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Le monde mégalithique
Roger Joussaume
Directeur de recherche honoraire au CNRS
Consultant international à l'Unesco pour le mégalithisme

La pierre, élément naturel abondant et très résistant, a de tout temps dans le monde été utilisée par l'homme pour s'inscrire dans la durée : marquer dans la pierre ou à l'aide de la pierre, c'est marquer pour longtemps, peut-être pour toujours. De nombreux peuples ont donc utilisé la pierre à des fins diverses sur le long terme. Elle abrite et protège le mort ; elle signale la sépulture ; elle commémore un événement important dont on veut garder le souvenir à titre individuel ou collectif ; elle peut avoir un rôle cultuel comme les obélisques égyptiens, symboles solaires ; elle peut aussi aider à marquer et calculer le temps qui passe, voire à prédire des événements astronomiques comme les éclipses ; elle peut, plus simplement, servir au marquage territorial en tant que borne ou de repère au voyageur en servant d'amer… Il existe trois types fondamentaux de monuments dits mégalithiques, c'est-à-dire faits de grosses pierres : les pierres dressées, les pierres entassées et les pierres agencées en coffres fermés ou ouverts. Roger Joussaume, directeur de recherches au CNRS et auteur de nombreux ouvrages consacrés aux mégalithes, dont Les charpentiers de la pierre ; Monuments mégalithiques dans le monde (Paris, 2003), nous propose d'en percer les secrets.

Les pierres dressées ou menhirs

Les pierres dressées sont très abondantes dans le monde. Elles peuvent être plus ou moins brutes de taille et s'élever haut dans le ciel comme le menhir – « pierre longue » en breton – de Er-Grah à Locmariaquer dans le Morbihan (France) qui dépassait vingt mètres pour un poids de trois cent cinquante tonnes et qui fut brisé quelque temps après son érection par les Néolithiques eux-mêmes au début du IVe millénaire avant J.-C. Les menhirs sont nombreux et de hauteur variable en Europe de l'Ouest, depuis les îles écossaises des Orcades jusqu'au sud du Portugal. Ils se rencontrent seuls dans la lande ou groupés en files plus ou moins longues, parfois parallèles comme les célèbres alignements de Carnac en Bretagne ou en Corse dans la région de Sartène (France). Certains menhirs portent des gravures symboliques serpentiformes, corniformes, en forme de crosses, zigzag, idoles, cercles et spirales et sont alors de véritables stèles. Ils peuvent également former des cercles dits parfois improprement cromlechs : Almendrez, Portela de Mogos et Vale Maria do Meio en Alentejo au Portugal ; les hémicycles d'Er-Lannic et les structures ovoïdes associées aux alignements de Carnac en Bretagne ; Stonehenge en Angleterre, véritable temple de pierre aux remarquables arches mégalithiques ou encore, non loin de là, Avebury au cercle de pierres doublé d'un impressionnant fossé ; les nombreux cercles du Pays de Galles et de Cornouailles et le fameux anneau de Brodgar et celui de Steness aux Orcades… D'autres pierres dressées en Europe sont appelées statues-menhirs parce qu'elles présentent un aspect anthropomorphe sans être de véritables statues, comme dans le sud de la France dans le Rouergue, le Languedoc et en Provence, où elles sont datées du IIIe millénaire avant J.-C. ou en Suisse à Yverdon sensiblement à la même époque, mais également en Italie, en Sardaigne…

Ailleurs, des pierres dressées plus ou moins aménagées sont connues dans les civilisations précolombiennes de Méso-Amérique et d'Amérique du Sud comme en Colombie où ce sont parfois de véritables statues comme à San-Augustin. Des pierres ont été dressées au Proche et Moyen Orient, en Inde – à Anapara au Kerala –, dans les îles de la Sonde – statues-menhirs des îles de Nias et de Sumba ou du centre de Java –, au Kalimantan, en Malaisie, en Mongolie, en Mandchourie, en Corée et au Japon, mais également dans les îles du Pacifique sans oublier, bien sûr, les exceptionnelles statues de l'île de Pâques. Certaines de ces pierres dressées sont anciennes et peuvent remonter au IIe ou au IIIe millénaire avant J.-C., voire davantage, d'autres sont plus récentes, parfois actuelles comme en Indonésie, à Madagascar ou en Éthiopie.

