.

1878 : Le pays connaît sa première grève en faveur d’une revalorisation salariale. Elle est organisée par l’Union typographique, un syndicat.

1878 : Le commandant général de la frontière, le général Julio Argentino Roca, déterminé à en découdre définitivement avec les Indiens de la Pampa, mène une campagne remportée en l’espace de trois mois. Il parachève l’œuvre entreprise par Rosas un demi-siècle plus tôt.

1879 : Lors de la Conquête du Désert, le général Roca et l’armée parviennent enfin à bout du conflit qui les oppose aux Indiens. Des colonnes armées parties de Buenos Aires, de Córdoba, San Luis et Mendoza détruisent les villages indiens dont elles massacrent les habitants. Le général Roca bloque les cols et les passages des Andes pour interdire tout espoir de fuite aux rebelles. La résistance indigène est ainsi éradiquée, les Indiens sont vaincus et les terres méridionales de la Pampa et de Patagonie peuvent désormais être colonisées. Moins de quatre cents personnes s’approprient ainsi des millions d’hectares.

Dès la fin des années 1870, la taille des grandes exploitations de bétail commence à diminuer. Les terres deviennent accessibles à une plus large frange de la population. Bientôt, les chemins de fer et la culture de céréales repoussent l’élevage vers les marges de la Pampa et certains éleveurs migrent en Patagonie.

Dans les années 1880, les héritiers des marchands qui avaient investi dans les estancias diversifient leurs activités et s’impliquent dans le commerce urbain, la construction ferroviaire et la banque. Des familles particulièrement riches et puissantes comme les Bunge, les Tornquist, les Armstrong s’imposent dans le pays. Ces familles de la haute société affirment leur puissance et imposent un style de vie particulier, se retrouvant notamment au Jockey Club ou à la Sociedad Rural. Ce sont des étrangers qui investissent dans les secteurs à risques.

1880 : Le général Roca remporte les élections présidentielles et met fin à sept décennies d’instabilité. Soutenu par l’armée, ce provincial réprime les partisans d’un président portègne. Il place la capitale et sa province sous la dépendance directe du gouvernement central et force son gouverneur à s’établir à La Plata. La question du fédéralisme et de la domination de Buenos Aires est donc en grande partie résolue. Roca permet à la République d’Argentine d’exister en tant que véritable nation.
Il donne à son programme politique et économique le nom de « paix et administration ». À ses côtés se trouvent de nombreux propriétaires et hommes politiques qui contribuent à l’instauration d’un climat de stabilité. S’ouvre l’ère du libéralisme qui se réfère au programme idéologique de deux générations d’oligarques et de politiciens au pouvoir de 1880 à 1916. Il promeut l’import-export, l’ouverture des marchés aux investissements étrangers ainsi que la venue de migrants pour pallier le manque chronique de main-d’œuvre. L’Argentine entre dans la modernité en important des technologies, de la main-d’œuvre et des capitaux d’Europe et en exportant ses produits agricoles. Les villes grossissent et se multiplient, les campagnes se peuplent.
Le parti du président Roca, le PAN ou Partido Autonomista Nacional, est voué à un bel avenir.

1880 à 1916 : L’Argentine se transforme de manière spectaculaire. Cette ère de paix s’accompagne d’un essor économique sans précédent dans l’agriculture mais le pays ne s’industrialise pas.

En 1880, plus de 61 millions de pesos d’or, soit à peu près autant en euros actuels, ont été investis dans la construction de 2 000 km de voies ferrées.

1884 : Mort de l’économiste et juriste argentin Juan Bautista Alberdi.

1884 : Le président Roca promulgue des lois anticléricales interdisant l’instruction religieuse dans les écoles publiques.

1887 : Les limites actuelles de la ville de Buenos Aires sont tracées.

1888 : Une compagnie anglaise installe l’éclairage au gaz dans Buenos Aires.

Dans les années 1890, les travailleurs des villes se rendent compte du peu de poids dont ils jouissent en politique. Se sentant considérés comme des citoyens de seconde zone, ils s’organisent politiquement. De nombreux immigrants font partager leur expérience syndicale et leur culture de la grève.

Dans les années 1890, les derniers Indiens de Patagonie vivant en liberté sont massacrés.

1895 : Parmi les ouvriers travaillant à Buenos Aires, 95 % ne sont pas nés en Argentine ; le pays reçoit des flots d’immigrants d’Europe méditerranéenne et notamment d’Italie et d’Espagne. Français, Allemands et Russes sont pour leur part moins nombreux.

1895 : Les fermiers de la province de Santa Fe sont 48 % à posséder leur terre contre une moyenne nationale qui atteint à peine 30 %.

