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L'Éthiopie

Foyer de l’une des plus anciennes civilisations au monde, l’Ethiopie est, avec près de 94 millions d’habitants, le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique subsaharienne. Grand comme deux fois la France (1 104 300 km2), il fait aujourd’hui figure d’exception dans une région chaotique. Majoritairement chrétien, politiquement stable et connaissant une récente mais réelle dynamique de développement économique, le « château d’eau de l’Afrique de l’Est » est ceinturé de pays en crise, voire d’Etats faillis : le Soudan et le Soudan du Sud, à l’ouest ; l’Erythrée et Djibouti, au nord, qui lui barrent l’accès à la mer Rouge ; la Somalie, à l’est ; le Kenya au sud. La stabilité retrouvée de l’Ethiopie tient sans doute à la conjonction de facteurs géographiques favorables et des ressources que procure une très longue mémoire historique.
Le nom du pays vient du grec Aithiopia, « le pays des visages brûlés ». Homère évoque la figure d’Aethiops, le fils de Vulcain qui, travaillant aux forges, en a le visage noirci par la suie, pour désigner « le pays des habitants les plus éloignés de la terre ». L’aède ajoute que « leur pays est aimé des dieux ». C’est également l’avis des Egyptiens qui feront du pays de Pount (Pays du dieu, le Soleil) – correspondant à l’ensemble de la côte africaine au sud de leurs ports, soit, plus précisément, l’Erythrée et le plateau du Tigré – à la fois « le pays des aromates » et le lieu d’origine de leurs plus grandes divinités. Ainsi en est-il d’Hathor, l’un des Horus, surnommé le « Lion du Pount », de Thot, souvent représenté sous la forme d’un cynocéphale d’Ethiopie, ou encore du dieu pygmée Bès. Les habitants de Pount sont parfois désignés sous le terme d’Habasha, l’une de leurs principales tribus qui donnera son nom à l’Abyssinie et sera à l’origine du premier empire éthiopien, avec la fondation de la ville d’Axoum. L’Ethiopie est enfin connue sous le nom de Koush. Ce terme apparaît lors de la traduction de la Bible de l’hébreu en grec, par les Septante d’Alexandrie, toujours pour désigner les régions situées au sud de l’Egypte, en fait réduites à la seule Nubie (correspondant à l’actuel Soudan), mais clairement identifiées à l’Ethiopie dans Isaïe (« L’Ethiopie tendra ses mains vers Dieu »). Pount, Koush, Abyssinie, Ethiopie : tous ces noms ont en commun de désigner une région longtemps considérée comme merveilleuse par les habitants du Bassin méditerranéen et de l’Europe. Alors que, au moins jusqu’au XVIe siècle, l’existence réelle du jardin d’Eden n’est pas mise en doute, les chroniqueurs médiévaux associeront pendant longtemps le paradis perdu au « royaume du prêtre Jean » situé en Ethiopie, Joinville estimant que le Nil y puise sa source et qu’en pénétrant en Egypte, il charrie poissons, épices et denrées précieuses... La position exceptionnelle de l’Ethiopie antique, au carrefour des routes maritimes reliant les côtes africaines à la péninsule arabique et, au-delà, à l’Inde – mais aussi à l’Europe via l’Egypte et le Proche-Orient – a suscité d’intenses échanges commerciaux, culturels et religieux. Ces échanges expliquent pour partie les spécificités initiales de ce royaume africain aux racines pour partie sémitiques. Mais ce sont sans doute davantage son relief escarpé et, plus généralement, ses conditions naturelles, qui vont contribuer à façonner le visage historique de l’Ethiopie, lui permettant, malgré les vicissitudes de l’Histoire et sa diversité ethnique, de conserver la relative homogénéité de son identité sur la très longue durée. Si le territoire actuel de l’Ethiopie est constitué pour moitié de déserts à peine habitables, le pays tient son caractère propre à ce massif montagneux qui dresse ses escarpements abrupts au flanc oriental de l’Afrique, constituant une forteresse de hauts plateaux verdoyants dominés par endroits de pics de plus de 4 000 mètres, dont le point culminant – le Ras Dashen – s’élève à quelque 4 543 mètres dans le massif du Semien. Vers l’est, ces hauts plateaux, abondamment arrosés lors de la saison des pluies s’inclinent vers des régions plus désertiques, en direction de la mer Rouge et de la Somalie. A l’ouest, ils s’abaissent vers le bassin du Nil. En travers, du nord-est au sud-ouest, ils sont entaillés par la vallée du rift africain qui constitue une profonde dépression tectonique occupée par plusieurs lacs (Ziway, Abijaia, Langano, Shalla, Awasa, Abaya, Chamo…). L’originalité de l’Ethiopie est de constituer, selon l’expression du géographe Alain Gascon, « la montagne la plus peuplée du monde ». 80 % de sa population vit d’ailleurs à plus de 1 500 mètres d’altitude. Historiquement peu urbanisées, ces régions de hauts plateaux sont parsemées de très nombreux villages et hameaux autrefois fréquemment organisés en paroisses autour d’un monastère ou d’une église, la topographie du centre de l’Ethiopie ayant permis à une succession de royaumes chrétiens de résister pendant des siècles aux invasions, en particulier musulmanes, qui bouleversèrent la Corne de l'Afrique. Aujourd’hui encore, plus de la moitié de la population éthiopienne est chrétienne : celle-ci se compose de chrétiens orthodoxes (à hauteur de 43,5 %), de protestants (18,6 %) et de catholiques (moins de 1 %), conjointement majoritaires face aux musulmans (33,9 %) et aux animistes (2,6 %). La composition ethnique est en revanche plus diversifiée, cette diversité étant liée autant à la nature découpée du relief qu’aux différentes tentatives de conquête qui ont marqué l’histoire du pays. 87 peuples différents coexistent aujourd’hui sur le territoire éthiopien, parmi lesquels les Oromos (34,5 % de la population) et les Amharas (26,9 %) – qui dominent traditionnellement le pays –, mais aussi les Somalis (6,2 %), les Tigréens (6,1%), les Sidamos (4 %), les Gouraguès (2,5 %), les Welaytas (2,3 %), les Hadiyyas (1,7 %), les Afars (1,7 %), les Gamos (1,5 %) ou encore les Gedeos (1,3 %). Schématiquement, le pays peut se présenter en trois grands ensembles géographiques et culturels distincts : Le foyer amhara, cœur historique du pays correspondant peu ou prou à l'ancienne Abyssinie, est la région septentrionale des hautes terres, à l’ouest-nord-ouest de l’Ethiopie. Elle comprend notamment les provinces de Gondar et Gojam, ainsi qu’une grande partie du Choa. Le paysage dominant est celui de vastes plateaux basaltiques (les ambas) situés entre 2 000 et 3 000 mètres d'altitude, profondément entaillés par des rivières dont beaucoup s'écoulent en direction du Nil bleu, issu du lac Tana, situé à plus de 1 600 mètres d’altitude. Les régions périphériques des hautes terres se distinguent des précédentes essentiellement par leurs populations – et donc leur culture. Vers le nord, les Tigréens, très proches des Amharas et dont le territoire abrite le site d’Axoum, constituent une population chrétienne de langue sémitique débordant en Erythrée, façade maritime naturelle de l’Ethiopie sur la mer Rouge. A l’est, les Oromos, pour l’essentiel musulmans, parlent une langue couchitique. Aujourd’hui implantés massivement dans le Choa, ils assurent la jonction – via l’Ogaden – avec la Somalie. Certaines des populations installées dans ces régions se caractérisent par une pratique de l’agriculture très différente de celle des Amharas. Au sud d'Addis-Abeba, dans les zones les plus peuplées du pays, les Gouraguès de langue sémitique cultivent ainsi l'ensette, un faux bananier dont les nervures des feuilles fournissent une farine qui constitue la base de l'alimentation des populations locales. Les Sidamos, peuple couchitique animiste occupant les sommets situés au sud de la vallée du rift, sont d'importants éleveurs de bovins, le lait et le beurre constituant des éléments essentiels de leur nourriture. Les régions de bas plateaux et de plaines entourant les hautes terres centrales présentent pour leur part un très fort contraste climatique. A l’ouest et au sud, les pluies sont abondantes. Les provinces méridionales de Gofa et de Sidamo produisent dans de grandes plantations familiales du café, qui constitue le principal produit d'exportation du pays. Le long de la frontière du Soudan du Sud sont cultivés le mil, le sorgho, le maïs, la patate douce, alors que la culture du thé s'est développée dans la province d'Ilubabor, à l’extrême sud-ouest du pays. La situation est toute différente dans les régions arides de l’Est éthiopien. Hormis dans quelques montagnes, dont celle de Harar, c'est le domaine des semi-nomades et des nomades. Dans le Sud du Sidamo, des pasteurs oromos – les Boranas – élèvent bovins et chevaux. L'Est est davantage le domaine des nomades chameliers parlant des langues couchitiques, spécialisés dans l'élevage des ovins et des caprins : Somalis de l'Ogaden (Darods, Issas), Afars des régions basses et volcaniques entourant la république de Djibouti, qui exploitent aussi le sel des chotts de leur région pour le vendre aux populations des hautes terres centrales. La voie ferrée reliant Addis-Abeba à Djibouti traverse ces déserts, assurant le développement de Diré Daoua, aujourd’hui l’un des principaux centres industriels de l'Ethiopie après la capitale. Les villes et cultures urbaines associées aux différents royaumes ou empires chrétiens comme aux cités-Etats musulmanes de l’époque médiévale ont pratiquement disparu. Le réseau urbain contemporain est essentiellement issu des structures mises en place avec l’expansion politique et militaire du règne de Ménélik II, qui fonda Addis-Abeba à la fin du XIXe siècle, rompant définitivement avec la tradition longtemps établie de villes capitales itinérantes et saisonnières. En dépit de l’ancienneté du fait urbain, l’Ethiopie reste donc l’un des cinq pays les moins urbanisés du monde. Des cités importantes comme Gondar, capitale du royaume éponyme jusqu’au milieu du XIXe siècle, et Harar, qui a résisté à la désurbanisation de la fin du XVIe siècle, sont cependant encore visibles aujourd’hui. En s’inspirant pour partie des travaux de Jean Doresse (Histoire de l’Ethiopie, PUF, 1970) et de Richard Pankhurst (The Ethiopians : A history, Blackwell Publishers, 2001), l’histoire du pays peut être abordée de manière synthétique autour de sept grandes phases. 1. La Préhistoire (jusqu’à 3000 avant J.-C.) mérite une attention particulière, compte tenu de la place privilégiée qu’occupe l’Ethiopie, comme tous les pays situés le long du grand rift est-africain, dans la longue histoire de nos origines. C’est en Ethiopie en effet qu’ont été mis au jour les fossiles parmi les plus anciens au monde, ainsi que la plus grande concentration de mégalithes de tout le continent africain. Ces découvertes démontrent que l’Ethiopie et sa région constituent sans doute l’un des berceaux de l’humanité. 2. La naissance de l’Ethiopie proprement dite (de 3000 av. J.-C. à 1270 ap. J.-C.) voit l’apparition du pays dans les sources antiques, égyptiennes puis grecques. A partir du Ier siècle après J.-C., Axoum s’impose comme le centre d’un royaume important, qui couvre la partie nord de l’Ethiopie actuelle et l’Erythrée, ainsi que le Yémen au plus fort de son expansion. C’est dans ce royaume qu’apparaissent les deux piliers de l’identité éthiopienne à venir : le christianisme et le principe monarchique. Le souverain de ce que l’on nomme parfois l’Abyssinie se convertit en effet au christianisme dès le IVe siècle. Mais le royaume ne résiste pas à la progression de l’islam et disparaît progressivement à partir du VIIe siècle, avant que n’émerge des régions montagneuses du centre de l’Ethiopie un Etat aux dimensions plus modestes, mais reprenant l’héritage d’Axoum : le royaume de Zagoué (1137-1270), qui fait preuve lui aussi d’un grand dynamisme spirituel. 3. Le Moyen Age éthiopien (1270-1508) est inauguré par la restauration « salomonienne », une période de floraison littéraire et architecturale marquée par les tentatives d’unification culturelle et religieuse. Après avoir réussi à desserrer l’étau des Etats musulmans, la dynastie succombe finalement sous les coups conjoints de ces derniers, au nord et à l’est, et du mouvement de masse des Oromos, venus du Sud, cet effet de tenaille s’imposant pour longtemps comme la principale menace pesant sur « l’empire chrétien du plateau abyssin ». 4. Le XVIe siècle (1508-1632) est l’ « ère des collisions et des brassages », ainsi que la nomme l’historien éthiopien Berhanou Abebe. Elle est marquée par l’irruption des Européens (Portugais) et les invasions musulmanes (1527-1543), ainsi que par les très vives controverses religieuses : la résistance à la religion catholique imposée en 1621 avec la conversion de Susenyos (1607-1632) débouche sur une véritable guerre civile en 1632, qui se clôt par l’abdication du souverain. 5. L’Ethiopie de Gondar (1632-1855) débute avec l’avènement du royaume éponyme qui, face à la diffusion missionnaire du christianisme latin, entend assurer un retour à la foi ancienne et conforter l’Eglise éthiopienne. L’ « époque gondarienne » proprement dite (1632-1769) est marquée par un renouveau économique et culturel certain. Mais elle s’accompagne de profonds changements dans la technique administrative de la royauté abyssine : la fixation de la capitale à Gondar, dans un lieu excentré, favorise la montée de pouvoirs féodaux qui échappent bientôt au contrôle impérial : la fin de cette période est ainsi marquée par une longue phase d’instabilité, l’ « ère des Princes » ou Zemene Mesafent (1769-1855). 6. L'époque « moderne » (1855-1991) correspond à la renaissance de l’Etat chrétien éthiopien, avec, notamment, les règnes de Ménélik II et du dernier « roi des rois », Hailé Sélassié, sur fond de bouleversements géopolitiques majeurs. Cette renaissance coïncide en effet, au XIXe siècle, avec le regain d’intérêt des Européens pour l’Afrique et les ambitions expansionnistes d’une Egypte revigorée sous la direction de Méhémet Ali et de ses successeurs. Cette double pression marque le règne des premiers souverains de cette période : Théodoros II (1855-1868) et Johannes IV (1872-1889), qui périront en affrontant l’Egypte et la révolte mahdiste, puis Ménélik II (1889-1913), véritable fondateur de la Grande Ethiopie contemporaine. Le pays réussit à conserver son indépendance tout en se modernisant, au risque d’être rattrapé par les nombreuses convulsions de l’époque : l’invasion italienne (1936-1941) qui prélude au second conflit mondial, l’irrédentisme croissant des ethnies périphériques qui caractérise, sous le règne d’Hailé Sélassié (1930-1974), les difficultés de l’ère post-coloniale, ou encore la dictature de Mengistu, le « Négus rouge » (1977-1991), caractéristique des tentatives d’implantation de la doctrine marxiste sur le continent noir. 7. L'Ethiopie contemporaine, à partir de 1991, ouvre une nouvelle page de l’histoire nationale avec la chute de Mengistu. La question érythréenne reste le problème géopolitique majeur de l’Ethiopie, malgré l’indépendance que cette région est parvenue à obtenir en 1993. Les conflits frontaliers, notamment autour du village de Badmé, ne sont pas réglés par la guerre de 1998-2000 et les deux pays n’ont toujours pas de relations diplomatiques officielles. L’autre épine dans le pied de l’Ethiopie est la province de l’Ogaden, qui justifie une intervention militaire en Somalie (2006-2009), sans régler pour autant la question lancinante de l’irrédentisme musulman. L’Ethiopie bénéficie cependant de l’éclipse du Nigeria et de l’Afrique du Sud dans le leadership du continent et s’affirme comme une puissance régionale incontournable dans l’arc de crise de la Corne de l’Afrique. Malgré sa vulnérabilité aux aléas climatiques et à la volatilité des cours des matières premières, et bien sûr l’instabilité régionale, source potentielle de conflits armés, l’Ethiopie bénéficie aujourd’hui de la diversification réussie de son économie, renforcée par son très fort potentiel hydraulique, des investissements publics volontaristes dans les infrastructures (transport, énergie, télécommunications) et le soutien des bailleurs de fonds internationaux.
 