Les tumulus

Les pierres entassées forment des « tumulus », encore appelés « cairns » dans l'ouest de la France, dont on remarquera que certains sont essentiellement constitués de terre plus ou moins associée à de la pierraille, que l'on nomme tertre. Il en existe des dizaines de milliers dans le monde qui présentent des formes diverses en plan – ronds, quadrangulaires, allongés, trapézoïdaux, triangulaires, en croissant, à antennes – comme en coupe – hémisphériques, pyramidaux, à degrés… Ils sont de taille très variable, certains pouvant mesurer plusieurs centaines de mètres de longueur comme les tombes des empereurs du Japon, appelés misasagi dont une, près de Nara, dépasse deux cents mètres de long pour vingt mètres de haut, quelques longs tumulus néolithiques danois, polonais, anglais et français… ; d'autres atteignent des hauteurs considérables : Silbury Hill en Angleterre mesure quarante mètres de hauteur pour près de cent soixante-dix mètres de diamètre à la base, ce qui en fait le plus volumineux tumulus d'Europe élevé au Néolithique. Ils appartiennent à toutes les époques depuis le Néolithique jusqu'à nos jours selon les régions du monde. Tous ne sont pas à proprement parler des monuments mégalithiques dans la mesure où ils ne recouvrent pas une chambre constituée de grosses pierres – dolmen ou coffre –, mais seulement une chambre en bois ou le simple dépôt d'une urne funéraire, ou encore un ou plusieurs squelettes, voire, parfois, rien du tout.

Les coffres de pierre ou dolmens

Les coffres de pierre n'appartiennent aux monuments mégalithiques que s'ils sont bâtis avec de grosses pierres. Ils peuvent être ouverts, plus exactement « ouvrables » par un côté, ou complètement fermé. En France le coffre mégalithique au plan variable – rond, polygonal, quadrangulaire – qui s'ouvre sur l'extérieur soit directement, soit par l'intermédiaire d'un couloir, est appelé dolmen. Il existe donc des dolmens simples qui ouvrent directement sur l'extérieur, des dolmens à couloir qui possèdent un passage entre la chambre et l'extérieur, et des dolmens en allée couverte qui présentent la particularité d'être de forme quadrangulaire allongée : ce sont en quelque sorte de longs dolmens simples. Tout cela est évidemment assez schématique. La toiture du dolmen peut être réalisée à l'aide d'une ou plusieurs dalles de pierre ou être montée en encorbellement formant une coupole au-dessus de la chambre faite de petites dalles qui se chevauchent en se débordant légèrement. Il arrive que plusieurs chambres soient desservies par un même couloir. Le dolmen était originellement situé à l'intérieur d'un tumulus qui pouvait prendre des formes diverses. Il y a donc un lien direct entre le dolmen et le tumulus qui recouvrait le dolmen. Toutefois, de nos jours, de nombreuses chambres mégalithiques ont perdu leur enveloppe tumulaire qui a souvent servi à empierrer les chemins ou à la construction des maisons environnantes. Il ne reste plus alors dans la lande que le squelette mégalithique populairement appelé dolmen. Le problème se complique quand cette chambre funéraire est construite uniquement à l'aide de petites pierres empilées formant des murs – comme La Hogue et la Hoguette à Fontenay-le-Marmion en Normandie – ou, pis encore, quand ses parois et sa couverture étaient réalisées en bois comme à Haddenham dans l'est de l'Angleterre. Morphologiquement et fonctionnellement ces monuments sont les mêmes, seul le matériau de construction diffère. Comment doit-on les nommer ? Il n'y a aucun consensus sur le sujet ce qui a amené de nombreux chercheurs à abandonner l'emploi du terme dolmen et à le remplacer par d'autres tout aussi imprécis ou impropres : « tombe ou sépulture mégalithique » par exemple.

