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1917
Jusqu'au 24 septembre, au Centre Pompidou-Metz
Au moment où se préparent les commémorations liées au centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale, on se félicite de voir le Centre Pompidou-Metz consacrer une exposition aux productions artistiques du temps de guerre, en retenant plus particulièrement l'année 1917. On sait la place qu'occupe celle-ci dans le déroulement de l'interminable conflit. Perçue, a posteriori, comme « l'année tournante » du fait de l'entrée en guerre américaine et de la défection russe, elle voit aussi le sanglant échec de l'offensive lancée en avril sur le Chemin des Dames avec, pour conséquence, la crise de la discipline qui affecte tout le secteur central du front, ce que la mémoire collective a retenu comme le temps des « mutineries ».

Les historiens ont accompli, à propos de cette période, un travail considérable qui a permis d'accéder à une connaissance très complète des aspects militaires et politiques de ces moments dramatiques, mais les spécialistes de l'histoire de l'art n'ont jamais, jusqu'à ce jour, produit une vision d'ensemble de « l'art en temps de guerre ». Une lacune que la manifestation messine va permettre, au moins partiellement, de combler, dans la mesure où elle nous propose une approche globale de la question, en réunissant à la fois de nombreuses œuvres d'art issues des collections publiques et privées, mais aussi des documents ou des matériels fournis par la Bibliothèque de Documentation internationale contemporaine de Nanterre, le musée de l'Armée, l'Historial de la Grande Guerre de Péronne ou l'Imperial War Museum de Londres. A côté d'œuvres d'artistes majeurs, une place importante est laissée à « l'art des tranchées » tel qu'on le découvre aujourd'hui dans les musées d'Histoire militaire. Le temps de guerre a inspiré aussi bien les futuristes italiens tels que Giacomo Balla ou Gino Severini, les surralistes Jean Arp ou Giorgio de Chirico, les expressionnistes comme Otto Dix, Erich Heckel ou Karl Schmitt-Rottulf, mais, pendant que se livraient les terribles combats de Verdun ou de la Somme, peintres et sculpteurs poursuivent leur travail et affinent leurs recherches, dans un temps autre que celui du front et des sacrifices qu'il implique. Georges Braque, Foujita, Dunoyer de Segonzac, Maurice Denis, Matisse, Modigliani, mais aussi Chagall, Kandinsky ou Monet sont aussi des contemporains du grand suicide européen entamé en 1914. Loin des marges et des avant-gardes où se poursuit alors l'évolution de l'art moderne, un George Scott rend compte, lui, de la fureur des combats ou de la vie au front et à l’arrière.

L'exposition est conçue en deux parties. La première met en scène les diverses expériences des artistes, confrontés pour les uns aux combats ou à la mort, pour d'autres à des interrogations plus distanciées portant sur le sens de l'immense tragédie. Des visions révélatrices des différentes représentations de l'événement, celles des peintres familiers du front, parfois blessés, et celle des exilés qui, tel l'écrivain Romain Rolland, ont choisi de se placer « au dessus de la mêlée », et sont partis en quête d'une évasion vers des refuges intellectuels et spirituels permettant de tenir à distance le désastre en cours. D'un côté le Verdun de Vallotton et les images désespérées d'un Otto Dix, de l'autre, les provocations de Duchamp ou de Brancusi, le regard éloigné de Matisse ou les mondes imaginaires de Chirico. Le parcours de l'exposition aborde dans un deuxième temps les images de la destruction. Celle des corps et des visages, illustrée par une impressionnante série d'autoportraits, mais aussi celle des paysages ravagés par les feux d'artillerie et défigurés par les tranchées, les cratères de mines ou les lignes barbelées. C'est dans cette seconde partie que le visiteur peut découvrir l'étonnant rideau de scène réalisé par Picasso en 1917 pour le ballet Parade, à la demande de Serge de Diaghilev, le directeur des célèbres Ballets russes. Sur un thème de Jean Cocteau et une musique d'Erik Satie, ce ballet est l'un des premiers exemples d'une collaboration entre des artistes d'avant-garde issus de disciplines diverses. Ce rideau de 170 mètres carrés, qui renvoie à la période rose du peintre, constitue sa plus grande œuvre connue dans le monde et n'a pas été présenté en France depuis plus de vingt ans, ce qui en fera, sans aucun doute, la pièce « vedette » de l'exposition, d'autant qu'il combine de manière tout à fait originale cubisme et naturalisme.

Complétée par la publication d'un catalogue de 600 pages présentant 800 illustrations et par l'organisation, en septembre, d'un colloque, cette exposition va sans aucun doute faire date quant à l'approche d'une dimension trop souvent négligée de la tragédie dont l'Europe a été pour son malheur le théâtre entre 1914 et 1918.
 
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