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Le Pérou
Des origines précolombiennes à l'Hispanidad, de l’indépendance au réveil amérindien
Le Pérou apparaît très tôt comme un foyer historique majeur, l’un des espaces géographiques privilégiés où se formèrent certaines des « cultures premières » qui furent à l’origine des grandes civilisations précolombiennes. Chavin, Moche, Tiahuanaco, Huari ou Chimu, autant de noms qui ponctuent, au fil des siècles, la continuité culturelle qui s’affirme depuis les hautes terres andines jusqu’aux « oasis » répartis tout au long des déserts littoraux de la côte pacifique. Témoins d’une antiquité très lointaine, ces sites sont loin d’avoir livré tous leurs secrets et il ne fait guère de doute que la recherche archéologique permettra de mieux éclairer dans l’avenir les siècles obscurs du passé péruvien. La période correspondant à la domination des Incas est, en revanche, beaucoup mieux connue. L’empire dit « des Quatre Quartiers » (Tahuantinsuyu) – beaucoup plus étendu que le Pérou actuel, dans la mesure où il débordait très largement sur l'Equateur, la Colombie, la Bolivie et le Chili d'aujourd'hui – marque à la fois l’apogée culturel du Pérou précolombien en même temps que le moment de son effondrement sous les coups des conquérants espagnols. Les souverains incas avaient pourtant imposé leur autorité depuis l’Equateur jusqu’au nord du Chili actuels et leur empire englobait la Bolivie ainsi qu’une partie du territoire colombien. Ils avaient édifié des villes et des monuments grandioses et nous ont laissé, outre les murailles de Cuzco, les ruines imposantes de Machu Picchu, de Vilcabamba ou de Choqek’iraw (« le berceau de l’or » en langue quechua), cités de pierre impressionnantes accrochées aux pentes de montagnes vertigineuses, longtemps dissimulées par la jungle qui les recouvrait. Puissant et rigoureusement organisé, cet empire ne peut cependant résister à l’irruption d’une poignée de conquérants déterminés, bien décidés à renouveler au Pérou l’opération qui avait permis à Cortés et à ses compagnons de s'emparer, quelques années auparavant, des trésors de Tenochtitlan-Mexico. Arborant la bannière de Santiago – le Saint-Jacques de la Reconquête ibérique, dont le seul nom était devenu leur cri de guerre – les soldats de Pizarro et d’Almagro ne firent qu’une bouchée – chevaux et armes à feu aidant – de la résistance inca, malgré un rapport de forces en effectifs qui leur paraissait plus que défavorable. Un peu plus d’une centaine d’Espagnols conduits par des chefs capables et audacieux purent ainsi s’emparer d’un empire étendu sur des centaines de milliers de kilomètres carré et peuplé de millions d’habitants. La vaine recherche d’un nouveau royaume de l’or, les difficultés rencontrées au Chili et les querelles sanglantes qui opposèrent entre eux les conquérants parurent menacer un temps la pérennité de la mainmise espagnole sur la région, mais les envoyés du roi Philippe II surent rétablir la situation, et la vice-royauté de Lima se substitua bientôt à l’Empire inca. L’exploitation des mines d’argent du Potosi et la fortune des villes coloniales firent rapidement du Pérou un nouveau monde où tout semblait possible à tous ceux qui quittèrent alors Cadix pour faire voile vers les Indes occidentales. C’est l’époque au cours de laquelle, dans son Mémorial publié en 1630, le franciscain Buenaventura de Salinas y Cordoba compara Lima, la nouvelle capitale du pays, établie à proximité de la côte du Pacifique, aux plus belles villes d’Europe : à Rome pour ses sanctuaires, à Gênes pour l’intelligence de ses habitants, à Venise pour ses richesses, à Florence pour la douceur de son climat et à Salamanque pour son université… Ce « siècle d’or » ne dura pas. Les mines qui faisaient la fortune du Pérou s’épuisèrent, les révoltes indiennes se firent fréquentes et les Créoles, descendants des premiers colons, ne voulurent plus endurer l’autorité des fonctionnaires royaux envoyés de métropole. Au début du XIXe siècle, la diffusion de l’esprit des Lumières dans l’Amérique ibérique et l’exemple donné par la jeune république des Etats-Unis formée au nord du continent, entraînèrent naturellement la révolte contre le souverain de Madrid, favorisée par l’usurpation de Joseph Bonaparte. Une fois passé le temps des libertadores, les Etats nés de l’effondrement de l’Empire espagnol se retrouvèrent cependant confrontés à une instabilité politique chronique, propice aux coups d’Etat militaires. Le caractère oligarchique du pouvoir, la persistance de grandes inégalités sociales et le statut de dominés qui demeurait celui des Indiens condamnaient fatalement tout effort de modernisation. Pouvoirs militaires, sous-développement structurel et maintien de l’influence nord-américaine furent ainsi le lot du Pérou durant la majeure partie du XXe siècle, alors que le pays se transformait profondément sous l’effet de l’explosion démographique et d’une urbanisation aussi massive qu’incontrôlée. Autant de défis difficiles à relever pour le président Alan Garcia, élu en 2006 à la tête du pays…
L’actuel Pérou – étendu sur 1 285 216 kilomètres carré, de l’Equateur à 18° de latitude sud – apparaît bien moins vaste que l’ancien Empire inca, devenu, sous la domination espagnole, la vice-royauté de Lima. Il se compose de trois espaces géographiques bien distincts : les Andes, les plaines amazoniennes et le désert du littoral pacifique.
Le paysage est dominé par les Andes, la haute cordillère qui traverse tous les pays de la côte pacifique de l’Amérique latine. Entrecoupées de hauts plateaux et de hautes plaines – notamment celle correspondant au bassin du lac Titicaca qui s’élève à 3 800 mètres – ces chaînes ont une altitude moyenne de 4 000 mètres au sud et au nord et dépassent fréquemment les 6 000 mètres en leur centre. Avec ses 6 768 mètres, le Huascaran est le point culminant des Andes péruviennes qui, outre leurs sommets élevés, présentent un aspect massif, leur largeur atteignant quatre cents kilomètres dans leur partie méridionale. Ces régions, fréquemment affectées par des séismes, connaissent également un volcanisme très actif.
Le régime des vents fait que le flanc oriental des Andes reçoit des précipitations abondantes, ce qui n’est pas le cas du versant pacifique, bordé par un désert côtier totalement différent du piedmont amazonien chaud et humide de l’est, un contraste qu’explique en partie la présence, au large des côtes, du courant froid de Humboldt. L’aridité est extrême, y compris jusqu’à de hautes altitudes, sur la côte méridionale du pays, prolongée au Chili voisin par le désert d’Atacama. Les Andes péruviennes se subdivisent en plusieurs étages. L’étage supérieur, situé au-dessus de 4 800 mètres, est soumis à des gelées quotidiennes et à des températures toujours inférieures à 5 °C, et compte de nombreux glaciers ; son climat ne permettant le développement d’aucune végétation, il se caractérise par la nudité de ses paysages. L’étage inférieur est celui des punas, ces steppes et prairies comprises entre 3 800 et 4 800 mètres d’altitude qui couvrent une surface de plusieurs centaines de milliers de kilomètres carré. On distingue les punas semi-arides qui correspondent aux hauts plateaux situés au sud-ouest du lac Titicaca, de la puna sèche – étendue dans la partie centrale des Andes, composée de touffes de tola et de graminées – qui constitue un vaste terrain de pâture pour les lamas, les alpacas et les ovins tout comme la puna humide, véritable prairie d’altitude. L’étage suni, entre 3 600 et 4 000 mètres d’altitude, est réservé à l’agriculture et fait la transition entre les punas et les étages tempérés. Ces derniers, situés entre 2 800 et 3 800 mètres, abritent les villages de paysans ainsi que les terroirs pentus favorables aux cultures de blé, d’orge et de maïs, cultivés en terrasses et irrigués. Enfin, de part et d’autre des Andes se trouvent les yungas ou vallées. Les yungas humides du flanc amazonien accueillent des plantations de café, de coca, d’agrumes ainsi que des cultures vivrières. Elles sont sèches à l’ouest où seule l’irrigation rend possible des cultures tempérées et subtropicales telles que celles des fruits, du coton et du maïs. La forêt dense amazonienne recouvre 60 % de la surface du Pérou et se caractérise par un climat chaud et humide et un taux de précipitation élevé, supérieur à 1 500 mm par an. Plus les précipitations sont élevées, plus les arbres sont grands. Les sols sont fragiles et soumis à une érosion d’autant plus forte que la déforestation amplifie les effets des pluies. Les plaines orientales sont parcourues par de nombreux fleuves, réunis dans le réseau hydrographique de l’Amazone. Drainant un bassin de six millions de kilomètres carré réparti entre six Etats, long de 7 025 km et disposant d’un débit de plus de 100 000 mètres cube par seconde, cinq fois supérieur à celui du Congo, l’Amazone est le plus puissant fleuve du monde. Né au Pérou – au glacier de Huacra, à 5 240 m d’altitude, par 10° de latitude sud – l’Amazone supérieur (ou Maranon) conflue avec l’Ucayali, un affluent de sa rive droite, pour devenir l’Amazone, avant de recevoir, sur sa rive gauche, les eaux du rio Napo puis, au Brésil, celles du Putumayo qui marque la frontière entre Pérou et Colombie, puis celles des rio Japura et Jurua.
La côte pacifique présente un climat tropical, sec et homogène, marqué par une forte aridité. Située dans une zone anticyclonique, elle est le plus souvent recouverte de nuages arrêtés par la cordillère des Andes. Cela entraîne une humidité de l’air et une faible amplitude thermique. Des vents violents peuvent souffler dans les zones basses et désertiques de l’arrière-pays.
Le territoire péruvien a été occupé de manière continue au cours des millénaires précédant l’ère chrétienne, malgré un milieu naturel hostile combinant forêt dense, haute montagne et désert, les deux milieux les moins défavorables correspondant aux régions de l’altiplano andin et aux vallées qui constituent autant d’oasis sur les côtes arides du Pacifique.
 
La chronologie du Pérou précolombien demeure incertaine et fait toujours l’objet de controverses, entretenues par les évaluations et les datations contradictoires fournies par les spécialistes.
- 11 000 : Apparition de l’homme dans les Andes centrales. Sur le littoral pacifique, les plus anciennes traces d’occupation humaine connues correspondent à des campements de pêcheurs.
- 8 000 : Des communautés humaines commencent à se sédentariser dans les Andes centrales.
- IVe-IIIe millénaires avant J.-C. : Apparition de l’agriculture dans les basses terres amazoniennes, beaucoup moins humides qu’aujourd’hui et occupées alors par des savanes arborées beaucoup moins hostiles que la forêt dense actuelle. Contemporain de la fin du IVe millénaire, le site de Valdivia (aujourd’hui en Equateur) révèle l’existence d’une société d’agriculteurs établie dans le bassin et le delta du rio Guayas et connaissant déjà la céramique. A Real Alto, des grains sont figurés sur des céramiques vieilles de 4 300 ans. Le site de Real Alto, entre la côte du Pacifique et la vallée du rio Verde (toujours en Equateur, non loin de Guayaquil) correspond à une agglomération étendue sur douze hectares, regroupant cent cinquante grandes huttes et accueillant une population de deux à trois mille habitants rassemblés autour d’un chef-chamane et pratiquant les sacrifices humains. Et ce, au IIIe millénaire avant notre ère… Au IIe millénaire avant J.-C., la céramique de Machalilla (du nom d’un site équatorien) fait apparaître les premiers vases revêtant une forme humaine, un modèle qui connaîtra ultérieurement au Pérou d’importants et brillants développements.
De 1200 à 500 avant J.-C., la culture Chorrera s’inscrit dans la continuité des cultures précolombiennes équatoriennes plus anciennes. Figurines anthropomorphes et vaisselles atteignent alors leur point de perfection.
Début du IIe millénaire avant J.-C. : Les sites d’El Paraiso, près de Lima, d’El Aspero, plus au nord, sur les rives du rio Supe, et de Kotosh, à 1 800 m d’altitude dans la Cordillère des Andes, témoignent de l’existence de véritables agglomérations, antérieures à l’apparition de la céramique, mais disposant de grands sanctuaires. C’est dans les phases ultérieures du site de Kotosh que l’on a pu reconstituer l’évolution de la céramique au cours du IIe millénaire avant J.-C.
Vers 1800 avant J.-C. : Construction, dans la vallée du rio Casma (non loin de la côte, entre Lima et Trujillo), du grand temple de Sechin Alto dont les terrasses et les cours s’étendent sur 1 700 m de longueur.
XVe siècle avant J.-C. : Le sanctuaire de Cerro Sechin, au confluent des rio Mojeque et Sechin, nous révèle, à travers ses reliefs sculptés, que les sacrifices humains étaient largement répandus dans le monde andin de cette époque. On a pu parler, à propos des têtes-trophées et des cruelles mutilations représentées, « d’expressionnisme féroce ».
Vers 1300 avant J.-C. : Construction de l’ensemble cultuel de la Huaca de los Reyes, sur le site de Caballo de los Reyes, dans la vallée du rio Moche. L’ensemble vaut par son plan rigoureusement orthogonal, sa pyramide et ses décors sculptés qui annoncent l’iconographie caractéristique de Chavin de Huantar.
XIIIe siècle avant J.-C. : Epoque des premiers restes de tissus et d’une céramique simple, retrouvés près de Guanapé, dans la vallée du Virù.
Le sociétés précolombiennes péruviennes qui commencent alors à se mettre en place bénéficient de ressources non négligeables, mais vont également souffrir – quand on les compare aux sociétés déjà civilisées de l’Ancien Monde – de divers handicaps consécutifs à l’absence de certaines productions et à l’ignorance de certaines techniques. Pomme de terre, patate douce, manioc, maïs, haricot ou tomate sont cultivés et deux espèces animales, le lama et l’alpaga, sont domestiquées pour fournir laine, cuir et viande, le lama pouvant même être utilisé comme bête de somme. Poissons, crustacés, tortues marines et oiseaux de mer peuvent apporter un complément alimentaire indispensable aux populations installées dans les « oasis » proches du littoral. L’or récupéré dans les sables des cours d’eau, l’argent et le cuivre donnent rapidement naissance à une métallurgie locale, antérieure à celle qui se développera en Méso-Amérique. En revanche, l’Amérique andine ignore à cette époque la culture des céréales, blé, seigle, orge, avoine ou riz. Chevaux, bovins, chèvres et moutons sont absents. La roue, le tour de potier, les machines de levage et les techniques de pompage utilisées pour l’irrigation sont ignorés tout comme l’écriture, utilisée très tôt par les Mayas du Yucatan. Henri Stierlin résume bien, dans l’ouvrage qu’il a consacré à l’art inca, le niveau atteint par les cultures précolombiennes de l’ancien Pérou quand il constate que « […] en définitive, et malgré quelques incursions dans une métallurgie essentiellement réservée à la parure et au culte, l’ensemble des sociétés andines ne dépassa guère un stade de civilisation que nous nommerions Néolithique dans le Vieux Monde. Hormis des réalisations spectaculaires dans le domaine de l’irrigation et des routes, malgré des créations urbaines impressionnantes et une organisation sociale élaborée, ces Précolombiens restent des hommes de la Préhistoire. Eux, dont nous admirons les œuvres d’art souvent remarquables, ne disposaient pas d’un legs naturel suffisant pour franchir les étapes d’un développement technologique analogue à celui que connurent les civilisations antiques de la Grèce et de Rome, de l’Egypte et de Babylone, de la Chine et de l’Inde. »

IXe siècle avant J.-C. : Apparition de la civilisation dite « Chavìn de Huantar » qui tire son nom du site éponyme découvert et étudié dans la sierra centro-septentrionale. En relation avec d’autres foyers tels que Cupisnique sur la côte nord ou Paracas sur le littoral sud, elle exerce un important rayonnement culturel. Ce sanctuaire attire des pèlerins venus de tout le Pérou, ce qui permet la diffusion pacifique de ses croyances et de ses modèles, sans qu’il soit besoin de les imposer par la force, contrairement à ce qu’ont longtemps cru historiens et archéologues. Chavin est le premier centre de civilisation péruvien qui ait exercé une influence prolongée dans le temps. Seules deux autres civilisations, celle de Tiahuanaco et celle des Incas, ont rayonné aussi largement sur l’ensemble du territoire péruvien. On ne peut cependant parler, comme le faisait l’archéologue Julio Tello vers 1960, de « culture mère de la civilisation andine », d’autres foyers plus anciens, mais d’importance plus locale, ayant été découverts et étudiés depuis.
500 à 300 avant J.-C. : Apogée de la culture Chavìn dont de nombreux vestiges ont été mis au jour. Il semble que le centre originel de cette culture ait été Chavìn de Huantar – à plus de 3 000 mètres d’altitude sur le versant amazonien des Andes, sur la rive gauche d’un affluent occidental du Maranon, principal tributaire de l’Amazone – qui abritait un temple, baptisé El Castillo. De tels temples sont nombreux dans le nord du Pérou, mais celui de Chavìn apparaît comme le plus monumental et comme celui disposant du décor de reliefs ciselés le plus important. La culture Chavìn a transmis des représentations symboliques d’êtres humains et d’animaux et a introduit l’artisanat du bronze en Amérique du Sud. L’agriculture s’est alors transformée, grâce à la mise en place d’un puissant système d’irrigation et au regroupement progressif des populations dans des agglomérations aux maisons faites de briques de boue séchée au soleil. Les terrasses aménagées sur les pentes sont très nombreuses alors que les fortifications restent rares, ce qui semble confirmer le caractère plutôt pacifique de cette culture. Elle a donné pendant quelque temps au nord et au centre du pays une unité de civilisation – résumée par l’expression utilisée par les archéologues quand ils évoquent « l’Horizon Chavin » – qui s’est maintenue jusqu’à l’apparition, vers le milieu du premier millénaire avant J.-C. de nombreux foyers nouveaux qui témoignent d’un foisonnement culturel et technique et d’une diversité des productions artistiques révélateurs de la vitalité des anciennes sociétés péruviennes.
La culture Viru s’est développée de – 300 avant J.-C. à 300 après sur la côte nord du Pérou, autour du fleuve portant ce nom. La céramique présente des formes très variées et l’on a mis en œuvre le plus souvent le procédé de la peinture en négatif : des motifs linéaires simples sont recouverts de protections d’argile avant la cuisson ; une fois celle-là effectuée, les zones non recouvertes sont devenues noires alors que celles qui ont été protégées présentent des motifs de couleur claire. Les architectes de ces époques lointaines ont recouru à un matériau largement utilisé dans l’ancien Pérou, l’adobe, fait de briques de terre crue modelées à la main puis séchées au soleil.
La culture Vicùs (contemporaine de la période s’étendant de -200 à 500 après J.-C.) nous est connue depuis les années 1960. Il est difficile de définir avec précision son aire d’expansion, mais la découverte de centaines de sépultures dans la haute vallée du rio Piura, à l’extrême nord du Pérou, laisse à penser qu’il s’agit de son foyer. Elle est caractérisée par la coexistence de deux styles de céramique dont l’un semble annoncer, avec ses figures anthropomorphes, l’art mochica ultérieur. Les Vicùs travaillent avec une grande habileté le cuivre et d’autres métaux issus d’alliages.
La culture Paracas – qui se développe au sud du Pérou entre -600 et le premier siècle de notre ère dans le milieu désertique de la péninsule de Paracas – a une aire d’influence qui correspond aux vallées des rio Chincha, Pisco, Ica, Palpa et Grande de Nazca. La région de Paracas est occupée dès le IIIe millénaire avant J.-C. par une population qui vit de la pêche et du ramassage de coquillages avant d’entrer dans une phase agricole à l’aube du premier millénaire avant J.-C. (culture du maïs, du coton, du haricot, rites funéraires plus élaborés).
La typologie des sépultures permet de distinguer deux périodes dans l’évolution de cette culture, celle de « Paracas-Cavernas » dite aussi « Paracas moyen » entre 500 et 300 avant J.-C. et celle de « Paracas Necropolis » de -300 à -200. Les tombes collectives sont très fréquentes et les momies de Paracas présentent des déformations crâniennes et même, parfois, des trépanations qui témoignent probablement du caractère guerrier de la société concernée. Les tissus sont réputés pour leurs couleurs brillantes qui, grâce à l’aridité du climat, nous sont parvenues dans leur état originel.
La période désignée sous le nom d’« Horizon intermédiaire ancien » regroupe les cultures de Moche (sur la côte nord), de Nazca (sur la côte sud) et de Tiahuanaco (sur l’altiplano bolivien).
La culture Nazca semble bien continuer, du début de notre ère jusqu’au début du VIIIe siècle, celle de Paracas. Les constructions sont fort nombreuses, mais modestes et essentiellement à vocation utilitaire et non militaire. Ce peuple paraît tourné en priorité vers la production artisanale, notamment celle des tissus ou des céramiques dont les motifs (poissons, oiseaux, figures mythologiques ou religieuses) et les couleurs sont très variés. La culture nazca est célèbre pour ses géoglyphes, de grandes lignes tracées sur le sol et visibles du ciel dont la signification reste un mystère et a conduit à la formulation d’hypothèses diverses et contradictoires. Ils ont été révélés par les photos aériennes réalisées en 1939 par l’Américain Paul Kosok, mais le chroniqueur Cieza de Léon évoquait déjà, en 1550, ce qu’il identifiait comme des « signaux »… Les hypothèses de la chercheuse allemande Maria Reiche, qui faisait du site de Nazca le lieu d’une compilation d’informations astronomiques, ont été infirmées par le recours à l’ordinateur mis en œuvre par Gerald Hawkins, le spécialiste de l’astronomie préhistorique qu’a rendu célèbre son décryptage du site britannique de Stonehenge, et il ne semble pas que l’hypothèse d’un calendrier mérite davantage d’être retenue. Le mystère de ces tracés réalisés entre le premier siècle avant J.-C. et le VIe de notre ère sur un espace de 750 hectares miraculeusement préservé des pluies et des vents de sable qui auraient pu tout détruire, demeure donc entier.
