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Le Vietnam
Une identité irréductible

Trente ans après la chute de Saigon, qui marquait la fin de plus de trois décennies de guerres entamées dès 1940 avec les débuts de l’occupation japonaise, le Vietnam offre le visage d’un pays et d’une société en mutation rapide. Il apparaît aujourd’hui – après l’épisode colonial, qui a duré à peine trois quarts de siècle et qui l’a ouvert à la modernité, et à l’issue d’une expérience communiste qui se confondit un temps avec l’affirmation nationale mais qui fut aussi génératrice d’arriération et de misère – comme l’un des principaux acteurs du réveil de l’Asie. Fort de ses quatre-vingt quatre millions d’habitants (2005) et d’une insertion accélérée dans les flux d’échanges de la mondialisation, il semble en effet en mesure de réaliser en une génération un décollage analogue à ceux qu’ont réussis des pays tels que la Corée du Sud ou la Chine. Entraîné dans la croissance spectaculaire de l’Asie du Pacifique, il tire avantage dans la compétition économique des capacités qui lui ont permis d’affronter une histoire difficile. Celle-ci fut dominée successivement par les ambitions hégémoniques du puissant voisin chinois, par les affrontements qui opposèrent longtemps le nord au sud, par la lutte anticoloniale, enfin par le conflit fratricide né de la guerre froide et conclu par l’instauration d’un régime communiste liberticide, étroitement lié à la défunte URSS, qui risquait de faire du pays un Cuba asiatique condamné au sous-développement. Avec un temps de retard sur les premiers « dragons », le Vietnam devrait cependant prendre demain toute sa place dans le nouvel espace de richesse et de prospérité en cours de formation à l’extrême-orient de l’Eurasie.

Doté d’une superficie de 331 690 km2, le Vietnam est un pays tropical qui occupe le bord oriental de la péninsule indochinoise où il s’étire de 9° à 22° de latitude nord, de la pointe de Camau au sud à Lang Son sur la frontière chinoise. Il est traditionnellement divisé en trois régions, les trois Ky, présentant chacune une identité particuière : le Tonkin au nord, l’Annam dans sa partie centrale qui est la plus étroite et la Cochinchine au sud. Les montagnes et les hautes terres occupent les quatre cinquièmes du territoire. Au nord elles entourent la plaine du fleuve Rouge et constituent une impressionnante frontière naturelle aux confins de la Chine et du Laos, avec des sommets dépassant 3 000 m (3 143 m au Phan Si Pan qui domine Lao Kay). Il s’agit de massifs cristallins ou de plateaux calcaires aux formes karstiques caractéristiques. Les monts d’Annam (qui furent longtemps désignés sous le nom impropre de cordillère Annamite dans la mesure où ils ne sont que le revers oriental abrupt du plateau séparant la vallée du Mékong de la côte vietnamienne) prolongent les chaînes tonkinoises jusque dans la partie méridionale de l’Annam où ils deviennent un large massif cristallin, recouvert de basalte sur de vastes étendues. Arqués vers la mer de Chine du sud et basculés à l’ère tertiaire, les monts d’Annam s’abaissent en pente douce vers l’ouest, vers l’intérieur de la péninsule indochinoise, c’est-à-dire vers les plateaux de Plei Ku, du Darlac et du Lang Bian. À l’est il dominent parfois directement la mer sous la forme de hautes falaises comme c’est le cas au cap Padaran. Étendues sur un cinquième de la superficie du pays mais regroupant les quatre cinquièmes de la population, les plaines ne sont, sur la côte d’Annam, que des zones littorales assez étroites où l’espace cultivable apparaît très limité. Elle prennent une ampleur beaucoup plus grande au nord et au sud dans le delta tonkinois formé par le fleuve Rouge et en Cochinchine qui correspond au delta du Mékong. C’est là que se trouvent les deux greniers à riz du pays, alors que les hauteurs sont le domaine de la forêt qui demeura longtemps faiblement entamée par les cultures sur brûlis des populations montagnardes et qui a constitué au sud, dans la première moitié du XXe siècle, le lieu privilégié des plantations d’hévéas. Les monts d’Annam qui séparent cette région du Laos présentent une altitude relativement faible (rarement plus de 1 500 m, avec un point culminant au Ngoc Linh haut de 2 598 m) mais ils constituent une frontière naturelle très nette entre deux espaces climatiques bien distincts, les régions ouvertes sur le golfe du Tonkin bénéficiant de conditions analogues à celles de la Chine du Sud alors que celles correspondent à la vallée du Mékong connaissent des températures et un régime des pluies de type indien. Les deux domaines ainsi définis renvoient également à la différence de civilisation qui oppose le monde sinisé vietnamien à l’espace indianisé qui s’étend plus à l’ouest. Deux grands fleuves commandent la géographie du Vietnam. Long de 1 200 km, le fleuve Rouge prend sa source dans le Yunnan chinois et connaît d’énormes crues lors de la mousson d’été qui fait passer son débit de 700 à 30 000 m3 seconde et engendre des risques d’inondations catastrophiques. Depuis des millénaires, les hommes ont dû consentir un labeur incessant pour établir et préserver les levées de terre et les digues indispensables à la protection de l’espace cultivé. Beaucoup plus long, le Mékong, qui naît sur le plateau tibétain, a déjà parcouru plus de 5 000 km en Chine, en Birmanie, au Laos et au Cambodge avant d’atteindre son delta cochinchinois. La mousson d’été porte son débit à 50 000 m3 seconde mais l’existence du Tonlé Sap, le grand lac naturel de retenue cambodgien, permet la régularisation de l’écoulement de ses eaux et il ne menace pas les paysans vietnamiens du sud. L’année est rythmée par les deux saisons déterminées par la mousson, sèche l’hiver quand elle souffle du nord-est, humide durant les mois d’été, quand elle se dirige du sud-est au nord-ouest à partir de la mer. La régularité absolue de la mousson (dont le nom vient du mot arabe mausin qui signifie « saison ») a commandé également les conditions de la navigation à voile dans la région – c’est en fonction de la mousson que, à partir de Tourane, l’amiral Rigault de Genouilly a, en février 1859, dirigé sa flotte vers la Cochinchine plutôt que vers le Tonkin.
Les Vietnamiens proprement dits forment environ les neuf dixièmes de la population du pays. Il sont concentrés dans les deltas du fleuve Rouge et du Mékong ainsi que dans les plaines littorales du centre alors que les minorités ethniques sont presque toujours implantées dans les régions montagneuses qui entourent le Tonkin et sur les hauts plateaux du centre du pays, entre Hué et Saigon (devenue Ho Chi Minh-Ville depuis 1975). Ces peuples montagnards ont été historiquement désignés sous le nom de Moi (ce qui signifie « sauvages ») par les Vietnamiens des basses terres. Les Tay, les Nung, les Thaïs, les Méo et les Dao occupent les hautes régions de la périphérie tonkinoise. Les Muong sont installés au sud-ouest du delta du fleuve Rouge. Les Sedang vivent dans la partie septentrionale des hauts plateaux alors que les Jaraï et les Rhadé, parents des anciens Cham, sont dispersés plus au sud. Des minorités khmères sont également présentes au sud-ouest du delta du Mékong. Il faut ajouter à ces minorités indigènes une forte présence chinoise au sud où la ville chinoise de Cholon, proche de Saigon, a été créée à la fin du XVIIIe siècle, avant que la colonisation vietnamienne n’ait pris toute son ampleur dans cette région. Confucianisme et bouddhisme sont les religions vietnamiennes traditionnelles, toutes deux importées depuis la Chine durant l’Antiquité. Les sectes Hoa Hao et caodaïste ont connu un rapide essor durant les années vingt et trente du XXe siècle et ont joué un rôle politique non négligeable durant la guerre d’Indochine française de 1946-1954. Constituée à partir du XVIIe siècle à la faveur de l’action missionnaire, la communauté catholique, souvent persécutée jusqu’à l’établissement de l’autorité coloniale française au XIXe siècle, l’a également été par le régime communiste nord-vietnamien dans les années cinquante et soixante et c’est surtout dans le centre et le sud que sont implantés aujourd’hui les six millions de catholiques que compte le pays.
Plusieurs constantes géopolitiques commandent à l’évidence les développements successifs de l’histoire du pays. Il faut d’abord mettre en avant le rôle de la population vietnamienne formée dans le delta tonkinois, demeuré ensuite le foyer d'origine d’une expansion continue vers le sud qui a abouti à la colonisation de toutes les zones basses jusqu’en Cochinchine où, après avoir refoulé ou assimilé les populations cham d’Annam, les Vietnamiens sont entrés au contact des populations khmères. Il s’agit là d’un mouvement multiséculaire qui s’est prolongé jusqu’à la fin du XIXe siècle et qui s’est même étendu au XXe aux régions plus élevées des plateaux centraux et de la périphérie tonkinoise. Dans le même temps les derniers arrivés des peuples montagnards appartenant à la famille thaïe issue du Yunnan ont connu une expansion comparable dans la même direction du sud, mais sur les plateaux, dans une sorte de mouvement parallèle à celui réalisé par les Vietnamiens le long de la côte. Le relief a, tout autant que ces mouvements, clairement distingué l’espace indochinois sinisé, qui va correspondre au Vietnam, et les régions demeurées sous l’influence de la civilisation indienne telles que le Cambodge, le Siam ou la Birmanie. Cette distinction ne s’est établie qu’au fil du temps puisque ce n’est qu’au XVe siècle que la puissance du royaume indianisé de Cham est anéantie dans les régions de Hué et de Tourane et qu’il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir disparaître la dernière petite principauté qui en était l’héritière. Le conflit opposant le nord et le sud du pays à l’époque des Trinh et des Nguyen correspond également à une donnée assez permanente de l’histoire du pays, qui va rejouer de nouveau quand la guerre froide a conduit à l’affrontement entre Sud et Nord-Vietnam de part et d’autre d'un 17e parallèle qui se confondait à la « muraille » levée par les Nguyen le long du Song Gianh pour bien distinguer leur domaine de celui des Trinh du nord, au moment où l’extrême-sud cochinchinois restait encore largement à coloniser par les Vietnamiens proprement dits. Le poids de la Chine voisine domine largement l’histoire du Vietnam ponctuée à plusieurs reprises par les tentatives de rétablissement de l’hégémonie qu’avaient su imposer les empires des Han, des Tang et des Sui. Toute l’histoire du Tonkin est ainsi commandée par les accès au pays que fournissent les vallées des cours d’eau descendant du nord et les noms de Lang Son, de Cao Bang, de That Khé ou de Dong Khé sont régulièrement revenus au premier plan d’une histoire régulièrement conflictuelle, quand les généraux vietnamiens réussissaient à tenir à distance les armées des Song ou des Ming ou quand les forces françaises tentaient de s’établir ou de se maintenir sur ces « portes de Chine ». Celles-ci prennent une nouvelle actualité lors de la courte guerre qui oppose Chinois et Vietnamiens en 1979 après que ceux-ci eurent envahi le Cambodge pour le libérer des Khmers rouges. Enfin la mousson a largement déterminé elle aussi l'histoire du pays en orientant les campagnes conduites à l’extrême fin du XVIIIe siècle à partir de la Cochinchine par Nguyen Anh, le futur Gia Long, ou le choix de la conquête de Saigon que fit l’amiral Rigault de Genouilly en 1859.

