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Tibet
Un « toit du monde » isolé mais convoité
Le Tibet occupe une place bien particulière dans l’imaginaire occidental. Formidable citadelle naturelle dressée au cœur de l’Asie, il apparaît comme un monde insolite, désolé et hostile où la beauté sauvage des paysages contraste avec la rigueur des conditions naturelles que doivent affronter ses habitants. « Pays interdit » au même titre que le Kafiristan imaginé par Kipling dans L’homme qui voulut être roi, il entraîne l’esprit vers le souvenir nostalgique des grandes aventures accomplies, à l’époque où l’Europe entreprenait la découverte du monde, par Sven Hedin, Gabriel Bonvalot ou Alexandra David-Neel. Conservatoire d’un lamaïsme d’autant plus séduisant qu’il apparaît totalement étranger, il est perçu comme le dépositaire d’une tradition religieuse considérée comme immémoriale alors qu’elle est en fait relativement récente. Rêve d’exotisme radical, ce qui était jusqu’à une époque récente une théocratie surgie d’un autre âge semble correspondre aujourd’hui à certaines aspirations spirituelles d’un monde en quête de sens mais, loin de l’évocation pittoresque des différents bouddhismes des « bonnets jaunes » ou « rouges » et de l’ésotérisme de bazar qui contribue parfois à sa réputation d’altérité absolue, le Tibet correspond à un espace géographique et humain où s’est forgée au fil des siècles une histoire souvent dramatique et où a fleuri une civilisation originale dont on peut craindre que la domination chinoise ait signé l’acte de décès.

« Burutabeth » dans la Chronique de l’Empire mongol de l’historien arabe Rashid al Din, « Tubbat » chez d’autres géographes arabes, « Tu-bat » des Chinois selon la Nouvelle Histoire des Tang rédigée vers 1050 par Ouyang Xiu, « Bod » dans la désignation tibétaine traditionnelle, « Gangjong » ou « Pays de la neige », « Xizang » ou « Pays caché dans l’ouest » selon le nom chinois moderne, le Tibet est né, selon l’explorateur suédois Sven Hedin, de la « convulsion géologique la plus prodigieuse de l’histoire de la planète ». Il nous apparaît comme un immense plateau installé à plus de 4 500 m d’altitude, entouré par de formidables barrières montagneuses où se dressent les plus hauts sommets du monde. Le Tibet géographique et ethnique tel que l’a défini l’Anglais Charles Bell ne correspond pas au Tibet administratif réduit à la région autonome créée par les Chinois en 1965. Il s’étend sur 3 500 000 km2 alors que la région concernée – l’une des cinq régions autonomes de la République Populaire de Chine – n’occupe que moins de la moitié de cette superficie. C’est dans le cadre du « Grand Tibet » qu’il faut inscrire l’histoire de cet Empire centre-asiatique qui apparut pendant deux siècles comme l’une des grandes puissances régionales avant de devenir l’État théocratique que l’on sait, le foyer central d’un lamaïsme étendu sur de vastes régions des steppes septentrionales.

Le plateau est isolé au sud du subcontinent indien par la chaîne himalayenne qui lance ses sommets enneigés à plus de 8 000 m d’altitude. Au sud-ouest et à l’ouest, ce sont le Karakoram et le Pamir qui font office de barrière. Il est bordé au nord par les Kunlun Shan (monts Kouen Louen) et l’Altyn Tagh qui le séparent de la dépression du Tarim et du désert de Taklamakan correspondant au Xinjiang chinois. À l’extrême nord-est, les monts Nan Shan (baptisés un temps monts Richtofen) marquent la limite avec le Gansu chinois. Les frontières naturelles apparaissent moins évidentes à l’est, là où l’on passe progressivement dans des régions au relief complexe, au Qinghai, au Sichuan et au Yunnan chinois. Au sud du pays, la vallée du Tsangpo (qui deviendra le Brahamapoutre) correspond à un long sillon tectonique encadré par la chaîne himalayenne et par le Transhimalaya – ou monts Gangdise Shan, dénommés aussi naguère monts Sven Hedin. Le fleuve s’écoule d’ouest en est dans ce long fossé avant de réaliser, à hauteur de l’Assam, la gigantesque boucle qui lui permettra d’aller rejoindre le delta du Gange. De nombreux lacs, parfois salés, parsèment la surface du plateau tels que le Namtso ou Tengri Nor (« lac céleste ») qui s’étend sur 2 000 km2, ou, au nord-est le Tso Neugpo ou Koukou Nor. Au nord-est, une vaste dépression de « boues herbeuses », le Tsaï Dam (Qaidam) apparaît comme une région désolée et répulsive. C’est à l’est, à hauteur du Tsoring Nor, que le gigantesque Huang Hé (le Fleuve Jaune) prend sa source avant d’entamer l’immense boucle qui entoure la steppe de l’Ordos et de se diriger ensuite vers la Chine du Nord. Au sud-est, plusieurs grands fleuves s’écoulent dans des gorges vertigineuses, sur un espace relativement restreint. Il y a là le Yangzi et son affluent le Yalung, qui se dirigent ensuite vers le Sichuan, mais aussi les cours supérieurs du Mékong et de la Salouen.

L’espace tibétain peut être divisé en trois domaines distincts. Le Djang Tang ou « plaine du nord » est un immense plateau, le haut Tibet, étendu sur 800 000 km2 des Kunkun à la chaîne transhimalayenne, qui s’élève à plus de 5 000 m sur les deux tiers de sa superficie et toujours à plus de 4 000 m. Il est formé de terrains sédimentaires portés en altitude lors de la gigantesque collision réalisée il y a soixante millions d’années entre la plaque indienne et la plaque eurosibérienne. Il s’agit, selon le géographe Pierre Birot, de « l’un des déserts les plus effroyables de la planète, avec une température moyenne annuelle de -5°, un écart thermique quotidien en juillet de 30°(de 20° le jour à -10° la nuit), des hivers très froids (-40°), des précipitations très faibles (- de 100 mm par an) et la présence de vents d’une extrême violence. Le Tibet oriental, qui fait partie aujourd’hui des provinces occidentales de la Chine et apparaît comme un pays forestier bénéficiant de la mousson chinoise – même si près de la moitié de cette végétation naturelle a disparu aujourd’hui – correspond à des chaînes cristallines s’élevant parfois à 6 000 m, avec un faisceau de vallées méridiennes très encaissées. C’est la région de Chamdo où le haut plateau s’abaisse à 3 500 m d’altitude. Plus accueillant, le Tibet méridional correspond à la vallée du Tsangpo. Les conditions climatiques y sont nettement plus favorables. Grâce à la mousson indienne, les pluies dépassent toujours 500 mm par an. La température à Lhassa, qui se trouve à la même latitude que Le Caire, est de -1° en janvier – malgré son altitude de 3 630 m, il y fait moins froid qu’à Pékin – et de 15° en juillet. Si l’on excepte les pâturages clairsemés du sud et de l’est du haut Tibet et les régions limitrophes du monde chinois de l’est, le Tibet « utile » correspond à la vallée du Tsangpo où a pu se développer une agriculture sédentaire. Il s’agit de la seule région où le volume de la population et les ressources disponibles ont permis la constitution d’un pouvoir central dont on voit bien cependant à quel point il se trouve en situation périphérique par rapport à un Tibet ethnique et historique caractérisé par l’émiettement des différents foyers de peuplement. L’altitude et le relief constituèrent de précieux remparts face aux intrusions extérieures mais l’isolement ainsi réalisé a également fait du « Tibet interdit » l’un des pays les plus arriérés du monde. La faiblesse de ses ressources ne pouvait par ailleurs permettre un développement démographique suffisant, ce qui limitait les possibilités de l’expansion militaire réalisée à l’époque de l’Empire guerrier. La situation géographique du « toit du monde » n’en faisait pas moins un enjeu important pour les différents empires concernés par la maîtrise de l’Asie, l’Empire chinois en premier lieu, l’éphémère Empire mongol, l’Empire britannique des Indes et l’Empire russe, le « Grand Jeu » opposant Anglais et Russes visant surtout à ce qu’aucun des deux compétiteurs ne puisse s’installer durablement à Lhassa. L’affaire semble aujourd’hui tranchée en faveur de la Chine dont la suzeraineté s’est plus ou moins affirmée au fil d’une histoire bimillénaire mais apparaît aujourd’hui solidement établie malgré les manifestations de sympathie que suscite dans l’opinion occidentale la cause du peuple tibétain.

 

La préhistoire tibétaine demeure, dans une large mesure, une terra incognita. Les sites identifiés comme les plus anciens ont livré des vestiges remontant au Paléolithique supérieur. Le Néolithique est également représenté, notamment sur le site de Kharo, dans l’est du pays, où une trentaine d’habitations, des milliers d’outils de pierre et des poteries ont été mis au jour. Des menhirs, isolés ou alignés, témoignent de l’existence d’une culture mégalithique. De nombreuses tombes, analogues à nos tumuli à allée couverte et et utilisées du premier millénaire avant J.-C. jusqu’à l’an mil de notre ère ont également été identifiées. Aucune trace d’art pariétal n’a été reconnue et les gravures rupestres découvertes dans l’ouest sont protohistoriques, avec des représentations d’animaux, de chasseurs, de symboles divers tels que la roue solaire ou la swastika. Le bronze, puis le fer apparaissent avec un décalage d’un millénaire si l’on considère les dates de leur première utilisation en Asie occidentale, en Europe et en Chine.