Entre 4 et 3 millions d’années (Pliocène moyen) : La présence d’hominidés est attestée en Ethiopie. A Hadar, dans la vallée de l’Awash, au sud du pays, le squelette d'une femelle australopithèque vieux de plus de 3 millions d'années est découvert en 1974. Baptisé « Lucy », cet hominidé appartient au genre Australopithecus afarensis qui présente des caractères à la fois humains et simiens, laissant supposer qu’il menait une vie encore partiellement arboricole, donc dans un environnement boisé. Il restera l’un des plus anciens fossiles d’hominidé retrouvés au monde jusqu’à la mise au jour, en 2001, toujours en Ethiopie, des ossements de l'Ardipithecus kadabba, âgé de 5,2 à 5,8 millions d'années. La richesse du patrimoine paléontologique du pays entraîne encore aujourd’hui de nouvelles découvertes (comme dans la région de l’Afar en 2005 et, surtout, en 2008, avec la mise au jour de Chororapithecus abyssinicus, un genre de gorille vieux de 10 millions d’années), confirmant l’ancienneté du foyer de peuplement éthiopien. Entre 2,8 et 2,5 millions d’années : Apparition des tout premiers outils de pierre taillée, retrouvés à Kada Hadar et Kada Gona, dans la vallée de l’Awash. D’autres outils, constitués d’éclats de quartz, seront retrouvés dans la vallée de l’Omo, dans des couches datant de 2,3 à 2 millions d’années. Ils semblent témoigner de l’apparition d’un hominidé intellectuellement plus développé : l’Homo habilis. Entre 2,5 et 1,9 millions d’années : La cassure du rift éthiopien s’étant accentuée au Pliocène supérieur, entraînant l’avènement d’un climat plus sec et l’installation de la savane, de nouvelles espèces d’Australopithèques à démarche bipède apparaissent. 1,7 million d’année : L’Homo erectus, à qui l’on doit probablement le peuplement de l’Eurasie, fait son apparition en Ethiopie et autour du lac Turkana, à l'extrême nord de la vallée du grand rift. Les vestiges de plusieurs campements sont retrouvés, notamment à Melka-Kunturé, sur le cours supérieur de l’Awash. Vers 500 000 : Apparition d’un nouveau type humain, l’Homo sapiens archaïque, considéré comme l’ancêtre direct de l’homme moderne. Des vestiges de sa présence s’observent dans toute la région de la Corne de l’Afrique, comme à Wadi Dagadle, en république de Djibouti (daté de 250 000 ans av. J.-C.), dans la région du lac Ziway (entre 230 000 et 140 000 ans), ainsi qu’aux abords du lac Langano, à Modjo, au sud d’Addis-Abeba, à Gotera près de la rivière Sagan, ou encore à Gorgora près du lac Tana (également rattachables au Paléolithique moyen). L’un des sites les plus anciennement connus est celui de la grotte du Porc-Epic, près de Dire-Dawa, mis au jour par l’abbé Breuil et le père Teilhard de Chardin, où a été retrouvée une mandibule d’Homo sapiens archaïque. Deux crânes d’hommes modernes, datés de 37 000 ans, sont également retrouvés dans la vallée de l’Omo. Vers 10 000 : L’art rupestre est attesté, notamment dans la région du Tigré et en Erythrée, ainsi que les premiers éléments d’une civilisation mégalithique, tout particulièrement dans le Harar et, plus récents (vers 1000), dans le Choa et le Sidamo. L’Ethiopie compte des milliers de tels monuments (monolithes phalloïdes, stèles, dolmens, pierres hémisphériques ou coniques) dont la datation reste encore souvent incertaine. Ainsi en est-il de l’un des sites les plus spectaculaires, situé à Tiya, dans la région du Soddo, à une soixantaine de kilomètres au sud d’Addis-Abeba. Inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, ce champ ne compte pas moins de 36 monuments, dont 32 stèles présentant une figuration sculptée faite d'épées et de symboles demeurés énigmatiques. Pour l’UNESCO, « ces stèles sont les vestiges d'une ancienne culture éthiopienne dont l'époque n'a pu être déterminée avec précision. Toutefois, on les interprète comme des monuments funéraires, dans la mesure où elles sont entourées de nombreuses tombes ». Certains archéologues suggèrent la marque d’un culte néolithique pratiqué par les ancêtres des Egyptiens. A partir du VIIIe millénaire : Changement radical des conditions climatiques. L’apparition du climat post-glaciaire, qui s’accompagne d’une augmentation rapide des ressources végétales et animales, en particulier aux abords des lacs du rift éthiopien, favorise le développement de communautés de chasseurs-cueilleurs. Les conditions d’apparition des sociétés d’agriculteurs et d’éleveurs, quelques siècles plus tard, demeurent peu connues. Mais dès le VIIe millénaire, des pêcheurs-cueilleurs semblent s’être sédentarisés autour des lacs et le long des rivières. Des bovins domestiques apparaissent au début du IIe millénaire sur les sites du lac Esaque et dans l’abri de Laga Oda, tandis que, plus au sud, à la frontière avec l’Ethiopie, sont attestés la chèvre et le mouton (site d’Ele Bor).
 