 

Les découvertes réalisées en Chine et en Indonésie ont révélé la présence d’archanthropiens en Asie orientale et méridionale et il est acquis que ceux-ci ont été également présents sur le territoire de l’actuel Vietnam où les découvertes réalisées au cours du dernier siècle ont montré que le paléolithique inférieur y était bien représenté. Des restes d’anthropiens vieux de 500 000 ans ont été mis au jour en 1965 dans la commune de Tan Van (province de Langson). Des traces d’industries contemporaines ont été découvertes dans la province de Thanh Hoa dès 1960. À la la fin du paléolithique, le delta du fleuve Rouge n’était pas encore comblé et l’homme s’est installé dans les massifs calcaires situés à la périphérie et riches en grottes pouvant lui fournir des abris. Les sites de Hoa Binh et de Bac Son ont ainsi livré une industrie lithique très abondante et très diversifiée. Outre la pierre et l’os, le bambou était certainement très utilisé pour la fabrication de divers objets et outils. La poterie apparaît à l’époque de Bac Son mais la cueillette et la chasse sont les principales activités et l’agriculture et l’élevage demeurent inconnus. Dans le même temps les populations des régions littorales vivent de la pêche et du ramassage des coquillages. Elles ont laissé d’importants amas de coquillages (mound shells) et des tombes. La riziculture apparaît et se répand progressivement aux IVe-IIIe millénaire avant J.-C. L’outillage comprend désormais des haches et des herminettes de pierre polie. L’homme peut alors défricher de vastes zones et fabriquer des barques pendant que l’industrie céramique se diversifie. Le village composé de maisons bâties sur pilotis (pour se protéger des attaques des tigres) se généralise à cette époque. Les vestiges humains découverts sur les sites de Hoa Binh, de Bac Son et de Quynh Van indiquent que leurs habitants appartenaient au groupe austronésien mais des éléments mongoloïdes venus du nord apparaissent de très bonne heure et leur croisement avec ces anciens occupants a donné naissance au groupe des mongoloïdes méridionaux qui, au fil du temps, vont devenir largement prépondérants. Toutes les ethnies présentes actuellement sur le territoire vietnamien appartiennent au groupe des mongoloïdes méridionaux mais certaines présentent encore, à des degrès divers, des caracétéristiques du groupe austronésien originel. C’est donc une synthèse locale qui est à l’origine de la population vietnamienne autochtone – et non l’intervention d’une migration extérieure – qui a été décisive dans la formation du peuple vietnamien, ce que confirme l’évolution typologique de l’outillage et de la céramique.
Milieu du IIe millénaire avant J.-C. : Apparition, avec la culture de Phung Nguyen, de la métallurgie du bronze dans la Moyenne Région et dans la plaine du fleuve Rouge.
Fin du Ie millénaire avant J.-C. : Culture de Dong Dau suivie par celle de Go Mun.
Début du Ier millénaire avant J.-C. : Apogée de la civilisation du bronze avec la culture de Dong Son, identifiée en 1924 dans la province de Thanh Hoa (près d’une centaine de stations ont été reconnues dans toutes les régions du Nord-Vietnam). Les objets les plus remarquables que nous a laissés cette culture sont les tambours de bronze utilisés dans les cérémonies d’invocation à la pluie, dont le plus célèbre est, pour son magnifique décor, celui de Ngoc Lu. Agriculture sur brûlis, riziculture irriguée, céramique, métallurgie et vannerie connaissent alors un remarquable essor. Maisons et jonques figurées sur les tambours de bronze témoignent d’un développement du travail du bois. Des échanges sont avérés avec la Chine et l’archipel indonésien aux Ve-IIIe siècles avant J.-C. Au sud de l’aire propre à la culture de Dong Son, celle de Sa Huynh est caractérisée par un type de sépultures présent également au Laos, en Thaïlande, aux Philippines et en Indonésie.
La tradition légendaire et annalistique, recoupée par certaines données archéologiques, fait état de l’existence d’un royaume de Van Lang, formé d’une fédération de quinze tribus installées au Nord-Vietnam et gouvernées par les rois Hung dont la succession était héréditaire. La lutte menée contre les crues des fleuves au moment de la mousson d’été, alors que s’étendait la mise en valeur du delta du fleuve Rouge, a favorisé l’installation d’un pouvoir central plus fort, qui s’est progressivement substitué aux communautés antérieures.
-258 avant J.-C. :
Thuc Phan, roi des Tay Au (population des régions montagneuses du Nord-Vietnam et de l’actuelle province chinoise du Guangxi) impose son autorité au roi Hung, souverain des Lac Viet qui occupaient les basses terres et le delta. Il crée ainsi le royaume de Au Lac et prend comme nom de règne celui de An Duong. Il met en place une ébauche d’État, avec une cour et une armée. Il installe sa capitale à Co Loa, dans la plaine, à une vingtaine de km de l’actuelle Hanoi. Il y bâtit une puissante citadelle dont les vestiges constituent l’un des sites les plus importants contemporains de cette période.
IIIe siècle avant J.-C. : Naissance de l’empire Han en Chine du Nord.
179 avant J.-C. : Trieu Da constitue le royaume du Nam Viet en rassemblant sous son autorité le royaume de Au Lac et quelques territoires du sud de la Chine.
111 avant J.-C. : Conquête du Nam Viet par un corps expéditionnaire chinois. Les Han intégrent alors l’actuel Vietnam du nord à leur empire, jusqu’à la hauteur du 16e parallèle. Pour plus de dix siècles, le Vietnam se retrouve sous la domination chinoise et menacé d’assimilation culturelle mais l’identité vietnamienne parviendra cependant à se maintenir, même si la culture nationale intègre dans tous les domaines de nombreux éléments chinois. Les Vietnamiens doivent verser à l’empereur un tribut, constitué surtout de produits locaux précieux et consentir le paiement de taxes, impôts et corvées divers pour l’entretien de l’administration locale et la réalisation des travaux nécessaires à la vie du pays. Écriture idéographique et confucianisme s’imposent dans le même temps. Les premiers siècles de l’ère chrétienne voient cependant des progrès de l’agriculture, de la métallurgie du fer et du tissage, à une époque où le Vietnam sous domination chinoise compte environ un million d'habitants. Des relations sont alors régulières avec la Chine et l’Asie du Sud, par la mer que sillonnent de grandes jonques ou par la vallée du fleuve Rouge qui permet de gagner le Yunnan, le Sichuan (Se Tchouen) ou la Birmanie. Outre le confucianisme, le taoïsme chinois et le bouddhisme indien apparaissent au Giao Chi (nom donné par les Han à cette partie méridionale de leur empire).
43 après J.-C. : Une insurrection vietnamienne conduite par une femme, Trung Trac, est écrasée par le général chinois Ma Yuan.
248 : Nouvelle révolte contre la domination chinoise dans la province de Thanh Hoa.
542 : Insurrection dirigée par Ly Bi, un notable de la province de Thai Binh. Il défait les forces chinoises et se proclame en 544 souverain du royaume de Van Xuan mais il est finalement vaincu par les Chinois en 546.
548 : À la mort de Ly Bi, l’un de ses lieutenants, Trieu Quang Phuc, poursuit la lutte en menant des combats de guérilla et peut reconquérir en 550 une bonne partie du pays.
603 : Les divisions qui affectent les Vietnamiens permettent à la dynastie chinoise des Sui de reconquérir le pays. Ce sont les Sui qui installent la capitale administrative du Giao Chi à Tong Binh, l’actuelle Hanoï.
618 : Avènement en Chine de la dynastie Tang, qui fait du Vietnam une base de départ pour pousser ses conquêtes au sud.
679 : Institution par les Tang du protectorat sur l’Annam, le « Sud pacifié ».
766-791 : Insurrection de Phunh Hung, suivie par celle de Duong Thanh en 819-820.
863 : Les troupes du royaume rebelle de Nan Zhao (l’actuel Yunnan) s’avancent jusqu’à Tong Binh qui est détruite. Elles sont rejetées en 865 par le général Gao Bian qui s’efforce ensuite de briser les vélléités vietnamiennes d’indépendance.
Fin du IXe siècle : L’empire Tang est affecté par des troubles internes.
905 : Mort du dernier gouverneur envoyé au Vietnam par l’empereur chinois 938 : Destruction d’une flotte chinoise à hauteur de la baie d’Along. Cet événement marque l’échec de la tentative de reconquête chinoise. Ngo Quyen, le vainqueur des Chinois, se proclame roi en 939 et installe sa capitale à Co Loa où il établit le premier État historique vietnamien réellement indépendant.
944 : La mort de Ngo Quyen ouvre une période d’anarchie féodale mais Dinh Bo Linh réunifie le pays en 967, se proclame roi en 968 et établit se capitale à Hoa Lu, dans l’actuelle province de Ninh Binh. Il fonde la dynastie des Dinh, qui sera remplacée dès 980 par celle des Lê antérieurs.
979 : Assassinat de Dinh Bo Linh. Accès au trône d’un enfant de six ans.
981 : Le général Le Hoan bat un corps expéditionnaire envoyé par le nouvel Empire chinois des Song.
982 : Le Hoan conquiert le pays cham et sa capitale Indrapura, dans l’actuelle province de Da Nang. Une fois écartées les menaces étrangères, l’indépendance du Vietnam est ainsi solidement établie.
1009 : Avènement de Ly Thai Tho, qui transfère l’année suivante sa capitale à Thang Long (qui conservera cette fonction jusqu’au XIXe siècle), sur l’emplacement de l’actuelle Hanoi ( non loin de l’ancienne Tong Binh établie par la puissance impériale chinoise). Ly Thai Tho est le fondateur de la dynastie des Ly qui règnera juqu’en 1225.
1042
: Rédaction d’un code législatif et judiciaire très complet.
1054 : Le successeur de Ly Thai To, Ly Thanh Tong, donne au pays le nom de Dai Viet. La monarchie engage de grands travaux en matière d’hydraulique et d’endiguement, continués sous la dynastie suivante des Tran. À partir de la dynastie des Ly, le pays est partagé en 24 provinces confiées à des proches de la famille royale et une bureaucratie mandarinale est mise en place.
1070 : Le souverain du pays cham Rudravarman III doit céder au Dai Viet le nord de la région de Quang Tri.
1070 : Ly Thanh Tong crée une école de formation morale et administrative inspirée du confucianisme et les premiers concours mandarinaux sont ouverts en 1075. Dans une société où s’imposait la monarchie centralisée et où la lutte contre l’inondation ou l’envahisseur étranger devait mobiliser toutes les énergies, les perspectives de salut individuel ouvertes par le bouddhisme ne pouvaient suffire et il était nécessaire d’introduire une doctrine orientant chacun vers ses obligations sociales, la fidélité au monarque et le respect des hiérarchies établies. La Chine en a fait l’expérience depuis plusieurs siècles et la monarchie vietnamienne va naturellement dans le même sens. Au fil du temps, les lettrés confucéens vont voir leur influence grandir régulièrement au détriment de celles du clergé bouddhique et de l’ancienne aristocratie militaire. L’hostilité des lettrés opposés au bouddhisme s’exprimera notamment, au milieu du XIIIe siècle, sous la plume de Le Van Huu, le premier grand historien vietnamien. En termes d’influence politique, la victoire du confucianisme sera acquise au XIVe siècle.
1075 : Le général Ly Thuong Kiet devance une attaque chinoise en pénétrant dans le sud de l’empire Song et s’empare de la citadelle de Yong Zhou. Deux ans plus tard, les Chinois, déterminés à envahir le Vietnam, sont repoussés lors de la bataille de Nhu Nguyet. L’empereur Song accepte de faire la paix contre la cession de cinq districts frontaliers, dans les provinces actuelles de Cao Bang et de Lang Son mais ces territoires sont recupérés par le Dai Viet dès 1077.
1102 : Construction à Thang Long (Hanoi) de la pagode Quan Thanh (du Grand Bouddha). Le bouddhisme connaît son apogée sous les Ly, qui ont bénéficié de l’appui du clergé des bonzes. Les souverains envoient des missions en Chine pour y recueillir des textes et encouragent la fondation de nouvelles sectes bouddhiques.
1225-1258 : Règne du roi Tran Thai Tong, premier souverain de la dynastie des Tran qui durera jusqu’en 1414.
1253 : L’empereur Yuan Khubilai (un Mongol descendant de Gengis Khan ) s’empare du royaume de Nan Zhao (dans l’actuel Yunnan), menaçant ainsi directement la frontière vietnamienne.
1257 : Les souverains vietnamiens Tran refusent d’autoriser le passage des troupes mongoles qui veulent passer par le nord du Vietnam pour aller réduire les dernières résistances des Song en Chine du Sud. Les Mongols envahissent alors le pays et mettent à sac sa capitale, Thang Long, évacuée par le souverain Tran et la population. Victimes du climat et faute de venir à bout des résistances, les envahisseurs sont finalement contraints de se replier mais espèrent toujours rattacher à leur empire le Dai Viet et le Champa.
1282-1284 : Débarquées au Champa, les forces mongoles échouent dans leur tentative de conquête du pays mais peuvent menacer le Dai Viet à partir du sud.
fin 1284 : Les Mongols envahissent le Dai Viet défendu par le roi Tran Nhan Tong et le général Tran Hung Dao. Ils franchissent le fleuve Rouge et mettent de nouveau à sac la capitale. Ils réussissent à contrôler le delta du fleuve Rouge et les provinces de Thanh Hoa et de Nghe An, c’est-à-dire la majeure partie du pays « utile ». Ils doivent cependant compter avec la dispersion de leurs forces, avec les menaces pesant sur leurs communications ainsi qu'avec  la « terre brûlée » que leur opposent les populations.
Juillet 1285 : L’une des armées mongoles est écrasée à Tay Ket. Dès le mois suivant, tout le pays est libéré.
1287:Échec d’une nouvelle tentative d’invasion mongole. Tran Hung Dao inflige aux mongols une défaite définitive en détruisant leur flotte en avril 1288. La mort de Khubilai, survenue en 1294, met fin aux tentatives de la cour de Pékin contre le Dai Viet, qui peut préserver son indépendance en payant simplement un tribut annuel.
1293 : Le roi Tran Nhan Tong abandonne le trône pour se retirer dans un monastère et fonder, avec deux autres bonzes, la secte de la Forêt de Bambous (Truc Lam).
1306
: Le roi Tran Anh Ton donne en mariage sa sœur au roi de Champa et se rapproche ainsi du royaume voisin du sud, ce qui lui permet de récupérer la région de Hué, future capitale de l’Annam. La guerre reprend dès 1307 (à la mort du souverain cham, son épouse vietnamienne devait normalement être brûlée sur son bûcher funéraire, selon le rite indien). La lutte se poursuivit jusqu’à la fin du XIVe siècle, qui vit la défaite finale du Champa, l’extension du territoire vietnamien au delà de Tourane et la subordination de ce qui restait du royaume voisin.
1341-1369 : Règne de Tran Due Tong.
1400 : L’un des généraux vainqueurs des Cham, Lé Qui Ly prend le pouvoir et le titre dynastique de Ho Qui Ly, ce qui offre à la Chine l’occasion de revenir sur la scène vietnamienne à l’appel des partisans de la dynastie légitime. L’usurpateur est fait prisonnier en 1407 mais le prétendant légitime Tran meurt au même moment, fournissant ainsi à la Chine l’opportunité de récupérer ce qu’elle considère toujours comme ses provinces méridionales.
Juillet 1407 : L’empereur chinois de la nouvelle dynastie Ming décide d’intégrer le Dai Viet à l’Empire chinois et d’y rétablir une administration directe. À cette époque, un recensement général donne une population, pour le Dai Viet, d’environ trois millions d’habitants auxquels s’ajoutent un peu plus de deux millions de « barbares » correpondant aux tribus montagnardes des vastes régions périphériques du pays. L’encadrement très étroit de la population et le poids de la pression fiscale, la déportation des artisans les plus compétents en Chine et la destruction de la culture vietnamienne suscitèrent rapidement des révoltes et les Ming durent faire campagne de manière quasi continue pour maintenir leur autorité sur le Dai Viet, mais, de 1407 à 1411, les princes issus de l’aristocratie Tran ne purent assurer la victoire de la résistance vietnamienne.
Février 1418 : Un notable de la province de Thanh Hoa, Le Loi, prend la tête d’une insurrection et se procalme roi sous le nom de Binh Dinh Vuong. Secondé par le lettré Nguyen Trai, il se pose en champion de la lutte contre les Ming.
1424-1425
: Le Loi prend le contrôle des provinces de Nghe An et de Thanh Hoa.
Novembre 1426 : Battues à Tot Dong, les forces des Ming doivent demeurer sur la défensive.
Octobre 1427 : Une armée Ming venant de Lang Son est taillée en pièces à la passe de Chi Lang. En décembre, le général chinois Vuong Thong doit reconnaître sa défaite et évacuer le pays à l’issue d’une guerre d’indépendance de près de dix ans. La Chine des Ming ne devait plus ensuite attaquer le Dai Viet. La victoire permettait en 1428 l’installation durable de la dynastie des Le qui allait demeurer au pouvoir jusqu’en 1793.
1429 : Le roi promulgue une série de mesures favorables aux petits paysans propriétaires, mesures confirmées par Le Thanh Tong en 1477.
Premier tiers du XVe siècle : Plusieurs révoltes de peuples minoritaires affectent l’ouest et le nord-ouest du pays mais elles sont réprimées.
1442 : Victime d’une cabale de courtisans, Nguyen Trai, l’un des plus remarquables esprits de son temps, qui avait pris une part déterminante à la lutte contre les Ming, est condamné à mort et exécuté.
1460-1497 : Règne de Le Thanh Tong. Il favorise l’extension de l’espace agricole et l’accroissement de la production, ce qui garantit le pays contre les risques de famine.
1467 : Le souverain réglemente la désignation des notables villageois et fait établir une carte d’ensemble du royaume.
1470 : Victoire vietnamienne sur les Cham. La frontière du royaume vietnamien se trouve alor reportée vers le sud, de Tourane au cap Varella. Le Thanh Tong divise le pays en douze provinces et entreprend une œuvre considérable d’organisation administrative et fiscale. Il fait compléter les Annales de l’Annam dont une première rédaction avait été réalisée sous son prédécesseur Le Nhon Tong.
1483 : Promulgation du code Hong Duc, le plus complet de l’histoire du Vietnam traditionnel, qui demeurera en vigueur jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

