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Le Sikkim

Le Royaume caché

Le Sikkim est le vingt-deuxième Etat de l’Union indienne. En tant que tel, il couvre une superficie d’environ 7 100 kilomètres carrés sur le flanc sud de la chaîne himalayenne. Il jouxte le Bengale occidental au sud, est frontalier du Népal à l’ouest, de la région autonome du Tibet (république populaire de Chine) au nord et à l’est, et du Bhoutan au sud-est. Sa capitale, Gangtok, est située à un peu plus de 20 kilomètres des frontières chinoise et bhoutanaise.


Le territoire historique du Sikkim peut être envisagé de deux manières. Le pays sacré décrit par la littérature historico-religieuse tibétaine, centré autour de Tashiding, couvre globalement l’actuel Sikkim occidental. Le royaume qui en émergea au milieu du XVIIe siècle, revendiqua un territoire beaucoup plus vaste. A l’ouest, il dominait le Limbuwan ou « pays Limbu » jusqu’à la rivière Arun. A l’est, il incluait la vallée de Chumbi et une partie du Bhoutan moderne. Au sud, il s’étendait sur le district de Darjeeling et le Teraï (anciennement Morung), zone fertile prolongeant la plaine indo-gangétique au pied de l’Himalaya. Une carte britannique publiée en 1867 place la frontière septentrionale du royaume dans le Tibet, au nord du lac Tsomo Tretung.


L’altitude du Sikkim s’échelonne de 200 mètres dans les vallées du sud à plus de 5 000 mètres dans le nord. Le Kangchenjunga culmine à 8 586 mètres. C’est le troisième plus haut pic au monde et la montagne la plus sacrée du Sikkim. La Tista, la plus importante rivière du pays, prend sa source dans le nord-est. Elle traverse le Sikkim du nord au sud puis le Teraï indien avant de rejoindre le Brahmapoutre. Le climat est tropical jusqu’à 1 300 mètres d’altitude, tempéré de 1 300 à 2 500 mètres, et alpin jusqu’à 5 000 mètres. Au-delà de cette altitude, s’étend le domaine des neiges éternelles. En été, les courants de mousson venus du golfe de Bengale, portés par les vents du sud, s’engouffrent dans les vallées et arrosent la région de pluies abondantes.


La population était traditionnellement divisée en trois groupes, désignés par leur nom tibétain : lho, mön et tsong. Les Lho ou Bhotiya, descendent des Tibétains qui auraient commencé à migrer entre le IXe et le XIIIe siècle depuis le haut-plateau et le Bhoutan. Les Mön ou Lepcha se présentent comme les habitants autochtones du Sikkim et parlent une langue tibéto-birmane. Les Tsong ou Limbu sont originaires des territoires de l’Ouest dont une grande partie fut annexée par le Népal au XVIIIe siècle. Au début du XIXe siècle, la composition de la population sikkimaise était estimée à 30 % de Bhotiya, 50 % de Lepcha et 20 % de Limbu. Cette estimation n’inclut pas les migrants népalais qui devaient déjà être relativement nombreux et qui représentaient, au début des années quatre-vingt, 60 % des 230 000 à 300 000 habitants que comptait alors le Sikkim.


Le nom du Sikkim dériverait de la langue lepcha et signifierait « nouvelle maison ». En tibétain, il est appelé Drenjong, Dremojong ou Dremoshong, termes généralement traduits par « province du riz », mais qui pourraient également être rendus par « pays fructueux ».

L’exploration archéologique du Sikkim n’ayant débuté que dans les années quatre-vingt, la Préhistoire du territoire demeure mal connue. Aucun vestige paléolithique n’a encore été identifié.


Les archéologues incluent le Sikkim dans un ensemble plus vaste, appelé « Néolithique indien oriental », qui s’étend sur les actuels Etats indiens d’Assam, d'Arunachal Pradesh, de Manipur, de Meghalaya, de Mizoram, de Nagaland et de Tripura. Cette région paraît avoir servi de corridor par lequel une industrie néolithique originaire d’Asie du Sud-Est aurait pénétré en Inde, suivant le cours du Brahmapoutre. En effet, les outils associés aux phases les plus anciennes (10 000 à 8 000 avant J.-C.) présentent des ressemblances avec ceux de la culture de Hoabinh (péninsule indochinoise, 10 000 à 2 000 avant J.-C.). Les plus récents (8 000 à 4 000 avant J.-C.) sont, quant à eux, comparables à ceux découverts au Sichuan, en Chine méridionale et en Asie du Sud-Est. Ces trouvailles archéologiques, relativement récentes concernant le Sikkim, semblent correspondre aux déplacements des populations tibéto-birmanes envisagés par le linguiste George van Driem.


Les Lepcha passent pour être les plus antiques habitants du territoire, mais leurs origines sont incertaines. Une hypothèse déjà ancienne les fait venir du haut-plateau tibétain à une époque reculée. Selon une autre théorie fondée sur les affinités linguistiques avec les populations voisines, leurs ancêtres auraient migré depuis l’est et se seraient implantés dans la région il y a plus de 2 000 ans. George van Driem a récemment estimé l’arrivée des Lepcha aux alentours des troisième et quatrième millénaires avant J.-C., ce qui correspondrait à peu près à la fin du Néolithique.


Avant le XIIIe siècle de notre ère, date à laquelle un prince semi-légendaire se serait installé au Sikkim, il faut probablement imaginer un territoire partagé entre différentes chefferies locales et, peut-être, à partir du IXe siècle, des principautés tibétaines. Une tradition légendaire relativement floue fait en outre état d’une antique population autochtone nommée Naong qui aurait été asservie puis absorbée par les Lepcha. Ce nom, qui paraît avoir été encore porté par une famille au début du XXe siècle, désigne encore en langue lepcha un « idiot » (na óng). Jusqu’à l’établissement de la monarchie au XIIIe siècle, rien n’indique que le territoire du Sikkim ait été inclus dans les empires et les royaumes qui se développèrent dans le Nord de l’Inde, au Tibet ou au Népal.

 

Les mythes d’origine lepcha n’ont commencé à être couchés par écrit qu’au XXe siècle sous l’impulsion des anthropologues. Il n’est pas possible de déterminer la date de leur élaboration. Certains éléments peuvent être anciens, d’autres sont susceptibles d’être relativement récents dans leur formulation, la religion traditionnelle lepcha connaissant actuellement un certain renouveau. Plusieurs versions parfois contradictoires d’un même récit coexistent et les noms des protagonistes ainsi que leurs actions sont susceptibles de varier d’une communauté à l’autre. Il ne peut-être question ici de développer chacune des versions recensées par les ethnologues, mais il est utile de donner un bref aperçu de la manière dont les populations autochtones peuvent se représenter leurs origines.


Le panthéon lepcha demeure mal connu. Les divinités (rum) semblent être conçues comme des couples mâle et femelle, voire sous des formes duales. L’une d’entre elles, nommée Ítbù debù rum, apparaît ainsi tour à tour comme une déesse de la création (ítbù) ou comme un dieu de destruction (debù). La langue lepcha ne distinguant pas le genre, il peut s’avérer délicat de restituer en français certains aspects du mythe.


Ce dernier rapporte que Ítbù debù rum créa d’abord l’eau, la terre, le ciel puis façonna deux êtres surnaturels, Fadróng thíng et Nazóng nyú, avec la neige de la montagne Kangchenjunga. Ils furent ensuite envoyés sur terre pour vivre en tant que frère et sœur, mais brisèrent l’interdit de l’inceste, et Nazóng nyú tomba enceinte à plusieurs reprises. Elle abandonna ses enfants, soit pour cacher la faute du couple, soit parce qu’ils étaient trop nombreux pour être élevés. Nazóng nyú finit cependant par garder un enfant, le nourrissant de son lait maternel. Il fut le premier humain, tandis que ses frères abandonnés devinrent les démons. Le plus âgé et le plus puissant des enfants rejetés, Láso múng, décida de porter sa vengeance sur les hommes.


Selon une version de la légende, Nazóng nyú mit au monde des frères jumeaux : Ralbu, bénéfique et humain, et Singbu, maléfique et démoniaque. Láso múng les assassina et la mère éplorée pria Ítbù debù rum. La divinité envoya alors deux oiseaux : l’un portait l’eau de vie destinée à Ralbu et l’autre, l’eau de mort pour Singbu. Mais les deux eaux furent échangées par erreur. C’est ainsi que les humains devinrent mortels et les démons éternels ; ils ne purent dès lors ni mourir ni naître.


Une autre légende place la vengeance de Láso múng après l’émergence de l’humanité et des Lepchas. Un vieux chasseur rencontra un jour un être surnaturel qui lui offrit des graines. Le chasseur les planta et, bientôt imité par les autres Lepchas, se consacra dès lors à l’agriculture. Profitant du fait qu’ils étaient occupés aux travaux des champs, Láso múng attaqua les hommes. Ils se décidèrent alors à se débarrasser du démon et prièrent Ítbù debù rum qui leur envoya un héros pour les libérer. Dans certaines légendes, il est nommé Jor bóngthíng et est décrit comme le premier et le plus puissant des chamanes « bóngthíng » du peuple Lepcha.


Láso múng se réfugia dans l’arbre Sanyól kùng (peut-être un genre de palmier), parfois assimilé à une montagne. Le héros tenta en vain d’abattre l’arbre, le bois se régénérait dans la nuit. Grâce à l’aide de la chenille xylophage Patyók bu, l’arbre finit par tomber et Láso múng, gravement blessé par la chute, aurait été tué par les Lepchas.