IIIe millénaire avant J.-C. : Les Egyptiens entreprennent de nombreuses expéditions en direction du pays de Pount et de ses aromates, soit en remontant le Nil, soit par voie maritime, le long de la mer Rouge. 1500 av. J.-C. : Expédition navale de la reine Hatshepsout au pays de Pount, dont les détails sont connus grâce aux bas-reliefs sculptés sur le portique du temple de Deir el-Bahari (face à Louxor, sur la rive gauche du Nil). Alors que les Egyptiens apportent essentiellement de la nourriture (pain, bière, viande, légumes), le chef du Pount offre en échange de riches marchandises : or, ivoire, arbres à encens et à myrrhe, aromates, ébène et autres bois précieux, bijoux, lévriers, singes, peaux de léopards. Au Ier millénaire, les contacts semblent réguliers entre les marchands de la Haute Egypte, de la péninsule sudarabique et des populations du Sud-Ouest de l’Ethiopie. 972-932 : La tradition éthiopienne attribue l’émergence du pays à la fameuse rencontre entre Salomon, roi de Jérusalem, et la reine de Saba, Makeda. Sa réalité historique et son règne n’ont pu être établis et appartiennent au monde de la légende, bien qu'il ne soit pas impossible que de pareils échanges aient pu avoir lieu entre les deux régions au cours des siècles suivants. Mais le royaume devait vraisemblablement correspondre à l’actuel Yémen, rayonnant alors, au-delà de la mer Rouge, sur la Corne de l’Afrique. Selon la légende, la reine se rendit à Jérusalem accompagnée d’une caravane de chameaux chargés d’or, de pierres précieuses et d’épices, afin d’y rencontrer le roi Salomon, dont la sagesse était notoire. A son retour, elle enfanta un fils, le futur Ménélik Ier, premier souverain d’Axoum et fondateur de la dynastie salomonide. VIIIe siècle : Des contacts sont attestés avec la péninsule arabique, au temps de l’apogée du royaume de Saba, aboutissant à l’établissement d’une colonie permanente sur la côte érythréenne. On assiste à l’essor d’une civilisation liée au développement du commerce, accompagné par une sémitisation des rives de la mer Rouge et du plateau éthiopien. En témoignent des inscriptions et des temples construits sur le modèle de la péninsule sud-arabique, comme à Matara, à Yeha ou à proximité d’Axoum. Ces contacts favorisent le développement d’une écriture en Ethiopie, qui emprunte d’abord le système sud-arabique, mais qui va s’individualiser peu à peu pour former, au IVe siècle après J.-C., une écriture éthiopienne originale fondée sur un syllabaire et permettant la transcription de la langue sacrée, le guèze. Vers 800-700 : Dans la région d’Axoum, occupée par une population de l’âge de pierre depuis près de 10 000 ans, éclot une première civilisation urbaine (site de Kidane Meret, découvert en 1994-1996), qui attire bientôt des populations sud-arabiques qui s’établissent vers le VIIe siècle dans les zones les plus fertiles. Une première forme de développement économique et de centralisation politique va apparaître autour du Ve siècle, connue sous le nom de principauté de Damat ou « royaume de D'mt ». De cette époque date le temple sabéen de Yeha, à l’est d’Axoum, qui reste aujourd’hui encore le plus ancien témoignage de cette période dite « préaxoumite », et la plus vieille construction d’Ethiopie. C’est ainsi, dans l’actuel Tigré, que se situe le berceau de la future civilisation éthiopienne. 750 à 662 : La XXVe dynastie des Pharaons d’Egypte est issue de souverains du royaume de Koush décrit par la Bible. Parfois confondu avec l’Ethiopie actuelle, il correspondait en réalité à la majeure partie du Soudan actuel, entre Assouan et le confluent du Nil blanc et du Nil bleu. Ve siècle : Hérodote mentionne les populations d’Ethiopie en célébrant « leur amour pour l’indépendance ». Avec lui, de nombreux géographes et historiens de l’époque gréco-romaine vont évoquer le pays. Eratosthène de Cyrène (IIIe siècle av. J.-C.) décrit deux affluents « qui, sortis d’un lac, descendent vers le Nil, de l’Est », dont le plus oriental, Astoboras, depuis le plateau éthiopien, correspond à l’actuel Atbara (le Tekeze des Ethiopiens). Diodore de Sicile attribue aux Ethiopiens l’origine des sciences divines des anciens Egyptiens. Artémidore d’Ephèse en parle dans son recueil de voyages, de même que Ptolémée, Strabon, ou encore Pline l’Ancien. Ce dernier raconte que les Sabéens sud-arabiques traversent la mer pour aller chercher au pays des Troglodytes « la myrrhe dont la qualité surpasse celle des autres provenances et la cinnamome (cannelle) », liée au culte du dieu Assabinus, « qui provient du pays des Ethiopiens ». Le témoignage le plus direct se retrouve dans un guide maritime anonyme, écrit en grec au Ier siècle ap. J.-C., Le Périple de la mer Erythrée, tandis que Cosmas Indicopleustès propose de nombreux détails dans sa Topographie chrétienne. Ce sont les écrivains grecs byzantins qui, à l’instar de Procope, populariseront le nom du pays en décrivant l’alliance conclue au VIe siècle après J.-C. entre Byzance et le roi Kaleb d’Ethiopie contre les Perses. Vers 100 : Premières indications précises de l’existence d’Axoum comme centre urbain et capitale d’un véritable Etat, couvrant la partie septentrionale de l’Ethiopie actuelle et l’Erythrée, et dont l’influence va s’étendre du Soudan à l’Arabie du Sud. Située à 2 100 mètres d'altitude, la ville se trouve au cœur d'un territoire abondamment arrosé par les pluies des moussons de printemps et d'été, et pourvu de sols volcaniques très riches. Avec son port d’Adoulis sur la mer Rouge, point d’appui de son expansion maximale au IIe siècle après J.-C., jusqu'au Yémen, il constitue une plaque tournante essentielle entre Méditerranée, Afrique noire et océan Indien, dont il contrôle une partie des échanges. Axoum est alors le premier fournisseur d’ivoire de l’Antiquité et ses monarques décident de frapper monnaie. C’est dans ce royaume qu’apparaissent les deux piliers de l’identité éthiopienne à venir : le christianisme et le principe monarchique. Si c’est également à Axoum que le prophète Mahomet et ses fidèles trouveront asile en fuyant les persécutions des seigneurs de la tribu des Quraychites qui dominent La Mecque, le développement de l’islam va provoquer la ruine du royaume en perturbant ses routes commerciales vers la Méditerranée. Son étouffement économique progressif entraînera sa disparition définitive aux alentours du Xe siècle. Ier siècle : D'après les Actes des Apôtres (8, 26-40), le premier païen à recevoir le baptême chrétien est « un Ethiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, reine d'Ethiopie, et surintendant de tous ses trésors, qui étant venu en pèlerinage à Jérusalem, s'en retournait, assis sur son char, en lisant le prophète Isaïe ». Les chrétiens d'Ethiopie vont souvent désirer voir dans cet épisode l'acte de naissance de leur Eglise, mais le terme d' « Ethiopie » désigne aussi, conformément à la tradition biblique, les contrées du Haut-Nil peuplées de Noirs correspondant à l'ancien royaume de Koush. IIIe siècle : Deux expéditions sont organisées vers le cœur de Méroé, entre Atbara et le Nil, dont la vallée constitue une importante route commerciale que le royaume d’Axoum cherche à contrôler. Atbara restera cependant la frontière des zones d’influence entre Axoum et Méroé, tandis qu’à l’est, la limite des territoires effectivement contrôlés par Axoum constitue encore aujourd’hui la frontière – disputée – avec l’Erythrée. Vers 330 : Le christianisme devient religion d’Etat lorsque le jeune roi d’Axoum, Ezana, commence à émettre des monnaies d’or sur lesquelles apparaissent, pour la première fois dans l’Histoire, des croix. Selon l’historien byzantin Rufinus, le monarque avait été converti par Frumentius, un jeune Syrien qui, après avoir fait naufrage sur la côte africaine, était devenu son secrétaire. Le patriarche d’Alexandrie, Athanase Ier (326-373), le nomme évêque de la nouvelle communauté. Dès lors, chaque nouvel évêque d'Ethiopie sera choisi parmi les moines égyptiens. L'Ethiopie embrasse naturellement les thèses christologiques du patriarcat copte, le monophysisme, thèses développées contre celles du concile de Chalcédoine de 451. La tradition attribue aux successeurs d'Ezana l'édification de Notre-Dame-de-Sion à Axoum, considérée comme la première église du royaume. A partir du Ve siècle, la Bible est traduite du grec en guèze (ancêtre de l’amharique), l’existence d’un système d’écriture éthiopien permettant de donner aux chrétiens les textes fondateurs dans leur propre langue. Sont également traduits les principaux textes religieux coptes et syriaques, comme la Règle monastique de saint Pacôme, la Vie de saint Antoine de saint Athanase ou encore le Qerlos de saint Cyrille. Fin du Ve et VIe siècle : Essor de l’évangélisation, grâce à l’arrivée de missionnaires en provenance du Proche-Orient, qui fondent de nombreux monastères dans le Nord du pays. Les plus célèbres de ces missionnaires sont, selon la tradition locale, les « neufs saints syriens », à savoir Aragawi, Pantalewon, Garima, Afsé, Guba, Alef, Libanos ou Mata (Mathias), Liqanos (Michel l’Ancien) et Yahonni, considérés comme les pères fondateurs de l’Eglise éthiopienne. C’est à cette époque que sont élaborés, en s'inspirant des textes bibliques, les deux grands mythes constituant les fondements de la civilisation éthiopienne : le voyage de la reine de Saba auprès de Salomon et l’arrivée en Ethiopie de l’Arche d’Alliance, permettant aux Ethiopiens de se considérer comme le nouveau peuple élu. C’est également à cette époque qu’un prêtre, saint Yared, fixe les grands principes des chants religieux, particuliers au pays. Il établit un corpus de chants et invente un système original de notation afin de fixer par écrit la musique et ses variantes. Ces textes restent aujourd'hui à la base des chants religieux utilisés en Ethiopie. Vers 525 : Interventions axoumites au Yémen. Selon une vieille tradition d'intervention en Arabie du Sud, le roi Kaleb (Ella Asbeha) entre à Sanaa sous prétexte de protéger les chrétiens persécutés, notamment à Najran, par les Himyarites convertis au judaïsme. Un général éthiopien, Abraha, se proclame souverain et poursuit la christianisation du Yémen en fondant une cathédrale à Sanaa et d'autres églises, à Mârib notamment, avant que des princes himyarites judaïsés n’appellent les Perses à leur secours, vers 570. 590 : Les Perses occupent Aden et l’essentiel des rives de la mer Rouge. Ruinant Adoulis, ils envahissent la Syrie et prennent Jérusalem en 614, avant de se tourner vers la vallée du Nil et de s’emparer d’Alexandrie en 618, remontant jusqu’en Nubie. Le royaume d’Axoum voit ses relations avec l’Arabie, la Méditerranée byzantine et le monde indien fortement perturbées. Il faudra attendre 628 pour que les empereurs byzantins contiennent la puissance perse. Mais les nomades pillards du désert de l'Est, les Blemmyes (les Medjai des sources pharaoniques et actuels Bedjas), vont demeurer aux VIIIe et IXe siècles les maîtres des routes septentrionales entre le Nil et Massaoua. Mordant sur le plateau érythréen, ces tribus privent le commerce axoumite de vastes plantations d’arbres à encens. A partir du VIIe siècle : Le royaume axoumite est définitivement isolé par les conquêtes de l’islam à l’est. L’établissement dès 615 sur le rivage de la mer Rouge (Iles Dahlak, Zeila) de réfugiés musulmans persécutés en Arabie, va faciliter l’expansion de la nouvelle religion. Celle-ci est d’abord pacifique, ses commerçants progressant depuis ces bases littorales vers l’intérieur des terres et y établissant des marchés, mais ils organisent bientôt des sultanats dont l’influence s’étend jusqu’à la partie orientale du plateau abyssin. VIIe-XIIIe siècle : « Siècles de troubles ». La prédominance des Perses sassanides en mer Rouge puis, surtout, la conquête arabe vont entamer définitivement la puissance économique et le prestige politique du royaume d’Axoum qui se replie sur les hautes terres, constituant ce qui restera dans les mémoires « l’empire chrétien du plateau abyssin », mais abandonnant dès lors ses positions côtières. Les rives de la mer Rouge sont entièrement islamisées au cours des VIIIe et IXe siècles. 715 : Les Arabes détruisent la flotte axoumite et le port d’Adoulis. 730-760 : Début d’une longue phase d’assèchement climatique. IXe siècle : Construction, par le roi Alse Gabre Maskal, de l’église Mekina Medahane Alem, dont la particularité est de ne pas être taillée dans la pierre, mais érigée dans une grotte de haute montagne. C’est à partir de cette époque que l’Histoire des patriarches d’Alexandrie fait état de relations régulières entre l’Eglise copte et l’Ethiopie, correspondant sans doute à une première prise de possession du pays par la hiérarchie copte d’Egypte. Ainsi, le patriarche Chenouté Ier (859-880) s’efforce-t-il de faire abolir par les Ethiopiens des pratiques païennes dont ils accompagnaient alors la consécration des églises, et impose, pour les ordinations, le rituel égyptien. Fin du Xe siècle : Destruction d’Axoum et de la plupart des églises et couvents par un mouvement populaire pagano-judaïsant, mené par la reine Judith (Esato). 1137 : Avènement de la dynastie des Zagoué, appartenant à la puissante ethnie des Agew (ou Agao). Ils ne prétendent pas avoir de liens de sang avec le roi Salomon, mais descendre de Moïse et de la fille du roi indigène de Koush, permettant une conciliation culturelle et géopolitique entre les peuples autochtones et ceux d’origine sémite, l’Eglise éthiopienne oscillant pour sa part entre les influences coptes et syriennes. La nouvelle dynastie se distingue des précédentes par son statut post mortem : tous les souverains Zagoué seront en effet reconnus comme saints par l’Eglise éthiopienne, et leur culte se développe environ deux siècles après leur mort. Originaires du Lasta, dans la province actuelle du Wallo, les Zagoué y placent le noyau politique d’une Abyssinie plus méridionale, Axoum ne conservant qu’un rôle cérémonial et religieux. 1144 : Première évocation du prêtre Jean, désigné comme « Roi des Indes » par les chroniques chrétiennes occidentales. Fin XIIe siècle : Règne du roi Gebra Maskal Lalibela. Converti au christianisme et canonisé par l’Eglise éthiopienne, il fait construire de nombreux couvents et églises, dont les célèbres douze églises monolithes taillées dans la pierre composant aujourd’hui la cité monastique de Lalibela (province de Wollo), anciennement Roha (Rosta). Permettant de remplacer le pèlerinage à Jérusalem, devenu impossible, la visite du site offre au pèlerin la possibilité d’admirer une représentation de la topographie de la ville sainte. Le souverain établit une donation pour l’une des églises principales, lui attribuant des terres dont les revenus servent à l’entretien du clergé et au fonctionnement de l’établissement. Reconnu comme saint par l’Eglise éthiopienne, Lalibela reste le plus célèbre des rois dévots d’Ethiopie. 1177 : Un légat du pape est envoyé négocier en Abyssinie. Une église éthiopienne sera construite à Rome : Saint-Etienne-des-Maures. XIIIe siècle : Les plaines méridionales de l’Afar, la vallée de l’Awash et une partie des régions montagneuses du Sud sont sous le contrôle de sultanats musulmans (Ifat, Dawaro, Bali, Fatajar, Hadya). La menace principale provient cependant du sultanat de Kabar (Ankober), enfoncé comme un coin dans la montagne actuelle du Choa. 1270 : Face à la menace musulmane et sur fond de lutte religieuse, le dernier Zagoué est renversé au profit du prince Yekouno Amlak, un seigneur amhara qui s’engage à confirmer les prérogatives de l’Eglise d’Egypte et se prétend descendant de Ménélik Ier, donc du roi d’Israël Salomon. La nouvelle dynastie qu’il instaure est ainsi qualifiée de « salomonienne », ou « salominide ».
 