 

La période qui s’étend du XVIe au XVIIIe siècle est marquée à la fois par l’extension continue de la puissance vietnamienne en direction du sud mais aussi par la division opposant le nord et le sud du pays, dirigés respectivement par les Trinh et les Nguyen. La même période voit également l’irruption des Occidentaux en Asie du Sud-Est où interviennent désormais marchands portugais et missionnaires catholiques.
1527 : Début d’une crise dynastique. Mac Dang Dung se rend maître d’une partie du Tonkin et y impose pour quelques décennies la dynastie des Mac ; celle-ci sera vaincue par les Trinh, qui constitueront à la fin du siècle la principale lignée dirigeante dans le bassin du fleuve Rouge.
1535 : Le navigateur portugais Antonio de Faria reconnaît la baie de Tourane où le comptoir de Fai Foo devient ensuite un lieu d’échanges pour les marchands établis à Macao.
1545 : Le chef des partisans de la dynastie légitime, Nguyen Kim, est tué au combat au Tonkin. Son fils Nguyen Hoang et son gendre Trinh Kiem se partagent alors le pays, ce qui va donner naissance à deux lignées rivales. Les Trinh contrôlent le Nord où la légitimité de la dynastie Le demeure reconnue et où s’établit une « cohabitation » de fait entre le souverain et « l’homme fort » reconnu du pays. Les Nguyen, qui ont établi leur capitale à Hué, gouvernent le Sud jusqu’en Cochinchine. La lutte opposant les deux camps prend alors la suite de celle menée par le Dai Viet contre le pays champa, à la différence que les adversaires sont maintenant des Vietnamiens.
1613 : Le navigateur anglais Richard Carwarden est massacré dans la baie de Tourane.
1614 : Arrivée dans le comptoir établi par les Portugais à Macao, au sud de la Chine, des premiers missionnaires jésuites qui entendent entreprendre l’évangélisation du Vietnam.
1627-1630 : Séjour au Tonkin du missionnaire jésuite français Alexandre de Rhodes qui entreprend l’évangélisation du pays. Expulsé du Tonkin, il conduira une action analogue après 1645 en Indochine et sera le transcripteur de la langue vietnamienne en caractères latins pour favoriser l’action missionnaire. Il fera imprimer à Rome un catéchisme bilingue en latin et en annamite et un dictionnaire annamite-latin-portugais destiné aux missionnaires. Sans pouvoir conduire lui-même le projet jusqu’à son terme, il fut à l’origine de la création en 1660 de la Société des missions étrangères de Paris qui allait prendre une part décisive dans l’effort d’évangélisation des pays d’Extrême-Orient.
1637 : Les Hollandais de la Compagnie des Indes orientales installés à Batavia établissent un comptoir à Hung Yen, au Tonkin. Ils s’installeront ensuite à Hanoi mais n’y resteront pas au-delà de 1700. De 1636 à 1654, ils envoient des bateaux en Annam mais y sont mal accueillis.
1664 : La Société des missions étrangères envoie le père Chevreul en Annam. Il est suivi deux ans plus tard par le père Deydier au Tonkin. Le succès de l’évangélisation suscite bientôt des réactions de la hiérarchie mandarinale et les phases de persécution succèdent aux périodes d’ouverture. L’Annam des Nguyen est plus accueillant aux missionnaires que le Tonkin des Trinh. À la cour de Hué, les princes Nguyen Minh Vuong et Vo Vuong tiennent à garder auprès d’eux les mathématiciens, astronomes, médecins et naturalistes jésuites. Ces savants sont les premiers à décrire la nature indochinoise, notamment le père Jean de Loureiro, auteur d’une Flora Cochinchinensis qui sera publiée en 1790.
1673 : L’Anglais William Gyfford fonde un comptoir à Hung Yen ; il est transféré à Hanoi dix ans plus tard mais les Anglais l’abandonneront en 1697 après l’échec, en 1695, de leur tentative d’installation en Annam.
1677 : Les Tonkinois qui tentaient de s’emparer du Sud sont repoussés.
1692 : Le dernier roi cham s’étant révolté, il est vaincu et chassé. Depuis la fin du XVe siècle, la colonisation vietnamienne a refoulé et progressivement fait disparaître les populations cham, qui n’ont plus aucune existence politique au XVIIIe siècle.
1658 : Les Nguyen se font céder par le Cambodge la province de Bien Hoa. La poussée vietnamienne se confirme vers le sud.
1696 : Les Nguyen s’emparent de Saigon et poussent les frontières méridionales du Vietnam jusqu’au Mékong. Maîtres de la partie orientale de la Cochinchine dès la fin du XVIIe siècle, les Nguyen étendent leur pouvoir vers l’ouest, au détriment du Cambodge, et se posent en protecteurs de certaines populations locales contre les ambitions siamoises. En 1765, la domination des Nguyen s’étend sur toute la Cochinchine, à l’exception de la région de Soc Trang, qui ne sera occupée qu’en 1840.
1702 : Les Anglais s’emparent de l’île de Poulo Condore, en face des bouches du Mékong, qui était également convoitée par la Compagnie française des Indes mais ils ne pourront s’y maintenir.
1738-1765 : Règne à Hué du prince Nguyen Vo Vuong.
1744 : Reconnaissance de Friel, un neveu de Dupleix, en baie de Tourane mais les projets d’installation sont reportés en raison de la guerre avec l’Angleterre. 1749 : Arrivée de Pierre Poivre à Tourane. Il est très bien accueili à Hué par le prince Nguyen Vo Vuong mais les perspectives commerciales apparaissent limitées.
1773 : Les trois frères Nguyen Van Nhac, Nguyen Van Lu et Nguyen Van Hué, originaires du village de Tay Son, prennent la tête d’un mouvement de rébellion provoqué par les exactions du régent Truong Phuc Loan qui dirige le gouvernement pendant la minorité du jeune prince Hué Vuong, successeur de Vo Vuong disparu en 1765. L’aîné de ceux que l’on appelle les Tay Son réussit à s’emparer de Qui Nhon.
1774 : Pierre Pigneau de Béhaine est nommé vicaire apostolique de la Cochinchine.
1774-1775 : Les Tonkinois profitent des troubles qui affectent le Sud pour l’envahir et prendre leur revanche de la défaite subie un siècle plus tôt. Ils s’emparent de Hué puis de Saigon en 1776 avant de mettre à mort l’année suivante le prince Hué Vuong. C’est le neveu de celui-ci, Nguyen Anh, âgé de quinze ans, qui est aussi le petit-fils de Vo Vuong, qui hérite des droits au trône de Hué.
1775 : Après Choiseul sous Louis XV, Vergennes et Sartine, secrétaires d’État aux Affaires étrangères et à la Marine au début du règne de Louis XVI, veulent relancer l’enteprise indochinoise mais les dépenses que va bientôt engendrer la guerre d’Amérique dissuadent le gouvernement de donner suite à ce projet.
1781 : Nguyen Anh prend le contrôle d’une partie de la Cochinchine mais il doit pouvoir compter sur une aide étrangère pour réussir à l’emporter complètement sur ses adversaires.
1784 : Nguyen Anh confie son fils, le prince Canh âgé de quatre ans, à monseigneur Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran, pour qu’il l’emmène avec lui à Versailles. Partis d’Indochine à la fin de 1784, ils embarquent à Pondichéry pour la France en juillet 1786.
1786 : Pendant que Nguyen Anh, exilé, se réfugie à la cour du roi de Siam, les Tay Son prennent Hué en chassant les Trinh et envahissent le Tonkin où ils prennent Hanoi le 21 juillet. Le prince Trinh Khoi, « seigneur du Nord », se suicide. Pour donner un semblant de légitimité à son action, Nguyen Van Hué, le plus jeune des Tay Son, vient rendre hommage au roi Lé Hien Ton qui meurt quelques jours plus tard en laissant le trône à son petit-fils Lé Duy Ki. La fiction de la souveraineté des Lé était ainsi maintenue. La puissance des Trinh était abattue, tout comme celle des Nguyen, et les Tay Son se partagèrent le pays. L’aîné prit l’Annam et le titre d’empereur, le second la Cochinchine et le plus jeune le Tonkin.
Février 1787
: Pigneau de Béhaine et le prince Canh débarquent à Lorient. Montmorin et Castries, secrétaires d’Etat aux Affaires étrangères et à la Marine, sont favorables aux projets de l’évêque d’Adran.
28 novembre 1787 : Signature du traité de Versailles. La France s’engageait à soutenir Nguyen Anh pour qu’il récupère ses États ; elle enverrait pour cela quatre frégates et un corps expéditionnaire avec de l’artillerie. En contrepartie, elle obtenait la souveraineté sur le port de Tourane et l’île de Poulo Condore ainsi qu’un privilège commercial exclusif dans tout le royaume.
Août 1788-mars 1789 : Reconnaissance du chevalier de Kersaint sur les côtes indochinoises, envoyée par le commandant des troupes françaises en Inde, le comte de Conway, qui a reçu de Versailles des consignes de prudence. Pigneau de Béhaine ne se décourage pas et recrute suffisamment de volontaires pour mettre en œuvre l’expédition prévue.
Février 1789 : À l’issue d’une ultime tentative de résistance, Le Duy Ki doit prendre la fuite après une nouvelle prise de Hanoi par Nguyen Van Hué et sa fuite marque la fin de la dynastie des Lé.
1790
: L’empereur de Chine accepte le tribut que lui paient les Tay Son et reconnaît Nguyen Van Hué comme « roi d’Annam ». L’intéressé fonde une nouvelle capitale à Trung Do, et Hanoi devient Bac Thanh, la « ville forte du Nord ».
1792 : Destruction par la division navale française engagée aux côtés de Nguyen Anh de la flotte des Tay Son.
1792-1799 : Par une série de campagnes heureuses, Nguyen Anh reconquiert le sud du Vietnam. En juillet 1799, il s'empare de Qui Nhon, la principale citadelle des Tay Son.
1801 : Nguyen Anh réussit à prendre Hué avec l’aide de la flotte française.
1802 : Il s’empare de Hanoi et défait définitivement les Tay Son. Il peut alors se proclamer empereur sous le nom de Gia Long. Le vainqueur avait non seulement reconquis les territoires de ses ancêtres Nguyen mais il leur avait ajouté le Tonkin, réalisant ainsi l’unité de l’Indochine depuis le golfe du Tonkin jusqu’au golfe du Siam.
1803: L’empereur de Chine répond à l’ambassade que lui a envoyée Gia Long en fixant le montant du tribut payable tous les deux ans et en donnant le nom de Vietnam aux territoires placés sous l’autorité de celui qui se reconnaissait son vassal. Une ambassade chinoise fut envoyée en 1804 à Hanoi pour confirmer les décisions impériales. Le nouveau souverain, fils du Ciel et monarque absolu, réorganise l’adminitration mandarinale et maintient la division du pays en trois grandes régions (Bac Ky-Tonkin au nord, Nam Ky-Cochinchine au sud et Trung Ky-Annam où il installe sa capitale à Hué).Un gros effort fut réalisé en matière de réfection des digues et d’étabissement de greniers permettant d’accumuler les réserves nécessaires pour conjurer les famines. Un réseau routier fut établi, ainsi qu’un service de postes.
1811-1815 : Promulgation d’un nouveau code inspiré par celui des empereurs mandchous de Chine.
3 février 1820 : Mort de Gia Long. L’œuvre de redressement et d’unité accomplie va être compromise par ses successeurs.
1820-1841
: Règne de Minh Mang. Très attaché à la dimension religieuse de sa fonction, il se montre hostile aux missionnaires catholiques et renvoie les nombreux conseillers européens de son prédécesseur.
1832 : Édit de persécution générale contre les chrétiens. Il entraîne une révolte qui durera trois ans et se terminera sur une répression féroce.
1841-1847 : Règne de Thieu Tri, qui poursuit la politique de persécution des missionnaires.
1848 : Avènement de Tu Duc.