Chambres funéraires

Les dolmens étaient donc des chambres funéraires qui contenaient plusieurs corps déposés sur le fond, parfois entassés. C'est dans l'ouest de la France, de la Normandie aux Charentes qu'ils sont les plus anciens, édifiés dès le Ve millénaire avant J.-C. et utilisés jusqu'au IIIe millénaire avant J.-C. Des formes comparables, auxquelles on a donné des noms divers – anta, mamao –, existent dans tout l'ouest de l'Europe atlantique depuis la Suède jusqu'au sud de la péninsule Ibérique en passant par les îles Britanniques, le Danemark, l'Allemagne, la Suisse, le Benelux, la France et les îles de la Méditerranée – Sardaigne, Malte, Baléares.

Le phénomène des tombes à couloir, qui sont donc des sépultures collectives, a pris naissance dans l'ouest de l'Europe, probablement dû à l'évolution de la tombe collective simple, c'est-à-dire à ouverture directe sur l'extérieur, sans couloir, elle-même issue de la tombe en coffre à dépôt funéraire plus ou moins collectif, connue dès le Mésolithique, dont l'ouverture devenait difficile pour de nombreux dépôts. Ce processus a pu s'établir de manière indépendante dans plusieurs régions du littoral atlantique et interférer assez rapidement d'une région à l'autre, ce qui expliquerait que l'on trouve des dolmens à couloir dans des petits tumulus circulaires – au Portugal, en Espagne, en France – comme dans de très longs tertres – en Angleterre, au Danemark, en France – qui paraissent une spécificité plus nordique, les longs tumulus n'étant pas connus au Portugal et dans l'ouest de l'Espagne.

Des monuments de type dolmen se retrouvent dans de nombreux pays au monde en dehors de l'Europe. Ils sont caractérisés généralement par un espace limité par des pierres dressées qui maintiennent une dalle de pierre à l'horizontale au-dessus du sol. La simplicité de cette définition fait que nombre de monuments sont des dolmens et que beaucoup ont cru y voir le témoignage d'une civilisation ou d'une religion mondiale liée au mégalithisme. Et les idées ont la vie dure ! Pourtant qu'y a-t-il de plus simple que de vouloir planter une pierre pour marquer de manière durable un événement important, qu'y a-t-il de plus simple que de mettre le corps des défunts dans un tombeau de pierre si l'on veut en sauvegarder matériellement le souvenir ? Est-il vraiment nécessaire de voir dans ces gestes une religion ou une civilisation internationale ? Certainement pas !

Aperçu du mégalithisme au Proche-Orient

Berceau du Néolithique européen, le Proche-Orient a vu la réalisation de grandes structures en pierre (Jéricho). Ce n'est cependant qu'au IVe millénaire avant J.-C. que furent édifiés les dolmens de la vallée du Jourdain (Ala-Safat). Conçus en blocs de calcaire locaux, ils sont en général formés de cinq dalles de pierre, quatre pour les parois et une pour la couverture. La dalle d'entrée présente souvent une perforation quadrangulaire dans laquelle venait se loger un panneau de bois ou de pierre. La plus grande concentration de dolmens se trouve à l'est du Jourdain. D'autres sont signalés en Galilée, autour du lac Tibériade où des milliers de constructions mégalithiques sont connues dans le Djolan : dolmens, parfois sous tumulus, et pierres levées, seules ou disposées en alignements ainsi que des enceintes de pierres.

Dans le Sinaï les nawamis sont des monuments funéraires en forme de tour arrondie, parfois rectangulaire ou carrée, construits en pierre sèche, qui mesurent de deux à trois mètres cinquante de diamètre et atteignent trois mètres de hauteur. Ils possèdent une chambre ronde à toiture en encorbellement et on y accède par une porte. Des monuments assez comparables sont connus jusqu'au sud de la péninsule Arabique, en particulier au Yémen où ils sont appelés dirm, dans la première moitié du IIIe millénaire avant J.-C., au Bronze ancien. Ici ces tombes sont fréquemment associées à des alignements de pierres dressées.

Des ensembles mégalithiques ont été reconnus sur le pourtour de la mer Noire et plus particulièrement au Caucase au IIIe millénaire avant J.-C. Les sépultures de la riche culture de Maïkop étaient aménagées dans des fosses sous tumulus appelés kourganes, mode sépulcrale qui occupera les IIIe et IIe millénaires avant notre ère, dans une vaste région de steppe qui s'étend de la Sibérie méridionale au Caucase. Parmi les objets recueillis dans les kourganes de cette civilisation, quelques-uns en métal ainsi que des pierres semi-précieuses proviendraient d'Anatolie et de Syrie, d'autres d'Iran et d'Inde, indiquant une intense circulation des biens sinon des personnes.

