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Le Bhoutan
Pays du Dragon

Adossé au flanc sud de la chaîne himalayenne, le Bhoutan est frontalier du Tibet (république populaire de Chine) au nord-ouest et au nord, et des Etats indiens d’Arunachal Pradesh à l’est, d’Assam et du Bengale-Occidental au sud, et du Sikkim à l’ouest. L’étymologie précise du mot « Bhoutan » est incertaine, mais il dérive vraisemblablement du terme utilisé en Inde du Nord et au Népal pour désigner les populations d’affinité tibétaine, bhotiya, et, ainsi, du nom autochtone du Tibet, bod (prononcé phö en tibétain standard). Le nom local du royaume est Drukyül, littéralement le « pays du dragon ». Il trouve son origine dans l’unification du territoire menée au XVIIe siècle, sous l’égide de la branche drukpa de l’école kagyüpa du bouddhisme tibétain.

Le pays fait à peu près la taille de la Suisse. Sa superficie est officiellement de 38 394 kilomètres carrés. Précédemment estimée à 47 000 kilomètres carrés, elle a été récemment réduite lorsque la frontière avec la Chine a été clarifiée. A vol d’oiseau, le Bhoutan ne mesure que 120 kilomètres du nord au sud, mais son altitude s’échelonne de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, au sud, à 7 578 mètres au pic de Gangkar Pünsum au nord. Les vallées sont orientées autour d’un axe nord-sud. Etroites, elles s’élargissent dans le centre du pays et y forment une série de petits bassins. Le territoire bhoutanais, recouvert à plus de 70 % par des forêts, présente une grande variété de climats, parfois au sein d’une même vallée où le dénivelé peut atteindre les 3 000 mètres. Le bas pays, au sud et dans les vallées entre 100 mètres et 1 800 mètres d’altitude, est soumis à un climat subtropical. Il y fait chaud toute l’année et humide en été. Les vallées centrales, entre 1 000 et 3 000 mètres d’altitude, ont un climat tempéré. Elles subissent la mousson en juillet et en août et d’abondantes chutes de neiges en hiver. Le haut pays, au-delà de 4 000 d’altitude, est soumis à un climat alpin ; c’est le territoire des pasteurs.

Ce relief très compartimenté complique grandement les communications entre les vallées. Il explique aussi en partie l’histoire du Bhoutan : l’émergence de multiples principautés, la résurgence de pouvoirs locaux après l’unification au XVIIe siècle par Ngawang Namgyel, mais aussi les difficultés éprouvées par les puissances étrangères (tibétaine, mongole, britannique) pour conquérir le pays...

Une vingtaine de langues sont parlées au Bhoutan. Elles appartiennent presque toutes à la famille tibéto-birmane. La langue utilisée par les média, l’administration et dans l’éducation est le dzongkha, originaire des vallées de l’Ouest. Il appartient au groupe tibétain central ou bodois central et descend du tibétain ancien. Il s’écrit à l’aide de l’alphabet tibétain. Les autres langues appartenant aux groupes bodois central, oriental ou à d’autres branches bodiques sont parlées par plusieurs milliers à seulement quelques dizaines de personnes. Les langues indo-européennes sont également représentées sur le territoire : le nepali, parlé par les Lhotshampa qui descendent de populations ayant migré au début du XXe siècle, le hindi et, surtout, l’anglais qui tend à s’imposer en tant que principale langue de communication écrite.


Les sources tibétaines désignent les premiers habitants du pays sous le nom de « Mön » ou « Mönpa ». L’origine de ce terme est problématique. Il s’agit peut-être d’un emprunt au chinois man qui désignait classiquement les barbares du Sud. En tibétain, il est utilisé pour appeler diverses populations autochtones de l’Himalaya, du Tibet oriental au Ladakh... Quelle que soit l’identité des premiers Mön et l’origine de leur nom, c’est de ce terme que dérivent les premières appellations du territoire qui deviendra le Bhoutan. Mönyül (« pays Mön »), Lhomön (« Mön du Sud ») et Lhomön Khashi (« les Quatre Portes de Mön du Sud ») sont autant de termes que l’on peut trouver dans les sources tibétaines classiques.


La préhistoire du Bhoutan demeure très mal connue faute de recherches archéologiques poussées. En 2006, une étude sur le génome des populations bhoutanaises menée par l’université de Leyde démontra que les premiers occupants du pays étaient de type mongoloïde. Des charbons datés de 4700 avant J.-C. sont peut-être le signe d’une activité humaine. Les études palynologiques indiquent un changement drastique de la flore vers 2550, conséquence de l’introduction de l’agriculture. Quelques beaux outils de pierre polie ont été découverts dans les vallées centrales et sont comparables à ceux découverts dans un contexte néolithique à Qamdo (Tibet), au Yunnan (Chine) et en Asie du Sud-Est (Birmanie, Vietnam, Thaïlande, Malaisie, Indonésie). Une hache de sillimanite est datée entre 2000 et 1500.


Ces quelques traces archéologiques concordent avec l’hypothèse du linguiste George van Driem concernant les migrations des peuples porteurs de langues tibéto-birmanes. Ils seraient originaires de l’actuel Sichuan et auraient commencé à se déplacer dès le VIIe millénaire avant notre ère. Une première vague serait partie vers l’ouest via la vallée du Brahmapoutre et l’Inde nord-orientale et y aurait rencontré des populations autochtones austro-asiatiques. Elle pourrait être à l’origine de la néolithisation de la région et des outils de pierre polie déjà mentionnés. Une seconde vague serait partie vers le nord en direction du Gansu et y aurait développé la culture néolithique dite de « Majiayao » qui se répandit d’une part vers le Tibet oriental et la chaîne himalayenne à la fin du IVe et le début du IIIe millénaire, et d’autre part, loin à l’ouest, au-delà de la chaîne du Karakoram, jusqu’aux régions voisines du Cachemire. Cette deuxième branche issue de la culture de Majiayao serait ensuite revenue vers l’est via le plateau tibétain. Ces trois mouvements ont pu contribuer à l’implantation de populations sur le territoire bhoutanais à divers moments de la Préhistoire.


Le Bhoutan est également relativement riche en mégalithes. Leur datation n’est pas possible et leur fonction originelle reste largement conjecturale. Des comparaisons historiques et ethnographiques laissent penser qu’ils pouvaient servir à marquer les frontières entre les chefferies. Actuellement, ils sont parfois associés à des rituels locaux de fertilité et de prospérité. Certains ont été laissés en plein-air, d’autres furent plus tard intégrés à des chapelles.

 

Entre le VIIe et le IXe siècle de notre ère, le territoire qui deviendra le Bhoutan est à l’interface de deux entités politiques : le Kamarupa au sud, centré sur l’actuel Etat indien d’Assam, et le Tibet au nord. Les sources sont toujours discrètes quant à la situation du pays. Peut-être était-il partagé entre diverses chefferies ou principautés. Les chroniques tibétaines plus tardives sous-entendent néanmoins que la région subissait déjà l’influence de son voisin septentrional. Les événements décrits ci-dessous mêlent à l’Histoire des récits légendaires bhoutanais couchés par écrit au XVIIe siècle et qui visent à légitimer les élites locales.


618-641 : Règne de l’empereur Songtsen Gampo, trente-deuxième roi de la dynastie du Yarlung au Tibet central. Il donne à son territoire les dimensions d’un empire en unifiant sous son autorité une grande partie du plateau tibétain. Il lie des alliances matrimoniales avec le Népal et la Chine et favorise la propagation du bouddhisme. Sous son règne, le ministre Thönmi Sambhota élabore l’écriture tibétaine. On attribue encore à Songtsen Gampo l’érection des premières chapelles bouddhiques du Bhoutan : le Jampé Lhakang à Bumthang et le Kyichu Lhakang à Paro.


756-797 : Règne de l’empereur Tri Songdétsen et apogée de l’empire tibétain. C’est durant cette période que les chroniques tibétaines placent la venue du célèbre tantriste Padmasambhava, alias Guru Rinpoché. Originaire du royaume d’Oddiyana (probablement la vallée du Swat, au Pakistan), il passe pour avoir répandu le bouddhisme dans l’Himalaya au point d’être considéré comme un second Bouddha. Un manuscrit datant probablement de la fin du Xe siècle mentionne déjà son passage à Bumtang, dans l’actuel Bhoutan central.

La tradition locale s’est emparée du saint yogi et rapporte de nombreuses légendes à son sujet. Au Bhoutan, le lieu le plus célèbre associé à Padmasambhava est certainement la grotte située dans les falaises surplombant la vallée de Paro et autour de laquelle sera édifié le monastère de Taktsang à la fin du XVIIe siècle. Le plus souvent, il est représenté en tantriste. Le visage orné d’une fine moustache, muni d’un trident, il tient une coupe crânienne dans sa main gauche et un objet rituel nommé vajra dans sa main droite. Mais il revêt également plusieurs autres formes, et c’est sous un aspect courroucé nommé « Dorjé Drolö » qu’il aurait subjugué les divinités autochtones depuis son ermitage de Paro.