1270-1285 : Le règne de Yekouno Amlak inaugure la restauration « salomonienne », ou « salominide ». Le centre de l’Etat éthiopien se déplace encore vers le sud, du Tigré septentrional axoumite vers le Choa, jusqu'alors une région périphérique et méridionale du royaume, d’où est originaire la nouvelle dynastie. Pendant plus de sept siècles, jusqu’en 1974, tous les dirigeants de l’Ethiopie, à l’exception d’un seul, seront des Amharas revendiquant ces origines salomoniennes. Leur langue, l’amharique, choisie pour être la lingua franca du pays, est aujourd’hui encore la langue sémitique la plus parlée au monde, après l’arabe. 1285 : A la fin de son règne, Yekouno Amlak est parvenu à maîtriser toutes les provinces anciennement dominées par les Zagoué, mais l'unité du royaume se trouvera régulièrement menacée. Pour cette raison, si le centre du pouvoir reste pour longtemps l'Amhara, les souverains n'y ont pas installé de capitale fixe : jusqu'au XVIIe siècle, la cour royale sera itinérante, permettant de contrôler un espace dont la topographie favorise le morcellement. Ainsi, pendant la saison sèche (octobre à mai), le roi et son entourage parcourent les régions méridionales de son royaume, percevant au passage l'impôt versé en nature pour nourrir la cour. Avec la saison des pluies (juin à septembre), les déplacements devenant plus difficiles, la cour se retire dans l'Amhara et les officiers dans leurs provinces. Un grand banquet marque la fin de l'hivernage et le retour à la cour des dignitaires qui, en signe d'allégeance au roi, versent une contribution pour le festin. XIIIe-XIVe siècle : Ecriture du Kebra Negast ou Livre de la gloire des Rois pour célébrer la dynastie salomonide et légitimer le pouvoir amhara. Véritable saga nationale éthiopienne, l’ouvrage fait explicitement remonter l’histoire du pays à la légendaire reine de Saba, dont l’union avec le roi Salomon permit la naissance d’un fils, Ménélik, qui importa en Ethiopie l’Arche d’Alliance et les traditions israélites. Fin du XIIIe siècle : Un moine du Tigré fonde un mouvement monastique prônant l'observance du sabbat le samedi, en plus du repos dominical. Sa doctrine remporte un franc succès dans sa province, en dépit de l'opposition du chef de l'Eglise éthiopienne et du roi, qui font exiler ce moine. La répression est cependant sans effets et, face aux menaces d'éclatement du royaume, les souverains Dawit (1379 ou 1380-1412) puis Zara Jacob (1434-1468) accepteront que les disciples du moine observent le sabbat, avant d’imposer cette observance à l'ensemble du royaume. Au-delà de tels arrangements, la religion chrétienne apparaît comme un vecteur indispensable d'unité au sein du royaume, ainsi qu’un outil d'intégration des régions qui seront conquises par les Salomoniens, leur évangélisation étant confiée jusqu’au XVe siècle aux actives communautés monastiques du pays. 1314-1344 : Règne d’Amda Syon qui lutte victorieusement contre les émirs musulmans occupant le Nord-Est et le Sud de l’Ethiopie chrétienne. Ses exploits sont célébrés par le premier texte profane en langue amharique. Les premières fondations monastiques du lac Tana se constituent, ouvrant ce que certains historiens nomment « la période du lac Tana » (1314-1632), qui assure la permanence de la culture et de la civilisation éthiopiennes. 1329 : En Occident s’impose l’idée que le prêtre Jean des prophéties pourrait être l’empereur d’Ethiopie. La Chrétienté s’est en effet longtemps consolée des invasions arabes en cultivant l’espoir que l’Islam serait, un jour, balayé par l’alliance de Byzance ou de Rome avec un empire établi au-delà des terres conquises par les musulmans. C’est à partir de la région de Cologne, dont la cathédrale se targue de posséder les reliques des Rois mages, que se répand la croyance en l’existence d’un « prêtre Jean », héritier de ces mages qui, d’Orient, serait en mesure de prendre les Infidèles à revers. Après avoir vainement cherché vers l’est, et cru qu’il pouvait être le prince mongol ayant défait les Seldjoukides en 1141, le monde latin s’oriente peu à peu en direction des anciens royaumes de Saba et de la Nubie. 1350-1450 : Premières missions dominicaines en Ethiopie. 1434-1468 : Le règne de Zara Jacob correspond à l’apogée de la puissance de l’empire salomonien médiéval, plus connu sous le nom d’Abyssinie en Occident. Le souverain éthiopien entretient une correspondance avec le pape Eugène IV et le roi Alphonse V d’Aragon, tandis que des moines du monastère éthiopien de Jérusalem participent au concile de Florence (1439-1443). Après avoir imposé sa domination sur les sultanats des périphéries orientales, le royaume est alors considéré comme l’Etat africain le plus puissant, exerçant son contrôle direct ou indirect de la vallée du Barka au nord jusqu’au bassin supérieur de l’Omo, au sud. La fondation de la capitale Debré Birhan, à proximité de l’escarpement dominant l’Awash, dans le Choa, confirme le rééquilibrage méridional du centre de gravité du pays. XVe-XVIe siècle : Edification de grands sanctuaires monastiques sur les rives boisées et sauvages du lac Tana. Dans la presqu’île de Zéghié se dresse notamment l’église du Pacte-de-Miséricorde (Uhra Kidane Mehret), un remarquable exemple d’architecture et de peinture religieuses d’Ethiopie. Et sur l’île de Dek est implanté le monastère Narga-Sélassié qui, fondé au XVIIIe siècle par la reine Mentewab, sera orné de brillantes peintures murales encore visibles de nos jours. 1435-1436 : Une terrible épidémie décime la population de l’Abyssinie.
 
1508 : Accession au trône de Lebna Denguel (« Encens de la Vierge »), qui s’établit dans la résidence d’Entotto, sur les hauteurs de la future Addis-Abeba. Son règne, jusqu’en 1540, va être marqué par l’irruption des Portugais et les invasions musulmanes, ouvrant ainsi l’ « ère des collisions et des brassages » (Berhanou Abebe) que constitue le XVIe siècle éthiopien. Dans l’immédiat, le souverain n’ayant que 11 ans, c’est l’impératrice Hélène (1478-1520) qui continue d’exercer la régence. Fille d’un prince musulman du Daouaro, devenue chrétienne par son mariage, elle sait entretenir des relations pacifiques avec les régions islamisées. C’est elle, surtout, qui s’efforce de nouer des relations diplomatiques avec l’Occident, parvenant à faire venir le Portugais Pero de Covilham, premier messager de cette nation dont les navires vont bientôt atteindre la mer Rouge. 1513-1517 : Le voyage d’Albuquerque permet l’envoi en Abyssinie de l’importante ambassade portugaise de Rodrigo de Lima (1520-1526), dont fait partie le père Alvarez, auteur de l'une des premières historiographies éthiopiennes à destination de l'Europe. 1527-1543 : Offensives musulmanes orchestrées par l’imam Ahmed ibn Ibrahim, surnommé « le Gragn » (le Gaucher). Ce Somali est originaire d’Adal, un sultanat musulman tributaire du royaume chrétien, mais inséré dans ses frontières, entre Lalibala et Harar, dans la vallée du Awas. Les troupes musulmanes se lancent à l’assaut des hauts plateaux dès 1531, tandis qu’Axoum tombe entre leurs mains en 1535. Les traditionnels affrontements aux frontières se transforment en une véritable conquête du royaume. Réalisée au nom du Jihad, elle fait des dizaines de milliers de victimes, de nombreuses églises étant par ailleurs incendiées, et des villes et villages entièrement rasés. Réfugié dans le Nord du royaume, abandonnant aux musulmans non seulement les régions conquises par sa dynastie mais aussi l'Amhara, l’empereur Lebna Denguel appelle à l’aide le roi du Portugal. 1541 : Les Portugais débarquent 400 hommes à Massaoua, sous le commandement de Christophe de Gama, fils du célèbre navigateur. Ce détachement est anéanti en 1542 par les forces musulmanes près du lac Ashangui, Gama étant lui-même capturé et décapité. 21 février 1543 : Les musulmans sont cette fois défaits par les Ethiopiens, à Wayna Dega dans les environs du lac Tana. Le Gragn est tué lors des affrontements, et son armée reflue vers Harar, desserrant provisoirement l’étau qui menaçait le royaume chrétien. 1557 : Une mission jésuite portugaise est accueillie en Ethiopie. Elle parviendra à obtenir l’adhésion au siège de Rome des souverains Za Denguel (1603-1604) puis surtout Susenyos (1607-1632). Mais, victime de ses excès de zèle missionnaire, la compagnie sera expulsée dès 1632 par le fils et successeur de ce dernier. 1567-1568 : La famine, ainsi qu’une épidémie de peste, éprouve durement la population éthiopienne alors que s’impose un long conflit face à une double menace : turque dans le Tigré et oromo au sud. La migration des Oromos ou Gallas, des pasteurs issus du Balé et du Sidamo (Sud de l'Ethiopie et Nord du Kenya), va s’échelonner tout au long des XVIe et XVIIe siècles. S'installant à la périphérie méridionale du royaume puis dans les zones laissées vides par les combats entre chrétiens et musulmans, au Godjam et au Choa, ils modifieront en profondeur la composition ethnique de ces régions pour les siècles qui suivent, entretenant par ailleurs des velléités d’indépendance. 1563-1597 : Règne de Sarsa Denguel, qui permet un rétablissement de l’autorité impériale sur un territoire comprenant à cette date l’essentiel de l’Erythrée, le Tigré, et une grande partie du Godjam, du Choa et du Wolo. Le royaume voit le centre d'exercice de son pouvoir déplacé vers le nord-ouest : ce ne sont plus les régions Amhara et Choa qui en constituent le cœur, mais celle du lac Tana, où le roi Minas, père de Sarsa Denguel, avait décidé de s'établir. Cette configuration géopolitique se confirmera au XVIIe siècle avec la création à Gondar, quelque soixante kilomètres plus au nord du lac Tana. Pour l’heure, les forces turques sont chassées et les velléités expansionnistes des Oromos contenues. Le souverain entreprend également de réprimer les Juifs Falashas qui avaient servi de guides aux envahisseurs musulmans dans le Tigré lors du Jihad de l’imam Gragn. Le souverain abyssin attaque leur forteresse naturelle, le massif du Semien, où les Juifs se défendent avec vigueur à Mashaka. La répression sera poursuivie par son successeur Susenyos, sans réussir à éradiquer cette communauté qui se maintiendra dans la région jusqu’en 1984. 1603-1604 : Règne de Za Denguel qui, penchant vers le catholicisme, est pourchassé et tué au combat. L’acte d’union entre l’Eglise copte et l’Eglise latine (janvier 1595-mars 1610) ne suffit pas à contenir la sourde hostilité qui se développe entre les deux clergés qui s’opposent tout particulièrement sur la nature du Christ. 1604 : Arrivée du père Pedro Paez à Fremona. Ayant dû, pour atteindre l’Ethiopie, rester sept ans captif au Yémen puis se faire passer pour Arménien, ce jésuite opiniâtre va se révéler un efficace missionnaire catholique. Il use notamment du guèze comme un lettré éthiopien et se fait le confesseur des souverains du pays jusqu’à sa mort, en 1622. 1626 : En déclarant sa pleine soumission au pape, le roi Susenyos, au pouvoir depuis 1607, déclenche une révolte de l’Eglise orthodoxe, appuyée par des manifestations populaires anti-catholiques. Les troubles débouchent sur une véritable guerre civile (la bataille de Wayna Dega fait 8 000 morts parmi les révoltés). Afin de sauvegarder la cohésion du royaume, le souverain est contraint de proclamer le retour à la foi ancienne et d’abdiquer en faveur de son fils, le 14 juin 1632. Le christianisme éthiopien s’identifie de nouveau, et cette fois définitivement, au christianisme orthodoxe de tendance monophysite.
 