À la fin du XIXe siècle, un fossé s’est creusé entre les migrants européens et les natifs argentins qui se considèrent comme supérieurs. Les immigrants sont surnommés les gringos, c’est-à-dire les étrangers, les nouveaux venus. Le terme criollo, c’est-à-dire créole, a changé de sens entre la période coloniale où il désignait un Espagnol né en Argentine et le XIXe siècle, où il s’emploie pour des personnes nées en Argentine, métisses ou noires. Les gringos sont souvent plus alphabétisés que les criollos.

Au début du XXe siècle, le pays offre le résultat de trente années de mutations. Dans la Pampa et sur la frontière, les troupeaux de bovins et les tribus d’Indiens ont cédé la place à de vastes étendues de céréales et de maïs. La population de Buenos Aires a atteint le million. Le revenu par tête est le sixième du monde, signe d’une prospérité sans précédent.

1902 : Les leaders anarchistes organisent la première grande grève, parviennent à fermer Buenos Aires et tentent d’assassiner le président Roca. La réponse du gouvernement ne se fait pas attendre : elle prend la forme d’une loi de Résidence qui prévoit l’expulsion de tous les fauteurs de troubles d’origine étrangère. La classe laborieuse offre un nouveau visage aux classes moyenne et dirigeante chez lesquelles elle suscite désormais crainte et méfiance.

1904 : Le président Roca achève son second mandat et meurt peu de temps après. Le PAN doit faire face à des difficultés internes et à la concurrence du Parti radical qui rassemble des oligarques dissidents et recrute ses partisans parmi les fermiers des provinces de Santa Fe et de l’Entre Ríos. Les fils d’immigrants votent pour le Parti radical en qui ils voient une alternative à la corruption généralisée. Les militaires soutiennent aussi le Parti radical comme ils le prouvent lors de trois rebellions mineures en 1890, 1893 et 1905.

1907 : Découverte de champs pétrolifères dans la région de Comodoro Rivadavia en Patagonie. Le gouvernement empêche alors toute compagnie étrangère de s’approprier l’exploitation de ces nappes, ce qui donne lieu à un débat politique, les conservateurs ne voyant rien à redire à leur exploitation par des firmes étrangères.

1909 : Un anarchiste assassine le chef de la police de Buenos Aires. Le danger anarchiste resurgit.

1910 : Les céréales, dont la province de Buenos Aires est la première productrice, sont les biens les plus exportés. L’emballage réfrigéré, qui rend possible la conservation et l’exportation de la viande argentine, représente une véritable révolution car les marchés mondiaux s’ouvrent à elle. L’Argentine fournit ainsi à l’Angleterre 30 % de sa consommation de mouton. En 1914, l’Argentine exporte près de 450 000 tonnes de bœuf congelé et 66 000 tonnes de mouton.

1910 : Les boutiques sont tenues à 80 % par des propriétaires nés à l’étranger.

1912 : Grève des fermiers dans l’Entre Ríos qui doivent payer à leurs propriétaires 33 % de leurs récoltes, mettre les grains dans des sacs et les porter jusqu’à la gare. Comme l’explique le journal The Review of the River Plate du 5 juillet 1912, ils sont obligés de moissonner leurs champs avec le matériel du propriétaire terrien et ne peuvent vendre le surplus de leurs récoltes qu’à lui.

1912 : Le président Sáenz Peña fait voter des lois électorales dans le but de redorer le blason de son parti, le PAN. Le vote des hommes de plus de 18 ans est rendu obligatoire et le scrutin devient secret. Pour plus de transparence, les militaires sont chargés de surveiller les élections.

1913 : Les investissements étrangers concernent les secteurs ferroviaire, bancaire et du bâtiment. Cent quarante-trois banques opèrent alors en Argentine.

1914 : L’Argentine compte 8 millions d’habitants et dépasse les 10 millions en 1930. Le nombre d’immigrés de fraîche date atteint 30 % de la population.

1914 : Le pays est sillonné par 30 000 km de voies de chemin de fer.

1916 : Lors des élections qui suivent les lois Sáenz Peña, le PAN subit un lourd revers : le candidat et leader du Parti radical Hipólito Yrigoyen est élu président. De surcroît, le Parti socialiste gagne du terrain à Buenos Aires. Pour la première fois en Argentine, un parti reçoit le pouvoir d’un autre sans violence.
Le président Yrigoyen, issu de l’oligarchie terrienne, est élu grâce au soutien des fermiers, des classes moyennes urbaines et des ouvriers. Il doit sa grande popularité à son paternalisme et à sa sollicitude à l’égard de tous ses concitoyens dont il écoute les doléances.
Au sein du Parti radical, les tendances sont diverses : les classes moyennes urbaines, pour beaucoup issues de l’immigration, sont farouchement opposées aux oligarchies terriennes qui monopolisent le pouvoir politique et économique. Elles deviennent nationalistes au tournant du XXe siècle et témoignent d’une grande méfiance à l’égard des classes ouvrières.
Les radicaux sont conscients que leur seul soutien ne leur suffit pas. Ils recherchent donc aussi celui des classes urbaines ouvrières tentées par les promesses du Parti socialiste mais ne comptent pas sur celui des travailleurs ruraux, restés sous la coupe des grands propriétaires terriens.