Une légende rapporte la guerre entre Na’oché (« grand nez ») et Sindhu Raja, respectivement rois d’Inde et de Chakhar, près de Bumthang. Après le meurtre de son fils par son rival, Sindhu Raja, anéanti par la douleur, oublie de vénérer sa divinité personnelle. Le dieu se venge en lui volant sa force vitale. Sindhu Raja dépérit et ses ministres décident d’inviter Padmasambhava afin de le soigner. Le yogi subjugue la divinité, reprend la force vitale royale de Chakhar qui se convertit au bouddhisme. Padmasambhava impose un traité de paix aux deux rois. Afin de sceller cet accord, ils laissent l’impression de leurs mains sur le mégalithe qui est encore visible à Nabji.

Un autre mythe rapporte que le prince tibétain Muruk Tsenpo, était né de l’union d’une épouse de l’empereur Tri Songdétsen avec un chien et un bouc. Surnommé Khyika Ratö (« Gueule de Chien-Crâne de chèvre »), il est exilé à Khenpajong (« la province des armoises ») au nord de Bumtang, près de la frontière tibétaine. Mais la sentence n’est pas assez lourde pour le prince Mutik Tsenpo. Padmasambha verrouille par magie l’accès à la vallée et en confie la garde aux populations Mön voisines.

Après le décès de Khyika Ratö, les sujets qui l’avaient accompagné dans son exil commencent à s’entre-déchirer car ils sont dépourvus de souverain légitime. Ils se tournent vers Ödé Gunggyel, une divinité montagnarde considérée comme l’ancêtre mythique des empereurs tibétains, et l’implorent de leur envoyer un souverain. Le dieu exauce leur prière et envoie son fils Guse Langling qui inaugure une lignée de dirigeants. Il est encore considéré comme la divinité locale de la région de Mukulung.

Le cinquième dalaï-lama (1617-1682) rapporte quant à lui une version plus rationnelle de ces événements. Muruk Tsenpo fut exilé en pays Mön car il avait poignardé le fils d’un ministre. Il est à son tour assassiné par le successeur du ministre lorsqu'il revendique le trône à la mort de Tri Songdétsen.


815-838 : Règne de l’empereur tibétain Tri Tsukdétsen Relpachen. Son frère Tsangma s’était fait moine et le souverain était lui-même un fervent dévot. Les chroniques tibétaines rapportent qu’à cette époque le bouddhisme bénéficie d’abord des largesses du patronage impérial. Mais la fin du règne est marquée par les intrigues des ministres hostiles à la nouvelle religion. La reine et le grand ministre bouddhiste Drenka Pelgyi Yönten sont calomniés. Tsangma est exilé. Certains récits affirment qu’il arrive en pays Mön et qu’il y fonde une lignée. Plusieurs clans du Bhoutan oriental le revendiqueront comme ancêtre.


838-842 : Règne de Tri Üdumten alias Langdarma. Il hérite du trône après l’assassinat de son frère aîné, Relpachen. Les sources anciennes manquent, mais les historiens tibétains affirment que Langdarma mène une politique visant à supprimer le bouddhisme au Tibet avant d’être assassiné par un ancien général devenu moine, Lhalung Pelkyi Dorjé. D'après les chroniqueurs bhoutanais, il a six frères qui se réfugient en pays Mön. Les trois premiers entrent par l’ouest, via les vallées de Chumbi et Paro et s’installent à Bumthang. Ils deviennent les chefs de Tang, de Chokhor et des tribus nomades du Nord, à Tshampa. Les trois autres frères passent par le Lhodrak au Tibet et atteignent la vallée de Kurichu. Ils se séparent et chacun se forge un royaume : à Molpalung (près de l’actuelle Mongar), à Zhangtshang et dans la vallée de Kurichu.


fin IXe-Xe siècle : L’empire tibétain se désintègre après l’assassinat de Langdarma. Les deux héritiers potentiels, Ösung et Yumten, ne sont que des enfants et leurs partisans commencent à s’entre-déchirer. Le territoire se fragmente un peu plus à chaque génération. Une partie de la population, fuyant les guerres civiles qui font rage au Tibet central, se réfugie sur la périphérie de l’ancien empire et, vraisemblablement, au Bhoutan. 

 

Les écoles du bouddhisme tibétain et la religion bön


Les écoles du bouddhisme tibétain et la religion bön ont une histoire riche, complexe et, pour certaines, très ancienne. Les quelques notes qui suivent n’ont pour ambition que de donner au lecteur des repères utiles pour la chronologie du Bhoutan.


L’école Nyingmapa (les « Anciens »). Issue de la « première diffusion » du bouddhisme sous le patronage des empereurs tibétains, elle est la plus ancienne des quatre écoles et revendique l’héritage en ligne directe des maîtres indiens invités à cette époque, tels que Padmasambhava, Shantarakshita… L’appellation « nyingmapa » n’apparaît qu’au XIe siècle en réaction au développement des écoles dites nouvelles (sarmapa) issues de la « seconde diffusion » du bouddhisme au Tibet.

L’une des particularités de cette école est la présence importante en son sein de yogis laïcs et mariés aux côtés de moines.


L’école Kagyüpa (la « transmission orale »). Elle débute avec les voyages en Inde et au Népal de Marpa (1012-1097) qui y recueille les enseignements des yogis tantriques errants Naropa et Maitripa. Revenu au Tibet, il mène une vie de chef de famille, et son disciple Milarepa (1040-1123), poète et mystique, est l’un des plus fameux saints du monde himalayen. Milarepa a plusieurs élèves dont le principal est un moine nommé Gampopa Dakpo Lhajé (1079-1173). Les disciples de ce dernier sont à l’origine des principales branches de l’école Kagyüpa. L’une d’elles, appelée « phagmodrupa », détient le pouvoir au Tibet au XIVe siècle et pendant une bonne partie du XVe siècle. Elle se subdivise en huit lignées parmi lesquelles se trouve l’ordre drukpa kagyü, initié par Ling Repa Pema Dorjé (1128-1188) et Tsangpa Gyaré (1661-1211). Ce dernier fonde un premier monastère à Ralung puis un second au Tibet central qui donnera son nom à l’ordre. Alors qu’il traversait un col, Tsangpa Gyaré entendit un bruit de tonnerre et vit neuf dragons (tib. : druk) dans le ciel. Il décida par conséquent de nommer le monastère Namdruk (« Dragon céleste »). La branche drukpa kagyü est la plus importante du Bhoutan, c’est d’elle que le pays tire son nom de « Pays du Dragon », Drukyül.

La tradition monastique y est majoritaire, mais l’école Kagyüpa comprend également de nombreux yogis laïcs pouvant se marier. Le système de lignée par réincarnation trouve son origine dans cette école. Il est inauguré par un disciple de Gampopa nommé Düsum Khyenpa (1110-1193) qui, laissant une lettre indiquant les circonstances de sa future renaissance, initia l’institution du karmapa. Ce modèle sera adopté par les autres écoles et deviendra une spécificité du bouddhisme tibétain.


L’école Sakyapa (« la terre claire »). Elle puise ses origines dans les enseignements de Virûpa, transmis par les maîtres indiens Viravajra et Gayadhara à Drokmi Lotsawa (992-1074). L’un de ses principaux disciples, Könchok Gyelpo (1033-1102), issu du prestigieux clan Khön, fonde en 1073 le monastère de Sakya, au sud du Tibet central. Cette institution devient le siège de l’école et lui transmet son nom. Au XIIIe siècle, le quatrième patriarche sakyapa, Sakya Pandita (1182-1251) rencontre Godan Khan, un petit-fils de Gengis Khan qui menace le Tibet. Il en fait son disciple et sauve ainsi le pays de la dévastation. Son neveu Chögyel Phagpa (1235-1280) devient à son tour le maître de Khubilaï Khan. Il convertit les Mongols et une partie des Chinois au bouddhisme tibétain. Phagpa devient le premier souverain à la fois spirituel et temporel du Tibet grâce au soutien de ses mécènes mongols. Les sakyapa, à l’apogée de leur puissance, domineront le pays jusqu'à l’avènement des Phagmodrupa en 1358.

L’école Sakyapa se caractérise par son souci de préservation précise de la tradition et sa fidélité à ses racines indiennes. Le mode de transmission privilégié est familial, de père à fils ou d’oncle à neveu, ce qui nécessite le maintien d’une importante tradition de yogis mariés appartenant souvent à des clans puissants, tels que les Khön.