Dans le Caucase occidental, en bordure du Kouban et sur le territoire de l'Abhasie, les dolmens occupent une vaste surface qui recoupe le territoire de la culture de Maïkop. Les plus anciens sont datés du milieu du IIIe millénaire avant J.-C. et sont concentrés dans la zone d'extraction du cuivre du Caucase. Près de deux mille monuments, formant des sous-types différents, ont été recensés parfois concentrés en grandes nécropoles.

La hauteur des monuments peut varier de soixante-dix centimètres à deux mètres quarante alors que la longueur atteint jusqu'à cinq mètres quarante. La caractéristique essentielle des dolmens du Caucase est la perforation généralement circulaire qui affecte la dalle antérieure du monument et qui était fermée par un bouchon de pierre. Certains étaient enfouis sous un tumulus circulaire limité par des pierres. Des signes ont été gravés sur les parois intérieures et extérieures des dolmens : zigzags, lignes brisées, traits, cannelures et cupules.

D'autres dolmens existent sur le pourtour de la mer Noire, en Crimée méridionale, dans la région de Gaspra et d'Aloutcha ainsi que ceux de la vallée de Baydar. Il s'en trouve quelques-uns sur le littoral de la Bulgarie au nord d'Andrinople alors que des monuments à dalles perforés ont aussi été signalés en Thrace.

L'ensemble mégalithique indien

Nombreux sont les monuments mégalithiques en Inde, essentiellement en Inde péninsulaire méridionale, bien que quelques groupements se trouvent au nord, jusque dans le Cachemire et non loin de la frontière du Népal. L'ensemble le plus à l'ouest se situe au Pakistan, au nord de Karachi, et à l'est sur la frontière entre l'Assam et le Bangladesh où subsistent actuellement des formes particulières de mégalithisme. Des alignements de pierres dressées ont été signalés au cœur même du Tibet : à Do-Ring près du lac de Pang-gong. Des rapprochements formels sont à effectuer avec les alignements de Carnac en France, mais également avec ceux de Mohamed-al-Hamli au autres pierres dressées sont connues au Tibet et au Bhoutan.

L'ensemble mégalithique indien est particulièrement important. Les chercheurs sont à peu près d'accord pour reconnaître deux types de dolmens selon qu'ils sont construits avec des dalles plates bien taillées ou au contraire avec des blocs bruts. L'exemple typique du premier groupe est fait d'une chambre quadrangulaire limitée par quatre dalles dressées qui se débordent l'une l'autre pour former en plan une sorte de svastika qui ne doit probablement rien aux Aryens qui incinéraient leurs morts. Ici la chambre contient le dépôt de nombreux ossements déconnectés accompagnés de céramiques rouges. La dalle située à l'est est munie d'une perforation circulaire qui donne accès à un couloir. La couverture de la chambre était réalisée par une dalle de pierre. Deux murs de parement concentriques entourent la chambre et maintiennent le tumulus. De tels monuments sont parfois groupés en vastes nécropoles : Rajankolur, Hire… C'est ainsi qu'environ deux mille tombes mégalithiques ont été signalées autour de Brahmagiri.

Le deuxième type est formé d'une chambre mégalithique, au plan parfois transepté, constituée de pierres brutes et située à l'intérieur d'un tumulus circulaire qui peut lui-même être inclus dans une plate-forme quadrangulaire.

Des monuments d'un type un peu particulier furent dressés dans le Kerala, district du sud-est : les topikallus ou « chapeau de pierre » faits d'une dalle hémisphérique en équilibre sur quatre pierres dressées qui se rejoignent au sommet. Les kadakallus sont également des dalles hémisphériques mais, posées sur le sol, elles recouvrent une fosse. Des pierres dressées peuvent être en relation avec divers monuments. Certaines de ces pierres forment des alignements. Les plus anciens monuments mégalithiques ont pu être construits dès le IIe millénaire avant J.-C. et trouvent leur plein épanouissement au Ier millénaire avant J.-C.

