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Les États-Unis
Une « destinée manifeste »

Tout commence un jour d’octobre 1492, lorsqu’un explorateur génois aborde un îlot des Antilles. Christophe Colomb croit avoir foulé le sol des Indes et mourra sans avoir saisi la portée de sa découverte. Quelques années plus tard, un autre navigateur, Amerigo Vespucci, a la conviction que la masse des terres entre-aperçues à l'ouest de l'océan Atlantique est celle « d’un nouveau monde », et c'est à partir de son nom qu'il sera désigné. Cette conclusion bouleverse la géographie du temps et les certitudes alors les mieux établies. Au moment où la Réforme bouleverse l’Europe, les calvinistes anglo-saxons interprètent la découverte de l’Amérique comme l’annonce de l'existence d'un paradis sur terre. En révolte contre le Vieux Continent, ils s’embarquent pour ce nouveau jardin d’Eden et essaiment de Plymouth au Massachussetts les germes d’une théocratie puritaine. Un peu plus de cent ans plus tard, les dernières amarres avec l’Europe sont larguées. Novus ordo seculorum, [nouvel ordre des siècles], proclame la devise présidentielle américaine inspirée de Virgile.

L’année de l’indépendance, 1776, est aussi celle de l’invention de la machine à vapeur et de la publication de la Richesse des Nations d’Adam Smith, manifeste de la liberté d’entreprendre. Année décisive, elle préfigure deux siècles de messianisme démocratique, de croissance industrielle, d’innovation scientifique jusqu’à la conquête spatiale. Plus qu’une puissance exceptionnelle, les Etats-Unis sont une puissance d’exception. « Le plus grand espoir du monde », s’exclame Thomas Jefferson. Elle est « L’œuvre du dessein de la Providence pour l’illumination de l’ignorant et l’émancipation de l’espace humaine » écrit John Adams. Les Américains se dépeignent comme le produit d'une génération spontanée, sans liens, libre de mener cette quête du bonheur qui est, selon la Déclaration d’indépendance, le premier des droits naturels de l’homme.

Sur une grande partie de l’immense territoire américain, « il n’y a pas âme qui vive. Les centaines de millions d’habitants sont, on pourrait presque dire tassés, en quelques régions habitables, cultivables, exploitables ; et entre ces rassemblements, il y a le désert. L’avion vous permet de prendre d’un coup conscience de cette réalité qui exerce une influence profonde sur le mode de vie et la mentalité des gens de ce pays », observe Georges Blond.

En effet, pour les pionniers, l’espace vierge ou presque de toute présence humaine n’a pas été défloré par le péché originel. Il est un don de Dieu. Ce monde nouveau réalise l’idéal céleste sur terre. Les Américains aiment à rappeler le sermon du pasteur John Winthrop. A l’aune de l’épitre de saint Mathieu, « City upon the Hill », [une cité sur la colline], le prédicateur puritain exhorte ses compatriotes à jeter les pierres d’une nouvelle Jérusalem, phare régénérateur de la planète.

La frontière du nouveau monde n’est jamais définitive. A l’origine, elle désigne ces terres sauvages ou inconnues qui s’offrent aux plus intrépides. Elle suscite l’esprit d’initiative, le goût du risque, mais aussi des responsabilités, le tout tempéré par le sens de l’entraide et le souci des autres. La frontière est une invitation perpétuelle au dépassement de soi.

Situé au cœur de l’Amérique du Nord, le territoire des Etats-Unis épouse entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique les contours d’un gigantesque rectangle. Il s’étend sur un peu plus de 9 millions de kilomètres carrés, soit dix-sept fois la superficie de la France. Trois de ses côtés bordent l’océan. Ses rivages marqués introduisent une véritable césure avec le monde extérieur et font des Etats-Unis une citadelle inexpugnable. Au nord, la frontière canadienne dessine une ligne presque parfaite si l’on excepte le renfoncement des Grands Lacs (Ontario, Erié, Huron, Michigan, Supérieur). De ce tracé original, remarque Pascal Gauchon, découle la géopolitique « des Etats-Unis résumée par la doctrine Monroe (1823) : "L’Europe aux Européens, l’Amérique aux Américains." C’est ainsi que doit être compris l’isolationnisme qui dure jusqu’en 1948 : d’abord s’étendre d’un océan à l’autre (ce que O‘Sullivan appelle la "destinée manifeste"), puis contrôler le continent pour empêcher tout rival d’émerger, enfin se protéger de toute menace lointaine en développant sa flotte ».

Mais l’expansion américaine n’aurait jamais pu avoir lieu sans la mise en valeur d’un territoire aux richesses inégalées. Le relief dessine trois grands ensembles. D’est en ouest se succèdent une étroite plaine côtière sur l’Atlantique, la chaîne des Appalaches, les vastes étendues fertiles du Midwest et les Montagnes rocheuses. Le point culminant (le mont McKinley en Alaska) dépasse les 6 000 mètres. Aux Etats-Unis, le relief commande le climat. La trouée des grandes plaines forme un couloir naturel dans lequel s’engouffrent les masses d’air polaire et tropical, à l’origine d’épisodes climatiques extrêmes (gel hivernal en Floridecanicules à New York, tornades au Kansas). Mais une chose est certaine, écrit Franck L. Schoell, « le climat est sain et fortifiant, il stimule le goût de l’effort et offre de prodigieuses récompenses ». Les montagnes proposent de formidables ressources (charbon et terres rares). Les grands fleuves qui jaillissent de leurs sommets alimentent les barrages hydroélectriques et irriguent de vastes étendues. Le Mississippi, le Missouri arrosent les Grandes Plaines fertiles du Centre. Les Etats-Unis sont les premiers producteurs de maïs et de soja, les deuxièmes pour le coton, les agrumes, le gaz, le charbon, l’or, le plomb, le cuivre, les troisièmes pour le blé, le pétrole et, dans ce dernier cas, redevenus les premiers à la faveur de l'exploitation du pétrole de schiste.

Avec 320 millions d’habitants, la population américaine demeure modeste si on la compare au gigantisme du pays. Longtemps cantonnés sur les côtes et au nord-est, les Américains ont, à partir des années cinquante, entamé leur migration vers l’ouest et le sud. Deux régions ouvertes vers l’Asie et l’Amérique latine.

En 1960, New York perd le statut d’Etat le plus peuplé au profit de la Californie ; en 2000, le Texas ravit la deuxième place sur le podium.

C’est aussi le pouvoir politique qui change de centre de gravité. Depuis la disparition de Kennedy (1963), tous les présidents proviennent de ces deux régions, qu’ils y soient nés ou qu’ils y aient fait leur carrière. Même Barack Obama, avant d’être élu à Chicago, a passé sa jeunesse à Hawaï…

La vie économique suit la même pente. Le Nord-Est  surnommé la rush belt (« la ceinture de rouille »)  s’est vidé de sa substance industrielle. Les hauts fourneaux de Détroit ont cédé la place aux start-up de la Silicon Valley. Le Sun Belt qui s'étend de Seattle (Etat de Washington) à Raleigh (Virginie) en passant par la Californie et par Austin (Texas) concentre désormais les activités de pointe. Toutefois, ce glissement est à nuancer. Le Nord-Est conserve l’essentiel de la finance grâce à Wall Street, et une part importante du rayonnement culturel (universités et collèges comme Harvard, Columbia et le MIT). Dans la grande mégalopole qui s’étire sur mille kilomètres de Boston à Washington, vivent cadres supérieurs, bureaucrates et hommes politiques. Les centres nerveux de cet empire concentrent tous les ingrédients de l’American way of life : New York et Chicago pour leurs bourses et leurs banques, Los Angeles pour le cinéma, Memphis pour ses studios d’enregistrement de musique, San Francisco pour sa technopole, sans omettre Langley, siège de la CIA, à proximité de Washington.

Dès lors, deux Amériques distinctes émergent : d’un côté les petites villes et les campagnes, le Sud profond des « red neck » et des évangélistes. De l’autre, les grandes villes cosmopolites des minorités et des intellectuels progressistes. Mais quelles que soient leurs divergences, les Américains adhérent au même rêve, à l’idée qu’ils sont, selon les mots du poète R.W Emerson, « la plus grande aumône que Dieu ait jamais faite au monde ».

 

Les Etats-Unis, remarque Pascal Gauchon, sont « une puissance originale, à la fois nation, empire et idéologie ».

Ils sont une nation attachée aux symboles nationaux comme le drapeau (la bannière étoilée) et l’hymne national (Stars and Stripes). Aux Etats-Unis, le drapeau flotte aussi bien sur les édifices publics que sur les maisons, les usines, les entreprises. Les Américains sont le seul pays au monde où une fête est spécialement dédiée au drapeau, le Flag Day. Le sentiment national s’exprime aussi à travers la visite d’espaces consacrés à la mémoire commune. Il en va des lieux qui ont vu les Américains vaincre l’adversité (Plymouth Rock, Valley Forge), aux champs de batailles (Lexington, Yorktown, Gettysburg), en passant par ceux qui symbolisent les étapes décisives de la construction nationale (Liberty Bell, Independence Hall), ou du génie national (la statue de la Liberté). Les hymnes populaires chantent la gloire de la terre des pères, « oh beautiful for spacious skies », « The Land we belong to is grand » ou encore « This Land was made for you and me ». Les élèves sont, dès le plus jeune âge, élevés dans le culte du Mayflower, des minutemens, des Piligrim father, des pionniers.

Les Etats-Unis sont un empire par leur gigantisme et la diversité de leur population. « Tout Américain est un orphelin », s’enthousiasme John Bart. « Souvenez-vous, souvenez-vous toujours que nous descendons tous, vous et moi les premiers, d’immigrants et de révolutionnaires », renchérit Franklin D. Roosevelt. A la fois enfants de l’Europe et fils parricides de celle-ci, les Américains ont construit leur identité sur le rejet du vieux monde, des trônes et des autels. Si l’on excepte le Sud jusqu’à la guerre de Sécession, les Etats-Unis n’ont jamais vécu sous la baguette d’une aristocratie. Aux privilèges, droits et devoirs issus du sang, les Américains objectent le mérite. A la lignée d’êtres hiérarchisés, ils opposent l’individu. A un ordre organique figé, le mouvement continu des ambitions et des rêves.

Tous les damnés de la terre : juifs fuyant les pogroms d’Ukraine, catholiques irlandais victimes de la famine, paysans sans terres du Mezzogiorno ont cru commencer une vie nouvelle sur le débarcadère d’Ellis Island à New York. La devise des Etats-Unis jusqu’en 1956, « E pluribus unum », (de plusieurs, un), rappelle cette diversité des origines. Toutes les communautés peuvent maintenir leur spécificité à condition de vivifier ce qui les unit les unes aux autres. C’est le communautarisme. Il est des Etats qui accordent des quotas aux homosexuels, d’autres qui prohibent l’avortement, des Etats qui interdisent la vente d’armes à feu, d’autres qui l’encouragent au nom du Deuxième amendement, des Etats libéraux et des Etats conservateurs. De là découle une géographie bien particulière. Le Montana et le Nevada sont l’Eldorado des milices patriotiques. A l’inverse, la Californie et ses « San Francisco libéral » demeure un foyer de la contre-culture. A une échelle plus réduite, les gated communities attirent ceux qui veulent, à l’abri de murs de protection et de vigiles, se retrancher du monde extérieur selon leur âge, religion, couleur de peau.

Selon le Bureau américain du recensement (institut démographique), les Blancs représentent aujourd’hui 66 % de la population (221 millions), les Hispaniques 15 % (45 millions), les Noirs 13,4 % (41 millions), les Asiatiques 4,5 % (14 millions) et les autres groupes 7 % (20 millions). L’institut prédit une élévation générale de la population au cours des cinq prochaines décennies, de 320 millions à 440 millions, mais une baisse relative des Blancs qui passeraient de 66 % à 46 %. 

Dès lors, qu’est-ce qui assure la cohésion de la société américaine ?

Aux Etats-Unis, chacun a le droit de réussir. Le travail et l’effort sont les seuls critères de reconnaissance. Les plus fortunés ne sont jamais que les plus puissants. La réussite est un signe d’élection divine. Aussi leur succès ne doit-il pas être empêché puisque leur richesse ruisselle et profite à tous. Le social-darwinisme, l’idée de sélection naturelle et de prédestination convergent vers la même conclusion devant laquelle s’émerveille Rockefeller : « Dieu m’a donné mon argent. »

Les Etats-Unis sont enfin une idéologie que consacre une religion civique. Aux archives nationales sont pieusement entreposées les écritures saintes de la République impériale : la Constitution, le Bill of Rights, la Déclaration d’indépendance. A la lecture de ces trois textes fondateurs, quatre idées forces émergent.

En premier lieu, la religion est le ciment commun du pacte social. Les institutions reposent sur la croyance en un être suprême. Sans Dieu, insiste le président Eisenhower, « il ne pourrait y avoir une forme de gouvernement américain, ni un mode de vie américain ». « Une république ne saurait être étayée que par la religion pure ou par une morale austère », ajoute John Adams. L’absence de religion d’Etat aux Etats-Unis permet de mieux garantir l'indépendance des différentes confessions. Les Américains sont, non seulement libres de croire, mais aussi de créer, de propager toutes les églises de leur choix.

Le deuxième pilier est la conviction que les Américains sont le peuple choyé du Créateur, ou, pour reprendre la citation de Lincoln, « presque élu de Dieu ». L’Amérique « nation indispensable » selon Madeleine Albright, est le point de mire de la planète. « Annuit coeptis » (Il a souri à nos entreprises) proclame la maxime inscrite sur les billets de banque.

La troisième composante de cette religion civique est l’omniprésence des allusions religieuses dans le protocole officiel. Les présidents prêtent serment sur le livre saint de leur choix, en général la Bible. Dans le serment d’allégeance, les Américains jurent fidélité à une « nation sous protection de Dieu ».

Enfin, quatrième point, les Américains ont leurs fêtes, leurs cérémonies : l’Independence day, Thanksgiving, Memorial day.

En substance, résume Samuel Huntington, « la religion civile de l’Amérique est une religion non confessionnelle, nationale et qui, dans sa manifestation, n’est pas ouvertement chrétienne. C’est une Eglise qui englobe des protestants, des catholiques, des juifs, d’autres non-chrétiens, et même des agnostiques. Cependant, elle est rigoureusement chrétienne par ses origines, son contenu, ses présupposés et sa tonalité. Elle est un christianisme sans le Christ ».

 

Selon l’hypothèse communément admise par les scientifiques, les ancêtres des Amérindiens ont franchi en masse (mais ils n'étaient pas les premiers à le faire) le détroit de Béring, il y a 25 000 ans, à l’occasion de la dernière glaciation. L’anthropologie paraît valider cette thèse. Avec leurs pommettes saillantes et leurs traits mongoloïdes, les populations autochtones semblent apparentées aux peuples de Sibérie méridionale. Certains mots de vocabulaire laissent même deviner une proximité avec les langues ouralo-altaïques. Néanmoins, des découvertes archéologiques récentes remettent en cause la théorie d’un peuplement d’origine exclusivement asiatique. Les restes de l'homme de Kennewick découverts dans l'Etat de Washington en 1996, auraient environ 9 000 ans et ne présentent pas les traits morphologiques des Amérindiens actuels. Même en quantités infimes, des populations européennes ont pu migrer vers le nouveau monde au Paléolithique supérieur.

Avant l’arrivée des Européens, les Amérindiens se répartissent en quatre grands ensembles distincts. Tout d’abord, les zones du maïs et du bison qui, à elles seules, recouvrent quatre cinquièmes de la superficie des Etats-Unis.

Les Indiens de la zone du maïs occupent un espace très étendu de l’océan Atlantique aux Grandes Plaines. L’agriculture (maïs, haricots, courges) l’emporte sur la chasse ou la pêche. Si le bâti demeure embryonnaire, on observe la présence de nombreux monticules de terre. L’un des plus connus, le Great Serpent Mound (Ohio) déploie sur plus de trois cents mètres ses arrondis. D’autres évoquent la forme d’aigles géants. Tous ont une signification totémique.

Les Indiens de la zone du bison parcourent les étendues de la grande plaine étendue du Mississippi aux Rocheuses. L’abondance de troupeaux de bisons les dispense de s’adonner au travail de la terre. Du bison, ils récupèrent presque tout. La chair est rôtie, la peau est convertie en vêtements, les boyaux en sac ou lanières.

Les deux dernières zones ont un caractère plus marginal.

Au sud-ouest, la zone des graines correspond à l’actuelle Californie, Utah, Nevada. Région des grands déserts par excellence, la survie y est problématique. En dehors de racines, la population misérable se nourrit d’insectes et de criquets.

La zone du saumon s’étend de l’Oregon à l’Alaska dans de gigantesques forêts. Les tribus connaissent depuis longtemps les habitudes des saumons et les pêchent au cours de leurs migrations. Ils maîtrisent également l’art de la taille du bois, d’où la fabrication de gigantesques totems. A la veille du débarquement des Européens, quels étaient les effectifs de ces natives americans ? La question fait débat. Toutefois, on peut estimer que la population ne devait pas dépasser les 2 à 3 millions d’autochtones.


35 000 - 25 000 av. J.-C. : Passage du détroit de Béring par des populations en provenance de Sibérie.


16 000 av. J.-C. : Premières traces d’occupations humaines sur la côte est des Etats-Unis (Pennsylvanie, Virginie, Caroline du Sud).


10 000 av. J.-C. : Premières traces d’occupation humaine en Floride.


3000 av. J.-C. : Début de la culture du tournesol à l’est du Mississipi.


1000 après J.-C. : Leif Erikson atteint l’île de Terre Neuve nommée Vinland par les Vikings et y fonde une colonie à l’anse aux Meadow. Peut-être d’autres expéditions ont-elles atteint l'intérieur des Etats-Unis, en particulier la région du Minnesota.


1170 : Selon une légende, le prince gallois Madoc ab Owain Gwynedd aurait entrepris un voyage vers l'ouest et atteint l'Amérique. Au XVIIe siècle, le révérend Morgan Jones, capturé par une tribu de Tuscaroras, rapporta que ce peuple comprenait et parlait le gallois.

 

Avant de devenir anglo-saxonne, l’Amérique du Nord fut espagnole et française. Les Espagnols, à l’imagination enflammée à l’idée d’atteindre l’Eldorado et les fameuses cités d’or, sont les premiers à s’enfoncer dans les profondeurs du continent. La rumeur veut que, quelque part, loin à l’intérieur des terres, se trouvent les sept villes de Cipola, aux maisons d’or.

Une fois ce rêve dissipé, les Espagnols s’installent solidement au nord du Rio Grande et assurent l’évangélisation des populations autochtones. Par la même occasion, ils introduisent le cheval et le mouton. Les pueblos sont, avec leurs églises blanchies à la chaux, de parfaits décalques des villages d’Andalousie.

Au début du XVIe siècle, les navigateurs français sont pris également de frénésies exploratrices. Normands, Basques et Malouins s’élancent sur l’océan en direction de Terre-Neuve et de ses eaux riches en morue. Du Canada à la Floride, les Français essaiment les fortins et les comptoirs.