L’école Gélugpa (« les vertueux »). La plus récente des écoles du bouddhisme tibétain est établie par Tsongkapa (1357-1419) sous l’inspiration de la tradition Kadampa qui remonte au maître indien Atisha (980-1054). Tsongkapa et ses disciples bénéficient du soutien des puissances politiques du Tibet central et fondent trois grands monastères dans la région de Lhassa, Ganden (1409), Drepung (1416) et Sera (1419), ainsi que les collèges tantrique Gyümé (1440) et Gyütö (1474). Il a deux principaux élèves : Gendün Drup (1391-1474) qui fonde le monastère de Tashilhünpo en 1447, et Khedrupje (1385-1438) qui en est le premier abbé. Sonam Gyatso (1543-1588), deuxième réincarnation de Gendün Drup, devient le maître spirituel du chef mongol Altan Khan (1543-1588) qui lui confère le titre honorifique de dalaï-lama. Dalaï signifiant « océan » en mongol, ce titre peut être traduit par « maître spirituel (lama) océan [de sagesse] ». Traditionnellement, Sonam Gyatso est considéré comme étant le troisième dalaï-lama, car le titre est attribué à titre posthume à ses deux précédentes incarnations. En 1641, le cinquième dalaï-lama Ngawang Lozang Gyamtso (1617-1682) devient le maître du Tibet grâce au soutien de Gushri Khan qui défait les rois du Tsang au Tibet central. Il décerne à son mentor Lozang Chökyi Gyaltsen (1570-1662), abbé de Tashilhünpo et réincarnation de Khedrupjé, le titre de panchen-lama. Panchen est la contraction de pandita chenpo, « grand pandit ». Son titre se transmettra à ses réincarnations qui garderont ce rapport de maître à disciple avec les dalaï-lama. Le pouvoir politique des dalaï-lamas se maintiendra au Tibet jusqu'en 1959.

L’école Gélugpa accorde une grande importance à la stricte discipline monastique et aux études philosophiques.


La religion Bön plonge ses racines dans les traditions autochtones prébouddhiques. Ses adeptes sont nommés « bönpo », mais ce terme ne semble désigner à l’époque ancienne qu’une catégorie de spécialistes religieux, peut-être en charge de rituels royaux. Les chroniqueurs bönpo placent l’origine de leur religion dans les enseignements du maître Tönpa Shénrab qui, nous disent-ils, serait né plus de mille années avant le Bouddha historique dans la région du mont Kailash au Tibet occidental ou encore plus à l’ouest, dans le pays de Tazik, c’est-à-dire la Perse.

La tradition bön a indiscutablement héritée de mythes et de rituels tibétains très anciens. Il est également largement admis que la religion telle qu’elle est pratiquée aujourd'hui a été largement influencée par le bouddhisme, et un observateur non averti aurait bien des difficultés à distinguer un lieu de culte bön de son équivalent bouddhiste. Les historiens bönpo affirment que ces similarités sont principalement nées de la nécessité de se dissimuler à l’époque des proscriptions décrétées par les souverains bouddhistes aux VIIIe et IXe siècles, mais ils ajoutent que certains principes du bouddhisme étaient déjà présents dans les enseignements de Tönpa Shénrab. 



Les trésors spirituels et leurs découvreurs


Parmi les spécificités du bouddhisme tibétain se trouve la découverte de « trésors spirituels », les térma, qui passent pour avoir été dissimulés par des personnages éminents tels que Songtsen Gampo, Tri Songdétsen, Padmasambhava… Ces térma peuvent prendre diverses formes matérielles (textes de longueur variable, objets rituels, statuettes…) ou immatérielle, le trésor consiste alors en un enseignement révélé au cours d’une vision, d’un rêve, d’une expérience méditative.


La place accordée aux térma est particulièrement importante dans l’école bouddhique Nyingmapa ainsi que dans la religion bön. Les tértön, « découvreurs de trésors », se rattachent donc à ces deux traditions et sont le plus souvent des pratiquants laïcs et mariés, même si quelques moines sont attestés. La découverte de térma n’est pas un phénomène fortuit et le tértön est prédestiné à l’accomplissement de sa tâche.


Le crédit à apporter aux textes découverts est un problème pour l’historien. Certains doivent être considérés comme des produits de leur « découvreur » et ne peuvent documenter au mieux que la période de leur supposée mise au jour, mais d’autres contiennent des éléments très archaïques qui remontent vraisemblablement à l’époque de l’empire tibétain. Il est fort probable qu’au cours de leurs prospections, les tértön aient réellement découvert des ouvrages ou des objets dissimulés lors d’une période de crise.


La quête de ces artefacts anciens s’étendit au pays Mön, deux des « cinq rois des tértön » y furent particulièrement actifs. A Taktsang, le nyingmapa Dorjé Lingpa découvrit des textes concernant sa propre école, mais aussi des manuscrits bön. Il est, par conséquent, révéré par les deux traditions religieuses. Un autre tértön nyingmapa nommé Ogyen Pema Lingpa, natif de Bumtang, est considéré comme un héros national. Il fut un artiste talentueux, un mystique, un grand voyageur, un écrivain prolifique et le chef d’une famille nombreuse. On lui doit probablement les plus anciens récits mentionnant les règnes de Sindhuraja et de Khyika Ratö. C’est d’ailleurs lui qui passe pour avoir redécouvert la vallée dans laquelle aurait été enfermé le prince. Mais ce personnage haut en couleur fut aussi contesté de son vivant, certains de ses rivaux l’accusant d’être un faussaire, et sa personnalité divise les historiens. 

 

Entre le XIe et le XVIe siècle, l’histoire politique du pays Mön demeure très obscure. Une confédération nommée « Dung » ou « Dungréng » émerge à la fin du XIIIe siècle. Elle est localisée au Bhoutan et dans les régions adjacentes du Tibet et se fait connaître par une série de raids lancés dans les territoires contrôlés par le gouvernement de Sakya. Les historiens sont divisés quant au lien à établir entre cette confédération et les lignages et clans du Sud du pays, également appelés « Dung ».

Durant cette période, le territoire est également parcouru par de nombreux mystiques tibétains attirés autant par des perspectives d’enseignement et de conversions dans un territoire encore considéré comme à demi sauvage, que par de potentielles alliances matrimoniales. Ils laisseront leur empreinte sur l’héritage culturel du pays ainsi que des descendants qui préserveront leurs traditions religieuses.


1036-1102 : Vie de Ngok Chöku Dorjé. Ce disciple de Marpa, l’initiateur de l’école Kagyüpa, passe par Bumthang et fonde le temple de Langmoling dans la vallée de Tang.


1193 : Nyö Zijid Pelbar alias Gyelwa Lhanangpa (1164-1224), guidé par les instructions de son maître et ses propres visions, voyage dans l’Ouest du Bhoutan et s’installe dans la vallée de Paro. Il y fonde la branche lhapa ou lhanangpa de l’école Kagyü.


v. 1212-1213 : Suivant une prophétie de Tsangpa Gyaré, son mentor et le fondateur de l’ordre drukpa, le grand yogi Terkhungpa part pour le pays Mön. Il y entre par les régions de Laya et de Gönyül au nord de Punakha. Il implante l’école Drukpa kagyü par la fondation des monastères d'Obtsho, près de Gasa, et de Dechenchöding. Il subjugue également une divinité locale nommée Gomo et retourne au Tibet.


v. 1222-1225 : Phajo Drukgom Shigpo (1208-1276), guidé également par une prophétie de Tsangpa Gyaré, arrive en pays Mön. Son activité en faveur de l’école Drukpa kagyü se cantonne à l’Ouest du territoire et on lui attribue la fondation du monastère de Tango, à quelques kilomètres au nord-est de Thimphu. Il rencontre une première fois l’hostilité des lamas lhanangpa qui lui reprochent de s’être installé sur leur territoire sans autorisation. Il gagne en popularité grâce à sa réputation de sorcier, mais aussi parce qu’il pousse ses disciples à refuser les lourdes taxes imposées par ses rivaux lhanangpa. Drukgom Shigpo parvient à rallier divers chefs locaux et vainc ses adversaires au terme d’une lutte armée et magique.


1228 : Nyö Démchog (1179-1265) arrive du Tibet et s’installe d’abord à Ura, puis à Somthrang dans le district de Bumthang où il fonde un monastère affilié à l’école Lhanangpa.


1276 : Drukgom Shigpo meurt empoisonné, peut-être par ses rivaux lhanangpa. Avant son décès, il a placé ses fils à la tête de plusieurs vallées, initiant ainsi le début du contrôle des vallées occidentales par l’école Drukpa kagyü.


1187-1250 : Vie de Lorepa Wangchuk Tsöndrü. Ce maître de l’école Drukpa kagyü vient à Bumthang au moins à deux reprises et y donne des enseignements. Il fonde les temples de Tharpaling et de Chödra.