A peu près contemporaine de la période qui voit fleurir la culture de Nazca (de -200 à 700), la culture mochica (ou Moche) – qui correspond à une confédération de royaumes établis dans les vallées des rio Leche, Lambayeque, Reque, Zana, Chicama, Moche, Viru, Santa et Nepena – est la plus connue de l’Ancien Pérou en raison des œuvres d’art qu’elle nous a laissées, notamment les fameux « vases-portraits » dont le réalisme nous apparaît tout à fait surprenant. Vers le début de l’ère chrétienne se développe ainsi une production artistique que son caractère naturaliste oppose à celle, très stylisée et symbolique, de Chavìn. La plupart des sites archéologiques qui ont permis d’identifier cette culture ayant été découverts dans la vallée du rio Moche, on lui a attribué le nom de mochica. Elle s’est propagée dans les vallées de la Chicama, du Virù et de Casma et jusqu’au nord, au Huarmey, ce dont témoignent les récits qui figurent sur les vases mochicas et les vestiges archéologiques dispersés dans ces régions. On penche plutôt aujourd’hui en faveur de l’hypothèse de l’existence de deux royaumes mochicas séparés par le désert de Païjan plutôt que pour celle d’un seul Etat unifié. Ces trente dernières années, de nombreuses découvertes archéologiques – effectuées à Sipan, San José de Moro, Cao Viejo et Dos Cabezas – ont permis d’approfondir et de préciser les connaissances relatives à cette culture tout à fait originale. Elle nous a laissé des joyaux et des objets funéraires travaillés à partir de l’or, de l’argent et du cuivre, ainsi que des masques funéraires et une vaisselle tout à fait remarquables. Les Mochicas construisaient des pyramides portant le nom de huacas : la Huaca del Sol, dans la vallée de Moche, a nécessité une centaine de millions de briques d’adobe, très certainement peintes de couleurs vives. Comme les hommes de Chavìn, ils ont mis au point un système très performant d’aménagement de terrasses et d’irrigation dans un milieu naturel aride, ce dont témoignent les canaux, les réservoirs et même les aqueducs identifiés par les archéologues. Détruite en grande partie à l’époque de la colonisation espagnole, la pyramide du Soleil de Moche s’étendait sur 340 m de long et 220 de large et s'élevait à 41 m de hauteur. Composée de plusieurs plates-formes, elles-mêmes formées de degrés en retrait les uns sur les autres, elle permet d’imaginer l’ampleur des réalisations dues à cette civilisation contemporaine du premier millénaire de notre ère. Des signes révélateurs d’une certaine décadence apparaissent entre le VIIe et le IXe siècle, au moment où se précise la menace de peuples concurrents, tels que les Huaris, qui entendent désormais s’imposer dans la région.
La culture de Tiahuanaco s’est développée du IIe siècle avant J.-C. au IXe siècle, à proximité du lac Titicaca sur les bords duquel on a exhumé d’importants vestiges monumentaux. Etabli à 4 000 mètres d’altitude au sud du lac, sur le territoire bolivien, le site de Tiahuanaco correspondait à un centre religieux majeur en même temps qu’à une agglomération urbaine dont la population a été estimée à environ vingt mille habitants. La porte du Soleil, qui remonte à une période située entre le Ve et le VIIe siècle après J.-C. en est le vestige le plus célèbre de par ses proportions et ses motifs anthropomorphes et animaliers demeurés mystérieux. La présence sur une aire étendue d’une iconographie à peu près identique laisse supposer qu’il existait une certaine hégémonie politique et artistique de la culture de Tiahuanaco. Elle s’est diffusée jusque sur le littoral méridional du Pérou qui a été touché par des bouleversements politiques et climatiques aux VIe et VIIe siècles : les vieux centres cérémoniels semblent avoir alors décliné, tandis que la culture de Tiahuanaco, désormais moribonde, ne s’éteint qu’au Xe ou XIe siècle.
La période de domination des Huaris (de 650 à 1000-1100), qui furent à l’origine du premier grand empire andin, antérieur d’un demi-millénaire à celui des Incas, est qualifiée d’Horizon moyen. Cette culture, qui a pour berceau Huari, située à 2 800 mètres d’altitude dans la vallée méridionale d’Ayacucho, semble avoir dominé les régions qui s’étendent des cités septentrionales de Cajamarca et Lambayeque à la région plus méridionale de Moquegua. Les villes, petites, mais situées a des carrefours stratégiques, sont des centres cérémoniels et politiques. Elles sont reliées les unes aux autres par un réseau routier que les Incas ont réutilisé par la suite. Au Xe ou au XIe siècle, la culture Huari disparaît brusquement : ses cités encloses de hautes murailles sont abandonnées et semblent être restées désertes par la suite.
Les cités relevant de la culture Recuay – qui fleurit des débuts de notre ère aux alentours de 600, dans la région du Callejon de Huaylas et dans les hautes vallées des Andes – sont perchées sur des sommets pour des raisons défensives, les versants proches étant aménagés en terrasses permettant une activité agricole.
C’est au cours d’une période qui va du VIIIe siècle à la fin du XIVe que la culture Lambayeque (ou Sipan) s’est développée sur le littoral septentrional du Pérou. Sipán est un terme indien qui signifie « maison de la Lune » et désigne la riche région archéologique de Batan Grande. Les représentants de cette culture sont les auteurs de pyramides monumentales et d’un art caractérisé par l’omniprésence du Seigneur de Sipan, un personnage aux oreilles pointues et aux yeux étirés qui porte une coiffure semi-circulaire. Ils ont également produit des masques funéraires, des bijoux ainsi que des couteaux de bronze et de cuivre. Ils tombent sous la domination de la culture Chimù vers 1375.
1000-1476 : Horizon intermédiaire récent qui voit, sur la côte, le rayonnement du royaume Chimù. Les Chimù ont obtenu leur indépendance au Xe siècle, lors du déclin du royaume Huari. Selon la tradition, le fondateur de la lignée royale serait Taycanamo, arrivé du nord sur un radeau de balsa. Le souverain Minchanzaman domine un royaume qui s’étend de la frontière de l’actuel Equateur jusqu’à Chancay, là où prospérait jadis la Confédération mochica. Il a pour capitale la ville de Chan-Chan, la plus grande cité d’argile de l’Amérique préhispanique qui s’étend sur près de 18 kilomètres carré. Elle compte en son centre une dizaine de citadelles, appelées unités ou quartiers, structurées comme de véritables villes. Les Chimù pratiquent une métallurgie élaborée et produisent une abondante céramique à fond noir. Leurs orfèvres sont réputés jusque chez les Incas qui soumettent le royaume vers 1460-1470 en détruisant le réseau d’irrigation de la vallée de Moche.
La culture Chancay s’épanouit du XIe au XVe siècle sur la partie centrale de la côte péruvienne, depuis la vallée de Pativilca au nord jusqu’à celle du Chillon qui correspond à l’actuelle agglomération de Lima. Les Chancay vivent à la fois de l’agriculture irriguée et de la pêche. Ils sont réputés pour la richesse et la beauté de leurs tissus. La vallée de Chancay abrite les cimetières les plus vastes du Pérou préhispanique retrouvés à ce jour. Comme les Chimùs, les Chancay sont soumis au XVe siècle par les Incas.
Les Incas représentent au XVe siècle le groupe ethnique le plus puissant de l’immense contrée appelée à devenir le Pérou. Leur période d’hégémonie (1438-1533), qui précède d’un siècle la conquête espagnole, correspond à l’Horizon récent des cultures précolombiennes de la région andine. Ce peuple originaire des environs du lac Titicaca parle le quechua et s’est rapidement installé plus au nord, dans la vallée de Cuzco. En quelques décennies, les Incas, dont les capacités politiques et administratives suscitent l’admiration des archéologues et des historiens, fondent un immense empire qui s’étend de l’Equateur au nord du Chili et de l’Argentine actuels, tout en englobant, vers l'est, la majeure partie de la Bolivie d'aujourd'hui.
Le passé des Incas avant leur domination impériale est flou. Selon leurs propres légendes, le dieu Soleil envoya sur terre son fils et sa fille, respectivement nommés Manco Capac et Mama Ocllo, pour civiliser les peuples andins. Les deux époux s’installèrent sur une île du lac Titicaca puis s’enquirent d’un nouveau lieu pour élever leur descendance, issue de la race des enfants du Soleil. Leur choix se porta sur la vallée de Cuzco. Manco Capac est considéré comme le premier Inca, souverain investi d’un pouvoir divin. La légende ajoute qu’il apprit aux populations andines les rudiments de l’agriculture, du terrassement et de l’irrigation tandis que sa sœur-épouse instruisait les femmes sur le tissage de la laine et la cuisine. Ces deux enfants du Soleil seraient donc ainsi, selon la tradition mythologique, à l’origine de la civilisation andine. Manco Capac, constatant que la seule vallée de Cuzco ne pouvait accueillir l’ensemble de ses sujets, apprit à certains l’art de la guerre et l’usage des flèches et des arcs. C’est ainsi qu’en peu de temps, les Incas se seraient rendus maîtres de vastes territoires. Chaque Inca récitera par la suite, lors de son accession au pouvoir, cette légende de fondation qui n’a, bien sûr, aucune réalité historique. Il est, en revanche, certain que, pour s’imposer, les Incas ont dû combattre les Chancay.
Avant le XIVe siècle : Cuzco n’est qu’une petite ville habitée par des groupes ethniques différents dont les Huaris et dirigée par deux chefs, Tocay Capac et Pinahua Capac. Lorsqu’elle était habitée par les Lares, les Poques, les Sauariray, les Guallas, la ville portait le nom d’Acamama. Elle était divisée en quatre secteurs comme toutes les cités andines dont les quartiers étaient désignés sous le nom de hanan et hurin (dessus et dessous) et icho et allauca (gauche et droite). L’empire lui-même était ainsi divisé.
Comment les Incas sont-ils parvenus à s’imposer à l’ensemble de leurs voisins et à dominer un territoire aussi vaste ? Les historiens s’accordent sur leur capacité à négocier, ce qui représente alors un véritable atout politique et stratégique. Leurs alliances et leur puissance militaire leur permettent de l’emporter sur tous leurs rivaux. Leur pouvoir se fonde sur la négociation, la pression économique (ils neutralisent ainsi toute résistance du royaume chimu en maîtrisant en amont les cours d’eau qui commandent l’irrigation, menaçant ainsi de ruiner son agriculture) et, lorsque celles-ci sont impossibles, sur la guerre et la déportation des peuples rebelles dans des régions éloignées.
1438-1471 : Règne de Pachacutec, dont le nom signifie « rénovateur du monde », qui ajoute le Collao et les hautes terres centrales du Pérou à l’empire et conquiert, vers 1465, le royaume chimu. Il entreprend un programme de développement de Cuzco qu’il fait reconstruire sur une vingtaine d’années et qui devient alors une véritable capitale. Au nord de cette superbe cité se dresse la forteresse de Sacsahuaman.
1471-1525 : Les Incas donnent à leur empire une extension territoriale toujours plus importante.
1471-1493 : Règne de Tupac Inca Yupanqui, durant lequel l’actuel Equateur et le nord du Chili sont incorporés à l’empire, qui s’étend alors sur 4 500 kilomètres du nord au sud.
Sous ces deux règnes, l’expansion commence au nord par l’incorporation de la province de Quechua, par l’attaque de l’empire de Chimor (autre nom du royaume chimu) et par la victoire sur les deux villes de Tumebamba et de Quito. Elle se poursuit à partir de Quito jusqu’à Huancavilca, Bracamoros, Latacunga et s’achève par la conquête de l’ensemble du Chimor. Une seconde campagne a lieu à l’est de Cuzco : elle voit les Incas s’imposer sur des peuples tels que les Opataris, les Manosuyos, les Chunchos et les Chiponahuas. Les soldats sont recrutés au sein de groupes ethniques soumis de longue date et donc fidèles aux Incas, pour la plupart des hommes du Contisuyu et du Collasuyu. Chaque groupe est sous le commandement de son propre chef au sein d’une armée qui atteint à son apogée 200 000 hommes.
Pendant les cent années d’expansion et de formation de l’empire, il n’y a pas de pax andina ni, d’ailleurs, de centralisation politique et administrative. L’autorité inca doit même faire face à de nombreuses rébellions nobiliaires.
1493 : Mort de Tupac Inca, premier Inca historiquement connu.
1493-1525 : Règne de Huayna Capac. Il consolide l’empire formé par ses prédécesseurs, qui porte le nom de « Tahuantinsuyu » (empire des Quatre Quartiers), divisé en quatre suyus (quartiers ou provinces) : au nord, Chinchaysuyu, au sud Collasuyu, à l’est Antisuyu et à l’ouest Contisuyu. L’empire, alors au faîte de sa puissance, s’étend du rio Ancasmayo en Colombie au rio Maule au Chili et couvre une superficie de près d’un million de kilomètres carré. On estime le nombre de ses habitants entre six et douze millions. L’empire compte deux villes principales : Cuzco et Pisac, ainsi que la forteresse d’Ollantaytambo à quatre-vingt kilomètres au nord de la capitale, sentinelle bâtie sur un piton rocheux qui marque la frontière entre le connu et l’inconnu, entre le territoire parfaitement organisé de l’Empire inca et la région inhospitalière de la forêt de l’Antisuyu. A l’apogée de l’Empire inca, l’économie, l’administration, la société sont organisées en fonction de la seule personne de l’Inca qui détient toute autorité et tout pouvoir. Le monde inca est alors extrêmement hiérarchisé : autour de l’Inca évoluent les panacas, c’est-à-dire les membres de la famille royale. Ils vivent à la cour de Cuzco, sont investis de pouvoirs politiques, militaires, religieux et occupent de hauts postes dans l’administration. On compte parmi cette élite restreinte les plus haut placés de l’administration, les apus. Chaque suyu de l’empire est administré par un suyuyoc apu (gouverneur). Cuzco a elle-même quatre apus qui, avec les suyuyoc apus, forment le conseil impérial, présent dans la capitale. A l’échelle inférieure, on trouve les nobles, reconnaissables à leurs oreilles percées (pour pouvoir y fixer des disques ou des pendentifs en or) et que les Espagnols ont appelés orejones ou « grandes oreilles ». Suivent ensuite les « Incas de privilège » ou Incas administrateurs qui mettent en application la politique de l’Etat inca. Avec l’expansion de l’empire, le nombre des nobles s’accroît et le pouvoir s’appuie aussi sur les curacas, les chefs des tribus récemment soumises.
 
1511 : Des rumeurs relatives à l’existence d’un vaste et riche royaume situé au sud de l’isthme de Panama parviennent aux oreilles de Vasco Nunez de Balboa, qui va découvrir en 1513 la « grande mer du Sud » appelée à devenir l’océan « Pacifique » de Magellan. L’aventurier décide de partir à la recherche de cette contrée dont lui a parlé un chef indien mais, victime d’un complot, il meurt avant d’avoir mené à bien son entreprise.
1522 : Reprenant le projet de Balboa, Pascual de Andagoya entreprend une expédition vers le sud au cours de laquelle des marchands indigènes lui confirment l’existence de ce riche et lointain empire. La rencontre a lieu sur les bords du fleuve Biru qui a donné son nom au Pérou, cette contrée que convoitent les conquistadores. Le voyage tourne court ; Andagoya, malade, laisse à deux conquistadores, Pizarre et Amalgro, le soin de la poursuivre.
14 novembre 1524 : L’embarcation de Pizarre quitte Panama. Almagro et le pilote chevronné Bartolomé Ruiz le suivent trois mois plus tard. Ils se sont engagés dans cette expédition coûteuse contre l’avis de Pedrarias, gouverneur de Panama, grâce au soutien financier d’un prêtre, Hernando de Luque. Les deux navires, affrétés pour l’occasion, finissent par longer des côtes couvertes de mangroves et infestées de moustiques, paysage qui ne corrobore en rien le récit de Andagoya évoquant un Eldorado. A hauteur de l’actuelle Colombie, à Punta Quemada, ils rebroussent chemin, effrayés par les tribus cannibales qu’ils croisent. Les deux conquistadores entament ainsi quatre années de tribulations. Après plusieurs semaines d’errance et après avoir remonté le fleuve Biru, le détachement de Pizarre doit affronter la faim et les attaques des Indiens : c’est le repli vers l’isthme de Panama, l’expédition a échoué. Personne ne se doute alors qu’elle vient de pénétrer dans un empire qui s’étend jusqu’au nord du Chili.
Mars 1525 : Almagro et ses hommes quittent Panama et font route vers le sud où ils sont à leur tour accueillis par des Indiens hostiles. Almagro et Pizarre se rejoignent à Chicama, au Panama, où ils concluent avec le père Luque un accord en vue de la formation d’une compagnie dont le commandement revient à Pizarre.
1526-1527 : Deuxième expédition des deux hommes. Pizarre reste en Colombie, à l’embouchure du San Juan, et laisse à son pilote Bartolomé Ruiz le soin de poursuivre le voyage vers le sud. La première rencontre entre les Européens et un peuple andin a lieu en plein océan Pacifique, au large de la baie de San Mateo ; Ruiz croise un balsa, un radeau transportant des individus richement vêtus. Ses interprètes lui apprennent qu’ils sont originaires de la cordillère des Andes et que leur bateau a pris la mer à Tumbes, port situé à l’extrême nord du Pérou, à la frontière avec l’actuel Equateur.
1527 : Ruiz rejoint Pizarre qui l’attend en compagnie de ses hommes sur l’île du Coq, au large de l’Equateur, puis s’en retourne à Panama en quête de renfort. Sur l’île, la vie est semée d’embûches, la misère est le lot de tous et la mésentente règne : dans les lettres de doléances qu’ils font parvenir à Panama, les conquistadores se plaignent de leurs conditions de vie dont ils rendent Pizarre responsable. De retour avec les siens, Ruiz trouve les compagnons de Pizarre trop épuisés pour poursuivre leurs explorations. Le gouverneur de Panama vient d’ailleurs de leur envoyer des navires pour les ramener dans l’isthme. Il compte mettre fin à l’expédition de Pizarre qui ne désarme pas et s’emploie à convaincre les plus courageux ou les plus téméraires de le suivre à la conquête du Pérou pour « acquérir la richesse ». Douze conquistadores se portent volontaires pour l’accompagner.
1528 : Les « treize de l’île du Coq » quittent l’île de la Gorgone, proche de l’île du Coq, et accostent bientôt à Tumbes où ils sont accueillis avec curiosité et circonspection par les indigènes. Après les premiers contacts, Pizarre reçoit sur son navire un représentant de l’élite inca, un orejon, avec lequel il s’entretient longuement et auquel il laisse deux de ses hommes. Ces derniers, exhibés devant une foule émerveillée, reviennent stupéfaits de la richesse de leurs hôtes : les maisons sont de pierre et les verres d’or. Pizarre se rend compte que treize hommes ne sauraient suffire à la conquête d’une contrée qui semble vaste et puissante. Il décide de rebrousser chemin et de mettre le cap vers le nord pour préparer une nouvelle expédition depuis Panama.
1529 : En compagnie de quelques hommes d’armes et d’Indiens, Pizarre fait voile vers l’Espagne où il espère être honoré du titre de gouverneur des terres récemment découvertes. L’épouse de Charles Quint signe la capitulation qui fait de Pizarre l’adelantado – le capitaine général – de la province qui couvre l’île de Puná jusqu’à la ville côtière de Chincha, à une centaine de kilomètres au sud de Lima. Il obtient pour Bartolomé Ruiz et Almagro, demeurés à Panama afin de rassembler chevaux, armes et vivres pour la prochaine expédition, des titres honorifiques fort peu lucratifs, ce qui lui vaut dès son retour d’être accusé de s’être réservé les charges les plus avantageuses.
1529 : Mort de l’Inca Huayna Capac, fils de Tupac Inca, très certainement contaminé par le virus de la variole, contracté par les Indiens au contact des Européens.
Janvier 1530 : La flotte de Pizarre quitte l’Espagne pour l’isthme de Panama.
Mai 1532 : Les Espagnols parviennent à Tumbes. La conquête du Pérou commence dans l’atmosphère chaude et humide des mangroves envahies de moustiques, sous les attaques de tribus indigènes bien moins accueillantes que celles rencontrées quelques années auparavant. La riche ville d’autrefois est méconnaissable : les divisions tribales l’ont dévastée et les microbes véhiculés par les Européens l’ont vidée de sa population. Rien ne les y retenant plus, les conquistadores quittent Tumbes pour Piura, plus au sud.
Juin 1532 : Fondation de San Miguel de Piura, en vue d’entamer le peuplement du Pérou. Pizarre y laisse des colons, dont deux de ses frères, et se dirige, accompagné de 168 hommes, vers Cajamarca, dans la sierra, afin d’y rencontrer l’Inca Atahualpa. Aucun d’eux ne s’imagine les dimensions de l’empire des Quatre Quartiers auquel ils osent s’affronter. Le Tahuantinsuyu est alors en proie aux affres d’une guerre de succession : le vieil Inca Huayna Capac, emporté par la maladie, a laissé deux fils, Huascar et Atahualpa, qui se disputent le pouvoir. Le premier est soutenu par l’élite de Cuzco qui l’a proclamé Inca, le second compte ses partisans à Quito et dans les provinces septentrionales. Pizarre comprend, lors de ses conversations avec des caciques, des chefs indiens, que l’Inca Atahualpa n’est pas légitime aux yeux de toutes les tribus qu’il a parfois soumises par la force : il entend donc utiliser ces dissensions pour l’affaiblir.