1492 : Christophe Colomb aborde les Antilles. Il écrit dans son journal de bord : « Dieu m’a fait le messager d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre, dont il avait parlé dans l’Apocalypse de saint Jean. »


1506 : Un marin d’Honfleur, Jean Denis, s’avance dans l’estuaire du Saint-Laurent et en relève les contours.


27 mars 1513 : Un ancien compagnon de Christophe Colomb, Juan Ponce de Léon, accoste le jour de la « Pâque fleurie » sur l’estuaire de la rivière Saint-Johns en Floride.


1524 : Le Florentin Giovanni de Verrazano, mandaté par François Ier pour découvrir un passage en direction de la Chine, plante le pavillon blanc de la monarchie française en Caroline du Sud, près du cap Fear.


1536 : Le Malouin Jacques Cartier fonde Montréal.


1539 : Hernando de Soto débarque à Tampa Bay accompagné de 570 hommes, franchit le Mississippi en 1541 et s’enfonce jusqu’au Texas où il périt tragiquement, victime d’une embuscade des Indiens.


1540 : Parti de la côte Pacifique, Coronado atteint le Colorado et pousse jusqu’au Kansas, toujours en quête des sept fabuleuses cités d’or de Cibola.


1540 : Fondation par Jacques Cartier du premier comptoir commercial français sur le sol des futurs Etats-Unis, à proximité de l’actuel Albany, dans l’Etat de New York.


1562-1565 : Sous la direction de l’amiral de Coligny, Jean Ribaut et René de Laudonnière essayent de créer en Floride une colonie d’huguenots. L’aventure n’a pas de lendemain et ce sont les Espagnols qui établissent la colonie de San Agustin.


1579 : Francis Drake découvre la Nouvelle Albion, la future Californie


1585 : Fondation de la colonie anglaise de l'île de Roanoke, dans un territoire baptisé « Virginie » en l'honneur de la reine Elizabeth Ière


1602 : Le capitaine Gosnold découvre le cap Cod.


1602-1603 : Sébastien Vizcaiano découvre, sur la côte Pacifique, la baie de Monterey.


1605 : Juan Onate installe à Santa Fé la première capitale administrative du Nouveau-Mexique.


1607 : Fondation de la colonie de Jamestown


1609 : Samuel de Champlain affronte les Iroquois au nord du lac Georges, sur le territoire de l’actuel Etat de New York. Bataille anecdotique, elle préfigure la haine des Iroquois contre la Nouvelle France et fait d’eux les auxiliaires les plus dévoués des Anglais.

 

L’héritage de l’âge colonial est capital pour comprendre le devenir du pays. Comme le souligne René Rémond, « sa durée est approximativement égale à celle de toute l’existence des Etats-Unis comme société politique organisée ». Dans cette contrée du globe, les Anglais arrivent nettement en retard derrière les Espagnols, les Français, voire les Néerlandais ou les Suédois. Mais, rapidement, les Anglais éliminent leurs concurrents et s’imposent comme la puissance prépondérante. Au noyau anglo-saxon originel viennent s’agréger des Scandinaves, des Allemands, des huguenots après la révocation de l’édit de Nantes. Sur un plan politique, l’hétérogénéité prévaut. Après les puritains protestants bannis par l’Eglise anglicane, arrivent les jacobites qui refusent de reconnaître comme roi l’usurpateur Guillaume d’Orange. Ces lambeaux épars de colons s’étirent du nord au sud de la frontière canadienne à la Floride sur quelques 2 000 kilomètres, dans les interstices vivent les Indiens. Dès le départ s’installent des tensions entre deux groupes de colonies distinctes : d’un côté le Sud agricole sous la coupe d’une aristocratie de planteurs, exportateurs, libres échangistes ; de l’autre, le Nord des petits fermiers et des premiers industriels plus protectionnistes.

En réalité, c’est la lutte contre l’ennemi commun – Indiens et Français – qui soude les colonies entre elles. Les Indiens, habitués aux grands espaces, recherchent le couvert des forêts et mènent une existence nomade, tout l’inverse des colons agriculteurs qui, au fur et à mesure de leur arrivée, pénètrent l’intérieur à la recherche de nouvelles terres. La poussée vers l’ouest vient heurter les possessions françaises de la vallée du Mississipi. Dès lors, la guerre est inévitable. Les Français ont pour eux une bonne connaissance du terrain et des tribus autochtones, mais les Anglais ont le nombre et une vraie volonté politique. Les 80 000 Français s’inclinent devant le million et demi d’Anglo-Saxons. L’Amérique du Nord ne sera jamais française…


1607 : Fondation de Jamestown, sur la côte de Virginie (nommée ainsi en l’honneur d’Elizabeth Ière, la Reine vierge) lorsque Walter Raleigh prend possession de cette région au nom de Sa Très Gracieuse Majesté en 1584. Cette implantation intervient vingt-deux ans après l’échec de la première tentative de colonisation sur l’île de Roanoke. Le lieu est idéal. En effet, la Chesapeake Bay est un estuaire profond. Elle mesure 300 kilomètres de long sur une largeur de 6 à 60 kilomètres. Elle est un point de départ propice aux explorations.


1609 : Henry Hudson explore la baie du Chesapeake et du Delaware et remonte le fleuve qui porte aujourd'hui son nom, jusqu'à hauteur de l'actuelle Albany.


1619 : Arrivée des premiers esclaves noirs, transportés sur les côtes de Virginie pour y cultiver le tabac. C’est le début d’un bouleversement économique et social d'envergure. Ne pouvant réduire les Indiens à l’état de main-d’œuvre servile, les planteurs comprennent l’utilité des esclaves africains. La colonie de Virginie se dote d'une assemblée.


1620 : Les passagers du Mayflower qui ont traversé l'océan Atlantique du 22 juillet au 9 novembre, signent le 21 novembre le pacte du Mayflower et, le 25 décembre, New Plymouth, sur la côte du Massachusetts, est choisi comme emplacement de la colonie des Pèlerins. La première colonie est un Etat théocratique où la minorité des « saints » est la seule habilitée à jouir de droits politiques. Le système fut aboli en 1691, mais l’influence puritaine ne cessa de s’exercer sur la Nouvelle-Angleterre, puis sur les Etats-Unis.


1623 : La compagnie de la Nouvelle Néerlande fonde la Nouvelle Amsterdam sur l’île de Manhattan, sur les bords de l’Hudson. L’île a été achetée aux Indiens en échange de la verroterie qui, en monnaie néerlandaise d’alors, vaut 60 gulders, soit 24 dollars. La petite bourgade est dotée d’un fort, d’une église, d’un moulin et d’un rempart contre les Indiens, le wall, qui a donné son nom à la future Wall Street.


1622 : Le sachem suprême des Powhatans n’est pas, à l’origine, l’ennemi des Blancs. Pour preuve, il donne la main de sa fille Pocahontas à un planteur de tabac, John Rolte. A la mort du chef indien, Opechancano, son frère, très hostile aux Européens, déterre la hache de guerre. Il attaque simultanément tous les établissements de Virginie. Des centaines d’Anglais sont tués. En représailles, les cultures indiennes de maïs et de haricots sont détruites.


1624 : Les Hollandais établissent la Nouvelle Néerlande et fondent la Nouvelle Amsterdam dans l'île de Manhattan deux ans plus tard.


1630 : John Winthrop fonde Boston.


1631 :  Des colons en provenance du Massachusetts sont attirés par la fertilité de la vallée du Connecticut. Le révérend Thomas Hooker obtient la permission d’établir une centaine de colons.


1632 : Fondation du Maryland par Lord Baltimore. Des catholiques persécutés avec, à leur tête, Léonard Calvet, reçoivent la permission du roi Charles Ier de s’établir outre- Atlantique.


1633 : Fondation de la colonie du Connecticut.


1634 : Jean Nicolet découvre le lac Michigan.


1635 : Roger Williams, chassé de la colonie du Massachusetts, fonde en 1636 la colonie du Rhode Island.


1636 : Paix avec Opechancano.


1636 : Fondation du collège de Harvard, près de Boston. Au départ, le collège est destiné à former des pasteurs, mais d’autres disciplines que la théologie, le latin et le droit y sont rapidement enseignées.


1638 : Fondation du New Hampshire. Un pasteur, John Wheelwrigth, est banni du Massachusetts sous l’accusation de sédition. Avec l’aide d’autres proscrits, il crée la petite ville d’Exeter. 


1638 : Fondation du Delaware. Les Suédois achètent aux Indiens tout le terrain entre Trenton et le cap Henlopen, et l’appellent la Nouvelle Suède. Un fort, le Christina, est bâti en l’honneur de la reine Christine, fille de Gustave Adolphe. Le pasteur Thomas Hooker quitte Boston pour le Connecticut.


1640 : Fondation de la colonie du Maine.


1641 : Opechancano organise un nouveau massacre de colons. 500 Anglais sont tués en un jour.


1643 : Création d’une confédération de la Nouvelle-Angleterre.


1648 : Les Iroquois anéantissent les Hurons, alliés de la France.


1651 : Les lois de navigation (Navigation Acts) réservent aux navires anglais l’acheminement vers l’Angleterre de tous les produits coloniaux et ferment aux importations étrangères les colonies, de manière à favoriser les seules exportations britanniques. L’objectif est de créer un marché captif.


vers 1660 : La population des colonies anglaises d'Amérique est d'environ 75 000 âmes, dont 3 000 Noirs.


1664 : A l’occasion de la guerre anglo-hollandaise commencée en 1661, les Anglais s’emparent de Nieuw Amsterdam défendue par Peter Stuyvesant et la rebaptisent New York (en l’honneur du duc d’York, frère du roi Charles II).


1663-1665 : Fondation de la Caroline (en l’honneur du roi Charles) et de la colonie du New Jersey.


1673 : Les pères jésuites français Louis Jolliet et Jacques Marquette descendent une partie du cours du Missi Sepe (« Père des eaux » en indien).


1675-1676 : Guerre du roi Philippe. Le roi Philippe, de son vrai nom Metacomet, sachem des Wampanoags, lance des raids meurtriers contre les colonies du Massachusetts. Il est finalement tué lors d’une escarmouche. Victorieusement ramenée à Plymouth, sa tête est plantée sur un pieu bien en vue et demeure exposée pendant un quart de siècle.


1676 : Rébellion de Bacon en Virginie. Les colons jouxtant la frontière se plaignent de n’être pas assez protégés des Indiens. Ils accusent le gouverneur de les ménager afin de poursuivre un juteux commerce de fourrures. Une incursion meurtrière des Indiens déclenche la révolte. Les insurgés prennent d’assaut la capitale Jamestown et la brûlent.


1680-1682 : Fondation de la colonie de Pennsylvanie par les quakers dirigés par William Penn. Le roi d’Angleterre concède à ce quaker la jouissance d’un vaste territoire. Le monarque se déleste ainsi facilement d’une dette énorme contractée auparavant envers le père du jeune homme. Un des premiers soins de Penn, explique Franck L. Schoell, est de promulguer « un code de lois propres à assurer, dans la liberté, une administration saine et juste. Cette "grande loi" disposait par exemple que les colons pouvaient pratiquer librement la religion de leur choix, que quiconque payait l’impôt avait le droit de vote ; que tous les hommes membres d’une église chrétienne étaient éligibles aux fonctions publiques ; que dès l’âge de douze ans, tous les enfants recevraient une formation en vue d’un métier ; que deux crimes seulement  meurtre et trahison  seraient punis de mort ».


1682 : Cavelier de La Salle descend le Mississipi jusqu’à la mer et prend possession au nom de Louis XIV de la vallée du gigantesque fleuve. Il devient désormais possible de contourner les possessions anglaises pour arriver directement dans le golfe du Mexique.


1683 : Mennonites et Amish s'installent en Pennsylvanie. Les Mennonites forment une communauté religieuse protestante issue de l'anabaptisme du XVIe siècle. Leur communauté est apparue en Suisse et aux Pays-Bas, mais c'est en Alsace et dans le Palatinat  en raison des violentes répressions engagées, notamment en Suisse à l'occasion des révoltes paysannes auxquelles elle avait pris une part très active  qu'elle s'est surtout développée ensuite. Les Mennonites tirent leur nom du réformateur hollandais Menno Simons (1495-1561), même si leur principal foyer d'origine se trouve en Suisse. Chassés de Zurich où, au XVIe siècle, ils avaient été des disciples du réformateur Zwingli, ils se sont établis dans le canton de Berne et en Allemagne du Sud d'où les persécutions les poussent à venir s'installer en Alsace dans la décennie 1670. Ils se divisent en 1693 entre les partisans de Jakob Amman, tenant d'un conservatisme radical (port de la barbe et d'une tenue vestimentaire sombre et austère), qui constituent alors la communauté Amish, et ceux qui refusent ses propositions. C'est au XVIIIème siècle, après qu'ils eurent été chassés d'Alsace en 1712, que commença l'émigration vers l'Amérique du Nord, surtout vers la Pennsylvanie où William Penn et les quakers admettaient la liberté religieuse. 


1689-1697 : Guerre de la ligue d’Augsbourg.


1690 : Expédition manquée des colons anglais contre Québec. Avec trente-quatre embarcations armées à Boston, Sir William Phipps est repoussé. La chute de la forteresse de Port-Royal en Acadie est compensée par sa restitution lors du traité de Ryswick en 1697.


1691 : La Caroline est divisée en deux colonies.


1692 : Chasse aux sorcières à Salem (Massachusetts). Deux nièces du pasteur Samuel Paris dénoncent comme sorcière la servante indienne de ce dernier. D’autres cas sont signalés et la psychose se répand. Les cris et spasmes des possédés fournissent les preuves attendues. Sur les soixante-dix suspects emprisonnés, dix-neuf sont pendus et un tué par étouffement. En réalité, les victimes ont été sujettes à des crises d’hystérie. Les magistrats admettent s’être trompés. La communauté fait acte de contrition. En 1953, Arthur Milner vulgarisera le drame dans un de ses romans, à l’heure où l’Amérique est engagée dans une virulente « chasse aux sorcières » contre les éléments cryptocommunistes.


1700 : La population des colonies s'élève à 250 000 habitants, dont 28 000 Noirs.


1701-1713 : Guerre de succession d’Espagne. La guerre prend la forme d’une série d’escarmouches et de coups de main, souvent par tribus indiennes interposées aux confins du Maine et du New Hampshire.


1701 : Fondation de l’université de Yale à New Haven, Connecticut.


1702 : Fondation de la Nouvelle-Orléans en Louisiane. La France construit toute une série de forts et de comptoirs qui dessinent un immense arc de cercle de Québec au golfe du Mexique, le long des Grands Lacs et du Mississipi. Les stratèges français, souligne Franck L. Schoell, visent « rien de moins qu’à confirmer et enfermer les Anglais entre la côte atlantique et les monts Appalaches, qui constituaient alors un rempart efficace. D’autre part, placées sous un commandement central, les petites armées françaises  quand elles avaient pu être financées, constituées et acheminées à travers l’océan  avaient une plus grande valeur militaire et étaient mieux commandées que les milices d’occasion que leur opposèrent au début les gouvernements disparates des colonies anglaises de la côte ».

Toutefois, la marine française est incapable d’assurer de manière régulière la liaison avec la Nouvelle-France. La prépondérance navale britannique bloque tout envoi massif de renforts.


1704 : Publication du premier journal des colonies anglaises d'Amérique, le Boston Newsletter.


1710 : Les Anglais reprennent Port-Royal.


1711-1712 : Guerre avec les Indiens Tuscaroras.


1713 : Traité d’Utrecht. La guerre de succession d’Espagne se conclut par une victoire à la Pyrrhus. La France sauve l’essentiel de ses acquisitions en Europe. En revanche, ses possessions d’Amérique servent de monnaie d’échange. Louis XIV cède à l’Angleterre l’île de Terre-Neuve, la baie d’Hudson et l’Acadie. Plus grave, les Français reconnaissent les Iroquois comme sujets de Londres. Leur peuplement est tellement flou que les Anglais sont dès lors habilités à revendiquer des terres situées très loin à l’ouest.


1714-1715 : Guerre avec les Indiens Yamassees.


1718 : Le collège de New Haven prend le nom de son mécène, Elihu Yale.


1720 : Révolte d’esclaves noirs en Caroline du Sud.


1726-1756 : Grand Réveil religieux (Great Awakening) en Nouvelle-Angleterre, à l'initiative de Jonathan Edwards.


1727 : Les Anglais construisent le fort Oswego au bord du lac Ontario.


1733 : Fondation de la colonie de Géorgie (du nom du roi George II d’Angleterre). Elle doit sa création à un personnage fantasque, le général James Oglethorpe (1696-1785). Ce philanthrope est scandalisé du nombre élevé de citoyens jetés en prison pour dettes. Une idée germe dans son esprit : pourquoi ne pas les affranchir et leur permettre de se refaire une situation honnête aux Amériques ? Une centaine de détenus sont libérés des prisons suisses et d’Allemagne. Des Ecossais et des juifs se joignent à l’entreprise. Tous ensemble, ils débarquent dans l’estuaire de la rivière Savannah et bâtissent la ville éponyme.


1742 : Des coureurs des bois explorent les grands affluents du Mississipi. Saint-Denis le Texas, les frères Mallet le Nebraska, La Harpe l’Arkansas et les frères La Verendyre s’avancent même jusqu’aux Rocheuses.


1743 : Fondation, en réaction au réveil religieux, de l''American Philosophical Society.


1743-1748 : Guerre de Succession d’Autriche. Les positions restent inchangées. Le traité d’Aix-la-Chapelle contraint les Anglais à rendre la forteresse de Louisbourg sur l’île du cap Breton. Néanmoins, le crédit de la France chute auprès des Indiens. Dorénavant, les Indiens pratiquent en priorité avec les Anglais le commerce des fourrures. Les colons de Virginie lorgnent sur le bassin de l’Ohio, véritable fourche qui commande l’accès aux Grands Lacs.


1746 : Fondation du collège presbytérien de Princeton dans le New Jersey.


1752 : La Géorgie devient une colonie de la Couronne avec un gouverneur nommé par le roi.


1752 : Expériences de Franklin sur l'électricité. 


1754 : Début de la guerre de Sept Ans au Nouveau-Monde avec deux ans d’avance. Une escarmouche met le feu aux poudres. Un jeune officier anglais, Georges Washington, exécute de sang froid un lieutenant français, Joseph Coulon de Jumonville, venu parlementer. Voltaire, pourtant anglophile, exprime sa colère : « Je ne suis plus anglais depuis que les Anglais sont pirates sur mer et assassinent nos officiers en Nouvelle-France. » En Angleterre, le politicien Horace Walpole écrit : « The volley fired by a young Virginian in the backwoods of America set the world on fire. » (« Ce coup de feu tiré par un jeune Virginien dans les forêts d'Amérique a mis le monde en feu. »)


1754 : Lors de la conférence d'Albany, les colons rejettent un plan d'union proposé par Benjamin Franklin, rejeté aussi par la Couronne.


1755 : « Grand dérangement ». Les Acadiens, demeurés farouchement français, choisissent la déportation plutôt que le serment d’allégeance au roi George II. Six mille d’entre eux sont exilés aux Antilles d'où ils gagnent la Louisiane.