1212-1270 : Vie de Guru Chöwang. Il visite Bumthang et Kurtö où il a un fils qui serait à l’origine de deux lignées locales. A Ura, il rencontre un seigneur local qui prétend descendre de Tri Songdétsen.


1281 : Un bataillon mongol est installé dans le Lhodrak, au Tibet, pour protéger les paysans des pillards Dung qui sévissent sur le territoire du gouvernement de Sakya.


1335 : Jamyang Künga Sénggé (1314-1347), hiérarque du monastère drukpa kagyü de Ralung, obéissant à son maître spirituel, tente d’user de son influence sur les lamas du Sud et les chefs locaux pour arrêter les déprédations des Dung. Ses efforts sont vains et les pillards poursuivent leurs raids.


1338 : Les représentants de Sakya et les chefs locaux victimes de pillages demandent à Jamyang Künga Sénggé d’intervenir à nouveau. Il part pour Phari afin de mettre au pas lui-même ses disciples désobéissants. Ceux-ci promettent d’arrêter leurs raids.


1345 et 1347 : Nouvelles attaques des Dung au Tibet. Le chef des armées de Sakya fait savoir à Jamyang Künga Sénggé qu’une campagne militaire de grande envergure sera déclenchée s’il ne parvient pas à pacifier ce peuple. Künga Sénggé voyage dans l’Ouest du Bhoutan pendant plusieurs mois et trouve les seigneurs locaux en plein conflit interne. Il obtient la libération d’une quarantaine de prisonniers détenus par un chef dont le territoire devait se situer entre Paro et Thimphu. Son fils Jamyang Lodrö Sénggé naît au cours de ce voyage. Künga Sénggé retourne ensuite à Phari et négocie la paix à Nyingro, au nord de la vallée de Chumbi.


1352 : La médiation de Jamyang Künga Sénggé s’avère infructueuse et Pönyig Phagpa Pelzang, dirigeant les armées de Sakya, affronte les Dung au Tibet lors d’une série d’escarmouches. Prétextant l’ouverture de négociations, il parvient à réunir quelque cent soixante chefs du Bhoutan occidental pour un banquet à Phari et les fait massacrer. Une chronique du XVe siècle rapporte que leurs corps démembrés furent offerts aux divinités protectrices. Un autre groupe de Dung est défait au Lhodrak et dispersé après sa reddition.


v. 1350 : Longchen Rabjampa, alias Longchenpa (1308-1363), le célèbre maître nyingmapa, se réfugie au Bhoutan. Il s’était attiré les foudres des autorités, car il avait accepté de prendre pour disciple un rival de Changchub Gyeltsen (1302-1364) alors maître du Tibet. Son exil est considéré comme la période la plus productive de sa vie : il fonde les « huit sanctuaires spirituels » (Tharpaling à Chume, Dechenling à Ura Shingkar, Ogyen Chöling à Tang, Drechagling à Ngenlung, Rinchenling à Khothangka, Kunzangling à Shar, Samtenling à Paro et Kunzangling à Kurtö) et compose certains de ses plus importants traités. Durant son séjour, il a deux enfants : une fille en 1351 et un fils en 1356. La tradition orale concernant Longchenpa est toujours bien vivante et on lui attribue notamment l’irrigation du village de Samling où il résidait, la conversion de villages Mön, la soumission d’une divinité aquatique à Urok...


1362 : Premier voyage de Ba Rawa (1310 ou 1320-1391) au Bhoutan. Il est témoin d’un guerre civile, conséquence de la campagne menée par le gouvernement de Sakya, et use de son influence pour apaiser les rivalités entre les chefs locaux. Il fonde le monastère de Brangyekha dans la vallée de Paro.


1370 : Premier voyage du tértön nyingmapa Dorjé Lingpa (1346-1405). Guidé par un rêve, il part pour le pays Mön dans l’espoir de mettre au jour des trésors cachés. Il arrive à Taktsang et y découvre plusieurs manuscrits. Il passe par Rinchenling à Khothangka et poursuit ses recherches à Namtang Langdrak, à Tang, où il révèle plusieurs autres textes.


1371 : Dorjé Lingpa découvre des trésors en présence de nombreux témoins à Orgyen Yiblung Dékyiling et à Pungtang Déwa Chénpo (Punakha). Il est peut-être le tértön qui initia cette tradition de « révélation publique ».


1374 : Dorjé Lingpa part pour Bumthang et découvre de nouveaux textes. Le lieu devient le centre de son activité au Bhoutan.


1376 : Au terme d’une retraite de sept jours, Dorjé Lingpa délivre des enseignements sur la « Grande Perfection » et repart pour le Lhodrak, au Tibet. Il visite son ami Ba Rawa installé à Shang, dans le Tibet central.


1380 : Dorjé Lingpa revient en pays Mön. A Bumthang, il est accueilli par une personne nommée Tshomo (probablement une femme) et par le seigneur des quatre tribus locales.


1391 : Second voyage de Ba Rawa au Bhoutan. Il décède à Paro.


1433-1434 : Thangtong Gyelpo (1385-1464), grand bâtisseur et maître nyingmapa réputé, voyage au Bhoutan. Il y recherche du minerai de fer pour la construction d’un pont à Chuwori, au Tibet. Il rencontre un roi local nommé Dung Langmar et plusieurs seigneurs voisins qui lui offrent le métal dont il a besoin.


1450 : Naissance de Pema Lingpa (1450-1521) à Bumthang. Il est un descendant de Gyelwa Lhanangpa et est considéré comme une réincarnation de Padmasambhava et de Longchenpa. Il sera un important tértön rattaché à l’école Nyingmapa.


1455-1529 : Vie de Drukpa Künlé. Il est le plus célèbre des yogis fous tibétains et deviendra un héros national au Bhoutan. Il mène une vie d’errance et d’aventures, parfois très rabelaisiennes, durant laquelle il remet en cause avec humour les conventions sociales, les puissants et les moines hypocrites. Mais il est aussi doté d’une solide érudition et ses provocations tout comme sa conduite en apparence scandaleuse ont toujours une finalité morale. Il voyage en pays Mön où il fonde un temple, rencontre Pema Lingpa à Bumthang et a de nombreuses aventures. Il retourne au Tibet vers la fin de sa vie.


1501-1505 : Pema Lingpa fonde le monastère de Tamshing à Bumthang.


1505 : Le lama nyingmapa Sonam Gyeltsen (1466-1540) est invité à Paro Taktsang. Il visite également deux monastères fondés par Longchenpa : Kunzangling à Kurtö et Drechagling à Ngenlung. Il passe par Bumthang et voyage ensuite dans l’Ouest, à Thimphu et Paro.


1521 : Décès de Pema Lingpa au monastère de Tamshing.

 

Au Tibet central, dans la province de Tsang, il y avait deux candidats pour la réincarnation de Pema Karpo (1527-1592), le quatrième maître de l’école Drukpa kagyü. L’un, Paksam Wangpo (1593-1641), bénéficiait du soutien du roi de Tsang. L’autre, Ngawang Namgyel (1594-1651), avait été reconnu grâce au soutien de sa famille, installée à Ralung, et qui détenait une relique légitimant son rôle dans le choix de la réincarnation. Le souverain ordonna à Ngawang Namgyel de se présenter à lui avec la relique. Il refusa et, fuyant la colère du roi, se réfugia en pays Mön où son école et son clan étaient déjà bien implantés...


1607 : Ngawang Namgyel devient hiérarque du monastère de Ralung.


1616 : Ngawang Namgyel arrive au Bhoutan.


1619-1620 : Ngawang Namgyel et le roi de Cooch Bihar (dans l’actuel Bengale occidental) établissent des relations amicales.


1620 : Ngawang Namgyel fonde le monastère de Cheri dans la vallée de Thimphu.


printemps 1625 : Au cours d’une retraite de trois ans, Ngawang Namgyel a une vision qui le convainc de la nécessité de fonder un Etat en pays Mön.


1627 : Voyage des jésuites portugais Estêvão Cacella (1585-1630) et Joao Cabral (1599-1669). Ils sont les premiers Occidentaux à visiter et à décrire le pays. Ils y restent huit mois et y rencontrent Ngawang Namgyel. Dans une lettre datée du 4 octobre, Cacella le décrit comme un dirigeant fort et sage, artiste et fin lettré. Ngawang Namgyel leur aurait offert d’ériger une église et une maison à Paro pour les loger.


1629 : Ngawang Namgyel fait ériger son premier dzong à Semthoka, près de Thimphu. Les armées du Tsang passent à l’offensive, mais sont repoussées.


1634 : Les Tibétains sont à nouveau repoussés.


1639 : Le roi du Ladakh, également dévot de l’école Drukpa, offre son soutien pour repousser une offensive tibétaine. Il envoie son frère Sénggé Namgyel qui sera nommé gouverneur du district de Wangdü.