Les origines de la population indigène du Tibet demeurent très obscures, d’autant qu’aucune enquête anthropologique n’a pu être menée pendant longtemps, du fait de l’isolement et des traditions funéraires du pays. Si l’on s’en remet à la cosmogonie traditionnelle, qui s’est imposée à l’époque où le Tibet est passé au bouddhisme, le bodhisattva Avalokiteshvara se manifesta sous la forme d’un singe sur cette terre désolée et peuplée de démons. Il s’y accoupla avec une démone présentée parfois comme un bodhisattva de Tara, la libératrice de tous les maux. Six singes naquirent de cette union et ils furent à l’origine de six tribus différentes. Quand l’hominisation de ces animaux fut réalisée, un roi descendit du ciel ou apparut au sommet d’une montagne sacrée. D’autres récits mythiques font référence au Mahabharata, la grande épopée indienne, et veulent que la royauté tibétaine soit issue d’un chef Pandava vaincu, réfugié au nord de la chaîne himalayenne. Un prince bouddhiste indien aurait, selon d’autres traditions, été accueilli dans le pays pour y fonder la lignée royale. Si l’on se réfère à une histoire plus solidement fondée, certains attribuent au clan indien des Lichavi, apparenté à Gautame Siddartha, le Bouddha lui-même, la fondation de la royauté tibétaine mais, si la dynastie qui a régné sur le Népal du IIe au VIIe siècle de notre ère a bien cette origine, il n’en est rien pour ce qui concerne le Tibet où le bouddhisme n’intervient que tardivement, sans doute pas avant le VIIIe siècle après J.-C.

Des rois mythiques descendus du ciel – et qui y remontaient à leur mort – auraient régné sur le Tibet aux époques les plus reculées de son histoire. Le centre de leur pouvoir se situait dans la vallée du Yarlung, un affluent de la rive droite du Tsang po, au sud de l’actuelle Lhassa, où la découverte d’un palais ancien semble témoigner de l’apparition d’un premier pouvoir central. Pour les historiens bouddhistes ultérieurs, le premier de ces souverains, Nyatri Tsenpo, serait apparu en 127 avant notre ère, l’an I du calendrier « royal ». Pour les chercheurs occidentaux, qui cherchent à concilier les enseignements traditionnels et les données archéologiques, cet épisode fondateur pourrait être placé vers le IIIe siècle avant J.-C.

VIe siècle : Le roi Tagba Nyazig, puis son fils Namri Leuntsen, imposent leur autorité à une dizaine de seigneurs locaux, puis à l’ensemble du Tibet central.

Vers 609 : Première ambassade tibétaine en Chine.

629 : Mort de Namri Leuntsen à l’occasion d’une révolte seigneuriale. Avènement, la même année, de Songtsen Gampo qui va faire du Tibet un grand empire asiatique. Accédant au pouvoir dans les pires conditions (son père vient de mourir empoisonné, les seigneurs insurgés plongent le pays dans le chaos) il réagit vigoureusement, écrase et fait exécuter les rebelles. Il entame ensuite une ambitieuse politique d’expansion.

632 : Par son mariage avec la fille du fondateur de la dynastie népalaise des Thakuri, Songtsen Gampo s’assure la paix vers le sud.

630-635 : Soumission du Shangshoun, la partie occidentale du Tibet actuel. Le roi impose également son autorité au pays Soumpa, dans la région du Koukou Nor (au nord-est du plateau tibétain).

vers 635 : Introduction de l’écriture au Tibet central.

638 : Les Tibétains s’avancent dans le Sichuan, défiant ainsi l’Empire chinois des Tang. Le nord du Yunnan et la Birmanie sont également envahis.

640 : Les Tibétains envahissent le Népal.

641 : « L‘empereur » (tsenpo) du Tibet obtient la main d’une princesse chinoise.

641-645 : Règne bref de Goungson Goungtsen, fils de Songtsen qui lui abandonne le pouvoir mais qui le reprend quand il meurt. Maître d’un État féodal, Songtsen affirme son autorité et organise solidement l’armée, principal outil de sa puissance. Il délègue ses pouvoirs en matière de justice mais impose une loi commune. Souverain de droit divin, il garantit le maintien de l’ordre du monde. Sous son règne, les relations se développent avec la Chine et l’Inde, ce qui enrichit considérablement la culture tibétaine.

650 : Mort de Songtsen Gampo. Il laisse un empire qui s’étend des sources du Brahmapoutre aux plaines du Sichuan et du Népal au bassin du Tsaïdam.

650-676 : Règne de Mangsong Mangtsen, petit-fils du fondateur de l’empire. L’homme fort est alors son ministre, Gar Tongtsen, qui organise en 654 un recensement permettant de distinguer entre les sujets de l’empire, ceux qui pourront être recrutés pour l’armée, et les autres, considérés comme « sauvages ».

660-670 : Les oasis entourant le désert de Taklamakan sont conquises, puis les régions plus occidentales des contreforts du Pamir et du Karakorum. Les Tibétains s’installent ainsi sur la route de la Soie, sur l’axe reliant la Chine à l’Inde ainsi qu’à la Transoxiane et à la Perse.

667 : Mort de Gar Tongtsen, remplacé par son fils, Gar Tsenya Dombou.

676-703 : Règne de Tri Dusong qui n‘a que deux ans lors de son avènement. Au nord, les Tibétains s’emparent de Dun Huang, l’une des étapes majeures de la route de la Soie, aux portes de la Chine.

685 : Mort de Gar Tsenya ; son frère Gar Tridin prend la direction des affaires.

692-787 : Les armées chinoises des Tang reconquièrent progressivement les oasis de la route de la Soie, privant ainsi le Tibet d’un atout qui eût pu s’avérer pour lui décisif.

695 : Gar Tridin bat les Chinois dans le Gansu mais l’empereur tibétain se méfie maintenant de la dynastie ministérielle et Gar Tridin, disgâcié après une défaite subie en 698 dans le Koukou Nor contre les Chinois, se suicide. Écartés de la route de la Soie, les Tibétains ne sont plus en mesure que d’y lancer de simples razzias.

703-704 : Tri Dusong soumet le royaume de Nanzhao (au nord du Yunnan) mais meurt au cours de cette campagne.

704-705 : Règne éphémère du prince Lha, écarté par Trimaleu, l’impérarice douairière, la mère du défunt Tri Dusong, qui installe sur le trône un enfant d'un an, Tridé Tsougtsen, appelé à régner de 705 à 755. Dans le même temps, les Tibétains brisent une révolte du Népal et reprennent aux Chinois le Ferghana.

710 : Trimaleu organise le mariage du jeune Tsougtsen, son petit-fils, avec une princesse chinoise Tang, fille adoptive de l’empereur Zhongzong.

712 : Mort de Trimaleu. Tridé Tsougtsen accède au trône à l’âge de huit ans.

712-756 : Règne de l’empereur chinois Xuanzong qui s’allie aux Turcs ouïghours et reprend le Ferghana auxTibétains. Le nord du Tibet passe sous domination chinoise.

727 : Tridé Tsougtsen s’empare d’Anxi dans le Gansu. C’est un succès certain dans la lutte sino-tibétaine pour le contrôle de la route de la Soie. Les Tibétains échouent en revanche conte les oasis du Tarim.

730 : Paix de statu quo tibéto-chinoise.

747 : Le Tibet perd le contrôle du royaume himalayen de Gilgit.

751 : Victoire des Arabes sur les Chinois sur les rives de la rivière Talas, au Turkestan. Le bassin du Tarim s’ouvre à la conquête musulmane. Les bouddhistes de ces régions viennent pour nombre d’entre eux se réfugie rau Tibet, y renforçant ainsi la présence de cette religion d’origine indienne.

755 : Assassinat de Tridé Tsougtsen à la suite d’une révolution de palais.

755-797 : Règne de Trisong Détsen, fils cadet de l’empereur défunt. Il porte à son apogée la puissance tibétaine.

755-763 : Révolte d’An Lushan en Chine. L’Empire chinois est alors confronté à ses divisions internes, à la menace venue des steppes du nord et à la progression musulmane à l’ouest. Le Tibet a profité de cet état de faiblesse.

763 : Alliance des Tibétains et des Ouïghours qui mettent à sac Chang’an (Xian), la capitale chinoise de l’empereur Daizong. Au Xinjiang (bassin du Tarim), Turfan et Hami sont pris, Dun huang est de nouveau pris en 787, malgré un traité de 783 qui n’a établi qu’une paix éphémère.

789 : Prise de Bershbalik au nord du Tarim, bientôt suivie de celle de Khotan.

794 : Les Chinois récupèrent au sud-ouest le royaume de Nanzhao.

794 : L’empereur tibétain réunit à Samyé les tenants du bouddhisme d’inspiration indienne et ceux du bouddhisme d’inspiration chinoise. L’Indien Kamalashila s’étant imposé au cours de la controverse, le souverain choisit le modèle indien et le sanscrit est adopté comme langue sacrée du bouddhisme tibétain.

797 : Trisong Dètsen abandonne le pouvoir et meurt un an plus tard. Son tumulus funéraire, une pyramide à trois degrés de 180 m de côté, la plus imposante des tombes de la vallée de Tchong-gyé, rappelle la puissance acquise alors par l’Empire tibétain. Le souverain a été, comme son père, un protecteur du bouddhisme et s’y serait converti malgré l’opposition des tenants de la tradition bon (beun) qui font valoir la dimension divine de la souveraineté terrestre (étrangère au bouddhisme). Il fait taire les opposants et fait venir d’Inde Santarakshita et, surtout, Padmasambhava qui l’emporte, en triomphant dans les controverses et en réalisant des miracles, sur les adversaires de la nouvelle religion. Dès 779, Trisong Détsen ordonne la construction du monastère de Samyé. Le bouddhisme devient la religion officielle du Tibet en 791 mais il y hérita de nombreuses traditions antérieures.

797-799 : Règne éphémère de Mouné Tsenpo, fils cadet de Trisong Détsen ; il sera assassiné par sa mère. Le trône revient alors à Sénaleg qui favorise l’essor du bouddhisme.

809 : Les Tibétains et les Qarluqs turco-mongols assiègent Samarcande et le souverain abbasside Al Mamun doit traiter avec les Tibétains.

810 : Les troupes abbassides prennent Gilgit sans susciter de réaction tibétaine, peut-être en raison de l’idéal de non-violence propre au bouddhisme.

815-838 : Règne de Tritsoug Détsen. L’implantation du bouddhisme se confirme. Les monastères sont favorisés. Les traductions de textes bouddhiques indiens se multiplient.

821-823 : Traités de paix avec la Chine. Les frontières des deux empires sont fixées. Le « grand Tibet » d’alors englobe le Qinghai, une partie du Gansu et une partie de l’ouest du Sichuan.