1756 : Le marquis de Montcalm, à la tête des troupes françaises, passe à l’offensive. Il s’empare du fort d’Oswego et s’assure le contrôle du lac Ontario.


1757 : Montcalm prend le fort William Henry qui verrouille le fleuve Hudson.


1758 : Bataille de fort Carillon. Montcalm remporte une victoire éclatante sur un adversaire quatre fois supérieur (16 000 hommes), sous le commandement du général James Abercrombie. La bataille est la plus meurtrière de la guerre avec plus de 3 000 victimes, dont 2 000 sont anglaises.


1759 : Les Anglais contre-attaquent. Vingt-mille hommes débarquent d’Europe. Une puissante armée remonte le Saint-Laurent et écrase l’armée française devant Québec sur la plaine d’Abraham. Les hostilités sur le sol américain sont terminées car Montréal n’a pas les moyens d’opposer une résistance sérieuse, et le secours de France est impossible. « Quand la maison brûle, on ne se préoccupe pas de l’écurie », tranche Louis XV.


1760 : Avènement du roi d'Angleterre George III. Les colonies comptent 1 600 000 habitants, dont 325 000 Noirs.


1763 : Traité de Paris. La France perd l’essentiel de ses possessions d’outre-Atlantique. C’est-à-dire le Canada et la partie de la Louisiane qui s’étend du Mississippi aux Appalaches. L’Espagne, entraînée dans la guerre aux cotés de la France cède la Floride. Pour compenser cette perte, la France abandonne à son alliée toute la partie de la Louisiane comprise entre le Mississippi et les montagnes Rocheuses, y compris la Nouvelle-Orléans.

 

L’Indépendance des Etats-Unis est la conséquence directe de la victoire des colons sur les Français. Après avoir éliminé la France des Amériques, les Américains rejettent la tutelle de la mère Patrie. En effet, la victoire sur la France rend la protection britannique moins nécessaire. Au contraire, celle-ci se fait plus pesante. En quête de subsides, Londres va multiplier des mesures fiscales jugées iniques. Ces ponctions obéissent au souci de remplir les caisses de la Couronne dont les finances ont été malmenées par la guerre contre la France. Le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté estime juste que les colonies participent aux dépenses effectuées à leur profit. A cela s’ajoute la fermeture de la frontière. Elle frustre les colons dans leur volonté d’expansion vers l’ouest. Pour empêcher de nouvelles frictions avec les Indiens ou les Espagnols et ménager les Canadiens français, nouveaux sujets de la monarchie britannique, Londres interdit toute incursion au-delà des Appalaches, réservant à la Couronne les étendues de la Grande Plaine si convoitées.


A l’origine de la rupture se pose la question du consentement à l’impôt. Le gouvernement de Londres a-t-il le droit d’exiger des colons de nouvelles taxes alors qu'ils ne sont pas représentés au Parlement de Westminster ? En d’autres termes, les Américains ne supportent pas de voir doublement remis en cause leur autonomie politique et économique. Incapables d’obtenir de la mère Patrie l’application des principes constitutionnels, les colons, note René Rémond, « ne pouvant être totalement anglais, préfèrent n’être qu’américains ».


Cependant, il serait erroné de considérer le mouvement comme unanime. De 15 à 20 % des Américains rejettent l’indépendance, principalement dans l’Etat de New York et dans le Sud. On y trouve aussi beaucoup d’Indiens et des esclaves noirs. Après l’indépendance, et malgré les engagements pris, leurs domaines sont confisqués et la plupart contraints à l’exil.


1764 : Sugar Act. Taxe sur le sucre importé. James Otis lance le slogan : « Pas d'imposition sans représentation. »


1765 : Stamp Act. A l’origine, il s’agit d’un impôt destiné à l’entretien des garnisons anglaises des Amériques. Il prévoit l’apposition sur les journaux, les brochures et les patentes d’un timbre d’un montant variant entre un demi-penny et une livre sterling. Une autre loi (Quartering Act) concerne le logement des troupes. Patrick Henry présente les Virginia Resolutions en mai et le réseau clandestin des Sons of Liberty pour engager la résistance. 


1766 : Abrogation du Stamp Act et vote de la Declaratory Act assujettissant les colonies d'Amérique à toutes les lois votées par le Parlement de Londres.


1767 : Loi de Townshend (du nom du chancelier de l'Echiquier, c'est-à-dire le ministre des Finances de Sa Majesté). Cette loi impose une taxe sur des produits de première nécessité : le thé, le papier, le plomb et la peinture.


1770 : « Massacre de Boston ». Un détachement de Tuniques rouges fait feu sur une foule hostile à Boston. Il y a cinq tués, mais l’émotion dans les treize colonies est énorme.


1772 : Incendie du Gaspee, navire des douanes, par les colons de Providence. 


10 mai 1773 : Loi sur le thé donnant un quasi monopole à l'East India Company, au détriment des négociants locaux.


16 décembre 1773 : Boston Tea party. Un groupe de colons grimés en Indiens monte à bord d’un navire britannique dans le port de Boston. Les patriotes américains déversent 343 caisses de thé dans la mer. A cette provocation, les autorités britanniques ripostent par cinq textes de lois si drastiques que les colons les surnomment les « lois intolérables » (Coercitive Acts).


5 septembre - 26 octobre 1774 : Cinquante-six délégués des treize colonies se réunissent en congrès continental à Philadelphie.


18 avril 1775 : Fusillade de Lexington. Le général anglais qui commande la garnison de Boston envoie une colonne se saisir à Concorde des dépôts d’armes des patriotes. Une embuscade bien préparée met en déroute les Habits rouges.


10 mai 1775 : Réunion du second congrès à Philadelphie. Georges Washington est nommé commandant de l’« armée continentale américaine ». Les patriotes s’emparent du fort de Ticonderoga, et prennent possession d'un arsenal important.


17 juin 1775 : Bataille de Bunker Hill. Aux portes de Boston, l’infanterie anglaise prend une colline fortifiée aux insurgés, mais perd un millier d’hommes.


octobre-novembre 1775 : Une invasion du Canada par une petite armée américaine se solde par un fiasco cuisant. Les Canadiens français refusent de se joindre à un mouvement dont les meneurs sont justement les colons qu’ils ont combattus une décennie auparavant.


10 janvier 1776 : Thomas Paine fait paraître une brochure, The Common Sense. Selon lui, il y a « quelque chose d’absurde à supposer qu’un continent pût être perpétuellement gouverné par une île, car il n’était jamais arrivé que la nature eût fait le satellite plus grand que la planète ».


4 juillet 1776 : Le Congrès proclame l’indépendance. C’est la première fois qu’une colonie s’émancipe de sa métropole.


été 1777 : Arrivée du marquis de La Fayette à bord de lHermione.


4 octobre 1777 : Washington est battu à Germantown aux portes de Philadelphie.


17 octobre 1777 : Bataille de Saratoga. Le général anglais Burgoyne, coupé de ses arrières, capitule avec cinq mille hommes.


15 novembre 1777 : Vote des articles de la Confédération. Ces articles permettent à la Confédération de conduire la guerre, de négocier les traités, d’assurer le fonctionnement d’un embryon d’administration, d’imprimer des billets et de lancer des emprunts. Cette organisation encore trop lâche est critiquée par les tenants d’un pouvoir central fort.


6 février 1778 : Signature d’un traité d’alliance entre la France et le Congrès. Les deux parties s’engagent à ne pas conclure de paix séparée avec l’Angleterre. La France débloque un premier prêt. Une flotte française, sous la direction du comte d’Estaing, cingle en direction du Nouveau Monde, avec, à son bord, six mille hommes sous le commandement du marquis de Rochambeau. Ce corps expéditionnaire débarque à Newport.


1778 : Les Anglais se ressaisissent. Ils prennent Savannah et entrent en Géorgie et en Caroline du Sud.


1er mars 1780 : La Pennsylvanie abolit l'esclavage.


12 mai 1780 : Les Anglais s’emparent du port de Charleston et font plus de six mille prisonniers.


16 août 1780 : Le général anglais Lord Cornwallis bat, à Camden, l’armée américaine.


19 octobre 1781 : Capitulation de l’armée anglaise à Yorktown. Les armées françaises et américaines ont convergé vers Yorktown où cantonnait l’armée de Lord Cornwallis. Victorieuse dans la baie de la Chesapeake, la flotte de l’amiral de Grasse bloque le port.


30 novembre 1782 : Traité de paix préliminaire entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. La Grande-Bretagne reconnaît l’indépendance de son ancienne colonie et abandonne tout le territoire au sud des grands lacs jusqu’au Mississippi. Ces négociations secrètes violent l’engagement du Congrès de ne pas conclure de paix séparée. Les Américains se méfient de la France qu’ils soupçonnent de vouloir récupérer le Canada.


3 septembre 1783 : Traité de Paris. L’accord reprend les clauses du traité préliminaire et y ajoute la restitution de la Floride à l’Espagne.

 

Si les insurgés ont remporté la guerre, il reste à gagner la paix et, en premier lieu, à se doter d’institutions. Les Américains souhaitent établir un gouvernement central assez fort pour pouvoir assurer l’ordre, rembourser les dettes de guerre, encourager l’activité économique et sauvegarder les intérêts du nouvel Etat sur la scène internationale.

Les pères fondateurs élaborent un système dual. Un Etat fédéral coiffe les Etats qui demeurent en théorie souverains. Tout ce qui ne relève pas du gouvernement fédéral leur reste dévolu. C’est le fédéralisme. Afin de satisfaire les Etats les plus peuplés tout en garantissant l’égalité de tous, ils imaginent un astucieux compromis. Le Congrès des Etats-Unis est divisé en deux chambres : une représentation identique au Sénat où tous les Etats, petits ou grands, jouissent de deux sièges, et une représentation proportionnelle à la chambre des Représentants en fonction de leur nombre d’habitants.

Les pouvoirs, dans l’esprit de Montesquieu, sont soigneusement séparés. En cas de conflits, aucun n’a le pouvoir de prendre le pas sur l’un des autres. Le président, élu pour quatre ans au suffrage universel indirect grâce à un collège de grands électeurs, a le pouvoir exécutif. Par son droit de veto, il contrôle la production de lois du Congrès et dirige l’armée et la diplomatie.

Le Congrès incarne le pouvoir législatif. Le président ne peut ni faire de lois, ni lever l’impôt, ni même déclarer la guerre et ratifier les traités sans son assentiment. La Cour suprême, au sommet du pouvoir judiciaire, détient le pouvoir d’interpréter la Constitution et de mettre en accusation le président en cas de faute grave. Les juges de la Cour suprême sont nommés à titre viager par le président.

Cette constitution, dont ni le temps ni les amendements n’ont altéré l’originalité, veille depuis deux siècles sur la destinée des Etats-Unis.


1781 : Abolition de l’esclavage au Massachusetts. En effet, dans le Nord, la vie économique ne fait pas de l’esclavage une affaire rentable. Le climat ne rend pas les travaux trop difficiles.


1784 : Première colonie russe en Alaska, dans la petite île de Kodiak.


1785 : La Land Ordonance organise de façon rationnelle les travaux d’arpentage, la vente des terres au public, ainsi que le mode de gouvernement des nouvelles unités administratives.


mars 1785 : Mouvement de colère des anciens officiers de la guerre d’Indépendance. Comme les caisses de l’Etat sont vides, les anciens combattants regagnent leurs foyers nantis de certificats stipulant la somme due. Beaucoup de ces certificats finissent dans les mains de spéculateurs. Thomas Jefferson est nommé ministre des Etats-Unis en France où il succède à Benjamin Franklin. John Adams est ministre des Etats-Unis à Londres.


janvier 1786 : La Virginie adopte la liberté religieuse. Dans ce domaine, rien n'était acquis au départ et nombre de colonies s'étaient établies en imposant la foi et les pratiques de la communauté initialement installée. Des divergences religieuses avaient même entraîné le départ des dissidents et la fondation de nouvelles colonies. Le souci d'une adhésion exclusive à la religion établie dès l'origine (l'anglicanisme au sud, l'une ou l'autre des diverses sectes puritaines au nord) perdura jusqu'au début du XVIIIe siècle quand William Penn et ses quakers établis en Pennsylvanie adoptèrent une attitude plus ouverte et tolérèrent dans la colonie, dans le souci d'accélérer son peuplement, l'installation et la présence de diverses communautés protestantes. Cette attitude prévalut ensuite et la liberté religieuse s'imposa aux Etats issus des colonies rebelles. 


août 1786 - janvier 1787 : Révolte de Daniel Shays. Le manque de ressources monétaires et la difficulté d’obtenir du crédit pèsent sur les paysans du Nord-Est. Dans le Massachusetts, la législation oblige le versement de l’impôt en espèces. Ne pouvant l’effectuer, beaucoup de fermiers voient leurs biens mis sous séquestre. L’un d’eux, Daniel Shays, se met à la tête d’un mouvement insurrectionnel qui, après quelques succès, est mis en déroute. Ce mouvement de colère conforte le discours des fédéralistes en faveur d’un Etat fort.


1787 : Ordonnance du Nord-Ouest qui interdit l’esclavage dans toutes les nouvelles terres de l’Ouest.


25 mai 1787 - 17 septembre 1787 : Convention réunissant les délégués des treize colonies afin de jeter les bases de la Constitution des Etats-Unis. Il en sort un texte sur lequel repose encore l’essentiel des institutions américaines. Les amateurs de statistiques, note René Rémond, ont « calculé qu’il se composait de 89 phrases et 4 000 mots : sa lecture à voix haute ne demanderait que 23 minutes… Les amendements adoptés, vingt-six à ce jour et dont les dix premiers furent arrêtés en 1791, n’ont pas modifié essentiellement son architecture ».


juin 1788 : La Constitution est ratifiée.


30 avril 1789 : Elu à la présidence de l’Union, Georges Washington prête serment. La cérémonie a pour théâtre le balcon de Fédéral Hall, Wall Street à New-York, qui est, pour quelques mois, capitale fédérale. John Adams est élu vice-président. Washington a nommé de grandes figures diamétralement opposées dans son gouvernement. Alexandre Hamilton devient secrétaire au Trésor et Thomas Jefferson, secrétaire d’Etat. Pour Hamilton, amoureux d’un ordre centralisé, l’avenir de l’Union passe par le renforcement de l’Etat fédéral et le développement de son industrie. A l’inverse, Jefferson, homme du Sud, croit au destin agricole de son pays. Conservateur, hostile aux villes, au centralisme, il prône un Etat lâche.


1790 : Transfert de la capitale fédérale à Philadelphie.


1791 : Vote du Bill of Rights. Il s’agit d’un ensemble de dix amendements. Les plus marquants interdisent au Congrès d’entraver la liberté de conscience, d’expression, de pétition et de manifestation. Au même moment, se forment deux partis. Le parti fédéraliste se regroupe autour de Hamilton tandis que les démocrates prennent Jefferson comme porte drapeau.


1792 : Début du second mandat de Georges Washington. Jefferson démissionne et les fédéralistes d’Hamilton renforcent leur influence.


mai 1792 : Création d'une bourse à New York, au 68 Wall Street.
 

22 avril 1793 : Les Etats-Unis se déclarent neutres dans le conflit opposant le Royaume-Uni à la France de la Convention. La guerre de course nuit gravement aux commerçants américains qui se retrouvent pris entre deux feux. La Grande-Bretagne décrète le blocus des colonies françaises et, donc, des Antilles, avec lesquelles commercent les armateurs américains. De nombreux navires sont saisis. Eli Whitney invente la machine à égrener le coton.


20 août 1794 : Le général A. Wayne écrase à Fallen Timbers une petite armée indienne soutenue en sous-main par les Anglais.


octobre 1794 : Révolte du Whisky. Les Irlandais-Ecossais de Pennsylvanie se révoltent contre une nouvelle taxe sur la distillation du whisky.


24 juin 1795 : Le Sénat ratifie un accord entre Londres et les Etats-Unis. En échange de l’évacuation définitive du Nord-Ouest par les Anglais, les Américains acceptent des restrictions à leur commerce maritime.


3 août 1795 : Traité de Greenville. Contre le versement d’annuités de quelques milliers de dollars, les Indiens sont repoussés vers l’ouest.


27 octobre 1795 : Le gouvernement espagnol accorde aux Américains la libre circulation sur le Mississippi et l’utilisation d’un port franc à la Nouvelle-Orléans.


1797 : Fin du second mandat de Georges Washington. John Adams lui succède. Juriste originaire du Massachusetts, il incarne le parti fédéraliste.


1797-1798 : Très forte tension entre la France et les Etats-Unis. Paris estime que les Américains ont violé le traité d’alliance de 1778 en s’entendant avec les Anglais. Ce à quoi les Américains rétorquent que le traité conclu à l’époque de la monarchie est désormais caduc. La tension s’accroît d’un cran lorsque les trois négociateurs américains envoyés à Paris reviennent humiliés.


1799 : Mort de George Washington.


1800 : Défaite des fédéralistes aux élections. Ils paient leur attitude belliqueuse et le vote de plusieurs lois liberticides (Alien Acts, Sedition Act). Thomas Jefferson est élu président. Son programme se résume en trois points : austérité de l’Etat, respect du droit des Etats, isolationnisme extérieur.


été 1800 : La capitale fédérale est transférée à Washington. Ses plans sont le fruit du travail d’un architecte français, Pierre L'Enfant,


décembre 1800 : Conclusion du traité de Mortefontaine entre la France du Consulat et les Etats-Unis. Les tensions franco-américaines s’apaisent.

 

En 1850, le territoire actuel des Etats-Unis est quasiment fixé. Son front de 2 000 kilomètres sur l’océan Pacifique lui offre des avantages sans commune mesure. Cette expansion lui ouvre les horizons de la puissance politique.

La conquête de l’Ouest est une partie fondamentale de l’histoire américaine qui contribue, dans tous les domaines, au développement et à la montée en puissance du pays. C'est vrai de l’immigration qui afflue d’Europe, de l’économie dont l'expansion territoriale entretient la croissance, de l'exploitation d'une surface agricole immense et de ressources apparemment inépuisables. Elle est aussi en partie à l'origine de la confrontation Nord-Sud dans la mesure où se pose la question, dans les nouveaux Etats, de l'institution ou pas de l'esclavage. Se rend-on compte, écrit René Rémond, que « les Etats-Unis arrivent en tête de tous les peuples colonisateurs et que, par l’ampleur des territoires comme par celle des mouvements de populations, le peuplement de l’Ouest forme le chapitre le plus important de l’expansion blanche au XIXe siècle à la surface du globe ».

Si la décennie 1831-1840 ne compte que 600 000 migrants, celle de 1841-1850 en dénombre 1 700 000 et la suivante près de 3 000 000.


mars 1801 : Thomas Jefferson devient président.


10 juin 1801 : Le pacha de Tripoli (actuelle Libye) déclare la guerre aux Etats-Unis. Les bateaux de commerce refusent de payer aux barbaresques un tribut exorbitant. Un corps d’infanterie de marine, les Marines, est spécialement créé afin de lutter contre les pirates. Au bout de quatre ans, le pacha s’avoue vaincu et s’engage à ne plus outrager la bannière étoilée.