A proximité de la ville de Caxas, où stationne une garnison de l’Inca, Pizarre désigne deux éclaireurs, Hernando de Soto et Diego de Trujillo. Le récit de leurs observations est effrayant : incendies et pendaisons sont le châtiment de ceux qui contestent le pouvoir d’Atahualpa. Des cruautés qui légitiment la guerre que les conquistadores s’apprêtent à mener contre l’Inca. Elle revêt un caractère de justice au service des populations malmenées. Les caciques ennemis d’Atahualpa s’allient sans difficulté aux Espagnols qui disposent ainsi d’espions parmi les indigènes. L’Inca dispose également d’émissaires qui le renseignent sur ces étrangers dont les armes projettent de terribles boules de feu, semblables à la foudre.
Novembre 1532 : Arrivée de Pizarre dans la ville andine de Cajamarca qui paraît déserte. Parvenu en haut de la majestueuse et imposante citadelle, le conquistador découvre avec effroi l’armée de l’Inca stationnée dans la plaine, prête à l’attaque. Il envoie auprès du souverain un interprète et une vingtaine d’hommes parmi lesquels Hernando Pizarre, Diego Trujillo et Francisco de Jerez qui ont rapporté les termes de cette première entrevue.
Dans ce camp de 40 000 personnes, deux mondes se font face : les conquistadores bousculent tous les rituels incas et s’adressent directement à Atahualpa, faisant fi de son caractère sacré de Fils du Soleil. Le lieutenant de Pizarre, Hernando de Soto exige même que le voile qui lui cache le visage soit abaissé. Les Espagnols repartent après avoir convenu d’une rencontre entre l’Inca et le gouverneur Pizarre.
16 novembre 1532 : Pizarre et les siens, feignant la crainte, se dissimulent dans Cajamarca où doit avoir lieu la rencontre avec l’Inca qui apparaît superbement vêtu, portant d’éblouissants joyaux, ne soupçonnant rien du sort qui l’attend. Surgissant brusquement, les Espagnols s’emparent de lui et le font prisonnier à la suite d’un combat qui ne leur coûte qu’un homme quand il fait 2 000 victimes dans le camp adverse. Désormais, l’Empire inca s’offre avec toutes ses richesses à ceux que les indigènes nomment « les hommes de la mer ». L’Inca, prêt à tout pour recouvrer la liberté, propose bijoux, or et argent dont ses sujets inondent littéralement les conquistadores.
1533 : Les quelques hommes envoyés en reconnaissance par Pizarre à Cuzco, la capitale de l’Empire inca, sont accueillis par les partisans de Huascar, l’Inca de Cuzco, qui voient en eux des alliés contre Atahualpa. Les Espagnols, émerveillés par les richesses conservées dans le Temple du Soleil de Coricancha, s’emparent du trésor qu’ils expédient à Cajamarca à dos d’homme. Mais bientôt, la nouvelle de l’exécution de Huascar, tombé entre les mains de troupes favorables à Atahualpa, parvient à Pizarre, suivie de peu par celle de l’arrivée d’Almagro avec des renforts.
29 août 1533 : Atahualpa est exécuté par les Espagnols après avoir été baptisé. Ce dernier avait entretenu jusqu’au dernier instant l’espoir de repousser les envahisseurs. Cependant, Pizarre, redoutant un complot et cédant à la pression des autres conquistadores dont Almagro, fait condamner à mort l’Inca dont la rançon est pourtant largement acquittée. Charles Quint apprend avec mécontentement la nouvelle de cette exécution, qualifiée de « pire méfait » commis dans les Indes par le chroniqueur Cieza de Leon.
Il s’agit désormais de maintenir l’illusion de la pérennité de l’Empire inca : un frère de Huascar, Manco Capac, est donc fait Inca. Pizarre crée des villes pour renforcer son pouvoir sur les indigènes dont les rébellions se multiplient. Il cherche aussi à se prémunir d’éventuels complots d’aventuriers espagnols arrivés en masse au Pérou et dont il craint la concurrence.
mi-novembre 1533 : Les conquistadores partent à l’assaut de la capitale du Tahuantinsuyu. La prise de Cuzco constitue une véritable prouesse au regard de la taille du Pérou et du peu d’hommes dont Pizarre dispose. Pour se rendre maître de l’empire, il s’est renseigné sur les conditions géographiques et a utilisé des traducteurs parlant le quechua. Il a, de plus, bénéficié du soutien de certains groupes indigènes désireux d’en finir avec le joug inca.
1534 : Le conquistador Belalcazar fonde la ville de Quito sur les ruines de la capitale de l’Inca Atahualpa.
18 janvier 1535 : Pizarre fonde, dans la vallée du Rimac, Lima, qui devient capitale du Pérou. Sous l’influence des gouverneurs successifs, de nombreuses villes sont édifiées au Pérou, à proximité et parfois même sur d’anciens sites précolombiens. Elles obéissent au plan en damier caractéristique des villes coloniales et abritent sur leur grand-place les symboles du pouvoir politique et religieux. Ces cités constituant des centres administratifs et politiques, le but des Espagnols est d’en parsemer le territoire péruvien.
Les terres sont réparties entre celles des haciendas coloniales et celles relevant du comun de Indios laissées aux communautés autochtones. Les notables locaux, qui portent le titre de cacique ou curaca, sont chargés du rôle essentiel d’intermédiaire et de relais entre le pouvoir espagnol et les indigènes. Ils ont le privilège de parler le castillan dont l’usage est interdit au reste des Indiens. Incorporés au système administratif et fiscal espagnol, ils participent à la collecte des impôts sur le produit desquels ils perçoivent un pourcentage substantiel.
1535 : Hernando Pizarre revient d’Espagne, accompagné de centaines de compatriotes désireux de s’établir au Pérou où ils pensent faire fortune. Il rapporte le titre de marquis pour son frère Francisco dont le rival Almagro reçoit le titre d’adelantado et de gouverneur de la Nouvelle-Tolède qui s’étend au sud du pays, non loin du Chili.
1535-1537 : Almagro entreprend une expédition au Chili. Le temps presse car Pedro de Mendoza et les siens, venus d’Argentine, pourraient être tentés par ces terres demeurées inexplorées. La campagne se solde par un échec car le Chili est loin d’offrir les richesses escomptées. Almagro rebrousse chemin pour prendre le gouvernement des territoires que le roi lui a concédés.
1536 : Manco Inca se soulève contre des Espagnols. A la mort d’Atahualpa, Tupac Huallpa, frère de Huascar, lui avait succédé, mais avait été empoisonné par ceux qui le considéraient comme un traître au service des Espagnols. Manco Inca, autre frère de Huascar, s’était alors présenté comme son successeur légitime. Il fomente une rébellion dès le départ d’Almagro au Chili, mais est rapidement capturé et emprisonné, ce qui déclenche une guérilla paysanne dans les montagnes et les campagnes péruviennes que les Espagnols ne contrôlent plus. Les conquistadores n’ont plus accès à leurs encomiendas, c’est-à-dire à leurs vastes propriétés où travaillent les Indiens, parfois par milliers. La cordillère centrale est à feu à et à sang, les escarmouches sont incessantes. Les troupes de Manco, dont les effectifs atteignent 200 000 hommes, assiègent Cuzco pendant plusieurs mois tandis que celles menées par Illa Tupac sont près de faire tomber Lima. Hernando Pizarre et les siens ont le sentiment que la fortune a tourné et qu’elle leur est désormais défavorable.
1537 : Cette impression est renforcée par le retour précipité d’Almagro à Cuzco dont il veut chasser les frères de Pizarre qui frôlent la mort lors de l’incendie de leur maison. Manco Inca, le dernier des Incas, trouve refuge sur la citadelle de Vilcabamba tandis qu’Almagro intronise son frère Paullu.
Avril 1538 : Les troupes de Pizarre et d’Almagro, désormais irrémédiablement ennemies, s’affrontent à Las Salinas, à proximité de Cuzco. Le conquistador du Chili est fait prisonnier. A la suite d’un impitoyable procès mené par Hernando Pizarre, il est condamné à mort et décapité. Les « Chiliens », totalement exclus du pouvoir et réduits à la misère, n’attendent que l’occasion de se venger de Pizarre.
Février 1541 : Les Espagnols entretiennent le rêve de découvrir l’Eldorado et le pays de la cannelle, denrée à leurs yeux aussi précieuse que l’or. Pizarre charge son frère Gonzalo d’une expédition qui part de Quito en direction de l’intérieur du pays. Après plusieurs semaines de marche à travers les Andes, Gonzalo et ses hommes parviennent dans un univers de forêt dense et humide qui contraste avec le climat de la cordillère. Ils doivent faire face à un séisme et à des inondations dont tous ne sortent pas indemnes. Les hommes sont épuisés et sujets à des fièvres qui les empêchent parfois d’avancer. Quelle n’est pas leur déception devant les quelques arbres à cannelle qu'ils découvrent et que les marécages rendent hors de portée : en guise de pays des épices, ils trouvent une région insalubre et inhospitalière.
24 juin 1541 : Francisco Pizarre périt assassiné par les partisans d’Almagro dans sa demeure de Cuzco. Diego de Almagro le Jeune se proclame gouverneur du Pérou contre la volonté de Charles Quint qui a dépêché Vaca de Castro pour ramener l’ordre. Mais Diego, appuyé par les partisans de son père, refuse de lui céder le pouvoir. En revanche, les pizarristes, dans l’espoir de venger la mort des leurs, accordent leur soutien au nouveau gouverneur du Pérou.
Décembre 1541 : Epuisé, Gonzalo Pizarre envoie Francisco de Orellana et quelques hommes chercher des vivres en aval du fleuve Coca, le long duquel ils sont installés. Ne trouvant rien, Orellana s’engage dans la descente du fleuve Napo. Ils parviennent à la confluence du Napo et d’un autre fleuve qui les émerveille par sa largeur et son débit. Ils s’aventurent sur ce fleuve qu’ils baptisent rio de Orellana et arrivent sur des terres qu’ils croient habitées par les Amazones. C'est le nom de ces dernières qui sera finalement donné au plus puissant fleuve du monde.
Juin 1542 : Gonzalo et les siens sont de retour à Quito, faméliques et méconnaissables.
Septembre 1542 : Orellana et ses compagnons parviennent à l’embouchure de l’Amazone puis gagnent la côte du Venezuela : ils sont les premiers à avoir traversé le continent d'ouest en est.
16 septembre 1542 : Royalistes et partisans d’Almagro s’affrontent dans les landes de Chupas, près de Huamanga. Le camp royaliste remporte la victoire au prix de morts sans nombre. Dès lors, Vaca de Castro se doit d’accorder des encomiendas à ceux qui l’ont soutenu. Les encomenderos forment une nouvelle aristocratie autour de laquelle gravitent bon nombre d’individus. Vivant à la ville, ils confient leurs propriétés à des mayordomos, des Espagnols qui s’accoutument aux parlers et aux usages des Indiens et s’indianisent.
1542 : Promulgation des Leyes Nuevas, c’est-à-dire les nouvelles lois, qui abolissent l’esclavage des Indiens. Ces derniers ne seront plus soumis au travail obligatoire et percevront un salaire. Elles mettent fin à la perpétuité des encomiendas qui retombent sous la juridiction de la couronne à la mort de leur propriétaire. C’est l’aboutissement des pressions exercées par le dominicain Bartolomé de Las Casas qui avait toujours dénoncé les conditions de travail et de vie des Indiens des encomiendas. Ces lois s’accompagnent d’une réorganisation administrative : le Pérou sort de la dépendance vis-à-vis de Panama et devient une Audience (terme désignant les grandes circonscriptions territoriales et administratives de l'Empire espagnol d'Amérique) dirigée par un président qui a rang de vice-roi. Le capitaine Blasco Nunez de Vela est le premier à recevoir cette charge de l’empereur.
1544 : Le vice-roi Vela débarque à Tumbes, bien décidé à faire appliquer les Leyes Nuevas. Les encomenderos lui sont hostiles : beaucoup se tournent vers Gonzalo Pizarre pour faire respecter leurs droits et l’intimider. Vela fait emprisonner Vaca de Castro, soupçonné de corruption, et commet l’erreur de faire exécuter un homme important de Lima. Il n’a alors d’autre alternative que de repartir en Espagne.
1544 : Mort de Manco Inca qui s’était opposé aux Pizarre et encourageait les rébellions depuis une décennie dans le sud de la vice-royauté. Un de ses fils, Sayri Tupac, lui succède.
Octobre 1544 : Le nouveau vice-roi, Gonzalo Pizzare, fait une entrée triomphale dans Lima où fêtes et spectacles se poursuivent pendant plusieurs semaines. Le bruit du retour inopiné de Nunez de Vela y met fin. Une lutte à mort s’amorce entre les deux hommes dont les troupes s’affrontent lors de la bataille d’Añaquito le 18 janvier 1546. L’issue en est fatale à Nunez de Vela qui périt assommé et décapité.
1545 : Deux Indiens découvrent par hasard le Potosi, une montagne riche en minerais et plus particulièrement en argent. Les mines de Potosi éclipsent et surpassent par leurs proportions tous les autres gisements du Pérou. Dès 1546, un village est créé sur place en même temps que commence l’exploitation. Le travail dans les mines est des plus pénibles : le minerai est porté à dos d’homme et les mineurs, qui travaillent dans des galeries situées à près de 4 500 mètres d’altitude, souffrent à la fois des températures négatives et du manque d’oxygène.
Juillet 1546 : Après un séjour à Quito, Gonzalo est de retour à Lima où, considéré comme le libertador des encomenderos, il est accueilli comme un roi au son des cloches, des trompettes et des canons. Fera-t-il sécession d’avec l’Espagne ? L’empereur est fort inquiet lorsqu’il apprend que Pizarre a osé braver son autorité, et décide d’envoyer au Pérou, non pas une armée, mais un homme d’Eglise, le Castillan Pedro de La Gasca, fidèle parmi les fidèles. Lorsque ce dernier parvient à Panama en 1547, investi de la charge de président de l’Audience de Lima, il se rend compte de l’immensité de la tâche à accomplir en Amérique où Pizarre est respecté et apprécié de tous. Il favorise tout d’abord la diplomatie, puis, en comprenant ses limites après le refus par Pizarre de la grâce impériale, il décide de lever une armée qui se met en marche vers le Pérou et livre à Huarina une bataille meurtrière au cours de laquelle Gonzalo Pizarre manque de perdre la vie.
1548 : La bataille de Xaquixaguana est, cette fois, fatale à Pizarre. Trahi par bon nombre de ses proches qui préfèrent se rallier au camp impérial, il est fait prisonnier avec Francisco de Carvajal, son maître de camp qui l’a secondé dans la lutte contre les Leyes Nuevas.
10 avril 1548 : Exécution de Gonzalo Pizarre et de Carvajal sur ordre de La Gasca. Comme ultime châtiment, toutes les résidences des Pizarre sont détruites.
1548 : Un cortège mené par don Martin, un Indien offert à Pizarre lors de la conquête et devenu un interprète des plus loyaux à la Couronne, s’achemine vers Vilcabamba, la résidence princière choisie par Manco Inca pour y établir sa cour à la place de l’antique Cuzco. L’ambassade espagnole espère convaincre Sayri Tupac de se rallier au moment où son pouvoir vacille sous les effets de la variole qui décime la population du royaume de Vilcabamba. Cependant, celui que l’on nomme l’Inca de la forêt n’entend renoncer à aucune de ses prérogatives et réclame des territoires autour de Cuzco et de Vilcabamba en échange de la paix. Le refus de La Gasca conduit au maintien du statu quo. Une quinzaine d'années après la mort d'Atahualpa, un souverain inca continue ainsi à exercer une certaine autorité sur une partie des territoires jadis soumis au souverain de Cuzco.
1549 : Charles Quint décrète que l’exercice de charges publiques par les métis doit être autorisé par licence royale. Ces fils d’Indiennes ne peuvent ni taxer les Indiens ni même porter des armes. Le pouvoir se méfie de la population locale. La polygamie est fréquente et il est rare que les conquistadores épousent leurs concubines indiennes. La Couronne encourage donc les mariages avec des Européennes afin que les encomiendas qui n’ont point perdu leur caractère héréditaire ne retombent pas entre les mains des Indiens.
1550 : Mort de don Cristobal-Paullu Inca, frère de Manco Inca.
 
1808 : Depuis que la Révolution a triomphé à Paris, l’Espagne est sous influence française. Napoléon a envahi la péninsule ibérique en 1808 et, prétendant arbitrer le conflit qui oppose le roi Charles IV à son fils Ferdinand, duc des Asturies, il a, lors du « guet-apens de Bayonne », contraint à l’abdication le souverain Bourbon, exilé en France avec sa famille, ce qui déclenche l’insurrection de Madrid. Alors que l’Empereur installe son frère Joseph sur le trône d’Espagne, la Guerre d’Indépendance commence. La monarchie espagnole d’Ancien Régime s’effondre et, avec elle, l’ordre et la stabilité qui régnaient depuis l’arrivée au pouvoir des Rois Catholiques. Partout se forment des juntes hostiles au pouvoir français, structurées par une Junte centrale. L’étau de la métropole se desserre alors dans le Nouveau Monde, ce qui favorise la naissance de mouvements indépendantistes qui voient tout d’abord le jour au Venezuela avec Miranda avant de s’étendre dans toute l’Amérique latine. En raison du calme qui règne au Pérou, pilier de l’empire espagnol d’Amérique, le vice-roi de Lima, Fernando de Abascal, a le temps de former des troupes royalistes et contre-révolutionnaires engagées dans la répression des rébellions qui affectent les régions voisines.
Années 1810 : Partout en Amérique latine sont créées des juntes, des gouvernements autonomes, auxquelles l’Espagne ne reconnaît aucune légitimité et qu’elle réprime dans le sang. Deux hommes ont marqué l’histoire de leur nom et ont uni leur destin à celui d’une Amérique latine indépendante : un aristocrate vénézuélien, né à la fin du XVIIIe siècle, Simon Bolivar, qui obtient l’indépendance du Venezuela, et José San Martin, dont le terrain d’action se situe tout d’abord en Argentine, sa patrie, puis s'étend au Chili qu’il "libère" en 1818 à la suite de la victoire de Maipu.
1810 : Une constitution libérale, s’appliquant aussi bien à l’Espagne qu’aux colonies, est promulguée par les Cortes de Cadix. Elle parvient deux années plus tard au Pérou où le vice-roi Abascal s’oppose à son entrée en vigueur.
Août 1814 : Rébellion indépendantiste menée par les frères Angulo, soutenus par le curaca Mateo Pumacahua. Craignant une révolution sociale, les créoles restent en marge de cette révolte dont les chefs sont passés par les armes en 1815.
Début 1820 : Nouvelle constitution qui accorde aux sujets des colonies les mêmes droits qu’aux Espagnols de métropole.
8 septembre 1820 : Le Pérou a, jusqu’alors, été épargné par les tentations indépendantistes, mais San Martin débarque à Pisco, au sud de Lima, avec un corps expéditionnaire. L’Argentin constate avec étonnement que la présence de ses forces ne suscite aucun élan indépendantiste au sein des élites créoles de la capitale. L’armée royaliste n’en est pas moins rapidement acculée à la défaite.
29 janvier 1821 : Démission du vice-roi Pezuela, très critiqué par les officiers supérieurs de l’armée espagnole qui lui reprochent son incompétence dans la gestion du conflit. Le général José de La Serna le remplace et entreprend aussitôt des négociations avec San Martin.
2 mai 1821 : San Martin conclut un armistice avec le vice-roi La Serna. Un premier, rapidement rompu, avait été signé dès 1820. San Martin accepte qu’un Bourbon d’Espagne règne au Pérou à condition que Madrid reconnaisse l’indépendance de son ancienne colonie. Cet accord n’est suivi d’aucun effet. Bolivar, qui suit l’affaire de près et est fermement opposé à un régime monarchique, fait part de ses intentions de gagner le Pérou. Il avait écrit en 1815 dans une lettre au président de Nouvelle-Grenade (l'actuelle Colombie) : « J’aime la liberté de l’Amérique plus que ma propre gloire et, pour la conquérir, je n’ai épargné aucun sacrifice. » En effet, l’indépendance du Venezuela ne lui suffit pas, il souhaite celle de toutes les nations sud-américaines afin qu’elles se défassent du joug espagnol et se libèrent de la « tyrannie ennemie ». Pour Bolivar, les Américains ont une cause commune et se doivent d’être unis face à un pouvoir qui ne renoncera jamais à l’unité de l’empire. Il considère l’émancipation de toutes les nations comme indispensable, ajoutant que si la violence s’impose pour combattre l’Espagne, elle est légitime. A l’origine de la création de la Colombie, Bolivar est conscient que l’indépendance du Pérou dépend en grande partie de la mobilisation des troupes colombiennes.
28 juillet 1821 : San Martin déclare l’indépendance du Pérou lors d’une cérémonie solennelle à Lima.
1821 : San Martin vend les terres de la Couronne espagnole après les avoir confisquées. En 1824, Bolivar poursuit cette initiative en mettant en vente les propriétés de l’Etat. Il cherche aussi à généraliser la propriété privée, c’est-à-dire à faire disparaître les communautés indigènes. Autant dire que les Indiens sont encore les victimes de ces transactions puisque leurs terres passent entre les mains des créoles.
De 1821 à 1840, le pays vit une période d’instabilité et d’affrontements entre partisans de la monarchie constitutionnelle et ceux de la république. Cinq constitutions se succèdent, signe du désarroi et des dissensions entre politiques à propos de la part à accorder au législatif et à l’exécutif. L’existence de caudillos et de caciques, favorables à une politique indigéniste et nationaliste, ne simplifie pas le tableau politique. Ce que l’on nomme le caciquisme – un système fondé sur le pouvoir des oligarchies locales hostiles à toute tentative centralisatrice – constitue un frein à toute centralisation du pouvoir au XIXe siècle.
1822 : La situation militaire semble se renverser au profit des royalistes, deux fois plus nombreux que les patriotes, bien mal en point. Alors que les troupes de San Martin dominent le Nord et la côte du Pérou, le reste du pays demeure aux mains des armées de La Serna.