838 : Assassinat de l’empereur Tritsoug Détsen, étranglé par des partisans de la tradition bon et hostiles au bouddhisme.

838-842 : Règne Tri Oudoumtsen Darma. Persécution des bouddhistes, destruction des temples, les moines doivent se défroquer.

842 : L’empereur est assassiné par un moine bouddhiste. Les deux princes héritiers, Eusoung et Youmten, se disputent le pouvoir, ce qui entraîne un morcellement progressif du pays en principautés rivales.

849 : Les Chinois chassent les Tibétains des oasis du nord.

860 : Les possessions tibétaines du Turkestan sont perdues.

879 : Le Népal échappe au contrôle du Tibet. L’empire édifié au cours des deux siècles précédents part en lambeaux. Trop vaste, sa durée dépendait du maintien d’une supériorité militaire aléatoire et de l’existence d’un pouvoir suffisamment fort et centralisé. Il n’était pas à la mesure des ressources humaines que pouvait engager le Tibet face aux Empires chinois et abbsaside ou face aux populations nomades de la steppe dont la soumission ne pouvait être qu’éphémère.

 

Brutalement réprimé sous le règne de Tri Oudoumtsen Darma, le bouddhisme va rapidement surmonter cette épreuve et prendre un nouvel essor, qui prépare son triomphe à partir du XIe siècle.

Xe siècle : Khoré, roi de Tsaparang, est un fervent bouddhiste qui s’est fait moine et a délégué en Inde plusieurs de ses fidèles pour qu’ils y apprennent le sanscrit. L’un d’eux, Rintchen Zangpo, revient au pays en 978 et multiplie les traductions en tibétain des textes bouddhiques indiens.

1042 : Arrivée au Tibet, avec vingt-quatre disciples, de Dipamkara Shrijnana, maître indien plus connu sous le nom d’Atisha. Après être demeuré dans l’ouest du pays, il s’installera dans le Tibet central en 1046 et s’imposera rapidement comme le restaurateur du bouddhisme.

1056 : Construction du monastère de Radeng, à l’initiative de Dromteun, un disciple d’Atisha. Dans le même temps, les héritiers du premier bouddhisme tibétain, celui de Padmasambhava, demeurent nombreux dans l’est, dans le Cham (Kham), grâce aux disciples de Vairocana, l’un des fils spirituels du maître qui y avait été exilé.

1073 : Fondation dans l’ouest du pays du monastère de Sakya qui jouera un rôle important dans la renaissance bouddhiste, notamment grâce à un maître appelé Drogmi le Traducteur qui maintiendra un lien étroit avec le bouddhisme indien. Les Sakyapa ne privilégient pas la vie monastique et accordent une grande importance aux techniques telles que le yoga.

1052-1135 : Vie de Milarepa, l’une des figures d’ascète les plus fameuses du bouddhisme tibétain.

1121 : Construction du monastère de Daghla Gampo, lié à la lignée spirituelle des Kagyupa qui comprend Naropa, Marpa le Traducteur, Milarepa et Gampopa, auteur de L’Ornement de la libération, l’une des œuvres les plus fameuses de la tradition spirituelle tibétaine..

1142-1210 : Vie de Talung Tangpa, fondateur du monastère de Talung construit en 1180. Il est l’un des maîtres qui fixent les règles de la vie monastique. Le succès du bouddhisme encourage aussi l’essor de la vie érémitique.

Les monastères ne sont pas seulement des lieux de prière. Ils participent aussi au système féodal, au même titre que l’aristocratie traditionnelle. On leur a donné des terres, des hommes réduits au servage et des droits pour percevoir taxes et impôts. Les dons dont ils bénéficient renforcent leur pouvoir. Tout cela s’opère en osmose avec les clans dirigeants, la direction des monastères se transmettant généralement d’oncle à neveu. Les monastères prennent alors une importance grandissante et contribuent à la mise en place d’une nouvelle société qui est pleinement installée au début du XIIIe siècle, différente de celle qui avait fait du Tibet un empire guerrier et expansionniste.

Fin du XIIe siècle : La création en 1192 du sultanat indien de Delhi, qui contrôle l’espace s’étendant de l’Afghanistan au Bengale, correspond à la phase finale du processus d’élimination du bouddhisme en Inde. Dès 1199 la grande université monastique de Nalanda (dans le Bihar) dépositaire de la tradition du Mahayana et du Vajrayana, est détruite par les envahisseurs et les religieux survivants vont chercher refuge au Népal et au Tibet.

1205 : Ikhtyar ud Din, le conquérant du Benagle, se lance à l’assaut de l’Himalaya mais la rudesse du milieu montagnard a raison de ses troupes et l’indépendance du Tibet n‘est pas directement menacée.

1226 : Les armées mongoles de Gengis Khan prennent le contrôle du nord du plateau tibétain. Le Tibet paie alors tribut au kaghan des Mongols.

1240 : Godan, l’un des fils d’Ogodeï, le successeur de Gengis Khan disparu en 1227, envahit le Tibet. Les Mongols détruisent le monastère de Radeng, y massacrent les moines et arrivent jusqu’à proximité de Lhassa. Godan invite Sakya Pandita, le chef de la lignée spirituelle des Sakyapa, qui passe pour être l’émanation du bodhisattva Manjoushri, « la Connaissance Pure » à venir le rencontrer. Le saint homme se rend avec deux neveux auprès du chef mongol, qu’il retrouve à hauteur du Koukou Nor en 1244.

1249 : Les Mongols accordent aux Sakyapa le pouvoir temporel sur la région de Lhassa et sur leur fief du Tsang.

1253 : Les armées mongoles pénètrent dans l’est du Tibet où Khubilaï cherche à s’appuyer sur Karma Pakshi, chef spirituel de la lignée des Kagyupa, mais celui-ci refuse de s’engager auprès d’un prince dont il ne sait ce que sera son pouvoir dans la succession du kaghan (Grand Khan) Mongka.

1260 : Khubilaï remplace Mongka, son frère aîné. Il renforce la tutelle mongole sur le Tibet où il s’appuie sur la lignée spirituelle des Sakyapa (de la famille Kheun), même s’il se réconcilie avec Karma Pakshi en 1283. Le gouverneur militaire (peuntchen) représentant le Grand Khan réside dans le monastère de Sakya. Un autre gouverneur est nommé dans les provinces orientales de l’Amdo et du Kham. Treize myriarques ont la responsabilité d’autant de régions militaires, qui fournissent tribut et troupes.

1271-1295 : Voyage de Marco Polo qui passe à Chengdu et cite leTibet.

1285 : La lignée des Drigoung Kagyupa s’allie avec Argoun, prince mongol héritier de l’ilkhan de Perse Hulagu, qui est bouddhiste. Elle entre en rébellion mais, en 1290, les insurgés sont vaincus par les Sakyapas, appuyés par les Mongols de Chine.

1294 : Mort de Khubilaï. Elle va relancer la rivalité entre les monastères, les clans et les différentes lignées spirituelles du bouddhisme tibétain.

début du XIVe siècle : Émergence des P’hagmodrou, issus des Kagyupa. Ils sont installés dans la vallée du Yarlung, autour du monastère de Densa Thil, et leur capitale est Néoudong Tsé alors que Tcheng gyé, l’ancienne ville impériale du Yarlung retrouve sa vitalité passée. Un pôle politique rival de celui des Sakyapa est ainsi en train de se constituer.

1358 : Dangereusement affaibli par ses divisions, le pouvoir des Sakyapa s’effondre après l’assassinat de son principal représentant. Le Tibet voit alors s’imposer l’autorité de Djangtchoub Gyaltsen, représentant de la lignée des P’hagmodrou. Pour la première fois depuis l’époque du « Grand Tibet » impérial, un pouvoir tibétain a pu s’imposer sans protection étrangère, même si c’est implicitement dans le cadre du protectorat mongol (Khubilai a « sinisé » son pouvoir en proclamant la dynastie Yuan en 1271). Le nouveau maître du pays entreprend une réorganisation administrative et construit routes et ponts alors que le monastère de Densa Thil devient capitale religieuse.

1368 : Fin de la dynastie Yuan. Les Ming s’imposent en Chine.

1364 : Mort de Djangtchoub Gyaltsen.

1364-1373 : Règne de Djamyang Shakya Gyaltsen qui efface les dernières traces du pouvoir mongol sur le Tibet.

1409 : Création à Lhassa par Dragpa Gyaltsen, le cinquième souverain P’hamogdrou, du festival de prières de la Meunlam Tchenmo. C’est à ce moment qu’apparaît la nouvelle lignée des Guélugpa, « les Vertueux », fondée par Lobsang Dragpa dit Tsongkhapa (1357-1419) qui va jouer un grand rôle dans l’histoire politique et religieuse du pays et que les Occidentaux connaissent le plus souvent sous le nom de « secte des bonnets jaunes », par opposition à celles dites des « bonnets rouges » qui correspondent aux filiations spirituelles antérieures.

1407 : Le souverain Ming reconnaît le pouvoir des P’hagmodrou sur le Tibet central. Il essaie ainsi de faire admettre implicitement une suzeraineté qui, à ce moment, ne correspond plus du tout à la réalité.

1433 : Sangyé Gyaltsen est renversé. L’autorité des P’hagmodrou s’effrite dangereusement.

1433-1444 : Le règne de Dragpa Djoungné voit la fin du pouvoir des P’hamogdrou sur une partie notable de l’espace tibétain. Le clan des Rinpoung, installé à Samdrouptsé (l’ancienne Shigatsé), s’impose sur des régions entières. Les P’hamogdrou ne conservent qu’une simple principauté et l’appui de la lignée religieuse Guélougpa qu’ils ont soutenue.

1409 : Fondation du monastère de Ganden, siège des Guélougpa, suivie de celles des monastère de Drépung (1416) et de Séra (1419).

 

1445 : Le chef de la lignée P’hagmodrou, Kunga Legpa, est marié à une Rinpoung et, dans son gouvernement, le ministre Rinpoung dispose d’une grande autorité. Les divisions religieuses s’aggravent rapidement, notamment entre les Kagyupa et les Guélougpa à propos de la construction de temples à Lhassa où les deux écoles s’opposent.