1632 : Le roi Fasilades succède à son père Susenyos et fonde, en 1635, une nouvelle capitale à Gondar, au nord du pays. Réservoir du Nil bleu, cette région, évangélisée au cours du XIVe siècle et restée jusque-là aux marges du royaume, devient le nouveau centre de l’Ethiopie pour deux siècles. Cette période « de Gondar », ou « gondarienne », est marquée par un renouveau économique et culturel, se caractérisant par la construction d’églises et de châteaux, ainsi que par un style artistique spécifique et un commerce florissant. La capitale, enserrée dans son enceinte aux douze portes, va atteindre 100 000 habitants et devenir un centre urbain important, notamment en raison de l’activité des commerçants musulmans installés dans la ville basse. Parmi les nombreux monuments qui y sont édifiés se donnent aujourd’hui encore à voir le palais de Qusquam, les bains de Fasilidas ou encore l’église Debra Berhan Sélassié, fondée par le roi Iyasu le Grand. Mais la fixation de la capitale, de surcroît dans un lieu excentré, imposée par la pression continue des Oromos depuis le Sud et l’Est, favorise la montée des pouvoirs féodaux, qui vont progressivement s’émanciper du contrôle impérial. 29 mars 1633 : Les missionnaires latins sont expulsés vers le Tigré, d’où ils gagneront Massaoua avant d’être vendus par le pacha turc à la papauté. Les catholiques éthiopiens qui refusent de rejoindre l’Eglise nationale sont, quant à eux, regroupés à Gondar. Pour l’essentiel descendants de Portugais, ils seront expulsés vers le Soudan en 1688. Pour un siècle et demi, les Occidentaux seront persona non grata en Ethiopie, même si des Européens réussissent parfois à franchir les barrages et accéder à une place de confiance auprès du souverain, comme le médecin français Poncet qui soigne Iyasu Ier au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècle. Même si des contacts perdurent entre les deux cultures, en Terre sainte, au couvent éthiopien de Jérusalem et en Occident par le biais du couvent éthiopien Santo Stefano dei Mauri, installé dans les murs du Vatican, la rupture consommée avec l’Eglise romaine va contribuer à détourner l’Ethiopie de l’Europe pour l’orienter de manière privilégiée vers l’Orient. XVIIe siècle : Les relations avec le monde oriental prennent une ampleur nouvelle. Par l'intermédiaire de marchands levantins, l'Arménien Khodja Murad puis son fils, les rois de Gondar font conduire des ambassades au Yémen, à Istanbul, à la cour du Grand Moghol, à Delhi et jusqu'à Batavia, capitale des Indes néerlandaises. En dépit du contrôle des ports de la mer Rouge par les Ottomans, un modus vivendi est établi, permettant un renouveau du trafic commercial : l'or, la cire, l'ivoire, les peaux, le beurre, le miel, les céréales, le musc de civette et les esclaves sont négociés en provenance de l'intérieur des terres, tandis que les Ethiopiens achètent des produits venant d'Inde et de Chine (soieries, tissus, porcelaines et épices). 1682-1706 : Règne de Iyasou (« Jésus ») Ier. Il allège les impôts, révise le code canonique du Fetha Nagast et assure l’expansion du commerce, tant par les caravanes de la vallée du Nil que par les routes maritimes qui, de la mer Rouge, gagnent l’Egypte ou l’Orient lointain. Outre son fastueux palais édifié près du château de Fasilidas, il fonde l’abbaye Dabra Berhan Sélassié (« Lumière de la Trinité ») dont le riche décor peint est demeuré intact. Les miniatures des manuscrits atteignent une splendeur exceptionnelle, attestant le maintien de contacts avec l’Europe. D’ailleurs suspecté de vouloir renouer avec l’Occident et réfugié dans le luxe de ses palais, l’empereur est contraint à l’abdication par son propre fils et se retire dans un ermitage du lac Tana, où il sera finalement assassiné. Son règne est connu en France par l’ambassade de Poncet (1698) qui rapporte une description très précise du faste de la cité impériale. 1706 : L'assassinat du roi Iyasu Ier, à l'instigation d'une de ses concubines qui veut installer son fils sur le trône, impose à la royauté gondarienne sa première crise importante. Deux de ses successeurs, Takla Haymanot et Yostos, meurent aussi dans des conditions obscures. Le système monarchique se lézarde mais continuera à fonctionner jusque dans la décennie 1760. Quatre factions s'affrontent à la cour : les septentrionaux du Tigré et du Kouara, les vieilles familles nobles de l'Amhara et les Oromos. Si la puissance de ces derniers ne cesse de se développer aux frontières, au point de prendre une place grandissante dans l'armée et devenir incontournables à la cour à partir du règne de Iyoas (1755-1769), c’est le prince de la région du Tigré, à la fois militairement, politiquement et économiquement le plus puissant, qui va exercer progressivement la réalité du pouvoir. 1721-1730 : Règne de Bakaffa (l’ « Inexorable » ou l’ « Impitoyable »), qui fait construire les derniers palais de Gondar. Bien qu’ayant proclamé une ère de paix, il est contraint à de nombreuses expéditions militaires, lesquelles ne peuvent enrayer la progression des Oromos (qui envahissent progressivement l’Est du Choa, isolent le Sidamo et détruisent les Etats chrétiens de l’Enarya), ni empêcher la sécession du Choa. Son épouse, l’impératrice Menteouab (« Que tu es belle ! »), qui assurera la régence longtemps après sa mort, incarne le raffinement atteint par l’art de vivre princier à l’époque de Gondar. Elle est mentionnée notamment par l’aventurier écossais James Bruce, auteur d’un Voyage aux sources du Nil pendant les années 1768-1773, qui séjourne dans la capitale. 1780-1855 : L’ère des princes (le Zaman Mesafent) voit la réalité du pouvoir transférée aux seigneurs locaux, le roi ne conservant qu’un pouvoir honorifique. Egalement affaiblie, l’Eglise éthiopienne perd des fidèles au profit de l’islam. Au sud du pays, une série de monarchies oromo émerge aux côtés des anciens royaumes de Kafa et Walayta. Au début du XIXe siècle, quatre royaumes principaux se disputent ainsi la prééminence : le Royaume tigréen, noyau ancien autour du centre prestigieux d’Axoum, et trois royaumes plus récents de langue amharique – Godjam, Choa et Beguemdir autour de Gondar. C’est la fusion de ces différentes entités qui va finalement donner naissance à l’Ethiopie moderne dans le dernier quart du XIXe siècle. 1813-1847 : Règne de Sahlé Sélassié, souverain du Choa. Il dispute en vain le contrôle de la marche de Wallo au royaume concurrent du Tigré. 1820 : Le pacha d’Egypte Méhémet Ali (1805-1848) entame la conquête du Soudan. Le royaume des Fundj et sa capitale Sennar sont occupés, mais, plus à l’ouest, le Darfour demeure insoumis. Lançant des expéditions à la découverte des sources du Nil, les Egyptiens menacent Gondar en 1838. Milieu du XIXe siècle : Première tentative de réunification des royaumes abyssins. Kasas, chef local du Kouara, triomphe successivement du ras (seigneur) du Godjam, d’Ali, souverain de Gondar, et du ras du Tigré. Il se fait couronner empereur sous le nom de Théodore, une ancienne prophétie annonçant qu’un souverain éponyme détruirait l’Islam et reconquerrait Jérusalem. Il s’empare d’Ankober, la capitale du royaume du Choa, et transfère sa propre capitale à Mekdéla, dans le Wallo central.
 