27 juillet 1822 : Entrevue de San Martin et Bolivar à Guayaquil, sur la côte équatorienne. Le libertador argentin accepte de s’effacer au profit d’une junte et se rallie à l’idée d’un système républicain.
27 février 1823 : Les patriotes imposent Riva-Agüero comme président. Ce dernier fait appel à Bolivar qui lui dépêche son second, le général Antonio José de Sucre avec 3 000 hommes. De son côté, San Martin renonce définitivement au pouvoir, découragé par les réserves émises par les élites créoles au sujet de l’indépendance.
Juin 1823 : Après plusieurs victoires, les royalistes reprennent Lima.
22 juin 1823 : Le Congrès dépose Riva-Agüero, jugé responsable de la déroute des armées indépendantistes. Le président déchu décide de former un gouvernement autonome dans le nord du pays, à Trujillo.
1er septembre 1823 : Dans un climat de grande instabilité, Bolivar parvient à Lima où il prend les rênes du pouvoir, forçant Riva-Agüero, accusé de trahison, à s’exiler. Bolivar est confronté à un véritable chaos car les troupes de San Martin se sont, pour la plupart, débandées ou mutinées. Les seules sur lesquelles il puisse compter sont celles de Colombie, placées sous le commandement d’Antonio José de Sucre.
2 août 1824 : Après d’âpres négociations, Bolivar reçoit l’autorisation du Congrès colombien de partir au Pérou à la tête d’une armée libératrice colombienne. Pour mener la campagne du Pérou, le Libertador a rassemblé une force internationale composée de Colombiens, de Péruviens, de Chiliens et d’Argentins. La solidarité interaméricaine lui tient à cœur et, sans elle, le Pérou indépendant n’aurait pas vu le jour.
6 août 1824 : Victoire de Bolivar à Junin.
9 décembre 1824 : Victoire de Sucre à Ayacucho. Grâce à ces deux victoires, le Pérou se libère de la domination espagnole et proclame son indépendance. Sucre occupe le Haut-Pérou qui prend le nom de Bolivie tandis que Bolivar demeure jusqu’en 1826 au Pérou dont il tente d’unifier les institutions avec celles de Colombie et de Bolivie afin que les trois pays, indépendants depuis peu, restent solidaires. Il les encourage à signer des traités d’alliance.
Le Pérou a conquis son indépendance grâce aux forces extérieures. Il apparaît alors divisé, sans véritable unité nationale : les Indiens, représentant les 4/5 de la population, sont de loin majoritaires et s’opposent aux Blancs et aux métis, détenteurs du pouvoir politique et économique. Les divisions sont aussi linguistiques, les uns parlant espagnol, les autres quechua ou aymara. La religion semble le seul point commun des Péruviens. Surtout, les élites, essentiellement présentes sur la côte, ne pensent ni à constituer une nation unie ni à y intégrer les Indiens qui demeurent tenus à l’écart, dans la sierra, dans leurs communautés ou dans les haciendas, sous la domination des gamonales, les grands propriétaires. L’indépendance, qui n’a pas rendu la société péruvienne plus égalitaire et équitable, ne sonne pas le glas des rébellions rurales.
De 1825 à 1839, le nord du département d’Ayacucho est touché par une révolte menée par une alliance de métis, d’Indiens et de Blancs qui entendent peser dans la formation de la nouvelle nation. Les troupes ne parviennent pas à imposer le retour au calme. Le général Andrés Santa Cruz rencontre les rebelles pour négocier et conclure une paix très éphémère.
A partir de 1825, Bolivar tente de donner naissance à une Fédération des Andes dont il serait le président. Utopie bien sûr que de croire que quinze nations indépendantes parviendront à une fédération qui poursuivra l’union de l’Amérique latine qui existait au temps de l’empire espagnol.
1825 : La population péruvienne compte 50 000 esclaves pour 1,3 million d’habitants, ce qui représente 3,8 % de la population. La population servile ne cesse de décroître par la suite ; elle est de 20 000 en 1845.
Janvier 1826 : Les derniers tenants de l’empire se rendent.
22 juin-15 juillet 1826 : Congrès de Panama qui rassemble des représentants du Pérou, des Provinces unies de l’Amérique centrale, du Mexique et de la Grande Colombie. Un « traité d’union, ligue et confédération perpétuelle » y est signé entre les différents partis en présence.
 
1550 : Antonio de Mendoza, premier vice-roi du Mexique, est nommé à la même charge au Pérou où il meurt en 1552.
Seconde moitié du XVIe siècle : Les Indiens sont frappés de plein fouet par les maladies virales et bactériennes que les Européens ont semées dans leur sillage. Les épidémies se diffusent si rapidement qu’en l’espace de quelques décennies, les indigènes sont décimés. Les basses terres sont particulièrement touchées par le paludisme et perdent près des 9/10 de leurs habitants. Les suicides sont également fréquents et le taux de fécondité des femmes s’effondre.
1551 : Fondation de l’université de San Marcos à Lima où la vie intellectuelle est très vivace, comme dans les villes andines de Cuzco, La Paz, Potosi ou encore Quito. Les collèges des jésuites forment, quant à eux, les élites créoles.
1555 : Mort de Pedro Cieza de Leon, à la fois soldat et chroniqueur qui, s’inspirant des dires de l’Ancien Cayo Topa, véritable mémoire du passé inca, a rédigé El Señorio de los Incas en précisant que sa « plume est empreinte de vérité ». Mais écrire l’histoire des Incas est la preuve que cette civilisation appartient désormais au passé.
1555-1559 : Vice-royauté de Don Andrés Hurtado de Mendoza, marquis de Cañete et cousin du capitaine Garcilaso de la Vega, fils naturel d’un conquistador et d’une princesse inca, corregidor de Lima depuis 1554. Les Espagnols ont hâte de reprendre les pourparlers avec l’Inca de la forêt qui doit être intronisé et marié à sa sœur, selon la coutume ancestrale. Les conquérants du Nouveau Monde, par l’intermédiaire de doña Beatriz Yupanqui, fille de l’Inca Huayna Capac, le pressent de reconnaître la souveraineté de l’empereur Charles Quint.
1556 : A la suite de l’abdication de Charles Quint, Philippe II reçoit la couronne espagnole.
En 1557, les caisses de l’Etat sont vides ; l’émissaire des encomenderos péruviens à la cour, Antonio de Ribera, propose alors au roi huit millions de pesos en échange de la perpétuité des encomiendas. Les dominicains orchestrent une contre-offensive et usent d’arguments financiers et religieux : des seigneurs indigènes rassemblent une somme qui dépasse de 100 000 ducats celle proposée par les encomenderos et l’offrent au prince en échange de l’extinction des encomiendas à la mort de leurs titulaires. L’affaire reste en suspens.
7 octobre 1557 : Après avoir pris le nom de Manca Capac Pachacuti Yupanque et avoir consulté les oracles qui lui conseillent de négocier avec les Espagnols, Sayri Tupac quitte Vilcabamba où il laisse ses capitaines et deux de ses frères.
Janvier 1558 : L’Inca pénètre dans Lima où il est conduit en cortège chez le vice-roi dont il accepte la rente et l’encomienda de la vallée de Yucay, conscient de la décadence et de la perte totale de pouvoir que cela représente. Il poursuit vers Cuzco où il demande le baptême et prend le nom de Diego, en l’honneur de Santiago, cette divinité puissante que ses ancêtres avaient vue apparaître dans le ciel au secours des Espagnols lors du siège de la capitale inca.
Mai 1559 : Mort du capitaine Garcilaso de La Vega. Le Pérou est en partie retombé sous l’autorité du pouvoir impérial dont les exigences fiscales s'accroissent, alors que les querelles intestines empoisonnent le climat politique. Peu de temps après, l’Inca Sayri Tupac est retrouvé mort, certainement empoisonné par ses congénères, en raison de vieilles rancunes successorales. Il laisse une unique héritière, sa fille Beatriz Clara.
Fin de la décennie 1550 : Nombreux sont les jeunes métis qui partent à la conquête du Chili. Le sens du terme « créole » s’élargit : alors qu’il ne désignait jusque-là que les Noirs, il s’applique désormais à tous les Espagnols nés dans le Nouveau Monde.
1560 : L’Apologetica Historia Sumaria de Bartolomé de Las Casas, achevée l’année précédente, parvient au Pérou, alors en proie à des divisions entre partisans du dominicain, qui se présente comme le défenseur des Indiens, et encomenderos qui n’entendent renoncer à aucun de leurs droits.
1565 : Le Pérou est secoué par des rébellions indigènes, pour la plupart étouffées par le pouvoir. Elles révèlent la précarité de la domination espagnole. On craint même un soulèvement général et de telles rumeurs ne sont pas sans fondement car Indiens et métis ont en leur possession de nombreuses armes et des chevaux. Il est donc indispensable de se rallier le frère de Sayri Tupac, l’Inca Titu Cusi de Vilcabamba.
Avril 1565 : Seul à avoir accepté cette mission jugée périlleuse, Diego Rodriguez de Figueroa est envoyé en ambassade auprès de l’Inca. Ce dernier le fait patienter de nombreux jours et reçoit des cadeaux sans nombre avant de, finalement, décider de se montrer à l’Espagnol. Les négociations vont bon train et les accords d’Acobamba qui en résultent sont définitivement approuvés le 2 janvier 1569 : l’Inca se rend en échange de compensations financières, qui lui fourniront une rente et du mariage de son fils avec l’héritière de l’encomienda de Yucay, Beatriz Clara.
1567 : Une nouvelle conspiration de métis, qui doit être imputée à des personnages de haut rang, est déjouée.
1568 : La Couronne n’est pas parvenue à établir au Pérou une autorité indiscutable. Philippe II confie la charge de vice-roi à Francisco de Toledo qui quitte l’Espagne avec pour objectif de rétablir l’ordre et de balayer à jamais la menace de rétablissement du pouvoir inca auquel sont favorables les dominicains. Le Pérou est gouverné par Toledo de 1568 à 1580.
Octobre 1569 : Arrivée de Toledo au Pérou. Désireux de connaître sa vice-royauté, il se rend à Lima puis à Cuzco après avoir traversé les plaines et la sierra.
Novembre 1570-mars 1572 : Afin de réduire à néant les thèses de Las Casas sur la maltraitance des Indiens, Toledo ordonne une Visita General dans l’ensemble du Pérou. Les émissaires royaux doivent recenser la population et s’enquérir d’éventuels abus des moines et des encomenderos. Cette Visita General s’accompagne d’une enquête sur la généalogie des Incas et les règles de succession qui prévalaient sous l’empire de Tahuantinsuyu.
Avril 1572 : Toledo déclare la guerre à l’Inca Tupac Amaru qui vient de succéder à Titu Cusi. Ce dernier fuit vers le pays des Manaris, en direction de la forêt amazonienne où il espère trouver refuge. Les troupes espagnoles lancées à ses trousses et renseignées par le chef de la tribu des Manaris le rattrapent et le font prisonnier. A la suite d’un rapide procès, l’Inca, récemment baptisé, est condamné à mort et exécuté pour assassinat. Tupac Amaru est demeuré un mythe dans la mémoire des Indiens : en effet, sa tête, restée pendue au pilori, ne cessa d’embellir au fil des jours, ce qui passa pour la preuve des qualités surnaturelles et divines de l’Inca défunt.
1574 : L’exploitation des mines de mercure de Huancavelica, découvertes en 1563, bat son plein. Le mercure est utilisé pour réduire à l’état d’amalgame l’argent broyé dans un moulin. Cette nouvelle technique permet à la production d’argent de quadrupler entre 1575 et 1585.
1575 : Le Pérou devient le premier producteur d’argent devant le Mexique. Il produit alors 250 tonnes de ce métal par an, dont les 4/5 à Potosi.
1580 : Un recensement estime la population de Potosi à 120 000 âmes. Située à 4 300 mètres d’altitude, cette ville est rapidement la plus grande et la plus prospère d’Amérique latine. Y vivent 38 000 Créoles, 40 000 Espagnols, 76 000 Indiens et 6 000 Noirs. Toutes les conditions sociales se côtoient, des fortunés aux plus misérables. On peut quasiment parler de travail forcé pour qualifier la tâche accomplie par les indigènes qui constituent l’immense majorité de la main-d’œuvre. Potosi se situant dans une zone de fort peuplement indien, il suffit aux Espagnols de reprendre à leur propre compte la mita, c’est-à-dire la corvée que les Indiens devaient à l’Inca. Le travail dans les mines est régi par les ordonnances de Toledo de 1574 qui prévoient deux semaines de repos après chaque semaine de travail, en raison de la pénibilité de la tâche. Cependant, elles ne sont point respectées car on ne dispose pas de suffisamment d’Indiens.
Cette ville de montagne, dont la rudesse du climat est un frein aux cultures, doit, dans le même temps, développer ses communications avec le reste de la vice-royauté pour approvisionner son abondante population.
1588 : La défaite de l’Invincible Armada face à la flotte d’Elisabeth Ière met à mal le monopole commercial dont jouit l’Espagne dans son empire. Les navires étrangers prennent une part grandissante dans le commerce de l’Amérique espagnole. Les fraudes fiscales sont courantes et la Casa de Contratación, établie à Séville, ne parvient plus à surveiller et à réguler les échanges comme elle l’entend.
Alors que le XVIe siècle a correspondu à la création de l’empire colonial, le XVIIe siècle constitue celui de l’affirmation et de la consolidation du pouvoir impérial espagnol et de son administration en Amérique latine.

1613 : Devant les souffrances et les morts sans nombre, Philippe III interdit l’extraction de mercure par galeries souterraines et ordonne la fermeture de la mine de Huancavelica.
1614 : Lima, riche de ses 26 000 habitants, parmi lesquels 9 500 Espagnols, est la seule ville d’Amérique latine à pouvoir concurrencer Tenochtitlan-Mexico. Cette ville côtière détrône Cuzco comme capitale de la vice-royauté. Dotée du monopole du commerce avec la métropole, elle est aussi le siège de la haute administration, mais souffre bientôt de l’essor du port de Buenos Aires. Cette cité cosmopolite accueille des individus divers et de toute origine. Cependant, la population reste traditionnellement concentrée dans les hautes terres andines.
XVIIe siècle : Les haciendas se multiplient sur la côte jusqu’alors peu peuplée. Elles emploient des Indiens et de plus en plus d’esclaves africains, fort nombreux dans les exploitations de canne à sucre. L’élevage de porcins, s’ajoutant à celui des lamas, entraîne des modifications radicales dans les rapports sociaux et dans les paysages : certains paysans s’enrichissent et les forêts se transforment petit à petit en landes destinées à l’élevage extensif. Les cultures se diversifient : celles des plantes locales reculent au profit du blé et de l’avoine venus d’Europe.
Vers 1650 : Le frère Bernabé Cobo rédige une chronique consacrée à l’Histoire des Indiens.
1687 : Lima est à plusieurs reprises dévastée par des séismes. Le vice-roi en est réduit, comme sa population, à vivre dans une tente sur la place d’Armes. Dans les vallées côtières, les dommages subis par l’agriculture et les systèmes d’irrigation sont très importants.
Fin du XVIIe siècle : Les signes du déclin de l’économie péruvienne sont nombreux du fait de la fin du monopole commercial espagnol en Amérique latine et de la baisse de la production qui affecte les mines du Potosi, ce qui engendre un manque à gagner énorme pour le roi Charles II, le dernier monarque Habsbourg de Madrid. Les campagnes sont relativement paisibles car les Espagnols respectent la hiérarchie sociale préexistante. Les caciques conservent leur statut avantageux d’antan, acquièrent terres et bétail et monopolisent le trafic muletier. Ils jouent un rôle d’intermédiaire indispensable entre la population indigène et le pouvoir espagnol auquel ils fournissent de la main-d’œuvre. Toutefois, leur pouvoir est limité au sein des villages par l’alcalde, le maire espagnol, qui gère la répartition des terres et contrôle la collecte de l’impôt. Les difficultés de la société rurale ne peuvent être dissimulées : les grandes propriétés l’emportent au détriment des terres communautaires. Les populations indiennes ainsi paupérisées acceptent mal le poids des corvées. La colère gronde et le contexte est propice au développement des rébellions.
XVIIIe siècle : L’évêque de Trujillo, Jaime Martinez de Compañon, fait effectuer près de 1 500 aquarelles des vestiges de la ville de Chan Chan.
1701 : Les Bourbons succèdent à la Maison de Habsbourg à la tête du royaume d’Espagne et entreprennent la mise en œuvre d’un ambitieux plan de réformes. Une nouvelle ère s’ouvre aux colonies où la Couronne tente de relancer l’économie et d’exercer un contrôle politique plus serré. Le gouvernement entend également promouvoir l’émigration des métropolitains vers le Nouveau Monde et augmenter les ressources de l’Etat. Les bouleversements de la vie politique et le renforcement de la tutelle de Madrid sur le Pérou ne sont pas étrangers aux aspirations indépendantistes ultérieures, d’autant que, dès le XVIe siècle, les Espagnols avaient introduit une structure municipale proche de celle de la métropole. Les charges administratives étaient attribuées à des indigènes qui n’appartenaient pas à l’élite et qui étaient de bons chrétiens, afin de limiter le pouvoir des caciques.
1719 : Abolition de la mita par le roi Philippe V. Cependant, l’institution perdure de fait jusqu’à son abolition définitive par les Cortes de Cadix en 1812.
Vers 1720 : La population péruvienne atteint son apogée – à l'époque coloniale s'entend – pour entamer ensuite un lent, mais irrémédiable déclin qui se double de celui de l’économie et des échanges. La Couronne espagnole, qui accentue la pression fiscale sur une population indigène sans cesse moins nombreuse, ne peut s’étonner des réactions d’hostilité à son égard.
Au XVIIIe siècle, les révoltes de paysans indigènes menés par des caciques sont de plus en plus fréquentes. Elles trouvent leur origine dans les abus des agents locaux au service du pouvoir impérial. Deux d’entre elles révèlent le malaise qui secoue la population indienne : celle de Juan Santos Atahualpa suivie de celle d’un métis qui adopte le nom inca de Tupac Amaru.
1742-1761 : Un Indien christianisé originaire de Cuzco, Juan Santos Atahualpa, combat les Espagnols, assurant qu’il vient rétablir le pouvoir inca avec ses fils indiens, métis et noirs. Il parcourt les villages et les missions du bassin de l’Amazone, la partie forestière du Pérou. Toutes les régions sont gagnées par le mécontentement, y compris celle de Quito jusqu’alors jugée calme et fidèle. Ce sont pourtant le sud du Pérou et la région de Potosi qui sont principalement affectés par des rébellions qui déstabilisent le pouvoir. L’ardeur et la volonté de deux vice-rois successifs ne suffisent pas à remporter la victoire dans la selva, cette jungle forestière humide particulièrement hostile. Ils laissent s’épuiser de lui-même le mouvement de celui qui s’est autoproclamé Inca.
28 octobre 1746 : Un nouveau tremblement de terre ravage Lima et Callao et tue 10 000 personnes.
1767 : Expulsion des jésuites de l’Empire espagnol. Cet ordre religieux n’est pas soumis à l’autorité de la Couronne, à l’instar de tous les autres, mais dépend du Pape, ce qui peut expliquer la défiance du pouvoir politique à son égard. De plus, les Jésuites, qui se sont souvent opposés aux décisions du vice-roi du Pérou, apparaissent au pouvoir comme des contestataires. Après leur expulsion, leurs nombreuses propriétés passent sous le contrôle de la Couronne.
1776 : Lima pâtit de la création de la vice-royauté de Buenos Aires ; désormais, elle ne domine plus toute l’Amérique du Sud espagnole. De plus, Potosi est intégrée à la nouvelle vice-royauté : les routes commerciales reliant la ville minière à la côte pacifique perdent une grande part de leur trafic d’antan et les villes qui les bordent s’enfoncent dans une léthargie profonde et durable.
1777 : Arrivée d’un visiteur général au Pérou, Antonio de Areche, envoyé par le roi pour faire appliquer les nouvelles législations fiscales qui entrent en vigueur les unes après les autres : augmentation des droits de douane, installation de maisons des douanes. Désormais, paysans et artisans sont tous soumis au tribut et aux taxes, ce qui n’était pas le cas autrefois. Ces mesures rencontrent évidemment des oppositions et des résistances.
1778 : La liberté de commerce dans l’Amérique espagnole, dont bénéficie déjà l’Angleterre depuis 1713 – quand la paix d’Utrecht lui avait accordé le fameux « vaisseau de permission » – est étendue à l’ensemble des pays européens. Privée de son monopole, l’Espagne se voit contrainte d’améliorer sa « compétitivité » : de 1778 à 1788, le commerce de la métropole avec ses colonies se développe rapidement, si bien que 50 % des produits exportés vers les colonies sont d’origine espagnole à la fin du XVIIIe siècle.
1780 : Une rébellion éclate et se diffuse très rapidement. Les curacas, piliers de cet édifice qu’est la vice-royauté, se retournent contre le pouvoir espagnol. Parmi eux, le curaca de Tinta, José Gabriel Condorcanqui, met en avant son sang inca et prétend même descendre de l’Inca Tupac Amaru mis à mort en 1572. Cet homme, né en 1738 près de Cuzco où il a suivi l’enseignement des jésuites, conteste les droits des Espagnols sur les terres de la seigneurie de Tinta qu’il revendique. Reprenant le nom de son ancêtre, il s’allie avec un second cacique, Tomas Catari, pour préparer le soulèvement contre le pouvoir espagnol dont il nie la légitimité. Il parvient à lever jusqu’à 80 000 Indiens et métis organisés en véritable armée.
Il a probablement été influencé par les idées des Lumières qui commencent à être diffusées dans le Nouveau Monde, et par le réveil de l’identité inca, porté par les élites indiennes qui redécouvrent leurs racines et leurs traditions.