1481 : Kunga Legpa est détrôné et expulsé de Néoudong Tsé.

1491 : Gyantsé, l’une des principales cités du Tsang, demeurée fidèle aux P’hagmodrou, tombe aux mains des Rinpoung.

1491-1512 : Le Rinpoung Tsokyé Dordjé est régent de Néoudong Tsé.

1498 : Les Rinpoung s’emparent de Lhassa. Les Guelougpa sont vaincus et le Meunlam Tchenmo, le festival de prières annuel est supprimé. Deunyeu Dordjé, le chef des Rinpoung domine désormais tout le Tibet central.

1503 : Construction à Lhassa d’un monastère Karam Kagyupa, ce qui fournit aux Rinpoung le soutien d’une partie des religieux et celui de leurs alliés à la périphérie du Tibet, dans l’Amdo ou le Kham.

1517 : Les Rinpoung perdent le contrôle de Lhassa ou les Guélougpa s’imposent de nouveau.

1532 : Les Turcs de Kashgar attaquent le Tibet. Seules la distance et les conditions naturelles sauvent Lhassa et font que les envahisseurs se tournent vers le Cachemire, qui apparaît comme une proie plus tentante. Affaibli, le pays est profondément divisé et l’autorité des Rinpoung est maintenant battue en brèche.

1576 : Le chef mongol qui domine alors les steppes du nord, Altan Khan, se convertit au bouddhisme. Il est plein de respect pour le bouddhisme tibétain et cela va donner au Tibet une influence sans commune mesure avec sa puissance réelle.

1577 : Altan Khan invite l’abbé du monastère guélougpa de Drépoung, Seunam Gyamtso, à venir le rencontrer sur le cours supérieur du fleuve Jaune. Il lui confère le titre honorifique de dalaï-lama, « Maître-Océan de sagesse ». Seunam Gyamtso est reconnu comme la réincarnation de Guendun Droup (1391-1474), un proche disciple de Tsongkhapa, et de Guendum Gyamtso, l’un des chefs des Guelougpa, qui reçoivent aussi, à titre rétroactif, le titre de dalaï-lama, Seunam Gyamtso apparaissant donc comme le troisième maillon de la chaîne dans la nouvelle lignée des « dalaï- lamas ». Doté de cette nouvelle autorité, Seunam Gyamtso fonde les monastères de Koumboum et de Litang, situés sur les voies reliant le Tibet à la Chine.

1589-1617 : Le successeur de Seunam Gyamtso, Yeunten Gyamtso, est découvert dans la famille d’Altan khan, ce qui lie étroitement la puissance mongole au lamaïsme tibétain. L’enfant gagne le Tibet en 1601 pour y être intronisé au monastère de Drépoung.

1617 : Mort du quatrième dalaï-lama. Le pays demeure très divisé mais l’alliance mongole profite pleinement aux Guelougpa. Leurs opposants sont vaincus ou exilés. Tout est en place pour que s’installe solidement le nouveau pouvoir incarné par le dalaï-lama.

1617-1682 : « Règne » du cinquième dalaï-lama, Ngawang Lobsang Gyamtso.

1624 : Pénétration au Tibet de deux jésuites portugais partis d’Agra, Antonio de Andrade et Manuel Marquès. Après une première reconnaissance, ils reviennent à Tsaparang en 1625.

1627-1630 : Deux autres jésuites portugais, Cabral et Cacella, gagnent Shigatsé par le Bhoutan mais la mort de l’un d’eux fait échouer leur entreprise.

1642 : Le cinquième dalaï-lama se rend au monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Devant des représentants de tout le pays, le « roi temporel » du Tibet, Gushri Khan, un chef mongol qoshot, l’investit de l’autorité suprême religieuse et politique sur le Tibet, le Ladakh, l’Amdo et le Kham oriental. Le dalaï-lama s’installe à Lhassa où il ordonne, en 1645, la construction d’un palais, le Potala. Il accorde à l’abbé du monastère de Tashilunpo de Shigatsé le titre de « panchen lama » qui signifie « grand lettré ». Ce dernier est doté d’une autorité religieuse, le dalaï-lama disposant en plus de l’autorité politique. Le pouvoir des Guelougpa est désormais sans partage.

1644 : Chute des Ming. Installation à Pékin de la dynastie mandchoue des Qing qui règnera jusqu’en 1911. Les Mandchous sont bouddhistes.

1645-1650 : Accords de fixation des frontières et accords relatifs aux échanges avec les principautés népalaises gurkhas et newars. Les princes newars se chargeront de frapper la monnaie d’argent pour le compte du Tibet qui se dote ici pour la première fois d’une monnaie.

1652 : Voyage du dalaï-lama à Pékin. L’empereur Shunzi veut apparaître comme un défenseur du bouddhisme vis-à-vis des peuples mongols de la steppe qui lui sont acquis. Il interprète de plus cette visite comme une reconnaissance de suzeraineté, ce qu’elle n’est pas pour les Tibétains.

1652 : Les derniers religieux chrétiens quittent la région du Gougué. L’entreprise missionnaire est un échec.

1660 : Accord de paix avec le Sikkim mais une longue guerre s’engage en 1679 avec le Ladakh.

1661 : Séjour de deux mois à Lhassa des jésuites Johannes Gruber et Albert d’Orville.

1682 : Quand le « Grand Cinquième » dalaï-lama meurt, le Tibet est devenu un véritable État, contrôlant l’ensemble du plateau et exerçant, en tant que patrie majeure du bouddhisme, une influence importante chez les nomades de la steppe et jusqu’à la cour de l’empereur Qing.

1682 : Le régent Sangyé Gyamsto, nommé en 1679, dissimule la mort du dalaï-lama en prétendant qu’il s’est engagé dans une longue retraite spirituelle et  gouverne lui-même.

1684 : Règlement de la guerre avec le Ladakh qui voit ses frontières confirmées mais accepte de payer tribut au Tibet.

1696 : Après quatorze ans de mystification, le régent annonce officiellement la mort du dalaï-lama. La même année, l’empereur chinois Kangxi, allié aux Qoshots, écrase les Dzoungares de l’Ili qu’avait soutenus le régent tibétain. Ce qui lui vaut l’inimitié des Qoshots dont le chef porte, depuis Gushri Khan, le titre de « roi du Tibet ».

1697 : Le sixième dalaï-lama, Tsangyang Gyamtso, est identifié mais il ne correspond guère à ce que l’on attend d’un chef spirituel et son comportement fait scandale.

1703 : Sangyé Gyamtso transmet ses pouvoirs à son fils mais il est trop tard pour calmer l’hostilité des Qoshots et la méfiance de l’empereur chinois furieux de l’alliance du régent avec les Dzoungares.

1705 : Le roi Qoshot Labsang Khan, soutenu par Kangxi, envahit le Tibet central, prend Lhassa et y installe son pouvoir. Sangyé Gyamtso est mis à mort.

1706 : Tsangyang Gyamtso est déposé et placé en résidence surveillée, il meurt peu après. Un « second sixième dalaï-lama » est trouvé, Yéshé Gyamtso, mais le peuple ne le reconnaît pas ; Labsang Khan, inquiet, fait construire une enceinte fortifiée autour de Lhassa où il se trouve à la tête d’un pays occupé.

1707 : Arrivée des missionnaires capucins au Tibet.

1708 : On identifie dans le Kham un septième dalaï-lama et le chef dzoungare Tséwang Rabten entend profiter de la situation pour l’introniser à Lhassa et faire ainsi passer le Tibet sous son contrôle en chassant ses ennemis Qoshots.

1716 : Malgré le monopole reconnu par Rome aux capucins pour établir des missions, les jésuites Ippolito Desideri et Manuel Freyre arrivent à Lhassa où ils sont rejoints par les capucins Domenico da Fano et Orazio Della Penna, dont la congrégation sera chargée de l’évangélisation du pays.

1717 : Les troupes de Tséwang Rabten battent les Qoshots au nord de Lhassa et tuent Lhabsang Khan. Ils déposent le dalaï-lama fantoche, s’emparent des trésors du Potala et se posent en protecteurs des Guélougpa alors que les autres lignées religieuses sont persécutées, de même que les survivances des traditions bon. Il manque seulement le nouveau dalaï-lama, gardé dans le monastère de Koumboum sous la surveillance des Chinois. L’empereur Kangxi le reconnaît comme dalaï-lama et se pose en défenseur de la légitimité tibétaine face aux Dzoungares.

1720 : Les Chinois chassent les Dzoungares de Lhassa et installent au Potala le septième dalaï-lama, Kelzang Gyamtso (1708-1757). Régence et titre de « roi du Tibet » sont supprimés. Une garnison mandchoue s’installe à Lhassa. Le Tibet devient de fait un protectorat chinois.

1722 : Mort de l’empereur chinois Kangxi.

1724 : Les capucins reçoivent l’autorisation de construire une chapelle à Lhassa.

1724 : Les Qoshots cherchent à prendre leur revanche contre les Qing mais ils sont écrasés et le Koukou Nor est définitivement intégré à l’empire de Chine ; l’ancienne province tibétaine de l’Amdo, qui constituait l’essentiel du domaine qoshot, devient la province chinoise du Qinghai. L’espace tibétain traditionnel se trouve ainsi amputé de manière significative au nord-est.

1728 : L’empereur chinois Yongzheng obtient la partie orientale de la province tibétaine de Kham.

1725 et 1735 : Passage à Lhassa du négociant néerlandais Samuel Van de Putte, venu reconnaître, pour le compte de la Compagnie hollandaise des Indes orientales les possibilités de commerce avec le Tibet.

1740 : Le Premier ministre tibétain P’holhané est nommé « prince » par l’empereur chinois Qianlong. Sous sa direction, le pays est de nouveau en paix. La même année, il impose un gouverneur tibétain au Bhoutan.

1745 : Expulsion des missionnaires catholiques. Leur chapelle est rasée. Le bilan de leur mission d’évangélisation apparaît extrêmement modeste.

1747 : Mort de P’holhané. Son fils, Gyourmé Namgyal, lui succède de 1747 à 1750 mais ses vélléités d’indépendance inquiètent l’empereur de Chine qui le fait assassiner, ce qui déclenche de violentes émeutes antichinoises à Lhassa.