1917-1918 : La Première Guerre mondiale entraîne l’Argentine dans la crise économique qui draine dans son sillon licenciements, baisses de salaire et inflation. Soutenus par les radicaux au pouvoir, les travailleurs de grandes usines optent pour la grève, revendiquant la sécurité de l’emploi et une hausse des salaires.

1918 : Aux élections du Congrès, les travailleurs votent en masse pour les radicaux et non pour les socialistes, suscitant malgré tout la crainte des classes moyennes, de l’oligarchie et de l’armée.

Janvier 1919 : Buenos Aires connaît une semaine de grèves si violentes qu’elle est restée gravée dans les mémoires sous le nom de « semaine tragique ». Tout commence par des grèves dans les ateliers métallurgiques auxquelles la police tente de mettre fin. Travailleurs et policiers s’affrontent pendant trois jours et l’on compte bientôt des victimes de part et d’autre. Des jeunes des classes moyennes venus des banlieues de Buenos Aires entrent dans la capitale où ils brûlent une partie du quartier juif. Ils accusent en effet ses habitants, qu’ils assimilent aux Russes et, par extension, aux bolcheviques, d’être à la source des troubles urbains. La police n’intervient pas. D’après les chiffres de l’ambassade américaine, 1 500 personnes auraient trouvé la mort pendant ces quelques jours et 4 000 auraient été blessées.
Yrigoyen se place du côté de ces individus qui se regroupent au sein de la Ligue patriotique argentine ; celle-ci manifeste ostensiblement son hostilité à l’égard des classes laborieuses et des immigrants, hostilité bientôt partagée par une large part de la classe moyenne.

1918 et 1919 : Des grèves, organisées par le mouvement dit « de la Réforme », secouent les trois universités de Córdoba, Buenos Aires et La Plata. Elles dénoncent le caractère socialement élitiste des universités. Il est vrai que les écoles et les universités restent le bastion des élites en ce début de XXe siècle. Le gouvernement radical saisit l’occasion qui lui est fournie pour réformer les universités et y établir de nouvelles chartes qui permettent aux étudiants de faire entendre leur voix au sein de l’administration. La création de deux universités à Santa Fe et Tucumán donne accès à l’éducation aux habitants de l’intérieur.

1921-1922 : Les grèves des dockers de Buenos Aires et des éleveurs de Patagonie sont violemment réprimées par l’armée, au prétexte qu’elles mettent en danger la sécurité et la souveraineté du pays. Dans les années 1920, le gouvernement radical d’Irigoyen devient de plus en plus conservateur.

1922 : Le successeur désigné de Yrigoyen, Marcelo T. de Alvear, est élu président. Sous la présidence de ce grand propriétaire terrien, l’économie reprend sa croissance.

1922 : Création de l’Union ferroviaire qui rassemble les travailleurs du secteur. La quasi-totalité du réseau ferroviaire argentin a été construit par les Anglais.

1924 : Décret de l’État faisant de la Patagonie une réserve fédérale de pétrole. Il en confère l’exclusivité d’exploitation à la compagnie d’État, la Yacimientos Petroliferos Fiscales ou YPF qui vient d’être créée. Shell est particulièrement touché par ce décret, la Standard Oil l’est moins car elle concentre ses prospections dans la province de Salta.

1927 : Treize compagnies pétrolières étrangères sont encore présentes en Argentine. Shell obtient l’autorisation de l’État de construire une raffinerie à Buenos Aires.

1928 : Yrigoyen est réélu à la présidence de la République argentine.

1929 : L’Argentine, devenue une puissance industrielle, est touchée de plein fouet par la Grande Dépression. Les prix à l’exportation s’effondrent et les licenciements se multiplient. Les radicaux sont désignés comme les responsables de la crise, Yrigoyen est décrié et perd toute popularité alors qu’il lui reste quatre années avant le terme de son mandat électoral. Cela explique les tentatives de coup d’État l’année suivante.

6 septembre 1930 : La faction du général Uriburu prend l’initiative de renverser le président. Six cents cadets de l’académie militaire et 900 militaires marchent sur l’Avenida San Martín et se dirigent vers la Casa Rosada. Yrigoyen fuit à La Plata. Le coup d’État fait l’unanimité à Buenos Aires. La fonction de ministre de la Guerre échoit pour peu de temps à un certain Perón et celle de président au général Uriburu.

En 1930, le bilan de la décennie précédente en matière d’indépendance énergétique est très positif. L’Argentine est le premier État latino-américain à avoir créé une compagnie pétrolière d’État capable de résister à la concurrence étrangère.
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