1802 : Admission de l’Ohio dans l'Union. Création de l'école militaire de Westpoint.


20 décembre 1803 : Napoléon vend la Louisiane aux Etats-Unis contre la somme de quinze millions de dollars. En effet, en 1801, l’Espagne lui avait restitué la province et avait créé l'alarme à Washington. La renaissance d’un empire colonial français représente en effet un péril bien plus grave que la présence d’une Espagne sur le déclin. Napoléon, conscient de l’impossibilité d’assurer la défense de sa province américaine, préfère, au final, s’en débarrasser à bon compte.


1803 - 1805 : L'expédition de Lewis et Clarke remonte le cours du Missouri pour franchir les Rocheuses et atteindre l'Oregon et les côtes du Pacifique.


1804 : Thomas Jefferson est réélu président.


septembre 1804 : Bombardement de Tripoli par la flotte américaine engagée dans la lutte contre les barbaresques.


1806 : Zebulon Pike explore les montagnes Rocheuses.


22 juin 1807 : Grave incident au large de la Virginie. Le Chesapeake est canonné par une frégate britannique.


décembre 1807 : Vote par le Congrès d’une loi d’embargo qui défend aux navires de toutes nationalités de faire voile des Etats-Unis vers un port étranger. Il s’agit pour les Américains, victimes collatérales des guerres napoléoniennes, de faire pression sur l’Angleterre afin qu’elle assouplisse ses contrôles.


1808 : Thomas Jefferson se retire dans sa propriété de Monticello. James Madison, principal auteur de la Constitution, est élu président.


mai 1811 : Une corvette anglaise ouvre le feu sur la frégate américaine Président.


1812 : Admission de la Louisiane.


18 juin 1812 : Le Congrès déclare la guerre à l’Angleterre. Il dénonce la méthode de l’impressment (incorporation de force des citoyens américains dans la marine britannique). En réalité, les motivations sont plus profondes. Les Américains reprochent aux Anglais de continuer à dresser les Indiens contre les colons le long de la frontière. Par ailleurs, ils espèrent faire la conquête de la Floride, possession de l’Espagne, devenue alliée de l’Angleterre.


1812 - 1813 : Guerre de positions le long de la frontière canadienne. Dans la région du Niagara et de Détroit, des tentatives réciproques d’invasion sont repoussées. De violents combats navals embrasent les étendues des Lacs Erié, Ontario, Champlain.


mars 1814 : Dans le Nord-Ouest, les Indiens soulevés par Tecumseh sont défaits à la bataille de Tallapoosa.


24 août 1814 : Les Anglais débarqués dans la baie de la Chesapeake incendient le Capitole et la Maison blanche à l’occasion d’un raid.


décembre 1814 - janvier 1815 : 10 000 soldats anglais débarquent à la Nouvelle-Orléans. Leurs assauts se brisent sur les lignes de l’énergique général Jackson. La paix a pourtant été conclue le 24 décembre 1814. Le traité prévoit un simple retour au statu quo.


1816 : Election de James Monroë à la présidence. Admission de l’Indiana.


1817 : La frontière entre le Canada et les Etats-Unis est fixée le long du 49e parallèle. Admission du Mississippi.


1817 - 1818 : Le général Andrew Jackson envahit la Floride. Guerre contre les Séminoles.


1817 - 1825 : Réalisation du canal de l'Erié.


1818 : Admission de l’Illinois.


1819 : L’Espagne vend la Floride aux Etats-Unis pour la somme de 5 millions de dollars. Les Etats-Unis renoncent en échange à leurs prétentions sur le Texas. Admission de l’Alabama.


1820 : Compromis du Missouri. Pour garantir le maintien du système servile, les Etats du Sud ont besoin de se maintenir à égalité avec les Etats du Nord au sein du Congrès. Pour cette raison, les Etats du Sud souhaitent que les nouveaux Etats arrivants dans l’Union puissent choisir de pratiquer ou non l’esclavage. Finalement, un comité des deux chambres se met d’accord sur un compromis : l’équilibre au Sénat doit être conservé grâce à l’admission simultanée de deux nouveaux Etats, le Missouri (Sud) et le Maine (Nord). L’esclavage est prohibé au nord du 36°30 de latitude dans le reste de la Louisiane non encore partagée.


1821 : Un jeune quaker fonde dans l’Ohio un journal antiesclavagiste, The Genius of universal Emancipation.


1822 : La Russie renonce à toute revendication sur la côte du Pacifique au sud de l'Alaska, à partir du parallèle 54°40.


2 décembre 1823 : La doctrine Monroë, « l’Amérique aux Américains », est énoncée devant le Congrès. En 1815, les pays de la Sainte-Alliance s’étaient engagés à soutenir la monarchie absolue contre les tentatives de subversion. Les Etats-Unis craignent que l’Espagne et le Portugal ne tentent de récupérer leurs colonies perdues d’Amérique du Sud. Les Américains espèrent bénéficier aussi de l’ouverture de nouveaux marchés. L’avertissement aux Européens est clair : « Nous ne pourrions considérer toute intervention de la part d’une puissance européenne quelle qu’elle soit, en vue d’opprimer ou de dominer les gouvernements qui ont déclaré et maintenu leur indépendance et que nous avons reconnus, que comme la manifestation d’une disposition inamicale vis-à-vis des Etats-Unis. »


1824 : Dans l’affaire « Gibbons contre Ogden » qui concerne la navigation sur l’Hudson, la Cour suprême des Etats-Unis donne droit au gouvernement fédéral de régler le commerce entre les Etats. De facto, elle ouvre la voie à une ingérence toujours plus accrue dans les affaires internes des Etats.


août 1824 : Voyage triomphal de La Fayette aux Etats-Unis.


novembre 1824 : Elections de John Quincy Adams à la présidence. L’ancien parti fédéraliste prend le nom de « républicain » tandis que les anciens républicains jeffersonniens s’appellent « démocrates ».


octobre 1825 : Le canal de l'Erié permet de relier le lac Erié à l'Hudson et à New York.


1826 : Publication du Dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper.


1828 : « Tarif des abominations ». Les Etats-Unis souffrent de l’importation massive de produits européens fabriqués à bas coût à Manchester ou à Leyde. Des tarifs douaniers draconiens sont érigés. Ils accordent une protection aux produits manufacturés fabriqués au sein de l’Union. Les Etats du Sud y sont opposés, car leur économie est d’abord exportatrice.


1829 : Election de Jackson à la présidence.


1830 : Fondation par Joseph Smith de « l’Eglise de Jésus-Christ des Saints du dernier jour », connue sous le nom de l’Eglise des Mormons. Son fondateur prétend avoir trouvé un texte inédit de la Bible. Ses membres pratiquent la polygamie, ce qui provoque un vaste mouvement de rejet dans l’opinion publique. La société Baltimore-Ohio réalise une première voie ferrée aux Etats-Unis.


juillet 1831 : Cyrus McCormick invente une moissonneuse mécanique à traction animale. En quelques années, des centaines de milliers d’hectares de prairies de la Grande Plaine sont mis en culture.


août 1831 : Révolte de Southampton en Virginie. Un prédicateur noir, Nat Turner, se prend pour un nouveau Moïse appelé à libérer la race noire du joug de l’esclavage. Une soixantaine de Blancs sont massacrés dont vingt-quatre enfants et dix-huit femmes. La milice exécute la plupart des conjurés. Création du journal abolitionniste The Liberator.


juillet 1832 : Le Congrès vote un nouveau tarif douanier moins élevé. Les droits sont encore trop élevés pour que le Sud les accepte. La Caroline du Sud menace de faire sécession.


novembre 1832 : Andrew Jackson est réélu à la présidence.


1832 : Le peintre George Catlin peint la vie quotidienne des Indiens du Missouri.


1833 : Lancement du New-York Herald.


1835 : Les colons américains implantés au Texas proclament leur indépendance, qui n’est pas reconnue par Mexico. Guerre contre les Indiens Séminoles en Floride. Invention du revolver par Samuel Colt.


1836 : Opposé au principe d’une banque centrale, Jackson instaure une « circulaire des espèces ». Ainsi, pour l’achat de terres domaniales, le gouvernement n’accepte plus de billets de banque, mais exige une rétribution en or et en argent. Les banques, incapables de fournir en numéraire font faillite, tandis que les prix agricoles s’effondrent et que les usines ferment. L’Arkansas entre dans l’Union.


1836 : Fondation de la république indépendante du Texas. Chute du fort d'Alamo pris par les Mexicains.


1837 : Le Michigan entre dans l’Union.


1837 - 1841 : Présidence de Martin Van Buren.


1838 : Exil forcé des Cherokees, de la Géorgie au Far West.


1838 : Tocqueville publie à Paris sa Démocratie en Amérique.


1839 : Goodyear invente la vulcanisation du caoutchouc.


1839 : Edgar Allan Poe publie ses Histoires extraordinaires, un an après ses Aventures d'Arthur Gordon Pym.


1841 : Samuel Morse invente le télégraphe.


1841 - 1845 : William Harrison contracte une pneumonie lors de son discours d’investiture. Il décède un mois après. Son vice-président, John Tyler, lui succède.


1842 : Accord anglo-américain sur la frontière du Maine avec le Canada.


1843 : Invention de la machine à écrire.


1845 - 1849 : James K. Polk accède à la présidence.


29 décembre 1845 : A la demande des colons américains, le Congrès vote le rattachement du Texas à l’Union.


1846 : Elias Howe fait breveter son invention de la machine à coudre. Désormais, les vêtements sont cousus en grandes quantités dans des usines. L'Iowa entre dans l’Union.


1846 : Afflux massif d'immigrés irlandais poussés par la famine.


1846 : Cession par la Grande-Bretagne aux Etats-Unis de la majeure partie du territoire de l'Oregon.


1846 - 1848 : Guerre avec le Mexique. Elle se déroule sur plusieurs fronts, du Rio Grande à la Californie. Les Américains lancent contre le Mexique un corps expéditionnaire de 12 000 hommes qui, sous la direction du général Winfield Scott, fonce sur Mexico et s’en empare, mettant un terme au conflit.


1847 : Les mormons s’installent dans l’Utah. Ils fondent Salt Lake City.


1848 : Le Wisconsin entre dans l’Union.


24 janvier 1848 : A proximité de Coloma, un ouvrier agricole découvre au bord d’une rivière des pépites d’or. La découverte déclenche la ruée vers l’or. La Californie comptait douze mille habitants. Deux ans plus tard, il y en a 93 000 et, dix ans plus tard, 380 000, et le flot ne s’arrête pas. Les uns traversent les Rocheuses en chariot, les autres, venus de la terre entière, passent le cap Horn ou franchissent l’isthme de Panama.


février 1848 : Traité de Guadalupe Hidalgo. Le Mexique abandonne aux Etats-Unis la moitié de son territoire (Texas, Californie, Nevada, Utah, Nouveau-Mexique, l’Arizona, une partie du Colorado). En contrepartie, Washington verse quinze millions de dollars à Mexico.


1849 - 1850 : Présidence de Zachary Taylor qui meurt au cours de son mandat. Son vice-président, Millard Fillmore, lui succède.


1850 : La Californie entre dans l’Union. Nouveau compromis sur l'esclavage.

 

« Il n’y pas sur terre deux nations, il n’y en a même jamais eu deux qui fussent séparées d’une manière plus distincte et hostile que nous […] Ni Carthage, ni Rome, ni la France et l’Angleterre à aucun moment », écrit en 1847 James H. Hammond, gouverneur de la Caroline du Sud. Observant les deux sociétés une trentaine d’années avant la guerre de Sécession, Alexis de Tocqueville a brossé les traits de deux types humains opposés : « L’Américain du Sud est plus spontané, plus spirituel, plus ouvert, plus généreux, plus intellectuel, plus brillant. L’Américain du Nord est plus actif, plus raisonnable et plus habile. »

Il est habituel de dire que le Sud, sous la coupe d’une aristocratie de planteurs, vit de l’agriculture, et que le Nord repose sur une économie industrielle et financière encouragée par le protectionnisme. Les griefs du Sud envers le Nord couvent depuis des années. Ils alimentent de manière latente l’idée de sécession. Ils sont de deux ordres : économique et politique.

Grâce au coton, les Etats du Sud fournissent les trois quarts des exportations de l’Union. En toute logique, ils devraient en tirer de substantiels revenus. Or, ce n’est pas le cas. Le Nord contrôle les exportations et les importations. Les conglomérats nordistes achètent le coton aux planteurs pour le revendre en Europe. Ce sont les banques du Nord qui gèrent les traites et les paiements, effectuent les avances sur recettes. Ce sont les armateurs qui acheminent le coton et retournent le fret. C’est à New York que débarquent les marchandises destinées au Sud. A cela s’ajoutent les tarifs douaniers qui profitent d’abord au Nord. Les tentatives d’industrialisation du Sud sont systématiquement brisées et se soldent par des faillites retentissantes. Le Sud prend conscience de sa dépendance économique. « Le Sud est pour le Nord la plus belle colonie qu’aucun pays ait jamais possédée », s’emporte Barwell Rhett, directeur du Monitor de Charleston.

Le Sud voit se dérober le pouvoir politique qu’il a réussi à conserver vaille que vaille au gré des mandats présidentiels. La démographie joue pour le Nord. Les migrants venus d’Europe affluent vers les territoires du Nord-Est et de l'Ouest, mais délaissent le Sud. Les Sudistes sont en passe de devenir minoritaires. Sur 240 représentants attribués par le recensement de 1860, le Sud n’en conserve que 65, à peine plus que la minorité de blocage au Sénat pour les amendements constitutionnels.

L’esclavage est le point d’abcès autour duquel se cristallisent toutes ses angoisses. En réalité, la grande majorité des Blancs n’est pas directement concernée par le travail servile. Sur 1 800 000 familles du Sud, 350 000 détiennent des esclaves. Mais l’esclavage est la clé de voûte de toute la société. Son abrogation immédiate aurait provoqué la désintégration des exploitations, la ruine des planteurs et la disparition de cette société qui semblait, aux yeux des Sudistes, supérieure au mercantilisme du Nord.

Le régime des nouveaux Etats de l’Ouest est le véritable détonateur du conflit. Nord et Sud s’y livrent une lutte d’influence acharnée. Le Sud convoite ces terres nécessaires au coton dont la culture intensive épuise les sols. Il s’arroge l’Arkansas et s’avance vers le Missouri. Mais, sans main d’œuvre servile, la culture est impossible. Dès lors, il est impératif pour ces nouveaux Etats d’adopter l’esclavage. A l’inverse, le Nord estime que le principal ennemi du pionnier est le travail servile. L’équation est la suivante : l’esclave chasse le travailleur libre, la plantation chasse la ferme. Le Middle West dont est originaire Lincoln ne peut tolérer la sécession. En raison de sa situation géographique, il dépend à la fois du Nord et du Sud. Il écoule sa production agricole via le chemin de fer traversant la Nouvelle-Angleterre et vers le golfe du Mexique, en descendant le Mississippi. A l’inverse du Sud, le Middle West n’a qu’une patrie, les Etats-Unis. Il y va, écrit René Rémond, « pour les deux parties, de leur existence, de leur mode de vie, d’une forme de civilisation ; il y va aussi du maintien et de l’avenir de l’Union ».


1850 - 1853 : Présidence de Millard Fillmore.


1851 : Isaac Merritt Singer invente une nouvelle machine à coudre.


1850 : Traité anglo-américain à propos de l’isthme de Panama.


1852 : Publication de, La Case de l’oncle Tom, de Harriet Beecher-Stowe.


1853 : Le commodore Perry contraint par la force le Japon à s’ouvrir au commerce américain.


1853 - 1857 : Présidence de James Buchanan.


1854 : Fondation du parti républicain.


1854 : Vote de la loi « Kansas-Nebraska » qui révoque le compromis du Missouri. C’est une victoire pour le Sud. Le parlement de chaque Etat, indépendamment de sa position géographique, a le droit de se prononcer pour ou contre l’esclavage. Les abolitionnistes protestent. Abraham Lincoln, leader du parti républicain nouvellement constitué, annonce que l’abrogation de la loi sera l’un des points phares de son programme.


1855 : Publication de Feuilles d'herbe de Walt Whitman.


Novembre 1856 : James Buchanan élu président.


1859 : Le premier puits de pétrole est foré à Titusville en Pennsylvanie. En quelques années, le pétrole remplace le suif ou la graisse de baleine comme moyen d’éclairage.


16 octobre 1859 : Un abolitionniste blanc, John Brown, s’empare, à la tête d’un commando, de l’arsenal fédéral d’Harper Ferry (Virginie) dans l’idée d’armer les esclaves et de les soulever. Le coup de main échoue et Brown est pendu. L’épisode a un énorme retentissement dans tout le pays.


1860 : Lincoln est élu président des Etats-Unis après six mois d’une campagne habile soutenue par des moyens financiers considérables. Il n’est pourtant l’élu que d’une minorité, n’ayant obtenu que 1 857 610 voix sur plus de huit millions d’électeurs, dont plus de la moitié se sont abstenus.


24 décembre1860 : La Caroline du Sud refuse de reconnaître l’élection de Lincoln et se déclare indépendante. Son exemple est suivi par six autres Etats (Texas, Mississipi, Alabama, Géorgie, Arkansas, Floride).


29 janvier 1861 : Le Kansas est admis comme nouvel Etat dans l'Union.


9 février 1861 : Les sept Etats sécessionnistes fondent une confédération et élisent Jefferson Davis à la présidence. Quatre autres Etats (Virginie, Arkansas, Tennessee et Caroline du Nord) adhèrent successivement à la confédération qui sera également rejointe par la nation des Indiens Cherokees.


12 avril 1861 : Premier coup de canon de la guerre de Sécession. La garnison fédérale de fort Sumter (Caroline du Sud) capitule le lendemain.


22 avril 1861 : Richmond (Virginie) devient la capitale de la Confédération.


21 juillet 1861 : Victoire des Confédérés à Bull Run (Manassas) en Virginie. Mac Clellan prend le commandement des armées nordistes en novembre.


9 mars 1862 : Affrontement naval entre les deux navires cuirassés Monitor et Merrimac.


23 mars - 9 juin 1862 : Campagne victorieuse de « Stonewall » Jackson (confédéré) dans la vallée de la Shenandoah.


avril 1862 : Bataille indécise de Shiloh (Tennessee).


mai 1862 : Prise de la Nouvelle-Orléans par la marine du Nord.


31 mai - 1er Juin 1862 : Victoire des Confédérés, commandés par J.E Johnston et R.E Lee, à Fair Oaks (Virginie).


25 juin - 1er juillet 1862 : Victoire des Confédérés, commandés par Lee, à la bataille des Sept Jours (Virginie). Richmond est sauvée.


29-30 août 1862 : Victoire des Confédérés à la deuxième bataille de Bull Run (Manassas) en Virginie.


17 septembre 1862 : Bataille indécise à Antietam (Maryland).


13 décembre 1862 : Victoire des Confédérés à Fredericksburg (Virginie). Le général nordiste Burnside est remplacé par Hooker.


1er janvier 1863 : Proclamation d’émancipation. Rosecrans est le vainqueur des Confédérés de Bragg sur la Stones River (Tennessee).