1751 : Les troupes chinoises interviennent à Lhassa où l’empereur souhaite maintenant s‘appuyer sur l’autorité religieuse du dalaï-lama. Des amban – ou commissaires impériaux – chinois sont imposés au Tibet.

1762 : Intronisation comme dalaï-lama de Djampel Gyantso, âgé de quatre ans, qui exercera sa fonction jusqu’en 1804. Le panchen lama est son tuteur. Qianlong, l’empereur chinois, approuve. Il s’intéresse moins au Tibet dans la mesure où il a écrasé les Dzoungares de l’Ili (1757) et entièrement conquis le bassin du Tarim (1758-1759).

1774 : Le panchen lama demande au gouverneur Warren Hastings, de la Compagnie des Indes britannique, de stopper sa marche vers le Tibet entamée à l’occasion d’une guerre contre le Bhoutan. Un agent écossais de l’East India Company, George Bogle, est envoyé au Tibet avec un médecin, le docteur Hamilton, et y obtient du panchen lama un accord commercial portant sur les relations entre l’Inde sous contrôle anglais et le Bhoutan.

1779 : Invité à Pékin, le panchen lama se voit reprocher l’accord conclu avec les Anglais, la Chine entendant se réserver le contrôle des relations extérieures du Tibet.

1783 : Samuel Turner et le capitaine Davis sont envoyés à Shigatsé. Le second s’arrête au Bhoutan d’où il ramènera de nombreux dessins, premières images de ce royaume himalayen parvenues en Europe.

1788 : Une armée gurkha pénètre au Tibet et marche sur Shigatsé. Un compromis est trouvé mais l’indemnité de guerre exigée correspond au paiement d’un tribut.

1791 : Une nouvelle armée népalaise envahit le Tibet. Le monastère de Tashilhunpo de Shigatsé est pillé. La Chine intervient et ses forces repoussent les Gurkhas jusqu’à Katmandou et leur imposent le paiement d’un tribut. La Chine peut désormais installer sur le plateau tibétain un véritable protectorat. Le pouvoir des amban chinois est renforcé.

1804 : Mort du huitième dalaï-lama. On trouve en 1808 son successeur alors âgé de deux ans, Loungtog Gyamtso, qui mourra d’une pneumonie au début de 1815.

1811 : Visite à Lhassa de Thomas Manning qui rencontre le jeune dalaï-lama.

1816 : Un nouveau dalaï-lama, Tsultrim Gyamtso, est intronisé. Il mourra en 1837.

1834 : Publication de L’Essai de dictionnaire tibétain-anglais d’Alexandre Csoma de Körös. Il a séjourné de 1827 à 1830 au Tibet où il espérait retrouver les origines de la langue magyare et a été le premier à étudier le Tanjur et le Kanjur, livres saints du lamaïsme.

1841 : Le général sikh Zorawar Singh envahit le Tibet occidental après s’être emparé du Ladakh. Il est finalement repoussé. Un accord confirme les frontières entre le Tibet et le Ladakh. La Chine, confrontée à la guerre de l’opium, n’est plus en mesure d’exercer effectivement son protectorat sur le Tibet.

1842 : Un nouvel enfant sacré est intronisé dalaï-lama par le quatrième panchen lama, sous le nom de Khédroup Gyamtso (il mourra en 1856).

1846 : Arrivée en janvier à Lhassa des pères lazaristes Huc et Gabet. Ils sont expulsés en mars. La même année, le pape Grégoire XVI accorde le monopole de la conversion du Tibet à la Société des missions étrangères de Paris. Lhassa est érigé en vicariat apostolique dépendant du vicariat apostolique du Sichuan.

1847 : Le père Renou s’installe à Chamdo mais il est expulsé l’année suivante.

1855-1856 : Nouvelle guerre avec les Ghurkas du Népal qui imposent un quasi protectorat au Tibet sans que la Chine puisse s‘y opposer.

1856 : Intronisation du douzième dalaï-lama sous le nom de Trinlé Gyamtso (il mourra en 1875).

1857 : Le pape Pie IX désigne Monseigneur Thomine-Desmazures comme premier évêque du Tibet.

1862 : Le père Renou et le père Desgodins se voient interdire l’accès à Lhassa.

1865 : À la faveur des difficultés que connaît la Chine, le Tibet reprend le contrôle du Nyarong, l’un de ses territoires orientaux annexés par Pékin au XVIIIe siècle.

1865 : Les missionnaires, dont la sécurité n’est pas assurée (le traité de Tien Tsin conclu avec la Chine et leur garantissant la liberté d’évangéliser ne s’applique pas au Tibet) évacuent le pays mais demeurent dans les régions périphériques.

 

1870-1900 : Dix-huit expéditions (surtout anglaises et russes) explorent le nord et l’est du Tibet mais aucun Européen n’ira à Lhassa dans la seconde moitié du XIXe siècle alors que trois y ont séjourné au cours de la première.

1879 : Le treizième dalaï-lama est intronisé, à l’âge de trois ans, sous le nom de Thoubten Gyamtso. Placé sous la tutelle du panchen lama il prendra effectivement les rênes du pouvoir quinze ans plus tard (il mourra en 1933).

1883 : Émeutes antinépalaises à Lhassa. L’affaire se règle entre le Tibet et son voisin, avec une médiation chinoise, mais elle témoigne d’une xénophobie grandissante à l’égard des étrangers.

1867 : Les Russes imposent leur autorité au Turkestan occidental. La prise de Khiva en 1873 marque l’aboutissement de leur politique d’expansion dans la région. Ils sont au contact du Pamir dans les années 1890, dix ans après la deuxième guerre anglo-afghane. Le choc des deux impérialismes russe et anglais, le « Grand Jeu » évoqué par Rudyard Kipling, va naturellement conduire les deux grandes puissances à s’intéresser au Tibet. De nombreuses missions d’exploration russes se sont déjà avancées au cœur de l’Asie centale, notamment les quatre conduites par le colonel Prjewalski entre 1867 et 1888 à la périphérie du plateau tibétain. En 1881, les Russes obtiennent des Chinois la liberté de commercer en Mongolie contre la restitution à l’empire Qing de la région de l’Ili (à proximité de la Porte de Dzoungarie, ou Seuil du Kazakhstan) qui était la voie de passage traditionnelle entre Turkestan chinois (désormais organisé en Xin Jiang) et Turkestan russe. Dès le XVIIIe siècle, les contacts établis par les Russes avec leurs sujets bouriates ou kalmouks et avec les Mongols d’Urga témoignaient de leur intention d’utiliser l’espace des steppes acquis au bouddhisme pour faire progresser leur influence en direction de l’Asie centrale.

1876 : La convention anglo-chinoise de Zhifu, outre qu’elle ouvre cinq nouveaux ports aux Britanniques, dont deux sur le Yangzi, oblige Pékin à fournir des passeports pour pénétrer au Tibet. Elle témoigne de l’intérêt que les Anglais portent, depuis plusieurs décennies, au « Toit du monde ». Dès 1846, les Britanniques établissent leur contrôle sur le Ladakh par le traité de Lahore. En 1859, ils sont intervenus au Sikkim où étaient retenus prisonniers deux explorateurs, Campbell et Hooker. En 1861, par le traité de Tumlong, le Sikkim devient un protectorat de la Couronne (l’Empire des Indes a été établi en 1858 après la révolte des Cipayes). Un poste militaire est alors établi à la frontière tibétaine. En 1864, les Anglais tentent d’imposer leur protectorat au Bhoutan mais le Tibet contraint le roi à renoncer à ce projet et, quand une guerre civile éclate au Bhoutan en 1885, c’est l’armée envoyée par Lhassa qui devance les Anglais pour y rétablir l’ordre. En même temps, les Tibétains voient en la reine Victoria une émanation de Shri Devi, la « Glorieuse Déesse » qui protège le Tibet des ennemis du bouddhisme. Déguisés en pélerins ou en marchands, de nombreux explorateurs anglais ont déjà pénétré au Tibet (Wilcox, Bedford, Griffith, Cooper) mais de nombreux indigènes ont également été utilisés par les Britanniques pour leur rapporter le maximum de renseignements sur le pays.

1880 : Édit d’interdiction de la religion chrétienne, suivi en 1881 de l’assassinat du père Brieux, l’un des missionnaires français installés dans l’est du pays.

1885 : La mission Macaulay se voit interdire l’entrée au Tibet qui refuse d’appliquer la convention de Zhifu conclue entre l’Angleterre et la Chine. Ce qui vaut au gouvernement de Pékin de verser une indemnité à l’Angleterre. En 1886, il s’engage même à « encourager la population tibétaine pour promouvoir et développer le commerce ».

1888 : Un corps expéditionnaire anglais commandé par le général Graham intervient au Sikkim pour en chasser la garnison tibétaine qui s’y était installée et prendre le contrôle du col de Dzalep, porte d’entrée du Tibet.

1889-1890 : Exploration du Tibet par Henri d’Orléans et Gabriel Bonvalot qui sont arrêtés au nord de Lhassa et obligés de repartir par le Sichuan.

17 mars 1890 : Traité de Calcutta sur les frontières du Sikkim et du Tibet. Celui-ci considère que la Chine, qui s’est vue reconnaître une suzeraineté toute nominale sur le Tibet, n’a pas défendu ses intérêts et cesse d’envoyer à Pékin les offrandes dues à l’empereur. Les Mongols bouddhistes se solidarisent avec la position tibétaine et prennent également leur distance avec la puissance chinoise qui est aussi leur suzeraine.

1891-1894 : Expédition française de Louis Dutreuil de Rhins et de Fancis Grenard qui tentent de relier le Turkestan au Ladakh. Le premier est tué sur le chemin du retour.

5 décembre 1893 : Traité de Darjeeling. Londres obtient l’ouverture d’un marché à Yatoung, dans la vallée de Tchoumbi. Derrière l’intérêt commercial (les échanges sont très limités), c’est l’intérêt stratégique qui prévaut. Les Anglais disposent désormais du contrôle de la voie d’accès au Tibet passant par le Sikkim.