 

29 août 1842 : Traité de Nankin par lequel, à l’issue de la guerre de l’opium, la Chine cède à l’Angleterre l’île de Hong Kong, à proximité de Macao et de Canton, le grand port du sud chinois désormais ouvert au commerce britannique (les ports de Amoy, Foutchéou, Ning Po et Shanghaï le sont également). Le 24 octobre 1844, la France obtient, par la convention de Wham Poa négociée par Lagrené, des privilèges analogues dans les mêmes ports, ainsi qu’un droit de protection des missions catholiques menacées par les réactions xénophobes suscitées par certains mandarins. Cette ouverture de la Chine donne automatiquement à l’Indochine voisine une grande importance, dans la perspective du développement des échanges et de l’affirmation de l’influence française dans les régions méridionales de l’Empire du Milieu. Préoccupations commerciales et défense des intérêts catholiques commandent ensuite la politique de Napolén III en Extrême-Orient.
1848-1883 : Règne de Tu Duc. Il est hostile aux étrangers et aux missionnaires chrétiens et entend s’appuyer sur la Chine sans mesurer l’extrême faiblesse de celle-ci.
1858 : À la suite du martyre de l’abbé Chapdelaine au Kouangsi et de celui de plusieurs dominicains espagnols au Tonkin, la France et l'Angleterre décident d’agir contre la Chine et, en mai, un corps expéditionnaire allié s’empare des forts défendant le Pei Ho (la rivière qui se jette dans le golfe du Petchili) et ouvre ainsi la route de Pékin. L’empereur chinois préfère traiter et les forces du contre-amiral Rigault de Genouilly devenues disponibles sont dirigées vers les côtes d’Annam. Formée de treize bâtiments français et d’un aviso espagnol venu des Philippines, la flotte arrive devant Tourane (Danang) le 31 août 1858. Contrairement à ce qui s’était passé en Chine, l’amiral ne peut remonter la rivière de Hué et se refuse, en raison de la faiblesse relative de ses effectifs, à prendre le risque d’une marche par voie de terre contre la capitale annamite.
Février 1859 :Profitant de la mousson d’hiver, l’amiral Rigault de Genouilly dirige sa flotte vers la Cochinchine, remonte la rivière de Saigon et prend d’assaut la citadelle le 17 février.
Novembre 1859 : L’amiral Page, qui remplace Rigault de Genouilly, propose à la cour de Hué une paix n’impliquant aucune cession territoriale mais la simple installation d’un chargé d’affaires et de trois consuls. Convaincu que ces demandes modérées ne faisaient que témoigner de la faiblesse des envahisseurs, le souverain annamite refuse les propositions françaises.
1860 : Alors que l’amiral Page est parti rejoindre l’expédition franco-anglaise engagée contre la Chine – qui aboutira à la prise de Pékin et au sac du Palais d’été – la garnison de Saigon résiste victorieusement aux assauts vietnamiens.
Février 1860 : L’amiral Charner, de retour de Chine, entre en rade de Saigon avec soixante-dix bâtiments, une brigade d’infanterie, douze compagnies de marins et des chasseurs d’Afrique, le tout appuyé par une puissante artillerie. Il disperse ainsi sans difficultés, les 24 et 25 février, les troupes vietnamiennes du maréchal Nguyen Tri Phuong.
1862 : Alors que ses forces sont dispersées et détruites en Cochinchine, l’empereur Tu Duc doit faire face au Tonkin à une révolte qui le contraint à traiter avec les Français. Un accord est conclu à Saigon le 5 juillet 1862. Le souverain annamite reconnaît aux missionnaires la liberté de prêcher la religion catholique et autorise l’ouverture de trois ports au commerce français. Il abandonne par ailleurs en pleine propriété au vainqueur les provinces de Bien Hoa, Gia Dinh et Vinh Tuong, c’est-à-dire toute la moitié orientale de la Cochinchine, ainsi que l’île de Poulo Condore. Il était ainsi contraint d’accepter des conditions autrement dures que celles qu’il avait refusées en 1860. Conclu le 14 avril 1863, le traité de Hué confirme l’accord de Saigon de l’année précédente.
1862-1879 : Période dite du « gouvernement des amiraux », ceux-ci se trouvant durant cette période investis du gouvernement de la Cochinchine française. La Marine joue alors un rôle déterminant dans les débuts de la colonie. Dès 1862, c’est autour d’un missionnaire, le père Legrand de La Liraye, responsable d’un Bureau de renseignement sur les coutumes et les institutions indigènes, que se réunissent de jeunes officiers qui apprennent la langue locale, se consacrent à la pacification du pays en luttant contre les pirates et s’efforcent d’administrer le territoire sous autorité française. Ils font fonction d’officiers des affaires indigènes et recrutent des auxiliaires autochtones dont ils contrôlent l’action. À partir de 1873, la Marine établit un collège de stagiaires où ces officiers sont formés à leurs nouvelles fonctions, sous l'autorité du lieutenant de vaisseau Luro, chargé d’un cours « d’administration annamite ».
Mai 1863-avril 1868 : L’amiral de La Grandière exerce les fonctions de gouverneur de la Cochinchine et l’étend vers l’ouest avec l’annexion, en juin 1867, des trois provinces de Vinh Long, Soc Trang et Chau Doc occupées dès mars 1866.
1863 : Établissement du protectorat français sur le Cambodge.
Juin 1863 : Arrivée en France d’une ambassade annamite conduite par le mandarin Phan Tanh Gian. Il est très bien reçu par Napoléon III, d’autant que l’un des officiers du corps expéditionnaire, le lieutenant de vaisseau Aubaret, fait valoir l’intérêt pour la France de respecter l’intégrité territoriale du Vietnam et de se contenter du contrôle de quelques ports et d’un protectorat très souple.
Mai 1864 : Nommé consul à Bangkok, Aubaret se rend à Hué pour négocier avec Tu Duc, le souverain annamite, une éventuelle rétrocession des provinces cochinchinoises mais, une fois de plus, son interlocuteur interprète comme un aveu de faiblesse les propositions françaises et ne les retient pas ; comme dans le même temps tout un courant se développait en France en faveur d’une exploitation coloniale du sud de l’Indochine (il s’exprime à travers la publication par le lieutenant de vaisseau Rieunier – sous le pseudonyme d’Abel – de La question de la Cochinchine du point de vue des intérêts français), il apparut que l’opposition de la cour de Hué rendait impossible toute présence limitée.
4 novembre 1864 : Le ministre de la Marine Chasseloup-Laubat remet à Napolén III un rapport qui conclut à la nécessité de conserver la Cochinchine. Les perspectives d’une rétocession s’éloignent ainsi définitivement.
Janvier 1865 : Ratification par la France du traité de Hué.
Juin 1866 : Doudart de Lagrée et Francis Garnier quittent Saigon pour entamer la remontée du Mékong, dans l’espoir de trouver ainsi une voie d’accès vers la Chine du Sud, que les Anglais cherchent dans le même temps à atteindre à partir de la Birmanie. Doudart de Lagrée meurt en mars 1868 après être arrivé à deux jours de marche du Yang tsé Kiang que son second pourra descendre jusqu’à Shanghaï. Ce remarquable voyage d'exploration a cependant montré que la véritable voie d’accès à la Chine à partir de l’Indochine n’est pas le Mékong mais le fleuve Rouge, ce qui va conduire les Français à tourner leurs regards vers le Tonkin. Sous le Second Empire et au début de la IIIe République, la France semble cependant se satisfaire du contrôle de la Cochinchine et du Cambodge – qui correspondent aux régions indochinoises les plus riches et les moins peuplées – et les consignes envoyées depuis Paris aux amiraux-gouverneurs leur interdisent toute entreprise contre la monarchie annamite visant à la conquête du nord du pays.
1871 : Le commerçant et trafiquant d’armes français Jean Dupuis pénètre au Tonkin en venant du Yunnan, s’installe à Hanoi et y fait flotter le drapeau français sur ses canonnières, ce qui entraîne les protestations de la cour de Hué. L’amiral-gouverneur Dupré décide alors, pour trouver une solution de compromis, d’envoyer sur place Francis Garnier, simplement accompagné d’une force modeste (de l’importance d’une compagnie).
20 novembre 1873 : Inquiet des préparatifs guerriers mis en œuvre par les forces annamites commandés par Nguyen Tri Phuong, Francis Garnier prend l’initiative des hostilités et s’empare de la citadelle de Hanoi avant d’entamer la conquête du delta tonkinois mais il est tué dans une embuscade en janvier 1874.
15 mars 1874 : Un traité est conclu entre la France et l’Annam. Il est signé à Saigon par le lieutenant de vaisseau Philastre. Les Français renoncent à leurs conquêtes du Tonkin et Dupuis doit évacuer Hanoi mais l’Annam reconnaît en contrepartie la pleine souveraineté de la France sur les trois provinces de Cochinchine conquises par l’amiral de La Grandière en 1867. Les ports de Hanoi, Haïphong et Qui Nonh sont ouverts au commerce français et des consuls y sont installés. L’empire d’Annam accepte enfin de conformer sa politique extérieure à celle de la France. Le 31 août suivant, un traité de commerce est signé par l’amiral Krantz.
Mars 1882 : Le gouverneur Le Myre de Vilers, premier gouverneur civil de Cochinchine, constate l’inéxécution du traité de 1874 et décide d’établir à Hanoi une petite garnison forte de trois compagnies et placée sous les ordres du commandant Rivière qui s’empare de la ville le 27 avril.
19 mai 1883 : Encerclé par les forces chinoises infiltrées dans le bassin du fleuve Rouge, le commandant Rivière trouve la mort au cours d’une tentative de sortie. C’est un casus belli pour la France et Jules Ferry décide de l’envoi en Indochine d’un corps expéditionnaire appelé à agir en Annam et au Tonkin.
17 juillet 1883 : Mort de l’empereur d’Annam Tu Duc. Son successeur, le prince Hiep Hoa, suspect de sympathies profrançaises, est contraint de s’empoisonner en 1884. Il est remplacé par Kien Phuoc dont le règne est tout aussi éphémère. Le pouvoir appartient en réalité à deux régents, Ton That Tuyet (très hostile aux Français) et Nguyen Van Tuong.
25 août 1883 : Le gouvernement annamite signe avec la France le traité Harmand reconnaissant son protectorat.
11 mai 1884 : Après une campagne qui a permis d’obtenir la reddition des places du delta tonkinois (dont Sontay, Bac Ninh et Thai Nguyen), le traité de Tien Tsin oblige les Chinois à se retirer complètement du Tonkin.
6 juin 1884 : Le traité Patenôtre signé à Hué précise les conditions d’application du protectorat et le rôle du résident français en Annam.
31 juillet 1884 : C’est un enfant de douze ans, Ham Nghi, qui accède au trône mais ce sont les régents qui conservent la réalité du pouvoir.
1885 : L’incident de Bac Lé survenu en juin 1884, consécutif au retrait incomplet des troupes chinoises, conduit Jules Ferry à exiger du gouvernement de Pékin, sous la forme d’un ultimatum, une lourde imdemnité. Une fois expiré le délai fixé, la flotte de l’amiral Courbet bombarde Fou Tchéou alors que le corps expéditionnaire du général Brière de l’Isle marchant vers le nord s’empare de Langson, sur la frontière chinoise, le 13 février 1885. Pendant qu’une partie des forces françaises se porte au secours du commandant Dominé assiégé dans Tuyen Quang, le général de Négrier est grièvement blessé lors du combat de Hoa, ce qui conduit son subordonné, le colonel Herbinger, à ordonner une retraite totalement injustifiée. Quand la nouvelle arrive à Paris, cet épisode mineur est transformé par la presse et l’opposition parlementaire en « désastre de Langson » et se révèle fatal, le 30 mars, au cabinet Jules Ferry. En fait, rien n’était compromis au Tonkin et les victoires remportées par l’amiral Courbet à Formose et aux iles Pescadores obligent le gouvernement de Pékin à traiter rapidement.