1642 : Au Tibet, le cinquième dalaï-lama Ngawang Lozang Gyatso (1617-1682) accède au pouvoir. Il est un cousin de Paksam Wangpo et continue de mener une politique hostile à l’égard du jeune Etat bhoutanais.


1644-1645 : Avec l’aide des Mongols, le cinquième dalaï-lama lance un nouvel assaut sur le Bhoutan. Les envahisseurs sont repoussés.


1644-1646 : Ngawang Namgyel et son maître nyingmapa Rigzin Nyingpo accomplissent un série de rituels à Taktsang. Ils invoquent Padmasambhava et les divinités protectrices afin de remporter la victoire sur les Tibétains. Après une vision, Ngawang Namgyel envisage la construction d’un temple sur le site.


1647-1648 : Une nouvelle attaque tibéto-mongole est repoussée.


1650 : Ngawang Namgyel lance une offensive vers le sud. Le territoire correspondant à l’actuel district de Dagana est conquis.


1651 : Ngawang Namgyel se retire au dzong de Punakha et meurt peu après. Les responsabilités séculières sont confiées à Tenzin Drukgyel (1591-1656) et les devoirs religieux au chambellan Drung Damchö Gyeltsen (d. 1672). Ils cachent le décès de Ngawang Namgyel qui est officiellement en état de retraite méditative. Son décès sera gardé secret pendant plus d’un demi-siècle. Cette période sera marquée par une certaine prospérité sous le règne de Tenzin Rabgyé (r. 1680-1694) mais aussi par la rivalité qui se développera entre les clans aristocratiques Obtsho et Kabji.


Ayant dirigé l’unification du territoire et repoussé à plusieurs reprises les armées tibétaines, Ngawang Namgyel s’est imposé comme le maître du pays. Il sera honoré après sa mort du titre honorifique de shabdrung, parfois traduit par « celui aux pieds duquel on se soumet » et qui se transmettra à ses réincarnations. Il a créé un code de lois inspiré des principes moraux du bouddhisme ainsi que des coutumes locales et a organisé le gouvernement autour de deux personnages : un chef religieux, le jé khenpo (« maître abbé ») et un chef temporel, le dési, qui contrôlait une administration de moines-fonctionnaires. La fonction de dési sera attribuée à des membres du clergé jusqu'au début du XVIIIe siècle.


Dans les régions, l’administration locale se faisait depuis les dzong, des forteresses, sièges du pouvoir civil et religieux, à la tête desquels se trouvaient les dzongpön (« chef de dzong »). Les trois plus importants dzongpön étaient ceux de Dagana, Trongsa et Paro. Ils portaient le titre de pönlop (« gouverneurs ») et était collectivement connus sous le nom de Chilasum.


Selon une tradition héritée du monastère de Ralung, Ngawang Namgyel espérait voir un fils ou un neveu lui succéder à la tête de l’Etat nouvellement créé. Son fils Jampel Dorjé (1630-1680/1681) fut jugé inapte et c’est Tenzin Rabgyé qui sera choisi. Il est le fils de Mipham Tshewang Tenzin (1574-1643/1644), un lointain cousin qui dirigeait le monastère de Tango et passait pour être la réincarnation de Drukpa Künlé. Avec le décès du shabdrung et le secret qui l’entoure, le pouvoir politique est laissé entre les mains des dési. Tenzin Rabgyé ne sera nommé quatrième dési et placé sur le trône en qualité de gyeltshab (« régent ») qu'en 1680.


Le système restera en place jusqu'à l’avènement de la monarchie au début du XXe siècle, mais, après l’annonce du décès du shabdrung au début du XVIIIe siècle et en l’absence d’un pouvoir central fort, les dzongpön prendront de plus en plus d’autonomie. La recherche de la réincarnation de Ngawang Namgyel accentuera encore les divisions internes : les gouverneurs favorisant les candidats susceptibles de les nommer au poste de dési. Le problème de la succession du shabdrung ne sera réglé qu’au milieu du XVIIIe siècle avec l’instauration de la théorie des triples réincarnations (de la parole, du corps et de l’esprit), seule l’incarnation de l’esprit (thuk trül) du shabdrung étant considérée apte à hériter du trône.


1656 : Les armées du gouvernement central réduisent la coalition des écoles rivales installées dans l’Ouest et menée par des lamas appartenant à l’ordre lhanangpa. Décès du dési Tenzin Drukgyel, Tenzin Drukdra (r. 1656-1667), le demi-frère du shabdrung, lui succède.


1656-1657 : Les Bhoutanais repoussent une offensive tibétaine.


1667 : Migyur Tenpa (r. 1667-1680) succède à Tenzin Drukdra au poste de dési. Sous son règne, le territoire de l’Etat bhoutanais est agrandi à l’ouest vers la vallée de Chumbi et le Sikkim et à l’est dans le corridor qui sépare actuellement le Bhoutan de la frontière sino-indienne.


v. 1675 -1679 : Reprise des hostilités avec le Tibet.


1676 : Le général Obtsho Ngawang Rabten remporte une victoire sur les Tibétains malgré l’incompétence du gouverneur de Punakha, Kabji Gédün Chöphel, qui est réprimandé. Ses alliés se vengent en assassinant le frère du général. Il s’agit du premier acte d’une longue rivalité qui opposera Gédün Chöphel et ses partisans au clan Obtsho.


1680 : Depuis son fief de Punakha, Gédün Chöphel organise un coup d’Etat et pousse le peuple à la rébellion. Migyur Tenpa démissionne et Ngawang Rabten est emprisonné à Wangdüphodrang. Il est exécuté peu après. Tenzin Rabgyé fait l’unanimité. Il est désigné quatrième dési et occupe le trône en qualité de régent (gyeltshab). Son intronisation à Punakha est célébrée publiquement. Des représentants de Sakya, du Cooch Bihar et du Ladakh y assistent. Le point culminant de la cérémonie est la distribution d’une pièce d’argent à chaque foyer soumis à l’impôt.

Tenzin Rabgyé consolide l’Etat et mène une politique de réconciliation. Il rappelle la veuve et les deux fils de Ngawang Rabten qui avaient été exilés. Il fait également restaurer les monastères des ordres mineurs endommagés pendant la guerre civile.


1682 : Le Cooch Bihar est menacé par les armées moghols d’Aurangzeb. Les Bhoutanais envoient deux petits détachements afin de venir en aide au roi Mahendra Narayan. Les forces du Cooch Bihar sont mises en déroute et la défaite déclenche un conflit entre deux branches de la famille royale. Après une vaine tentative de médiation, les Bhoutanais apportent une aide armée aux partisans de Mahendra Narayan.


1688 : Gédün Chöphel demande la permission de démissionner de son poste de dzongpön de Punakha. Tenzin Rabgyé accepte, à la condition qu’il se retire à Wangdüphodrang plutôt que dans ses terres ancestrales situées à proximité de celles de ses ennemis du clan Obtsho. En principe consacré à une retraite méditative, Gédün Chöphel continue son activité politique.


1688-1690 : Tenzin Rabgyé fait rénover le monastère de Tango.


1688-1695 : Première ambassade de Jamgön Ngawang Gyeltsen (1647-1732). Le roi de Dérgé, dans le Sud-Est du Tibet, désire faire venir à sa cour un moine drukpa kagyü, peut-être à la suite d’un tremblement de terre. Il sollicite la venue d’un émissaire du shabdrung qu’il croit toujours en vie. Jamgön Ngawang Gyeltsen, moine et artiste réputé, est envoyé. Il demeurera sept années à Dérgé et le roi deviendra son disciple.


1690 : Première représentation du rituel réformé de Tséchu. La cérémonie, une célébration de Padmasambhava, dure trois jours et mêle festivités populaires et rituels religieux. Au troisième jour, Tenzin Rabgyé, revêtu du costume du saint yogi, effectue une danse de consécration publique.


1692 : Tenzin Rabgyé voyage à Taktsang Pelphuk. Il exécute la célébration du Tsechu au bord de la falaise. Il avait assisté au rituel réalisé en 1644/1646 par le shabdrung et ordonne l’édification du temple de Taktsang, accomplissant ainsi le vœu de Ngawang Namgyel. La construction sera achevée en 1694.


1693-1694 : La santé de Tenzin Rabgyé se détériore et les hostilités avec le Tibet reprennent.


1694 : Gédün Chöpel dirige une faction demandant la démission de Tenzin Rabgyé. Les soldats rebelles encerclent le dzong où il était entré en retraite et le poussent à abdiquer. Tenzin Rabgyé obtempère et Gédün Chöpel fait introniser la petite fille du shabdrung, nommée Tshokyé Dorji (1680-1697).


1695 : Début du règne de Gedün Chöphel (r. 1695-1700/1701), cinquième dési. Les historiens bhoutanais le décrivent de manière très négative. Son caractère violent et sa soif de pouvoir s’accordent effectivement mal avec son statut de moine. Son impopularité est telle, qu’après son accession au poste de dési, la rumeur circule qu’il serait un démon que le shabdrung aurait oublié de soumettre.