1893 : La Russie envoie à Lhassa deux moines bouddhistes kalmouks, manifestant ainsi son intérêt pour le Tibet.

1893 : Premier voyage de Sven Hedin en Asie centrale. Il traverse le plateau tibétain. Il poursuit son exploration du Tibet de 1898 à 1902 et parvient à Lhassa où il n’est pas autorisé à entrer. Il explore enfin en 1905 la chaîne transhimalayenne et découvre les sources du Brahmapoutre et de l’Indus.

1895 : Le treizième dalaï-lama, Thoubten Gyamtso, entame la période de son gouvernement personnel. Il impose son autorité à l’intérieur et fait murer la route de Yatoung, défiant ainsi la puissance anglaise.

1898 : Le Bouriate Agvan Lobsang Dordjé (alias Dordjieff) rencontre le tsar Nicolas II afin de stimuler son intérêt pour le Tibet. Il imagine même en 1900 un protectorat russe sur le pays.

1899 : Accord anglo-russe Scott-Mouraviev, qui laisse à la Russie toute liberté de développer son influence au nord de la Grande Muraille de Chine mais bloque ses éventuels projets dans la vallée du Yangzi. En se voyant reconnaître la liberté d’intervenir dans les steppes mongoles, la Russie ne peut qu’être encouragée à se tourner vers le Tibet, qui constitue la patrie du lamaïsme pratiqué dans ces régions.

1901 : Visite à Lhassa de l’agent russe Tsybikov.

1902 : Accord anglo-japonais destiné à contenir la poussée russe en Asie. La fin de la guerre du Transvaal permet par ailleurs à la Grande-Bretagne de concentrer de nouveau toute son attention sur le « Grand Jeu » centre-asiatique. La même année, un accord russo-chinois qui envisage l’envoi de troupes russes dans le pays est conclu sur le Tibet.

1903 : Annonce de la signature d’un traité russo-tibétain. Il n’en est rien mais ce ballon d’essai va décider les Anglais à agir. Malgré les pressions exercées par le vice-roi des Indes pour obtenir l’ouverture du Tibet et l’application de l’accord de 1893, le pays demeure fermé malgré la présence à sa frontière méridionale du petit corps expéditionnaire commandé par Francis Younghusband.

Décembre 1903 : Le corps expéditionnaire anglais franchit le col de Dzalep.

1904 : Le déclenchement de la guerre russo-japonaise (février) interdit à la Russie d’intervenir et elle ne peut que protester. Les Anglais s’avancent vers Gyantsé en massacrant en route, à Gourou, les forces tibétaines qui ne sont équipées que d’armes traditionnelles face aux mitrailleuses et à l’artillerie. Gyantsé est prise et le 3 août les Anglais sont à Lhassa. Le dalaï-lama Thoubten Gyamtso se replie dans le nord. C’est le régent qu’il a nommé, Lobsang Gyaltsen, chef des Guélougpa, qui, avec l’amba chinois, doit négocier avec Younghusband. Le 7 septembre, un accord est signé au Potala, qui fixe les frontières avec le Sikkim et ouvre les villes de Gyantsé et Gartok au commerce anglais. Les Britanniques occuperont la vallée de Tchoumbi jusqu’au règlement final de l’indemnité due par le Tibet et aucune autre puissance ne pourra intervenir au Tibet ni y obtenir de concessions minières ou ferroviaires. L’État tibétain est reconnu de fait comme indépendant de la Chine et il se trouve placé, à l’évidence, dans la sphère d’influence britannique. Les Anglais doivent cependant apaiser la colère russe et la convention de Simla allège les conditions de ce qui n’est présenté que comme un « arrangement ». (novembre 1904)

Juin 1905 : Alors que le dalaï-lama est réfugié au nord du Tibet depuis l’intervention anglaise à Lhassa, l’ambassadeur russe à Pékin, Pokotilov, le rencontre à Urga. Le dalaï-lama va ensuite s’installer au monastère de Koumboum dans le Qinghai puis il se rend en 1908 dans le Shanxi. Il y reçoit l’ambassadeur américain en Chine, Rockill, et un diplomate japonais. Il est reçu à Pékin par l’impératrice Cixi (Tseu hi) et par l’empereur Guangxu. L’impératrice lui attribue le titre de « Bouddha heureux et vertueux du ciel de l’ouest, fidèle et soumis, éducateur des multitudes... » mais elle meurt peu après, ainsi que l’empereur, et le dalaï-lama, après avoir assisté à l’intronisation du petit Pouyi (le « dernier Empereur » mandchou) quitte la capitale chinoise pour rejoindre Lhassa.

1905 : À l’occasion de la grande révolte qui soulève le Kham (Tibet oriental sous contrôle chinois) des missionnaires français sont tués (pères Mussot, Soulié, Bourdonnec et Dubernard). Les missions françaises disparaissent alors des marches tibétaines.

Janvier 1906 : Le panchen lama est reçu à Calcutta par le prince de Galles, futur George V, et par Lord Minto, vice-roi des Indes. Les Anglais vont chercher à l’utiliser contre le dalaï-lama et contre la Chine qui refuse de reconnaître l’établissement de l’hégémonie anglaise sur le Tibet.

27 avril 1906 : Le traité sino-anglais de Pékin modifie la convention de Lhassa. L’Angleterre conserve ses trois comptoirs mais la suzeraineté chinoise sur le Tibet est de nouveau reconnue. Le gouvernement chinois se charge de payer l’indemnité de guerre prévue (réduite à trois versements) et décide la fermeture du Tibet aux étrangers. Au final, la Russie est la grande perdante de l’affaire. La Chine retrouve un semblant de pouvoir et d’influence et les Anglais ne conservent que quelques privilèges commerciaux mais ils ont surtout obtenu que la puissance russe ne soit pas prédominante à Lhassa, ce qui constituait leur principal objectif.

1906-1908 : Des représentants chinois s’installent à Lhassa avec l’intention de réaliser, par diverses réformes, l’intégration du pays à la Chine.

Juin 1906 : Reconquête du Cham par les forces chinoises aux ordres du général Zhao Ehr Feng qui gagne à cette occasion son surnom de « boucher des lamas »…

1907 : Fort du rétablissement de l’autorité chinoise sur le Tibet, le général Zhao entreprend une réforme radicale de l’administration du Kham oriental. Le but est de siniser les populations en luttant contre les monastères, considérés comme des foyers de résistance et en mettant fin aux coutumes traditionnelles pour leur substituer une administration nouvelle. Comme les Chinois, les Tibétains sont contraints de porter la natte, symbole de la soumission à la dynastie mandchoue.

31 août 1907 : Traité anglo-russe de Saint-Pétersbourg par lequel les deux puissances fixent leurs zones d’influence respectives en Perse et en Afghanistan et reconnaissent la suzeraineté chnoise sur le Tibet, ce qui fait de l’empereur Qing l’intermédiaire obligé pour toute négociation relative à ce pays. Aucun résident russe ou anglais ne sera installé à Lhassa.

20 avril 1908 : Traité anglo-chinois de Calcutta. Les accords commerciaux de 1893 sont confirmés et la Chine se voit autoriser une présence militaire au Tibet.

Décembre 1909 : Retour du dalaï-lama Thoubten Gyamtso à Lhassa.

Février 1910 : Les troupes chinoises interviennent à Lhassa après que des émeutes antichinoises s’y sont produites. Le 12 février, le dalaï-lama choisit de fuir vers les Indes où il s’installe à Darjeeling. Il est démis par le gouvernement chinois mais entend lutter pour restaurer l’indépendance tibétaine. Les Anglais sont prudents et lui interdisent notamment un voyage en Europe qui aurait pu le mener à Saint-Pétersbourg.

Octobre 1911 : Début de la révolution républicaine en Chine.

7 mars 1912 : La République est proclamée à Lhassa. Mais la population s’insurge contre la présence chinoise. Le nouveau régime républicain dirigé par Yuan Shekai entend maintenir par la force le Tibet sous l’autorité chinoise mais les pressions anglaises (l’ambassadeur Jordan) l’obligent à changer d’attitude. En juin, le dalaï-lama quitte Darjeeling et rejoint le Tibet pour y prendre la tête de l’insurrection. Il entre dans sa capitale en janvier 1913. Les Chinois évacuent le pays dans une complète débandade et l’épuration de ceux qui les ont soutenus est sanglante.

14 février 1913 : Le dalaï-lama prononce un discours qui est une déclaration d’indépendance du Tibet. Il crée une unité monétaire, la sang.

Janvier 1913 : La Mongolie, qui a proclamé son indépendance dès 1911, et le Tibet se reconnaissent mutuellement.

3 juillet 1914 : Convention de Simla négociée par les Anglais, les Chinois et les Tibétains. La suzeraineté chinoise est indirectement reconnue, la Chine ne pouvant « être considérée comme puissance étrangère » sur le plateau tibétain. Il y aura une représentation chinoise à Lhassa mais le gouvernement tibétain entretiendra des relations directes avec le représentant anglais à Gyantsé. La frontière tibétaine est également modifiée au nord-est de l’Inde au profit des Anglais. À l’est, les régions tibétaines demeurent dans les provinces chinoises du Sichuan et du Qinghai. Un nouveau compromis, plus favorable à la Chine, est obtenu en décembre 1914 entre Tibétains et Chinois dans la mesure où les premiers ne peuvent plus guère espérer s’appuyer sur les Anglais, trop mobilisés alors par la guerre européenne. Au cours des années suivantes, la Chine plonge dans le chaos. En 1917, une tentative d’un général chinois contre le Tibet « extérieur » de Lhassa (par opposition au Tibet « intérieur » de l’Amdo et du Kham) est totalement vaincue grâce aux fusils anglais et japonais dont se sont équipés les Tibétains via l’Inde et la Mongolie. Un armistice est conclu à Rombatsa.

Novembre 1920-octobre 1921 : Mission Bell à Lhassa. Les Anglais fourniront des armes et des munitions à la nouvelle armée tibétaine mais n’auront pas de résident à Lhassa. Ils veulent soutenir l’indépendance tibétaine contre la Chine et contre une éventuelle révolution lancée par les Soviétiques. Les religieux xénophobes sont hostiles aux Anglais et le monastère de Drépoung se soulève mais la révolte est brisée. Quand Bell s’en va, c’est l’Angleterre qui est redevenue le premier interlocuteur du Tibet.