1855-1868 : Le règne de Théodoros II, dit « le Réformateur », ouvre une nouvelle séquence qui va permettre le rétablissement progressif de l’Etat chrétien éthiopien. Mais les réformes engagées par ce premier souverain, qui accable les paysans et confisque les terres de l’Eglise, soulèvent l’opposition du peuple, du clergé et de l’aristocratie gondarienne. Le royaume est en proie à des insurrections de plus en plus violentes. En 1866, Théodoros demande l’appui de la reine Victoria pour moderniser le pays et l’aider à combattre les musulmans de la région de Harar. Son appel étant ignoré, il prend en otage des missionnaires et diplomates britanniques, provoquant l’envoi d’un corps expéditionnaire de l’armée des Indes sous les ordres de lord Napier. Les Ethiopiens sont battus le 10 avril 1868 à Arogué et Théodoros se donne la mort peu avant la chute de sa forteresse de Maqdala. Celle-ci intervient dès le 13 avril : elle est pillée et incendiée – avec l’importante bibliothèque impériale – par les Britanniques. 1860 : Révoltes des indigènes Shilluk des provinces méridionales du Soudan, qui se renouvelleront en 1868 puis en 1874 et 1875. La conquête du Bahr el-Ghazal et de l’Equatoria par les Egyptiens permet un développement considérable du commerce des esclaves noirs. 1872 : Le ras du Tigré se proclame empereur sous le nom de Johannes IV et s’emploie à faire reconnaître son autorité sur ses voisins du Godjam, du Wolo, de la ville de Gondar et du Choa, dont l’ambitieux souverain amhara sera le futur empereur Ménélik II. 19 mai 1875 : Création de la Société khédiviale de géographie. Sous couvert d’exploration et de recherche scientifique, elle sera un instrument de l’expansionnisme égyptien vers l’Afrique noire. 1877 : Le Britannique Gordon est nommé gouverneur général du Soudan. En 1878, c’est un Allemand, Edouard Schnitzer (Emin Pacha), qui sera nommé gouverneur de la province égyptienne de l’Equatoria, preuve d’une intrusion croissante des Européens dans la région. Dès 1869, c’est une délégation italienne qui administre le port d’Assab, au sud de Massawa. 1880 : Rimbaud s’installe à Harar. 1881 : Mohammed Ahmed ibn Abdallah, qui se présente comme le Mahdi, « l’Envoyé de Dieu », soulève le Soudan. Il écrase une armée anglo-égyptienne commandée par le général Hicks le 4 novembre 1883 à la bataille de Shaykan, avant de s’emparer de Khartoum le 26 janvier 1885, dont la chute est marquée par la mort du gouverneur britannique Gordon Pacha. Le Mahdi, qui a pris le titre de calife, meurt à son tour en juin, mais son successeur poursuit la guerre contre l’Egypte puis contre l’Ethiopie, qu’il échouera à conquérir entre 1891 et 1894. Cet échec le contraint à signer un traité de bon voisinage avec le souverain éthiopien. Il faudra cependant attendre la compagne victorieuse du général britannique Kitchener (1896-1899) pour voir définitivement écartée la menace des Mahdistes. 1886 : Fondation d’Addis-Abeba (« nouvelle fleur » en amharique), sous l’impulsion de l’épouse du futur empereur Ménélik II, l’impératrice Taitu. Le souverain ne s’y installera qu’en 1892 en y implantant le camp impérial (le Guebi), sur l’une des plus hautes collines de la ville, non loin de l’église Saint-Georges. Cette installation fera durablement du Sud le centre de gravité du pays. Carrefour des routes nationales, la capitale de l’Ethiopie compte aujourd’hui quelque 4 millions d’habitants. 6-7 janvier 1887 : Bataille de Chelenqo. En écrasant les troupes de l’émir Abdallah II d’Harar, le prince du Choa Ménélik s’ouvre les portes de la grande ville de l’Est. Il y construit l’église orthodoxe Medhane Alem (Saint-Sauveur) sur l’emplacement de la grande mosquée. Harar, inscrite au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, abrite cependant aujourd’hui encore 99 mosquées et 300 sanctuaires consacrés à des saints musulmans. 1888-1892 : Une grande famine fait disparaître les deux tiers de la population éthiopienne. Si la catastrophe de 1984-1985 attirera l’attention du monde entier sur la région, il s’agit d’un mal endémique : plus de quarante famines sont ainsi répertoriées depuis le IXe siècle dans la Corne de l’Afrique. Dès le Xe siècle, l’empereur chrétien de l’Ethiopie pouvait écrire au patriarche d’Alexandrie : « Un grand malheur s’est abattu sur notre pays, tous les hommes meurent, les bêtes sont déjà mortes et Dieu empêche la pluie de tomber… » 9 mars 1889 : La bataille de Météma, où Johannes IV est mortellement blessé, brise les dernières tentatives de pénétration des Mahdistes en Ethiopie et permet, en novembre, à Ménélik d’accéder au trône éthiopien. 1889-1913 : Le règne de Ménélik II marque un véritable tournant dans l’histoire du pays. Il rétablit la dynastie des Salomonides, fixe sa capitale à Addis-Abeba et réunifie le royaume éthiopien par une politique de conquête sans précédent. Surtout, il permet à l’Ethiopie d’échapper à la colonisation, tout en la dotant des éléments de base d’un Etat moderne : télécommunications, banque (Bank of Abyssinia), écoles, hôpitaux – ainsi que du premier hôtel. La capitale voit la construction de maisons en pierre, de routes (parfois pavées) et de ponts, tandis que l’eau courante et l’électricité sont introduites au palais impérial. 1889 : Traité de Wichalé. Les Italiens, installés à Assab dès 1882, puis à Massawa en 1885, imposent à l’Ethiopie une forme déguisée de protectorat et la reconnaissance de leur colonisation de l’Erythrée. Ils occuperont bientôt le Bénadir (1890-1893). La région est l’objet d’une vive compétition coloniale : les Anglais occupent Aden depuis 1839, tandis que les Français, installés à Obock depuis 1862, créent Djibouti en 1888 et en font, en 1892, la capitale de la côte française des Somalis. 1895 : Les troupes italiennes occupent la ville d’Adigrat et commencent à s’aventurer dans le Tigré, au-delà de la rivière Mareb qui sépare, en vertu du traité de Wichalé signé par les deux pays en 1889, l’Ethiopie des possessions italiennes. Rome exige désormais que l’Ethiopie cède le Tigré à l’Erythrée, que Harar devienne un protectorat italien et que le gouvernement d’Addis-Abeba soit régi par un délégué italien. En septembre, l’empereur Ménélik II réagit en levant une armée de quelque 120 000 hommes. 1er mars 1896 : La bataille d’Adoua, engagée par une attaque surprise des positions éthiopiennes par les forces du général Oreste Baratieri, s’achève à midi par la défaite cuisante de l’Italie. Les 11 000 Italiens et 7 000 supplétifs érythréens sont isolés et finalement submergés par les 100 000 fantassins et 8 600 cavaliers éthiopiens, équipés de fusils modernes et dotés d’une quarantaine de canons. Le général Baratieri doit battre en retraite, perdant plus de 6 000 hommes, tandis que près de 2 000 soldats italiens et autant d’Erythréens sont faits prisonniers. L’événement, retentissant, ne permet pas seulement à l’Ethiopie d’échapper à la colonisation : il scelle l’unité du pays, Ménélik parvenant à réunir, aux côtés de sa propre armée amhara, les principaux rois ou ras éthiopiens, certes tous chrétiens mais jouissant d’une grande autonomie. Ont en effet répondu à l’appel son cousin Ras Makonnen, Ras Mikael, du Wollo, et sa cavalerie oromo, Ras Baltcha, un métis gouragué-oromo commandant l’artillerie à Adoua, Ras Menguesha, fils naturel de Johannes IV, et Ras Aloula, tous deux du Tigré, ainsi que les ras érythréens, Hagos Tafari et Sebhat, déserteurs de l’armée de Baratieri. Adoua marque ainsi la fondation du mythe de l’unité éthiopienne, qui restera le fondement idéologique des régimes successifs pour près d’un siècle, jusqu’en 1991. 26 octobre 1896 : Un accord entre l’Italie et l’Ethiopie révoque le traité de Wichalé, fixe la frontière érythréenne et reconnaît « l’indépendance absolue et sans réserve » de l’Ethiopie. Ménélik consolide sa victoire sur l’Italie en obtenant par ailleurs des concessions de la France, de l’Angleterre et du Soudan. L’Ethiopie s’assure notamment des débouchés maritimes par la cession d’une partie de la côte des Somalis occupée par les Français, d’une bonne partie du Somaliland en mains anglaises, ainsi que de l’utilisation hors taxes des ports français et britanniques de la région. 1896-1906 : Ménélik II repousse les confins de son empire vers les régions arides et tropicales de la périphérie méridionale, notamment avec la conquête du royaume du Kaffa, riche en or. Il fixe ainsi les frontières de l’Ethiopie moderne, mais s’attire une réputation de colonisateur encore vivace aujourd’hui parmi les peuples du Sud de l’Ethiopie. 17 août 1898 : Le capitaine Marchand, qui a atteint l’ancien fort égyptien de Fachoda, dans le Bah-el-Gazal, sur le Nil, le 12 juillet précédent, après un an et demi de traversée du continent africain depuis l’Atlantique, apprend que l’autre expédition, partie d’Abyssinie et devant faire jonction avec sa colonne, ne l’a pas attendu et a fait demi-tour, faute de nouvelles. Ce rendez-vous manqué va sceller l’avenir de la mission. Arrivés le 19 septembre à Fachoda, les Britanniques affichent leurs intentions : « Nous éviterons à tout prix un conflit avec les Abyssins. Quant à la mission Marchand, nos troupes sont en mesure de l’exterminer et elles n’y manqueront pas. » Le 3 novembre, le ministre des Affaires étrangères Delcassé adresse un télégramme enjoignant à Marchand, promu commandant le 9 octobre précédent, d’évacuer Fachoda. La France doit se résoudre à une retraite sans conditions. Le 11 décembre, la flottille française remonte le Nil en direction de Sobat, en Ethiopie, où elle accoste le 13. Le 11 mars 1899, la mission fait une entrée triomphale à Addis-Abeba, avant de s’embarquer pour la France le 16 mai, où elle sera accueillie par plus de 10 000 Parisiens. L’humiliante retraite se transforme en épopée, portant l’anglophobie française à son paroxysme, avant de se conclure par l’Entente cordiale, conclue le 8 avril 1904. Dans l’immédiat, la Grande-Bretagne a définitivement bloqué toute jonction possible entre les possessions françaises de l’Ouest africain et de la Corne de l’Afrique, contribuant à préserver l’Ethiopie de l’influence directe des deux principales puissances coloniales. Décembre 1913 : Mort de Ménélik II. 11 février 1917 : Tafari Makonnen, descendant du roi du Choa, né à Egersa Jarso (Harar) le 23 juillet 1892, est choisi comme héritier du trône après une grave crise de succession. Dans les faits, il doit partager son pouvoir avec l’impératrice Zaouditou, fille de Ménélik II, jusqu’en 1930. Couronnée Negiste Negest, elle est la première femme chef d’Etat d’un pays africain indépendant moderne. 1917 : Achèvement du dernier tronçon de la ligne de chemin de fer reliant le port de Djibouti à Addis-Abeba. 28 décembre 1923 : Soutenue par Paris qui entend protéger les intérêts économiques de la côte française des Somalis et de son port, Djibouti, l’Ethiopie est le premier Etat africain à intégrer la Société des Nations (SDN). 1926 : Mort de l'évêque métropolite de l'Eglise éthiopienne, Mattéwos. Le régent de l'Ethiopie, le ras Tafari, demande au patriarcat d'envoyer des évêques égyptiens en Ethiopie y sacrer des évêques éthiopiens. Après de longues négociations, un accord est trouvé en 1929 entre les deux parties : Qérellos, un évêque métropolite égyptien, est nommé par le patriarcat copte, confirmant ainsi la plénitude de l'autorité de l'Eglise copte sur l'Eglise éthiopienne, mais avec pour mission de sacrer cinq évêques éthiopiens, conformément au souhait des autorités du pays, qui obtiendront qu’en 1948, à la mort de Qérellos, le nouveau métropolite soit un évêque éthiopien. L’accord de 1948 entre l'Eglise copte d’Egypte et la royauté éthiopienne aboutira à l’indépendance complète de l’Eglise d’Ethiopie en 1959. 1928 : La révolte des Oromos d’Yajju Galla révèle que les conquêtes assurées au siècle précédent par Ménélik ne sont pas encore totalement digérées. La situation intérieure reste instable : le récit de Leiris atteste la persistance des désordres en 1932 (révolte religieuse au Godjam, actions des bandits de grand chemin – les Chiftas – à la frontière soudanaise, etc.). 2 novembre 1930 : Le souverain d'Ethiopie, Tafari Makonnen, est couronné « Négus » (negousa nagast ou « roi des rois », c’est-à-dire empereur) à Addis-Abeba en présence de nombreux représentants de puissances étrangères et dans un faste très étudié. Il prend le nom d'Hailé Sélassié (« Force de la Trinité »). Son règne, le plus long de l’Ethiopie moderne (trente-huit ans), va marquer à la fois l’apogée et la chute de la monarchie salomonienne. 1930 : L’ancienne Bank of Abyssinia est rachetée par le gouvernement et remplacée par la Bank of Ethiopia qui émet des billets libellés en amharique et en français dès mai 1932. Outre le système bancaire, le nouveau souverain va s’attacher à doter l’Ethiopie d’autres traits distinctifs de la modernité : éducation pour tous, création d’une armée moderne et de rudiments d’infrastructures aéroportuaires. 16 juillet 1931 : Première Constitution écrite du royaume. Pour constituer une nouveauté spectaculaire, elle rappelle que le roi des rois règne en vertu du droit divin et stipule qu’il est la seule source du pouvoir. De même que la création du parlement qui en découle est davantage conçue pour limiter l’autonomie des chefs de province que dans un réel souci démocratique. Mais si le roi reste le défenseur de l’Eglise d’Ethiopie, la liberté religieuse est reconnue. Et d’autres profondes réformes sont entreprises, comme l’abolition juridique de l’esclavage et la refonte de l’ensemble du système judiciaire, prévoyant la création de tribunaux et la suppression de la coutume qui confiait à la famille d’une victime l’exécution publique du meurtrier. Novembre 1934 : Incident de Walwal. La construction d’un poste militaire italien contrevenant au traité de 1928 fixant les frontières entre les deux pays conduit à un bref mais violent accrochage armé (150 morts éthiopiens et 50 italiens). 3 octobre 1935 : Mussolini lance 400 000 hommes à l’assaut de l’Ethiopie, depuis les colonies italiennes de Somalie et d'Erythrée. Au début, les opérations piétinent, en raison principalement des hésitations du général Emilio De Bono, remplacé au mois de novembre par le maréchal Pietro Badoglio. Les Italiens occupent dès le 5 octobre Adoua, puis Axoum et Maqalié, à proximité de la frontière avec l’Erythrée. Les succès éthiopiens lors des deux batailles du Tembien ne peuvent empêcher le débordement et la rupture du front (février 1936). L’ultime résistance des Ethiopiens sur les avant-postes italiens échoue au lac Ashangi (avril). 5 mai 1936 : Les troupes italiennes pénètrent à Addis-Abeba, puis à Harar le 8. L’armée éthiopienne capitule et le Négus se réfugie dans la zone française du golfe d'Aden, à Djibouti, avant de s’exiler en Angleterre. Le 9 mai, le roi d'Italie Victor-Emmanuel III devient empereur d'Ethiopie, le maréchal Badoglio étant nommé vice-roi. Dans les faits, l'Ethiopie va être rattachée à l'Erythrée et à la Somalie pour former l'Afrique orientale italienne. Hailé Sélassié ne retrouvera son trône qu’en mai 1941, avec l'appui des Britanniques. 27 juin 1936 : A la tribune de la Société des Nations (SDN), à Genève, Hailé Sélassié dénonce l'invasion de son pays. La SDN avait déjà condamné l’Italie pour ses agissements en appliquant des sanctions économiques, largement soutenues par la France et le Royaume-Uni. En décembre 1937, l'Italie se retirera de la SDN. 19-21 février 1937 : « Massacre de Graziani ». Plus de 10 000 civils sont exécutés par les troupes italiennes, à Addis-Abeba, suite à un attentat contre le maréchal Graziani dans l’ancienne résidence du Négus (actuel Ras Makonnen Hall de l’université de la capitale éthiopienne). 1937 : L’obélisque d’Axoum est transféré à Rome. Le monument, un bloc de basalte de près de 200 tonnes et 25 mètres de hauteur, a été sculpté par des artistes abyssins du IVe siècle, sous le règne du roi Ezana, « le Constantin de l’Ethiopie ». Il ne sera restitué à Addis-Abeba qu’en juin 2005, après une longue et intense campagne médiatique, politique et diplomatique visant à faire céder l’Italie, peu désireuse de créer un précédent en matière de biens culturels. 13 juin 1940 : Début de la campagne de libération de l'Afrique de l'Est par les Alliés. Hailé Sélassié se rend au Soudan et prend la tête des forces irrégulières éthiopiennes qui participent, aux côtés de la Force Gideon du major Wingate, au harcèlement des troupes italiennes. Isolées du théâtre européen, celles-ci se replient rapidement dans leurs forteresses avant de se rendre sans conditions. 