1696 : Décès de Tenzin Rabgyé, il meurt sans héritier mâle. Sa fille, Lhacham Künlé (1691-1732/33), deviendra une nonne respectée et n’aura pas de descendance.


1697 : Tshokyé Dorji, atteinte de variole, décède. Elle n’a que dix-sept ans et meurt sans enfant. La descendance du shabdrung Ngawang Namgyel s’éteint avec elle.


v. 1699 : Décès de Tensung Namgyel (n. 1646, r. 1670-1999), deuxième roi du Sikkim. Il avait trois épouses. L’une d’elles était bhoutanaise et sa fille, Pendi Wangmo revendique le trône. Elle bénéficie du soutien militaire du Bhoutan dans sa lutte contre le prince Chagdor Namgyel, fils d’une épouse tibétaine du roi.


v. 1700 : Les Bhoutanais envahissent le Sikkim oriental et occupent la capitale. Chagdor Namgyel se réfugie au Tibet.


1700 : Le dési Gédün Chöpel profite d’une tentative de coup d’Etat ratée pour mener une purge contre ses rivaux du clan Obtsho : la veuve et les fils de Ngawang Rabten sont à nouveau contraints à l’exil tandis que les autres membres de la famille sont emprisonnés ou exécutés. Leur domaine est brûlé. Gédün Chöpel est assassiné à la fin de l’année.


1701 : Le gouverneur de Wangdüphodrang, Ngawang Tshering (r. 1701-1714) est nommé sixième dési. Le nouveau gouvernement mène une politique d’apaisement avec le clan Obtsho qui se réétablit sur ses terres à Amorimu. Les descendants de Ngawang Rabten seront actifs essentiellement dans la sphère religieuse.

 

Le secret du décès du shabdrung Ngawang Namgyel n’est levé qu’au début du XVIIIe siècle. En l’absence d’un pouvoir central fort, l’autorité du gouvernement se détériore pendant près de deux cents ans, les dzongpön prenant de plus en plus d’autonomie. L’instabilité politique chronique engendre des luttes intestines qui dégénèrent en guerres civiles. La question de la succession du shabdrung et la recherche de ses réincarnations est au cœur des conflits, les gouverneurs favorisant les candidats susceptibles de les nommer au poste de dési. Ce problème ne sera réglé qu’au milieu du XVIIIe siècle avec l’instauration de la théorie des triples réincarnations (de la parole, du corps et de l’esprit), seule l’incarnation de l’esprit (thuk trül) du shabdrung étant considérée apte à hériter du trône.


Sur la scène internationale, un nouveau protagoniste apparaît qui modifie profondément l’équilibre des forces en présence : l’East India Company. Elle dispute au Bhoutan le contrôle des Douars, le territoire situé au pied du versant sud de la chaîne himalayenne et qui prolonge la plaine indo-gangétique.


printemps 1702 : Künga Gyeltsen (1689-1714) est proclamé gyeltshab à Punakha. Il est doté d’un important charisme religieux et passe pour être un lama incarné. L’identité de sa précédente incarnation n’est pas clairement explicitée par les sources historiques. Les plus anciennes paraissent le présenter comme la réincarnation du shabdrung Ngawang Namgyel, mais, d’après les historiens plus récents, il serait celle de son fils Jampel Dorjé.


v. 1705 : Künga Gyeltsen décide de lever le secret entourant le décès du shabdrung Ngawang Namgyel.


1706-1712 : Deuxième ambassade de Jamgön Ngawang Gyeltsen. Le roi du Ladakh ayant demandé au dési l’envoi un lama bhoutanais, Jamgön Ngawang Gyeltsen est choisi pour mener une nouvelle délégation. Sur place, il prodigue au roi des enseignements ainsi que des initiations, et on lui attribue de nombreux miracles. Le moine-ambassadeur revient au Bhoutan accompagné du prince ladakhi Ngawang Tenzin Norbu qui se verra attribué des charges prestigieuses.


1707 : Intronisation du huitième dési Druk Rabgyé (r. 1707-1719, d. 1729) grâce au soutien de Künga Gyeltsen. Surnommé le « dési barbu », il est le premier laïc à occuper ce poste. Arrivé au pouvoir, il révèle son caractère brutal en faisant pourchasser et assassiner son rival Tenpa Wangchuk.


v. 1710 : Künga Gyeltsen entame une retraite de trois années. Druk Rabgyé en profite pour chercher la réincarnation du shabdrung afin d’assurer son pouvoir et découvre Choklé Namgyel (1708-1736). Cet enfant sera plus tard considéré comme la première incarnation de la parole de Ngawang Namgyel.


1713 : Sous la pression de Druk Rabgyé, Künga Gyeltsen est contraint d’abdiquer et placé en captivité à Wangdüphodrang. Choklé Namgyel est placé sur le trône.


1714 : Künga Gyeltsen est empoisonné par les hommes de Druk Rabgyé.


1714 : Reprise des hostilités avec le Tibet, Lhazang Khan tente vainement d’envahir le Bhoutan.


1719 : Druk Rabgyé démissionne. Il installe son neveu Ngawang Gyatso (r. 1719-1729) au poste de neuvième dési. Il est essentiellement un dirigeant fantoche et Druk Rabgyé continuera son activité politique depuis son ermitage.


1729-1735 : Guerre civile. Les chefs locaux continuent de se déchirer au sujet de la succession du shabdrung Ngawang Namgyel. Les chefs du district de Paro font sécession et appellent à l’aide Pholhané (1689-1747) qui, à cette époque, fait figure d’homme fort du Tibet.


1729 : Le dési Ngawang Gyatso est destitué et assassiné. Des affrontements sanglants éclatent entre les différentes factions à Punakha. Les opposants à Druk Rabgyé prennent le dessus. Il est tué et Choklé Namgyel est placé sous bonne garde au dzong de Paro. Mipham Wangpo (1709-1736), réincarnation de Tenzin Rabgyé, est nommé dixième dési et son frère Jigmé Norbu (1717-1735), réincarnation de Künga Gyeltsen, est placé sur le trône.


1730 : Pholhané envahit le Bhoutan et obtient ainsi la reconnaissance de l’empereur mandchou. Les Bhoutanais doivent envoyer des otages au Tibet et des présents en Chine.


1734 : Décès de Choklé Namgyel. Sa mort est gardée secrète pendant près d’une année. Sa réincarnation, un enfant bhoutanais, est capturée par Pholhané et gardé à Phari.


été 1735 : Décès de Jigmé Norbu.


mars 1736 : Pour une raison incertaine, Mipham Wangpo doit s’enfuir. Il s’exile pendant sept mois au Tibet. Il est bien reçu par Pholhané, les ministres et le fonctionnaire chinois en poste à Lhassa, l’amban. Le dalaï-lama et d’autres dignitaires religieux lui accordent des audiences. Mipham Wangpo rencontre également une réincarnation de Drukpa Künlé, Yunggön Dorjé à Ralung. Signe de la réconciliation, le gouvernement tibétain s’engage à financer la restauration du monastère. Pholané refuse néanmoins de laisser partir Jigmé Drakpa (1725-1761), incarnation de l’esprit du shabdrung. Mipham Wangpo retourne au Bhoutan, il est placé sur le trône, mais meurt peu après. Le septième jé khenpo Ngawang Trinlé (1712-1770) poursuit le rapprochement avec les autorités tibétaines et maintient le contact avec Yunggön Dorjé.


1738 : Le prince ladakhi Ngawang Tenzin Norbu est élevé au poste de jé khenpo (r. 1738-1744), il devient ainsi le huitième chef religieux de l’Etat bhoutanais.


1739 : Yunggön Dorjé est invité au Bhoutan et participe au couronnement du successeur de Mipham Wangpo. Il est d’abord reçu avec hostilité par la population qui l’accuse d’être un espion tibétain et une fausse réincarnation, mais parvient rapidement à se rendre populaire. On rapporte qu’à la fin de son séjour, des groupes de femmes, le reconnaissant comme le digne héritier de Drukpa Künlé, venaient auprès de lui afin de recevoir des bénédictions de fertilité.


1740 : Départ de Yunggön Dorjé. Le gouvernement lui confie un groupe de jeunes gens pour suivre des études supérieures au Tibet.


décennie 1740 : Les Bhoutanais interviennent dans une deuxième guerre de succession au Sikkim. Ils obtiennent des exemptions de taxes pour leurs commerçants à Gangtok et y installent une garnison.


1744 : Shérab Wangchuk (r. 1744-1763) est nommé treizième dési. Il déclare légitimes toutes les réincarnations du shabrung, mais les hiérarchise. Elles bénéficient toutes d’un soutien généreux du gouvernement. Shérab Wangchuk leur impose un emploi du temps chargé (étude, enseignements, retraites…) afin de les occuper et de minimiser les risques de compétition. Il règle ainsi le problème de la succession au trône.