9 juin 1885 : Deuxième traité franco-chinois de Tien Tsin. Il reconnaît le protectorat français sur l’Annam et le Tonkin.
5 juillet 1885
: Le régent Ton That Thuyet fait attaquer sans succès la concession française de Hué, défendue par le général de Courcy ; le régent et le jeune empereur prennent alors le maquis mais le premier gagne rapidement la Chine, dans l’espoir d’y trouver des soutiens. Les Français en profitent pour installer sur le trône en 1886 un autre prince de la lignée royale, Dong Khanh.
1886 : Paul Bert remplace le général de Courcy comme résident général de l’Annam et du Tonkin. Soucieux de réussir la pacification, il crée un conseil des notables et cherche à rétablir les structures administratives locales, passées désormais sous contrôle français. Il obtient de la cour de Hué la nomination d’un vice-roi au Tonkin. Vaincu et arrêté en 1888, l’ex-empereur Ham Nghi est exilé en Algérie. La résistance cesse alors en Annam mais la pacification sera plus longue à obtenir au Tonkin où les bandes des Pavillons Noirs ajoutent le banditisme aux manifestations de résistance nationale. La mise en valeur du pays et l’installation d’infrastructures modernes (télégraphe, voie ferrée) – combinées avec les opérations proprement militaires – permettent cependant à une pléiade de grands chefs tels que Pennequin, Gallieni et Lyautey d’accomplir efficacement leur mission.
1887 : Constitution administrative de l’Union indochinoise par le rattachement au ministère de la Marine et des Colonies de l’Annam et du Tonkin, qui dépendaient jusque là des Affaires étrangères. Ces deux pays sont alors placés, avec la Cochinchine et le Cambodge, sous l’autorité d’un gouverneur dépendant du ministère des Colonies. Un cinquième territoire, le Laos, sera rattaché à cet ensemble en 1897, à l’issue des voyages d’exploration menés par Auguste Pavie dans cette région centrale et longtemps inconnue de la péninsule indochinoise.
1887 : Mise en exploitation des mines de charbon ciel ouvert de Hongay, au Tonkin.
1889-1907 : Règne de Thanh Thai, qui est finalement destitué et exilé à la Réunion. Son successeur, Duy Tan, connaîtra le même sort en 1916.
1891-1894 : De Lanessan exerce les fonctions de gouverneur général.
1892-1897 : Les dernières résistances armées sont vaincues au Tonkin, d’abord dans le delta, puis dans les périphéries montagneuses.
1897-1902 : Gouvernement de Paul Doumer. Il se consacre au développement économique de l’Indochine mais substitue l’administration directe au système de protectorat prévu par les traités.
1897 : Le pharmacien de Marine Raoul rapporte de Malaisie à Saigon deux mille plants d’hévéa qui seront à l’origine de la production locale de caoutchouc, entamée en 1898 par le planteur Berland qui réalise sa première récolte dès 1905. Du fait de la demande mondiale, la nouvelle culture connaîtra un essor très rapide au cours des années 1920.
26 juillet 1897 : Disparition de la fonction de vice-roi du Tonkin qui maintenait l’illusion d’une souveraineté de l’empereur d’Annam. Il est remplacé par un résident français au Tonkin qui prend le contrôle de toute l’adminsitration locale. Le pouvoir traditionnel des mandarins est progressivement annihilé.
Octobre 1897 : Le gouverneur décide la disparition du conseil impérial traditionnel, remplacé par un conseil des ministres présidé par le résident supérieur français en Annam.
1898 : Le gouvernement de Hué perd le pouvoir de percevoir l’impôt, désormais levé par l’administration française. Une liste civile est accordé à l’empereur Thanh Thai, désormais privé de tout pouvoir réel. Des fonctionnaires français du Corps des services civils de l’Indochine sont investis des diverses responsabilités administratives. Des services généraux chargés des douanes, de l’agriculture, des grands travaux ou du commerce sont créés pour l’ensemble de l’Indochine qui se voit également attribuer un budget propre, alimenté par les régies de l’alcool et du sel ainsi que par diverses taxes et droits de douane. Le bilan économique se révèle positif, d’autant que sont entrepris de grands travaux d’infrastructure : pont Paul-Doumer de Hanoi, Transindochinois et ligne de chemin de fer du Yunnan, aménagement des ports, grands travaux d’urbanisme à Hanoi, grandes entreprises d’aménagement hydraulique dans le sud…) L’œuvre culturelle du gouverneur Paul Doumer n’est pas moindre, marquée par l’institution de grands services chargés de différents domaines (géographie, météorologie, géologie...), par la création d’une faculté de médecine et par celle de l’Institut français d’Extrême-Orient.
1904-1905 : Guerre russo-japonaise. La victoire nippone sur l’Empire russe contribue à l’éveil d’une réaction nationaliste dans tous les pays d’Asie orientale. Au Vietnam, quelques lettrés occidentalisés font le choix de partir au Japon pour y appeler au réveil de l’Asie. Ils emmènent avec eux le prince Cuong Dê, un descendant de l’empereur Gia Long.
1906 : Création près de Hanoi d’une école où des professeurs vietnamiens enseignent le français et les sciences. En 1907, le gouverneur général Beau fonde la première Université indochinoise qui doit contribuer à la diffusion de la culture française dans les élites indigènes.
1908 : Un mouvement de rébellion mêlant lutte nationale et banditisme affecte l’ensemble du Tonkin.
1911 : Nomination d’Albert Sarraut comme gouverneur général. Il exerce ces fonctions jusqu’en 1914, multiplie écoles et hôpitaux, développe le réseau routier et ouvre aux indigènes l’enseignement secondaire. Il abolit dans le même temps les concours littéraires propres à la culture mandarinale (le dernier a lieu à Nam Dinh en 1915).
1914-1918 : La France fait venir en métropole environ cent mille Vietnamiens qui, dans le cadre de l’effort de guerre, sont surtout employés comme ouvriers. 1916 : Albert Sarraut occupe de nouveau le poste de gouverneur général. Complot du roi Duy Tham monté sur le trône en 1907, qui est déposé et exilé à la Réunion.
1916-1925 : Règne de l’empereur Khai Dinh.
1918 : Création à Hanoi de l’Université indochinoise.
1925-1928 : Alexandre Varenne exerce les fonctions de gouverneur général. Il crée une chambre des représentants du peuple en Annam et au Tonkin et recrute des Vietnamiens comme cadres dans la fonction publique. Il prend des mesures sociales de protection de la main d’œuvre des plantations et institue en 1926 un Crédit populaire agricole visant à mettre fin aux pratiques usuraires qui ruinaient les petits paysans. Ces réformes suscitent l’hostilité des tenants de la colonisation et cette politique ne connaît pas le développement espéré par son initiateur.
1925 : Bui Quang Chieu et Nguyen Phan Long fondent le parti constitutionnaliste en Cochinchine et adressent au gouverneur Varenne le Cahier des vœux annamites. Leurs revendications sont modérées, tout comme celles formulées par deux journalistes tonkinois, Pham Quynh et Nguyen Van Vinh. Ces opposants réclament des réformes et demandent qu’une plus grande place soit faite aux élites indigènes et que soient appliqués honnêtement les traités de protectorat.
1930 : Fondateur du parti national du Vietnam en 1927, Nguyen Thai Hoc déclenche dans la nuit du 10 février, dans la haute vallée du fleuve Rouge, l’insurrection de la garnison de Yen-bai. Quelques attentats sont également perpétrés à Hanoi et des grèves éclatent dans les plantations de coton et d’hévéa. Ce mouvement est rapidement réprimé. L’administration française n’eut pas à faire face à d’autres soulèvements jusqu’à la seconde guerre mondiale. À cette époque, c’est en URSS et en France, dans le cadre du Parti communiste, que sont formés les futurs cadres révolutionnaires. C’est notamment le cas de Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh, né en 1890 dans une famille de lettrés et parti en 1911 pour s’employer sur des paquebots ;  il est ainsi passé en de nombreux pays dont les USA et l’Angleterre où il séjourne avant de s’installer à Paris en 1919. Présent au congrés de Tours en décembre 1920, il représentera le Parti communiste au congrès de l’Internationale paysanne de Moscou en 1923 avant de gagner Canton où le leader nationaliste Phan Boi Chau avait attiré de nombreux intellectuels vietnamiens hostiles à la colonisation française. Communiste et proche de Borodine, le représentant de la IIIe Internationale, il y fonde, en 1925, avec Pham Van Dong un parti nationaliste, l’Association de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne (Thanh Nien) proche des communistes. En février 1930, après avoir quitté la Chine où les nationalistes se sont retournés contre les communistes, il sera le fondateur à Hong Kong du Parti communiste vietnamien, qui prendra quelques mois plus tard le nom de Parti communiste indochinois.
1930 : Création de l’Office indochinois du riz, qui développe la recherche agronomique et permet ainsi l’augmentation des rendements.
1932 : Avènement du jeune empereur Bao Dai, après une régence de sept ans. Il appelle à la commission des réformes un jeune ministre, Ngo Dinh Diem, issu d’une famille mandarinale convertie au catholicisme, mais celui-ci renonce en 1933 devant l’hostilité des autorités coloniales.
1936 : La victoire remportée en France par le Front populaire permet au Parti communiste indochinois de sortir de la clandestinité et des hommes tels que Vo Nguyen Giap et Pham Van Dong, qui compteront parmi les principaux acteurs de la lutte d’indépendance engagée en 1945, peuvent alors s’exprimer dans la presse. À la veille de la seconde guerre mondiale, le bilan de la colonisation française présente des aspects incontestablement positifs sur le plan économique, bien que le Vietnam ait subi alors les effets de la crise mondiale des années trente. En Cochinchine, la superficie des espaces cultivés en riz est passée de 522 000 hectares en 1880 à 2 200 000 hectares en 1937. Elle a donc plus que quadruplé en une soixantaine d’années et permis l’autosuffisance alimentaire du Sud mais également d’importantes exportations. Les gains de surface agricole sont moins importants au Tonkin ou en Annam faute de nouveaux espaces disponibles dans des régions densément peuplées et exploitées depuis longtemps. La culture de l’hévéa, qui s’est installée sur les espaces antérieurement forestiers, est un succès incontestable ainsi que l’exploitation des ressources charbonnières du Tonkin. La période coloniale correspond au début de la révolution démographique, conséquence de l’augmentation des ressources alimentaires et de la révolution médicale marquée par le développement des campagnes de vaccination et par la lutte contre la lèpre et la malaria. Le population a triplé en un demi-siècle, ce qui n’est pas sans conséquence au Tonkin où, faute de pouvoir développer dans les mêmes proportions les ressources alimentaires, la misère paysanne persiste. Les cadres sociaux traditionnels sont également bouleversés alors que s’accroît rapidement la masse des salariés qui, chassés par l’exode rural, sont venus s’employer sur les plantations d’hévéa, dans les grandes propriétés agricoles qui se constituent alors ou dans les mines et les usines qui commencent à apparaître.

