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Le sanctuaire de Futarasan-Jinja
Le cœur mystique de Nikko
Le site de Nikko, petite cité nichée sur les rives de la rivière Daiya Gawa, est célèbre pour son immense ensemble consacré à l’origine à trois divinités du mont Nantai. Du IXe au XVIe siècle, plus de trente temples vinrent s’adjoindre au sanctuaire initial, grâce aux dons des empereurs et des daimyos, les plus puissants gouverneurs féodaux au Japon. C’est au XVIIe siècle, en 1617, que Nikko acquit sa grande gloire, lorsque y furent transférées les cendres de Tokugawa leyasu, le grand unificateur du Japon et le premier shogun de la lignée Tokugawa qui dirigea le Japon de 1603 à 1867. Si le mausolée de Tokugawa est le cœur historique de Nikko, le Futarasan Jinja en est le cœur mystique, témoin de la permanence des traditions nées de la fusion de la philosophie bouddhiste et des cultes antiques du shinto.

Un moine bouddhiste montagnard

En 782, le moine Shodo, un ascète bouddhiste montagnard, réussit enfin l’ascension du mont Nantai. C’est au retour de la troisième tentative d'ascension, en deux jours et après sept jours de prière qu’il fonda le sanctuaire de Shihonryu Ji, devenu ensuite le Futarasan Jinja, ainsi que le temple de Rinnoji qui abrite aujourd’hui trois bouddhas en bois dorés de huit mètres de haut, incarnant les montagnes sacrées de Nikko.
Dominant Nikko de ses 2 486 mètres, le volcan Nantai et les monts Nyotai et Taro qui l’encadrent, sont, dans la religion shinto, associés à Ōkuninushi, dieu de la médecine et des affaires, à son épouse Takiribime et à leur fils Ajisukitakahikone, dieu du tonnerre. Les multiples légendes autour de la vie d’Okuninushi font partie des mythes fondateurs du shintoïsme. Le Kojiki, la « Chronique des faits anciens », le plus ancien livre japonais connu, lui attribue de nombreuses aventures. Ce fut avec l’aide d’un kami sous la forme d’un lapin blanc qu’il gagna la main de la princesse Yagami, au grand dam de ses frères qui tentèrent de le tuer. Okuninushi dut se réfugier auprès du dieu Susanoo-no-Mikoto, frère de la déesse solaire Amaterasu, exilé dans l’outre-monde. Là, il tomba amoureux de la princesse Suseri, la fille de Susanoo, dont il obtint la main après avoir triomphé de nombreuses épreuves grâce à l’aide d’un kami-souris. Cependant, au Futarasan, c’est Takiribime qui est considérée comme son épouse, avec laquelle il forme le couple divin protecteur de la terre et des rivières qui alimentent en eau les rizières.

Un sanctuaire dans la nature

Le premier sanctuaire élevé par Shodo fut reconstruit en 808 par l’un de ses disciples, Tachibana Toshitô, puis, à nouveau, en 1610, prenant dès lors l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. Pour y accéder, on traverse d’abord le pont de bois sacré Shynkyo, laqué de rouge, qui commémore le franchissement des eaux agitées de la rivière Gingya par le moine Shodo grâce à l’aide de deux serpents enlacés qui formèrent un arc au-dessus de la rivière. On emprunte ensuite les allées bordées de cryptomères géants et ponctuées de toris (portiques sacrés) monumentaux pour passer devant les complexes du Rinno ji et du Tosho gu, puis on accède au Futarasan par un tori en bronze, précédé d’un chozuya, fontaine de purification.
Comme il est de tradition dans les temples japonais, le sanctuaire principal est précédé d’un hall des offrandes, le haiden, simplement couvert de laque vermillon et noir et dont la sobriété contraste avec l’exubérance baroque qui est de règle dans les sanctuaires plus récents de Nikko.
Devant le honden, le sanctuaire central, trône une lanterne en bronze de 1293, Bake dôrô, la « lanterne du spectre », qui porte les traces des coups de sabres donnés par les gardiens du temple, effrayés par la danse erratique de sa flamme ! Près du honden, le petit sanctuaire du Daikokuden abrite l’effigie d’Ōkuninushi, ainsi qu’un sabre de 2,60 m de long, classé parmi les trésors nationaux du Japon, tandis que le Mitomo-jinja est consacré à Sukunahikona, le dieu nain qui aida Ōkuninushi. Derrière le sanctuaire, coule la fontaine Futara, dont l’eau venue du mont Korei aurait pour vertu de guérir les maladies des yeux.

Le festival du printemps, Yayoi san

Le Futarasan est le lieu le plus sacré de Nikko et, chaque mois, des processions se dirigent vers le sanctuaire pour des cérémonies d’hommage à la divinité. Une petite construction en bois, élevée en 1617 par Masakiyo Nakai, le charpentier officiel des Tokugawa, abrite les trois autels portatifs – mikoshi – utilisés lors des processions. La plus connue et la plus spectaculaire de ces fêtes est le Yayoi matsuri. Depuis le VIIIe siècle, chaque année, en avril, au moment du printemps, la procession devient grandiose et spectaculaire quand les douze chars – hana-yatai –, dignes de ceux des grands carnavals, réalisés par les douze quartiers de Nikko, décorés de fleurs, accompagnés de cavaliers, de jeunes gens en costumes d’époque, de musiciens jouant flûte et tambour, convergent vers le Futarasan. Les danses rituelles, les échanges de cartes entre les « chefs de quartier » sont strictement codifiés par la tradition et aucun dérèglement ne doit venir perturber la cérémonie millimétrée, car il serait de mauvais augure...
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