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L'Argentine
Un coin d’Europe dans l’hémisphère austral
Pays de l’argent, fleuve de l’argent, noms qui font rêver et témoignent des espoirs et des illusions des conquistadores lorsqu’ils découvrirent l’Argentine et le Río de la Plata. Qu’était l’Argentine à l’arrivée des Espagnols ? De vastes étendues sauvages à perte de vue auxquelles seules la cordillère des Andes et l’océan font obstacle. Des terres australes aux confins de la civilisation, du monde et de l’Amérique, qui ont conservé jusqu’à nos jours ce caractère farouche qu’elles partageaient avec leurs premiers habitants. L’Argentine n’existait pas, divisée sous les Indiens, morcelée par la suite. Elle s’est construite par la force et a acquis son indépendance grâce à San Martín, son héros national, après des combats sans merci contre les loyalistes espagnols. L’État argentin a été enfanté dans la douleur au prix de luttes impitoyables et de rivalités incessantes entre des provinces et une capitale hégémonique, entre militaires, estancieros et dictateurs avides de pouvoir. L’Argentine a vécu au rythme des coups d’État, des assassinats ; elle s’est forgée de manière hésitante et chaotique. Son peuple fier, tenace et combatif est paradoxalement toujours resté soumis à la volonté de quelques-uns. C’est ce qu’exprime Domingo Faustino Sarmiento dans son ouvrage Facundo : « Chez nous, la terreur est une invention gouvernementale pour étouffer toute conscience, tout esprit civique, afin de forcer les hommes à reconnaître le pied qui leur écrase la gorge. » Moins riche que la puissante et prospère vice-royauté de Lima héritière de l’Empire inca, l’Argentine a su s’ériger en point de passage obligé entre l’Atlantique et le Pacifique, entre l’Europe et le Pérou. Elle est parvenue à tirer parti de la richesse de son sol et à se hisser pendant un temps au rang des premières puissances mondiales. Mais que serait l’Argentine sans la perle de la Plata ? Buenos Aires, si étincelante, si chatoyante, si bigarrée, Buenos Aires, ville européenne en terre américaine, capitale excentrée mais lieu de toutes les convergences, point d’attache entre l’Ancien Monde et le Nouveau Continent, qui regarde vers l’Europe mais a rendu tout un pays prospère. Buenos Aires, capitale aimée de ses habitants, cité des Espagnols, des patriciens créoles si fiers de leur prestance et de leur dignité, si certains de cette supériorité qui apporte à chacun l’espoir de voir un jour la fortune de son côté, comme le chantait Carlos Gardel : « Car le voyageur qui s’enfuit tôt ou tard s’arrête en chemin et si l’oubli qui détruit tout a tué mes rêves d’autrefois, il y a cachée en moi une humble lueur, la seule fortune qu’a gardée mon cœur. » Aujourd’hui, blessée par des années de dictature, affectée par le marasme économique, la violence et la misère, l’Argentine doit se reconstruire pour redevenir ce qu’elle fut. Oui, les Argentins peuvent chanter cette phrase de leur hymne national : « Les hommes libres du monde répondent au grand peuple argentin : salut ! » C’est à ce peuple de redorer le blason de l’Argentine et de lui redonner la place qu’elle mérite dans le monde.
L’Argentine, pays latino-américain bordé par l’Atlantique et tourné vers l’Europe bien plus que vers ses voisins chilien et péruvien dont elle est séparée par la cordillère des Andes, s’étend sur une superficie de 2 800 000 km2. Elle se place ainsi au huitième rang des plus vastes pays du monde, derrière le Brésil et les États-Unis, notamment. L’Argentine offre de grands contrastes climatiques et paysagers. De forme allongée, elle s’étire des latitudes tropicales à l’aire polaire en passant par la zone tempérée de la pampa sur plus de 3 700 km mais ne dépasse jamais les 1 200 km d’est en ouest.