 

20-21 juillet 1954 : Conclusion des accords de Genève. Le Vietnam est divisé en deux zones séparées par le 17e parallèle. Le Viet Minh installe son gouvernement à Hanoïialors que le sud demeure sous le contrôle de l’empereur Bao Dai qui a confié le gouvernement à Ngo Dinh Diem. Le 17e parallèle est cependant considéré comme une ligne de démarcation provisoire « qui ne saurait être interprétée comme une limite politique et territoriale ». Les circonstances de la guerre froide créent ainsi deux Vietnams comme elles avaient entraîné l’apparition au cours des années précédentes de deux Chines, de deux Allemagnes et de deux Corées. Des élections générales placées sous le contrôle d’une commission internationale sont cependant fixées au mois de juillet 1956, avec pour objectif final la réunification du pays. Signé par la France au nom de l’armée vietnamienne, le texte ne reçoit cependant pas l'agrément de la délégation du gouvernement de Saigon dirigé par Tran Van Do et Ngo Dinh Diem refuse de reconnaître « l’abandon du nord du pays et de quatre provinces du centre aux communistes ». Contraintes de se replier au Nord, les forces du Viet Minh laissent sur place les cadres appelés à constituer au Sud des maquis chargés de poursuivre la lutte en vue de la réunification du pays sous l’autorité du Viet Minh communiste.
Septembre 1954 : Ngo Dinh Diem fait entrer le Sud-Vienam dans l‘organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) qui vise à contenir, sous l’égide américaine, l’expansion communiste en Asie orientale et méridionale. Sur le plan intérieur, il rallie à la cause anticommuniste les sectes caodaïstes, Hoa Hao et Binh Xuyen. Le Sud-Vietnam doit compter avec l’afflux des 850 000 réfugiés catholiques du Tonkin dont l'arrivée constitue une charge très lourde pour un petit État encore sous-développé de douze millions d’habitants.
15 mai 1955 : Évacuation de Haïphong par les dernières troupes françaises présentes au Tonkin.
20-23 octobre 1955 : Consultés par référendum, les Sud-Vietnamiens acceptent la déposition de l’empereur Bao Dai et la désignation de Ngo Dinh Diem comme président de la République du Vietnam. Alors que Ngo Dinh Diem concentre tous les pouvoirs sur sa personne au Sud, l’unité qui prévaut au sein du parti fait que Ho Chi Minh se fait reconnaître président de la République démocratique du Nord-Vietnam, avec le maréchal Vo Ngyuyen Giap comme vice-président et Pham Van Dong comme président du Conseil.
1956 : La réforme agraire réalisée au Nord-Vietnam entraîne mécontentements et révoltes. Globalement l’indépendance correspond cependant, de 1955 à 1961, à des progrès rapides de la production rizicole et industrielle, aussi bien au Sud qu’au Nord, qui est en revanche seul à bénéficier de ressources charbonnières importantes.
14 septembre 1956 : Évacuation totale du Vietnam par les troupes françaises.
 Septembre 1960 : Le troisième congrès du Parti des travailleurs vietnamiens (Vietnam Dang Lao Dong, héritier du Viet Minh) se réunit à Hanoi et appelle à la « réunification pacifique » du pays car les élections prévues en 1956 n’ont jamais eu lieu du fait du refus des deux Etats vietnamiens d’organiser une consultation libre susceptible de se révéler favorable au camp adverse.
8 novembre 1960 : Élection du démocrate J. F. Kennedy comme président des États-Unis. Le vainqueur de Richard Nixon est d’abord très réservé quant à une implication trop forte des USA au Vietnam mais il va rapidement évoluer sur la question.
11 novembre 1960 : Ngo Dinh Diem est menacé par une tentative de putsch militaire
20 décembre 1960 : Création au Sud-Vietnam du Front national de libération (FNL) dont les militants et les combattants seront désignés sous le nom de Viet Cong et qui sera dirigé, à partir de 1961, par Nguyen Huu Thô.
1962 : Le nombre de conseillers américains auprès de l’armée sud-vietnamienne s’élève à quinze mille. La mission du professeur Staley et du général Maxwell Taylor au Vietnam débouche sur la création – préparée avec Ngo Dinh Nhu, le frère du président Diem – des « hameaux stratégiques » dans lesquels des milices villageoises seraient en mesure de s’opposer à la guerre révolutionnaire visant au contrôle des populations menée par le FNL dont les unités proprement militaires devaient être traquées par l’armée régulière.
8 mai 1963 : L’interdiction d’une grande manifestation bouddhiste prévue à Hué déclenche une émeute à la suite de laquelle un bonze octogénaire se suicide par le feu. Son exemple est suivi par sept autres moines au cours des mois qui suivent et le bouddhisme s’affirme alors comme la principale force d’opposition politique au régime de Diem qui s’est appuyé trop exclusivement sur les catholiques, très mobilisés dans le combat anticommuniste. La mise à sac des principales pagodes de Saigon et de Hué par les forces gouvernementales aggrave la crise au début de l’automne 1963.
1er novembre 1963 : Un complot militaire fomenté par les généraux Duong Van Minh et Tran Van Don et mis en œuvre par le général Ton That Dinh aboutit au renversement et à l’assassinat de Ngo Dinh Diem et de son frère. Un conseil révolutionnaire désigne un comité éxécutif présidé par le général Minh, qui est à la fois chef de l’État et commandant en chef. Dès janvier 1964, un nouveau putsch donne le pouvoir au général Nguyen Khahn mais celui-ci sera remplacé en juin 1965 par les généraux Nguyen Van Thieu et Nguyen Kao Ky. Le pouvoir sud- vietnamien connaît une phase d’instabilité prolongée pendant près de quatre ans.
22 novembre 1963 : Assassinat à Dallas de J. F. Kennedy, remplacé par le vice-président Lyndon B. Johnson qui sera réélu en 1964. Sous sa présidence, les États-Unis vont intervenir de plus en plus massivement au Vietnam. Après le soutien financier et matériel et l’engagement de « conseillers », ce sont des effectifs très importants qui viennent combattre sur place. Les premiers « marines » débarquent en mars 1965 à Da Nang et les forces américaines déployées sur le territoire sud-vietnamien compteront 544 000 hommes en 1968.
2 août 1964 : Incident du golfe du Tonkin entre une vedette nord-vietnamienne et un navire de la VIIe Flotte US. Il entraîne le 5 le premier raid aérien américain contre le Nord-Vietnam et le vote, le 7, de la résolution dite « du golfe du Tonkin » par le Congrès américain qui autorise le président à riposter à sa guise à toute agression nord-vietnamienne.
Février 1965 : Début des bombardements américains systématiques sur le Nord-Vietnam (opération Rolling Thunder). Les États-Unis justifient leur intervention en dénonçant l’appui apporté par les Soviétiques et les Chinois au Nord-Vietnam qui menace, par FNL interposé, le régime de Saigon.
1er septembre 1966 : Discours à Pnom Penh du général de Gaulle, qui critique l’intervention américaine au Vietnam.
11 septembre 1966 : Une assemblée constituante est élue au Sud-Vietnam à la représentation proportionnelle.
1er avril 1967 : Promulgation d’une Constitution au Sud-Vietnam. Le 15, de nombreuses manifestations dénonçant la guerre du Vietnam sont organisées en Amérique.
3 septembre 1967 : Élection de Nguyen Van Thieu à la présidence de la République. Il voit son mandat renouvelé le 3 octobre 1971.
31 janvier 1968 : Le VietCong déclenche une offensive générale, à la faveur de la fête traditionnelle du Têt, le Nouvel An vietnamien.
16 mars 1968 : Une unité américaine se rend coupable de massacres de civils dans le village de My Lai.
31 mars 1968 : Alors que l’offensive vietcong lancée au sud a été brisée, le président Johnson annonce l’arrêt des bombardements sur le Nord et propose l’ouverture de négociations de paix, acceptées trois jours plus tard par le gouvernement de Hanoi.
13 mai 1968
: Ouverture des négociations en vue de la conférence de Paris novembre 1968 : Élection du républicain Richard Nixon à la Maison Blanche. Il entend « vietnamiser » la guerre et va replier en trois ans les quatre cinquièmes des forces américaines engagées sur place, tout en continuant à fournir au Sud-Vietnam l’appui aérien et logistique dont il a besoin.
18 janvier 1969 : Ouverture de la conférence de Paris, qui réunit des représentants des USA, du Sud-Vietnam, du FNL et du Nord-Vietnam.
10 juin 1969
: Formation du Gouvernement révolutionnaire provisoire du Sud-Vietnam.
2 septembre 1969 : Mort de Ho Chi Minh. C’est un octogénaire, Ton Duc Thang, qui lui succède à la tête de la République démocratique du Vietnam.
mars 1970 : Coup d’État militaire du général Lon Nol à Pnom Penh. Le roi du Cambodge Norodom Sihanouk, qui avait adopté jusque là un neutralisme prudent et tolérait de fait l’utilisation de l’est de son territoire par les forces nord-vietnamienne est renversé et un régime républicain pro-occidental est mis en place. L’armée sud-vietnamienne et les forces américaines interviennent en avril au Cambodge pour neutraliser la piste Ho Chi Minh qui, depuis le Nord-Vietnam et le Laos, permet l’acheminement des moyens nécessairess à la guérilla viet-cong. Dans le même temps, le Laos connaît des affrontements comparables dans la mesure où le pouvoir légal du prince neutraliste Souvana Phouma est battu en brèche par les communistes du Pathet Lao acquis au prince Souphanou Vong et par la faction pro-occidentale du général Phoumi.
1971 : Début du rapprochement sino-américain, concrétisé par la visite de Henry Kissinger à Pékin, suivie en 1972 par celle de Richard Nixon. Le conflit vietnamien n’a plus dès lors pour les États-Unis la même signification. La rupture de l’unité du bloc communiste, déjà entamée avec le schisme sino-soviétique dès les années soixante, ôte désormais tout fondement à la « théorie des dominos » qui commandait jusque là de tenir à tout prix le Vietnam, pour éviter que ne tombent dans le camp communiste les pays voisins tels que le Cambodge et le Laos, avant que ne vienne le tour de la Thaïlande ou de la Birmanie.
30 mars 1972 : Le Nord-Vietnam déclenche une offensive conventionnelle de grande ampleur contre le Sud. Franchissant le 17e parallèle, ses forces avancent en direction de Quang Tri et de Hué mais la résistance de l’armée sud-vietnamienne et l’intervention de l’aviation américaine engagée depuis les porte-avions de la VIIe Flotte permettent de briser l’offensive communiste. Les forces du FNL échouent également, comme lors de l’offensive du Têt de 1968, à s’emparer de Saigon. Les bombardements du Nord-Vietnam reprennent à cette occasion, notamment sur Haïphong les 15 et 16 avril, en même temps que les accès au port sont minés et donc interdits aux navires soviétiques apportant au régime de Hanoi armements et matériels.
Octobre 1972 : Rencontre secrète Kissinger-Le Duc Tho.
27 janvier 1973 : Signature à Paris d’un accord de cessez-le-feu et de paix au Vietnam, suivie de la signature, le 2 mars, de l’acte final de la conférence de Paris. Les derniers soldats américains quittent le Vietnam le 29 mars.
Avril 1974 : Suspension des négociations engagées à La Celle-Saint-Cloud entre le gouvernement de Saigon et le gouvernement révolutionnaire issu du FNL.
Printemps 1975 : Le Nord-Vietnam déclenche une nouvelle offensive générale contre le Sud dont les forces sont submergées et privées cette fois du soutien aérien américain. Fragilisé par l’affaire du Watergate, la démission de Nixon et l’arrivée à la Maison Blanche du président Ford dont la légitimité apparaît incertaine, l’éxécutif américain ne peut obtenir du Congrès les moyens d’une intervention. Le 21 avril, le président Nguyen Van Thieu abandonne le pouvoir à Duong Van Minh qui, intronisé président le 28, ordonne la reddition de la capitale sud-vietnamienne deux jours plus tard. Le 30 avril, les troupes viet-cong et nord-vietnamiennes s’emparent de Saigon d’où se sont enfuis la veille par hélicoptère les derniers personnels américains. La réunification du pays est acquise (officiellement le 2 juillet 1976) et il prend le nom de république socialiste du Vietnam. Saigon prend le nom de Ho Chi Minh-Ville.
1975-1989: 1 300 000 Vietnamiens fuient leur pays en manifestant ainsi leur refus du régime communiste (dont 700 000 dans des conditions dramatiques, spécialement dans le cas des boat people dont le calvaire suscite en Occident un renversement d’attitude aussi complet que rapide vis-à-vis du nouveau régime).
1978 : Traité d’amitié et de coopération entre le Vietnam et l’URSS, qui peut utiliser la base navale de Cam Ranh.
1978 : Une violente campagne idéologique dénonçant les « éléments bourgeois » vise en fait la minorité chinoise, très présente à Cholon, la ville sœur de l’ancienne Saïgon.
Janvier 1979 : Les troupes nord-vietnamiennes s’emparent de Pnom Penh et en chassent les Khmers rouges. La Chine, qui les soutient, attaque le Vietnam sur sa frontière du nord mais évacue rapidement les territoires occupés par ses troupes.
1986
: Une relève politique s’opère avec la disparition de Le Duan, remplacé par Truong Chin dans les fonctions de secrétaire général du Parti communiste. Largement financé par l’aide soviétique, le budget de l’État est absorbé pour moitié par les dépenses militaires qu’impliquent la perception de la menace chinoise et la poursuite de la lutte menée au Cambodge contre les Khmers rouges. Le Vietnam s’engage dans une politique de libéralisation de l’économie et de réformes, regroupées sous le titre de « rénovation » et analogues à celles qui sont alors mises en œuvre en URSS et en Chine.
Septembre 1989 : Les troupes vietnamiennes évacuent le Cambodge.
1991 : Signature des accords de Paris relatifs au Cambodge où la monarchie est restaurée.
1992 : Le Duc Anh est élu président du Vietnam.
Septembre 1993 : Le Fonds monétaire international apure la dette vietnamienne et met en œuvre un plan d’aide au pays.
Février 1994 : Levée de l’embargo américain sur le Vietnam, un mois après qu’un concert de rock, première manifestation du genre dans le pays, a été donné à Ho Chi Minh-Ville.
Juillet 1995 : Rétablissement des relations diplomatiques entre Hanoi et Washington.
1995 : Le Vietnam devient membre de l’ANSEA (Association des nations du Sud-Est asiatique)
Mai 1997 : Entrée en fonction de Douglas Peterson, premier ambassadeur des États-Unis au Vietnam depuis la fin de la guerre et la réunification.
Août 1997 : Mort en France de Bao Dai.
Novembre 1997 : Réunion à Hanoi du VIIe Sommet de la francophonie.
Novembre 2000 : Visite de Bill Clinton au Vietnam.
2000-2005 : Avec un taux de croissance de 6 à 7% par an, le Vietnam, qui s’insère de plus en plus complètement dans le processus de mondialisation (au point de déséquilibrer certains marchés comme ce fut le cas pour celui du café dont la production locale a été multipliée par douze entre 1990 et 2001) apparaît comme l’un des nouveaux « dragons » d’Asie orientale. Il combine en effet la maîtrise des nouvelles technologies, un coût de main d’œuvre extrêmement bas et la stabilité politique que procure le maintien d’un régime autoritaire qui n’a plus rien de « communiste » quand on contate les grandes inégalités sociales, désormais assumées, qui affectent le pays.
2002 : Les Russes évacuent la base de Cam Ranh dont le Vietnam projette de faire une « zone économique spéciale » analogue à celles qui ont si bien réussi en Chine du Sud depuis la fin des années 1970. 

