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Pissarro dans les ports
Rouen, Dieppe et Le Havre
Du 27 avril au 29 septembre 2013 au musée d’art moderne André-Malraux le Havre
Justement considéré comme l'une des principales figures de l'école impressionniste - il participe à première exposition du groupe organisée en 1874 - Camille Pissarro semble souvent y occuper une place secondaire quand on le compare aux «géants» tels que Monet, Cézanne ou Renoir mais son oeuvre n'en est pas moins très présente dans l'imaginaire du public, familiarisé avec ses vues de Pontoise et d'Eragny, les scènes paysannes qu'il a représentées sur ses terres du Vexin, les paysages de Louveciennes ou de Port-Marly, les marchés de Pontoise et de Gisors, la succession des saisons enregistrée à Montfoucault ou l'animation des grands boulevards parisiens. Né dans l'île antillaise de Saint Thomas en 1830, le jeune Camille a fait quelques années d'études en France avant de rejoindre son île natale en 1847 et c'est après un séjour au Venezuela qu'il est revenu à Paris en 1855 pour y découvrir Delacroix, Ingres, Millet et Courbet et devenir l'élève de Corot. . Il rencontre aussi Monet et Cézanne à l'Académie Suisse. Installé à Pontoise et dans sa région, il part pour Londres en 1870 afin d'y retrouver Daubigny et Monet, ainsi que le marchand Durand-Ruel. Pendant son absence, son atelier de Louveciennes a été pillé et c'est à Pontoise qu'il se réinstalle pour dix ans à partir de 1872., non loin d'Auvers sur Oise où résident Daubigny et le docteur Gachet, ami et protecteur des peintres installés dans la région. Il collabore à cette époque avec Cézanne qu'il a encouragé à peindre en plein air et c'est bientôt Gauguin qui vient à son tour le rejoindre à Pontoise. En 1884, il quitte les bords de l'Oise pour s'installer à Eragny sur Epte où il résidera jusqu'en 1903, date de sa mort., toujours plein d'enthousiasme face à la nature qui l'entoure et toujours curieux des innovations engagées par les peintres de la génération suivante, dont Seurat avec qui il se lie d'amitié.
Loin des terroirs avec lesquels il s'est familiarisé depuis de longues années, Pissarro va découvrir, à partir des années 1880, une nouvelle source d'inspiration en s'intéressant aux ports normands, qu'il fréquente désormais assez régulièrement. La thématique en question n'était pas absolument nouvelle. On connaît la série des quatorze ports représentés de 1753 à 1762 par Joseph Vernet répondant à la commande du marquis de Marigny et l'on sait l'intérêt que manifestèrent pour les paysages de la côte normande Courbet, Boudin ou le jeune Monet mais la matière concernée a évolué car c'est le port «industriel» - celui des transatlantiques, de la navigation à vapeur et des docks où s'accumulent les produits venus des lointains outre-mers - qui retient désormais l'attention. Dès 1874, lors du premier Salon «impressionniste», Claude Monet a présenté sa fugace Impression au soleil levant saisie dans le port du Havre, devenu en cette seconde partie du XIXème siècle le symbole même de la modernité depuis que le chemin de fer l'a relié à Paris et depuis que les gigantesques paquebots, véritables «villes flottantes» sillonnent l'Atlantique pour rallier les côtes nord-américaines. Ces paysages nouveaux vont retenir l'attention de Pissarro de 1883 à 1903, l'année de sa mort au cours de laquelle il peint encore L'anse des pilotes du Havre par matin de temps gris et de brumes (conservé à la Tate Gallery) ou Le quai de Southampton dans l'avant-port du Havre, conservé au Musée André Malraux.. C'est de la même année 1903 que date La jetée du Havre. Haute mer, soleil matin, une toile parfaite qui compte parmi les toutes dernières oeuvres du peintre, riche de sa fraîcheur immédiate, de la vivacité de ses coloris et du mouvement de ses nuages pommelés, le tout produisant une impression d'instantanéité saisissante. Une oeuvre méconnue qui vaut à elle seule le déplacement au Havre. Bénéficiant de la largeur de la Seine inférieure, Rouen peut accueillir également des navires de haute mer et l'activité portuaire y est aussi intense. Pissarro y a parfaitement réussi son Pont Boieldieu à Rouen par temps mouillé de l'Art Gallery of Ontario de Toronto, réalisé dans une heureuse vision en surplomb et que, dans une lettre, le peintre présente en ces termes à son fils: « par effet de pluie, avec un tas de personnages allant et venant, avec la fumée des bateaux, avec des quais équipés de grues, avec des travailleurs au premier plan, tout cela gris, coloré, luisant de pluie.» Ce sont des scènes plus classiquement provinciales que l'artiste se propose de représenter lors de ses séjours à Dieppe, le grand port de pêche installé au nord de la côte cauchoise. Il cherche là de nouveaux sujets, ainsi le marché aux poissons ou l'église Saint Jacques qu'il peint depuis l'Hôtel du Commerce alors que c'est à la fenêtre d'une chambre louée à La Poissonnerie qu'il représente le port, en exprimant l'animation qu'indique le frémissement des eaux sur lesquelles se déplacent les voiles porteuses d'ouvertures vers de nouveaux horizons. Installé à Eragny comme Monet l'est à Giverny, Pissarro n'en réalise pas moins dans la dernière partie de sa vie, avec ces représentations des ports normands, des expériences fécondes qui seront bientôt relayées par Raoul Dufy, Othon Friesz ou Albert Marquet.
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