5 mai 1941 : 5 ans jour pour jour après l’entrée des troupes italiennes de Badoglio à Addis-Abeba, la victoire des troupes britanniques en Ethiopie permet à Hailé Sélassié de retrouver son trône. La capitulation italienne est acquise le 19 mai. Dès 1942, un accord anglo-éthiopien proclame la souveraineté du pays, confirmée par le traité du 19 décembre 1944, tandis que l’Erythrée reste possession britannique jusqu’en 1952. Dans les faits, Londres a conquis, au sortir de la seconde guerre mondiale et pour une décennie, une position privilégiée à l’égard de l’Ethiopie, jusqu’à ce qu’Addis-Abeba fasse le choix de l’alliance avec Washington après l’accession de Nasser au pouvoir en Egypte et, surtout, l’échec de l’expédition de Suez (1956). Hailé Sélassié restera en toute hypothèse un allié des puissances occidentales au cours de la guerre froide. 21 décembre 1945 : Création de la compagnie Ethiopian Airlines. 1950 : Fondation, à Addis-Abeba, de la première université du pays. Inspirés par l’idéologie marxiste, les étudiants vont commencer à réclamer des changements sociaux et une participation de la population à la vie politique du pays. Ils contribueront activement à la chute du régime moins de 25 ans plus tard. 1951 : Au Caire, le patriarche Ysab II intronise le premier Ethiopien, l'Abuna Baseloys, au rang de métropolite d'Ethiopie, dont l’Eglise dispose ainsi pour la première fois de son histoire d’une hiérarchie complète. 11 septembre 1952 : L'Erythrée est officiellement fédérée à l'Ethiopie. Son alliance avec les Etats-Unis permet au royaume d’accéder ainsi à la mer pour la première fois depuis l’Antiquité. 18-24 avril 1955 : Conférence de Bandung, à laquelle participe Hailé Sélassié, qui se présente comme un aîné du mouvement de décolonisation qui touche l’Afrique, se prévalant en particulier de sa résistance en 1936 contre les Italiens. 2 novembre 1958 : Fondation du Mouvement de libération de l'Erythrée (MLE), suivie le 1er septembre 1961 par celle du Front de libération érythréen (FLE). Une résistance armée qui n’empêchera pas l’assemblée érythréenne d’être contrainte de voter l’annexion de la province à l’Ethiopie, le 14 novembre 1962, mais qui va constituer une menace croissante pour Addis-Abeba. Les velléités centrifuges s’étendent bientôt en Ogaden, une province du Sud-Est de l'Ethiopie peuplée en majorité de Somalis, où les rebelles exigent leur rattachement à la Somalie. 1959 : Le patriarcat d’Alexandrie accorde le droit à l’Ethiopie d’élire son propre patriarche et, ainsi, d’accéder à l’autocéphalie, autrement dit à l’indépendance religieuse. Malgré le développement d’un christianisme original, dû à son éloignement des autres pays chrétiens du Proche-Orient et à son isolement consécutif à la poussée musulmane, l’Ethiopie n’était jusqu’alors qu’un simple diocèse rattaché au patriarche copte d’Alexandrie. Celui-ci nommait le seul évêque d’Ethiopie : un Egyptien envoyé dans le pays pour assurer un rôle de transmetteur du sacré, et notamment ordonner les prêtres éthiopiens et sacrer le Négus. Pour être d’essence religieuse, cette décision s’inscrit dans le contexte d’affirmation croissante de l’Ethiopie, notamment vis-à-vis de la puissante Egypte. 10 septembre 1960 : En remportant l'épreuve du marathon aux jeux Olympiques de Rome, l’Ethiopien Abebe Bikila devient le premier athlète africain noir à remporter une médaille d'or. Il inaugure ainsi les succès à venir des coureurs issus de la Corne de l’Afrique dans les compétitions internationales. 14-17 décembre 1960 : Tentative de coup d'Etat à Addis-Abeba à l’occasion du voyage officiel d'Hailé Sélassié au Brésil. 25 mai 1963 : Trente chefs d'Etats africains, réunis à l'invitation de l'empereur d'Ethiopie, adoptent la charte constitutive de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), dont le siège est fixé à Addis-Abeba. Elle deviendra l’Union africaine en 1999 (54 Etats membres aujourd’hui), avec toujours son siège dans la capitale éthiopienne. D’inspiration unitaire, elle affirme cependant l'égalité souveraine de tous les Etats membres, le principe de la non-ingérence et le respect de l'intégrité territoriale, sur la base des frontières politiques issues de la période coloniale. Cette dernière décision sert tout particulièrement la politique intérieure de l’Ethiopie, en butte aux aspirations séparatistes somaliennes et érythréennes. 1963-1970 : Brutale répression des mouvements de rébellion des paysans oromo par les forces gouvernementales. 1964 : Conflit armé entre Addis-Abeba et Mogadiscio pour le contrôle de l’Ogaden. 11 mars 1969 : Un attentat à Francfort (Allemagne) contre un Boeing de la compagnie Ethiopian Airlines est revendiqué par le Front de libération érythréen (FLE). 26 décembre 1970 : Face à la dégradation de la situation sur le terrain, où sévit une rébellion particulièrement active depuis le mois de mars 1964, l’état d’urgence est décrété en Erythrée et le gouverneur civil remplacé par un général de l’armée éthiopienne. Février 1972 : Fondation officielle du Front populaire de libération de l'Erythrée (FPLE) par des dissidents marxistes du FLE qu’ils vont bientôt supplanter. 1973-1974 : Une sécheresse prolongée provoque une grande famine dans la province du Wollo (100 000 morts). La télévision britannique diffuse des images de la tragédie, entrecoupées de séquences où l’empereur donne de la viande à ses lions. Début des troubles dans l’ensemble du pays : grève des étudiants et des professeurs le 18 février 1974, grève générale du 7 au 11 mars, etc. 25 février 1974 : Coup d’Etat militaire. Dans la nuit, un groupe de soldats arrête les officiers du Négus qui se verra progressivement privé de toutes ses prérogatives. Juin 1974 : Création du Derg (« comité » ou « conseil » en amharique), par quelque 120 officiers mutins. La présidence en est assurée par Mengistu Hailé Maryam. Ce comité militaire d’administration provisoire va profiter des troubles sociaux et de l’épuisement du régime en place pour s’imposer rapidement. Dès le mois de juillet, il obtient de l’empereur la possibilité de faire emprisonner et éliminer, non seulement des militaires, mais également des membres du gouvernement, puis de contrecarrer le projet de monarchie constitutionnelle élaboré par les derniers soutiens du souverain pour tenter de sauver le régime. 12 septembre 1974 : A 82 ans, Hailé Sélassié, empereur d'Ethiopie depuis 1916 (à l’exception de la parenthèse italienne de 1936-1941), est déposé par les militaires du Derg, qui instaurent la loi martiale. Le dernier « roi des rois » mourra en détention, probablement étouffé, moins d’un an plus tard (27 août 1975). Dans l’immédiat, le lieutenant général Aman Andom est nommé chef de l'Etat, le Parlement est dissout et la Constitution suspendue au profit du Derg, qui proclamera dès le 20 décembre « l’instauration du socialisme en Ethiopie ». 23 novembre 1974 : Le Derg fait assassiner soixante hauts responsables civils et militaires, dont le lieutenant général Aman Andom, remplacé par le général Tafari Benti. 30 novembre 1974 : Découverte du squelette de l’Australopithèque « Lucy » par les chercheurs Donald Johanson, Maurice Taieb et Yves Coppens. 1er janvier 1975 : Nationalisation des banques et des compagnies d'assurances, suivie par celle de soixante-douze sociétés industrielles et commerciales le 3 février, puis des terres rurales le 4 mars. Avec l’instauration de fermes collectives, la production alimentaire va rapidement fléchir, tandis que 60 000 étudiants sont envoyés dans les campagnes expliquer la révolution aux paysans. 21 mars 1975 : La monarchie est abolie et le marxisme-léninisme décrété idéologie officielle de l’Etat. 1975 : Création, par des Tigréens opposés au nouveau régime, du Front de libération du Tigré (FLT), qui sera ensuite supplanté par le FPLT. Les tendances centrifuges, propres au processus de construction de l’Etat éthiopien, s’exacerbent avec la disparition de l’institution royale. 3 février 1977 : Assassinat du général Tafari Benti. Le colonel Mengistu Hailé Maryam, l’un des organisateurs du putsch de 1974, est proclamé le 11 février chef de l’Etat et leader de la révolution, à l’issue d’une violente campagne de purges internes et d’exécutions d’opposants. Issu des « basses terres » du Sud de l’Ethiopie, il voue une haine farouche à ces « Abyssins au teint clair » qui formaient l’ossature de l’Ethiopie impériale. Soutenu par le bloc soviétique, le « Négus rouge » va conserver le pouvoir jusqu’en 1991 en maintenant un climat de terreur politique et en menant une lutte impitoyable contre les sécessionnistes érythréens et tigréens. 1977-1978 : « Terreur rouge ». Des dizaines de milliers d’Ethiopiens disparaissent dans une série de campagnes de purges sanglantes contre les « contre-révolutionnaires » du Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (PRPE), dont les actes de guérillas sont qualifiés par Mengistu de « terreur blanche », mais également contre les monarchistes de l’Union démocratique d’Ethiopie, et les groupes sécessionnistes tigréens, érythréens et somalis (Front de libération de la Somalie occidentale – FLSO). Fin 1978, les militants du PRPE et d’une autre faction d’obédience marxiste, le Mouvement socialiste pan-éthiopien (MSPE, connu aussi sous le nom de MEISON), sont définitivement mis au pas. En revanche, les combattants sécessionnistes ne désarment pas. 23 mars 1978 : Equipée par l’Union soviétique et épaulée par 13 000 soldats cubains et 4 000 Sud-Yéménites suite à un renversement d’alliance opéré par Moscou, l’armée éthiopienne écrase et chasse les troupes somaliennes qui occupaient la province de l’Ogaden depuis le mois de juillet 1977. Après une première tentative infructueuse en 1964, c’est le deuxième échec de Mogadiscio pour tenter d’annexer cette province du Sud-Est de l’Ethiopie majoritairement peuplée de Somalis. Un accord de paix entre les deux Etats ne sera signé qu’en avril 1988, sans remettre en cause la profonde méfiance d’Addis-Abeba à l’égard de son voisin somalien, suspecté de nourrir des projets de « Grande Somalie » et d’offrir une base arrière à des mouvements d’opposition armée, en particulier oromo. La dimension religieuse alimente également l'animosité entre une Ethiopie à majorité chrétienne et une Somalie presque exclusivement musulmane, bientôt travaillée par les courants islamistes. 1980 : Axoum est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité. Ce qui n’est plus qu’une petite ville de la province du Tigré demeure le cœur identitaire et historique de l’Ethiopie. 12 septembre 1984 : Dixième anniversaire de la révolution. L’Ethiopie devient la « République démocratique populaire d’Ethiopie », avec un parti unique (le Parti des travailleurs d'Ethiopie) dont Mengistu est nommé secrétaire général. Les commémorations font l’objet de somptueuses cérémonies dans une capitale en partie rénovée pour l’occasion. Mais Mengistu fait aussitôt appel à la communauté internationale pour tenter d’enrayer la famine qui menace le pays : douze provinces sont touchées, sept millions d’Ethiopiens risquent la mort. 1984-1985 : Malgré l’aide humanitaire internationale, la famine débutée en 1983 fera entre 1 et 2 millions de victimes. Initialement provoquée par la sécheresse, elle a été aggravée par les destructions de villages et de cultures par l’armée, les opérations de « réinstallation » forcée des populations du Nord (jugées hostiles au régime) vers le Sud, considéré comme plus fertile, et le détournement de l’aide internationale par le gouvernement éthiopien et ses opposants armés, actifs sur la moitié du territoire en 1985. En 2010, un ancien commandant du Front populaire de libération du Tigré en exil aux Pays-Bas, Aregawi Berhe, indiquera à la BBC que, des 100 millions de dollars reçus par cette faction en 1985, 95 % avaient servi à l'achat d'armes et le reste au renforcement de ses activités politiques. 28 janvier 1985 : Dans le studio d'A&M à Hollywood, quarante-cinq chanteurs américains se réunissent en marge de la cérémonie des American Music Awards pour enregistrer une chanson au profit des populations africaines décimées par la famine. Le producteur Quincy Jones avait chargé Michael Jackson et Lionel Ritchie de composer les paroles du titre We are the world. Mis en vente au début du mois de mars 1985, l'album sera vendu à plus de 7 millions d'exemplaires. C’est la plus importante des nombreuses initiatives caritatives menées par l’Occident en proie à une vive émotion relayée par les médias (chansons SOS Ethiopie en France, Les Yeux de la faim de la Fondation Québec-Afrique au Québec, Do They Know It's Christmas? de Band Aid au Royaume-Uni et l'organisation du concert Live Aid par Bob Geldof en juillet 1985). 1986 : Suspension des opérations de déportation massive qui auront vu 700 000 personnes installées de force dans de nouveaux villages (addis nandar) situés dans les régions pastorales au sud-ouest du pays. Ces déplacements coercitifs se prolongent cependant sous une autre forme avec la politique dite « de villagisation » dans le Harar et le Chewa, inspirée par les villages ujamaa tanzaniens. Plus de 5 millions de personnes seront ainsi regroupées dans 11 460 villages placés sur le réseau routier convergeant vers Addis-Abeba. Une partie de ces villages sera progressivement abandonnée à partir de 1991, avec la libéralisation du pays. 10 septembre 1987 : Dissolution officielle du Derg. La plupart de ses membres conservent cependant des postes clefs au sein du régime, en tant que membres du comité central et du bureau politique du Parti des travailleurs d'Ethiopie (PTE). Mengistu est élu président de la République pour un mandat de cinq ans par le Parlement, tout en exerçant le commandement en chef des forces armées. 16 mai 1989 : Echec d’une tentative de putsch. Quinze généraux, dont le ministre de la Défense, sont tués dans l’action ou exécutés à l’issue d’un procès expéditif. Septembre-novembre 1989 : Echec des négociations de paix engagées à Atlanta, sous l’égide du gouvernement américain, entre le gouvernement éthiopien et les maquisards du Front populaire de libération de l’Erythrée (FPLE). 1989 : Alliance du FPLE et du FPLT (Front populaire de libération du Tigré) au sein d’un « Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien » (FDRPE), pour tenter de donner un aspect « national » à la coalition des forces rebelles issues du Nord du pays. Fin mars 1990 : Tandis que l’URSS annonce le retrait de ses conseillers militaires des zones de combat, le colonel Mengistu lance un appel à la population pour la « survie de l’Ethiopie » face aux avancées des rebelles qui ont pénétré dans la province de Choa où se trouve Addis-Abeba, après s’être emparés du port de Massaoua, sur la mer Rouge, et avoir assiégé Asmara. Le 21 juin, le chef de l’Etat affirme que le pays est « au bord de l’effondrement » et décrète la mobilisation générale. Janvier 1991 : Début de l'opération Tewodros lancée par le FDRPE, avec, pour objectif, la libération des régions amharas au nord du pays. 30 mars 1991 : Les forces gouvernementales repoussent une attaque contre le port d’Assab qui constitue le dernier accès à la mer Rouge pour le régime de Mengistu. Mais dès le 2 avril, les rebelles, qui contrôlent les provinces du Tigré, du Gondar, du Gojjam, ainsi qu’une partie de celles du Wollo, du Wollega et du Choa, resserrent leur étau autour d’Addis-Abeba. 1991 : Opération Salomon. Face à la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays, Israël organise le rapatriement de quelque 15 000 Falachas. Une opération analogue, l’opération Moïse, avait déjà permis l’immigration de 6 500 juifs éthiopiens menacés par la grande famine des années 1984-1985. 21-28 mai 1991 : En entrant dans Addis-Abeba, le FDRPE renverse le régime, qui aura pourtant tout tenté pour se maintenir (reconnaissance du multipartisme le 23 avril, formation d’un nouveau gouvernement par Tesfaye Dinka le 9 mai, appel sous les drapeaux de tous les Ethiopiens de plus de 18 ans le 10 mai…). Mugabe se réfugie au Zimbabwe, sous la protection de Robert Mugabe. Il sera définitivement condamné à mort, par contumace, le 2 mai 2008 par la Haute Cour fédérale éthiopienne, notamment pour génocide.
 