D'après une version du mythe, le démon parvint à fuir. Poursuivi, il traversa plusieurs villages, et tua les humains sur son passage, chaque épisode de massacre expliquant le nom d’une localité. La traque s’étendit sur une douzaine d’années, le démon adoptant chaque année la forme d’un animal différent : souris, bœuf, tigre, aigle, dragon, serpent, cheval, mouton, singe, coq, chien, porc. C’est l’origine du calendrier lepcha. Il diffère des cycles calendaires tibétain et chinois, où l’on trouve le lièvre au lieu de l’aigle. Les Lepchas, qui se conçoivent comme originaires du Kangchenjunga, expliquent la dispersion de leur peuple, en direction du Tibet et de l’Inde, par les méfaits du démon. Láso múng marqua également la topographie de son passage. Ainsi, à Lachenthang, on peut voir la pierre brisée derrière laquelle le démon aurait essayé de se cacher et, dans la vallée de Tista, une formation rocheuse qui passe pour être les restes pétrifiés de son corps.


Láso múng fut finalement terrassé, sept jours durant les Lepchas achevèrent le démon et détruisirent son corps. Chaque étape met en scène un élément (pierre, bois, fer, terre, feu, air, eau) qui donne son nom à un jour de la semaine. Les festivités qui suivirent la victoire sur le démon durèrent encore une semaine et sont parfois considérées comme la première célébration de la nouvelle année. Plusieurs versions placent l’origine des clans lepchas dans le rôle tenu par les ancêtres dans la traque ou le démembrement de Láso múng.

 

Le saint yogi Padmasambhava « né du lotus », alias Guru Rinpoché (« le très précieux gourou »), est l’un des personnages les plus importants du bouddhisme tibétain et himalayen, à tel point qu’il est parfois considéré comme un second Bouddha. Il serait originaire du royaume d’Oddiyana (la vallée du Swat, actuellement au Pakistan) et aurait été invité au Tibet vers 774 par l’empereur Tri Songdétsen (755-797). La tradition locale rapporte que sa route passe par le Sikkim…


Selon la légende, Padmasambhava traversa le Sikkim du sud au nord. Il bénit le pays, consacra de nombreux repères de la géographie sacrée et plaça son centre spirituel à Drakkar Tashiding. Ayant soumis les esprits malveillants qui infestaient la région, il dissimula un nombre incalculable de trésors spirituels (térma) et en confia la garde aux divinités locales. Il aurait également soumis le dieu du Kangchenjunga et placé le pays sous sa protection.


Les traditions orales locales racontent l’activité missionnaire de Padmasambhava qui laissa une trace dans la topographie. Lors d’un combat contre la démone nommée Samo Mung, le saint décocha deux flèches, la première manqua sa cible et perfora la falaise surplombant Chungtang, la seconde terrassa l’ennemie qui expira environ cinq kilomètres plus loin au nord-est. Padmasambhava suspendit le corps démembré de la démone et l’on dit que l’on peut encore discerner ses restes dans la forme des roches de la falaise. Au nord, sur la frontière avec le Tibet, à proximité d’un célèbre lieu de pèlerinage nommé Chörten Nyima, il y a également une source à laquelle on prête des vertus de guérison, la Guru Menchu (« l’eau médicinale du gourou »), et qui serait apparue après que le saint yogi eut planté son trident dans le sol.


Les légendes rapportent encore comment Padmasambhava aurait rencontré et tenté de convertir à la doctrine bouddhique Thikung Adik, le premier roi des Lepchas ou bien un prêtre puissant suivant les versions. Mais ce dernier refusa de prêter oreille aux enseignements du yogi, et les deux hommes s’engagèrent dans une compétition magique de laquelle Padmasambhava sortit vaincu. Les Lepchas célébrèrent leur victoire dans un festin où ils consommèrent de l’alcool et de la viande. Ils offrirent du riz et de la patate douce au yogi vaincu. Refusant ces aliments, il leur prédit que si le riz cuit se changeait en graines et poussait, dans le futur, les Tibétains se rendraient maître du Sikkim après être devenus bouddhistes. Padmasambhava lança le riz qui se changea en graines et poussa. Effrayés, les Lepchas reconnurent leur erreur et implorèrent le pardon du saint yogi. Celui-ci lança ensuite la patate cuite, qui retrouva son état naturel et crut en enserrant le pied de riz. Il déclara alors que les Tibétains ne pourront régner qu’à condition de respecter le peuple lepcha. Il délivra encore d’autres prophéties et Thikung Adik lui offrit un crâne magique qui devrait l’aider à soumettre les mauvais esprits.

 

Les origines de la dynastie Namgyel, qui régna sur le Sikkim jusqu’en 1976, sont incertaines. Une chronique du XVIIe siècle rapporte la fondation d’un royaume par un prince tibétain doté d’une force extraordinaire et nommé Kyepa Bumsak. Il se serait installé au XIIIe siècle à Phari, dans le territoire actuellement situé en région autonome du Tibet qui sépare le Sikkim du Bhoutan. Sa lignée serait originaire d’un pays nommé Kham Minyak. Parfois placé dans le Tibet sud-oriental, c’est aussi dans les sources tibétaines le nom du royaume tangoute des Xia occidentaux (chi. « Xixia ») situé au nord-est du Tibet et anéanti par Gengis Khan en 1227. Alors qu’il voyageait au Tibet, Kyepa Bumsak aurait épousé une fille du hiérarque de Sakya nommée Jomo Guru.


Installés à Phari, Kyepa Bumsak et Jomo Guru n’avaient pas d’enfants. Le prince tibétain entendit alors parler de Thekong Thek, un chef lepcha qui habitait au pays de Dremojong et qui passait pour être également prêtre et guérisseur. Désirant recevoir la bénédiction de ce personnage, le couple se mit donc en route pour le Sikkim. Kyepa Bumsak et Jomo Guru rencontrèrent Thekong Thek qui accomplit pour eux un rituel, invoquant le dieu de la montagne Kangchenjunga. Le couple repartit pour la vallée de Chumbi et Jomo Guru donna naissance à trois fils, collectivement appelés « les trois frères Draktsendar ».


Kyepa Bumsak retourna ensuite auprès de Thekong Thek pour le remercier. Les deux hommes scellèrent leur amitié et l’alliance entre les Lepchas et les Bhotiyas par un sacrifice sanglant dans lequel ils prirent à témoin les divinités protectrices des deux peuples.


Le successeur de Kyepa Bumsak est appelé Mipönrab. Il se serait installé à Zilnön et aurait, lui aussi, épousé une princesse de Sakya. Celle-ci lui aurait donné quatre fils à l’origine des quatre clans les plus importants du Sikkim. Le plus jeune, Guru Tashi, lui succéda. Il fédéra les clans lepchas et choisit parmi eux son conseiller, Semba. Ses successeurs Jowo Nakpo, Jowa Apha et Guru Tenzin auraient encore poursuivi le rapprochement entre les Bhotiyas et les populations autochtones lepchas.

 


Les écoles du bouddhisme tibétain et la religion bön


Les écoles du bouddhisme tibétain et la religion bön ont une histoire riche, complexe et, pour certaines, très ancienne. Les quelques notes qui suivent n’ont pour ambition que de donner au lecteur des repères utiles pour la chronologie du Sikkim.


L’école Nyingmapa (les « anciens »). Issue de la « première diffusion » du bouddhisme sous le patronage des empereurs tibétains, elle est la plus ancienne des quatre écoles et revendique l’héritage en ligne directe des maîtres indiens invités au VIIIe siècle, tels que Padmasambhava, Shantarakshita… Selon l'historiographie traditionnelle, cette période d'implantation ancienne du bouddhisme se serait achevée avec la persécution du bouddhisme par le dernier empereur du grand Tibet, Tri Üdumten Langdarma (838-842). Cette vision est partiellement contestée par les historiens actuels. Les répressions attribuées à ce souverain semblent principalement dirigées contre les institutions monastiques qui avaient bénéficié de largesses excessives sous le règne de son prédécesseur Relpachen (815-838). L’appellation « nyingmapa » n’apparaît qu’au XIe siècle en réaction au développement des écoles dites « nouvelles » (sarmapa) issues de la « seconde diffusion » du bouddhisme au Tibet. A partir de cette époque, l’école connaît un certain renouveau sous l’impulsion de plusieurs maîtres « découvreurs de trésors ». Certaines lignées d’enseignements seront particulièrement importantes pour l’histoire du Sikkim. Rigdzin Gödém (1337-1408), à l’origine des « trésors du Nord » (changtér), passe pour être le premier maître tibétain à visiter le pays caché. Les Katokpa, issus du monastère de Katok (fondé en 1159 à Dergé, au Tibet oriental), se seraient implantés au Sikkim aux alentours de 1500. Au milieu du XVIIe siècle, les maîtres spirituels Ngadak Püntsok Rigzin et Lhatsün Namkha Jikmé jouèrent un rôle de premier plan dans l’intronisation du premier souverain bouddhique et firent à leur tour école dans le royaume.

L’une des particularités de l’école Nyingmapa est la présence importante en son sein de yogis laïcs et mariés aux côtés de moines.


L’école Kagyüpa (la « transmission orale »). Elle débute avec les voyages en Inde et au Népal de Marpa (1012-1097) qui y recueille les enseignements des yogis tantriques errants Naropa et Maitripa. Revenu au Tibet, il mène une vie de chef de famille, et son disciple Milarepa (1040-1123), poète et mystique, est l’un des plus fameux saints du monde himalayen. Milarepa a plusieurs élèves dont le principal est un moine nommé Gampopa Dakpo Lhajé (1079-1173). Les disciples de ce dernier sont à l’origine des principales branches de l’école Kagyüpa. L’une d’elles, appelée « phagmodrupa », détient le pouvoir au Tibet au XIVe siècle et pendant une bonne partie du XVe siècle. Elle se subdivise en huit lignées parmi lesquelles se trouve l’ordre drukpa kagyü, initié par Ling Repa Pema Dorjé (1128-1188) et Tsangpa Gyaré (1161-1211).

La tradition monastique y est majoritaire, mais l’école Kagyüpa comprend également de nombreux yogis laïcs pouvant se marier. Le système de lignée par réincarnation trouve son origine dans cette école. Il est inauguré par un disciple de Gampopa nommé Düsum Khyenpa (1110-1193) qui, laissant une lettre indiquant les circonstances de sa future renaissance, initia l’institution du Karmapa. Son exemple sera suivi dans les autres écoles et deviendra une des spécificités du bouddhisme tibétain.