Au cours de la première décennie du XXe siècle, le Vietnam a vu sa situation évoluer très favorablement. Une croissance soutenue (5,4% en 2014), un taux de pauvreté passé de  58% de la population en 2000 à 14% quinze ans plus tard, un Produit Intérieur Brut multiplié par trois durant la même période, un essor soutenu de la production industrielle et de remarquables performances à l'exportation (celle ci pèse les deux tiers du PIB) débouchent sur un bilan extrêmement favorable que l'ouverture grandissante du pays (il a signé des accords de libre échange  avec plusieurs pays de l'ASEAN et avec les Etats-Unis) ne peut que confirmer dans les années qui viennent. Ce décollage spectaculaire - survenant dans les années qui voient la disparition de Vo Nguyen Giap, le héros des luttes d'indépendance - résume bien la métamorphose en train de s'opérer sur les rives du Fleuve Rouge et du Mékong. Le pays doit cependant relever plusieurs défis d'envergure. Il lui faut tout d'abord juguler l'inflation résultant de l'envol des prix alimentaires et d u coût grandissant de l'éducation, rétablir la confiance dans le dong, la monnaie nationale dévaluée de 20% en quatre ans. Encadrement du crédit, restrictions budgétaires et rigueur en matière de politique monétaire doivent permettre d'y parvenir. La fragilité du système bancaire constitue un autre enjeu de taille, tout comme la modernisation des entreprises d'Etat dont l'urgence a été révélée en 2010 lors de la faillite du conglomérat naval Vinashin. Cette politique  volontariste doit cependant veiller à ne pas casser la croissance, indispensable pour fournir des emplois à un pays dont la croissance démographique ( près de 88 millions d'habitants en 2012) demeure spectaculaire, au point de fournir chaque année un million de demandeurs d'emploi supplémentaires sur le marché du travail. Sur le plan international, l'année 2014 a été marquée par un réveil des tensions avec la Chine qui a installé une plate forme pétrolière dans l'archipel des Paracels,  disputé entre Hanoï et Pékin Cette confrontation récurrente conduit paradoxalement le Vietnam à se rapprocher des Etats-Unis qui ont été, un demi siècle plus tôt, "l'ennemi impérialiste"...

Le Vietnam, qui dispose d’une population jeune et dynamique et qui a tourné la page des drames issus de la décolonisation et de la phase communiste de l’histoire régionale, semble disposer de solides atouts pour être, au même titre que la Chine ou la Corée du Sud, un acteur décisif de la montée en puissance asiatique. Il devra cependant maîtriser les tensions sociales qui sont susceptibles de remettre en cause les progrès spectaculaires accomplis au cours des dernières années et définir avec ses voisins un modus vivendi que devrait favoriser l’intégration économique de la région autour du centre de gravité chinois.


 