Mai 1922 : La ligne télégraphique reliant Lhassa à Gyantsé et à Calcutta est inaugurée par un échange entre le dalaï-lama et le vice-roi des Indes, Lord Reading

Novembre 1923 : Le panchen lama, compromis avec les Chinois, choisit de s’exiler en Mongolie mais la proclamation de la République populaire en 1924 le pousse à gagner la Chine. Le dalaï-lama prend alors possession du monastère de Tashilhunpo, domaine traditionnel du panchen lama, près de Shigatsé.

1924 : Une usine hydroélectrique est construite près de Lhassa et un système postal est mis en place. Une école anglaise est ouverte à Gyantsé. La même année, l’exploratrice Alexandra David Neel parvient à Lhassa, toujours perçue en Occident comme une « cité interdite » aux étrangers (malgré l’intervention anglaise de Younghusband vingt ans auparavant). L’exploratrice s’était précédemment rendue à Shigatsé en 1916 et à Koumboum en 1918.

1925 : Le dalaï-lama écarte du commandement de l’armée Tsarong Shapé, qui était le champion d’une modernisation rapide organisée par l’armée.

1926 : L’école anglaise de Gyantsé est fermée. Le Tibet se referme de nouveau. C’est la fin de la période marquée par une volonté de modernisation.

Octobre 1932 : Un armistice tibéto-chinois est conclu et met fin aux luttes frontalières liées au flou des limites entre les deux pays, dans le contexte de l’anarchie longtemps entretenue par les seigneurs de la guerre dans l’ouest chinois. Le dalaï-lama reconnaît le principe d’une tutelle chinoise sur l’est du pays.

17 décembre 1933 : Mort de Thoubten Gyamtso, le treizième dalaï-lama. Il n’a pu réaliser la modernisation du pays et n’a pu obtenir la reconnaissance internationale de son indépendance mais il a contribué au maintien de l’identité tibétaine face aux volontés assimilationnistes de la Chine.

1934 : Djampel Yéshé est désigné comme régent. Il exercera cette fonction jusqu’en 1941. Des rumeurs se répandent quant à un éventuel empoisonnement de Thoubten Gyamtso, le dalaï-lama défunt. La même année, les communistes chinois engagés depuis le Jiangxi dans leur « Longue Marche » mettent en coupe réglée – et leurs poursuivants nationalistes achèvent le travail – l’est tibétain (le Kham oriental).

Été 1934 : Une délégation du gouvernement chinois de Nankin se rend au Tibet, dirigée par Huang Musong qui a été le pacificateur du Xinjiang. Quand la mission quitte Lhassa en novembre, le gouvernement tibétain admet le principe d’une tutelle chinoise mais fait reconnaître son autonomie en matière de défense et de relations extérieures.

1935 : Mission britannique Williamson à Lhassa, suivie en 1936 par la mission Gould chargée de fixer les frontières indotibétaines, la fameuse ligne Mac-Mahon, dans une région contestée du nord-est indien.

1937 : Mort au Qinghai du panchen lama qui n’est pas revenu au Tibet.

1939 : Arrivée au Tibet d’un enfant âgé de quatre ans, identifié comme le nouveau dalaï-lama; c’est le résultat d’une enquête complexe combinant des visions, des recherches sur l’ensemble du territoire et les conseils du panchen lama. Le jeune garçon est né dans l’Amdo – dans le Tibet « ethnique » mais hors du Tibet « historique » – ce qui complique les choses car c’est une occasion pour la Chine, alors en proie à l’agression japonaise, de trouver là une nouvelle possibilité d’intervention dans les affaires tibétaines.

Octobre 1938 : Le gouvernement chinois nationaliste de Jiang Jeshi (Chang kaï Shek) vient se replier à Chungqing, dans le Sichuan et de nombreux réfugiés chinois cherchant à échapper à la guerre viennent s’établir dans le « Tibet intérieur » où la ville de Tatsienlou est rebaptisée Kangting.

Février 1940 : Intronisation à Lhassa du nouveau dalaï-lama Tendzin Gyamtso.

1941 : Le régent Réting qui a établi une véritable dictature tire les conséquences de son impopularité et démissionne. Tagdrag Rinpoché lui succède.

Le Tibet demeure neutre pendant la seconde guerre mondiale et les projets d’établissement d’une route entre l’Inde et la Chine nationaliste de Chongqing demeurent sans lendemain à la grande colère de Jiang Jeshi. Des contacts sont établis avec les agents américains de l’Office of Strategic Service mais Roosevelt n’entend pas remettre en cause la suzeraineté chinoise sur le pays – il compte beaucoup sur la Chine pour bâtir selon ses vœux le monde d’après-guerre. À la fin de l’été 1944, la mission Gould envoyée par Londres à Lhassa fait valoir que le Tibet ne peut être admis à participer comme un État indépendant au discussions d’après guerre du fait du maintien de sa neutralité.

Printemps 1945 : Une école anglo-tibétaine ouverte à Lhassa est fermée, comme celle de Gyantsé avant elle, sous la pression des traditionalistes.

1945 : Réting manifeste des velléités de reprendre le pouvoir en s’appuyant sur les monastères les plus conservateurs et les plus hostiles au régent Tagdrag jugé trop moderniste et en se disant prêt à accepter le retour de la domination chinoise. La guerre civile éclate en avril, les rebelles sont vaincus, au prix de quelques centaines de tués. Arrêté, Réting mourra en prison en 1947.

Mars 1947 : Une délégation tibétaine participe à la conférence panasiatique réunie à Delhi par le Parti du Congrès. Nerhu et Gandhi reçoivent les deux délégués tibétains et le drapeau tibétain flotte aux côtés de ceux des autres nations réunies là. Des délégués tibétains se rendent également à Nankin où s’est réunie l’assemblée constituante chinoise mais leur présence fournit un argument implicite aux Chinois pour affirmer le lien entre leur pays et le Tibet. Les délégués tibéatins partent cependant avant de signer l’acte final et la régence s’en tient à l’affirmation d’une indépendance de fait.

Août 1947 : L’Inde devenue indépendante se considère comme l’héritière de la Grande-Bretagne au Tibet (pour les privilèges commerciaux notamment) mais les Tibétains le contestent.

1948 : Des délégués tibétains envoyés auprès des grandes puissances ne sont pas reçus par le président Truman qui ne veut pas indisposer les Chinois nationalistes engagés dans la guerre civile contre les communistes mais ils le sont en Angleterre par le Premier Ministre travailliste Clément Attlee.

1er octobre 1949 : Mao Zedong vainqueur proclame la République populaire de Chine.

Novembre 1949 : Nerhu reconnaît la suzeraineté chinoise sur le Tibet. Les USA demeurent très prudents. L’URSS soutient les revendications chinoises. Le septième panchen lama Kelzang Tséten, installé au Qinghai, se rallie aux communistes.

Juin 1950 : Le début de la guerre de Corée retient en priorité l’attention des USA et ne peut qu’encourager la République populaire de Chine à agir au Tibet. Les missionnaires français du Qinghai sont arrêtés et seront expulsés en 1952, ce sera la fin de la mission du Tibet.

Octobre 1950 : Quarante mille Chinois envahissent le Tibet et s’emparent de Chamdo. Le gouvernement de Lhassa fait appel en novembre à l’ONU qui est engagée en Corée et a d’autres priorités au moment où les « volontaires » chinois y entament leur intervention au profit de la Corée du Nord communiste. Au Conseil de Sécurité, les représentants de la Chine nationaliste font valoir que la question tibétaine est une affaire intérieure chinoise…

17 novembre 1950 : Tendzon Gyamtso prend les rênes du pouvoir, pour devancer une éventuelle installation par les Chinois du panchen lama.

23 mai 1951 : Faute de soutien extérieur, le Tibet doit accepter à Pékin l’accord en dix-sept points que lui présente Zhou Enlai. Le Tibet est reconnu partie intégrante de la République populaire de Chine qui contrôle sa politique intérieure, y compris dans le domaine religieux. La légitimité du panchen lama doit être reconnue.

Avril 1954 : Accord sino-indien par lequel Delhi reconnaît le Tibet comme une région chinoise et renonce aux privilèges hérités des Britanniques. Le Népal reconnaît à son tour l’annexion du Tibet en 1956.

De 1950 à 1957 : Les Chinois mobilisent la main d’œuvre tibétaine pour aménager trois grands axes routiers stratégiques : route de Lhassa à Chengdu, au Sichuan, route de Lhassa à Xining, au Qinghai, route de Lhassa au Xinjiang. Ce recours au travail forcé va faire des milliers de victimes.

Été 1954 : Le dalaï-lama est invité à Pékin pour participer à l’assemblée qui doit donner une constitution au pays. C’est l’occasion pour la Chine d’affirmer que le Tibet en est partie intégrante.

1955-56 : L’insurrection se généralise au Tibet oriental en raison des abus de l’armée d’occupation et de la réforme agraire qui engendrent une famine générale. De nombreux volontaires rejoignent la Tensoung Danglang Maggar, l’Armée nationale volontiare de défense (ANVD) qui va entretenir la guerilla pendant vingt ans dans la région du Kham et du Chamdo. La CIA soutient les insurgés et en forme certains.

Juillet 1956 : Bombardement du grand monastère de Litang. Les communistes entendent éradiquer le bouddhisme, considéré comme néfaste pour la population ; ils lui reprochent notamment ses effets démographiques, avec un quart de la population mascline composé de moines. Les monastères sont pillés, de nombreux chefs religieux périssent sous la torture.

1958 : Le « Grand Bond en avant » est l’occasion pour les Chinois d’engager dans l’est tibétain leur campagne des « quatre liquidations » contre la rébellion, les opposants politiques, les privilégiés et les exploiteurs… Les monastères son transformés en casernes et en bureaux, les moines sont obligés de se marier et de travailler ; des villages suspects de sympathie pour la résistance sont rasés. À ce moment, les effectifs de l’insurrection comptent au sein de l’ANVD 80 000 combattants. L’un des chefs les plus fameux du mouvement, Androug Goeunpo Tashi ,dirige, au sud de Lhassa, le groupe Tchoushi Gangdroug – « quatre fleuves et six montagnes », nom désignant les régions du Kham et de l’Amdo. Ces résistants voient se joindre à eux en grand nombre des déserteurs chinois.