L’école Sakyapa (« la terre claire »). Elle puise ses origines dans les enseignements de Virûpa transmis par les maîtres indiens Viravajra et Gayadhara à Drokmi Lotsawa (992-1074). L’un de ses principaux disciples, Könchok Gyelpo (1033-1102), issu du prestigieux clan Khön, fonde en 1073 le monastère de Sakya, au sud du Tibet central. Cette institution devient le siège de l’école et lui transmet son nom. Au XIIIe siècle, le quatrième patriarche sakyapa, Sakya Pandita (1182-1251) rencontre Godan Khan, un petit-fils de Gengis Khan qui menace le Tibet. Il en fait son disciple et sauve ainsi le pays de la dévastation. Son neveu Chögyel Phagpa (1235-1280) devient à son tour le maître de Khubilaï Khan. Il convertit les Mongols et une partie des Chinois au bouddhisme tibétain. Phagpa devient le premier souverain à la fois spirituel et temporel du Tibet grâce au soutien de ses mécènes mongols. Les sakyapas, à l’apogée de leur puissance, domineront le pays jusqu'à l’avènement des Phagmodrupas en 1358.

L’école Sakyapa se caractérise par son souci de préservation précise de la tradition et sa fidélité à ses racines indiennes. Le mode de transmission privilégié est familial, de père à fils ou d’oncle à neveu, ce qui nécessite le maintien d’une importante tradition de yogis mariés appartenant souvent à des clans puissants, tels les Khön.


L’école Gélugpa (« les vertueux »). La plus récente des écoles du bouddhisme tibétain est établie par Tsongkapa (1357-1419) sous l’inspiration de la tradition Kadampa qui remonte au maître indien Atisha (980-1054). Tsongkapa et ses disciples bénéficient du soutien des puissances politiques du Tibet central et fondent trois grands monastères dans la région de Lhassa, Ganden (1409), Drepung (1416) et Sera (1419), ainsi que les collèges tantriques Gyümé (1440) et Gyütö (1474). Il a deux principaux élèves : Géndün Drup (1391-1474) qui fonde le monastère de Tashilhünpo en 1447, et Khedrupjé (1385-1438) qui en est le premier abbé. Sonam Gyatso (1543-1588), deuxième réincarnation de Géndün Drup, devient le maître spirituel du chef mongol Altan Khan (1543-1588) qui lui confère le titre honorifique de dalaï-lamaDalaï signifiant « océan » en mongol, ce titre peut être traduit par « maître spirituel (lama) océan [de sagesse] ». Traditionnellement, Sonam Gyatso est considéré comme étant le troisième dalaï-lama, car le titre est attribué à titre posthume à ses deux précédentes incarnations. En 1641, le cinquième dalaï-lama, Ngawang Lozang Gyamtso (1617-1682) devient le maître du Tibet grâce au soutien de Gushri Khan qui défait les rois du Tsang au Tibet central. Il décerne à son mentor Lozang Chökyi Gyaltsen (1570-1662), abbé de Tashilhünpo et réincarnation de Khedrupjé, le titre de panchen-lama, panchen étant une contraction de pandita chenpo, « grand pandit ». Son titre se transmettra à ses réincarnations qui garderont ce rapport de maître à disciple avec les dalaï-lamas. Le pouvoir politique des dalaï-lamas se maintiendra au Tibet jusqu'en 1959.

L’école Gélugpa accorde une grande importance à la stricte discipline monastique et aux études philosophiques.


La religion Bön plonge ses racines dans les traditions autochtones prébouddhiques. Ses adeptes sont nommés « bönpo », mais ce terme ne semble désigner à l’époque ancienne qu’une catégorie de spécialistes religieux, peut-être en charge de rituels royaux. Les chroniqueurs bönpo placent l’origine de leur religion dans les enseignements du maître Tönpa Shénrab qui, nous disent-ils, serait né plus de mille années avant le Bouddha historique dans la région du mont Kailash au Tibet occidental, ou encore plus à l’ouest, dans le pays de Tazik, c’est-à-dire la Perse.

La tradition bön a indiscutablement héritée de mythes et de rituels tibétains très anciens. Il est également largement admis que la religion telle qu’elle est pratiquée aujourd'hui a été largement influencée par le bouddhisme et un observateur non averti aurait bien des difficultés à distinguer un lieu de culte bön de son équivalent bouddhiste. Les historiens bönpo affirment que ces similarités sont principalement nées de la nécessité de se dissimuler à l’époque des proscriptions décrétées par les souverains bouddhistes aux VIIIe et IXe siècles, mais ils ajoutent que certains principes du bouddhisme étaient déjà présents dans les enseignements de Tönpa Shénrab. 



Les trésors spirituels et leurs découvreurs


Parmi les spécificités du bouddhisme tibétain se trouve la découverte de « trésors spirituels », les térma, qui passent pour avoir été dissimulés par des personnages éminents tels que Songtsen Gampo, Tri Songdétsen, Padmasambhava… Ces térma peuvent prendre diverses formes matérielles (textes de longueur variable, objets rituels, statuettes…) ou immatérielles, le trésor consistant alors en un enseignement révélé au cours d’une vision, d’un rêve, d’une expérience méditative.


La place accordée aux térma est particulièrement importante dans l’école Nyingmapa ainsi que dans la religion bön. Les tértön, « découvreurs de trésors », se rattachent donc généralement à ces deux traditions et sont le plus souvent des pratiquants laïcs et mariés, même si quelques moines sont attestés. La découverte de térma n’est pas un phénomène fortuit, le tértön est prédestiné à l’accomplissement de sa tâche.


Le crédit à apporter aux textes découverts est un problème pour l’historien. Certains doivent être considérés comme des produits de leur « découvreur » et ne peuvent documenter au mieux que la période de leur supposée mise au jour, mais d’autres contiennent des éléments très archaïques qui remontent vraisemblablement à l’époque de l’empire tibétain. Il est fort probable qu’au cours de leurs prospections, les tértön aient réellement découvert des ouvrages ou des objets dissimulés lors d’une période de crise.


L’activité des tértön au Sikkim débuta avec Ngödrup Gyeltsen alias Gödemchen (1337-1408) qui aurait découvert plusieurs trésors spirituels dissimulés dans le Kangchenjunga. Elle fut particulièrement importante car le territoire était également considéré comme un pays caché.



La quête des beyül


Dans la littérature tibétaine, les pays cachés (tib. : beyül), sont des territoires coupés du monde extérieur où les enseignements bouddhiques pourront être préservés lorsqu'ils seront menacés. Ces lieux, tout comme les trésors spirituels, ont généralement été bénis par Padmasambhava, et ne peuvent être redécouverts et explorés (ou « ouverts ») que dans un temps approprié par des tértöns prédestinés.


En tant que beyül consacré par Padmasambhava, le Sikkim est considéré comme un territoire sacré. Sa géographie mystique est par conséquent assimilée à un mandala, une représentation géométrique de la demeure d’une divinité.


Le Sikkim est ainsi décrit symboliquement sous la forme d’un carré. Son centre spirituel est matérialisé par Drakkar Tashiding, qui symbolise le trône de Padmasambhava. Il est entouré de quatre grottes dans lesquelles aurait médité le maître tantrique venu d’Inde ou bien le yogi tibétain Lhatsün Namkha Jigmé (1597-1653) : Sharchok Bephuk (« la grotte cachée orientale »), Lho Khandro Sangphuk (« la grotte secrète méridionale des dakini »), Nub Dechenphuk (« la grotte occidentale du grand bonheur ») et Chang Lhari Rinchen Nyingphuk (« la grotte septentrionale du cœur précieux de la montagne divine »). Quatre « portes », placées aux points cardinaux, permettent d’accéder à la vallée cachée. Le récit traditionnel les associe aux quatre personnages à l’origine de l’avènement du premier souverain bouddhiste. Les noms de ces portes varient selon les sources. Dorjé Lingpa (1346-1405) mentionne au total douze passages qui doivent probablement se répartir sur trois quadrilatères imbriqués : quatre entrées externes, quatre voies intermédiaires et quatre portes « inaltérables ».

 

Jusqu'au XVIIe siècle, le Sikkim ne constitue vraisemblablement pas un territoire unifié et les sources historiques le concernant sont rares. Il est néanmoins l’objet de prophéties et l’on sait que plusieurs lamas tibétains parcourent la région en quête de la vallée cachée de Dremojong. Ce sont, pour l’essentiel, des tértön nyingmapa, c’est-à-dire des religieux recherchant des trésors mystiques dissimulés par Padmasambhava .


1337-1408 : Vie du tértön Ngödrup Gyeltsen alias Gödemchen. C’est un maître de l’école Nyingmapa et le fondateur de la branche dite des « trésors du Nord » (chang tér). Fils d’un yogi tantrique, il passe pour être la réincarnation de Nanam Dorjé Düjom, qui était un disciple de Padmasambhava ainsi que l’oncle et le ministre de l’empereur tibétain Tri Songdétsen. Il doit son surnom de Gödemchen (« doté de plumes de vautour ») aux mèches de cheveux ressemblant à des plumes de vautour qui poussaient sur le haut de son crâne. Il arrive au Sikkim après 1366 et aurait établi des fondations religieuses à Pawo Humri et à Tashiding. Il découvre des térma sur le pic central de la montagne Kangchenjunga. La légende rapporte qu’il envoya des lettres suspendues au cou de vautours afin d’annoncer ses découvertes. Il quitte le pays avant 1389, date à laquelle il devient le précepteur du roi de Gungtang au sud-ouest du Tibet.


1346-1405 : Vie du tértön Rigdzin Dorjé Lingpa. Une prophétie concernant l’avènement d’un descendant de l’empereur tibétain Tri Songdétsen au Sikkim lui est attribuée.


Fin du XVe siècle : Originaire de Nyakrong, dans le Sud-Est du Tibet, le lama nyingmapa Shakla Yéshé Bumpa quitte le monastère de Katok et se rend au Tibet central en quête de la vallée cachée de Dremoshong.