Dans la partie occidentale et méridionale du pays, les Andes donnent aux paysages un aspect montagneux et abrupt. En revanche, les plaines alluviales sont majoritaires dans la partie orientale. Autant l’espace andin est sec, autant l’humidité croît en se rapprochant du Río de la Plata. Au pied des Andes, de vastes territoires arides voire semi-désertiques offrent à la vue des espaces désolés sans grand attrait pour l’homme et contrastent avec les plaines verdoyantes et fertiles de la Pampa, des vallées de Tucumán, de Cuyo et du río Negro. Les deux tiers de l’Argentine peuvent être qualifiés d’arides et cependant elle est traversée par des fleuves gigantesques. Citons en premier lieu le Paraná, qui signifie « Père des fleuves ». Remonté sur plusieurs centaines de kilomètres par les Espagnols, il fut un élément essentiel de la découverte et de la conquête de l’Amérique latine. On retiendra par ailleurs les plus importants par leur débit et leur longueur : le Paraguay au Nord, le río Negro au centre, le río Colorado et le río Chubut en Patagonie.

Le paysage qui résume l’Argentine est la pampa, la « plaine sans arbres » en langage quechua, qui recouvre le quart de la superficie du pays et correspond aux provinces de Buenos Aires, Santa Fe, Córdoba, La Pampa et San Luis. La monotonie des paysages est de rigueur : sur cet immense espace tabulaire se succèdent à perte de vue champs de céréales et prés pour le bétail. Ces activités agricoles sont source de prospérité pour le pays. Des plaines occidentales à la côte atlantique, la Pampa est parsemée d’un chapelet de villes qui concentrent une grande partie des richesses grâce à leurs industries et à la présence d’un secteur tertiaire très développé, notamment dans la capitale. Les deux tiers des Argentins habitent cette région : ils vivent sur les littoraux des grands fleuves, dans les métropoles telles que Rosario, La Plata et Santa Fe et dans la mégapole de Buenos Aires. Seules les sierras du centre du pays, aux alentours de La Rioja, de San Juan, Córdoba et Santiago del Estero rompent l’uniformité des paysages pampéens.

Le Nord-Ouest, formé d’un haut plateau, offre un contraste saisissant par son altitude qui avoisine les 4 000 m. Il est bordé à l’ouest par les contreforts de la cordillère des Andes, frontière naturelle avec le Chili où les altitudes culminent à 6 400 m d’altitude. Cette région tropicale recouvre les provinces de Jujuy, Catamarca, Salta et Tucumán. Elle est désignée sous le nom de Puna ce qui signifie « terre froide » en quechua et demeure habitée par des tribus indiennes pratiquant l’agriculture vivrière. Les conditions naturelles rigoureuses ne contribuent pas au développement de ce territoire marginal qui vit en grande partie du tourisme et de l’extraction minière (plomb, zinc, argent). Seules les vallées qui interrompent régulièrement le plateau sont fertiles et permettent la culture de la canne à sucre, du coton, du tabac et des fruits. La vigne domine dans les régions de Salta et de Mendoza.

La Patagonie, définitivement intégrée à l’Argentine en 1879 après la Conquête du Désert, se divise en deux régions, la Plaine et la région des Andes. Toute deux forment le plus vaste espace du pays qui occupe les régions de Neuquén, du Río Negro, du Chubut, de Santa Cruz et de la Terre de Feu. La Plaine est constituée d’un bloc semi-désertique et érodé qui accueille des pâturages à perte de vue. Les fleuves qui s’écoulent des Andes vers l’océan sont à l’origine de vallées très fertiles comme celle du río Negro où l’on cultive légumes, pommes, poires, pêches et tomates. Les vallées et la côte concentrent les activités économiques et l’essentiel de la population. On n’omettra pas de citer comme source de richesses les champs pétrolifères et les gisements de charbon de Patagonie. Enfin, les fleuves sur lesquels sont installés des aménagements hydroélectriques de grande ampleur permettent de produire de l’électricité. L’État a favorisé le développement de villes telles que Neuquén, San Carlos de Bariloche ou Comodoro Rivadavia qui demeurent toutefois des villes modestes.
La région andine se caractérise par la présence de sommets de 4 000 m d’altitude, de lacs et de glaciers. Avec ses 70 000 habitants, San Carlos de Bariloche est la station de ski la plus fréquentée d’Argentine.
La densité de la Patagonie n’atteint que 1,3 hab./km2. La population se concentre dans les zones pétrolifères (Comodoro Rivadavia), dans les oasis agricoles et les centres touristiques de montagne. La Terre de Feu abrite Ushuaia, la ville la plus australe de la planète, et les possessions argentines se prolongent jusqu’en Antarctique.

