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Antoine Watteau. La leçon de musique
Bruxelles
Du 8 février au 12 mai 2013 au Palais des Beaux-Arts
Le Palais des Beaux Arts de Bruxelles a confié à William Christie, le célèbre fondateur des « Arts florissants », le soin de mettre en relation l’art du peintre et la musique de son temps lors d'une exposition transdisciplinaire originale et passionnante.

Le protégé de Pierre Crozat
Né à Valenciennes, rattachée au royaume de France huit ans plus tôt à l’occasion de la paix de Nimègue, Watteau a été l’élève de Claude Gillot, qui lui a fait découvrir la peinture et le théâtre italiens, une source d’inspiration majeure pour celui qui, à la différence de tous ses grands contemporains, ne fera jamais le voyage de Rome. le comte de Caylus, biographe du peintre, a écrit en1748 que ce dernier « avait de la délicatesse à juger de la musique » mais nous ne savons pas si le jeune Valenciennois, fils d’un simple couvreur, a appris à jouer d’un instrument. Formé dans l’atelier de l’ornemaniste Claude Audran puis dans celui du peintre Claude Gillot, il est en fait un autodidacte qui découvre les grandes oeuvres de la tradition picturale européenne dans les copies réalisées à partir des collections royales et de celles de ses riches protecteurs. Installé à Paris à la fin du règne de Louis XIV et sous la Régence, il y devient le protégé de Pierre Crozat, l’un des plus généreux mécènes de l’époque. C’est chez lui qu’il découvre la musique italienne et approfondit sa connaissance des héritages picturaux flamand et transalpin. Il y élabore un style très personnel qui, mêlant grâce et légèreté, s’inscrit dans un contexte bien particulier.

La douceur de vivre
Paris est en effet en train de se substituer à Versailles comme principal foyer culturel du royaume, au moment où les misères qui accompagnent les dernières années du Roi-Soleil sont oubliées dans les salons et les alcôves parisiens, en une époque qui entend désormais privilégier la « douceur de vivre ». La présence du théâtre, de la danse et de la musique dans la peinture de Watteau ne doit rien au hasard car ces arts participent à la figuration des « fêtes galantes » dont il invente alors les différentes représentations.

La bande-son des Fêtes galantes
Privilégiant la dimension musicale de l’oeuvre du peintre, l’exposition présentée à Bruxelles regroupe une quinzaine de toiles et une trentaine de dessins de l’artiste, ainsi qu’une cinquantaine d’estampes réalisées par certains de ses contemporains tels que François Boucher ou Charles Nicolas Cochin qui, en reproduisant certaines de ses oeuvres ont contribué à la diffusion de l’art de Watteau dans l’ensemble de l’Europe.
Documents d’archives, partitions et instruments viennent heureusement compléter la présentation des oeuvres proprement dites, en favorisant un immersion du visiteur dans l’univers musical des deux premières décennies du XVIIIème siècle. Des alcôves musicales constituant autant de points d’écoute sont mises à la disposition du public tout au long du parcours de l’exposition, le tout complété par un cycle de huit concerts imaginés par William Christie.
Près d’un tiers des tableaux de Watteau nous montrent des musiciens ou des instruments de musique et il est très tôt sensible au monde de la commedia dell’arte qui lui fournit le personnage du Pierrot joueur de guitare si présent dans les fêtes galantes. Chassés de France en 1697, les comédiens italiens y ont été rappelés par le Régent dès 1716 et Watteau utilise pleinement le mouvement et la fantaisie qu’ils incarnent. Musique et personnages s’accordent aux sentiments qu’entend exprimer le peintre quand il évoque les entreprises de séduction ou les embarquements pour Cythère qu’évoquent nombre de ses compositions. Les titres de certaines œuvres - la Gamme d’amour, L’accord parfait ou la Leçon de musique - en disent long quant aux subtiles correspondances qu’il établit entre les sonorités de la guitare, de la musette ou de la viole et les tendres émois qu’il entend suggèrer sur ses toiles.


Fugacité
C’est aussi un catalogue des instruments du temps que nous révèle l’oeuvre du peintre, du violon représenté sur la sanguine provenant de la National Gallery de Dublin à la flûte dont joue le personnage figuré sur une autre sanguine conservée au Fitzwilliam Musem de Cambridge. Les dessins de l’artiste présentent souvent des musiciens isolés et témoignent de sa dextérité, de sa rapidité d’éxécution, de sa capacité exceptionnelle de mémorisation du geste, aussi fugace qu’une note de musique. Imaginée et mise en œuvre autour d’un thème aussi séduisant, l’exposition de Bruxelles constitue sans doute - par son caractère transdisciplinaire - une étape majeure quant aux approches renouvelées qui permettent aujourd’hui d’aborder d’une manière inédite l’oeuvre de certains maîtres.
Pour visiter l'exposition avec Clio
BL 100 - 3 jours - du 19 au 21 avril 2013

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