1493 : Sonam Gyeltsen (1466-1540) réside au Tibet oriental lorsqu'il voit en rêve son oncle Shakla Yéshé Bumpa lui enjoignant de le rejoindre afin de l’assister dans l’ouverture du « glorieux Dremoshong ». Il retrouve Shakla Yéshé Bumpa à sa résidence de Tékchen Chöding, la « porte nord » de la vallée cachée, mais les deux lamas ne parviennent pas à trouver un passage. Ils tentent d’entrer par les portes orientale et méridionale, mais échouent à nouveaux. Sonam Gyeltsen doit poursuivre la quête sans son oncle et arrive en un lieu nommé Gérgyé Jakmalung, la porte occidentale du Sikkim. Il traverse ensuite une « porte intérieure » nommée Yama Takri et arrive enfin au centre de la région, décrite comme un paradis terrestre. Son oncle étant décédé, il repart pour le Tibet central.


1502-1505 : Sonam Gyeltsen demeure dans un ermitage près de Thékchen Chöding, au nord du Sikkim. Il envisage de retourner au Tibet oriental mais part pour Paro Taktshang (dans l’actuel Bhoutan) où il est invité. Il transmettra à ses disciples l’importance de pratiquer des retraites dans la « grande vallée cachée du glorieux Dremoshong ».


1568 : Le tértön Ngari Rikdzin Lékden Dorjé (1512-1625), réincarnation de Rikdzin Gödemchen se rend au Sikkim. Il découvre des térma dans la grotte de Lhari Rinchen Nyingphuk.


1594-1654 : Vie du lama Kongra Lochen Shenpen Dorjé. Né au Sikkim, à « Tashiling » (probablement Tashiding), il compte le célèbre maître Nup Sanggyé Yéshé (VIIIe-IXe siècle) parmi ses aïeux. Il est novice à l’âge de douze ans et accompagne son oncle Lochen Ngaki Wangpo au Tibet lorsqu'il est invité à être le tuteur du sixième shamarpa Chökyi Wangchuk (1584-1630), l’un des maîtres réincarnés les plus importants de la branche karma kagyüpa. Il parfait son éducation au Tibet et reçoit l’ordination complète à 21 ans. Il décède à l’âge de 61 ans.

 

Au milieu du XVIIe siècle, le Sikkim émerge en tant qu’Etat, reconnu par ses voisins et fondé autour d’un souverain, le chögyel. Ce titre, calqué sur le sanskrit dharmaraja, peut être traduit par « roi bouddhiste » dans le contexte tibétain. Le récit traditionnel du couronnement du premier chögyel fait intervenir trois lamas venus du Tibet. Ils avaient pour dessein d’accomplir les prophéties énoncées par des tértöns tels que Rigdzin Dorjé Lingpa (1346-1405) et Ratna Lingpa (1403-1478) qui portaient sur l’instauration d’un royaume bouddhique dans la vallée cachée de Dremojong.


Katokpa Küntu Sangpo est le plus mal connu des trois lamas qui couronnèrent le premier chögyel. Il appartenait à l’école Nyingmapa, et, plus précisément, à la branche katokpa, qui avait déjà été introduite au Sikkim à la fin du XVe siècle par Shakla Yéshé Bumpa et son neveu Sonam Gyeltsen. La légende rapporte qu’il ne parvint pas à ouvrir la « porte Nord » du pays caché, car il n’était pas prédestiné à l’accomplissement de cette tâche. Il pénétra au Sikkim par l’ouest sur les conseils de Lhatsün Namkha Jikmé qu’il avait rencontré en chemin.


Lhatsün Namkha Jikmé (1597-1653) était né au Kongpo, dans le Tibet du Sud. Il fut formé dans la province de Kham (Tibet sud-oriental) où il reçut les enseignements de plusieurs maîtres, dont Jatsön Nyingpo (1585-1656) qui lui enjoignit d'ouvrir la vallée cachée de Dremojong. Lhatsün Namkha Jikmé partit donc pour le sud, accompagné de ses disciples. Mais la troupe, bloquée par un ravin, ne put pénétrer au Sikkim. Le lama disparut alors dans les montagnes pendant deux semaines. Ses disciples commencèrent à perdre espoir, mais entendirent au loin le son du kangling de leur maître, un genre de trompette rituelle façonnée dans un fémur, puis l’aperçurent survolant la gorge : il avait découvert la route de la « porte Nord ». La troupe parvint ainsi à contourner l’obstacle et arriva à Yuksom. Lhatsün Namkha Jikmé y rencontra les deux autres lamas : Ngadak Püntsok Rigdzin et Katok Rigdzin Küntu Sangpo. Une légende rapporte qu’au Sikkim, il discuta également avec un sorcier lepcha nommé Mun Salong et qu’il l’initia à la doctrine bouddhique. Il aurait aussi découvert des trésors spirituels dans la grotte septentrionale de Lhari Rinchen Nyingphuk. Lhatsün Namkha Jikmé était en outre initié à la doctrine dite « de la grande perfection » (dzogchen) qu’il diffusa dans le pays caché. Il fait actuellement figure de « saint patron » du Sikkim. Il est habituellement représenté sous l’apparence d’un yogi à la peau bleue sombre. Vêtu d’une peau de tigre nouée à la taille, il est muni d’un trident, porte une coupe crânienne dans sa main gauche et son kangling dans sa main droite.


Ngadak Püntsok Rigdzin (1592-1656) naquit dans le Tibet occidental, au palais de Saktrikar. Il était issu de la famille royale du Maryül, apparentée aux rois du Ladakh et descendait des empereurs tibétains. En 1611, son père lui transmit les enseignements dits « du mahamudra » de l’école Kagyüpa. Il délégua ensuite l’administration de son domaine royal à ses ministres et se consacra à la pratique d’austérités. En 1616, son grand-père Ngadak Takshamchen (d. 1623) lui délivra des enseignements dans la forteresse des princes du Tsang, à Shigatsé. Il passa ensuite plusieurs années dans des ermitages, puis fut reconnu comme héritier spirituel de son grand-père. Il fonda également plusieurs sites religieux dans le Lhoka. Suivant les prophéties, il décida de se mettre en quête du pays caché de Dremojong. Il envoya trois éclaireurs avant de partir de Shigatsé en 1642, accompagné de sa famille et de serviteurs. Il arriva au Sikkim au terme d’un voyage de cinq mois et entra sur le territoire par la porte méridionale après avoir pacifié les divinités locales. Dorjé Lingpa ayant prophétisé l’avènement d’un descendant de Tri Songdétsen, Püntsok Rigdzin fit valoir ses glorieux ancêtres afin d’être placé sur le trône. Mais Lhatsün Namkha Jikmé lui rappela une prophétie qui mentionnait un quatrième personnage devant venir de l’est. Les trois lamas décidèrent alors d’envoyer des émissaires à sa recherche...


Ils découvrirent Püntsok Namgyel (1604-1670), en train de traire ses vaches, en un lieu nommé Gangtok, mais qui doit peut-être correspondre à l’actuel Zilnön dont l’ancien nom est Gangtok Zilnöntsé. Fils de Guru Tenzin et descendant de Kyepa Bumsak, Püntsok Namgyel était pourvu de toutes les qualités des êtres supérieurs. Les envoyés décidèrent de le ramener à Yuksom où il aurait été intronisé par les trois lamas en 1642.


Le récit traditionnel de la rencontre des « quatre frères yogis » (tib. neljor ché shi), c’est-à-dire les trois lamas et le chögyel, pose cependant un certain nombre de problèmes. D'abord, la Chronique de Ngadak (milieu du XVIIe siècle) n’attribue le couronnement qu’au seul Ngadak Püntsok Rigdzin. C’est lui qui aurait fait d’un notable local, Shelngo Apa Dorjé, un souverain bouddhique en le renommant Püntsok Namgyel. Malgré le fait qu’elle soit principalement consacrée à la lignée de Ngadak, il est étonnant que cette chronique ne fasse pas intervenir les deux autres lamas dans son récit. Ensuite, Lhatsün Namkha Jikmé, dans ses écrits, place lui-même son départ du Tibet au cinquième mois de l’année du Chien de feu (1646), soit quatre années après la date habituellement retenue pour l’avènement du chögyel. Enfin, le récit traditionnel et la croyance populaire accordent une certaine prééminence à Lhatsün Namkha Jikmé, mais Ngadak Püntsok Rigdzin paraît avoir joui d’une influence plus large à la cour de Püntsok Namgyel.


On sait, par ailleurs, que les héritiers spirituels de Ngadak Püntsok Rigdzin étaient proches de la princesse Pendi Wangmo qui contesta à son demi-frère Chakdor Namgyel le trône du Sikkim au tout début du XVIIIe siècle. L’Histoire du Sikkim de 1908 évoque même une relation amoureuse entre la princesse et le précepteur royal Ngadak Rinchen Gön, petit-fils de Ngadak Püntsok Rigdzin. A la suite de la défaite de Pendi Wangmo et de ses alliés bhoutanais, la lignée de Ngadak (ou « ngadakpa ») perdit d’importants mécènes. Le chögyel Chakdor Namgyel s’était, quant à lui, rapproché de Jigmé Pawo, troisième réincarnation de Lhatsün Namkha Jigmé. Il semble vraisemblable que les rôles historiques tenus respectivement par Ngadak Püntsok Rigdzin et Lhatsün Namkha Jigmé dans l’établissement de premier chögyel aient été réévalués à la suite de cet événement. 

 

Le chögyel Püntsok Namgyel fait figure de premier souverain proprement historique du Sikkim. Sous son règne et celui de son fils, les institutions religieuses se multiplièrent. Le royaume fut rapidement reconnu par le gouvernement du cinquième dalaï-lama Ngawang Lozang Gyatso (1617-1682), qui avait été porté au pouvoir en 1642 par Gushri Khan (1582-1655), chef des Mongols Khoshot.