Tout commence en 1780, lorsque Condorcanqui emprisonne un corregidor corrompu, Antonio Juan de Arriaga, et le fait pendre sur la place publique de Tungasuca. Le cacique critique les mauvais corregidores qui oppriment les populations et profitent du reparto, c’est-à-dire de la vente forcée de marchandises dont le prix, toujours élevé, est imposé aux Indiens. Il annonce l’abolition de la mita minière, de l’alcabala (impôt de la Couronne de Castille qui correspond à 10 % de toutes les transactions) et des douanes.
Cependant, une partie des caciques préfère se rallier à l’armée royale et le prétendu descendant de Tupac Amaru ne peut empêcher les violences contre les symboles de l’administration et contre tous ceux – métis, créoles ou noirs – qui refusent les excès des rebelles. Le mouvement se condamne de lui-même à l’échec.
Avril 1781 : Gabriel Condorcanqui, le chef de la rébellion, est écartelé sur la grand place de Cuzco. La répression contre les Indiens est particulièrement brutale. Le mouvement n’est toutefois pas entièrement éteint : des foyers de résistance subsistent dans tout le Pérou, notamment au sud.
Cette rébellion montre aux Créoles combien ils ont besoin du soutien de la métropole pour conserver leur prééminence sociale, politique et économique. Elle élargit encore le fossé entre les Indiens et les autres habitants du pays.
1782 : Les intendances remplacent les corregimientos. Ce nouveau système administratif, qui suit de peu la révolte du descendant prétendu de Tupac Amaru, a pour but de renforcer les liens de l’Espagne avec le Pérou. Enfin, on substitue aux Créoles employés dans la haute administration des Espagnols de métropole. A cela, ils répondent par un « nationalisme créole » qui ne peut être favorable à la Couronne et n’est pas étranger à la naissance d’un mouvement indépendantiste.
1789 : La Couronne édicte un code de bonne conduite à l’égard des esclaves, préconisant de mieux les traiter et de leur apporter éducation et soins. Les esclaves utilisent ce code pour se plaindre des mauvais traitements subis. Quelques décennies plus tard, ils croient venue l’heure de l’abolition de l’esclavage par San Martin puis par Bolivar, mais les deux libérateurs du Pérou se contentent de rappeler les principes essentiels du code de 1789.
1789 : La Révolution française, précédée de la Révolution américaine qui s’est muée en guerre d’indépendance, contribue à la diffusion d’idées telles que la souveraineté du peuple et le droit de s’autogouverner de manière autonome. Elle exerce une influence indéniable sur le cours des événements au Pérou où les élites ne pensent tout d’abord pas à l’indépendance, mais réfléchissent à un système grâce auquel leurs voix seraient mieux entendues et prises en considération par Madrid. Les avocats Manuel Lorenzo Vidaurre et José Baquijano y Carillo ainsi que le prêtre Mariano José de Arce, fervents lecteurs des philosophes des Lumières, sont les premiers défenseurs de ces idées nouvelles.
1796 : Le commerce des esclaves est favorisé par la baisse des taxes sur leur importation : 66 000 esclaves arrivent au Pérou entre 1790 et 1802, accroissant ainsi la population servile de 25 %.
 
1er février 1829 : Guerre du Pérou contre la Grande Colombie. Les Péruviens, qui revendiquent Guayaquil, envahissent la Colombie. Ce conflit signifie l’échec du Congrès de Panama. Les Péruviens éprouvent du ressentiment à l’égard de leurs libérateurs colombiens et de Bolivar pour deux raisons : la création de l’Etat indépendant de Bolivie, l’ancien Haut-Pérou, et l’attribution du port de Guayaquil à la Colombie. Tout au long du XIXe siècle, le Pérou est engagé dans des guerres qui l’opposent à ses voisins ainsi qu’à l’Espagne. Ces conflits lui donnent l’occasion de se forger une identité nationale et d’établir des frontières stables et définitives.
22 septembre 1829 : Après avoir été battus à deux reprises par les Colombiens, les Péruviens doivent se résigner à signer un traité de paix et à rétrocéder Guayaquil à leur voisin du Nord.
1829 : Dans plusieurs de ses lettres, Bolivar note avec regret l’instabilité et les divisions qui règnent en Amérique latine. L’échec du Congrès de Panama, en qui il avait mis de grands espoirs, est pour lui difficile à surmonter. Bolivar n’a jamais entendu créer un système démocratique en Amérique du Sud, considérant l’esprit de ses habitants avili par plusieurs siècles de colonialisme. Il se méfie des masses qui pourraient mettre à mal la liberté et auxquelles il faut inculquer des vertus civiques avant de leur concéder des droits politiques. La constitution d’un Etat fort lui semble la meilleure solution. Bolivar apparaît comme un libéral, soucieux de la reconnaissance de la souveraineté nationale, mais de plus en plus conservateur et hostile tant à la démocratie qu’à la tyrannie.
Au Pérou, comme dans les pays voisins, l’armée fournit au XIXe siècle une bonne partie du personnel politique et, notamment, les présidents.
1829-1834 : Le Pérou est dirigé par le général Agustin Gamarra qui a accédé au pouvoir par un coup d’Etat et souhaite faire élire un de ses proches, le général Pedro Bermudez, à la présidence de la République. Mais rien n’est joué car le Congrès s’y oppose, préférant à Bermudez le général Orbegosa qui sort victorieux d’une guerre civile.
1836-1839 : La première guerre du Pacifique oppose le Pérou au Chili et à l’Argentine. Le maréchal Santa Cruz, qui s’est illustré dans la guerre d’indépendance au Pérou et dirige désormais la Bolivie, crée une confédération péruvio-bolivienne dont les orientations économiques mécontentent les voisins argentins et chiliens qui entrent en guerre contre elle en 1836 et la forcent à se dissoudre. Le Pérou entre dans une période de chaos qui voit se succéder 12 présidents et 6 constitutions en 19 ans.
1839 : Après un exil forcé au Chili, Gamarra, de retour au pouvoir, promulgue une constitution conservatrice. Il meurt le 18 novembre 1841 lors de la bataille d’Ingavi qui oppose le Pérou à la Bolivie, laissant son pays dans une profonde instabilité.
1840 : L’argent représente encore 90 % des exportations du Pérou. Cependant, les mines se sont peu à peu taries et l’on n’exploite plus celles de mercure, désormais importé d’Europe.
1845-1851 : L’ordre est rétabli sous la présidence du général Ramon Castilla qui permet au Pérou de s’enrichir en favorisant l’exploitation et l’exportation du guano, présent en grande quantité sur la côte. Il s’agit d’une accumulation d’excréments et de cadavres d’oiseaux marins dotée de propriétés fertilisantes que les Britanniques utilisent comme engrais afin d’augmenter les rendements agricoles. Une bourgeoisie nouvelle émerge dans le sillon de cette économie naissante et s’impose dans les années 1870 au sein du parti civiliste. Le pays connaît également des avancées sociales majeures comme l’abolition de l’esclavage et la suppression du tribut indigène. Après le général Castilla, les militaires se succèdent au pouvoir, multipliant les coups d’Etat.
De 1840 à 1880, le Pérou exporte 11 millions de mètres cube de guano et s’enrichit considérablement. En 1851, 25 % des revenus de l’Etat proviennent du commerce du guano. Le chiffre s’élève à 50 % en 1872. La part de cette production est donc vitale pour l’économie du pays et les historiens s’étonnent à juste titre que ces revenus n’aient pas été utilisés pour moderniser le Pérou. En fait, ils ont été, pour la plupart, affectés au remboursement des prêts consentis par les pays européens, au premier rang desquels se trouve la Grande-Bretagne. La corruption de la classe politique n’est pas non plus étrangère à cela.
1850 : Première ligne de chemin de fer entre Lima et le port de Callao.
1850 : La première source de revenu du Pérou est le tribut versé par les populations indigènes, affublé du nom de contribucion unica, qui, contrairement à ce que son nom indique, ne s’applique qu’aux Indiens. C’est dire à quel point la politique fiscale du pays est pragmatique et s’oppose aux grands principes libéraux prônés par les hommes au pouvoir. Ce tribut est suspendu de 1854 à 1885, mais est, par la suite, rétabli et conservé jusqu’en 1895, sous la forme d’une taxe sur le sel. Les revenus de la récente République dépendent donc essentiellement des départements qui comptent de forts taux de populations indigènes, c’est-à-dire les régions méridionales de Cuzco et Puno.
Dans les années 1850 et 1860, les révoltes paysannes se multiplient dans le département de Puno, qui jouxte le lac Titicaca, pour protester contre les tentatives des grands propriétaires d’expulser les communautés indiennes de leurs terres pour se les approprier. L’une d’elles éclate en 1866 et se diffuse rapidement. Lors d’échauffourées avec l’armée, 57 soldats trouvent la mort. Pour punir les rebelles, les élites locales métisses s’apprêtent à confisquer les terres de tous ceux qui ont pris part au mouvement. Lima s’y oppose, mais ne peut éviter des représailles violentes. Le colonel Juan Bustamante devient le chef des Indiens de Puno et se fait leur porte-parole à Lima où il crée la Société des Amis des Indiens qui a pour but d’améliorer les conditions de vie de ces derniers. Cependant, il est décapité avec 60 Indiens par ses adversaires en 1868.
1854 : Abolition définitive de l’esclavage au Pérou. L’Etat dépense dans les années qui suivent 7,65 millions de pesos pour le rachat des esclaves à leurs propriétaires. La rupture entre personnes de diverses origines se ressent dans la capitale : les élites européennes et créoles occupent le centre de Lima tandis que les Indiens et les Noirs, esclaves ou libres, habitent dans des quartiers plus excentrés.
Pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre des grands propriétaires de la côte, l’Etat recourt à l’immigration européenne et chinoise. 100 000 travailleurs chinois peu ou pas qualifiés, les coolies, arrivent ainsi au Pérou pour travailler dans les plantations de coton et de canne à sucre entre 1840 et 1874. Leurs conditions de vie ressemblent fort à celles des anciens esclaves. Ils arrivent endettés en Amérique car leurs employeurs ont avancé la somme nécessaire pour financer leur voyage. Ils ne peuvent les quitter avant d’avoir remboursé ces frais.
1863-1865 : George Squier parcourt le Pérou. Il est le premier à utiliser un appareil photographique et à entreprendre le recensement des vestiges archéologiques des Andes centrales.
1864-1866 : L’Espagne, qui n’a jamais reconnu l’indépendance de son ancienne colonie, lui déclare la guerre. Le conflit dure deux ans. Le 14 avril 1864, les Espagnols s’emparent des îles Chinchas dont ils convoitent le guano. Mais cette victoire ne doit pas faire illusion car l'ancienne métropole est bientôt défaite face à une coalition sud-américaine qui regroupe le Pérou, le Chili, l’Equateur et la Bolivie.
1868-1872 : Présidence du colonel José Balta. Il accède au pouvoir par un coup d’Etat qui renverse le général Prado.
1868-1878 : 20 % des revenus du guano sont consacrés à la construction de voies de chemin de fer qui doivent favoriser le développement du pays et permettre de l’intégrer au commerce international. Cependant, il s’agit d’une gageure car le relief péruvien ne se prête pas aux infrastructures ferroviaires. Seules quelques portions de rails peuvent être menées à bien.
1872 : Le général Gutierrez renverse Balta qu’il fait fusiller et se proclame dictateur, provoquant une insurrection populaire fatale aux militaires.
1872 : Naissance du Parti civiliste qui rassemble de nombreux oligarques de la côte. Le Parti est soutenu par les intérêts financiers du pays, des marchands et des intellectuels libéraux. Il est dirigé par un riche industriel et homme d’affaires, Manuel Pardo, descendant d’une famille de colons aristocrates.
1872-1876 : Manuel Pardo est le premier président civil issu, de surcroît, d’un parti qui affiche d’emblée son opposition au pouvoir militaire. Il entreprend une œuvre de décentralisation, accordant plus de pouvoirs aux municipalités, il rend obligatoire l’école primaire à tous les petits Péruviens et encourage l’immigration européenne. Les historiens datent de cette époque la fin des caciques et des caudillos militaires.
1873 : Le gouvernement péruvien crée un monopole d’Etat sur le nitrate qui remplace le guano en tant qu’engrais. Les propriétaires de mines de nitrate se voient contraints de vendre leur production à l’Etat.
1876 : D’après les chiffres du premier recensement officiel, ordonné par Pardo, le Pérou compte 2,6 millions d’habitants. La population est composée d’Indiens pour 58 % parmi lesquels 70 % d’illettrés ; le quart des ruraux vit et travaille alors dans les 4 400 haciendas du pays.
1876 : Le général Mariano Ignacio Prado revient au pouvoir. L’économie ne se porte guère mieux et connaît même une crise sans précédent : le pays déclare la banqueroute à la suite de l’effondrement des exportations de guano depuis 1873, consécutif à un épuisement de la ressource, mais aussi, et surtout, à la concurrence des engrais de synthèse.
1879 : Madrid signe un traité de paix, reconnaissant ainsi l’indépendance de son ancienne colonie.
1879-1883 : Deuxième guerre du Pacifique qui oppose une nouvelle fois la Bolivie et le Pérou au Chili qui convoite des régions riches en nitrate, à la frontière entre les trois pays. Le gouvernement chilien, pressé par les marchands chiliens et britanniques, déclare la guerre au Pérou qui vient d’annoncer la prochaine nationalisation des mines de nitrate.
Décembre 1879 : Nicolas de Piérola se proclame président du Pérou. Peu après, l’échec des négociations de paix péruvo-chiliennes conduit à l’offensive du Chili dont une importante armée parvient à Lima.
Janvier 1881 : La capitale se rend après les deux défaites subies lors des batailles de San Juan et de Miraflores. Les Chiliens montrent aux Indiens qu’ils ne s’attaquent pas à eux afin d'éviter que ces derniers, mobilisés dans un élan nationaliste, ne se joignent aux Créoles. Au contraire, le Pérou apparaît divisé par des clivages raciaux et sociaux insurmontables et, bientôt, les travailleurs noirs et chinois s’en prennent aux haciendas pour se venger des maltraitances subies pendant de longues années. Le Chili, qui ne reconnaît pas la présidence de Piérola, installe à sa place Garcia Calderon.
1881 : Garcia Calderon, soutenu par les Etats-Unis, mène les négociations avec le Chili auquel il refuse toute concession territoriale.
1881 : Les représailles ne se font pas attendre ; le Chili dissout son gouvernement et le contraint à l’exil. Le général Lizardo Montero se proclame alors président. Cependant, le général nationaliste Andrés Caceres poursuit la résistance aux envahisseurs chiliens et rejoint Piérola qui le nomme chef militaire des départements centraux.
Dès 1882, Caceres constitue une armée de 5000 hommes et remporte plusieurs victoires sur les Chiliens, grâce au soutien des paysans qui le considèrent comme un protecteur (tayta). Mais ces succès sont de courte durée face aux offensives des Chiliens qui reconnaissent les prétentions à la présidence de Miguel Iglesias, propriétaire terrien de la région de Cajamarca dont ils pensent qu’ils obtiendront d’importantes concessions territoriales. La suite des événements leur donne raison.
Octobre 1883 : A la suite de ce conflit remporté par le Chili, la Bolivie et le Pérou sont contraints de conclure le traité d’Ancon qui leur est défavorable. La Bolivie perd sa région côtière et le Pérou la province de Tarapaca, tandis que celles de Tacna et Arica passent sous occupation chilienne pour une décennie. Le Chili s’empare ainsi des champs de nitrate et des dernières réserves de guano du Pérou. Les conséquences politiques et économiques de la défaite sont énormes pour le Pérou qui a été dévasté, ce qui fournit aux militaires l’occasion de revenir au pouvoir.
Juin 1884 : Caceres reconnaît la légitimité du traité d’Ancon conclu par Iglesias. Les deux hommes, qui se disputent le pouvoir, s’affrontent par le biais de leurs armées. Le Pérou vit un climat de guerre civile.
Décembre 1885 : L’armée d’Iglesias est défaite.
1885 : Un mouvement de contestation emmené par le varayoc ou chef de tribu, Pedro Pablo Atusparia, secoue les hautes terres du Pérou. Les Indiens sont mécontents du retour de la contribucion unica, l’équivalent du tribut indien. Les rebelles sont défaits par une armée venue de Lima, et Atusparia doit se rendre.
Juin 1886 : Caceres, désormais considéré par le peuple comme le héros de la résistance à l’ennemi chilien, remporte les élections. Son mandat court jusqu’en 1890. Il est appuyé par le Parti civiliste de Piérola dont les partisans, les piérolistes, fondent le Parti démocrate. Caceres exige l’évacuation du Pérou par les troupes chiliennes dont les derniers contingents quittent le pays en août 1886.
1888 : 45 % des haciendas les plus importantes sont encore tenues par des Indiens en armes dans le centre du pays. Caceres, qui avait autrefois encouragé le mouvement, se range désormais du côté des grands propriétaires. Il faut attendre 1902 pour que toutes les haciendas soient restituées à leurs propriétaires par la négociation ou la force.
1889 : Pour sortir de la crise économique et effacer sa dette, le Pérou signe un accord commercial avec l’Angleterre connu sous le nom de « Contrat Grace ». Il concède à la Corporation péruvienne, qui est la quintessence des intérêts britanniques, le contrôle de toutes les voies de chemin de fer pendant 66 ans, l’accès aux réserves de guano et aux puits de pétrole, la libre navigation sur le lac Titicaca, le libre accès à sept ports péruviens et une rente annuelle de 80 000 £ pendant 33 ans. En dépit des termes particulièrement durs de ce contrat, le Pérou en sort relativement gagnant car les Britanniques poursuivent la construction des chemins de fer, et les 80 000 £ ne sont versées que la première année.
1890 : Le mandat de Caceres touche à sa fin, mais le président n’a pas l’intention de se retirer de la vie politique. Il installe à la présidence un de ses proches, le général Remigio Morales Bermudez qui meurt en 1894. Caceres brigue alors un second mandat et l'obtient à la suite d’élections contestées par le leader du Parti démocrate, Nicolas Piérola.
Mars 1895 : Piérola prend le pouvoir à la suite d’une courte guerre civile et le Parti civiliste se range à ses côtés. Caceres est contraint à un exil définitif. Le nouveau président met fin à la contribucion personal ainsi qu’à la politique de décentralisation menée jusqu’alors. En revanche, son initiative de créer un monopole d’Etat sur le sel provoque une rébellion des Indiens pour lesquels cette denrée constitue une source de revenus.
1898 : Fondation de la Société de Géographie de Lima dont les membres favorisent la recherche et les avancées économiques. Le Pérou s’achemine doucement vers la modernité.
1897-1899 : Création de la Banco Aleman Transatlantico, de la Banco Internacional et de la Banco Popular, qui symbolisent la reprise économique du pays. De même, le marché boursier est de plus en plus actif.
A la fin du XIXe siècle, l’économie péruvienne est duale : les capitaux étrangers, notamment américains, sont présents dans les secteurs minier et sucrier alors que la sierra conserve un système pré-capitaliste, dominé par la grande propriété.
1899 : Eduardo Lopez de la Romana, soutenu par une coalition de civilistes et piérolistes, succède à Piérola à la présidence de la République. A cette date, seule une petite minorité de la population bénéficie du droit de vote, celui-là étant réservé aux hommes sachant lire et écrire. Si l’on ajoute l’importance de l’abstention, Lopez de Romana est, en fait, élu par une part infime de la population.

Le début du XXe siècle se caractérise par une dépendance de plus en plus marquée du Pérou à l’égard des Etats-Unis et de l’Angleterre qui investissent dans les secteurs agricole et minier. Le Pérou s’industrialise, exporte énormément de matières premières et tend à diversifier ses productions.
Politiquement, deux partis se partagent le pouvoir entre 1895 et 1919 : le Parti civiliste et le Parti démocrate dont les membres sont issus de l’oligarchie.
Au début du XXe siècle, le boom de l’industrie automobile et de l’électricité en Europe et aux Etats-Unis accroît de manière considérable les besoins en caoutchouc dont regorgent les forêts amazoniennes. L’exploitation du caoutchouc commence au Pérou dès la fin de la guerre du Pacifique et atteint son apogée au tournant des XIXe et XXe siècles. Les propriétaires de champs d’hévéas font très rapidement fortune et la région devient si riche que Lima doit faire face à plusieurs tentatives séparatistes suscitées par les élites locales. Les épidémies déciment les indigènes qui, contraints de participer à la récolte de la précieuse gomme, subissent des conditions proches de l’asservissement. 80 % de cette main d’œuvre disparaissent et un scandale éclate en 1908 à propos des mauvais traitements infligés aux travailleurs indiens de la Compagnie péruvienne d’Amazonie. De même que celle du guano, l’exploitation du caoutchouc est aussi intense qu’éphémère ; elle cesse soudainement en 1912, provoquant la crise économique que l’on peut imaginer.
1900 : L’Allemand Max Uhle est le premier à découvrir des traces de la culture nazca lors de fouilles effectuées à Chincha et Ica.
1900 : Le Code minier, remplaçant les Ordonnances de 1786, promeut les investissements, la concentration de la propriété minière ainsi que le développement d’une agriculture moderne. Tout est fait pour favoriser l’économie, les échanges et le capitalisme.
1901 : Premier congrès ouvrier à Lima. Les populations intègrent précocement les syndicats, notamment dans les régions où les Américains sont massivement présents et ont adopté des méthodes capitalistes.
1902 : Un rapport officiel établit un constat des problèmes sociaux qui règnent dans la sierra : les Indiens sont sous le joug des gamonales, ces notables ou « coqs de village » qu’ils ne peuvent quitter sans autorisation et pour lesquels ils travaillent comme des esclaves sans percevoir aucun salaire. L’Etat entreprend alors une politique favorable aux indigènes.
1902 : L’Ecole nationale d’Agriculture est créée par le gouvernement.
