Patrie des compositeurs Torelli et Gabrielli, des frères Carrache et du Guerchin, de l'écrivain Umberto Eco, de l'acteur Gino Cervi, du chanteur lyrique Ruggero Raimondi, du prix Nobel Guglielmo Marconi et du sulfureux cinéaste Pier Paolo Pasolini, Bologne – surnommée la « Savante » pour avoir accueilli dès le XIe siècle la première université européenne, ou la « Rouge » en raison de ses sympathies communistes du siècle dernier – compte parmi les grandes villes de culture de la péninsule italienne. Peuplée d'un peu moins de quatre cent mille habitants, installée au contact de l'Apennin et de la plaine du Pô, entre la vallée du Reno et celle du Savena, elle est aujourd'hui la capitale de la région Emilie-Romagne, après être longtemps demeurée une marche orientale souvent rebelle des Etats pontificaux.
Au delà des diverses traditions légendaires relatives à son origine, on sait que la cité antique a été fondée par les Etrusques, sous le nom de Felsina, au VIe siècle avant J.-C., dans une région occupée, au cours du premier âge du fer, par les populations dites « villanoviennes ». Au IVe siècle avant J.-C., l'irruption des Celtes boïens dans la plaine du Pô – appelée à devenir pour un temps la Gaule cisalpine – leur permet de se substituer aux Etrusques et de s'emparer de Felsina, rebaptisée Bononia. Ils en sont à leur tour chassés par les Romains en 191 avant J.-C. Ceux-ci font alors de la cité une colonie qui prospère rapidement, du fait de la construction, quelques années plus tard, de la via Aemilia, l'une des principales artères routières de l’Italie romaine. En 88 avant J.-C., la cité est transformée en municipe et ses habitants obtiennent la citoyenneté romaine. Ils sont près de dix mille sous l'Empire, une époque qui voit Bononia se doter de nombreux monuments publics, en même temps que progressent les aménagements urbains, avec la construction d'un aqueduc et la réalisation d'un remarquable système d'adduction d'eau et d'égouts digne des plus brillantes des villes antiques. La générosité de Néron permet de réparer les dégâts entraînés par le grand incendie de 53, mais le beau temps de l'Empire, celui de la Pax romana, n'est pas éternel et la ville subit au Ve siècle les effets des invasions barbares. La ville renaît cependant, sous l'impulsion de l'évêque Pétrone qui réorganise l'Eglise bolonaise et développe le culte des saints martyrs Vitale et Agricola. Ce n'est qu'un répit et la fin de l'Empire romain d'Occident, survenue en 476, laisse la ville à la merci des soudards du Skire Odoacre et de l'Ostrogoth Théodoric. La région demeure un champ de bataille tout au long des siècles qui voient la tentative de reconquête byzantine puis l'irruption des Lombards – dont le roi Liutprand s'empare de la ville en 728 – avant que le Franc Charlemagne ne l'occupe à la fin du VIIIe siècle pour la remettre au pape Adrien. Il faut attendre le réveil de l'an mil pour constater la renaissance de la ville. La population augmente rapidement, une nouvelle enceinte est construite et la cité se voit accorder divers privilèges par l'empereur, ce qui permet son accession au rang de « commune » en 1123, trente cinq ans après la fondation de l'université où étudieront successivement Dante, Boccace et Pétrarque. La commune doit ensuite préserver son indépendance menacée par les ambitions de Frédéric Barberousse, finalement vaincu à la bataille de Legnano par la Ligue lombarde dont Bologne est partie prenante. L'essor du commerce enrichit ensuite la cité qui connaît alors un remarquable essor monumental. Celui-ci se confirme après la victoire remportée sur l'empereur Staufen Frédéric II et c'est au cours de ce même XIIIe siècle que sont édifiées l'église San Francesco et la basilique San Domenico. Ralliée au camp guelfe favorable à la papauté, Bologne est vaincue par la gibeline Forli et la crise qu'engendre cette défaite prépare l'avènement d'une aristocratie dynamique à laquelle on doit la construction du palais de la Mercanzia et de la basilique San Petronio. Au XVe siècle, les Bentivoglio profitent des divisions de l'Italie du Nord pour installer une seigneurie puissante qui sera finalement abolie du fait de l'accord conclu entre le pape Jules II et le roi de France Louis XII. La ville réapparaît dans la grande Histoire à l'occasion de la signature du concordat de 1516 entre Léon X et François Ier, lors du couronnement impérial de Charles-Quint de 1530, puis en 1547 quand le grand concile de la Réforme catholique réuni à Trente se replie pour quelques mois au pied de l'Apennin. Soumise à l'autorité pontificale, Bologne demeure le siège d'une université réputée dans toute l'Europe catholique et son dynamisme économique permet la poursuite de grands programmes architecturaux, alors que son école de peinture demeure, avec les Carrache, Guido Reni ou Guerchin, l'une des sources vivantes du classicisme italien. La papauté – notamment sous le pontificat de Benoît XIV, lui-même d'origine bolognaise – contribue au développement et à l'embellissement de la ville au XVIIIe siècle. Bologne se rallie aux idéaux de la Révolution française, portés au-delà des Alpes par le jeune général Bonaparte. Cette période laissera des traces puisque la Charbonnerie, société secrète libérale, fera de la région l'un de ses principaux foyers, jusqu'à l'insurrection de 1831 qui verra la mort de Napoléon-Louis Bonaparte, venu avec son frère Louis-Napoléon, le futur Napoléon III, combattre pour la cause de la liberté et de l'unité italiennes. Rattachée au jeune royaume d'Italie en 1860, la ville poursuit son développement à la faveur de la révolution industrielle qui intervient à partir de la fin du siècle et connaît de nouveaux embellissements, qui vont de pair avec la restauration des monuments du centre historique. Fidèle à sa tradition révolutionnaire aux XIXe et XXe siècles, Bologne est durement éprouvée, au cours de la seconde guerre mondiale, par les bombardements anglo-américains qui entraînent la destruction de près de la moitié de son patrimoine historique qui, patiemment restauré par la suite, fait toujours d'elle l'une des plus brillantes cités d'art et d'histoire du continent européen.
Pour visiter Bologne avec Clio
IT 57 - 8 jours
Ce voyage vous emmène à la rencontre des Etrusques qui, les premiers, unifièrent l’Italie. Demeuré l’un des peuples les plus mystérieux de l’Antiquité, les Etrusques nous ont pourtant laissé de nombreux ...
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