1642 : Püntsok Namgyel est intronisé. Il partage le pouvoir avec des chefs locaux, désigne douze ministres (kalön) tibétains et autant de chef de forteresses (dzongpön) lepcha. Peu après son avènement, Püntsok Namgyel est reconnu par le cinquième dalaï-lama Ngawang Lozang Gyatso (1617-1682) qui lui offre sa protection.


1642 : Ngadak Püntsok Rigdzin quitte le Tibet et arrive au Sikkim.


1643-1644 : Le Marpo lhakang (i. e. la « chapelle rouge ») est érigé à Yuksom. Ngadak Püntsok Rigdzin identifie le centre spirituel de la vallée cachée en vue d’y ériger le monastère de Drakkar Tashiding.


1644 : Ngadak Püntsok Rigdzin proclame Püntsok Namgyel chögyel du Sikkim, c’est-à-dire « roi bouddhique ».


1644 : Fondation du monastère de Dubdi attribuée à Lhatsün Namkha Jikmé.


automne 1646 : Arrivée de Lhatsün Namkha Jikmé au Sikkim.


1646 : Le lama nyingmapa Orgyen Pelsang (1617-1677), attiré par la réputation de la famille Ngadak, réside à Drakkar Tashiding. Il y rencontre le fils de Ngadak Püntsok Rigdzin, Champa Tendzin alias Püntsok Tséring Namgyel, puis part pour le royaume de Mustang.


1646 (ou 1643) : Le culte du bodhisattva de la grande compassion, Avalokitesvara, est introduit au Sikkim. Son mantra, Om mani padme hum, est récité cent millions de fois lors du premier rituel publique mené à Drakkar Tashiding. Il peut se traduire littéralement par « om joyaux du lotus hum », les syllabes d’ouverture et de clôture ayant pour fonction d’invoquer la déité pour en recevoir les bénédictions.


1649 : Construction du palais de Rabdentsé. Un monastère est érigé à Zilnön.


après 1649 : Soulèvement des Lepchas de Yuksom et des Tsong, vraisemblablement les Limbus, contre Püntsok Namgyel.


1651 : Ngadak Püntsok Rigdzin s’entretient avec le chögyel Püntsok Namgyel à Zilnön. Champa Tendzin est choisi pour succéder à son père en tant que précepteur royal. Ngadak Püntsok Rigdzin part ensuite pour le Mustang (dans l’actuel Népal) où il est invité, l’une de ses filles avait d’ailleurs épousé le roi local, Agön Samdrup Rabten. Sur la route du retour, Ngadak Püntsok Rigdzin visite les vallées du Népal, il y est notamment honoré par le souverain du royaume de Gorkha, à l’ouest de Katmandou. Il demeurera ensuite à Drakkar Tashiding.


1651 : Lhatsün Namkha Jikmé retourne au Tibet et y délivre des enseignements au cinquième dalaï-lama. Il rédigera plusieurs œuvres et décédera deux années plus tard. Une tradition orale rapporte qu’il avait trois élèves lepchas capables d’invoquer la grêle, de retenir la pluie et de faire pousser des arbres. Après la mort de leur maître, ils seraient partis en expédition afin de rapporter son corps, mais auraient eut à combattre les Tibétains hostiles et n’auraient pu rapporter que sa tête. A leur retour, ils auraient érigé un stupa et un monastère à Lachen, puis seraient entrés en méditation avant de mourir.


1652 : Inauguration du monastère de Drakkar Tashiding. Ngadak Püntsok Rigdzin y dépose une relique héritée de son grand-père, le Bumchu (« réceptacle de l’eau »), un vase précieux qui passe pour avoir été façonné par une divinité protectrice aux ordres de Padmasambhava et qui aurait servi lors d’une initiation donnée à l’empereur Tri Songdétsen, au prince Muruk Tsenpo, au traducteur Bérotsana et à Yéshé Tsogyäl, une reine devenue l’élève et la partenaire du saint yogi. Le Bumchu est actuellement conservé dans la chapelle de Tashi Guélek Gön et encore utilisé annuellement dans un rituel.


1656 : Décès de Ngadak Püntsok Rigdzin. Son corps est brûlé et ses restes sont placés dans un reliquaire à Drakkar Tashiding.


1656 : Naissance de Ngawang Künzang Jikmé, réincarnation de Lhatsün Namkha Jikmé. D'origine bhoutanaise, il est reconnu par le cinquième dalaï-lama en 1660. Il décédera avant 1682.


1663 : Accord dit des « Lho Mön Tsong sum » entre les Tibétains, les Lepchas et les Limbous. Püntsok Namgyel est reconnu par les représentants de ces trois peuples comme dominant un territoire centré sur l’actuel Sikkim occidental.


1665 : Inauguration de la chapelle de Thubchen Lhakang à Tashiding.


v. 1668 : Migyur Tenpa (r. 1667-1680), le dési ou chef temporel du Bhoutan, lance une offensive sur la région de Darjeeling. Achog, un chef lepcha, se réfugie auprès du cinquième dalaï-lama qui le considère comme l’un de ses sujets. Les Tibétains envoient une expédition punitive au Bhoutan, le conflit semble néanmoins se résoudre par la diplomatie.


1670 : Décès de Püntsok Namgyel. Son fils Tensung Namgyel devient le deuxième chögyel (c. 1645- c. 1700). Il déplacera la capitale à Rabdentsé et choisira ses ministres parmi les descendants des compagnons de Kyepa Bumsak. Désireux d’introduire le code de lois tibétain au Sikkim, il prendra contact avec le régent Sanggyé Gyatso (1653-1705). Tensung Namgyel aura trois épouses, une bhoutanaise, une tibétaine et une lepcha, qui lui donneront respectivement, et dans l’ordre d’aînesse, une fille, un fils et deux garçons. Il aura aussi une aventure avec une femme lepcha de laquelle naîtra un fils illégitime qui sera à l’origine du clan Barpung, une importante lignée aristocratique lepcha.


1675 : Achog se sentant à nouveau menacé, appelle à l’aide les Tibétains. Les négociations reprennent au milieu de l’année, mais les Bhoutanais passent à l’offensive. Ils capturent Achog qui est exécuté. Sa tête est portée à Punakha (Bhoutan) en guise de trophée.

 


Après le décès de Tensung Namgyel vers 1700, le royaume est déchiré par entre deux prétendants au trône. Le pouvoir est disputé entre la fille de l’épouse bhoutanaise du deuxième chögyel, Pendi Wangmo, et son demi-frère, le prince Chakdor Namgyel (1686-1717), fils de l’épouse tibétaine. Les territoires de l’est et la capitale Rabdentsé sont un temps contrôlés par les Bhoutanais qui soutiennent Pendi Wangmo. Chakdor Namgyel est contraint de se réfugier au Tibet où il devient l’astrologue du sixième dalaï-lama Tsangyang Gyatso (1683-1706 ?) et reçoit des titres et des propriétés. Le prince exilé confie la régence du royaume et ses armées à Karma Dargyé (né vers 1645) de Drakkar qui parviendra repousser les Bhoutanais vers 1708. En récompense, Chakdor Namgyel lui offrira de vastes territoires dans l’Ouest.


Au Népal, la conquête de la vallée de Kathmandou par les Gorkha pousse une partie de la population en direction du Sikkim. L’expansion népalaise constituera une menace permanente à l’ouest. Venus du sud, les Britanniques assoient progressivement leur puissance sur l’Inde. Désireux d’ouvrir une route commerciale vers le Tibet, ils entrent en contact avec le Sikkim au début du XIXe siècle.


1704 (ou 1708) : Le monastère de Pemayangtsé est fondé sur le modèle de celui de Mindröling qui avait été érigé en 1676 dans le Tsang, au Tibet central, par le célèbre maître nyingmapa et tértön Orgyen Térdak Lingpa (1646-1714).


1708 : Chakdor Namgyel revient du Tibet. Il avait deux épouses, l’une est tibétaine, la seconde est une princesse du Mustang. Avec le moine nyingmapa Lhatsün Jigmé Pawo (1682-1735), troisième incarnation de Lhatsün Namkha Jikmé), il réorganisera le système de propriété foncière. On attribue également à Chakdor Namgyel la création de l’écriture lepcha, dérivée de l’alphabet tibétain. Sous son règne, un chef local nommé Achog se serait allié aux Bhoutanais, ses liens avec le chef lepcha homonyme des décennies 1660/1680 sont inconnus.


1715 : Chakdor Namgyel fait ériger la chapelle de Guru Lhakang à Tashiding.


1716 : Fondation à Zilnön d’un monastère ngadakpa, c’est-à-dire rattaché à la lignée de Ngadak Püntsok Rigdzin.


1717 : Chakdor Namgyel est assassiné par son médecin qui lui sectionne une artère. Il aurait été poussé par Pendi Wangmo qui est exécutée. Gyurmé Namgyel (1707-1734), succède à son père et devient le quatrième chögyel. Il n’a qu’une dizaine d’années et la régence est confiée à Jigmé Pawo, troisième incarnation de Lhatsün Namkha Jikmé. Le jeune roi voyagera au Tibet déguisé en mendiant. Assistant à un rituel public, il sera reconnu par le douzième karmapa Changchub Dorjé (1703-1732). En souvenir de cet événement, Gyurmé Namgyel favorisera l’implantation de l’ordre karma kagyüpa dans son royaume.


1719 : Les armées des Mongols Dzungars envahissent le Tibet. L’épouse du hiérarque nyingmapa Rigdzin Térdak Lingpa et ses filles se réfugient au Sikkim. L’une d’entre elles, nommée Mingyur Peldrön (1699-1769), délivrera des enseignements aux autorités religieuses du pays, dont Lhatsün Jigmé Pawo qui l’accompagnera en pèlerinage lorsqu'elle retournera au Tibet.


v. 1720 : Les Sikkimais érigent plusieurs forteresses, dont celle de Rabdentsé pour se protéger des menaces gorkha et bhoutanaise. Les populations Tsong refusant de participer à ces travaux, se replient au nord et se révoltent. Leur territoire, le Limbuwan, est intégré au royaume népalais.