1903 : Le géologue Courty – de la mission française de Créqui Montfort et Sénéchal de La Grange – réalise une première fouille systématique sur le site bolivien de Tiahuanaco. Déjà décrit au XVIe siècle comme « la vieillerie la plus ancienne du Pérou » par le chroniqueur Cieza de Leon, le célèbre centre cérémoniel de l’altiplano a été visité ensuite par plusieurs voyageurs durant l’époque coloniale et, une fois l’indépendance du Pérou acquise, par les Français d’Orbigny, Castelnau et Angrand, ainsi que par l’Américain Squier et les Allemands Middendorf et Max Uhle. Au cours du XXe siècle, le site sera successivement étudié par le Français Alfred Métraux, l’Américain Wendell Bennett (en 1932), le Suédois Stig Ryden et l’Américain Alfred Kidder (en 1955). A partir de 1958, ce sont les archéologues boliviens qui prennent le relais, sous la direction de Carlos Ponce Sanguinés.
1905 : Les boulangers de Lima sont les premiers à demander la journée de huit heures, bientôt suivis par les fabricants de chaussure puis par les dockers de Callao. Les ouvriers et les artisans, bien que peu nombreux, prennent une grande part aux grèves de la première moitié du siècle et soutiennent Guillermo Henrique Billinghurst qui accèdera à la présidence en 1912.
1908-1912 : Le candidat du Parti civiliste, Augusto B. Leguia, est élu président de la République.
Dans les années 1910, plusieurs lois sont promulguées. Les premières ont pour objectif d’obliger les grands propriétaires à verser un salaire à leurs ouvriers agricoles, les secondes accordent une existence légale aux Indiens. Cependant, le gouvernement viole lui-même ces lois en contraignant les Indiens à participer à des travaux routiers, en raison de la pénurie de main-d’œuvre. L’Etat libère les Indiens de l’emprise des gamonales pour procurer des travailleurs bon marché aux entreprises capitalistes de la côte péruvienne.
Juillet 1911 : Un jeune archéologue américain, Hiram Bingham, guidé dans les environs de Cuzco par l’Indien Rodriguez Carpio, parcourt la Vallée sacrée, dépasse Ollantaytambo et descend le canyon du fleuve Urubamba. Après plusieurs jours de route, l’expédition arrive à Mandorpampa, une petite plaine située sur la rive droite du fleuve. Un paysan du cru oriente alors Bingham vers des ruines incas situées sur une montagne appelée Machu Picchu. Le 24 juillet, l’Américain traverse l’Urubumba sur un pont de lianes et gravit un sentier qui s’enfonce dans la forêt. A 600 mètres au-dessus de la vallée, il découvre de gigantesques terrasses. Il poursuit son chemin et parvient à l’emplacement de vestiges d’une cité inconnue aux bâtiments de style inca. Il fait ainsi la plus sensationnelle découverte de l’archéologie andine, celle de Machu Picchu, la cité en forme de nid de condor accrochée au sommet d’une montagne de granit. Il croit avoir trouvé l’antique cité de Vilcabamba, hypothèse dénuée de fondements, mais qui n’en est pas moins retenue alors par la plupart des spécialistes.
1912 : Le maire de Lima, Guillermo Billinghurst, devient président. Issu des classes moyennes, il doit faire face à l’hostilité de l’oligarchie qui lui reproche son soutien aux syndicats.
De 1912 à 1922, la superficie de terres consacrées à la culture de la canne à sucre double tandis que leur propriété ne cesse de se concentrer entre les mains de quelques-uns. 80 haciendas emploient à elles seules 20 000 travailleurs.
1912-1913 : Grèves ouvrières pour obtenir la hausse des salaires ainsi que la journée de huit heures, qui sera accordée en 1917. Les ouvriers se préoccupent aussi de leurs droits politiques et de la démocratisation du pays. Beaucoup, bientôt encouragés par la victoire de la révolution bolchevique en Russie, adhèreront aux idées communistes. Dans le cadre de cette société en quête de réforme apparaît un mouvement qualifié d’indigéniste. Des intellectuels tels que Matto de Turner ou Pedro Zulen dénoncent les conditions de vie et de travail des Indiens, encore souvent exploités par les grands propriétaires. Ils tentent de les faire s’organiser en petits groupes de résistance. Grâce à l’écrivain politique Manuel Gonzalez Prada, José Carlos Mariategui et Victor Raul Haya de la Torre prennent rapidement en considération la discrimination dont souffrent les Indiens. Le président Leguia lui-même promeut l’indigénisme en prononçant des discours en quechua, langue qu’il ignore cependant, ou en promulguant des lois qui reconnaissent les droits des communautés paysannes indigènes, notamment sur les terres.
1913 : Le président Billinghurst, conscient du malaise qui règne dans les campagnes, envoie Teodomiro Gutierrez Cuevas, un ancien préfet acquis à la cause indienne, en mission dans les hautes terres méridionales afin de recueillir les doléances des paysans au sujet du comportement des gamonales.
Février 1914 : Le président Billinghurst est renversé par des militaires menés par un colonel du Parti civiliste, Oscar Benavides.
1915 : Le représentant de l’oligarchie, José Pardo y Barredas, est élu président.
1915 : Exaspérés par la domination sans partage des gamonales, les paysans indiens se révoltent avec, à leur tête, Gutierrez Cuevas qui a pris le nom de Rumi Maki, c’est-à-dire « main de pierre » en quechua. Les soulèvements sont fréquents, mais ce dernier est le seul de grande ampleur avant le second mandat de Augusto Bernardino Leguia.
1917 : Fondation de l’Université pontificale catholique du Pérou.
 

1919-1930 : Seconde présidence d’Augusto Bernardino Leguia qui accède au pouvoir par un coup d’Etat, le 4 juillet 1919 et est réélu pour cinq ans en 1924, grâce au soutien des étudiants, des ouvriers et des classes moyennes. Il dissout l’assemblée pour y placer des députés favorables à la politique qu’il entend mener. Il encourage la modernisation de l’Etat, entreprend une œuvre édilitaire et compte sur les capitaux étrangers, particulièrement américains, pour enrichir le pays. Sa présidence se déroule dans un climat de népotisme et de corruption : l’oligarchie est économiquement et politiquement toute puissante. L’opposition est réduite au silence. Leguia contraint à l’exil les membres du Parti civiliste qui disparaît du paysage politique. Enfin, sa politique étrangère privilégie les relations avec les Etats voisins.
1919 : Début de l’étude systématique de Chavìn par l’archéologue Julio Tello qui y dirige quatre campagnes de fouilles entre 1919 et 1940.
1919 : Création de la Fédération des Etudiants qui réunit un congrès national présidé par Raul
Haya de la Torre. Cette instance s’inspire du mouvement des étudiants argentins de Cordoba qui revendique plus de droits pour les étudiants et une réforme de l’université. Elle s’oppose clairement à l’oligarchie au pouvoir, formée de quelques centaines de familles qui concentrent entre leurs mains tous les pouvoirs et règnent en maîtresses sur l’ensemble du pays. Les notables tels que les caudillos et les gamonales n’en font pas partie et ne détiennent qu’une puissance locale, notamment dans les hautes terres où ils jouissent d’un pouvoir incontesté.
1920 : José Carlos Mariategui fonde le Parti socialiste qui se transforme par la suite en Parti communiste.
1920 : Loi de conscription des ouvriers. Les hommes doivent deux semaines de travail par an à l’Etat, souvent leurs dimanches, afin de contribuer à la construction de routes. Cette loi est perçue comme un nouveau tribut sur les Indiens qui en sont les principales victimes. En 1923 est fondée une police chargée de faire plier les récalcitrants.
16 juin 1920 : Constitution d’un Comité de défense des droits indigènes, qui reprend le vieux nom de Tahuantinsuyu qui désignait jadis l’Empire inca. La fondation du Comité provoque des mouvements de paysans qui souhaitent récupérer les terres que leur ont prises les gamonales. Ces actions ne cessent de s’amplifier et les paysans sont bientôt rejoints par les travailleurs des haciendas. L’Etat fonde le Patronat de la race indigène, une institution censée court-circuiter le Comité. Le gouvernement se tourne vers les gamonales qui organisent des groupes de défense paramilitaires. C’en est fini de la rébellion indigène : le Tahuantinsuyu est rapidement interdit par l’Etat et le premier congrès indien se tient à Lima en 1924, sans aucun effet sur la condition des Indiens.
1922 : Signature du traité de Salomon Lozano entre le Pérou et la Colombie qui obtient l’accès au bassin de l’Amazone. Le Pérou concède en effet à la Colombie, au nord-est de son territoire, le « triangle de Leticia ».
1924 : Victor Raul Haya de la Torre fonde l’Alliance populaire révolutionnaire américaine, l’APRA, farouchement anti-impérialiste.
Dans les années vingt, les ouvriers passent d’un anarcho-syndicalisme à une implication plus profonde en politique par le biais de l’appartenance à des partis politiques tels que le Parti socialiste du Pérou de Mariategui ou l’APRA de Haya de la Torre.
1928 : Parution de L’Anti-impérialisme et l’APRA, œuvre majeure de Raul Haya de la Torre dans laquelle ce dernier dénonce l’alliance de l’oligarchie avec les Américains. Il propose un plan révolutionnaire qui doit passer par l’union des peuples ibéro-américains afin de renverser les gouvernements qui trahissent le peuple au profit des Etats-Unis. Cependant, Haya de la Torre rejette les thèses marxistes : selon lui, les classes moyennes souffrent plus de la situation que les prolétaires, trop peu nombreux pour mener à eux seuls une révolution. Haya de la Torre ne prône pas la lutte des classes, ce que lui reproche Mariategui qui ne peut concevoir que l’on mêle les paysans à la révolution. Le fondateur de l’APRA propose comme modèle celui de la révolution mexicaine et lance un nouveau parti, le Parti national de Libération, dont il est le candidat aux élections.
1928 : Le Pérou compte près de 6 000 travailleurs dans le pétrole et 32 000 mineurs, tous salariés.
1929 : Les deux voisins ennemis que sont le Pérou et le Chili parviennent à un accord à propos du sort des provinces de Tacna et Arica, occupées par les Chiliens depuis 1883 : la province d’Arica devient chilienne alors que celle de Tacna reste au Pérou.
20 août 1930 : Leguia, au pouvoir depuis 1919, est renversé et capturé par un jeune colonel métis, Sanchez Cerro, qui transfère ses quartiers généraux à Arequipa et Puno où il constitue une junte militaire. Le pays est en proie à des difficultés économiques dues au retrait des capitaux et des investissements américains à la suite de la crise de 1929 ainsi qu’à la chute spectaculaire des exportations de matières premières. De 1929 à 1932, le budget de l’Etat passe de 50 à 16 millions de dollars.
Dans les années trente et quarante, les soulèvements militaires se succèdent ; l’APRA, menée par Haya de la Torre revenu d’exil en 1931, est à l’origine d’un climat d’agitation auquel les grands propriétaires terriens parviennent difficilement à mettre fin.
1930 : La mort de Mariategui, à l’âge de 35 ans, signifie la marginalisation du PSP, renommé Parti communiste le mois suivant. Toutefois, le tout récent parti est interdit à la suite d’une manifestation qui tourne mal et ne peut présenter de candidats aux élections de 1931.
Décembre 1931 : Le colonel Sanchez Cerro, opposé au leader de l’APRA, est légitimé par les suffrages populaires. L’instabilité politique et sociale le pousse à la promulgation de lois répressives qui doivent permettre de faire face à d’éventuels troubles : interdiction des meetings, censure des médias, deux mesures qui visent en premier lieu l’APRA.
1932 : Découverte, lors d’une expédition de reconnaissance aérienne dirigée par les Américains Shipee et Johnson dans la vallée du fleuve Santa, d’une muraille de pierre et d’adobe longue de près de 66 kilomètres et haute de près de trois mètres. Ce site – dont on suppose qu'il relève de la culture chimu – n’a toujours pas été fouillé.
6 mai 1932 : Le leader de l’APRA, Haya de la Torre, est emprisonné après s’être proclamé, l’année précédente, « président moral » du Pérou.
7 juillet 1932 : Insurrection armée orchestrée par l’APRA à Trujillo au cours de laquelle plusieurs officiers trouvent la mort. L’armée encercle la ville et mène une répression sans merci, faisant des centaines de victimes. L’APRA est interdite de 1931 à 1945. Après cette période de guerre civile, l’alliance entre l’armée, les grands propriétaires et les intérêts américains permet l’instauration d’une stabilité politique qui n’est pas rompue par l’assassinat par un apriste de Sanchez Cerro, le 30 avril 1933.
1933-1939 : Présidence du général Oscar Benavides. Au XIXe siècle, le Pérou avait connu deux périodes de gouvernements militaires, de 1821 à 1872 puis de 1883 à 1895. S’ouvre alors une troisième période, appelée à durer jusqu’en 1980 durant laquelle les militaires cohabitent pacifiquement avec l’oligarchie. Evincée au XIXe siècle, cette dernière retrouve de son pouvoir et de son aura grâce à l’armée.
Sur un plan économique, le Pérou se dirige vers une nouvelle phase de prospérité et de dynamisme. Les exportations reprennent et se diversifient.
1936 : Création des ministères de l’Education, de la Santé publique, du Travail et du bien-être social. La sécurité sociale apparaît afin d’aider les ouvriers des usines, avant d’être étendue à tous les travailleurs quelques années plus tard.
1936 : Un apriste sort victorieux des élections présidentielles que Benavides fait annuler, arguant du fait que l’APRA est un parti international et que la constitution péruvienne réserve aux seuls partis nationaux la participation aux élections. Le président sortant reste donc au pouvoir et entame un démantèlement du parti de Haya de la Torre.
1936-1939 : L’Etat péruvien choisit de soutenir Franco dans la guerre civile qui, en Espagne, l’oppose aux Républicains.
1939 : Grâce à l’appui des communistes, le banquier Manuel Prado remporte les élections présidentielles face à José Quesada, leader profasciste de l’Union révolutionnaire. Pendant la seconde guerre mondiale, l’union politique antifasciste est de mise entre les divers partis dont l’APRA et le PC qui cessent momentanément leurs attaques contre les Etats-Unis et l’oligarchie en place.
1940 : Au cours de travaux sur les systèmes d’irrigation utilisés dans les anciennes cultures péruviennes de la côte, Paul Kosok, de la Long Island University, découvre, dans la vallée de Nazca, une figure d’oiseau de 30 mètres de long tracée sur le sol. L’exploration du plateau compris entre les rio Ingenio et Nazca lui permet d’identifier des images zoomorphes similaires. Il leur attribue une signification astronomique. Cependant, en 1968, Gerald Hawkins, spécialiste de Stonehenge, étudie les géoglyphes de Nazca et infirme la thèse de Kosok. Ces traces gardent donc tout leur mystère.
1940 : Le taux d’analphabétisme est de 56 %, et 1/3 de la population péruvienne ignore l’espagnol. Cette même année, le pays subit des revers économiques en raison du très fort endettement et des progrès de l’inflation. Entre 1939 et 1945, le coût de la vie augmente de 190 %.
1941 : Conflit frontalier entre le Pérou et l’Equateur. Depuis l’indépendance de ce dernier en 1830, la question des frontières était demeurée entière et des litiges subsistaient à propos des provinces de Tumbes, Jaen et Maynas attribuées au Pérou et revendiquées par son voisin du Nord. En 1910, l’ambassade du Pérou à Quito avait été la cible de violentes manifestations, mais le conflit avait pu être évité. Il ressurgit en 1941, lors de l’occupation de postes frontières péruviens par les troupes équatoriennes. Le Pérou remporte la bataille de Zarumilla, envahit la Provincia del Oro et contraint l’Equateur à capituler. Ce conflit entraîne un regain d’intérêt du Pérou pour l’Amazonie.
Décembre 1941 : Après deux années de neutralité et à la suite de l’attaque de Pearl Harbor, le Pérou se range du côté des alliés et retire ses diplomates de Rome, Berlin et Tokyo.
Janvier 1942 : Les représentants du Pérou et de l’Equateur signent la paix à Rio de Janeiro. Les Péruviens retirent leurs troupes de la Provincia del Oro et les frontières sont clairement tracées, sauf sur une cinquantaine de kilomètres dans la cordillère del Condor qui est inaccessible.
1943 : Le Pérou dénonce le régime de Vichy et reconnaît comme président français en exil le général De Gaulle. Le discours démocrate du gouvernement péruvien est en totale contradiction avec sa politique répressive et autoritaire.
1945 : Les élections sont remportées avec 67 % des voix par José Luis Bustamante, candidat du Front démocratique national, auquel appartient l’APRA qui remporte, pour sa part, la majorité parlementaire. Le nouveau président est un intellectuel indépendant gagné aux idées sociales et persuadé de la nécessité de réduire la corruption et la bureaucratie d’Etat, de tenter une décentralisation et de redresser les comptes. Il préfère Rafael Belaunde à Haya de la Torre comme premier ministre, provoquant une rupture avec l’APRA dont les députés s’opposeront à toutes les tentatives de réforme qu’il proposera.
L’APRA s’illustre par la violence de ses partisans qui posent des bombes, brûlent des bâtiments et assassinent leurs ennemis politiques. Haya de la Torre prononce un célèbre discours dans lequel il tente de rassurer les oligarques : « L’APRA ne cherche pas à enlever la richesse à ses détenteurs, mais à en créer en faveur de ceux qui en sont dépourvus. » De leur côté, les couches populaires contestent l’ordre oligarchique, allié des Américains, et réclament une redistribution des richesses ainsi que des hausses de salaires. Les ouvriers se mettent en grève. Pour faire face au Front démocratique national, les forces dirigeantes traditionnelles créent l’Alliance nationale et la Société nationale agricole qui ont pour mot d’ordre la paix sociale afin d’attirer les investissements étrangers, créateurs d’emplois et de richesses.
1945 : Les Etats-Unis pressent le Pérou d’adopter un fonctionnement plus démocratique. Haya de la Torre s’y attelle et exige notamment la légalisation de l’APRA, devenue la principale force politique du pays.
Janvier 1947 : Assassinat de Francisco Graña Garland, l’un des directeurs de La Prensa, revue liée à la Société nationale agricole : de lourds soupçons pèsent sur l’APRA dont les ministres sont aussitôt congédiés. Le président Bustamante procède à un remaniement ministériel et nomme cinq civils et cinq militaires dans son gouvernement.
Juillet 1947 : L’appel de Pedro Beltran à une alliance anti-APRA est entendu par de nombreux partis : ils empêchent l’ouverture des portes du Congrès où les députés de l’APRA ne peuvent plus siéger. Jusqu’à l’échéance de son mandat, le président Bustamante dirige le pays par des décrets.
Novembre 1947 : Haya de la Torre ordonne au major Victor Villanueva d’organiser les brigades apristes afin d’en finir avec le gouvernement dictatorial de Bustamante. Les rumeurs d’une insurrection vont bon train.
3 octobre 1948 : Soulèvement apriste. L’APRA, qui fait l’objet d’une sévère répression, est de nouveau interdite. Le président est dans une situation fort délicate.
28 octobre 1948 : Coup d’Etat du général Odria, ministre de Bustamante, qui reste au pouvoir jusqu’en 1956. Il gouverne avec les forces oligarchiques et s’applique à neutraliser totalement la gauche, notamment l’APRA dont les partisans sont pourchassés. Odria ne juge pas utile de rouvrir le Congrès et la loi de Sécurité interne attribue au gouvernement une liberté totale d’action. Le pays bénéficie d’une reprise économique et la dictature d’Odria est avant tout synonyme de paix sociale et de stabilité politique.
3 janvier 1949 : Haya de la Torre trouve refuge à l’ambassade de Colombie où il demeure pendant les cinq années suivantes.
En 1950, tous les opposants ont été réduits au silence. La plupart se cachent et risquent, s’ils sont retrouvés, l’exécution sommaire. Afin de se prévaloir d’une légitimité toute relative, Odria décide d’organiser des élections dont il est l’unique candidat et qu’il remporte aisément. Les quelques mouvements d’opposition qui contestent les résultats sont l’objet d’une répression vigoureuse.
Il puise son inspiration politique dans l’action de l'Argentin Juan Domingo Perón qu’il admire, et choisit pour thèmes la santé, l’éducation et le travail. Il entreprend des travaux de grande ampleur qui coûtent à l’Etat plus qu’il n’en a les moyens, d’où une reprise de l’inflation et l’augmentation du coût de la vie. Odria est forcé de promettre aux mécontents des élections pour 1956. Tandis que des mouvements paysans contestataires voient le jour, l’oligarque Prado passe un pacte et forme la Coalition nationale avec l’APRA dans le but d’instaurer un système politique fondé sur plus de droits et de démocratie. Dans le même temps, le fils de Rafael Belaunde, Fernando Belaunde Terry, candidat aux élections présidentielles, fonde le Front national de la Jeunesse démocratique.
1956 : Manuel Prado, qui s’est engagé à légaliser l’APRA, recueille la majorité des suffrages aux élections présidentielles. La situation sociale est tendue dans la sierra où les liens sociaux demeurent régis par la domination des gamonales qui règnent en maîtres sur une population dépendante et misérable. Prado crée l’Institut pour la réforme agraire et la colonisation qui doit faire un état de la situation dans les campagnes avant d’engager toute redistribution des terres.
1958 : Pedro Beltran accepte la proposition de Prado d’entrer au gouvernement en tant que ministre des affaires économiques. Le pays connaît alors une croissance de la production nationale de 4,5 % par an et l’Etat se reconstitue un stock de devises étrangères.
1959 : L’archevêque de Lima prône une répartition équitable des richesses, une réforme économique et sociale et une augmentation des salaires afin que tous puissent vivre de ce qu’ils gagnent. Des prêtres aident à la formation de coopératives de crédit dans la partie méridionale du Pérou. Les militaires eux-mêmes redéfinissent leur rôle au sein de la société et donnent désormais la priorité à l’amélioration des conditions de vie et au développement.