Des monuments de type dolmen sont encore en usage en Indonésie et plus spécialement dans l'île de Sumba, sépultures collectives en coffre de pierre surmonté d'une table de pierre maintenue à l'horizontale au-dessus du sol grâce à quatre piliers graciles cylindriques souvent décorés. Le dépôt d'un nouveau corps dans le sépulcre nécessite le lever du couvercle.

Les mégalithes en Extrême-Orient

En Extrême-Orient des dolmens sont connus en Chine, où ils sont appelés Che-pin, en Corée, au Japon et jusqu'à Taïwan qui peut marquer un prolongement du mégalithisme du sud-est asiatique. Ils sont répartis en deux types : celui du nord caractérisé par une chambre quadrangulaire à couverture mégalithique, construite au-dessus du sol ; et celui du sud qui est un coffre de pierre ou une fosse recouverte par une grosse pierre. Bien que l'on puisse situer la limite entre les deux groupes au niveau du fleuve Han du Nord, les deux ensembles s'interpénètrent par endroits.

Plusieurs dizaines de milliers de dolmens ont été identifiés en Corée, mais ils sont plus nombreux à l'ouest, région moins montagneuse et qui est aujourd'hui la plus habitée. Ils peuvent être isolés ou groupés en véritables nécropoles. Les dolmens, tous de type Nord, sont moins nombreux en Mandchourie et dans la péninsule de Shantung qu'en Corée, mais ils sont souvent beaucoup plus volumineux avec des dalles de couverture pouvant atteindre jusqu'à soixante-dix tonnes. Les dolmens de type Sud occupent le sud de la Corée et l'île de Kyûshû au Japon ainsi qu'une partie de la Corée du Nord-Ouest. Les dolmens seraient apparus au début du premier millénaire avant J.-C. en Corée septentrionale, époque d'apparition du bronze en Corée, et se seraient maintenus pendant tout ce premier millénaire avant J.-C. dans ce pays.

Deux types dolméniques se rencontrent au Japon. Le premier, composé d'une dalle sans piliers de soutènement, fut introduit sur la côte ouest de Kyûshû vers le IIIe siècle avant J.-C., venant de Corée du Sud. Ces monuments contiendraient des incinérations et leurs constructeurs auraient introduit l'agriculture en terrain sec. Limités dans l'espace, ils appartiendraient à la culture du Jomon final. Le deuxième type, avec piliers, se trouve au nord de Kyûshû et marque des changements sociaux qui correspondent à la culture de Yayoï. Un peuple de grande taille venu de Corée du Sud au début du Yayoï apporta la technique de la culture du riz en terrain inondé. Les dolmens de type nouveau, avec piliers, ont donc été édifiés par un peuple coréen mélangé aux autochtones.

Les dolmens de l'Extrême-Orient sont des sépultures individuelles, souvent après décarnisation, parfois après incinération, mais toute la population n'était pas enterrée sous dalle et la taille même de la dalle de pierre indique probablement un ordre social, une hiérarchisation.

Au Japon s'installe, au milieu du IIIe siècle de notre ère, une nouvelle vague d'immigrants venus de Corée. Jusqu'au milieu du VIIe siècle, les personnages de haut rang seront déposés, à leur mort, dans des sarcophages de bois ou de pierre, voire à même le sol, dans une chambre mégalithique à laquelle on accédait par un couloir à travers un tumulus. Ces dolmens sont inclus dans un tumulus de terre, ou tertre, généralement circulaire. Les chambres sont toujours quadrangulaires et se développent le plus souvent dans l'axe du couloir. Elles sont construites en pierres brutes sans aucun ciment, les parois étant constituées par l'amoncellement de gros blocs. La chambre est plus haute que le couloir.

Afrique, Pacifique, Amérique

Le mégalithisme de l'Afrique regroupe des monuments de type dolmen – Afrique du Nord, Éthiopie et Madagascar –, des coffres mégalithiques – République Centrafricaine –, des pierres dressées et des stèles, funéraires ou autres, – Éthiopie, Kenya, Soudan, Égypte, Mali, Sénégal, Gambie, Guinée, Togo, Nigeria, République Centrafricaine, Cameroun, Madagascar… – ainsi que des tumulus, quelle que soit leur période d'utilisation. Certains mégalithismes africains remontent au IIe millénaire avant J.-C., comme les dolmens du Harar en Éthiopie, voire même dès le Ve millénaire avant J.-C. avec les cercles de pierres dressées en Égypte, alors que des peuples comme les Konso, également en Éthiopie, dressent encore des pierres à différentes occasions, tout comme les Malgaches qui utilisent toujours leurs tombeaux d'ancêtres construits avec de grosses dalles de pierre.