1721 : Le chögyel Gyurmé Namgyel épouse la fille cadette de Rigdzin Terdak Lingpa.


1730 : Fondation du monastère karma kagyü de Ralang par le roi Gyurmé Namgyel.


1731 : Fondation du monastère de Namchi.


v. 1734 : Décès du quatrième chögyel Gyurmé Namgyel. Avant sa mort, il désigne comme héritier le fils qu’il attend d’une nonne.


v. 1738-1741 : Le trésorier Tamding dénonce le fils posthume de Gyurmé Namgyel comme illégitime et usurpe le trône. Les Lepchas placent le nouveau-né sous la protection du ministre Garwang de Barpung.


v. 1740 : Construction du premier monastère de Rumtek.


v. 1741 : Tamding finit par s’exiler au Tibet. A la demande du parti du ministre Garwang, les Tibétains délèguent un régent nommé Rabten Sharpa. Le fils posthume de Gyurmé Namgyel, Püntsok Namgyel II (c. 1734-1780) est intronisé. Le cinquième chögyel aura quatre épouses. La première sera la petite-fille du régent Rabten Sharpa, elle décédera peu après son mariage. Les deux autres seront issues de familles aristocratiques tibétaines.


1752 : Rabten Sharpa réprime une révolte des Limbus, mais s’aliène les tribus magars. Ces derniers se placent sous la protection du Bhoutan qui envahit brièvement les territoires à l’est de la Tista avant d’être repoussés. Des négociations fixent les frontières des deux pays.


v. 1760 : La quatrième incarnation de Lhatsün, Künsang Jigmé Gyamtso, visite le Sikkim. Il y découvre la vallée cachée de Dolung Kyimotsel et y établit une communauté monastique.


1774 : Les Gorkha envahissent les territoires à l’ouest de la chaîne des Singalila et le Téraï jusqu'à la Tista.


1775 : Traité de paix entre le Sikkim et le royaume gorkha.


fin de la décennie 1770 et décennies 1780 : Le général lepcha Yug Choktub de Barpung, fils du ministre Garwang, remporte plusieurs victoires contre les Gorkhas. Ses faits d’armes sont récompensés par le gouvernement tibétain qui lui offre des terres et par les Bhoutanais qui lui accordent le droit de lever des taxes à Damzang, près de Kalimpong.


1780 : Décès de Püntsok Namgyel et avènement du sixième chögyel Tenzin Namgyel (n. 1769, r. 1780-1790/1793). Il aura pour épouse la fille d’un ministre lepcha.


1784 : Les Tibétains ouvrent une route commerciale avec le Sikkim via la vallée de Chumbi afin de contourner les lourdes taxes imposées à leurs commerçants par les Népalais.


1784 : Construction du monastère lepcha de Dolung par la cinquième incarnation de Lhatsün, Péma Déchen Gyatso.


1788 : Construction des monastères lepcha de Tsüntang et ngadakpa de Thangmoché.


1788 : Le Népal annexe les territoires contrôlés par la famille Drakkar. A la tête d’une armée composée de Bhotiyas et de Lepchas, le général Tsang Rinzin remporte plusieurs victoires contre l’envahisseur avant de tomber au combat. Les Sikkimais sont finalement vaincus, mais l’étendue et la durée de domination népalaise sur le Sikkim sont incertaines. Les événements qui suivent sont mal connus, ils s’insèrent dans le cadre du conflit qui oppose le Népal au Tibet et à la Chine (1788-1792). Le traité de paix sino-népalais qui marque la fin de cette guerre est particulièrement défavorable au Sikkim qui ne peut conserver les territoires pourtant reconquis à l’ouest de la Tista.


1793 : Décès de Tenzin Namgyel à Lhassa et début du règne du septième chögyel Tsukpü Namgyel (1785-1863). Il aura cinq épouses tibétaines. Son règne sera marqué par sa fidélité au gouvernement tibétain malgré la présence croissante des Britanniques au Sikkim.


1815 : Les Sikkimais prêtent main-forte aux Britanniques dans la guerre anglo-népalaise. Ils récupéreront à terme un certain nombre de territoires perdus dans les décennies précédentes.


1816 : Nouvelle incursion népalaise au Sikkim. La bibliothèque, les écrits et les effets personnels de Lhatsün Namkha Jigmé sont transférés à Dolung Kyimotsel pour les protéger.


1817 : Traité de Titalia entre le Sikkim et l’East India Company. La frontière sikkimo-népalaise est fixée. En échange des territoires reconquis deux ans auparavant, les Britanniques obtiennent la protection de leurs commerçants contre des taxes abusives, l’expulsion de fugitifs, ainsi qu’un droit de regard sur les relations internationales du Sikkim.


1817 : La capitale, jugée trop proche de la frontière népalaise, est transférée de Rabdentsé à Tumlong.


1826 : Le chögyel Tsugpü Namgyel fait assassiner son Premier ministre et oncle maternel Bolok de Barpung (le fils cadet de Garwang) par son rival Khensapa. Les neveux et les proches du ministre s’installent sur la frontière occidentale accompagnés par huit cents foyers de leurs sujets. Ils entrent en insurrection, la « révolte de Kotapa » (du nom du frère de Bolok), lancent une série de razzias et revendiquent le territoire de Darjeeling. En conséquence de ces événements et des disputes territoriales entre le Sikkim et le Népal, le capitaine Lloyd se place en arbitre et pénètre au Sikkim jusqu'à Rinchenpung, environ sept kilomètres au sud de Rabdentsé.


1835 : Les Britanniques acquièrent le territoire de Darjeeling en échange d’une rente annuelle. Selon les conceptions traditionnelles sikkimaises, le territoire appartient toujours au roi qui ne fait qu’accorder un droit d’usage à l’East India Company. Les relations avec les Britanniques se détérioreront lorsqu'il deviendra évident que la région a été pleinement annexée.


1839 : Le docteur Archibald Campbell est nommé surintendant de Darjeeling.


1840 : Construction de la chapelle royale de Phodong, près de Gangtok.


1841 : Les Britanniques acceptent de verser la rente annuelle de 3 000 roupies en échange de l’occupation de Darjeeling. Cette somme passera à 6 000 roupies en 1846.


1849 : Les docteurs Archibald Campbell et J. Hooker franchissent la frontière tibétaine. Ils sont expulsés par les autorités tibétaines et arrêtés à leur retour au Sikkim. Les Britanniques envahissent le Teraï et une partie du Sud-Ouest du Sikkim en représailles.


1855 : Construction du monastère lepcha de Lingtham.


1858 : Fondation du monastère de Lachen.


1861 : Le roi vieillissant réside à Chumbi où il se consacre à ses devoirs religieux. Le pouvoir politique est aux mains du Premier ministre.

 

Avec l’instauration du protectorat, les relations avec les Etats voisins vont s'apaiser, mais le roi perdra la plupart de ses pouvoirs. Les Britanniques encourageront l’installation de travailleurs népalais afin d’augmenter la force de travail et le nombre de contribuables, mais aussi pour contrer l’influence du Tibet.


1860-1861 : Invasion du Sikkim par les troupes britanniques menées par Ashley Eden. Le royaume devient de fait un protectorat à la suite du traité de Tumlong.


1863 : Le huitième chögyel Sikyong Namgyel (1819-1874) succède à son père. Il était né de la deuxième des cinq épouses du roi Tsukpü Namgyel et avait épousé en 1848 une aristocrate tibétaine, après avoir été dispensé de la prise des vœux monastiques par le onzième dalaï-lama (1838-1856). Son règne pacifique est marqué par l’apaisement des tensions avec les Britanniques, le Tibet et le Bhoutan. Il tentera néanmoins de moderniser son armée, mais son projet échouera à cause de l’opposition des Britanniques.


1873 : Trois brigands bhoutanais sont capturés dans le Nord du Sikkim, l’un d’eux est tué et le second se suicide avant d’être remis aux autorités. Les Bhoutanais demandent réparation pour la perte de ces vies tandis que les Sikkimais exigent le retour des biens volés. Un dédommagement de 517 mesures d’argent sera finalement payé par le Sikkim.


1874 : Décès de Sikyong Namgyel. Son demi-frère Thutob Namgyel (n. 1860 r. 1874-1914), fils de la reine Mönkyi, lui succède et devient le neuvième chögyel. Il épouse Pending, veuve de Sikyong Namgyel. Sous son règne, Lhasso Athing, Phadong Lama et les frères Khensapa, soutenus par les Britanniques, installeront des travailleurs népalais sur leurs terres malgré l’interdiction promulguée par le septième chögyel Tsugpü Namgyel. Lorsque le roi se retirera à Chumbi, les Britanniques exigeront que la régence soit confiée aux frères Khensapa.


1880 : Décès de la reine Pending, le pouvoir réel serait alors aux mains d’une épouse du sixième chögyel, la vieille reine Mönkyi.


1882 : Le chögyel Thutob Namgyel et son frère Trinlé Namgyel (1866-1919) épousent en union polyandrique une aristocrate tibétaine nommée Yéshé Drölma (1867-1910).


1884-1886 : Colman Macaulay (1849-1890), le secrétaire financier du Bengale, dirige une expédition au Sikkim en vue d’ouvrir une voie commerciale entre l’Inde et le Tibet.


1886 : Traité secret de Galing, le Sikkim réaffirme sa fidélité au Tibet.


1887-1888 : En représailles de l’expédition Macaulay et afin de se protéger d’une éventuelle agression, les Tibétains envahissent la vallée de Chumbi, puis passent le Jelep la et occupent Lingtu. Les Britanniques réagissent et annexent la vallée de Chumbi.


1889 : J. C. White est le premier political officer britannique au Sikkim. Il devient ainsi le chef du protectorat, le roi et la reine étant quasiment assignés à résidence depuis 1887. J. C. White fait ériger à Gangtok un manoir victorien qui servira de résidence aux political officers.