1746 : Grâce à l’aide de Yunggön Wangchuk, Shérab Wangchuk parvient à faire venir Jigmé Drakpa (r. 1746/1747-1761) et le fait introniser.


1749 : Shérab Wangchuk envoie des artisans et de l’argent à Ralung, afin d’aider à la restauration du monastère entamée en 1736, ainsi qu’une ambassade pour servir de médiateur dans la dispute autour de la succession de Pholhané. La mission est un échec et les violences ne peuvent être évitées.


1751 : Restauration des chapelles de Bumthang et de Paro partiellement financée par le septième dalaï-lama.


1751 : Le Ladakh sort d’une guerre civile, les Bhoutanais envoient une ambassade menée par Sonam Lhündrup afin d’aider à la médiation entre les différents partis.


v. 1769-1772 : Assassinat du roi Kama Datta Sen de Vijaypur, à proximité de l’actuelle Dharan dans le Népal oriental. Les Bhoutanais sont impliqués dans les luttes intestines qui secouent ce royaume.


1770 : Les Bhoutanais renversent le roi de Cooch Bihar, Dhairyendra Narayan (r. 1765-1770, puis r. 1775-1783) et placent Rajendra Narayan (r. 1770-1772) sur le trône.


1772 : Décès de Rajendra Narayan qui est remplacé par Dharendra Narayan (r. 1772-1775).


1772 : Le seizième dési Sonam Lhündrub s’allie à Prithvi Narayan Shah (1722/1723-1775), l’unificateur du Népal.


1774 : Les fidèles de Dhairyendra Narayan appellent à l’aide les Britanniques qui envoient un détachement au Cooch Bihar et chassent les Bhoutanais. Dhairyendra Narayan est libéré, mais Dharendra Narayan restera sur le trône jusqu'à son décès en 1775. Le Cooch Bihar reconnaît la souveraineté britannique.


avril 1774 : Traité de paix anglo-bhoutanais.


1774 : Mission de George Bogle. Ce jeune agent écossais de l’East India Company, accompagné par le docteur Hamilton, est chargé de négocier un accord commercial avec le panchen-lama. Il traverse d’abord le Bhoutan où il rencontre le dix-septième dési, Künga Rinchen (1773-1776), puis part pour le Tibet.


mai 1775 : George Bogle revient du Tibet et conclut un traité avec le dési. Il ne parvient pas à obtenir le passage des commerçants britanniques, mais les marchands hindous et musulmans sont autorisés à circuler. En échange, les négociants bhoutanais bénéficient d’avantages au Bengale.


1783 : Mission Turner. Le sixième panchen-lama étant décédé en 1780, le gouverneur général du Bengale saisit l’occasion pour envoyer une ambassade à son successeur, un enfant de dix-neuf mois. Samuel Turner est chargé de présenter les félicitations officielles des Britanniques à la jeune réincarnation. Il a également pour mission de renforcer les liens commerciaux avec le Bhoutan et le Tibet. Samuel Turner est reçu le 3 juin 1783 par le dix-huitième dési Jigme Sengye (r. 1776-1788).


1815 : Les Britanniques envoient un officier bengali nommé Kishen Kant Bose dans le Bhoutan oriental afin de régler un différend frontalier.


décennie 1830 : Début d’une longue série d’escarmouches entre les Bhoutanais et les Britanniques.


1838 : Le capitaine Pemberton traverse le Bhoutan d’est en ouest. Il doit évaluer la situation politique du pays et mène en secret une mission d’exploration. Il tente vainement d’imposer un traité aux autorités locales.


1841 : L’East India Company s’engage à verser 10 000 roupies par an au Bhoutan en échange de l’administration des Douars de Kamrup, la région de Guwahati en Assam.


1850 : Abdication et décès du trente-septième dési Tashi Dorjé.


1850 : Au cours d’une visite au Bhoutan, le lama gélugpa Changchub Tsöndru (1817-1856) prophétise l’accession de Jigme Namgyel (1825-1881) au poste de gouverneur (pönlop) de Trongsa.


1853 : Jigmé Namgyel est nommé pönlop de Trongsa. Il invite Changchub Tsöndru qui lui confère plusieurs initiations et une bénédiction de longue vie.


1854-1856 : Une coiffe est élaborée par Changchub Tsöndru pour Jigmé Namgyel. Ornée de trois yeux et surmontée d’une tête de corbeau, elle place son porteur sous la protection de la divinité Mahakala. C’est à l’origine un genre de casque de bataille auquel on prête des pouvoirs magiques. C’est également le prototype de la « Couronne du Corbeau », un symbole de la royauté bhoutanaise.


1856 : Décès de Jangchub Tsöndru, son corps est brûlé et laisse de nombreuses reliques.


1864 : Mission d’Ashley Eden au Bhoutan. Ce diplomate britannique, qui s’était illustré deux ans auparavant en dirigeant une invasion du Sikkim, est chargé de résoudre des problèmes frontaliers, mais trouve un pays en proie à des luttes intestines. Grâce à son réseau d’alliances, Jigmé Namgyel était entre temps devenu l’homme fort du gouvernement, aux dépends des dési qui se succèdent et du gyeltshab dont le pouvoir n’est plus que nominal. L’ambassade britannique est malmenée par une population hostile et humiliée par les termes imposés par Jigmé Namgyel.


1864 : Début de la guerre des Douars entre la Grande-Bretagne et le Bhoutan.


novembre 1865 : Traité de Sincula. Le Bhoutan cède aux Britanniques ses droits sur les Douars en échange d’une indemnité annuelle.


1866 : Jigmé Namgyel fait restaurer le Jampé Lhakang et y adjoint un temple.


1866-1868 : Guerre entre les dzongpön de Wangdüphodrang et de Punakha.


1877 : Le dzongpön de Punakha se révolte contre le dési.


1877 : Trinlé Tobgyé (1856- c. 1884), fils aîné de Jigmé Namgyel, qui avait été envoyé à Lhalung au Lhodrak pour être fait moine, est rappelé au Bhoutan. Il est nommé dzongpön de Wangdüphodrang.


1881-1885 : Ugyen Wangchuk, fils de Jigmé Namgyel, devient le gouverneur de Trongsa, tandis que son frère Trinlé Tobgyé est nommé gouverneur de Paro, fonction qu’il cumule avec celle de dzongpön de Wangdüphodrang. Mais ce dernier décède peu après. Avec leurs alliés, ils affrontent lors d’une guerre civile le dési et le dzongpön de Thimphu et Phunaka. Ugyen Wangchuk défait ses adversaires à Changlimithang, près de Thimphu en 1885. 

 

Après la bataille de Changlimithang en 1885, le Bhoutan connaît une période de relative stabilité politique : le pönlop de Paro contrôle les régions occidentales, tandis qu'Ugyen Wangchuk, pönlop de Trongsa, a étendu sa domination sur l’Est. Mais les deux partis sont toujours rivaux et cherchent des soutiens à l’extérieur. Au moment de l’expédition Younghusband en 1904, le pönlop de Paro se rapproche des Tibétains, tandis qu’Ugyen Wangchuk offre son assistance aux Britanniques. Il réussit également à se poser en intermédiaire lors des négociations.

Après cette incursion de l’armée des Indes, l’empire de Chine cherchera à établir sa suzeraineté sur le Tibet et le Bhoutan. Les autorités bhoutanaises ignorent ces menaces et le dési ne rencontrera même pas la délégation chinoise.


1904 : Un corps expéditionnaire britannique mené par Francis Younghusband, alerté par la rumeur d’un traité russo-tibétain, se fraie un chemin jusqu'à Lhassa par la force des armes. Il bénéficie du soutien d’Ugyen Wangchuk.


1905 : Ugyen Wangchuk reçoit le titre de Knight Commander of the Indian Empire.


1906 : Ugyen Wangchuk voyage à Calcutta. Il revient au Bhoutan avec de nombreuses idées concernant la modernisation de son pays.


17 décembre 1907 : Ugyen Wangchuk est élu roi du Bhoutan par une assemblée constituée de représentants du clergé, du gouvernement et du peuple. Cet événement marque le début de la monarchie héréditaire et la fin du mode de gouvernement instauré au XVIIe siècle par le shabdrung Ngawang Namgyel.


8 janvier 1910 : Traité de Punakha. Le Bhoutan doit consulter le gouvernement britannique pour toutes ses relations avec les Etats étrangers.


1926 : Décès d’Ugyen Wangchuk et début du règne de son fils Jigmé Wangchuk (r. 1926-1952).


1947 : Indépendance de l’Inde.


1949 : Traité indo-bhoutanais. Les autorités bhoutanaises acceptent d’être conseillées par l’Inde au sujet de leurs relations avec les Etats étrangers.