28 mai 1991 : Fin du bref intérim politique assuré par le général Tesfaye Gebre Kidan. Il est remplacé par l’ancien leader du Front de libération des peuples du Tigré, Meles Zenawi, président du gouvernement de transition jusqu'au 22 août 1995. Le nouveau pouvoir engage rapidement de profondes réformes : multipartisme, liberté religieuse, élections démocratiques et privatisation de certains secteurs économiques. La présidence de Meles Zenawi sera également marquée par la sécession pacifique, à l’issue du référendum de 1993, de l'Erythrée, indépendante de facto depuis 1991, et par l'adoption d'une nouvelle constitution en 1994. L'Ethiopie devient officiellement la République fédérale démocratique d'Ethiopie. Le pays est redécoupé administrativement en neuf régions selon des bases ethniques, appelées « nations ». La nouvelle constitution leur reconnaît le droit à l’autodétermination et à la sécession. En son article 11, elle stipule en outre la séparation entre Etat et religion, c’est-à-dire la suppression de toute notion de religion d’Etat, qui avait été au cœur de la construction identitaire de l’Ethiopie.

16 février 1992 : Découverte des restes de Hailé Sélassié dans le sous-sol du palais impérial, confirmant les soupçons d’assassinat du dernier « roi des rois ». Ses funérailles solennelles – mais non pas officielles – sont organisées en 2000. Son corps repose dans l'église de la Sainte-Trinité, à Addis-Abeba, une « cathédrale » érigée près du palais (gebbi) dans les années trente et quarante par l’empereur pour devenir à la fois son lieu de sépulture, le symbole de l'indépendance de l'Eglise éthiopienne et le lieu de mémoire des patriotes éthiopiens tués pendant l’occupation italienne.

17 décembre 1992 : Découverte dans le rift de l'Afar du squelette d'un hominidé, baptisé « Ardi », vieux de 4,4 millions d'années. Une nouvelle découverte en décembre 2000, dans la vallée de l'Awash, du squelette d'un bébé australopithèque de 3,3 millions d'années (« Selam ») confirme l’ancienneté du peuplement de la région.

23-24 avril 1993 : Le référendum sur l'indépendance de l'Erythrée accorde au « oui » 99,8 % des suffrages. Cette indépendance est officiellement proclamée dès le 24 mai suivant, après plus d’un siècle de domination coloniale (italienne jusqu’en 1945, anglaise jusqu’en 1952) et trois décennies de guerre d’indépendance (ce qui en fait la plus longue de l’histoire du continent africain, si l'on excepte toutefois la sécession du Soudan du Sud)). Si cette partition s’opère avec l’accord d’Addis-Abeba, elle remet en cause l’intégrité territoriale de l’Ethiopie et la prive de son unique façade maritime. De fait, les tensions entre les deux pays vont rapidement s’accroître.

8 décembre 1994 : Adoption d'une nouvelle constitution. Le 22 août 1995 est proclamée la « République fédérale démocratique d'Ethiopie ». Negasso Guidada est élu président par l'Assemblée fédérale.

23 août 1995 : Meles Zenawi devient Premier ministre. Il sera réélu sans discontinuer en 2000, 2005 et 2010, malgré de vives critiques quant à la sincérité des scrutins et au respect des règles démocratiques.

1996 : Début de la lutte armée du Front de libération oromo, qui revendique la création d’un Etat indépendant, l’ « Oromia ».

1996-1997 : Suite à une série d’attentats terroristes dans des hôtels d’Addis-Abeba et d’Harar, l’Ethiopie décide de mener différentes opérations militaires sur le sol somalien en vue d’éradiquer les bases armées des groupes fondamentalistes musulmans. Les incursions éthiopiennes se multiplient depuis 1991 (ainsi en 1993) dans une Somalie en proie à la guerre civile et à la montée en puissance des milices islamistes.

Novembre 1997 : L’Erythrée se dote de sa propre monnaie, preuve de l’aggravation des dissensions dans les choix politiques et économiques des deux Etats.

6 mai 1998 : Le conflit frontalier persistant avec l’Erythrée s’envenime soudainement, lorsque trois officiers érythréens sont tués à Badna, dans le Tigré. Le 12 mai, les Erythréens franchissent la frontière et occupent quelques secteurs du territoire éthiopien, notamment Badmé, la capitale de la région de Shiraro. Dans la nuit du 6 au 7 juin, plus de 1 000 ressortissants étrangers sont évacués d’Asmara vers Djeddah (Arabie saoudite) et Djibouti. Le 11 juin, les combats s’intensifient, notamment avec un raid aérien contre la ville éthiopienne d’Adigrat, et s’étendent vers l’est, dans le secteur du port d’Assab. Le conflit va durer deux ans et faire près de 100 000 morts. Il faudra en effet attendre juin 2000 pour voir les troupes d’Addis-Abeba contre-attaquer efficacement et occuper à leur tour une partie du territoire érythréen. Suite aux accords de paix d’Alger (18 décembre 2000), un contingent d’observateurs des Nations unies est dépêché sur place jusqu’en juillet 2008, sans qu’aucun règlement politique ne soit définitivement intervenu entre les deux Etats. Le tracé de la frontière restant contesté par l'Ethiopie, tandis que l’Erythrée poursuit une « guerre par procuration » en soutenant les insurgés islamistes somaliens qui harcèlent l’armée éthiopienne.

30 janvier 2004 : Affrontements interethniques dans la région de Gambella, à l'ouest du pays (196 morts).

25 avril 2005 : Restitution par l'Italie du troisième et dernier bloc de l’obélisque d'Axoum. Le monument avait été transporté à Rome par les troupes de Mussolini en 1937. Réinstallé le 31 juillet 2008 sur son emplacement d’origine, il est devenu, avec son inauguration officielle et en grande pompe le 4 septembre suivant, un symbole de l’identité du peuple éthiopien.

Mai 2005 : Premières élections législatives libres en Ethiopie. Mais la contestation des résultats par l’opposition, qui avait effectué une percée importante à cette occasion, provoque des émeutes en juin puis en novembre 2005, à la suite de la reconduction de Meles Zenawi au poste de Premier ministre. Ces troubles font 46 morts et entraînent plusieurs centaines d’arrestations. La tentative d’ouverture du régime est close : l’opposition ne dispose que d’un espace restreint d’expression au Parlement, et les lois de janvier et juillet 2009 sur la presse et la lutte anti-terroriste confirment la volonté du parti au pouvoir de contrôler la liberté d’expression. L’Ethiopie, perçue, en particulier à Washington, comme un rempart contre l’islamisme dans la région, continue cependant de bénéficier du soutien des puissances occidentales.

23 novembre 2005 : Menace de sanctions économiques de l'ONU contre l'Ethiopie et l'Erythrée à propos de leur différend frontalier. Un mois plus tard, Addis-Abeba opère le retrait de ses troupes à la frontière avec l'Erythrée.

4 janvier 2006 : Poursuite en justice contre 131 opposants et intellectuels ayant participé aux émeutes de l’année précédente. Le 3 mai suivant, neuf attentats non revendiqués secouent la capitale (4 morts).

2006 : Début des travaux de construction du barrage Gibe III dans la vallée de l’Omo, au sud d’Addis-Abeba, dirigés par des ingénieurs italiens, avec l’aide financière chinoise. Il doit être le plus grand barrage d’Afrique, capable d’alimenter une centrale hydroélectrique de 1 800 mégawatts, soit le double de la consommation totale d’électricité enregistrée en Ethiopie en 2009. Partisan du développement du pays à marche forcée, Meles Zenawi entend en effet le transformer en puissance hydroélectrique régionale, exportatrice d’énergie.

24 décembre 2006 : Avec l’appui des Etats-Unis, l’Ethiopie intervient militairement en Somalie contre les groupes armés des Tribunaux islamiques. Elle avait soutenu activement le processus de transition somalien, lancé en 2004 à Nairobi sous l’égide de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui regroupe six pays de la région et au sein de laquelle elle exerce une large influence. Considérant que la pression des Tribunaux islamiques menace le gouvernement de transition (installé à Baidoa, sous la protection de troupes éthiopiennes), elle disperse en moins d’une semaine les milices islamistes et permet au gouvernement de transition de s’installer dans la capitale. Cependant, la dégradation de la situation sécuritaire dans l’ensemble du Centre et du Sud de la Somalie, y compris dans les zones de présence de l’armée éthiopienne, notamment à Mogadiscio en mars 2007, conduira au retrait de celle-ci au début de l’année 2009.

24 avril 2007 : L’attaque d’un site d’exploration pétrolière par le Front national de libération de l’Ogaden fait 75 morts et atteste la vigueur de cette rébellion. La répression éthiopienne s’intensifie, provoquant le départ de la province du CICR (juillet 2008), puis de Médecins sans frontières (début 2008).

12 septembre 2007 : Célébrations du bimillénaire de l’Ethiopie.

1er décembre 2007 : La commission indépendante chargée de délimiter la frontière entre l'Ethiopie et l'Erythrée est dissoute sans être parvenue à obtenir un accord.

22 octobre 2009 : L'Ethiopie demande une aide internationale d'urgence pour nourrir 6,2 millions de personnes. Cinq ans de sécheresse dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique menacent en effet plus de vingt millions de personnes en Ethiopie, en Somalie et au Kenya. Le coordinateur de l'ONU pour l'aide humanitaire exhorte le gouvernement éthiopien à assurer un libre accès aux travailleurs humanitaires en Ogaden et vers la Somalie, toujours déchirée par la guerre.

12 octobre 2010 : Signature d'un accord de paix avec l'aile principale du Front national de libération de l'Ogaden (FNLO).

24 novembre 2010 : Le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie ont signé le 14 mai 2010 un accord sur le partage des eaux du Nil (le Nil bleu, notamment, prend sa source dans la lac Tana, en Ethiopie, qui contrôle ainsi 85 % du débit du fleuve). Remettant en cause le partage actuel, issu de la période coloniale, et qui assure au Caire l’essentiel des ressources, cet accord a été dénoncé par l’Egypte et son allié soudanais. La signature de la république démocratique du Congo ou du Burundi suffirait cependant à permettre son entrée en application. Ces tensions témoignent d’une baisse d’influence de l’Egypte dans la région, au profit de la Chine, qui soutient les projets éthiopiens.

2011 : Le Premier ministre Meles Zenawi invite le P.-D.G. de Huajian, géant chinois de la chaussure, en Ethiopie, tout en exhortant le groupe français Castel Frères à produire du vin « made in Ethiopia ». Une politique de séduction des investisseurs étrangers qui va porter ses fruits : deux usines Huajian sont aujourd’hui implantées dans la banlieue d’Addis-Abeba et 1,2 million de bouteilles Castel sont produites annuellement, dont la moitié vendue à l'étranger.

20 août 2012 : Décès à Bruxelles, à 57 ans, de Meles Zenawi, surnommé le « dernier empereur d’Ethiopie » pour avoir dirigé d’une main de fer le pays pendant 21 ans. Le président américain Bill Clinton voyait en lui l'un des « dirigeants de la renaissance africaine ». Son dauphin, Hailé Mariam Dessalegn, un protestant du Sud, lui succède, mais c’est toujours la politique qu’il avait initiée dès 2010 à travers le GTP – Growth and Transformation Plan – qui est appliquée. Les prochaines élections sont prévues en 2015.

25 mai 2013 : Organisé en grandes pompes à Addis-Abeba, le cinquantenaire de l'Union africaine (UA) confirme le rôle clef que joue désormais l’Ethiopie sur le continent. Allié indispensable des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme islamiste régional (Corne de l’Afrique et Moyen-Orient), le pays bénéfice également de l’éclipse relative du Nigeria et de l’Afrique du Sud dans la compétition pour leadership en Afrique. L’Ethiopie avait ainsi été désignée porte-parole du continent noir lors du sommet de Copenhague sur les changements climatiques (2009). Le pays est aujourd’hui l’un des plus stables du continent et, potentiellement, l’un des plus prospères grâce au développement de l’hydroélectricité et à une politique économique inspirée des modèles asiatiques.
 
 
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