1890 : Convention Sikkim-Tibet à Calcutta. La Chine impériale, représentée par un fonctionnaire en poste à Lhassa, l'amban, reconnaît le Sikkim comme protectorat britannique. La frontière nord du Sikkim est fixée et le roi ne conserve de la vallée de Chumbi qu’une enclave et un palais. Les gouvernements tibétains et sikkimais n’avaient pas été conviés à ces négociations.


1897 : Tremblement de terre.


1898 : La capitale du Sikkim est déplacée à Gangtok.


1906 : Les souverains du Sikkim et du Bhoutan ainsi que le panchen-lama rencontrent le prince de Galles à Calcutta. Une partie du pouvoir administratif est restituée au roi à son retour au Sikkim.


1906 : La princesse Kunsang Wangmo, fille de Thutob Namgyel et de Yéshé Drölma, est mariée au frère et héritier du trichen de Sakya, Ngawang Lhündrub Gyeltsen (c. 1876-1913).


1908 : Le prince Sikyong Namgyel (1879-1914) revient d’Oxford où il avait fait ses études. Son père étant devenu aveugle, il est investi de nombreux pouvoirs. Il administre les forêts ainsi que les monastères et modernise le système éducatif.


1908 : Charles Bell (1870-1945) remplace J. C. White au poste de political officer Sikkim, Bhutan, Tibet. Il sera l’artisan des bonnes relations entre la couronne britannique et le Tibet, pays dont il apprendra la langue et collectionnera de nombreuses œuvres d’art.


1910-1912 : Exil du treizième dalaï-lama Thubten Gyatso (1876-1933) au Sikkim et à Darjeeling. Il se lie d’amitié avec Charles Bell.


1912 : Arrivée d’Alexandra David-Néel au Sikkim. En avril, elle est à Kalimpong et y rencontre le prince Sikyong Namgyel, avec lequel elle se lie d’amitié, ainsi que le treizième dalaï-lama. Elle réside à Gangtok de juillet à septembre où elle bénéficie de l’hospitalité du chögyel et entretient de bonnes relations avec Charles Bell. Elle part ensuite pour le Népal et l’Inde.


1912 : Le chögyel Thutob Namgyel épouse Kelzang, la sœur cadette de Yéshé Drölma décédée deux ans plus tôt.


1913 : Retour d’Alexandra David-Néel au Sikkim en fin d’année. Elle y rencontrera le lama Yongden (1899-1955) qui l’accompagnera dans ses voyages et qu’elle adoptera en 1929.


1914 : Décès de Thutob Namgyel en février. Son successeur, Sikyong Namgyel, dénonce les baux à long terme conclus entre J. C. White et les exploitants népalais. Il abolit la tradition d’origine tibétaine de mariage polyandrique.


1914-1918 : Première guerre mondiale. Plus d’un millier de volontaires sikkimais combattent aux côtés des Britanniques. Le roi détiendra pratiquement les pleins pouvoirs au sortir de la Grande Guerre.


octobre 1914 : Alexandra David-Néel visite Chörten Nyima où elle entrevoit le haut-plateau tibétain pour la première fois.


novembre 1914-mai 1915 : Séjour d’Alexandra David-Néel au monastère de Lachen.


décembre 1914 : Le dixième chögyel Sikyong Namgyel, atteint de jaunisse, décède d’un arrêt cardiaque peu après la visite d’un médecin anglais. Un empoisonnement est suspecté. Placé sous la tutelle de Charles Bell, Tashi Namgyel (1893-1963) succède à son demi-frère et devient le onzième chögyel.


juillet 1915 : Alexandra David-Néel s’installe dans l’ermitage de Déchen, dépendant du monastère de Lachen.


1916 : Tashi Namgyel, prend en charge l’administration fiscale et la police. Il fait rénover les monastères de Zimig, au centre du pays, de Dolung au nord et d’Enchay à Gangtok.


août 1916 : Alexandra David-Néel quitte son ermitage et part brièvement pour Shigatsé au Tibet où elle rencontre le panchen-lama. Cette escapade lui attire les foudres des autorités britanniques qui l’expulsent du Sikkim à son retour. Elle voyagera ensuite au Japon, en Corée puis en Chine.


1917 : Charles Bell introduit le Revenue order 1 qui interdit la vente des terres détenues par les Bhotiyas et les Lepchas à d’autres groupes ethniques. Le Revenue order 1 est encore en vigueur actuellement.


1918 : Tashi Namgyel épouse une aristocrate tibétaine nommée Künzang Déchen (1904-1987).


1918 : Charles Bell s’installe à Darjeeling. Le major W. L. Campbell lui succède au poste de political officer.


1920 : Démission du major W. L. Campbell, Charles Bell reprend le poste de political officer pendant une année qu’il passera au Tibet.


1921-1928 : Le lieutenant-colonel F. M. Bailey (1882-1967) occupe le poste de political officer.


1923 : Tashi Namgyel fait reconstruire le monastère de Lingtham.


1924 : Retour d’Alexandra David-Néel au Sikkim. Elle était partie du monastère de Kumbum, dans la région du Kokonor, à la frontière des zones de peuplement tibétaine, mongole et chinoise et avait traversé les marches sino-tibétaines, tentant à plusieurs reprises de gagner Lhassa, alors fermée aux Occidentaux. Toujours accompagnée du lama Yongden et déguisée en pèlerine, elle parvient à rejoindre la capitale du Tibet en février 1924 puis arrive à Gyantsé en mai. Epuisée et désargentée, elle se livre aux autorités britanniques qui, au lieu de l’arrêter, mettent à sa disposition les moyens de poursuivre sa route jusqu'au Sikkim. Elle réside à Gangtok en juin puis à Darjeeling et Padong jusqu'en septembre. Elle passera ensuite par Calcutta, Bénarès, Bombay et Ceylan. Elle arrivera en France au mois de mai 1925.


1925 : Réforme des baux. Les grands domaines sont désormais régis par des baux d’une durée maximale de quinze ans.


1927 : Premier programme hydro-électrique à Gangtok.


1928-1933 : Le major J. L. R. Weir succède à F. M. Bailey au poste de political officer.


1928 : Abolition des corvées obligatoires.


1933-1935 : Frederick Williamson (1891-1935) reprend le poste de political officer. Il décède d’une maladie rénale lors d’un séjour à Lhassa en novembre 1935.


1935-1945 : Sir Basil Gould (1883-1956) occupe le poste de political officer.


1939-1945 : 5 000 volontaires sikkimais combattent aux côtés de la Grande-Bretagne au cours de la seconde guerre mondiale.


1940 : Sir Basil Gould assiste au couronnement du quatorzième dalaï-lama Tenzin Gyatso (n. 1935) à Lhassa.


1941 : Le prince Peldjor Namgyel, qui s'était engagé dans la Royal Air Force, décède dans un accident d’avion.


1945 : A. J. Hopkinson (1894-1953), remplace Frederick Williamson au poste de political officer.

 

Dans les années qui suivent fin de la seconde guerre mondiale, les équilibres régionaux sont bouleversés : l’Inde acquiert son indépendance en 1947 et le Tibet est annexé par la Chine trois ans plus tard. Le Sikkim perdra son indépendance au cours des années soixante-dix et deviendra le vingt-deuxième Etat de l’Union indienne.


1947 : Indépendance de l’Inde. Une délégation menée par le prince Pelden Döndrup Namgyel (1923-1982) rencontre les membres du gouvernement indien et les chefs politiques à Delhi.


1947 : Création du State Congress. A majorité népalaise, ce parti politique est favorable au rattachement du royaume à l’Inde et réclame un gouvernement élu au suffrage universel.


1er septembre 1948 : A. J. Hopkinson, devenu le premier Indian political officer du Sikkim après l’indépendance de l’Inde, cède sa place à Harishwar Dayal.


v. 1949 : Fondation du National Party. Majoritairement bhotiya et lepcha, ce parti politique milite pour l’indépendance du Sikkim et est favorable au maintien de la monarchie.


9 mai 1949 : Formation d’un gouvernement. Dirigé par le président du State Congress, Tashi Tséring, il comprend deux membres issus de sa formation politique et deux membres désignés par le roi. Ce gouvernement sera dissout peu après.


1949 : Abolition des fonctions de justice et de fiscalité attachées à la location des terres. Le gouvernement envisage de ne pas reconduire les baux de locations arrivant à expiration et d’indemniser les locataires partant de leur plein gré. Ces derniers soutiennent en masse le State Congress.


1950 : Un traité signé à Gangtok entre le chögyel Tashi Namgyel et le gouvernement indien reconnaît l’indépendance du Sikkim.


1950-1951 : Invasion du Tibet par l’Armée populaire de libération chinoise.


1953 : Premières élections au suffrage universel. Le gouvernement est formé par une coalition du State Congress et du National Party et par un conseil de quatorze sièges : six sont attribués aux Bhotiyas et aux Lepchas, six aux Népalais, un aux monastères et un au roi. Des gouvernements de coalitions se succéderont jusqu'en 1973.


1954-1960 : Premier plan de développement financé par l’Inde.


1er octobre 1958 : Le Namgyal Institute of Tibetology est inauguré par le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru. Créé sous l’impulsion du chögyel Tashi Namgyel, l’institut finance et promeut les recherches en sciences humaines sur les populations habitant l’aire culturelle tibétaine. Son Bulletin of Tibetology, publié depuis 1964, est une mine d’informations sur l’histoire et la culture du Sikkim et du monde himalayen.


1959 : Soulèvement de Lhassa. La révolte est brutalement réprimée, le quinzième dalaï-lama Tenzin Gyatso (n. 1935) part en exil. Plus de 80 000 réfugiés tibétains affluent vers le Bhoutan, le Sikkim, le Népal et l’Inde. Le seizième karmapa Rangjung Rigpé Dorjé (1924-1981) s’installe au Sikkim et fonde le deuxième monastère de Rumtek.


1962 : Les élections sont repoussées en raison du conflit sino-indien.


2 décembre 1963 : Décès du chögyel Tashi Namgyel.