1950-1951 : Invasion du Tibet par l’Armée populaire de libération.


1952 : Décès de Jigmé Wangchuk et début du règne de son fils, Jigmé Dorji Wangchuk (r. 1952-1972).


1952-1953 : Jigmé Dorji Wangchuk initie une série de réformes. Les serfs sont émancipés et des terres leur sont données. La taille des domaines de chaque foyer est plafonnée à 25 acres. Le roi développe aussi un système d’éducation de masse. Il crée une Assemblée nationale.


1959 : Adoption du code de lois désigné sous le nom de « Loi suprême ».


17 mars 1959 : Soulèvement de Lhassa. La révolte est réprimée et des réfugiés tibétains affluent d’abord vers le Bhoutan et le Sikkim, puis vers les autres pays himalayens.


1961-1966 : Premier plan quinquennal, financé par l’Inde. La priorité est donnée à la construction des infrastructures de base (routes, systèmes de communication) ainsi qu’à l’agriculture et à l’élevage.


1962 : Le Bhoutan rejoint le plan de Colombo pour le développement coopératif économique et social des pays de l’Asie et du Pacifique.


1964 : Jigmé Palden Dorji, beau-frère du roi et Premier ministre, est assassiné par un tireur d’élite. Le chef des armées royales est tenu pour coupable et exécuté.


1965 : Jigmé Dorji Wangchuk échappe à une tentative d’assassinat.


1965 : Le roi établit le Conseil consultatif royal.


1966-1971 : Le deuxième plan quinquennal, également financé par l’Inde, vise à développer l’agriculture, l’éducation et la santé nationales.


1967 : Etablissement d’un système judiciaire indépendant avec la création de la Haute Cour.


1968 : Premier Conseil des ministres.


1969 : Jigmé Dorji Wangchuk renonce à son droit de veto au Parlement. Il impose également l’instauration d’un vote de confiance à renouveler tout les trois ans : l’Assemblée nationale ayant désormais le pouvoir de destituer le roi en faveur du prétendant, suivant l’ordre de succession. Cette réforme sera abolie en 1973 à l’initiative de l’Assemblée nationale.


1971 : Le Bhoutan entre à l’Organisation des Nations unies.


1972 : Décès de Jigmé Dorji Wangchuk, Jigmé Singyé Wangchuk est intronisé (r. 1972-2006).


1973 : Le Bhoutan fait partie du mouvement des non-alignés.


1975 : Le Sikkim est rattaché à l’Inde.


1979 : Ouverture d’un bureau du Programme des Nations unies pour le développement à Thimphu.


1981 : Début du processus de décentralisation de l’administration, les vingt comités de développement de district sont établis.


1985 : le Bhoutan entre au SAARC (association de coopération régionale de l’Asie du Sud).


1985 : La nationalité bhoutanaise est accordée aux Népalais arrivés sur le territoire avant 1958. Ils sont incités à adopter la culture dominante et officiellement désignés sous le terme de Lhotsampa (« Méridionaux »). Cette appellation passe pour être plus « politiquement correcte » en dzongkha, car elle ne fait pas référence à l’origine allogène de cette population.


1988 : Un recensement distinguant arbitrairement les migrants légaux et illégaux provoque la révolte des populations d’origine népalaise.


1990 : Les Lhotsampa manifestent contre le gouvernement. La révolte s’apaisera au milieu des années quatre-vingt-dix, mais la situation des Népalais déclarés illégaux et regroupés dans des camps de réfugiés n’est toujours pas résolue à ce jour.


1991 : Le processus de décentralisation se poursuit avec l’introduction des deux cent deux comités de développement des blocs (subdivision des districts).


avril 1998 : Incendie à Taktsang. L’édifice sera reconstruit d’après les plans originaux.


10 juin 1998 : Edit de Jigmé Singyé Wangchug, le roi délègue tout le pouvoir exécutif à un cabinet élu.


2003 : Le roi mène en personne une offensive visant à déloger les groupes armés d’insurgés indépendantistes assamais qui se cachaient dans les forêts du Sud pour échapper aux forces indiennes. L’opération est un succès.


2006 : Abdication de Jigmé Singyé Wangchuk, son fils Jigmé Khésar Namgyel Wangchuk lui succède, mais ne sera couronné que deux années plus tard.


18 juillet 2008 : Le Parlement et le roi adoptent une nouvelle Constitution renforçant la démocratie.


Coincé entre Union Indienne et république populaire de Chine, le « Pays du Dragon » s’ouvre timidement sur le monde tout en cherchant à préserver sa culture, ses ressources naturelles et ses valeurs bouddhiques. Il s’illustre ainsi par la promotion de l’indice de « bonheur national brut » afin de mesurer la qualité de vie de sa population en alternative aux indicateurs économiques tels que le « produit intérieur brut ».

Le développement durable et la préservation de l’environnement se trouvent ainsi au cœur des politiques gouvernementales. Grâce à ses faibles émissions de CO2 et le maintien d’un vaste couvert forestier, le Bhoutan est le seul Etat du monde à avoir un bilan carbone négatif. Le gouvernement s’est également fixé comme objectif de convertir au biologique l’ensemble de son agriculture pour 2020. La production énergétique, largement excédentaire, est, quant à elle, assurée par un réseau hydro-électrique en plein essor : la plus grande partie est revendue à l’Inde, une petite fraction suffisant à couvrir les besoins locaux.

Malgré une image de pays idyllique, le Bhoutan devra néanmoins faire face à d’importants défis. Son économie reste fragile. Les grands projets de barrages hydro-électriques, largement financés par l’Inde, entraînent le Bhoutan sur la voie de l’endettement et ne manqueront pas de générer un certain nombre de problématiques environnementales. La société bhoutanaise devra également prendre en compte les aspirations de la jeunesse, touchée par le chômage (phénomène précédemment inconnu) et tiraillée entre les injonctions contradictoires des valeurs traditionnelles promues par le gouvernement et le spectacle d’une certaine modernité véhiculé par les médias accessibles depuis moins d’une vingtaine d’années (télévision, internet, téléphonie mobile).


 


Dési : Le chef temporel de l’Etat bhoutanais créé au XVIIe siècle par le shabdrung Ngawang Namgyel. Il est nommé Deb raja dans les sources coloniales britanniques.


Dharma : Dans le contexte bouddhique, ce terme sanskrit désigne habituellement les enseignements délivrés par le prince indien Siddharta Gautama, c'est-à-dire le Bouddha historique Shakyamuni.


Douars : Région prolongeant la plaine indo-gangétique au pied du versant sud de la chaîne himalayenne.


Drukpa ou Drukpa Kagyü : Branche de l’école Kagyüpa du bouddhisme tibétain.


Drukyül : Le « Pays du Dragon » est le nom du Bhoutan en langue dzongkha.


Dzong : Forteresses, monastères et centres administratifs des districts.


Dzongkha : Il s’agit initialement d’une langue tibétaine utilisée dans l’Ouest du Bhoutan. Son nom de « langue des dzong » vient du fait qu’elle s’est imposée dans l’administration.


Dzongpön : Titre pouvant se traduire littéralement par « chef de dzong ».


Gyeltshab : Titre porté par le chef de l’Etat bhoutanais avant l’instauration de la monarchie. C’est lui qui désignait le dési et le jé khenpo.


Jé khenpo : Littéralement, le « seigneur abbé ». Il dirige l’école Drukpa kagyü au Bhoutan et est encore aujourd'hui le chef religieux du pays.


Lama : Maître spirituel. Un lama peut-être aussi bien un moine qu’un laïc marié. C’est ce terme qui est utilisé pour traduire le sanskrit guru, qui s’est transmis en français sous la forme « gourou » avec un sens parfois péjoratif.


Lhotsampa : Nom donné en langue dzongkha aux populations d’origine népalaise installées sur le territoire du Bhoutan. Les Lhotsampas représenteraient environ 25 % de la population du Bhoutan.


Mön ou Mönpa : Nom attribué dans les sources tibétaines à divers groupes du versant sud de l’Himalaya. Il désigne encore une population installée au pied des Montagnes noires.


Pönlop : Parfois traduit par « gouverneur », ce titre était porté par les dzongpön de Dagana, de Trongsa et de Paro.


Shabdrung : Titre attribué à Ngawang Namgyel après sa mort et qui s’est transmis à sa lignée de réincarnation. Le terme, difficilement traduisible, est souvent rendu par « celui aux pieds duquel on se soumet » ou bien « celui aux pieds duquel on se prosterne ».


Térma : Trésors qui passent pour avoir été dissimulés par le saint yogi Padmasambhava aux VIIIe et IXe siècles ou par un autre maître spirituel du passé.


Tértön : Découvreur de térma.


Tsechu : Fête religieuse annuelle en l’honneur de Padmasambhava.

 
 
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