2-4 mai 1862 : Victoire des Confédérés de Lee à Chancellorsville, mais Jackson est mortellement blessé.


1-3 juillet 1863 : Défaite sudiste à Gettysburg (Pennsylvanie). Les Nordistes tiennent bon malgré les charges épiques de leurs adversaires, en particulier celle de la légendaire brigade texane du général Pickett. Lee doit finalement se résigner à la retraite. Les pertes sont très lourdes de part et d’autre et correspondent au tiers des effectifs engagés dans chacun des deux camps.


4 juillet 1863 : La capitulation de Vicksburg (Mississipi) donne aux Nordistes le contrôle du Mississippi, coupant la Confédération en deux.


11 juillet 1863 : Emeute à New York des quartiers irlandais contre la conscription. La répression fait cinq cents morts.


25 août 1863 : Déportation des populations sudistes de la région frontière du Kansas et du Missouri, ordonnée par le décret n°11 du général nordiste Thomas Ewing. Les habitants qui résistent sont tués sans distinction de sexe, les maisons sont brûlées, le bétail est abattu et les champs sont dévastés.


23-25 novembre 1863 : Victoire des Nordistes, commandés par Grant, à Chattanooga (Tennessee).


9 mars 1864 : Lincoln confie à Grant le commandement de toutes les armées du Nord. Le temps qui s’écoule joue de plus en plus nettement en faveur du Nord dont les ressources humaines et matérielles ne cessent d’augmenter.


4 mai 1864 : Sherman marche sur Atlanta (Géorgie).


5-6 mai 1864 : Bataille de Wilderness (Virginie). Victoire de Lee.


1er-3 juin 1864 : Victoire de Lee à Cold Harbor (Virginie). Les Fédéraux, commandés par Sheridan, dévastent la vallée de la Shenandoah, fidèle au Sud.


1er septembre 1864 : Hood évacue Atlanta. Sherman entre le lendemain dans la ville en flammes. Dévastation de la Géorgie.


novembre 1864 : Lincoln est réélu président.


16 décembre 1864 : Victoire nordiste à Nashville.


24 décembre 1864 : A l'issue de sa « marche à la mer », Sherman prend Savannah qu’il livre au pillage.


17 février 1865 : Sherman s’empare de Columbia qu’il détruit par le feu.


18 février 1865 : La flotte nordiste prend Charleston.


mars 1865 : L’Union oppose 990 000 hommes à 175 000 Confédérés.


2 avril 1865 : Le gouvernement confédéré évacue Richmond.


9 avril 1865 : Reddition du général Lee à Appomattox.


14 avril 1865 : Assassinat de Lincoln par le Sudiste John Wilkes Booth. Andrew Johnson lui succède.


18 avril 1865 : Reddition du général sudiste Johnston. Fin de la guerre de Sécession.


23 juin 1865 : Reddition du général indien Stand Watie, dernier chef confédéré à poursuivre le combat. Plus de 620 000 soldats ont péri, 360 000 Yankees et plus de 260 000 Sudistes. Comme l’écrit Dominique Venner, « Dans l’histoire moderne, ce fut aussi la première guerre totale prenant pour otage une population (celle du Sud) en détruisant son habitat et en l’affamant. Ce fut la première guerre où le chemin de fer joua un rôle tactique et stratégique par la possibilité de déplacer rapidement des troupes nombreuses d’un théâtre à un autre. Ce fut la première guerre où, grâce au télégraphe, des nouvelles ou des ordres purent être portés instantanément sur de grandes distances. Ce fut la première guerre où l’on expérimenta des navires cuirassés et des sous-marins. Ce fut l’une des premières où la guérilla fut utilisée à grande échelle. La première enfin où le feu de l’infanterie acquit une précision, une rapidité et une efficacité qui imposèrent aux soldats de se protéger dans les tranchées ».


18 décembre 1865 : Abolition de l'esclavage.

 

Dès 1864, Lincoln préconise à l’égard du Sud une politique de réconciliation. Son projet est de faire du Nord et du Sud une seule nation. A l’occasion de son discours sur la reconstruction du 8 décembre 1863, le président rappelle qu’il ne fait pas la guerre pour supprimer l’esclavage, mais pour rétablir l’Union. L’esclavage devait être aboli parce que sa fin s’inscrivait dans le sens de l’Histoire. Les Sudistes les plus réalistes, comme le général Lee, partagent également cette opinion. La mort de Lincoln a tout remis en question. A la politique de la main tendue, les Républicains radicaux préfèrent celle des représailles.

Les Etats du Sud sortent de la guerre exsangues. En Caroline, la production du riz est anéantie, l’eau salée a inondé les champs. Détruite, l’industrie sucrière de Louisiane ne retrouvera jamais son lustre passé. Mais c’est le coton qui a le plus souffert, dorénavant concurrencé par celui des colonies anglaises.

Sur un plan politique, les relations entre Noirs et Blancs demeurent très tendues. Les Carpetbaggers sont le symbole honni de cette période. Il s’agit d’hommes politiques blancs attirés par la possibilité de se faire élire avec les voix des Noirs récemment affranchis. « Alléchés par des perspectives de gain facile, ils descendent du Nord en pays occupé avec, pour tout bagage, une méchante valise qu’il s’agissait de remplir. » En réaction, les Blancs, créent une société secrète, le Ku Klux Klan, destiné à terroriser les Noirs et à les détourner des urnes. Agissant à la nuit tombée, ses membres, vêtus de blancs, portent un masque propre à semer l’effroi. Certaines expéditions se terminent en lynchage.


1865 - 1869 : Présidence d’Andrew Johnson.


18 décembre 1865 : vote du treizième amendement. « Ni esclavage ni aucune forme de servitude involontaire, excepté en châtiment d’un crime dont l’accusé aura dûment été reconnu coupable, ne pourront exister aux Etats-Unis, ni en aucun lieu soumis à leur juridiction. »


1866 : Ultimatum à la France de Napoléon III du secrétaire d’Etat Seward pour qu’elle se retire du Mexique.


août 1866 : Les républicains sont majoritaires au Congrès lors des élections.


1866 : Invention de la machine à écrire par Ch. Sholes dont le brevet sera vendu à Remington en 1873.


1867 : Achat de l’Alaska à la Russie pour 7 millions de dollars. Annexion des îles Midway, au centre du Pacifique nord. Création de l’université noire de Howard.


mars 1867 : L'Alaska devient 37e Etat des Etats-Unis.


mars 1867 : Deux lois soumettent les Etats du Sud à une occupation militaire. C’est l’armée qui décide de l’enregistrement des nouveaux électeurs, alors qu’un grand nombre d’anciens électeurs blancs sont exclus des listes électorales.

avril 1867 : Le Congrès revient sur la promesse précédemment faite aux Indiens qu’ils pourraient garder leurs terres des grandes plaines. Une loi ordonne leur transfert vers des réserves en Oklahoma et au Dakota du Sud. Admission dans l'Union de l'Etat du Nebraska.


mai 1867 : Fondation du Ku Klux Klan.


1868 : Election à la présidence du républicain Ulysses Grant.


février 1869 : Le quinzième amendement oblige les Etats du Sud à accorder le droit de vote aux Noirs. 


10 mai 1869 : Achèvement du premier chemin de fer transcontinental. Il s’agit d’établir une liaison ferrée entre l’Atlantique et le Pacifique. La jonction est réalisée dans le Nord de l’Utah. Fondation des Chevaliers du Travail.


1869 - 1877 : Présidence d’Ulysse Grant. L’administration Grant consacre le triomphe des rings, des bandes organisées couvertes par le pouvoir politique. A l’origine de ses abus se trouve la construction des chemins de fer et l’adjudication des marchés.


1870 : Echec devant le Sénat du projet du président Grant d’annexion de Saint-Domingue.


1871 : Vote d'une loi contre le Ku Klux Klan.


1872 : Vote d'une loi d'amnistie pour la plupart des anciens Confédérés. Réélection d'Ulysses Grant.


1874 : Election de la première chambre démocrate depuis la guerre civile.


1876 : Exposition universelle de Philadelphie. Invention du téléphone par A. Graham Bell. Fondation de l'université John Hopkins de Baltimore. Publication du Tom Sawyer de Mark Twain. Rutherford Hayes est élu président.


juin 1876 : Mort du général Custer, lors du désastre de Little Big Horn, face aux Sioux de Sitting Bull. De l’or est découvert sur le territoire du Dakota du Sud, pourtant réserve indienne. Les aventuriers s’y précipitent, ce qui déclenche la révolte des Sioux.


mars 1877 : Le Congrès confirme l'élection de R. Hayes (47,9 % des voix contre 50,8 % au démocrate Samuel Tilden, mais 185 grands électeurs contre 184)


avril 1877 : Les derniers contingents fédéraux présents en Louisiane et en Caroline du Sud sont évacués.


juillet 1877 : Grèves de cheminots suivies d'affrontements sanglants à Baltimore et Chicago.

 

Une fois refermées les plaies de la guerre de Sécession, les Etats entrent dans une ère d’expansion industrielle et commerciale sans précédent. Tout se conjugue pour favoriser ce prodigieux développement. Les Etats-Unis disposent de terres fertiles et d’énormes forêts à une époque où les objets domestiques sont fabriqués en bois. Le pays jouit de gigantesques gisements de minerais, de charbon, de fer, de cuivre, de pétrole. A cela s’ajoute l’inépuisable flux de capitaux en provenance d’Europe. Dès 1890, la production sidérurgique dépasse celles de l’Angleterre et de l’Allemagne additionnées. Ce succès scelle le triomphe du Big Business, en d’autres termes la constitution de grands trusts assez forts pour s’assurer le monopole sur le marché. Ils portent le nom de grands capitaines d’industrie du fer et du pétrole, que sont les Andrew Carnegie, John D. Rockefeller ou Pierpont Morgan.

Forte de sa vertigineuse ascension économique, l’Amérique s’affirme comme une grande puissance. La « fermeture » de la frontière à l’ouest se répercute sur la vision américaine du monde. Désormais, c’est hors de la frontière nationale que les Américains cherchent la gloire et le succès. Dans Our Country (1886), le missionnaire Josiah Strong explique que « la race anglo-saxonne a été élue par Dieu pour civiliser le monde ».


1877 - 1881 : Présidence de Rutherford Hayes.


1878 : Invention de la lampe électrique par Thomas Edison, qui avait déjà inventé le phonographe l'année précédente. Création officielle des Chevaliers du Travail.


1879 : Création du parc naturel de Yellowstone.


1880 : Réalisation par George Eastman du premier appareil photographique Kodak.


1881 - 1885 : Le nouveau président, James Garfield, meurt (19 septembre) des suites d’un attentat commis par un déséquilibré. Son vice-président, Arthur Chester, lui succède.


1880 : Les Américains sont 50 millions.


1881 : Reddition du chef sioux Sitting Bull.


1882 : Interdiction de l’immigration chinoise. Fondation de Standard Oil Company.


1883 : La Cour suprême déclare inconstitutionnel le Civil Rights Act de 1875.


1883 : Premiers spectacles de Buffalo Bill.


1885 - 1889 : Présidence de Grover Cleveland.


1885 : Capture du chef apache Geronimo.


1886 : Après les émeutes de Chicago (1er mai), fondation de l’American Federation of Labour (AFL) de Samuel Gompers. Elle atteint rapidement le nombre de 500 000 membres cotisants. Inauguration, le 28 octobre, de la statue de la Liberté.


1886 : Premières ventes de Coca-Cola à Atlanta.


1887 : Vote du Dawse Act accordant aux survivants des tribus indiennes leur maintien sur leurs réserves. Accord germano-américain sur le contrôle des îles Samoa.


1889-1893 : Présidence de Benjamin Harrison.


1889 - ? : Dernière guerre indienne. Massacre de Wounded Knee.


1889 : Réunion d’un premier congrès panaméricain à Washington. Vente des dernières terres domaniales (dont celles de l’Oklahoma). La frontière est fermée. Les Etats du Montana, des Dakota du Nord et du Sud et du Washington rejoignent l'Union, suivis en 1890 par l'Idaho et le Wyoming. 


1890 : Loi Sherman antitrust. Elle déclare illégale « tout contrat ou toute combinaison sous forme de trust ou autre, ou toute conspiration visant à restreindre les échanges ou les commerces entre les différents Etats ou avec les nations étrangères ». Est déclarée coupable d’infraction « toute personne qui s’efforce de monopoliser ou de conspirer avec toute autre personne en vue de monopoliser une partie des échanges ou du commerce entre les différents Etats ou avec les nations étrangères ».


1890 : Loi Mac Kinley sur les droits de douane.


23 décembre 1890 : Dernier soulèvement indien et massacre de Wounded Knee.


mai 1891 : Création à Cincinnati du People’s party dont les membres demandent la nationalisation des chemins de fer, des télégraphes, des téléphones.


1892 : Le Missouri vote une législation destinée à détourner les Noirs des urnes. Elle exige que chaque électeur soit capable de lire et de commenter un passage de la Constitution. Il est aisé aux registrars, tous blancs, de déclarer « illettré » un noir éduqué.


1892 : Ouverture du centre d'accueil pour immigrants d'Ellis Island. Exposition universelle de Chicago dédiée à Christophe Colomb.


1893 - 1897 : Deuxième mandat présidentiel de G. Cleveland.


juin 1893 : Premier krach boursier à Wall Street.


1893 : Mort de Francis Parkman, l'écrivain qui avait raconté l'épopée de la conquête de l'Ouest. Publication du livre F.J. Turner, La Signification de la frontière dans l'histoire américaine. 


1894 : Les ouvriers de la Pullman Car Company, soutenus par le syndicat des cheminots se mettent en grève à Chicago. La grève est brisée par la force et les troupes fédérales interviennent.


1896 : Arrêt de la Cour suprême légalisant la ségrégation raciale. C’est la doctrine du separate but equal. Admission de l'Utah dans l'Union. Mac Kinley l'emporte sur Bryan aux élections présidentielles.


1897 : L’amiral Mahan publie The interest of America in Sea Power. Il y souligne l’impératif pour les Etats-Unis de se doter d’une puissance navale qui puisse un jour prendre le relais de la thalassocratie britannique.


1897 - 1901 : Présidence de William McKinley, assassiné au cours de son mandat (6 septembre 1901) par un anarchiste.


1898 : Guerre hispano-américaine dont la cause est l’explosion, alors mal élucidée, du cuirassé Maine en baie de La Havane. Elle se termine au traité de Paris qui voit l’Espagne reconnaître « l’indépendance de Cuba » et donner aux Etats-Unis Porto Rico, Guam et les Philippines. Il s’agit d’une « splendide petite guerre », selon le secrétaire d’Etat John Hay. Annexion des îles Hawaï.


1899 : Proclamation de la doctrine américaine de la « porte ouverte » à propos du commerce avec la Chine. Les Etats-Unis ambitionnent de faire de la Chine et de ses millions de consommateurs potentiels, un marché captif.


1900 : Les Etats-Unis interviennent en Chine dans le cadre de l’expédition internationale à l’occasion de la guerre des Boxers. Adoption du monométallisme or.


1901 : Assassinat à Buffalo du président Mac Kinley. Théodore Roosevelt lui succède à la Maison blanche jusqu'en 1909. Fondation du groupe sidérurgique US Steel.


1901 : Protectorat américain sur Cuba (amendement Platt). Installation de la base de Guantanamo.


1903 : W.B Du Bois publie The souls of black folk, dont l’idée force est : « Le problème du XXe siècle est le problème de couleur. »


juillet 1903 : Henry Ford sort sa première automobile.


3 novembre 1903 : Les Américains provoquent la même année un soulèvement indépendantiste à Panama au détriment de la Colombie. Le nouvel Etat permettra le percement de l’isthme. Le canal est inauguré en 1914.


17 décembre 1903 : Les frères Wright réussissent à s'envoler sur le biplan Flyer.


1904 : Théodore Roosevelt accentue la « doctrine Monroe » en proclamant le droit des Etats-Unis à intervenir par la force dans les affaires de l’Amérique latine. Au Congrès, Roosevelt formule la revendication suivante : « En Amérique comme ailleurs, de mauvais actes chroniques… peuvent finalement nécessiter l’intervention d’une nation civilisée, et, dans l’hémisphère occidental, l’adhésion des Etats-Unis à la doctrine de Monroe peut, dans des cas flagrants, contraindre ceux-ci, bien qu’à contrecœur, à exercer des pouvoirs de police internationale. »


5 septembre 1905 : La médiation américaine conduit au traité de Portsmouth qui met fin à la guerre russo-japonaise. Les Etats-Unis craignent la concurrence du Japon en Chine.


octobre 1905 : Les Etats-Unis interviennent en République dominicaine en banqueroute. A la suite du débarquement, la gestion de la dette du pays est transférée à une banque américaine.


1906 : Tremblement de terre de San Francisco.


novembre 1907 : L'Oklahoma devient le 46e Etat de l'Union.


1907-1908 : Accord américano-japonais sur l'émigration nippone vers les USA.


1908 : Invention par Henry Ford de sa célèbre auto Ford T. Il introduit de nouvelles méthodes de travail à la chaîne et un système fondé sur la consommation de masse.


novembre 1908 : Le républicain Taft est élu président.


6 avril 1909 : Peary au pôle Nord.


1909 : Première intervention de l’armée américaine au Nicaragua.


1909 : Frank Lloyd Wright crée à Chicago un nouveau type de maison.


1909-1913 : Présidence de William Taft.


1912 : Les territoires de l’Arizona et du Nouveau-Mexique accèdent au statut d’Etat. Election à la présidence du démocrate Thomas Woodrow Wilson qui était opposé à deux candidats républicains (il est élu avec 42 % des voix).


1913 : Loi sur la Réserve fédérale. En créant douze banques de réserves dans douze régions, elle assure en théorie au gouvernement un levier de financement et de contrôle de la vie économique. En faisant fonctionner la planche à billets, la Réserve fédérale inonde le marché de liquidités. Mise en place du travail à la chaîne aux usines Ford. 

 

Quelques jours après le début des hostilités, le président Wilson adresse à ses compatriotes un message solennel : « Les Etats-Unis doivent être neutres en fait comme en théorie… Nous devons être impartiaux dans nos pensées comme dans nos actes. » Et pourtant, très vite, l’attitude américaine vire d’une prudente neutralité à un bellicisme assumé. Plusieurs raisons expliquent cette évolution. Tout d’abord, le maintien de liens très forts avec le Royaume-Uni. L’idée que la famille des nations anglo-saxonnes est à l’avant-garde du progrès démocratique. Une victoire des puissances centrales signifierait non seulement le triomphe du « militarisme féodal », mais fermerait la porte de l’Europe au commerce américain. A cela s’ajoutent, des causes plus conjoncturelles : le remboursement des prêts de l’Entente contractés auprès des banques américaines, la guerre sous-marine à outrance de l’Allemagne, les inquiétudes nées des manœuvres allemandes en Amérique centrale.