1965 : Couronnement du douzième et dernier chögyel du Sikkim, Pelden Döndrup Namgyel (1923-1982). Il épouse une aristocrate tibétaine en 1950 qui décède sept années plus tard. Pelden Döndrup Namgyel se remarie en mars 1963 avec une Américaine, Hope Cooke (n. 1940).


1973 : Large victoire du National Party aux élections.


4 avril 1973 : Anniversaire du chögyel Pelden Döndrup Namgyel. Les partis du Sikkim Janata Congress et du Sikkim National Congress, soutenus par le political officer, manifestent publiquement leur hostilité au roi et au gouvernement : les émeutes se répandent jusqu'à Darjeeling et des bâtiments administratifs sont incendiés. Pelden Döndrup Namgyel est contraint de remettre l’administration du royaume au political officer et doit reconnaître un chef de l’exécutif désigné par l’Inde. Les élections qui devaient se dérouler dans l’année sont repoussées.


1974 : Victoire écrasante de l’union du Sikkim National Congress et du Sikkim Janata Congress, grâce au large soutien des Népalais installés au Sikkim. L. Dorji Kazi (1904-2007) est élu au poste de Ministre en chef du Sikkim. Malgré l’opposition du chögyel et les manifestations qui secouent le royaume, la nouvelle Assemblée approuve le projet de Constitution présentée par le gouvernement indien.


9 avril 1974 : Le gouvernement indien fait encercler le palais royal par une brigade de 5 000 hommes.


avril 1974 : Le chögyel Pelden Döndrup Namgyel est destitué. L’Assemblée du Sikkim réclame le rattachement à l’Inde. Un référendum est organisé en trois jours : la participation s’élève à 65 % des électeurs et le rattachement à l’Union indienne est approuvé à 96 %. La Constitution indienne est amendée et le Sikkim devient le vingt-septième Etat de l’Union indienne. La décision sera définitivement ratifiée le 16 mai 1975.


octobre 1979 : Les élections sont remportées par le parti nationaliste du Sikkim Janata Parishad, les partisans du rattachement à l’Inde sont largement vaincus et Nar Bahadur Bhandari (n. 1940) est élu Ministre en chef du Sikkim.


mai 1984 : Soupçonné de corruption, le gouvernement de Nar Bahadur Bhandari est dissout.


décembre 1984 : Nouvelles élections. Le Sikkim Sangram Parisad, un nouveau parti formé par Nar Bahadur Bhandari, remporte trente des trente-deux sièges de l’Assemblée du Sikkim.


1994 : Nar Bahadur Bhandari démissionne après avoir perdu un vote de confiance. Il est remplacé au poste de Ministre en chef par Pawan Kumar Chamling (n. 1950), qui a quitté le Sikkim Sangram Parisad en 1993 pour fonder le Sikkim Democratic Front. Il est encore au pouvoir en 2016.


2006 : Réouverture du Nathu la. Fermé depuis 1962, ce col relie la région autonome du Tibet au Sikkim.


Malgré un taux de chômage en progression chez les jeunes, le Sikkim apparaît en ce début de XXIe siècle comme l’un des Etats de l’Union indienne les plus prospères économiquement. Il se situe au-dessus de la moyenne nationale sur les domaines touchant la santé, la scolarisation ou la sécurité. Il se distingue par une politique environnementale forte, sa production agricole étant devenue exclusivement biologique en 2016. Ses frontières sont très militarisées, mais ne sont pas, à l’heure actuelle, contestées par la république populaire de Chine.


 

Beyül : Terme tibétain pouvant être traduit littéralement par « pays caché ».


Bongthíng : Un type de spécialiste religieux lepcha, parfois qualifié de chaman, servant d'intermédiaire entre les hommes et les êtres de la surnature (dieux et démons).


Chögyel (sk. : dharmaraja) : « Roi bouddhiste », titre porté par les souverain du Sikkim.


Dakini (tib. : khandroma) : Être féminin surnaturel issu de la mythologie indienne.


Dharma : Terme sanskrit. Dans un contexte bouddhique, « le Dharma » désigne communément les enseignements du Bouddha.


Dremojong, Dremoshong, Drenjong : Noms tibétains du Sikkim, traduisibles par « province du riz » ou encore « pays fructueux ».


Dzogchen : La « grande perfection ». Doctrine de l’école Nyingmapa et de la religion bön selon laquelle l’esprit est naturellement pur et immaculé


Kangling : Trompe rituelle façonnée dans un fémur humain.


Karma kagyüpa : Branche de l’école Kagyüpa du bouddhisme tibétain, fondée par Düsum Khyenpa (1110-1193), le premier karmapa.


Karmapa : Lignée d’incarnation karma kagyüpa, la plus ancienne du bouddhisme tibétain.


Magar : Peuple himalayen, majoritairement installé au Népal, mais aussi en Inde et au Bhoutan.


Mahamudra : Terme sanskrit pouvant se traduire par « Grand Sceau ». Il s’agit d’une doctrine principalement transmise par l’école Kagyüpa, révélée à l’ascète indien Tilopa (988-1069).


Mantra : Dans le contexte du bouddhisme tibétain (et de la religion bön), les mantra sont des formules sacrées (invocation du nom d’un Bouddha, formules d’hommage…) le plus souvent d'origine sanskrite.


Shamarpa : Lignée d’incarnation karma kagyüpa. Son premier représentant, un disciple du troisième karmapa nommé Tokden Drakpa Dorjé (1283-1349), portait ce titre car il avait reçu une coiffe rouge (tib. : shamar) offerte par un roi mongol.


Stupa (tib. chörten) : Reliquaire monumental caractéristique du bouddhisme. Les stupa paraissent trouver leurs origines dans deux types de monuments bouddhiques : les tertres destinés à recevoir les restes de personnages saints, et les monuments commémorant des épisodes de la vie du Bouddha historique. Dans les zones de culture tibétaine, les reliques ou les corps momifiés des grands lamas sont encore parfois enchâssés dans de tels édifices. Les stupa ne doivent pour autant pas être considérés comme des monuments funéraires. Ils sont avant tout des représentations symboliques du Bouddha et de sa doctrine, sanctifiés par les objets sacrés qui y sont déposés (reliques, textes, statues…) et les rituels de consécration. Leurs formes sont dictées par une symbolique complexe. Les plus petits ne font que quelques centimètres de haut et sont habituellement placés sur les autels domestiques. Les plus monumentaux sont l’objet de pèlerinages. Certains des plus vastes, comme le Kumbum de Gyantsé au Tibet (XVe siècle) ou le World Peace Stupa de Dehra Dun en Inde (inauguré en 2002) contiennent des chapelles et peuvent être visités.


Térma : Trésor mystique dissimulé par un maître spirituel du passé.


Tértön : Découvreur de « trésors spirituel » (térma).


Sakya Trichen ou Sakya Trizin : Titre porté par le chef spirituel de l’école Sakyapa du bouddhisme tibétain.


 

Fadróng thíng (mythologie lepcha) : Etre masculin créé par la divinité Ítbù debù rum. Frère de Nazóng nyú avec qui il engendra l’humanité.


Guru Rinpoché (v. VIIIe siècle) : cf. Padmasambhava.


Ítbù debù rum (mythologie lepcha) : Divinité importante du panthéon lepcha à la fois créatrice et destructrice.


Katokpa Küntu Sangpo (XVIe-XVIIe siècle) : Un des trois lamas nyingmapa qui couronnèrent le premier souverain bouddhique du Sikkim au milieu du XVIIe siècle.


Kyepa Bumsak (XIIIe siècle) : Premier roi semi-légendaire du Sikkim venu du Tibet.


Láso múng (mythologie lepcha) : Le roi des démons, persécuteur de l’humanité.


Lhatsün Namkha Jikmé (1597-1653) : Un des trois lamas nyingmapa qui couronnèrent le premier souverain bouddhique du Sikkim au milieu du XVIIe siècle. Il est traditionnellement considéré comme le plus important d'entre eux.


Nazóng nyú (mythologie lepcha) : Etre féminin créé par la divinité Ítbù debù rum. Sœur de Fadróng thíng avec qui elle engendra l’humanité.


Ngadak Püntsok Rigdzin (1592-1656) : Un des trois lamas nyingmapa qui couronnèrent le premier souverain bouddhique du Sikkim au milieu du XVIIe siècle.


Ngawang Lozang Gyatso (1617-1682) : Le cinquième et le plus puissant des dalaï-lamas. Il obtient le pouvoir politique sur le Tibet grâce au chef mongol Gushri Khan en 1642.


Ngödrup Gyeltsen « Gödemchen » (1337-1408) : Le premier maître bouddhiste tibétain attesté au Sikkim. Il appartient à l’école Nyingmapa et est un important « découvreur de trésors » (tértön).


Padmasambhava (v. VIIIe siècle) : Alias Guru Rinpoché. Maître tantrique originaire d’Oddiyana (la vallée du Swat, dans l’actuel Pakistan) et figure fondatrice du bouddhisme tibétain.


Püntsok Namgyel (1604-1670) : Premier chögyel du Sikkim, couronné par trois lamas nyingmapa venus du Tibet.


Rigzin Terdak Lingpa alias Orgyen Térdak Lingpa (1646-1714) : Célèbre tértön nyingmapa, contemporain du cinquième dalaï-lama Ngawang Losang Gyatso avec qui il échangea des enseignements et qui l’assista dans la fondation du monastère de Mindröling, au Tibet central.


Samo múng (v. VIIIe siècle, mythologie lepcha) : Démon femelle terrassé par Padmasambhava.


Sanyól kùng (mythologie lepcha) : Arbre dans lequel le démon Láso múng se serait réfugié.


Thekong Thek (XIIIe siècle) : Chef et sorcier lepcha, allié de Kyepa Bumsak.


Thikung Adik (v. VIIIe siècle, mythologie lepcha) : Le premier roi des Lepchas ou bien un prêtre puissant selon les versions de la légende. Il passe pour avoir affronté et vaincu Padmasambhava dans un concours de magie.


 
 
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