Intéressons-nous enfin au Chaco et à la « Mésopotamie ». Le Chaco désigne une plaine couverte de bois, au climat subtropical et au sol argileux qui s’étend sur les provinces de Formosa et du Chaco ainsi que sur une partie des provinces de Salta, Santiago del Estero et Santa Fe. Les principales productions agricoles sont le coton, la canne à sucre, le lin et le maïs dans un paysage dominé par des bois clairsemés. La région est drainée par des fleuves tels que le Paraná et le Paraguay. La Mésopotamie, encerclée par les fleuves Uruguay et Paraná, correspond aux provinces de Misiones, Corrientes et Entre Ríos. On y cultive le maté, cet arbuste dont on tire une infusion très appréciée. La région abrite les célèbres chutes d’Iguazù qui servent de frontière entre l’Argentine et le Brésil. Plus au sud, dans la province d’Entre Ríos, le climat s’adoucit dans un espace vallonné où l’on pratique traditionnellement l’élevage.

Depuis déjà de nombreuses années, la population argentine est très majoritairement urbaine. Le pays est dominé par la mégalopole de Buenos Aires qui s’étend sur 200 km2 et abrite 14 millions d’habitants, soit plus du tiers des 37 millions d’Argentins. On exprimera cette situation d’hégémonie par le terme de « macrocéphalie urbaine ». Les quartiers nord de la capitale comme Norte et Palermo accueillent des catégories sociales aisées alors que le sud se compose de quartiers plus populaires tels que La Boca et San Telmo, à proximité du port.
Córdoba est la deuxième ville du pays avec ses 1,1 million d’habitants, suivie de près par Rosario, port fluvial et carrefour de communications et d’industries, et par Mendoza, dans la région andine. La Plata, avec ses 580 000 habitants, est la capitale de la province de Buenos Aires. (La ville de Buenos Aires est un district fédéral et ne fait pas partie de la province du même nom.) La province compte d’autres villes importantes telles que Mar del Plata et Santa Fe.

Plusieurs caractéristiques définissent la population argentine : elle est majoritairement blanche et européenne en raison de la politique d’immigration qui attira des millions d’Européens au XIXe siècle, elle se concentre pour un tiers dans la seule ville de Buenos Aires, ce qui signifie que l’ensemble du pays est peu densément peuplé. Les métis et les indigènes sont plus nombreux au nord, notamment à la frontière avec la Bolivie et le Paraguay. Le quechua est encore parlé par plus de 900 000 personnes, sans compter les autres langues amérindiennes. Enfin, la population se concentre sur les littoraux et dans les vallées, laissant à de vastes espaces leur caractère sauvage.
 
Les premiers habitants de l’Argentine furent pour certains des agriculteurs pratiquant aussi la chasse, pour d’autres des nomades ne vivant que des fruits de la chasse et de la cueillette. Leur nombre avoisinait le million en 1492, lorsque Christophe Colomb atteignit les côtes de Saint-Domingue. La terre était très fertile et propice à tous les types de cultures, il ne manquait aux indigènes que les connaissances techniques nécessaires pour en tirer totalement profit. Ne connaissant ni le métal ni même la roue, et n’ayant pas d’animaux de trait, ils utilisaient des outils de pierre taillée ou de bois. Dans les prairies qui s’étendaient à perte de vue, la chasse était la seule activité alors que l’agriculture était pratiquée sur les basses terres andines.
Les peuples qui vivaient là demeuraient à l’écart les uns des autres et parlaient des langues différentes. Ils s’organisaient à l’échelle du village ou du clan, ne reconnaissant que l’autorité de leurs chefs locaux. Chaque homme avait à la fois un statut de chasseur et de guerrier. Les relations entre tribus étaient essentiellement de l’ordre du rapport de forces ou du conflit.
La conquête ne fut pas aisée comme au Mexique ou au Pérou : les Européens mirent près de trois-cents ans pour s’établir en Argentine. Ils durent s’imposer non à un grand empire centralisé mais à une multitude de petites tribus très indépendantes qu’il fallut assujettir une à une.