En janvier 1918, Wilson énumère son programme de quatorze points et les buts de guerre des Etats-Unis : « Une paix juste sous la garantie d’un organisme international impartial ». Quelques mois plus tard, des foules enthousiastes acclament Wilson venu à Paris participer à la Conférence de paix. Las, le voile de l’idéalisme se déchire. Comme le souligne Philippe Conrad : « Le projet de Société des nations apparaît comme le fruit d’un idéalisme trompeur. Et, quand le président est désavoué par son Congrès (devenu majoritairement républicain aux élections de mid-term de 1918), c’est la garantie américaine des traités qui s’évanouit, à la grande déception des Français qui n’ont accepté les clauses de Versailles qu’à la condition de voir les deux puissances anglo-saxonnes se porter garantes de leur exécution. »


1914 : Loi Clayton antitrust. Des incidents avec le Mexique débouchent sur l'occupation de Vera Cruz par les Américains. Inauguration du canal de Panama, réalisé par les Américains après l'échec du projet français. Une fois la guerre commencée en Europe à l'été, l'Amérique affiche sa neutralité, mais les banques new-yorkaises prêtent des fonds à l'Angleterre et à la France. 


1915 : Le cinéaste D.W. Griffiths présente sa Naissance d'une nation, un film qui fait scandale, dans la mesure où il fait la part belle au Sud vaincu lors de la guerre de Sécession.


1915 - 1934 : Invasion et occupation d’Haïti par les Américains.


7 mai 1915 : Le paquebot Lusitania est torpillé par un sous-marin allemand. Ce qui cause la disparition de 1 198 passagers dont 128 Américains. L’indignation est vive aux Etats-Unis et Wilson sermonne l'ambassadeur allemand.


1916 : Expédition du général Pershing au Mexique.


mars 1916 : Sensibles aux pressions américaines, les Allemands suspendent la guerre sous-marine. 


novembre 1916 : Réélection de Wilson sous le slogan : « He kepts us out of war » (Il nous a préservé de la guerre).


1916 - 1924 : Occupation américaine de Saint-Domingue.


22 janvier 1917 : Wilson préconise une paix blanche dans laquelle aucune des deux coalitions ne pourrait s’arroger la victoire.


1er février 1917 : Le gouvernement allemand annonce la relance de la guerre sous-marine sans exception pour les pays neutres. Une demi-douzaine de navires américains sont coulés. Wilson décide la rupture des relations diplomatiques, mais dit attendre « un acte d'injustice voulu ». Plusieurs navires américains sont coulés dont le paquebot Vigilentia.


mars 1917 : Le télégramme Zimmerman intercepté par les Anglais et transmis aux Américains est rendu public. Il donne l'instruction à l'ambassadeur d’Allemagne à Washington de proposer au Mexique une alliance contre les Etats-Unis.


6 avril 1917 : Le président Wilson annonce l’entrée en guerre des Etats-Unis, associés à l’Entente contre les empires centraux.


juin 1917 : Le premier contingent américain débarque en France sous le commandement de John Pershing.


8 janvier 1918 : T.W Wilson formule les Quatorze Points, buts de guerre des Etats-Unis dans le conflit. Dans son esprit, le dernier point est le plus important. Il stipule que : « Il faut, moyennant des pactes précis, constituer une association générale de nations afin de fournir à tous les Etats, les grands comme les petits, des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale. »


printemps 1918 : Accélération de l’effort de guerre des Etats-Unis. Les usines tournent à plein rendement en générant d’énormes profits. Les convois de transporteurs de troupes se succèdent dans l’Atlantique. En mars, ils transfèrent 80 000 hommes, en avril 118 000 hommes, en mai près de 250 000 et, à partir de juin, plus de 300 000 chaque mois. Au printemps 1918, ils participent aux combats livrés près de Château-Thierry. A l'automne, près de deux millions de soldats américains sont à pied d'œuvre entre Champagne et Vosges.


septembre 1918 : Les Américains réduisent le saillant de Saint-Mihiel, avant de s'engager dans une vaste offensive en Argonne où leurs troupes progressent difficilement. 


novembre 1918 : La guerre s’achève en Europe. Le corps expéditionnaire américain bien qu’engagé tardivement a payé un lourd tribut avec près de 80 000 morts.


1919 : Vagues d’émeutes raciales et de grèves dans tout le pays, notamment à Chicago et à Omaha (Nebraska). Vote du dix-huitième amendement prohibant les boissons alcoolisées. Il aura de redoutables conséquences en matière de délinquance, en favorisant l'essor du crime organisé, incarné par Al Capone et ses semblables mafieux. 


28 juin 1919 : Signature du traité de Versailles et du pacte de la Société des nations (SDN), rejetés en 1920 par le Congrès. Les raisons sont nombreuses : « Les Américains de souche allemande dénonçaient le traité parce qu’il mutilait leur ancienne patrie, les Américains de souche italienne parce que les Alliés avaient violé leurs promesses envers l’Italie, les Américains de souche irlandaise parce que la Grande-Bretagne, l’oppresseur abhorré de l’Irlande, ne se voyait pas contrainte de lui accorder l’indépendance », analyse Franck L. Schoell.


26 septembre 1919 : Wilson est victime d’une attaque cardiaque qui l'handicape jusqu’à sa mort.


19 novembre 1919 : Le Sénat rejette une première fois le traité de Versailles.

 

A la veille de la crise de 1929, le président Hoover s’exclame dans une envolée lyrique : « Nous, les Américains, nous sommes plus près d’abolir la pauvreté qu’aucun pays dans l’histoire du monde. » Son mandat lui apporte un cruel démenti. En 1932, la situation est catastrophique, tous les indicateurs sont au rouge : douze millions de chômeurs, une production industrielle en chute libre, une agriculture au bord de la faillite. La surproduction est en grande partie à l’origine de la crise. La production américaine était devenue beaucoup plus grande que la capacité du marché national à consommer.

L’élection du démocrate Franklin Roosevelt répudie deux principes phares chers aux républicains : la foi intrinsèque en la main invisible du marché et le repli sur le pré carré américain. Les Etats-Unis s’engagent sur la voie du New-Deal, c'est-à-dire une nouvelle donne, une nouvelle répartition plus « juste » des richesses. Simultanément portée par son messianisme démocratique, l’Amérique s’arrime définitivement aux affaires du monde. En définitive, c’est la seconde guerre mondiale et la mobilisation totale de l’industrie qui permettent à l’économie américaine de sortir de la dépression.


1920 : Adoption du dix-neuvième amendement donnant le droit de vote aux femmes. L’élection présidentielle de novembre porte à la Maison blanche le républicain Harding, champion de l’America First, le slogan, qui réunit les adversaires des traités et de la SDN.


1er janvier 1920 : Entrée en vigueur du dix-huitième amendement voté en 1919 qui interdit sur tout le territoire américain la fabrication et la vente de toute boisson alcoolique. C’est une puissante association féministe, l’Anti-Saloon League qui, dans le climat de puritanisme exacerbé de la guerre, obtient la prohibition. La contrebande explose et contribue à alimenter la criminalité.


19 mars 1920 : Second rejet par le Sénat du traité de Versailles.


1920 : Publication de Main Street de Sinclair Lewis.


1921-1923 : Présidence de Warren Harding. Elle est marquée par plusieurs affaires de corruption retentissantes.


1921 : Première loi fixant des quotas d’immigration (350 000 personnes par an). A cet effet, le contingent de chaque nation est limité à 3 % du nombre de ses ressortissants présents sur le sol américain lors du recensement de 1910.


1921-1922 : Conférence de Washington sur le désarmement naval. Elle établit la primauté anglo-saxonne en ce domaine. Le tonnage fixé en grandes unités est le suivant : 5 pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, 3 pour le Japon, 1,75 pour la France et l’Italie.


1923-1929 : Présidence de John Coolidge qui, vice-président en 1921, a succédé à Harding à la suite de son décès prématuré. Il est réélu en 1924. Ces années sont marquées par une remarquable croissance économique. Le revenu national bondit de 50 % et les salaires augmentent d’un tiers.


1924 : Deuxième loi sur les quotas limitant la quantité d’immigrants et favorisant les Anglo-Saxons. L'immigration japonaise est interdite.


1926-1933 : Occupation militaire américaine au Nicaragua.


20-21 mai 1927 : Charles Lindbergh réussit la première traversée de l’Atlantique en avion, New York-Paris (6 000 km), seul et sans radio.


23 août 1927 : Exécution des anarchistes Sacco et Vanzetti.


6 novembre 1928 : Hoover est élu président contre le démocrate Alfred E. Smith.


juin 1929 : Plan Young, établi pour le paiement (sur soixante ans) des réparations allemandes.


1929-1933 : Présidence d’Herbert Hoover.


24 octobre 1929 : Krach de Wall Street. Vent de panique sur la bourse à New York. L’indice chute de 43 points. A la fin du mois, les actionnaires ont subi une perte de 15 milliards de dollars. Des millions d’épargnants voient leurs économies se volatiliser. Le tourbillon de la dépression entraîne la fermeture de milliers d’usines et la faillite de milliers de banques, privées de liquidités. Des millions de chômeurs se retrouvent à la rue. Les impôts cessent de rentrer et l’administration ne verse plus les salaires de ses employés. L’Amérique compte quatorze millions de chômeurs.


20 juin 1931 : Moratoire Hoover sur le règlement des dettes. Il sera prolongé par la conférence de Lausanne qui, en 1932, mettra fin au paiement des réparations allemandes.


septembre 1931 : Les Japonais envahissent la Mandchourie. 


octobre 1931 : Al Capone condamné pour fraude fiscale.


novembre 1932 : Election de F.D Roosevelt. Il va mettre en œuvre le New Deal qui combine une politique de relance par la consommation et l’augmentation du pouvoir d’achat avec la mise en place du Welfare State.


30 janvier 1933 : Hitler devient chancelier du Reich.


février 1933 : Lancement du premier porte-avions américain.


4 mars 1933 : Roosevelt entre à la Maison blanche.


9 mars - 16 juin 1933 : Les « Cent Jours » de Roosevelt. Loi d'urgence sur les banques (9 mars), détachement du dollar de l'étalon or (19 avril), l'Agricultural Adjustment Act (12 mai), la loi sur la mise en valeur de la vallée du Tennessee ou Tennessee Valley Autority (18 mai), la loi Glass Steagall sur le contrôle des banques (16 juin), le National Industrial Recovery Act (16 juin).


16 novembre 1933 : Reconnaissance de la Russie soviétique.


5 décembre 1933 : Fin de la prohibition (vingt-et-unième amendement).


1934 : L’Indian Reorganization Act autorise les tribus à conserver leur système d’élevage et de vie communautaire.


janvier 1934 : Dévaluation progressive du dollar.


mai 1934 : Début des travaux de la commission Nye sur les prêts effectués durant première guerre mondiale.


1935 : Le Social Security Act crée une assurance chômage et un système de pensions pour les personnes âgées, les aveugles et les enfants infirmes.


3 novembre 1936 : Réélection triomphale de F.D Roosevelt.


1937 : Le chômage s’élève encore à sept millions d’individus.


octobre 1937 : Loi de neutralité interdisant toute vente d’armes à un Etat en guerre. Par son discours de la Quarantaine prononcé à Chicago le 5 octobre, F.D. Roosevelt condamne la conquête italienne de l'Ethiopie et l’attaque japonaise en Chine.


3 septembre 1939 : Déclarations de guerre de la France et de l'Angleterre à l'Allemagne.


1939 : Publication des Raisins de la colère de John Steinbeck. Sortie du film Autant en emporte le vent inspiré du roman de Margaret Mitchell.


11 octobre 1939 : Albert Einstein informe Roosevelt de la possibilité de réaliser une bombe atomique.


4 novembre 1939 : Nouvelle loi sur la neutralité incluant la clause cash and carry. Un sondage d’opinion réalisé en octobre montre que 99 % d’Américains sont hostiles à toute intervention dans la guerre européenne.


février-mars 1940 : Mission de Sumner Welles en Europe. 


20 juin 1940 : Henry Stimson devient secrétaire d'Etat à la guerre.


septembre 1940 : Roosevelt proclame l’état d’urgence nationale. La conscription est rendue obligatoire pour tous les hommes de 21 à 35 ans.


4 septembre 1940 : Création de l’Association America First opposée à l’entrée en guerre des Etats-Unis et favorable au maintien d’une stricte neutralité. Comptant plus de 800 000 membres, elle a pour porte-parole l’aviateur Charles Lindbergh.


5 novembre 1940 : Réélection de Roosevelt.


6 janvier 1941 : Dans son discours d’investiture, Roosevelt pointe les quatre objectifs de la politique américaine qui sont la liberté d’expression, la liberté de conscience, la libération de la misère et la libération de la peur.


printemps 1941 : Plusieurs mesures sont prises contre l’Axe : saisie des navires italo-allemands, occupation de l’Islande et du Groenland, extension du prêt-bail à l’URSS, ordre de tirer à vue sur les sous-marins allemands.


11 mars 1941 : Loi du prêt-bail. Les adversaires de l’Axe, dont les Soviétiques à partir du mois de juin, pourront bénéficier des livraisons d’armes américaines qui seront remboursées ou rendues après la guerre. Roosevelt approuve le plan stratégique de ses conseillers militaires qui donne la priorité à la guerre contre l’Allemagne.


7 juillet 1941 : Accord avec l'Islande sur la location de bases aux USA.


1er août 1941 : Embargo pétrolier des Etats-Unis contre le Japon. Privé de matières premières, Tokyo planifie une guerre éclair qui devrait mettre les Etats-Unis à genoux dans le Pacifique.


14 août 1941 : Roosevelt et Churchill ratifient la charte de l’Atlantique qui précise les buts de guerre des Anglo-Saxons. Elle stipule le droit de tous les peuples à choisir leur propre forme de gouvernement, la collaboration internationale pour le progrès économique, l’accès de toutes les nations aux matières premières et la liberté des mers.


17 novembre 1941 : Abrogation des lois de neutralité.

 

Comme lors de la première guerre mondiale, les usines américaines tournent à plein régime. Rien qu’en 1942, 60 000 avions, 45 000 chars, 20 000 canons de DCA, 18 millions de tonnes de navires sont produits. Dans les chantiers navals, l’on construit un Liberty Ship en douze jours. La guerre prend une forme industrielle. Les Etats-Unis écrasent leurs ennemis sous le poids d’un matériel à la fois robuste et abondant fabriqué en série. La seule production annuelle en acier de la ville de Pittsburgh équivaut à celle de l’Italie durant tout le conflit.

Deux impératifs motivent l’entrée en guerre des Etats-Unis. D’une part, les succès initiaux de l’Axe en Europe et en URSS laissent entrevoir la constitution d’un bloc continental autarcique sous hégémonie germanique. Alliés à la sphère de coprospérité japonaise, ces deux ensembles écarteraient de facto les Etats-Unis de la scène planétaire. D’autre part, relevant le flambeau du wilsonisme, il est impensable dans l’esprit de Roosevelt, une fois la victoire acquise, de laisser la planète s’embraser une nouvelle fois. Un organisme de sécurité collectif, l’Organisation des Nations unies, doté de vrais pouvoirs coercitifs, lui semble l’outil le plus approprié au maintien de la paix. Idéaliste, Roosevelt juge indispensable la collaboration d’une URSS qui se démocratiserait tandis que les Etats-Unis, sur la lancée du New Deal, se socialiseraient.


7 décembre 1941 : Attaque surprise de Pearl Harbor (Hawaï). Les Japonais détruisent ou endommagent huit cuirassés. 2 403 marins et aviateurs périssent. Néanmoins, les porte-avions, fleurons de la guerre moderne sur mer, ont quitté la rade quarante-huit heures auparavant. L’impact psychologique de l’agression est énorme. Elle transforme un conflit lointain en une guerre nationale. Le 8 décembre, les USA déclarent la guerre au Japon.


11 décembre 1941 : Etat de guerre avec l'Allemagne et l'Italie.


6 janvier 1942 : Adoption du Victory Program.


23 février 1942 : Le sous-marin japonais I-17 fait surface dans un canal près d’Ellwood Oil Field, une grande installation de puits et de stockage de pétrole à l'extérieur de Santa Barbara. Il tire seize obus avant de plonger.


6 mai 1942 : Mac Arthur doit quitter Corregidor aux Philippines. La bataille engagée depuis janvier pour le contrôle de l'archipel tourne à l'avantage des Japonais.


18 avril 1942 : Raid aérien de Doolittle sur Tokyo.


7-8 mai 1942 : Bataille de la mer de Corail.


3-6 juin 1942 : La bataille aéronavale de Midway constitue un coup d’arrêt à la progression japonaise dans le Pacifique.


août 1942 - février 1943 : La reconquête du Pacifique débute à Guadalcanal.


septembre 1942 : Le sous-marin japonais I-25 opère le premier bombardement aérien sur le sol des Etats-Unis. Il lance sur la côte de l'Oregon un hydravion Yokosuka E14Y. Après un vol dans une région boisée près de Brookings (Oregon), l'hydravion lâche des bombes incendiaires dans le but de provoquer un incendie de forêt. L’opération est un échec.


8 novembre 1942 : Débarquement anglo-américain en Afrique du Nord.


14-24 janvier 1943 : Conférence de Casablanca. Accord entre Roosevelt et Churchill sur la reddition inconditionnelle de l’Axe.


mars-août 1943 : Reconquête des Aléoutiennes par les Américains et les Canadiens.


13 mai 1943 : Fin de la conquête de l'Afrique du Nord.


12-25 mai 1943 : Conférence Trident à Washington.


10 juillet 1943 : Avec l’aide de la mafia, les Américains débarquent en Sicile.


11-24 août 1943 : Conférence Quadrant à Québec.


3 septembre 1943 : Débarquement en Italie du Sud.


novembre 1943 : Conférence d’Atlantic City (New-Jersey) qui crée l’administration des Nations unies pour la reconstruction et le secours (UNRRA) chargée d’apporter les secours aux pays détruits.


28 novembre - 1er décembre 1943 : Conférence de Téhéran entre Roosevelt, Churchill et Staline.


février 1944 : Débarquement dans les îles Marshall (Kwajalein et Eniwetok).


4 juin 1944 : Entrée des troupes alliées dans Rome.


6 juin 1944 : Débarquement de Normandie.


juillet 1944 : Conférence monétaire de Bretton Woods (New Hampshire). Elle décide la création d'une banque et un fonds monétaire international. Le dollar devient la monnaie étalon de la planète.


15 août 1944 : Débarquement de Provence.


21 août - 7 octobre 1944 : Conférence de Dumbarton Oaks sur la future Organisation des Nations unies.


11-16 septembre 1944 : Conférence de Québec où est présenté le plan Morgenthau pour la ruralisation de l’Allemagne.


7 novembre 1944 : Roosevelt réélu contre Dewey.


janvier - février 1945 : Fin de la campagne des Philippines.


4-11 février 1945 : Conférence de Yalta réunissant Churchill, Roosevelt et Staline.


14 février 1945 : Pacte du Quincy. La rencontre entre Roosevelt et Ibn Saoud scelle l’alliance américano-saoudienne.


mars 1945 : Grâce à des courants ascendants, les Japonais expédient sur la côte ouest du Pacifique des ballons-bombes. Ils entraînent la mort de six personnes dans l'Oregon. Leur disparition est considérée comme les seules victimes de combats ayant eu lieu sur le sol américain pendant la seconde guerre mondiale.


avril-juin 1945 : Bataille d’Okinawa.