1960 : Le pourcentage des actifs bancaires détenus par le capital étranger est de 36 % et s’élève à 62 % en 1966 car l’Etat ne cesse de favoriser les investissements américains depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
1960 : Le problème de la cordillère del Condor resurgit car l’Equateur dénonce le protocole de Rio de Janeiro de 1942. Des escarmouches surviennent à nouveau en 1981 et 1992.
1960-1965 : L’Etat péruvien concentre ses efforts sur l’éducation dont les dépenses augmentent de 85 % et représentent 33 % du budget. Le nombre des étudiants et des professeurs augmente de manière considérable. Cependant, les Péruviens qui ont suivi de longues études sont confrontés à la pénurie d’emplois qualifiés.
1962-1971 : Sept campagnes de fouilles permettent de dégager les grandes lignes de la civilisation qui s’épanouit dans la cité côtière de Cajamarquilla, centre de la culture Maranga.
Juin 1962 : Le candidat de l’APRA, Haya de la Torre, remporte les élections présidentielles. Cependant, l’Armée refuse de le voir accéder à sa charge à laquelle elle installe Perez Godoy. La junte militaire au pouvoir veut éviter une révolution à la cubaine en promouvant des réformes de grande ampleur qui profitent à la population tout entière. Elle prévoit la tenue d’élections l’année suivante et laisse, en attendant, toute liberté aux communistes, aux apristes ainsi qu’à la presse.
En seulement une année, Godoy crée un institut de planification pour le développement, une banque qui propose des prêts à faibles taux d’intérêt pour l’achat de modestes maisons ainsi qu’une agence pour le logement. Il entreprend des réformes agraires locales et favorise la colonisation de certaines régions. Cependant, jugé trop réformateur, il est démis de ses fonctions en 1963 et remplacé par le général Nicolas Lindley.
1963 : Le candidat de l’Armée, Fernando Belaunde Terry, est élu président. Ne disposant pas de la majorité à la Chambre des députés, il échoue dans ses tentatives de réforme. Il ne parvient pas non plus à réduire l’influence de l’oligarchie ni la dette de 120 millions de dollars qui atteint 700 millions en 1967. Le président entreprend une réforme agraire qui lui vaut les inimitiés des grands propriétaires de la côte dont les plantations demeurent toutefois intactes. Seuls 5 % des terres cultivables du pays, le plus souvent les moins fertiles, sont sujettes à l’expropriation.
1963 et 1966 : Les autorités des municipalités étaient désignées par le gouvernement depuis la présidence de Leguia. Belaunde organise des élections municipales remportées par les deux partis dont il est proche, l’Action populaire et la Démocratie chrétienne, au grand dépit de l’APRA qui espérait conquérir la mairie de Lima.
1964 : L’explorateur américain Gene Savoy, qui n’a pas été convaincu par les conclusions formulées en 1911 par Bingham à propos de Machu Picchu, décide de partir à la recherche de la mystérieuse cité de Vilcabamba. Trois expéditions successives menées par Savoy découvrent sur le cours abrupt du Pampacona, dans la région d’Espiritu Pampa, les vestiges d’une ville dont le plan et les édifices correspondent exactement aux descriptions des anciennes chroniques.
1964-1969 : Première entreprise de restauration de Chanchan sous la direction de l’archéologue péruvien Francisco Iriarte. Le travail des techniciens a permis de sauver le palais Tschudi et la huaca Le Dragon.
1965 : Création à Cuzco du Mouvement de la Gauche révolutionnaire par le militant apriste Luis de la Puente Uceda et le trotskiste Hugo Blanco. Un autre groupe de guérilla, Tupac Amaru, est fondé dans le centre du pays par Guillermo Lobaton. Ces mouvements, probablement soutenus par Cuba et l’Union soviétique, encouragent les paysans à occuper les haciendas et à s’emparer de milliers d’hectares. Beaucoup comprennent aux Etats-Unis et au Pérou qu’il faut hâter les réformes et transformer rapidement les structures sociales pour éviter les explosions de violence qui ne sauraient tarder. Dès 1965-1966, le Pérou, aidé par les Etats-Unis, mène une lutte sans merci contre des groupes de guérilleros.
1966 : Le Peabody Museum de l’université de Harvard entreprend le projet Chanchan, premier programme de fouilles scientifiques du célèbre site précolombien. Les scientifiques concluent que la métropole de Chanchan est constituée d’un vaste quartier populaire et d’un ensemble de palais-mausolées.
1967 : Une dure crise économique s’abat sur le pays, jusque-là plutôt prospère. La monnaie nationale, le sol, doit être dévaluée, et les investissements étrangers chutent alors que la croissance de la dette et du chômage se poursuit. Les opposants usent de ce prétexte pour réclamer des élections anticipées.
3 octobre 1968 : Le président Belaunde est renversé par un coup d’Etat des militaires, décidés à prendre le pouvoir pour réformer le pays et abattre définitivement la puissante oligarchie qui freine les avancées sociales.
1968-1975 : Présidence – ou plutôt dictature – du général Velasco Alvarado. Le gouvernement de Velasco s’attribue le nom de gouvernement révolutionnaire des Forces armées et entend mettre en place le plan Inca, un programme économique et social qui se veut une troisième voie entre communisme et capitalisme afin de créer un Etat capitaliste qui redistribuerait les richesses aux plus pauvres. Les militaires au pouvoir s’en prennent aussitôt aux intérêts américains et à la compagnie pétrolière International Petroleum Company (IPC), considérablement avantagée sous la présidence de Belaunde : l’Etat lui retire les puits de pétrole qu’elle exploitait, ainsi que les raffineries. Il nationalise de nombreuses firmes étrangères et souhaite que les ouvriers détiennent à terme le capital de leurs entreprises. En plus d’une politique d’industrialisation, l’Etat pratique la substitution à l’importation, à l’image de ses voisins latino-américains. Il s’agit de produire au Pérou ce qui provenait jusque-là des Etats-Unis ou d’Europe et de rompre avec la dépendance économique vis-à-vis de ces pays.
Velasco crée le Bureau de la Confédération des travailleurs péruviens, la Confédération nationale agricole ainsi que le Système national à la mobilisation sociale, le SINAMOS. En même temps, il muselle les partis politiques et la presse.
Affirmant leur indépendance totale vis-à-vis des Etats-Unis, les militaires concluent des accords commerciaux avec l’Union soviétique et établissent des relations diplomatiques avec Cuba. Le Pérou devient l’un des leaders des pays non alignés.
Juin 1969 : Promulgation de la réforme agraire, l’Armée promeut un « socialisme d’en haut » afin de prévenir les dangers d’un « socialisme d’en bas ». Pendant les années soixante, alors que la population urbaine connaît une véritable explosion, la population rurale stagne. Du fait de l’extrême diversité des campagnes, il convient d’appliquer à chacune une réforme appropriée. On rencontre en effet des propriétaires d’haciendas traditionnelles dans la sierra, de grandes plantations fonctionnant selon un modèle capitaliste sur la côte, des communautés paysannes, une propriété communale et des petits propriétaires dans les hautes terres. En avançant leur programme de réforme agraire, les militaires espèrent s’attirer le soutien des paysans, accroître la productivité agricole et en finir avec la domination des grands propriétaires.
24 juin 1969 : Velasco exproprie les immenses et modernes haciendas de la côte septentrionale et occidentale du Pérou avec, pour mot d’ordre : « La terre à ceux qui la travaillent. » Les terres issues de l’expropriation sont attribuées à 370 000 familles paysannes, mais les plus pauvres sont exclus de cette redistribution. Les propriétaires dépossédés ne résistent guère, mais les paysans manifestent leur mécontentement car les terres sont gérées par des coopératives, très vite endettées, dirigées par des administrateurs et des ingénieurs. L’Etat ne peut empêcher la privatisation des terres, et la réforme agraire aboutit à un cuisant échec. La tentative d’alliance des classes sociales par la mise en place de « communautés de travail » dans les entreprises rencontre l’opposition du patronat et de la Centrale des Travailleurs péruviens qui regroupe des ouvriers de gauche.
1969 : Création du Pacte andin à Carthagène en Colombie qui rassemble le Pérou, la Bolivie, la Colombie, l’Equateur et le Venezuela, avec l'objectif d’instaurer une union économique et sociale en vue de la formation d’un marché commun.
1972 : Velasco dissout la Société nationale agricole, bastion de l’oligarchie hostile à la réforme, qu’il remplace par la Confédération paysanne du Pérou et la Confédération nationale agricole qui doivent rétablir un lien entre l’Etat et les paysans.
Années soixante-dix : Boom de la production de coca dont les feuilles sont cultivées dans la jungle amazonienne. Les trafiquants colombiens organisent la production et l’exportation dans la partie péruvienne de la forêt.
Février 1975 : Grève des forces de police de Lima.
29 août 1975 : Le président Velasco Alvarado est destitué et remplacé par le général Bermudez dont la politique est nettement défavorable à la gauche. Il prend de nouvelles mesures économiques afin de juguler la dette extérieure qui a dépassé 8 milliards de dollars : arrêt des nationalisations, limitation du droit de grève et de la stabilité de l’emploi. Le gouvernement envoie des signaux positifs au secteur privé sur lequel il compte s’appuyer pour enrayer la crise. L’échec est cuisant.
1976 et 1977 : Le pays est secoué par deux grèves nationales à caractère socio-économique et politique (les grévistes réclament plus de démocratie).
1978 : Bermudez convoque une Assemblée constituante dont Haya de la Torre, alors octogénaire, devient président. Elle a pour mission de ramener le Pérou dans la voie de la démocratie, grâce à une nouvelle constitution, signée en août 1979.
Août 1979 : Mort de Haya de la Torre.
1979 : 30 % des terres cultivables du pays, appartenant à 16 000 propriétaires, ont été expropriés.
Avril 1980 : Belaunde Terry, chef du Parti d’Action populaire, retrouve son poste de président après avoir battu l’APRA et la gauche unie, une alliance de six partis de gauche. Pour la première fois, les Péruviens illettrés, soit 20 % de la population, ont été admis à voter. Ce second mandat de Belaunde Terry se caractérise par un certain immobilisme. Le président rétablit immédiatement la liberté de la presse et choisit de libéraliser l’économie du pays. Il lance des projets de colonisation de l’Amazonie qui aboutissent à des problèmes ethniques car les nouveaux arrivants entendent s’approprier les terres des Indiens.
Plus grave, deux mouvements de guérilla marxistes voient le jour sans que Belaunde en perçoive le danger : le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (1982), marxiste-léniniste, et le Sentier lumineux (1978), d’inspiration maoïste qui tire son nom du mouvement éponyme créé par Mariategui en remplacement du Parti communiste en 1970. Ses membres sont les enfants des propriétaires terriens des hautes terres péruviennes dont les possessions ont été confisquées lors de la réforme agraire. Le groupe est né dans la région de Ayacucho parmi les étudiants et professeurs d’université pour la plupart issus du PCP. Abimael Guzman Reynoso, professeur de philosophie, en est le leader et le cerveau. Le mouvement se développe sur le terreau de la sourde révolte amérindienne, des oubliés de la réforme agraire de 1969 et des étudiants issus de la paysannerie qui sortent de l’université avec un diplôme inutilisable en raison de la ségrégation raciale et linguistique. Il prône l’encerclement des villes par les campagnes et entend agir en trois étapes : une campagne de propagande ; une offensive généralisée contre l’Etat et son pouvoir militaire ; une guerre totale jusqu’à la chute des villes assiégées. Dotée d’une organisation verticale, la guérilla exclut tout lien avec les forces politiques nationales.
1980 : Premières actions violentes du Sentier lumineux qui commet des attentats et se fait remarquer par des actions de guérilla. Jusqu’en 1984, les actions du groupuscule restent cantonnées au département d’Ayacucho.
1982 : Plusieurs désastres naturels aux conséquences dramatiques s’abattent sur le Pérou dont la production de nourriture chute de plus de 9 % l’année suivante.
1982 : L’exportation de coca rapporte 850 millions de dollars, soit le quart des exportations agricoles du pays. Le montant atteint 1,5 ou 2 milliards de dollars en 1988, année où la moitié de la production de coca provient du Pérou. Les militaires, le Sentier lumineux et les barons de la drogue se disputent le contrôle de la production et du trafic. En dépit des pressions exercées par les Etats-Unis, le gouvernement ne réagit pas, totalement dépassé par le nombre de petits producteurs de coca, protégés par le Sentier lumineux contre d’éventuelles représailles des trafiquants et des militaires.
1982 et 1983 : Les partisans de la guérilla sentiériste plongent Lima et ses cinq millions d’habitants dans le noir après avoir saboté le système électrique.
2 mars 1982 : Le Sentier lumineux libère plusieurs dizaines de guérilleros après avoir pris d’assaut la prison d’Ayacucho.
Août 1982 : L’état d’urgence est décrété à Lima par le président Belaunde.
21 décembre 1982 : Il décide l’intervention de l’Armée aux côtés de la police dans la lutte contre le Sentier lumineux.
Janvier 1983 : L’état d’urgence est étendu à cinq provinces. C’est le début de la « sale guerre », marquée par des exactions et des crimes nombreux qui se prolonge jusque dans les années quatre-vingt-dix. Le bilan des actions de la guérilla sentiériste est dramatique : on estime à plus de 10 500 le nombre de victimes à Ayacucho entre 1980 et 1993, et à plus de 70 000 dans l'ensemble du pays.
1983 : Alfonso Barrantes Lingan, leader de la Gauche unie, devient le premier maire marxiste de Lima.
1984 : Attentats du Sentier lumineux à Lima.
14 avril 1985 : Alan Garcia Perez devient – à trente-six ans et avec 46 % des voix – le plus jeune président de l’Histoire du pays, le premier qui soit issu de l’APRA. Il parvient à écarter les militaires du pouvoir et bénéficie de la majorité absolue dans les deux chambres. Il dispose du soutien de nombreux partis de gauche qui tiennent à se démarquer du Sentier lumineux. Le président crée une nouvelle monnaie, l’inti, dont le nom signifie « soleil » en quechua et remplace le sol (mille soles valent un inti). L’Etat ne parvient pas à endiguer et encore moins à rembourser son énorme dette.
1985 : Troisième phase de la réforme agraire qui inclut une nouvelle distribution de terres en faveur des communautés paysannes. Le nouveau président espère stimuler l’agriculture afin de réduire la dépendance du Pérou vis-à-vis des importations de nourriture grâce à l’intensification de la privatisation des terres et à l’accès des paysans à la technologie et à des outils agricoles modernes dans les hautes terres.
1985 : Création de l’Association nationale des détenteurs de parcelles qui regroupe des petits propriétaires au sein de coopératives et s’oppose à trop d’ingérence étatique. C’est la première fois que des paysans s’organisent de la sorte pour imposer leurs vues au gouvernement.
1986 : Selon les critères définis par les grandes organisations internationales telles que l’ONU, le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale, 70 % de la population péruvienne sont pauvres, et 20 %, soit 3,5 millions de personnes, sont très pauvres. Le président prend alors une décision qui froisse le FMI et lui vaut l’opposition de son ministre de l’Economie, Alva Castro : il prononce un moratoire partiel sur le remboursement de la dette. Le FMI suspend, en réaction, tout crédit au pays.
1986 : La confrontation entre l’armée, les narcotrafiquants et le Sentier lumineux est à son comble lorsque la guérilla sentiériste s’empare de Tocache, capitale amazonienne de la coca.
1987 : Le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru tente de prendre le contrôle de Tocache, sans succès. On estime alors à 250 000 le nombre de personnes employées à la culture de coca. Les Indiens d’Amazonie se constituent en organisations politiques et revendiquent des droits auprès du gouvernement. Le Pérou est en proie à un climat de violence qui ne semble pas connaître de limites.
1987 : En dépit des efforts de modernisation consentis dans l’agriculture, la production agricole décroît.
18-19 juin 1987 : Des détenus sentiéristes se mutinent dans diverses prisons du pays. Alors que les mutins ont déposé les armes, la répression est féroce et la garde républicaine exécute une centaine d’entre eux. Le président, personnellement mis en cause dans ces exécutions, n’en sort pas indemne : à la fin de l’année, un rapport parlementaire confirme le poids de ses ordres dans la tuerie. Alan Garcia perd tout crédit, y compris au sein de son propre parti qui élit secrétaire général son rival, Luis Alva Castro, en décembre 1988.
Le Sentier lumineux tire parti du chaos économique et du peu d’attention que l’Etat lui porte pour se développer, accroître le nombre de ses partisans et s’introduire dans les universités, les écoles, les usines, les bidonvilles. Il n’hésite pas à tisser des liens avec les trafiquants de drogue du bassin de l’Amazone. Il s’apprête à l’attaque finale contre l’« Etat fasciste », sous la forme d’une guérilla urbaine, en raison de la trop forte présence de l’armée dans les campagnes. Pratiquant un véritable chantage, il perçoit de l’argent des narcotrafiquants et des directeurs d’usine menacés d’attentats contre leurs moyens de production. Le mouvement règne en maître dans plusieurs régions du pays et autour de la capitale. Il n’hésite pas à user de méthodes d’intimidation telles que les procès expéditifs et les exécutions sommaires. Cependant, une telle stratégie le conduit à sa perte : la population terrorisée se retourne contre lui. Les paysans ne lui pardonnent pas l’exécution d’autorités locales ni les attaques contre des organismes d’aide étrangers. Il perd aussi le soutien des habitants des bidonvilles après l’assassinat d’un leader très apprécié, Elena Moyano.
28 juillet 1987 : Dans un discours, le président Garcia annonce la nationalisation des compagnies d’assurance, des sociétés financières et des banques dont il accuse la politique monétaire d’être responsable du faible développement du pays. L’inti – la nouvelle unité monétaire qui a remplacé le sol – est de plus en plus déprécié face au dollar et poursuit sa chute. Cette politique provoque un sursaut de mécontentement populaire : les classes moyennes se plaignent de l’effondrement du niveau de vie tandis que les paysans critiquent une réforme agraire dont les effets se font attendre.
Décembre 1987 : Le président cède au FMI et dévalue fortement la monnaie nationale.
1988-1990 : Le Sentier lumineux s’en prend aux quartiers des classes moyennes qui lui accordaient jusqu’alors un appui tacite. La réponse du gouvernement, c’est-à-dire de l’Armée, ne se fait pas attendre et la violence se généralise.
1988-1994 : Un million de Péruviens quittent le pays, fuyant le régime de terreur instauré par le Sentier lumineux. Ils trouvent le plus souvent refuge aux Etats-Unis. Des millions d’autres organisent à l’avance leur exil en cas d’arrivée au pouvoir du mouvement. Les Etats voisins prennent également des précautions.
1989 : Les deux tiers des terres des coopératives ont été privatisées. Le morcellement des terres entraîne la baisse de la production au détriment des villes et des exportations ainsi que la réduction du marché du travail : alors que les coopératives employaient de nombreux ouvriers agricoles sans terre, les petits propriétaires se contentent d’une main-d’œuvre familiale. Ces derniers reconstituent les communautés paysannes multiséculaires du Pérou en développant des écoles, des dispensaires et des infrastructures. Ils se regroupent dans diverses coopératives aux contours peu définis : les coopératives agricoles des travailleurs, les entreprises des travailleurs agricoles permanents… Les petits propriétaires sont bien plus nombreux sur la côte que dans les hautes terres où la réforme agraire ne s’est faite qu’au prix de luttes incessantes des communautés paysannes face aux propriétaires d’haciendas. Dans les départements du centre et du sud, les paysans sont à la fois les victimes de la répression militaire et du Sentier lumineux qui contrôle une bonne part de la production.
1989 : L’écrivain Mario Vargas Llosa fonde le mouvement libéral « Liberté ». Allié à deux autres partis de droite, l’Action populaire et le Parti populaire chrétien, il forme un Front démocratique destiné à remporter les élections de 1990 contre le président sortant.
14 avril 1989 : Les trois partis du Front démocratique annoncent leur programme commun.
28 mai 1989 : Ils présentent leur candidat à la présidentielle, Vargas Llosa, qui sera opposé à Alfonso Barrantes, à gauche.
Novembre 1989 : Les élections municipales voient une forte poussée de la droite, le maintien de la gauche et la chute de l’APRA. Lima est remportée par un indépendant.
1990 : Une grève organisée par le Sentier lumineux paralyse le pays.
1990 : L’année des élections présidentielles réserve des surprises. La gauche se divise rapidement et signe sa propre perte en présentant deux candidats, l’un pour la Gauche socialiste et l’autre pour la Gauche unie. La droite croit alors la victoire acquise : c’est sans compter sur l’apparition d’un quatrième homme, Alberto Fujimori, un fils d’immigré japonais inconnu de tous, qui fait bientôt figure de favori dans les sondages. Il recueille rapidement l’adhésion des plus démunis qui se reconnaissent en lui en raison de ses origines modestes. Il profite aussi des craintes populaires vis-à-vis du programme néo-libéral de Vargas Llosa qui annonce une période de rigueur et de restrictions.
8 avril 1990 : Les résultats du premier tour des élections donnent Vargas Llosa en première position, suivi de près par Fujimori.
12 juin 1990 : Fujimori est élu président avec 56 % des voix, grâce au soutien de la gauche. Son programme, fondé sur l’« honnêteté, le travail et le progrès technique », a convaincu les Péruviens qui déchantent rapidement.
Jeudi 8 août 1990 : Pendant sa campagne, Fujimori s’était fait l’avocat des plus démunis. Mais dès son élection, il change de cap et se plie aux exigences du FMI dont il accepte le plan de réajustement baptisé « Fujishock ». Ce jeudi 8 août est resté dans les mémoires comme le jeudi noir : l’annonce d’un plan d’austérité provoque un séisme social et économique puisqu’en une journée, l’inflation progresse de 165 % et le prix de l’essence de 3 000 %. Pour mener à bien sa politique réformiste, qui s’aligne sur le programme si décrié de Vargas Llosa, Fujimori ne bénéficie d’aucune majorité parlementaire et doit s’appuyer sur l’Armée et sur le chef du Service de renseignement (SIN), Vladimiro Montesinos.