Du Pacifique aux Amériques

En continuant notre voyage vers l'est, nous pourrions citer de nombreuses constructions plus ou moins mégalithiques des îles du Pacifique et surtout l'île de Pâques. Mais il faut atteindre le continent américain pour retrouver des monuments de type dolmen et plus particulièrement San Augustin et Alto de Los Idolos au sud des Andes colombiennes. Sur de grands aménagements du relief, des statues de pierre ont souvent été déplacées. Elles sont associées à deux types de constructions mégalithiques : grand coffre et chambre quadrangulaire allongée précédée d'un étroit couloir surbaissé en pierres brutes, à l'intérieur d'un tumulus circulaire de terre et de pierre, limité par une série de dalles dressées ou par un mur bien appareillé. Les fouilles ont livré un important matériel : outils en obsidienne, éléments de parure et statuettes monolithiques. Des statues de pierre, représentant des personnages ou des animaux, sont situées de part et d'autre de l'entrée du couloir soutenant une dalle plate.

La culture de San Augustin a occupé plus de deux millénaires depuis le VIe siècle avant J.-C. jusqu'au XVe siècle de notre ère. Il est à peu près certain qu'au cours de cette longue période des changements ont eu lieu amenant de nombreuses modifications dans les coutumes funéraires encore assez mal étudiées.

Les mégalithismes sont donc nombreux et variés dans le monde et cette présentation sommaire n'est qu'un survol très rapide du sujet.

Roger Joussaume
Février 2003
 
Bibliographie
Des dolmens pour les morts. Les mégalithismes à travers le monde Des dolmens pour les morts. Les mégalithismes à travers le monde
Roger Joussaume
Hachette, Paris, 1985

Tiya. L'Ethiopie des mégalithes. Du biface à l'art rupestre dans la Corne de l'Afrique Tiya. L'Ethiopie des mégalithes. Du biface à l'art rupestre dans la Corne de l'Afrique
Sous la direction de Roger Joussaume
Du biface à l'art rupestre dans la Corne de l'Afrique
éd. Chauvinoises, 1995

Carnac, Les premières architectures de pierre Carnac, Les premières architectures de pierre
G Bailloud, C. Boujot, S. Cassen et C-T Le Roux
CNRS éditions, Paris, 1995

Les mégalithes de l’Europe atlantique, Architecture et art funéraire (5000-2000 avant J.-C.) Les mégalithes de l’Europe atlantique, Architecture et art funéraire (5000-2000 avant J.-C.)
J. Briard
Errance, Paris, 1995

Les charpentiers de la pierre. Monuments mégalithiques dans le monde Les charpentiers de la pierre. Monuments mégalithiques dans le monde
Roger Joussaume
Monuments mégalithiques dans le monde
La maison des roches, Paris, 2003

Les dolmens, Sociétés néolithiques, Pratiques funéraires Les dolmens, Sociétés néolithiques, Pratiques funéraires
C. Masset
Collection des Hespérides
Errance, Paris, 1997

Le monde des mégalithes Le monde des mégalithes
J.-P. Mohen
Casterman, Paris, 1989

Les Hauts lieux de la Préhistoire en France Les Hauts lieux de la Préhistoire en France
Roger Joussaume, Jean-Philippe Rigaud, Jean-Michel Geneste
Bordas, Paris, 1990

Le mégalithisme en Éthiopie. Monuments funéraires protohistoriques du Harar Le mégalithisme en Éthiopie. Monuments funéraires protohistoriques du Harar
Roger Joussaume
Monuments funéraires protohistoriques du Harar
Ambassade de France, 1980

L’età dei costruttori di megaliti L’età dei costruttori di megaliti
Roger Joussaume
Jaca Book, Milano, 1992

Les mégalithes pierres de mémoire Les mégalithes pierres de mémoire
J.-P. Mohen
Gallimard, Paris, 1998

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