17 mars 1959 : Les autorités tibétaines dénoncent l’accord conclu avec la Chine et la population de Lhassa se soulève. Le dalaï-lama s’enfuit de sa capitale et part se réfugier en Inde. L’artillerie chinoise détruit les foyers de résistance au cours des jours suivants, notamment le monastère de Séra.

28 mars 1959 : Le Conseil d’État de la République populaire de Chine dissout le gouvernement « local » du Tibet, ordonne à l’Armée populaire de libération d’écraser la rébellion et établit la liste des « traîtres » en tête de laquelle figure le dalaï-lama. Le pouvoir est remis alors au panchen lama, nommé président du Comité préparatoire de la République autonome du Tibet.

 

20 juin 1959 : Le dalaï-lama réfugié en Inde dénonce l’accord en dix-sept points de 1950 et déclare qu’il lui a été « arraché sous la contrainte » mais il ne peut rien attendre de l’Inde qui entend bien garder sa neutralité dans cette affaire. 80 000 Tibétains viennent alors trouver refuge en Inde et au Népal. D’autres suivent au cours des mois et des années suivants.

1960 : Le dalaï-lama fonde un gouvernement en exil à Dharamsala, sur les contreforts himalayens. C’est là que sera créée en 1971 la Library of Tibetan Works and Archives, véritable dépôt de la mémoire du Tibet traditionnel. En 1968, un Institut des hautes études tibétaines est ouvert à Sarnath, dans l’Uttar Pradesh, en liaison avec l’université de Bénarès.

1960 : Un réseau d’écoles tibétaines commence à être installé en Inde.

1961 : Une constitution est promulguée à Dharamsala. Une fonction présidentielle existe désormais, indépendante de celle, religieuse, du dalaï-lama.

1959-1960 : L’ONU condamne l’occupation chinoise mais ne peut prendre aucune sanction, malgré les rapports accablants produits par une commission internationale de juristes sur la situation dans le pays.

1960 : Accord frontalier entre le Népal et la Chine. Le roi du Népal s’oppose désormais aux activités des résistants tibétains organisés dans le Mustang.

Octobre-novembre 1962 : Guerre sino-indienne sur la ligne Mac-Mahon. Les Chinois rectifient la frontière à leur profit en imposant à l’Inde une humiliante défaite

1964 : Le panchen lama, confronté à la politique antireligieuse des Chinois, prend position pour l’indépendance. Arrêté, démis de ses fonctions, il est emprisonné puis placé en résidence surveillée et « rééduqué ».

1965 : Un canp de concentration est ouvert à Xining, dans le Qinghai, pour les résistants tibétains. La mortalité y est effroyable.

9 septembre 1965 : Pékin crée la Région autonome du Tibet.

décembre 1965 : L’ONU vote une résolution dénonçant « la violation continue des droits fondamentaux des Tibétains ». L’ Inde s’associe au vote.

Été 1966 : Début du saccage méthodique des monastères tibétains par les Gardes rouges engagés dans la Révolution culturelle. En dix ans, une dizaine de monastères et de lieux de culte sont épargnés, sur les six mille que comptait le pays. La collectivisation des terres et la généralisation du système des communes populaires achèvent la ruine totale du pays.

Le bilan de l’occupation chinoise apparaît effrayant, principalement durant la décennie 1966-1976, quand le Tibet a été livré aux Gardes rouges fanatisés par Mao pour maintenir son emprise personnelle sur le Parti. Les chiffres donnés par les autorités de Dharamsala en 1984 font état, pour la période 1951-1983, de 432 000 tués dans des affrontements, de 343 000 morts de faim, de 130 000 morts en prison, de 157 000 exécutions, de 93 000 victimes torturées à mort ; rapportés au chiffre de la population tibétaine, ce bilan n’a guère à envier à celui des Khmers rouges cambodgiens… Un habitant sur cinq serait ainsi disparu dans le « grand Tibet ethnique ». Les destructions de biens culturels ont été de même ampleur, et témoignent d’une volonté très claire d’éradiquer totalement la culture traditionnelle, dans la perspective de la construction de l’homme nouveau cher aux tenants du maoïsme.

1971-1972 : Le rapprochement sino-américain, marqué par les visites de Kissinger et de Nixon à Pékin, laisse de fait les mains libres à la Chine au Tibet et les derniers résistants du Mustang, privés de l’aide américaine, doivent cesser le combat.

1978 : La victoire finale des réformateurs conduits par Denx Xiao Ping et la défaite de la « Bande des Quatre » nostalgique de la Révolution culturelle créent des conditions nouvelles mais la Chine n’entend pas pour autant voir remis en cause le statut du Tibet qui commence à être ouvert aux touristes.

1979 : Tendzin Gyamtso, le dalaï-lama, se rend pour la première fois aux États-Unis. Il va ensuite multiplier les voyages qui permettront de populariser la cause tibétaine.

1979-1980 : Trois délégations d’exilés sont autorisées à se rendre au Tibet.

juin 1980 : Lors d’une visite au Tibet, Hu Yaobang, secrétaire général du Parti communiste chinois se rend au Tibet et reconnaît les fautes commises en même temps qu’il annonce de nombreuses réformes. De nombreux détenus sont libérés, un Institut d’études bouddhiques est créé en 1983. L’usage du tibétain est de nouveau autorisé dans les actes officiels.

1987 : Le dalaï-lama est reçu au Congrès américain. Les émeutes qui éclatent la même année à Lhassa sont violemment réprimées. En mars 1988, les manifestations qui accompagnent la Meunlam Tchenmo font une cinquantaine de morts. Au cours de ces deux années, la répression fait environ six cents morts. L’industrialisation du pays va de pair avec un afflux régulier de colons chinois.

1988 : Le dalaï-lama est reçu au Parlement de Strasbourg. Comme à Washington l’année précédente il propose un « plan de paix » en cinq points permettant de conduire à un haut degré d’autonomie du Tibet. Il s’appuie sur les trois résolutions votées par l’ONU en 1959, 1961 et 1965 reconnaissant au Tibet le droit à l’autodétermination.

1989 : Mort du panchen lama qui, après avoir souvent été le collaborateur des Chinois, est devenu de plus en plus critique, au point d’apparaître comme un martyr de la cause nationale. La loi martiale est alors imposée au Tibet par le Premier ministre Li Peng, qui écrase en juin les émeutes de la place Tian Anmen de Pékin. La même année, le dalaï-lama obtient le prix Nobel de la Paix.

1991 : Au cours de l’Année internationale du Tibet, le dalaï-lama est reçu en de nombreux pays. En octobre, le Congrès américain définit le grand Tibet comme un pays occupé et le dalaï-lama et son gouvernement comme les vrais représentants du peuple tibétain.

1993 : Rupture des négociations entamées entre le dalaï-lama et les autorités chinoises.

Septembre 2002 et mai 2003 : Deux délégations tibétaines se rendent à Lhassa (la première) et à Pékin (la seconde). Le dalaï-lama a renoncé à la revendication d’indépendance et ne réclame plus qu’un statut de large autonomie. Il a également demandé à la diaspora tibétaine (110 000 personnes) et à ceux qui l’appuient en Occident de mettre en sourdine leurs critiques contre la Chine afin d’aboutir à une issue favorable.

Mai 2004 : Un Livre blanc chinois consacré au Tibet dénonce « le dalaï-lama et sa clique » et insiste sur le fait que la question tibétaine ne peut être considérée que comme une affaire intérieure chinoise.

Une autre dimension du problème tibétain réside dans le fait que la colonisation réalisée par Pékin s’est aussi traduite par un afflux massif de population en provenance de Chine. Les Chinois seraient aujourd’hui majoritaires sur le plateau tibétain – huit millions contre cinq à six millions d’autochtones – et la construction de la voie ferrée reliant le Qinghai au Tibet laisse entrevoir l’arrivée d’une quinzaine de millions d‘immigrants supplémentaires d’ici à 2020… On voit mal dans ces conditions ce que pourrait signifier « l’autonomie » revendiquée par les Tibétains, devenus largement minoritaires sur leur propre sol.


  Alors que le gouvernement de Pékin ne tolère pas que puisse être mise en cause l'appartenance du Tibet à la Chine, une agitation endémique persiste à propos de la "question tibétaine". On a pu le constater à l'occasion des Jeux Olympiques de Pékin, quand divers groupes activistes ont cherché à perturber le transfert de la flamme olympique lors de son passage dans différents pays, notamment en France. Malgré le vacarme entretenu à ce sujet par les média occidentaux, les JO de 2008 ont été un plein succès et la cause tibétaine n'est en rien sortie renforcée de cet épisode. Des immolations volontaires de moines bouddhistes ou des émeutes survenues en diverses régions du Tibet administratif,  voire du "grand Tibet", témoignent cependant  de la persistance d'un autonomisme d'autant plus radical que la submersion démographique des autochtones tibétains par les immigrants Han venus de Chine tend à se confirmer. D'autres éléments vont en revanche dans le sens d'une plus grande intégration au nouvel empire chinois. Tout d'abord le désenclavement du plateau tibétain, du fait de la mise en place d'une voie ferrée reliant Pékin à Lhassa en deux jours  sur une distance de plus de quatre mille kms. Inaugurée en 2006 cette voie ferrée a été complétée  en 2014 par une liaison entre Lhassa et Chigatsé, la deuxième ville du pays.  L'essor rapide du tourisme (qui est le fait des Chinois et des étrangers) contribue également à une plus grande intégration des régions tibétaines. De 6 800 000 en 2010, le nombre des touristes est passé à 10 300 000 en 2012. L'exploitation des ressources minières et hydrauliques du pays va également contribuer à son désenclavement et à son développement. Son indépendance ne paraît guère envisageable,  mais la question d'une autonomie suffisante pour apaiser les tensions demeure néanmoins posée. 



 
 
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