1937 : Déclenchement de la guerre sino-japonaise qui aboutit à l’occupation de la Chine du Sud par les forces nippones désormais présentes sur la frontière nord du Tonkin. Tous les ports de Chine sont sous contrôle japonais mais l’Angleterre, par la route de Birmanie, et la France, par le chemin de fer du Yunnan, sont encore en mesure de ravitailler le gouvernement chinois nationaliste de Tchang Kaï Shek (Hiang Je Shi) replié à Tchoung King, dans le Se-Tchouan (c’est-à-dire le Bassin rouge, dans la moyenne vallée du Yang Tsé Kiang).
19 juin 1940 : Deux jours après l’annonce par le maréchal Pétain, nouveau chef du gouvernement, de l’ouverture de négociations d’armistice avec l’Allemagne victorieuse, les Japonais adressent un ultimatum au général Catroux, gouverneur général de l’Indochine depuis août 1939 et exigent de contrôler le trafic du port de Haïphong. Faute de l’appui des États-Unis et de la flotte britannique d’Extrême-Orient, le général Catroux doit accepter les conditions japonaises et une commission de contrôle est installée à la frontière sino-tonkinoise.
20 juillet 1940 : Remplacement du général Catroux par l’amiral Decoux, nommé à la tête de l’Indochine par le gouvernement de Vichy. Totalement isolé de la métropole et placé dans un rapport de forces très défavorable face aux Japonais, l’amiral va réussir à maintenir, au prix de concessions inévitables, la souveraineté française sur l’Indochine jusqu’en 1945. 6 septembre 1940 : Une unité japonaise franchit la frontière du Tonkin près de Lang Son.
19 septembre 1940 : Ultimatum du général japonais Nishihara à l’amiral Decoux, qui doit accepter avec l’accord de Vichy les conditions nippones.
22 septembre 1940 : Signature de la convention de Haïphong autorisant les forces japonaises à pénétrer au Tonkin et leur cédant un certain nombre de points sur la rive gauche du fleuve Rouge ainsi que des terrains d’aviation au nord du territoire. Le Japon s’engageait en contrepartie à respecter l’intégrité du territoire indochinois et la souveraineté de la France.
23 novembre 1940-28 janvier 1941
: Guerre avec le Siam, conclue le 9 mai par un traité signé à Tokyo abandonnant au Siam des territoires de l’ouest du Cambodge et du Laos. La division navale française d’Extrême-Orient n’en avait pas moins envoyé par le fond, au large de l’île de Koh Chang, le 17 janvier, la majeure partie de la flotte siamoise.
19 mai 1941: Création du Viet Minh (Ligue pour l’indépendance du Vietnam).
À partir de 1941
: Le Japon respecte en apparence les engagements de la convention conclue à Haïphong mais favorise le développement de l’agitation indépendantiste, ce qui s’inscrit dans la continuité de son action depuis le début du siècle, depuis qu’il prétend être reconnu comme le champion du « réveil de l’Asie ».
29 juillet 1941 : Nouvelle convention militaire franco-nippone qui entraîne l’installation de garnisons japonaises en Indochine.
Novembre 1941 : L’Indochine française est complètement coupée de la métropole.
8 décembre 1941 : Entrée des troupes japonaises dans Hanoi.
novembre 1944 : Le général Mordant unifie les divers mouvements de résistance français en Indochine pour préparer le débarquement allié considéré alors comme imminent.
9 mars 1945 : L’ambassadeur japonais Yatsumoto remet à l’amiral Decoux un ultimatum exigeant le contrôle des forces militaires et navales stationnées en Indochine, ainsi que de l’administration française. Devant le refus de ce dernier, les Japonais attaquent les forces françaises très inférieures en nombre et occupent l’ensemble du pays. Seuls les hommes du général Alessandri parviennent, par le nord du Tonkin, à gagner la Chine demeurée sous le contrôle de Tchang Kaï Shek. De nombreux prisonniers sont exécutés ou torturés par les Japonais ou détenus dans des conditions atroces dans les camps de concentration nippons, notamment celui de Hoa Binh.
10 mars 1945 : Les Japonais chassent l’administration française et proclament l’indépendance du Vietnam en maintenant l’autorité de l’empereur Bao Dai et en laissant d’abord Pham Quynh à la tête du gouvernement. Il y est cependant remplacé quelques jours plus tard par Tran Trong Kim.
24 mars 1945 : Déclaration du Gouvernement provisoire de la République française sur la création d’une Fédération indochinoise au sein de l’Union française.
4 mai 1945 : Le terme de Vietnam remplace officiellement celui d’Annam.
Juin 1945 : Le Viet Minh établit une zone « libérée » en Haute Région.
Juillet-août 1945 : La conférence interalliée réunie à Potsdam – où la France n’est pas représentée – prévoit le partage du territoire indochinois à hauteur du 16e parallèle, entre une zone d’occupation chinoise au nord et une zone d’occupation anglaise au sud.
15 août 1945 : Le Japon accepte l’arrêt des combats qui précède la capitulation sans conditions signée en rade de Tokyo le 2 septembre suivant. Contraints d’évacuer l’Indochine, les forces nippones laissaient le pays en pleine anarchie après avoir favorisé l’armement des éléments nationalistes locaux.
16 août : Le Viet Minh (abréviation de Viet Nam Doc Lap Dong Minh, qui signifie Ligue pour l’indépendance du Viet Nam et qui rassemble plusieurs partis nationalistes dont le Parti communiste) organise une grande manifestation indépendantiste à Hanoi et un gouvernement provisoire présidé par Ho Chi Minh est constitué. Le même jour, dès qu’est connue la capitulation japonaise, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire constitué en septembre 1944, nomme l’amiral Thierry d'Argenlieu haut commissaire en Indochine, avec mission de « rétablir l’autorité française dans les territoires de l’Union indochinoise ».
22 août 1945 : Arrivée à Hanoi de Jean Sainteny et du major Patty, officier de l’OSS (les services secrets américains) qui vient soutenir le mouvement indépendantiste vietnamien.
25 août 1945 : L’empereur Bao Dai abdique et prend le nom de Vinh Tuy, pour ne plus être que le « conseiller suprême » du nouveau gouvernement mis en place par les nationalistes. Il prendra ses distances peu après.
28 août 1945 : Entrée des troupes chinoises au Tonkin. Elles sont à Hanoi le 10 septembre.
29 août 1945 : Fondation officielle de la République démocratique du Vietnam. L’agitation antifrançaise se développe dans les premiers jours de septembre.
12 septembre 1945 : Suppression des conseils de notables, remplacés par des conseils du peuple élus au suffrage universel par les hommes et les femmes âgés de plus de dix-huit ans. Les corvées traditionnelles qui permettaient l’entretien des routes et des digues sont supprimées. L’agitation sociale se généralise. Les difficultés nées de ces troubles expliquent les famines qui affecteront le Tonkin en 1946.
23 septembre : Les Français de Saigon chassent les forces du Viet Minh établies dans la capitale de la Cochinchine et reprennent le contrôle des bâtiments et des services publics. Les militants et sympathisant du Viet Minh massacrent en représailles une centaine de Français de la cité Heyraud.
5 octobre 1945 : Arrivée à Saigon du général Leclerc, bientôt suivi par une division blindée
janvier 1946 : Élection d’une assemblée nationale vietnamienne, réunie à Hanoi le 2 mars. Elle élit Ho Chi Minh président de la République démocratique du Vietnam et lui octroie les pleins pouvoirs pour former le gouvernement.
6 mars 1946 : Ho Chi Minh conclut avec Jean Sainteny, commissaire de la République pour le Tonkin et représentant de Thierry d’Argenlieu, des accords par lesquels la France reconnaît la République du Vietnam comme un État libre doté d’un gouvernement, d’un Parlement et d’une armée mais rattaché à la Fédération indochinoise et à l’Union française. Le gouvernement vietnamien se dit prêt à accueillir les troupes françaises censées relever les troupes chinoises chargées de l’occupation du Tonkin. Une conférence franco-vietnamienne est également prévue. Les troupes de Leclerc peuvent débarquer sans encombre à Haïphong et et chasser du Tonkin les Chinois qui ne leur opposent qu’une faible résistance. Les négociations franco-vietnamiennes peuvent commencer, à Dalat d’abord (en mai et en août), à Fontainebleau ensuite (en septembre).
24 mars 1946 : Rencontre entre Ho Chi Minh et Thierry d’Argenlieu en baie d’Along.
1er juin 1946 : D’Argenlieu encourage à la proclamation de la République autonome de Cochinchine, ce qui est considéré comme inacceptable par Ho Chi Minh qui voit là une violation des accords conclus en mars avec Jean Sainteny.
10 juin 1946 : Les Chinois entament l’évacuation du Tonkin.
septembre 1946 : Ho Chi Minh, arrivé en France le 27 juin, et les autorités françaises ne peuvent, lors de la conférence de Fontainebleau rapprocher leurs points de vue sur la question de l’unité des trois Ky (Tonkin, Annam et Cochinchine).
Octobre 1946 : Élimination par le Viet Minh des autres groupes nationalistes.
23 novembre 1946 : À la suite d’un incident opposant Français et Vietnamiens, la Marine française bombarde Haïphong en faisant de nombreuses victimes. 19 décembre: Les forces du Viet Minh commandées par Vo Nguyen Giap attaquent Hanoi par surprise et massacrent les civils français isolés à sa périphérie. De nombreuses garnisons françaises sont assiégées au même moment, notamment à Bac Ninh, Nam Dinh et Hué. Le 21 décembre, Ho Chi Minh lance un appel général à l’insurrection. Les actions de guérilla se multiplient sur tout le territoire.
5 mars 1947 : E. Bollaert remplace l’amiral d’Argenlieu. Il sera lui-même remplacé en octobre 1948 par L. Pignon.
5 juin 1948 et 8 mars 1949 : Signature des accords franco-vietnamiens relatifs à l’indépendance de l’Indochine. Renonçant à un compromis avec Ho Chi Minh, la France s’est retournée dès mai 1947 vers Bao Dai, l’empereur légitime parti en exil à Hong Kong. Les négociations engagées avec le ministre de la France d’outre-mer Coste-Fleuret et avec les hauts-commissaires Bollaert, puis Pignon, conduisent à la reconnaissance de l’indépendance du Vietnam au sein de l’Union française. Le nouvel État se voyait reconnaître une pleine souveraineté à l’intérieur, la constitution d’une armée nationale et le droit de représentation auprès des puissances étrangères.
mai 1949 : L’Assemblée nationale française vote le rattachement de la Cochinchine, qui était une colonie française, à l’État associé du Vietnam, ce qui correspondait à l’Union des trois Ky revendiquée par les Vietnamiens.
Octobre 1949 : Victoire de Mao Tsé Toung et installation de la République populaire de Chine.
Novembre 1949 : Les Pays-Bas doivent reconnaître l’indépendance complète de l’Indonésie.
1950-1953 : La guerre de Corée oppose les deux États coréens soutenus respectivement par les USA et leurs alliés pour celui du Sud, par la Chine populaire et l’URSS pour celui du Nord. Dans ce contexte nouveau, la lutte de décolonisation engagée en 1946 au Vietnam devient un épisode de la guerre froide opposant le bloc occidental au bloc communiste. En Indochine, les USA, qui ont soutenu Ho Chi Minh en 1945 dans le contexte des engagements rooseveltiens en faveur de la décolonisation, appuient désormais les efforts de la France pour soutenir le régime de Bao Dai contre un Viet Minh bénéficiant pour sa part du soutien direct des États communistes. Grande-Bretagne et USA reconnaissent le régime de Bao Dai le 7 février 1950 après que Pékin et Moscou ont reconnu la République démocratique du Vietnam en janvier.
Octobre 1950 : Les forces françaises déployées sur la frontière sino-tonkinoise doivent se replier sous la pression des divisions viet-minh qui ont été formées en Chine et y disposent désormais d’un sanctuaire. L’abandon de Lang Son et la retraite par la Route coloniale 4 aboutissent au désastre de Cao Bang. Les Français doivent alors se replier sur le delta du fleuve Rouge pour y sauver le Tonkin « utile », c’est-à-dire Hanoi, Haïphong, les rizières qui constituent le grenier du pays et les charbonnages du Tonkin. L’abandon de la Haute Région était cependant lourd de menaces car le contrôle du Tonkin impliquait celui du cours supérieur du fleuve Rouge et de la vallée de la rivière Claire, voies de passage essentielles dans des régions montagneuses et couvertes de jungle largement inaccessibles par ailleurs. L’afflux de l’aide chinoise et la disposition de vastes bases de repli allaient constituer pour le Viet Minh des atouts majeurs.
17 décembre 1950 : L'arrivée à Saigon du général de Lattre de Tassigny, haut-commissaire et commandant en chef permet de rétablir la situation. Il organise la couverture du delta et casse les offensives viet-minh lors des batailles de Vinh Yen en janvier et de Dong Trieu en mai. De Lattre entendait par ailleurs, au nom de la lutte contre le communisme, confier progressivement à l’armée vietnamienne qui était en train de se former et de s’aguerrir, l’essentiel de la défense du pays.
Septembre 1951 : Voyage du général de Lattre aux États-Unis. À partir de 1952, les USA financeront pour moitié le coût de la guerre.
11 janvier 1952 : Mort du général de Lattre. Le général Salan lui succède en avril.
Novembre-décembre 1952 : Échec des attaques de Giap contre Nasan.
27 juin 1952 : Déclaration du président Truman à propos de l’engagement américain en Extrême-Orient pour y stopper la progression du communisme.
24 juillet 1953 : Le général Navarre, promu en mai au commandement en chef, fait approuver par un Comité de la défense nationale un plan visant à contenir le Viet Minh et à placer la France en position favorable en vue d’une paix de compromis.
20-22 novembre 1953 : Opération « Castor ». Six bataillons parachutistes français occupent la cuvette de Dien Bien Phu à l’ouest du Tonkin, en pays thaï, pour interdire aux forces du Viet Minh toute avancée qui, de Lai Chau ( sur la rivière Noire) en direction de Luang Prabang (sur le Mékong) le mettrait en situation de menacer le Laos, pays avec lequel la France venait de signer, le 28 octobre 1953, un accord de défense. Les Français sont convaincus que les forces du Viet Minh commandées par le général Giap ne seront pas en mesure d’amener dans ces régions isolées et privées de routes l’artillerie lourde susceptible de menacer sérieusement le camp retranché en cours d’aménagement et relié à Hanoi et aux bases du delta par la seule voie des airs.
13 mars-7 mai 1954 : Le camp retranché de Dien Bien Phu résiste à l’assaut général dont il est l’objet mais la disproportion des forces prive les défenseurs de tout espoir et le colonel de Castries doit finalement accepter la reddition. Les meilleures troupes françaises se trouvent décimées ou prisonnières et le retentissement de la victoire viet-minh est considérable dans le monde entier où Dien Bien Phu apparaît comme le symbole de la victoire des peuples colonisés contre les anciennes puissances impériales.
8 mai 1954 : Ouverture de la conférence de Genève sur l’Indochine.
Juin 1954 : Le général Ely succède au général Navarre.
16 juin 1954 : Ngo Dinh Diem devient chef du gouvernement à Saigon.

 
 
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