12 avril 1945 : Mort de Roosevelt. Le vice-président Harry Truman lui succède.


25 avril 1945 : Américains et Soviétiques font leur jonction à Torgau, sur l'Elbe


25 avril - 26 juin 1945 : Conférence de San Francisco sur l’Organisation des Nations unies.


8-9 mai 1945 : Fin de la guerre en Europe.


17 juillet - 2 août 1945 : Conférence de Potsdam.


6 et 9 août 1945 : Bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki.


2 septembre 1945 : Capitulation du Japon. Fin de la seconde guerre mondiale. L'Amérique (les Etats-Unis) en sort grande gagnante. Elle n'a subi aucune destruction sur son territoire alors que toutes les autres puissances industrielles sont largement ruinées. Elle assure à elle seule en 1945 60 % de la production mondiale et va imposer, à la faveur de la grande croissance qui suit la guerre, sa suprématie économique et son hégémonie politique et culturelle sur le « monde libre » confronté au bloc communiste.

 

1991 est le point culminant de la puissance américaine : l’URSS s’est désagrégée, mais le Japon, grand rival économique, sombre dans le marasme. L’Europe est incapable de s’affirmer. Les Etats-Unis sont, selon les mots d’Hubert Védrine, une hyperpuissance. Ils combinent les deux versants de la puissance, le hard et le soft power, le gros bâton et la sucette.

Ils effectuent la moitié des dépenses militaires de la planète (600 milliards de dollars). Présente sur tous les océans du globe, la marine américaine (12 porte-avions) jouit d’une capacité de projection sans commune mesure. Ses capacités de renseignements permettent d’espionner ses ennemis comme ses alliés (réseau Echelon). Comme l’écrit J. Nye, « un millions et demi d’étrangers viennent chez nous suivre des études, des millions d’autres souhaitent voir des films américains et adopter l’american way of life. Ceux sur qui nous exerçons une fascination ne nous feront jamais la guerre ». L’Amérique draine les cerveaux de la planète, elle occupe une place hégémonique dans la recherche scientifique. La moitié des prix Nobel depuis 1945 sont américains. Elle inonde la planète de ses films (80 % du marché mondial du cinéma et 70 % des séries). Mais, de tous les outils de sa puissance, le plus redoutable reste le dollar. A la fois monnaie nationale et monnaie de la terre entière, il permet aux Etats-Unis de fixer les taux d’intérêt, en un mot l’ordre économique du monde. En somme, les Etats-Unis financent leur abyssal déficit extérieur grâce à la sueur des autres pays.

Au début des années quatre-vingt-dix, l’Amérique est saisie de démesure. Elle croit, à la manière de Francis Fukuyama, avoir abordé le rivage de la fin de l’Histoire.

La démocratie libérale alliée au doux commerce et à la « mondialisation heureuse » prépare le règne de la paix perpétuelle. Le but ultime est l’édification d’une zone de libre échange à l’échelle de la planète entière.

Mais, le 11 septembre 2001, le train déraille. Attaqués sur leur propre sol, les Américains lancent une croisade globale contre le terrorisme qui s’enlise dans les déserts d’Irak et d’Afghanistan. La rapide ascension des pays émergents, la Russie et la Chine en tête, achève d’enterrer le rêve de domination mondiale des néoconservateurs.


29 avril 1992 : Emeutes raciales à Los Angeles.


11 août 1992 : Les USA, le Canada et le Mexique créent l'ALENA (Association de libre échange nord-américaine ou NAFTA – North American Free Trade Agreement).


novembre 1992 : Election de Bill Clinton à la présidence, avec 43 % des voix, 38 % à George Bush et 19 % à Ross Perot, un candidat indépendant.


janvier-octobre 1993 : Echec de l’intervention américaine en Somalie.


22 février 1993 : A l’initiative des Etats-Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU décide de la création d’un tribunal pénal international (TPI) pour juger les « violations graves du droit humanitaire international » sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Le président G.B. Bush exclura les Etats-Unis de son application.


19 avril 1993 : Assaut du FBI contre la secte de Waco, Texas.


octobre 1994 : Intervention des Etats-Unis à Haïti.


1er décembre 1994 : Le Congrès approuve la création de l’Organisation mondiale du commerce.


19 avril 1995 : Attentats d’Oklahoma City contre les bureaux du FBI.


14 décembre 1995 : Signature des accords de Dayton mettant fin au conflit de Bosnie.


mars 1996 : Entrée en vigueur de la loi Helms-Burton qui accentue l'embargo contre Cuba.


août 1996 : Entrée en vigueur de la loi d'Amato-Kennedy qui établit le boycott économique de la Libye et de l'Iran.


5 novembre 1996 : Réélection de Bill Clinton, mais les républicains ont la majorité dans les deux chambres.


juillet 1997 : Elargissement de l’OTAN à la République tchèque, à la Hongrie et à la Pologne.


1997 : Crise financière en Asie.


1998 : Le président Bill Clinton est ébranlé par la révélation de sa liaison avec Monica Lewinsky. La Chambre des représentants vote son impeachment le 19 décembre, mais il sera jugé et acquitté par le Sénat le 12 février suivant.


août 1998 : Attentats contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie. Frappes aériennes contre l’Irak.


mars-juin 1999 : Guerre américaine contre la Serbie à la faveur de la crise du Kosovo.


décembre 1999 : Vladimir Poutine accède au pouvoir en Russie en remplacement de Boris Eltsine.


novembre 2000 : George W. Bush, fils de l’ancien président, est élu de justesse à la Maison blanche (49,82 millions de voix contre 50,16 millions au candidat démocrate, le vice-président sortant Al Gore, mais 271 grands électeurs contre 267).


11 septembre 2001 : Attentat contre le World Trade Center à New York et le Pentagone.


octobre-novembre-décembre 2001 : Les Américains réagissent en détruisant le pouvoir taliban en Afghanistan et en mobilisant leurs moyens et ceux de leurs alliés dans la guerre contre le terrorisme.


2 décembre 2001 : Faillite de la société de courtage Enron.


26 août 2002 : Le vice-président Dick Cheney déclare : « Avec son arsenal et assis sur 10 % des réserves mondiales de pétrole, on peut s’attendre à ce que Saddam Hussein cherche à dominer l’ensemble du Moyen-Orient, prenne le contrôle d’une grande part des approvisionnements énergétiques du monde, menace directement les amis de l’Amérique dans la région, et soumette les Etats-Unis ou n’importe quelle autre nation au chantage nucléaire. Il n’y a aucun doute sur le fait qu’il dispose déjà d’armes de destruction massive. »


mars 2003 : Invasion américaine de l’Irak, sous le prétexte de l’existence d’armes de destruction massive et sans l’aval de l’ONU. Les gouvernements français et allemand manifestent leur réserve. Polémique du secrétaire d’Etat à la défense, Donald Rumsfeld, contre la « vieille Europe ».


novembre 2004 : Réélection en novembre de George W. Bush.


septembre 2005 : L’ouragan Katrina dévaste la Louisiane.


2007 : Début de la crise financière liée à l’effondrement des crédits immobiliers à risques (subprimes). « Les banquiers ne prêtent qu’aux riches », dit-on. Aux Etats-Unis, ils prêtent aux pauvres et leur accordent des crédits immobiliers. En cas de défaillance de l’emprunteur, le bien hypothéqué est saisi et revendu pour se rembourser.


15 septembre 2008 : Faillite de la banque Lehman Brothers.


19 septembre 2008 : Plan Paulson de reprise des « actifs toxiques » des banques : 700 milliards de dollars. C’est l’équivalent du budget militaire annuel des Etats-Unis, soit dix fois le budget militaire de la Russie et de la Chine réunies. C’est aussi un peu plus des sommes dépensées en cinq ans par les Etats-Unis pour leur guerre en Irak.


novembre 2008 : Election de Barack Hussein Obama, premier président noir des Etats-Unis. Si Obama a obtenu 95 % des suffrages dans sa propre communauté (contre 43 % des suffrages des blancs), il l’emporte également dans les autres minorités ethniques avec 66 % des latinos, 63 % des Asiatiques, 60 % des originaires du Moyen-Orient.

Les espoirs mis dans le nouveau président, bientôt gratifié du prix Nobel de la paix, seront rapidement déçus. Les injections de liquidités réalisées par la Réserve fédérale ont contribué à une relance de l'activité et à un recul du chômage, mais les ménages n'ont pas perçu d'amélioration et un sondage indiquait en 2014 que 57 % des Américains pensaient être encore en récession, plus de deux ans après le redémarrage inscrit dans les statistiques. Les inégalités se sont nettement accrues. Les 3 % les plus riches concentrent 30,5 % du revenu total en 2013, contre 27,7 % en 2010 alors que la part des 90 % les moins riches a reculé. Les 3 % les plus aisés détiennent 54,4% de la richesse globale (revenus plus patrimoine) contre 44,8 % en 1989. A l'autre bout de l'échelle, les 90 % ont vu leur part tomber à 24,7 % contre encore 33,2 % en 1989. Lors de son audition au Sénat en 2013, Janet Yellen, qui allait prendre la direction de la FED, a qualifié cet accroissement des inégalités comme « un problème très profond » dont on voit l'écho dans le succès inattendu de la campagne de Bernie Sanders lors des élections primaires au cours de l'année 2016. Sur le plan géopolitique, les retraits d'Irak et d'Afghanistan voulus par Barack Obama n'ont pu être complets et le chaos engendré par l'intervention américaine contre le régime de Saddam Hussein a eu des conséquences désastreuses pour la région, aujourd'hui largement éclatée. Un scénario qui s'est renouvelé en Libye avec l'intervention « depuis l'arrière » engagée par les Etats-Unis contre Kadhafi. Après avoir misé un peu trop vite, lors des printemps arabes, sur les forces islamistes, les Etats-Unis ont pu mesurer leur erreur quand l'armée a repris les choses en main en Egypte ou quand le président turc Erdogan s'est mis à jouer sa propre partition régionale. Au Moyen-Orient, le seul succès semble résider dans l'accord nucléaire conclu avec l'Iran, mis au crédit de B. Obama, au même titre que le rapprochement opéré avec Cuba. Enfin, les Etats-Unis doivent faire face aux tensions qui s'exacerbent en mer de Chine en soutenant leurs alliés, le Japon, le Vietnam et les Philippines. L'Amérique demeure, certes, la première puissance militaire du monde et conserve d'immenses atouts, mais le rêve d'un monde unipolaire placé sous son hégémonie est bel et bien dissipé aujourd'hui. La campagne électorale des primaires de 2016 a vu, de plus, outre les performances inattendues de Bernie Sanders contre la candidate « officielle » Hillary Clinton, le succès spectaculaire remporté dans le camp républicain par un Donald Trump dont les accents populistes sont en phase avec le mécontentement des classes moyennes qui ne croient plus au « rêve américain ».

 

La dégradation de la situation mondiale causée par la rupture de la Grande Alliance amène les Etats-Unis à mettre un point final à toute politique isolationniste. Porte étendard du monde libre, les Etats-Unis affrontent l’Union soviétique durant une guerre de cinquante ans. Si cette guerre ne devient pas chaude, c’est parce qu’aussi bien Moscou que Washington savent qu’un conflit ouvert aurait pour conséquence l’incinération mutuelle sans vainqueur ni vaincu.

Or, cette guerre est idéologique. Elle ne vise pas à la destruction de l’adversaire, mais à sa transformation de l’intérieur. Elle veut l’amener à se convertir soit au marxisme-léninisme, soit à la démocratie libérale. Ainsi, la guerre froide est l’occasion pour l’american way of life de se propager à l’échelle planétaire. Attractive et chatoyante, elle attire bien plus que le terne modèle soviétique. Cela y compris chez ses adversaires déclarés. La guerre du Vietnam dresse la jeunesse étudiante contre l’impérialisme, mais celle-ci puise ses modèles sociétaux dans la contre-culture américaine, la musique de Jimmy Hendrix et de Bob Dylan, plus que dans d’austères traités marxistes. En somme, remarque Philippe Conrad, « c’est en ces années 1960 et 1970 qui voient l’Amérique au banc des accusés, qu’elle impose ses modes de vie et qu’elle colonise le plus les esprits des nouvelles générations séduites par les attraits de la société de consommation ». Marx a perdu la guerre froide noyé, dans le Coca-Cola.


1945-1953 : Présidence d’Harry Truman. Il est réélu en 1948 face au républicain Thomas Dewey, en dépit des sondages. Continuateur de Roosevelt, il lance le Fair Deal, « la donne juste ». Il se fait l’avocat des milieux défavorisés et des travailleurs de l’industrie.


5 mars 1946 : Churchill prononce à Fulton, dans le Missouri, le discours dans lequel il évoque le « rideau de fer » qui coupe l'Europe en deux.

 

novembre 1946 : Majorité républicaine dans les deux chambres lors des élections de mid-term.


janvier 1947 : George Marshall devient secrétaire d'Etat.


12 mars 1947 : Truman formule sa doctrine du containment (endiguement) de l'expansion soviétique.


22 mars 1947 : Création d'une commission de contrôle de la loyauté des fonctionnaires.


22 mai 1947 : Le président Truman obtient du Congrès l’ouverture d’un crédit de 400 millions de dollars d’aides militaire et économique aux gouvernements grec et turc. Selon lui, « les Etats-Unis doivent avoir pour politique d’appuyer les peuples libres qui résistent aux efforts déployés pour les subjuguer par le moyen de minorités armées ou de pressions extérieures. Nous devons aider les peuples libres à modeler leur propre destinée chacun à sa manière… principalement au moyen d’une assistance économique et financière ».


5 juin 1947 : Annonce du plan Marshall. Durant les quatre années suivantes, les Etats-Unis déversent 14 milliards de dollars sur l’Europe occidentale.


juillet 1947 : L'URSS refuse l'aide Marshall.


octobre-novembre 1947 : Auditions du House Unamerican Activities Committee (HUAC) sur la pénétration communiste à Hollywood.


février 1948 : Coup de Prague. La Tchécoslovaquie bascule dans le camp communiste.


juin 1948 - mai 1949 : Blocus de Berlin. Le Congrès réintroduit le service militaire.


août 1948 : Alger Hiss, protégé d'Eleanor Roosevelt et conseiller de son mari, est entendu par l'HUAC.


novembre 1948 : Truman est réélu contre le républicain Thomas Dewey, que les sondages donnaient pourtant gagnant.


janvier 1949 : Dean Acheson remplace George Marshall au département d'Etat.


4 avril 1949 : Signature du pacte de l’Atlantique Nord. Son article majeur stipule « qu’une attaque armée contre une ou plusieurs d’entre les parties survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque contre toutes ». Elle sera suivie en 1950 de la mise sur pied de l'OTAN, l'organisation militaire du traité.


septembre 1949 : Explosion de la première bombe atomique soviétique.


1er octobre 1949 : Mao Tsé-toung proclame à Pékin la république populaire de Chine.


novembre 1949 - janvier 1950 : Procès d'Alger Hiss que le jury déclare coupable d'espionnage au profit de l'URSS.


janvier 1950 : Dean Acheson ne place pas la Corée dans le « périmètre de défense des Etats-Unis », ce qui va inciter la Corée du Nord à attaquer son voisin du Sud. 


3 février 1950 : Arrestation de l'espion Klaus Fuchs en Grande-Bretagne.


25 juin 1950 : Début de la guerre de Corée. Vagues d’anticommunisme aux Etats-Unis favorisées par les investigations du sénateur du Wisconsin Joseph McCarthy. Le sénateur dresse une liste de 205 fonctionnaires suspectés de sympathies communistes. L’ouverture des archives soviétiques corroborera ultérieurement un certain nombre de ses assertions.


17 juillet 1950 : Arrestation de Julius Rosenberg.


1950 : William Faulkner prix Nobel de littérature.


15 septembre 1950 : Débarquement américain à Inchon, en Corée du Sud, brillamment réalisé par Mac Arthur.


janvier 1951 : Intervention des « volontaires » chinois en Corée.


11 avril 1951 : Limogeage de Mac Arthur, remplacé en Corée par le général Ridgway. Truman a reculé sur l'engagement du feu nucléaire contre la Chine.


8 septembre 1951 : Les Etats-Unis signent à San-Francisco un traité de paix avec le Japon.


1952 : Explosion de la première bombe H américaine à Eniwetok.


novembre 1952 : Eisenhower emporte la présidentielle contre Adlai Stevenson.


1953-1961 : Présidence du républicain Dwight Eisenhower, ancien commandant en chef en Europe en 1944-1945.


5 mars 1953 : Mort de Staline.


19 juin 1953 : Exécution pour espionnage nucléaire des époux Rosenberg.


27 juillet 1953 : Armistice de Pan Mun Jon en Corée.


20 août 1953 : Première bombe H soviétique.


17 mai 1954 : La Cour suprême déclare inconstitutionnelle la ségrégation scolaire.


mai-juin 1954 : Intervention de la CIA au Guatemala contre le régime du colonel Arbenz.


1954 : Ernest Hemingway prix Nobel de littérature.


8 septembre 1954 : Signature du pacte de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est.


1955 : Ouverture en Californie de Disneyland.


5 décembre 1955 : Fusion des deux grandes centrales syndicales américaines (AFL et CIO) qui forment le Congress of Industrial Organizations (CIO).


printemps 1956 : Les Noirs de Montgomery (Alabama) boycottent, à l'appel du pasteur Martin Luther King, les transports en commun où est pratiquée la ségrégation raciale.


octobre-novembre 1956 : Le président Eisenhower exige de Paris et de Londres l’arrêt immédiat de leur expédition à Suez.


1956 : Sortie du film Géant avec James Dean.


novembre 1956 : Eisenhower réélu contre Stevenson.


17 juin 1957 : Plusieurs décisions de la Cour suprême préparent la fin de la « chasse aux sorcières » engagée contre les communistes et leurs sympathisants réels ou supposés.


1957 : Sortie du film Les Dix Commandements de Cecil B. De Mille.


24 septembre 1957 : Le pouvoir fédéral intervient pour imposer la fin de la ségrégation raciale à Little Rock dans l’Arkansas.


31 janvier 1958 : Mise en orbite du premier satellite artificiel américain. C'est la réponse au lancement, en octobre 1957, du Spoutnik soviétique. 


15 juillet 1958 : Les marines américains interviennent au Liban en soutien au gouvernement légal.


1959 : Sortie de La Mort aux trousses d'Alfred Hitchcock.


janvier 1959 : L'Alaska devient le quarante-neuvième Etat de l'Union.


juillet 1959 : Visite du vice-président Nixon à Moscou. Khrouchtchev se rend aux Etats -Unis en septembre.


août 1959 : Les îles Hawaï deviennent le cinquantième Etat de l'Union.


décembre 1959 : Fidel Castro s'empare du pouvoir à la Havane.


9 mai 1960 : Autorisation de la pilule contraceptive aux Etats-Unis.

 

16 mai 1960 : Echec du sommet de Paris organisé par le général De Gaulle après qu'un avion-espion américain U2 a été abattu au dessus de l'URSS.


