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La Fête au temps de l'âge d’or de la peinture hollandaise
Jusqu'au 6 mai 2012 au musée Franz Hals de Haarlem
La peinture hollandaise du « Siècle d’Or », qui correspond en fait aux années 1630-1680, s'identifie pour nous aux représentations du Syndic des drapiers ou de la Leçon d’anatomie, aux intérieurs calmes et confortables de Vermeer ou de Pieter de Hooch, aux paysages de Ruysdaël et aux portraits de notables calvinistes soucieux d’immortaliser leur réussite mais elle a su aussi célébrera fête sous toutes ses formes. C’est le thème retenu par le Musée Frans Hals de Haarlem pour cette riche exposition, qui réunit quarante-cinq tableaux dont certains chefs d’œuvre issus du fonds du musée mais aussi du Metropolitan Museum de New York et de la Gemaldegalerie de Berlin.

Cette présentation constitue la première manifestation organisée autour de ce thème particulier, familier à la peinture flamande, quand Brueghel et ses successeurs figuraient les fêtes paysannes ou les kermesses si caractéristiques de la société traditionnelle du « plat pays ».

Le thème de la « fête » est entendu ici de manière extensive, des repas familiaux bien arrosés aux banquets officiels réunissant les membres d’une guilde ou d’une compagnie d’arquebusiers et aux célébrations populaires des fêtes du calendrier avant que les rigueurs du protestantisme néerlandais, sorti vainqueur au milieu du siècle de son affrontement avec la puissance espagnole, ne vienne perturber une continuité festive qui trouve ses racines dans le passé médiéval.

On connaît les scènes de cabaret de Jan Steen ou d’Adrian Broüwer mais le maître en ce domaine demeure Frans Hals lui-même dont on retiendra notamment le Banquet des officiers du corps des archers de Saint Georges ou celui du corps des archers de Saint Adrien, réunissant autour de plats copieux et de verres bien remplis des notables fiers de leurs uniformes d’apparat, davantage prêts à s’attaquer au rôti qu’à se porter au rempart ou à la frontière pour y affronter l’ennemi.

Les occasions de banqueter étaient fréquentes en ces prospères Pays-Bas qui s’étaient imposés alors comme la grande puissance navale et commerciale en mesure de rivaliser avec l’Angleterre et de défier peu après le roi de France. L’appartenance à une même guilde ou corporation, le simple voisinage, la solidité des liens familiaux, tout cela fournissait le prétexte de retrouvailles joyeuses au cours desquelles les femmes n’étaient pas les dernières à s’adonner aux excès de la table et de la boisson.

Hors du milieu familial, la taverne attire pour sa part une population bigarrée et bruyante, dans un air embrumé par la fumée du tabac, qui connaît alors un immense succès. Banquets fêtant naissances, fiançailles, mariages ou anniversaires ont un caractère quasi institutionnel mais, au delà de ces fêtes familiales on se retrouve entre amis dans des « collèges » dédiés à la bonne chère et aux plaisirs de la vie.

En dépit des récriminations de l’Eglise réformée, nombre d’anciennes fêtes catholiques étaient toujours célébrées sous une forme sécularisée devenue «folklorique ». Les fêtes des Rois, du Mardi Gras, de la Saint Martin ou de Saint Nicolas survivaient ainsi. Elles étaient l’occasion de chants, de danses, d’ exercices de tir aux pigeons. A l’occasion de la Pentecôte, un cortège d’enfants et de jeunes accompagnait « la fille de la Pentecôte », choisie comme une reine de beauté parmi la gent féminine de la ville.

La « fête de mai » remontait à des usages païens plus anciens et l’on dressait à cette occasion sur la place du village un « arbre de mai » décoré de couronnes et autour duquel la jeunesse, vêtue de vert pour la circonstance, effectuait des rondes endiablées D’une durée d’une semaine, parfois deux voire trois, comme à Haarlem, les kermesses avaient de profondes racines dans l’âme néerlandaise et les pasteurs qui s’efforçaient de dénoncer en elles une survivance papiste prêchaient dans le désert. On achète, on vend, on s’amuse mais la kermesse tend parfois à la licence pure, ce qui en éloigne les bourgeois les plus «respectables » et en fait surtout le cadre des divertissements populaires.

On mange, on boit, on danse, on chante, les vers se vident rapidement et la kermesse prend parfois des allures de bacchanale. Une belle matière pour les peintres, contraints ainsi de relever le défi du mouvement et de la couleur, comme l’avait fait Rubens peu de temps avant eux dans le célèbre tableau conservé au Louvre.
Pour visiter l'exposition avec Clio
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