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Pascal Bonafoux
Professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris VIII-Saint-Denis
mercredi 17 février 2010 à 15h00
Considéré comme l’un des peintres fondateurs de l’école espagnole, El Greco n’a pourtant pas toujours joui de ce statut souverain. Lorsqu’il meurt à Tolède en 1614, l’Europe se prend de passion pour le caravagisme, style naturaliste et en vogue aux antipodes de son génie maniériste. Très vite, son œuvre passe de mode, traversant les siècles dans un relatif oubli. Jusqu’à ce qu’en 1908, l’historien de l’art Manuel Bartolomé Cossío lui consacre une monographie fondamentale. L’engouement pour El Greco est immédiat. Collectionneur d’art averti, le marquis de la Vega-Inclán érige même à Tolède en 1910 un musée à sa gloire. De sorte que la renommée du peintre s’enfle aussi vite qu’elle s’était éteinte. En plus de retracer le rôle essentiel joué par les acteurs de cette redécouverte spectaculaire, l’exposition livre un aperçu captivant de l’évolution artistique du peintre, à travers une sélection unique de tableaux marquants, dont l’étourdissant Christ dépouillé de ses vêtements ou les remarquables Larmes de saint Pierre. Point d’orgue du parcours : l’ultime série d’Apôtres laissée par El Greco, véritable testament pictural du maître. Une série complète d’une étonnante modernité, aux formes totalement libérées, aux éclats de couleurs extraordinaires, qui, après le palais des Beaux-Arts, retrouvera le « Museo de El Greco » de Tolède pour ne plus jamais en sortir...