1960 : En novembre, victoire de John-F. Kennedy sur Richard Nixon à l’élection présidentielle (49,7 % des suffrages contre 49,5 %). Avec le slogan The New Frontier, il rappelle aux Américains leur vocation de pionniers désormais tournée vers la technologie et le progrès scientifique.


1er mars 1961 : J. F. Kennedy crée le Peace Corps.


17 avril 1961 : Echec du débarquement anticastriste de la baie des Cochons.


août 1961 : Edification par les Soviétiques du mur de Berlin.


décembre 1961 : Les premières troupes américaines sont envoyées au Vietnam.


11 janvier 1962 : Kennedy propose « l’élimination graduelle des tarifs douaniers des Etats-Unis et de la CEE relatifs aux articles sur lesquels nous représentons ensemble 80 % des échanges mondiaux, et une réduction graduelle des droits jusqu’à 50 %, avec autorisation de négocier au sujet des grandes catégories ». C’est le Kennedy Round.


20 février 1962 : John Glenn est le premier Américain dans l'espace.


10 juillet 1962 : Mise en orbite de Telstar, un satellite de communications TV internationales.


août 1962 : Mort de Marilyn Monroe.


octobre 1962 : Crise américano-soviétique à propos du déploiement des fusées soviétiques à Cuba.


19 juin 1963 : Kennedy soumet un projet de loi qui argue que « les Noirs ne soient pas privés du droit qu’a chaque Américain de voter, d’aller à l’école, d’obtenir de l’emploi et d’être servi dans les lieux publics sans discrimination arbitraire ».


20 juin 1963 : Installation du « téléphone rouge » entre Washington et Moscou.


25 juillet 1963 : Signature du traité américano-soviétique d’interdiction des essais nucléaires atmosphériques.


28 juillet 1963 : Festival de musique folk de Newport avec Joan Baez, Peter, Paul and Mary et Bob Dylan.


22 novembre 1963 : Assassinat à Dallas de John F. Kennedy, remplacé par le vice-président Lyndon B. Johnson.


1963 - 1969 : Lois sur les droits civiques interdisant toute discrimination raciale, sinon la discrimination positive en faveur des Noirs et des autres minorités. Elles interdisent la discrimination dans les hôtels, les motels, les restaurants, les théâtres, les cinémas et autres lieux publics.


1er mai 1964 : La création du Los Angeles Free Press marque le début de l'underground press.


2 juillet 1964 : Le président Johnson signe la première loi sur les droits civiques.


été 1964 : Emeutes dans les ghettos noirs du Nord, à Harlem et Rochester.


2 août 1964 : Incident du golfe du Tonkin. Des navires américains sont prétendument attaqués par des bâtiments nord-vietnamiens. 


27 septembre 1964 : Le rapport Warren relatif à l'assassinat de Kennedy charge Lee Harvey Oswald seul.


14 octobre 1964 : Martin Luther King reçoit le prix Nobel.


3 novembre 1964 : Le président Johnson est réélu contre Barrry Goldwater.


7 février 1965 : Début des bombardements sur le Nord-Vietnam.


21 février 1965 : Malcolm X, le leader des Black Muslims est assassiné à New York.


17 mars 1965 : Première manifestation nationale contre la guerre du Vietnam à Washington.


28 avril 1965 : Les marines interviennent en République dominicaine.


11-17 août 1965 : Emeutes de Watts, quartier noir de Los Angeles.


10 septembre 1965 : Première grève des ouvriers agricoles (chicanos) en Californie.


3 octobre 1965 : L'Immigration Act met fin aux quotas établi durant l'entre-deux-guerres.


juillet 1966 : Nouvelles émeutes noires à Chicago, Cleveland, Brooklyn. Le slogan « Black Power » apparaît.


6 octobre 1966 : Grand Love in hippie au Golden Gate Park de San Francisco.


15 octobre 1966 : Fondation du Black Panther Party.


8 novembre 1966 : Un Noir est élu au Sénat, le premier depuis quatre-vingt-cinq ans.


9 novembre 1966 : Ronald Reagan devient gouverneur de la Californie.


21 novembre 1966 : Fondation de la National Organization for Women (NOW).


15 décembre 1966 : Mort de Walt Disney.


1967 : San Francisco s'affirme comme la capitale des cultures alternatives.


13 juin 1967 : Un premier Noir est nommé juge à la Cour suprême.


16 juin 1967 : Premier festival pop à Monterey.


juillet 1967 : Emeutes raciales de Newark et Detroit. 


octobre 1967 : Des Noirs sont élus maires pour la première fois dans des grandes villes, à Cleveland et Gary notamment.


janvier 1968 : Offensive du Têt au Sud-Vietnam.


4 avril 1968 : Assassinat de Martin Luther King.


5 juin 1968 : Assassinat de Robert Kennedy qui était candidat à la présidence.


26 août 1968 : Violentes manifestations lors de la convention démocrate de Chicago qui désigne le vice-président Hubert Humphrey comme candidat aux présidentielles.


18 octobre 1968 : Aux jeux Olympiques de Mexico, des athlètes noirs américains font le salut du Black Power


novembre 1968 : Victoire de Richard Nixon sur Hubert H. Humphrey à l’élection présidentielle.


18 janvier 1969 : Les principaux acteurs de la guerre du Vietnam négocient à Paris. Il y a près de 550 000 soldats américains au Vietnam.


juillet 1969 : Nixon formule sa doctrine de vietnamisation de la guerre.


24 Juillet 1969 : Les astronautes Armstrong et Aldrin posent le pied sur la lune lors de la mission Apollo XI.


9 août 1969 : Massacre de Sharon Tate, épouse de Roman Polanski, et de ses amis par Charles Manson et ses complices satanistes.


15-17 août 1969 : Festival de Woodstock (300 000 participants).


29 octobre 1969 : La Cour suprême ordonne la fin de toute ségrégation scolaire.


17 novembre 1969 : USA et URSS entament à Helsinki les négociations SALT de limitation des armements stratégiques. 


30 avril 1970 : Invasion du Cambodge par les forces américaines et sud-vietnamiennes.


26 août 1970 : Manifestations féministes dans l'ensemble du pays.


10 septembre 1970 : Mise en place de l'Environmental Protection Agency.


18 septembre 1970 : Le chanteur Jimmy Hendrix meurt de surdose.


8 février 1971 : Entrée des troupes américaines et sud-vietnamiennes au Laos. 


20 avril 1971 : La Cour suprême autorise le busing pour lutter contre la ségrégation raciale.


30 juin 1971 : Le droit de vote est abaissé à dix-huit ans (XXVIe amendement).


août 1971 : Pour réagir à l’inflation et au déficit budgétaire, le président Nixon décide l’abandon de la convertibilité en or du dollar au profit de changes flottants. C’est la fin du système de Bretton Woods. Le dollar est dévalué en décembre.


21 février 1972 : Visite en Chine de Richard Nixon.


26 mai 1972 : Signature avec l'URSS des accords SALT 1 de limitation des armements stratégiques. 


17 juin 1972 : Cambriolage du QG démocrate dans l'immeuble du Watergate.


12 août 1972 : Les derniers combattants américains quittent le Vietnam.


novembre 1972 : Réélection de Richard Nixon.


janvier 1973 : Accords de Paris sur l’arrêt des combats au Vietnam. Fin de la conscription.


10 octobre 1973 : Démission du vice-président Spiro Agnew accusé de corruption. Gerald Ford est « nommé » vice-président.


9 août 1974 : Démission du président Nixon menacé par une procédure dimpeachment dans l’affaire du Watergate. Gerald Ford devient président.


1975 : Difficultés économiques (inflation à plus de 9 %, chômage à 9,2 %) à la suite du premier choc pétrolier.


30 avril 1975 : Chute de Saïgon et fin de la guerre du Viêt-Nam. Le bilan est lourd : près de 1 700 000 tués dont un million de Nord-Vietnamiens, 606 000 Sud-Vietnamiens et 56 000 Américains (dont environ 10 000 accidentellement). Le 16 avril, les Khmers rouges se sont emparés de Phnom Penh.


1er août 1975 : Accords d'Helsinki.


1976 : Pour la première fois, le centre de gravité démographique du pays se déplace à l'ouest du Mississippi.


avril 1976 : Steven Jobs et Stephen Wozbiak fabriquent les premiers ordinateurs personnels.


2 novembre 1976 : Le démocrate Jimmy Carter est élu président. Majorité démocrate dans les deux chambres.


1977-1981 : Présidence de Jimmy Carter, élu en novembre 1976.


4 août 1977 : Création d'un Département de l'Energie. 


septembre 1978 : Accords de Camp David entre Israël et l’Egypte.


janvier 1979 : Révolution islamiste en Iran. Fuite du Chah et deuxième choc pétrolier.


4 novembre 1979 : Prise en otages de soixante diplomates à l’ambassade américaine de Téhéran.


26 décembre 1979 : Début de l’intervention soviétique en Afghanistan.


janvier 1980 : Embargo américain sur les ventes de blé à l'URSS.


24 avril 1980 : Fiasco de l’opération « Desert One » en Iran.


18 mai 1980 : Eruption du mont Saint-Helens. Gros dégâts dans le Nord-Ouest des Etats-Unis.


été 1980 : Les Américains boycottent les jeux Olympiques de Moscou pour protester contre l'intervention soviétique en Afghanistan.


4 novembre 1980 : Election de Ronald Reagan à la présidence avec, pour slogan, « America is back ». Son objectif est de défaire l’URSS en l’entraînant dans une course aux armements dont elle n’a plus les moyens. Il sera triomphalement réélu en 1984. Dans son discours d’investiture, il déclare : « L’Amérique n’est jamais tant elle-même que lorsqu’elle s’engage dans de hauts principes moraux. Nous nous devons aujourd’hui, en tant que peuple, d’avoir une intention de rendre meilleure la face de la nation, et plus douce la face du monde. Nous devons être fermes dans nos convictions que la liberté n’est pas uniquement la prérogative de quelques privilégiés, mais un droit inaliénable et universel pour tous les êtres humains. »


septembre 1981 : Sandra O'Connor est la première femme nommée à la Cour suprême.


23 mars 1983 : Lancement du projet de l’IDS « guerre des étoiles ».


mai 1983 : On découvre l'importance de l'épidémie de SIDA.


23 octobre 1983 : Attentat à Beyrouth contre les Marines et les parachutistes français.


25 octobre 1983 : Intervention dans l'île antillaise de la Grenade.


novembre 1983 : Déploiement des premiers euromissiles en RFA.


25 octobre 1983 : Intervention américaine dans l’île de la Grenade.


7 février 1984 : Les troupes américaines évacuent le Liban.


6 novembre 1984 : Réélection triomphale de Reagan.


1985 : Soutien accru des Etats-Unis aux contras du Nicaragua.


janvier 1985 : Conversations Reagan-Nakasone pour rétablir l'équilibre des échanges entre Japon et USA.


19-21 novembre 1985 : Rencontre Reagan-Gorbatchev à Genève.


janvier 1986 : Explosion de la navette spatiale Challenger.


11-12 octobre 1986 : Sommet Reagan-Gorbatchev à Reykjavik.


novembre 1986 : Début du scandale de l’Irangate. Les ventes secrètes d'armes à l'Iran en guerre contre l'Irak permettaient de financer la guerilla des contras antisandinistes du Nicaragua. 


octobre 1987 : Krach boursier après plusieurs années de grande croissance.


décembre 1987 : Traité de Washington conclu entre Reagan et Gorbatchev pour l’élimination des missiles intermédiaires.


1988 : Election de Georges Bush senior à la présidence (54 % des suffrages), il l'emporte largement sur Mikael Dukakis.


1989 : Rachat de Columbia Pictures et du Rockefeller Center par les Japonais. 


novembre 1989 : Un premier gouverneur noir est élu en Virginie.


9 novembre 1989 : Chute du mur de Berlin.


20 décembre 1989 : Opération Just Cause contre le régime du président Noriega à Panama.


23 décembre 1989 : Sommet Bush-Gorbatchev à Malte.


2 août 1990 : Invasion du Koweït par l’Irak. Intervention américaine au nom de l'ONU.


janvier-mars 1991 : Victoire des Américains et de leurs alliés dans la guerre du Golfe engagée contre l’Irak.


automne 1991 : Début à Madrid, sous égide américaine, de conversations sur le Proche-Orient.


26 décembre 1991 : Dissolution de l’URSS.

 

L’Histoire est un cimetière d’empires. Ils connaissent ascension, apogée, déclin et, parfois, résurrection. Apparus il y a deux siècles sur la scène mondiale, les Etats-Unis sont à l’échelle des temps historiques une puissance jeune. Il arrive que leur prétention à vouloir régenter la planète fasse lever les sourcils des plus anciens. « Ce n’est pas au gamin de 200 ans de donner des leçons au vieillard de 3 000 ans » réplique vertement Deng Xiao Ping à Jimmy Carter.

Selon Francis Fukuyama, une idée fixe a longtemps dominé les esprits. On voyait dans « l’Amérique le champion de la démocratie libérale dans le monde qui tracerait le meilleur chemin vers un ordre international plus prospère et plus ouvert ». Et Fukuyama constate que cette croyance est révolue. « Le pire, c’est que le coupable est le modèle américain lui-même. »

Pendant plus d’une décennie, l’Amérique a frôlé du doigt son rêve de domination mondiale avant que la crise de 2008 ne la rappelle à plus de modestie. Le déclin se résume en quelques chiffres bruts : un déficit commercial de 505 milliards de dollars, un déficit budgétaire de 468 milliards de dollars, une dette extérieure nette de 3 500 milliards de dollars, la première au monde. Mais aussi 4 200 morts en Irak sans avoir réussi à redresser la barre, sinon à semer davantage le chaos. Les Etats-Unis clament être le pays de la liberté et ils ont institué le Patriot Act qui cadenasse les libertés individuelles au nom de la lutte contre le terrorisme. Les Américains prétendent incarner la réussite grâce au mérite, mais les inégalités se creusent. La crise a laminé les classes moyennes. 50 % des Américains détiennent 2,5 % de la richesse nationale, les 10 % les plus riches en détiennent 70 %. Quant au dollar, il vacille. La Chine possède 1000 milliards de dollars en bons du trésor qui, s’ils étaient vendus, feraient s’effondrer le billet vert. Le tableau est sombre et, pourtant, les signes de regain existent.

L’exploitation du gaz de schiste à outrance a permis de réduire considérablement la facture énergétique tout en se libérant des incertitudes du Moyen-Orient. Même affaiblie, l’Amérique pourrait continuer à dominer un monde devenu multipolaire. Les « Etats-Unis rentrent dans le rang », écrivait déjà Raymond Aron à la fin des années soixante-dix, mais à la première place…


9 juin 2009 : Discours du Caire de Barack Obama.


2011 : Soutenue par les Etats-Unis, l’intervention franco-anglaise en Libye aboutit à la chute et à l’assassinat de Kadhafi, puis à un désordre généralisé dans le Sahel.


2 mai 2011 : Washington annonce la mort d’Oussama Ben Laden au Pakistan.


août 2011 : Evacuation des troupes américaines d’Irak.


novembre 2012 : Réélection de Barack Obama.


janvier 2013 : Recentrage des priorités extérieures américaines sur la zone Asie-Pacifique face à la Chine. 60 % de la flotte américaine est transférée dans l’océan Pacifique.


2014 : L’armée américaine évacue l’Afghanistan.


A l'issue des deux mandats de Barack Obama et alors que s'annoncent les élections présidentielles de novembre 2016, la vie politique américaine apparaît confrontée à de lourdes incertitudes. Les « élites » politiques traditionnelles sont accusées d'être déconnectées des réalités du pays. Elles réagissent en dénonçant les diverses formes de populisme, naguère le mouvement du Tea Party, aujourd'hui les candidats républicains tels que Donald Trump ou Ted Cruz ou le candidat démocrate Bernie Sanders qui met Hillary Clinton en difficulté en vue du congrès qui décidera de l'investiture donnée par leur parti. Les lourdes inquiétudes relatives à la situation économique mondiale, l'aggravation du chaos moyen-oriental, le retour de la puissance russe et les tensions apparues en Asie orientale entre la Chine et certains de ses voisins laissent présager des moments difficiles auxquels les Etats-Unis ne sont peut-être plus aussi bien préparés qu'auparavant quand leur leadership demeurait indiscuté.


Contre toute attente et à l'issue de primaires républicaines tout aussi disputées que celles des démocrates opposant Hillary Clinton à Bernie Sanders, c'est Donald Trump qui s'est imposé, contre une bonne partie de l'appareil du Great Old Party républicain, pour le représenter  face à l'ancienne Secrétaire d'Etat. Celle-ci a bénéficié d'un large soutien de la presse et des media en général mais, à la surprise de tous les observateurs,  c'est Donald Trump qui l'emporte le 9 novembre 2016 contre son adversaire démocrate.  Un succès qui marque peut-être une rupture majeure dans l'histoire américaine et qui peut également transformer profondément l'équilibre mondial. Les électeurs qui ont donné la victoire au candidat républicain ont voulu avant tout manifester un rejet des "élites" de Washington dont on mesurait bien, depuis des années, à quel point elles étaient coupées des réalités vécues par les Américains moyens. Un ascenseur social en panne, un "rêve américain" désormais hors de portée du plus grand nombre, l'accroissement spectaculaire des inégalités de revenu, l'obsolescence et les insuffisances des équipements publics, les délocalisations industrielles et l'afflux de populations immigrées toujours plus nombreuses ont formé le terreau d'une colère populaire fatale à celle qui apparaissait comme la candidate du système, soutenue par Wall Street et par l'oligarchie politico-médiatique dominante.


Même si, à l'issue d'une campagne extrêmement violente dans les propos tenus, le nouveau président a clairement fait le choix d'un discours d'apaisement, les divisions profondes apparues entre deux Amériques bien différentes seront sans doute difficiles à surmonter, le résultat tout à fait inattendu de l'élection fait que la plus grande incertitude règne quant à la politique que mènera le nouveau président. Il disposera certes d'une majorité au Congrès mais devra s'assurer du soutien d'un parti républicain demeuré longtemps très divisé vis à vis de sa candidature. Donald Trump est un magnat de l'immobilier  qui s'est lancé tardivement en politique (il a soixante-dix ans lors de son élection), c'est quelqu'un qui n'a jamais été élu et dont l'expérience apparaît évidemment très faible. Mais c'est justement ce profil d'homme neuf qui a fait son succès contre la caste des politiciens professionnels. Il a lancé de nombreuses promesses mais leur mise en oeuvre s'annonce difficile, notamment en matière de commerce international ou à propos de la construction, sur la frontière mexicaine, d'un mur destiné à empêcher l'immigration clandestine. Un certain flou persiste également quant à ses intentions en matière de politique étrangère. Il exprime une tentation "isolationniste" le conduisant à envisager des mesures protectionnistes sur le plan commercial et une remise en cause des alliances traditionnelles de l'Amérique, avec l'Europe occidentale comme avec la Corée ou le Japon. Ce n'est qu'après son entrée officielle, en janvier 2017,  à la Maison Blanche et au fil des mois qui suivront qu'il sera possible d'évaluer ses intentions et l'allure du nouvel ordre international qui pourrait surgir d'un repli, même relatif, de l'Amérique dans certaines régions du monde.

 
 
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