1990 : Dans les mois qui suivent la journée du 8 août, les privatisations vont bon train, le gouvernement favorise la flexibilité du travail ainsi que les investissements étrangers. Les conséquences se font rapidement sentir : le chômage croît à la suite des privatisations du secteur public, la crise agricole provoque un exode rural massif et le pouvoir d’achat diminue de 60 %. La pauvreté se répand à travers la population.
Le président Fujimori s’attaque à la corruption et à la violence. Le Sentier lumineux et le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru recueillent en effet les fruits de la crise sociale, politique et économique. A la terreur qu’ils exercent dans le pays, l’Armée répond par des arrestations et des tortures, par des jugements expéditifs et des peines souvent lourdes.
1991 : Il existe 3 435 comités de rondas campesinas, c’est-à-dire de milices paysannes organisées par le gouvernement pour lutter contre le Sentier lumineux qui contrôle un tiers du pays. Elles sont essentiellement situées dans le nord et sur la côte et le gouvernement s’attelle à en créer de semblables dans le reste du pays.
1991 : Du fait de la dévaluation vertigineuse qu’a subie l’inti (la monnaie créée par Alan Garcia en 1985) par rapport au dollar, le nuevo sol est créé avec le soutien du FMI. Un nouveau sol est échangé contre un million d’intis.
Fin 1991 : Un décret abolit le caractère social de la réforme agraire en supprimant les restrictions sur la vente des terres et des entreprises agricoles. C’est le début d’un vaste programme de privatisation qui touche quelques années plus tard les entreprises publiques.
Printemps 1992 : Putsch du président Fujimori qui décrète la dissolution du Parlement ainsi que l’arrestation d’Alan Garcia Perez et des présidents de la Chambre des députés et du Sénat. Le peuple ne réagit point, signe du désarroi dans lequel il se trouve. Un gouvernement d’exception est désigné qui fait élire un Congrès constituant, favorable au président, cela s’entend.
12 septembre 1992 : Abimael Guzman est arrêté et emprisonné. La lutte du président contre la subversion est couronnée de succès. Cependant, cette arrestation ne met pas fin aux actions du Sentier lumineux.
Fin octobre 1992 : La nouvelle constitution est ratifiée par 53 % des suffrages.
Janvier 1995 : Guerre contre l’Equateur à propos de territoires situés en Amazonie, dans la région de la Cordillère du Condor. Les deux pays signent un armistice le mois suivant.
9 avril 1995 : Le président Fujimori, qui a brigué un second mandat, est aisément réélu alors que les conditions de vie se sont nettement détériorées, que la dette est colossale et que le pays n’exporte quasiment plus que des matières premières. Seule l’inflation a été ramenée à 15,7 % par an.
1996 : Remaniement ministériel. Fujimori ne conserve que les ministres les plus libéraux, favorables à des plans d’austérité draconiens.
1996 : La corruption de l’Armée, principal appui du régime de Fujimori, éclate au grand jour : 348 militaires sont poursuivis pour trafic de drogue.
Cette même année, le Pacte andin devient la Communauté andine des nations.
17 décembre 1996 : Le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru séquestre 452 personnes lors d’une réception à l’ambassade du Japon. Le monde entier est tenu en haleine pendant les quatre mois que dure cette prise d’otages. Le commando libère les otages au compte-gouttes, mais garde les personnages les plus prestigieux comme monnaie d’échange. En effet, les guérilleros revendiquent la libération de 458 des leurs, prisonniers du régime.
Janvier 1997 : L’Union pour le Pérou, l’APRA, l’Action populaire et la Gauche unie organisent un débat national dans le but de dénoncer les défauts du régime, l’absence de liberté, la répression exercée à l’encontre des opposants politiques. Cependant, Fujimori parvient à neutraliser cette attaque et le débat échoue.
22-23 avril 1997 : L’Armée lance l’assaut contre l’ambassade du Japon afin de libérer les otages dont l’un trouve la mort, ainsi que deux militaires et l’ensemble du commando. 70 % des Péruviens approuvent l’action de l’Armée et la politique du président. De manière générale, la violence, dont font preuve les guérilleros comme les militaires, ne connaît aucune limite : les tortures sont fréquentes et atteignent parfois le sommet de la barbarie.
17 juillet 1997 : Un retournement se produit au sein de la population, révoltée par la politique dictatoriale de Fujimori. Une manifestation de dizaines de milliers de personnes dénonce la violence étatique et le non-respect des droits de l’homme. Deux ministres quittent le gouvernement et l’Eglise fait part de sa désapprobation vis-à-vis du régime en place. Fujimori est dans une posture plus que délicate.
Juin 1998 : Fujimori choisit comme premier ministre, Javier Valle Riestra, connu pour son engagement en faveur des droits de l’homme. Il cherche ainsi à désamorcer les critiques afin de se représenter une troisième fois aux élections présidentielles en 2000, ce dont l’opposition tente de l’empêcher. Elle exige que sa candidature soit approuvée par un référendum, idée que le président rejette alors que la Constitution de 1993 interdit au président de se présenter plus de deux fois.
1999 : Le Pérou déclare qu’il récusera dorénavant la compétence de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme en matière de justice.
Novembre 1999 : Le Pérou et le Chili signent un accord qui met définitivement fin à leur différend frontalier.
27 décembre 1999 : Fujimori annonce sa candidature à sa propre succession, sans se soucier de la Constitution. Le président sortant s’appuie sur les plus démunis, sur les medias qui relaient sa propagande ainsi que sur la fraude et le clientélisme : il promet des terrains à ceux qui voteront pour lui et les mères de familles pauvres doivent le soutenir publiquement pour continuer à percevoir les aides de l’Etat. La loi sur l’équité du temps de parole entre les candidats n’est pas respectée et la liberté de la presse bafouée.
Février 2000 : Un scandale secoue le pays ; le journal centriste El Comercio révèle l’usage d’un million de fausses signatures de soutien à la candidature de Fujimori au sein du Front indépendant du Pérou. Seules conséquences : le FIP est dissout et El Comercio perd son indépendance.
2000 : Comme en 1990, la campagne réserve des surprises. Un Indien diplômé de l’université de Stanford, Alejandro Toledo, surgit de l’ombre. Les sondages le créditent de 25 % d’intentions de vote, sa cote de popularité ne cesse de grimper et les médias, pris de court, n’ont pas le temps de l’attaquer.
9 avril 2000 : Premier tour des élections présidentielles. Dans l’après-midi, les premières estimations annoncent un deuxième tour opposant Fujimori à Toledo. Brusquement, dans la soirée, le Pérou semble s’acheminer vers la réélection directe de Fujimori à la présidence. L’opposition s’insurge contre ce qui apparaît comme une fraude et la foule envahit les rues de tout le pays pour manifester sa désapprobation. Certainement sous la pression populaire et celle des divers organismes internationaux, le pouvoir recule : il y aura un deuxième tour. Trois jours après les élections, les pourcentages officiels sont communiqués : 49,87 % des suffrages se seraient portés sur Fujimori et 40,24 % sur Toledo. Les fraudes ont été massives.
29 avril 2000 : Le Jury national électoral annonce la tenue du second tour pour le 28 mai. Toledo exige que le scrutin se fasse dans la plus grande régularité.
22 mai 2000 : Constatant que l’Etat reste sourd à son appel, Toledo retire sa candidature. Fujimori demeure le seul candidat en lice.
28 mai 2000 : Les élections sont une véritable mascarade, Fujimori est réélu sans surprise, mais ne jouit d’aucune légitimité au Pérou ni à l’étranger. Immédiatement, le peuple péruvien défile pour dénoncer les tromperies et la dictature. Les Etats-Unis contestent les résultats de l’élection et menacent le Pérou de sanctions. L’Armée fait, en revanche, immédiatement allégeance au président, avant même son investiture par le Congrès.
28 juillet 2000 : Le jour de l’investiture du président, près de 100 000 opposants défilent aux quatre coins du pays. Le mois suivant, le président se résout au dialogue avec l’opposition.
Septembre 2000 : Le pays est secoué par deux scandales consécutifs. Montesinos, qui dirige le Service de renseignement, le SIN, apparaît mêlé à un trafic d’armes destinées aux rebelles colombiens des FARC. Une vidéo compromettante est publiée : elle dévoile Montesinos en flagrant délit de corruption, offrant 15 000 dollars à un député de l’opposition si ce dernier accepte de le rejoindre.
18 septembre 2000 : Silencieux jusque-là, Fujimori annonce son intention de démissionner, de dissoudre le SIN et de convoquer de nouvelles élections présidentielles et législatives. C’est la stupéfaction aussi bien chez ses adversaires que parmi ses partisans. La question du sort de Montesinos, soutenu par le commandement supérieur de l’Armée où il a placé des proches, se pose. L’opposition réclame son arrestation et exige le retrait immédiat de Fujimori de la vie politique, ce qui n’est en aucune manière l’intention de ce dernier.
25 septembre 2000 : Montesinos s’enfuit à Panama où il obtient l’asile politique et échappe ainsi à la justice. Fujimori entreprend un voyage de quelques jours aux Etats-Unis afin de demeurer au pouvoir jusqu’aux élections de mars 2001. Le maire de Lima réclame sa démission immédiate ainsi que celle du haut commandement militaire et de tous les responsables de la crise que traverse le Pérou. La loi de dissolution du SIN n’a toujours pas été signée par le président qui cherche à gagner du temps.
Octobre 2000 : Fujimori, cédant à l’Armée, tente de faire voter une loi d’impunité qui déchaîne l’opposition d’autant que Montesinos, toujours appuyé par les militaires, revient au Pérou sans être inquiété.
Novembre 2000 : Fujimori, qui avait jusqu’alors soutenu le chef du SIN, l’accuse d’être mêlé au trafic de stupéfiants. Il espère ainsi désamorcer une enquête sur ses propres relations avec le milieu des narcotrafiquants, mais n’y échappe pas. Devançant une éventuelle arrestation, Fujimori s’enfuit au Japon dont il est ressortissant et d’où il ne peut être extradé. C’est de là qu’il fait part de sa démission le 19 novembre.
22 novembre 2000 : Le président du Congrès, Valentin Paniagua, succède à Fujimori. Il nomme l’ancien secrétaire général de l’ONU, Javier Perez de Cuellar, au poste de premier ministre.
12 décembre 2000 : Tokyo reconnaît la nationalité japonaise de l’ex-président péruvien.
Mars 2001 : La Cour suprême ouvre une procédure pénale à l’encontre de Fujimori.
8 avril 2001 : Trois candidats s’affrontent pour les élections présidentielles : Lourdes Flores Nano pour la droite, Alejandro Toledo pour le centre et Alan Garcia pour l’APRA. Toledo, arrivé en tête à l’issue du premier tour avec 36 % des voix, sera opposé à l’apriste au second tour.
3 juin 2001 : Toledo sort vainqueur des élections avec 52 % des suffrages. Il lui reste à reconstruire un pays mis à mal par une décennie de violence et de corruption.
24 juin 2001 : L’ex-chef des renseignements péruviens Montesinos est arrêté à Caracas et incarcéré à Lima. Il fait l’objet de multiples chefs d’accusation : violation des droits de l’Homme, corruption, trafic d’armes, blanchiment d’argent, enrichissement illicite…
Juin 2001 : Découverte de ruines au sommet du Cerro Victoria, dans les Andes péruviennes. Selon les archéologues, il pourrait s’agir de Vilcabamba car le site correspond aux descriptions du XVIe siècle, mais d’autres vestiges ont été précédemment identifiés comme pouvant être ceux de l’ancienne cité.
28 juillet 2001 : Premier président d’origine indienne, Toledo prête serment dans l’ancienne citadelle inca du Machu Picchu lors de son investiture.
Mars 2002 : Neuf personnes trouvent la mort dans un attentat perpétré près de l’ambassade des Etats-Unis à Lima, quelques jours seulement avant la visite de George W. Bush au Pérou.
Avril 2002 : Plus de deux mille momies incas sont découvertes dans un bidonville de la banlieue de Lima, à Puruchuco. Selon l’archéologue Guillermo Cock, qui dirige la campagne de fouilles, cette découverte est l’une des plus importantes dans l’histoire de l’archéologie inca. Grâce au climat sec, les corps enveloppés dans des fardos ont été remarquablement conservés.
Mai 2002 : La Cour suprême approuve l’envoi d’une demande d’extradition de Fujimori au Japon.
17 juin 2002 : Le président Toledo décrète l’état d’urgence à Arequipa qui connaît de violentes émeutes à la suite de la tentative de privatisation de deux compagnies publiques d’électricité Egasa et Egesur. Le 21 juin, le président annonce la suspension de la vente des deux compagnies.
Juillet 2002 : Les conclusions d’une enquête commandée par le ministère de la Santé sont rendues publiques dans un « Rapport final » dont il ressort que, entre 1995 et 2000, soumis à des pressions et des menaces, plus de 330 000 femmes ont été stérilisées et 25 000 hommes ont subi une vasectomie. Pour la plupart membres de communautés indigènes des zones déshéritées, ces individus ont fait l’objet d’un plan de santé publique élaboré sous la présidence de Fujimori.
Mars 2003 : Interpol lance une note de diffusion internationale pour l’arrestation de Fujimori, réfugié au Japon.
27 mai 2003 : Le président Toledo décrète l’état d’urgence pour une durée d’un mois en raison de la vague de protestations sociales qui secoue le pays. Les grèves concernent aussi bien les enseignants, les fonctionnaires de la justice et de la santé que les agriculteurs qui, tous, revendiquent des revalorisations de salaires.
2003 : Le Mercosur accueille le Pérou comme membre associé.
Mai 2004 : Crise diplomatique entre Cuba, le Mexique et le Pérou. Ces derniers retirent leurs ambassadeurs de La Havane à la suite des critiques de Cuba qui leur reproche d’avoir joint leurs voix à celle de l’Union européenne à l’ONU pour sanctionner la violation des droits de l’Homme sur l’île.
8 décembre 2004 : Création à Cuzco de la Communauté sud-américaine des Nations (CSN). Cette nouvelle entité sud-américaine regroupe douze pays : les membres du Mercosur, de la Communauté andine des Nations ainsi que le Chili, la Guyana et le Surinam. Il s’agit de créer un espace sud-américain intégré sur le modèle de l’Union européenne.
1er-4 janvier 2005 : Les rebelles du mouvement nationaliste Etnocacerista occupent un commissariat d’Andahuaylas, au sud-est de Lima. Ils prennent 17 policiers en otage et exigent la démission du président Toledo. Le 4 janvier, le commando rebelle se rend aux forces armées. Quatre personnes ont trouvé la mort au cours de cette prise d’otages.
18 juillet 2005 : Le 16e sommet de la Communauté andine, qui se tient à Lima, rassemble le Pérou, la Bolivie, la Colombie, l’Equateur et le Venezuela. Les cinq pays andins demandent une hausse de l’aide internationale pour la lutte contre le trafic de drogue. Les quatre membres du Mercosur deviennent membres associés de la CAN et le Chili, le Mexique et le Panama observateurs privilégiés.
8 août 2005 : Lancement du projet de route interocéanique reliant le Brésil et le Pérou, à Puerto Maldonado, en Amazonie péruvienne. Cette route, qui traversera l’Amazonie et l’Altiplano, doit être achevée en 2009.
11 août 2005 : Le Premier ministre Carlos Ferrero démissionne à la suite de la nomination au ministère des Affaires étrangères par Toledo de Fernando Oliveira, favorable à l’augmentation de la culture de coca. Pedro Pablo Kuczynski le remplace et forme un nouveau gouvernement.
Septembre 2005 : Ouverture du procès d’Abimael Guzman, leader du Sentier lumineux, jugé avec 23 de ses comparses. La guérilla maoïste aurait fait 70 000 morts entre 1980 et 2000.
Octobre 2005 : Du Japon, Alberto Fujimori annonce sa candidature aux élections présidentielles de 2006.
6 novembre 2005 : Arrivée au Chili de Fujimori, immédiatement mis en détention préventive, dans l’attente d’une extradition vers le Pérou.
Décembre 2005 : Le Pérou signe un accord de libre-échange avec les Etats-Unis.
Janvier 2006 : Le Pérou dépose une demande d’extradition de son ex-président auprès du Chili.
4 juin 2006 : Le social-démocrate Alan Garcia, premier président apriste en 1985, est élu face au candidat de la gauche nationaliste, Ollanta Humala, avec 53 % des voix dans un contexte de grave crise économique.
13 octobre 2006 : Abimael Guzman et sa compagne sont condamnés à la prison à vie pour « terrorisme aggravé contre l’Etat et homicides qualifiés ». Dix autres dirigeants rebelles écopent de peines allant de vingt-quatre à trente-cinq ans de prison ferme.
Juillet 2007 : Le mécontentement des Péruviens s’exprime dans la rue. Ces manifestations sont le fruit de diverses protestations et revendications. Le gouvernement d’Alan Garcia est accusé de mettre en cause les droits syndicaux, de préparer la signature d’un traité de libre-échange avec les Etats-Unis et de s’accommoder de la baisse du pouvoir d’achat. La Confédération générale des travailleurs du Pérou s’indigne du fait que, malgré la croissance (8 % en 2006), de très fortes inégalités subsistent et maintiennent dans la misère plus du quart de la population. Le chef de l’Etat a même mobilisé l’Armée pour qu’elle apporte son aide à la police en matière de maintien de l’ordre. Selon les sondages, le président élu l’année précédente ne disposerait plus du soutien que d’un tiers de la population.

Doté de vingt-huit millions d’habitants, dont un tiers a moins de quatorze ans et seulement 5 % plus de 65 ans, le Pérou dispose à terme d’un atout incontestable, mais il doit aussi compter avec de nombreux handicaps… Avec une population composée à 45 % d’Amérindiens et à 37 % de métis d’Européens et d’Amérindiens, il ne peut rester à l’écart du puissant réveil « indigéniste » qui s’est déjà manifesté en Amérique centrale, en Equateur et en Bolivie. De plus, une partie très importante de l’opinion ne reste pas insensible aux discours nationalistes hostiles aux Etats-Unis qui sont tenus dans le Venezuela voisin du colonel Chavez ou par le Bolivien Evo Morales, ce dont témoignent les 48 % de suffrages qui se sont portés au deuxième tour des élections présidentielles de 2006 sur la personne d’Ollanta Humala, candidat des défavorisés et champion d’une rupture avec le « modèle libéral ». Le bilan proprement économique du président Toledo – qui a exercé son mandat de 2001à 2006 – n’est pourtant pas négligeable. L’économie du pays a en effet connu une croissance moyenne annuelle de 5,1 %, rendue possible par la bonne tenue des exportations agricoles et par les résultats obtenus dans le secteur du tourisme. La hausse des cours des matières premières a également favorisé un pays qui est le deuxième producteur mondial d’argent, le troisième de zinc, de cuivre et d’étain, le quatrième de plomb et le sixième d’or. L’accord ATPDEA (Andean Trade Promotion and Drug Eradication Act) conclu avec les Etats-Unis en 2002, a également favorisé les exportations agroalimentaires et textiles, alors que le déficit budgétaire était divisé par cinq. L’inflation était contenue, la monnaie stabilisée et la dette publique réduite d’un quart. Ces bons résultats n’ont malheureusement pas conduit aux avancées sociales espérées par la majorité de la population qui n’a guère bénéficié de la croissance. La moitié des Péruviens vit avec moins de deux dollars par jour, et le quart avec moins d’un. La pauvreté a augmenté de 5 % à Lima, la capitale, dont l’extension spatiale très rapide et l’augmentation de la population engendrent de multiples déséquilibres en matière d’équipement et d’accompagnement social. La croissance, due pour une bonne part aux bons résultats des activités minières, n’a pas créé d’emplois, ce secteur n’employant qu’une part très faible de la main d’œuvre disponible, dans un pays où 60 % des actifs travaillent dans les divers secteurs de l’économie parallèle. Les services publics demeurent très insuffisants, voire inexistants dans des régions entières et la corruption constitue un handicap supplémentaire sur la voie d’un développement équilibré. Autant dire que l’avenir du Pérou apparaît incertain et l’on ne peut exclure, malgré les échecs subis par les organisations révolutionnaires radicales telles que le mouvement Tupac Amaru ou le Sentier lumineux, une reprise des activités de guérilla – l’état de siège a été rétabli récemment dans six provinces andines – à moins que le Pérou ne s’inspire de la voie ouverte par le Vénézuélien Hugo Chavez et le Bolivien Evo Morales. C'est, semble-t-il, le choix retenu par les électeurs  qui ont porté au pouvoir Ollanta Humala, un président de gauche qui n'a pas remis en cause un modèle donnant des résultats positifs sur le terrain économique. L'industrie et les investissements étrangers se développent et les dirigeants du FMI ont pu présenter le Pérou comme la "néo star latino-américaine". Le commerce international a représenté en 2012 45% du PIB, un fort excédent commercial est au rendez vous et des accords de libre-échange ont été conclus avec la Corée du sud et le Japon, sans oublier la naissance d'une Alliance du Pacifique regroupant Pérou, Mexique, Colombie et Chili.Alors que le PIB n'a pas cessé d'augmenter depuis quinze ans,  la croissance s'est toutefois fortement ralentie en 2014 (3,6% contre 5,8% en 2013). Une baisse qui s'explique par la diminution de la demande mondiale en matières premières et par la chute des exportations (-10% en 2014) Les investissements directs étrangers ont reflué sensiblement  et le gouvernement a tenté de compenser ce recul  en développant les investissements publics. Rien de véritablement inquiétant quand on considère la situation de pays comparables.Deux problèmes demeurent cependant: l'ampleur de la corruption qui mine les partis institutionnels et le fait que le Pérou demeure l'un des premiers producteurs de cocaïne du monde. 





 
 
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