50 000 ans avant J.-C. : Après une baisse brutale du niveau des mers, des populations asiatiques entreprennent une migration vers l’Alaska et le reste de l’Amérique par le détroit de Béring. Puis, le niveau des mers remontant, les peuplades installées en Amérique y demeurent isolées. Elles se développent alors à l’écart des mondes asiatique, européen et africain.

13 000 ans avant J.-C. : Les populations de chasseurs-cueilleurs atteignent et dépassent l’isthme de Panama et s’installent sur les côtes des actuels Chili et Pérou. Certaines se dirigent alors vers le bassin septentrional de l’Amazone, la Pampa et la Patagonie, deux régions méridionales appartenant aujourd’hui au territoire argentin.

1 000 ans avant J.-C. : Au Pérou, des peuples de pêcheurs se mettent à cultiver le maïs et la pomme de terre qui atteignent le nord-ouest de l’Argentine. Le reste des peuples du bassin du Paraná, de la Pampa et de la Patagonie continue à ne se nourrir que de gibier, de fruits et de baies.
Les peuples agriculteurs du Nord de l’Argentine, c’est-à-dire des régions de Salta et de Jujuy, partagent alors la même culture que les Incas des hautes terres du Pérou. Nous les connaissons grâce aux résultats obtenus par les archéologues et aux informations que nous ont laissées les premiers colons et les prêtres espagnols.
• Les Diaguita, des agriculteurs dont le principal outil était la pelle, cultivaient le blé, le haricot et le poivron. Ils vivaient dans des maisons de pierre et ne fondèrent pas de villes importantes, contrairement à d’autres peuples précolombiens des Andes. Leurs bêtes, parmi lesquelles les lamas fournissaient à la fois de la viande et de la laine pour les habits, paissaient sur les hauts plateaux. Dans les vallées consacrées à la culture, les Diaguita pratiquaient l’irrigation et construisaient des barrages sur les cours d’eau afin de créer des zones marécageuses autour desquelles ils plantaient du blé.
Les Diaguita formaient le groupe dominant de la région. Cependant, la diversité des cultures était immense et l’on citera, sans prétendre à l’exhaustivité, les Atacameño, Humahuaca, Chicha, Lule qui vivaient non loin des Diaguita, sous l’hégémonie des Incas. Ces peuples mâchaient des feuilles de coca. Les hommes avaient les cheveux longs et portaient des plumes sur la tête, signe de leur statut de guerriers.
Les Diaguita n’étaient pas organisés en castes ni de manière hiérarchique, comme d’ordinaire chez les Incas. Les familles formaient des clans ayant un ancêtre commun et les chefs de clan étaient autorisés à avoir deux femmes. Leurs structures de pouvoir étaient décentralisées et les villages étaient indépendants les uns des autres, ce qui signifie qu’une seule vallée pouvait être habitée par plusieurs groupes en conflit les uns avec les autres.

1471-1493 : Règne de l’empereur Topa Inca qui soumet les groupes du Nord-Ouest de l’actuelle Argentine sans pour autant parvenir à étendre son influence au-delà des montagnes de Córdoba, sur la Pampa et le Chaco. Des peuples tels que les Huilliche, les Picunche et les Mapuche résistent au pouvoir inca comme ils le feront plus tard face aux colons espagnols. Ils sont réputés pour leur grande capacité de résistance face à l’envahisseur étranger, quel qu’il soit.
• Les Mapuche, habitants du Sud de l’actuel Chili, furent tout d’abord des chasseurs puis, suivant l’exemple des Diaguita, ils se tournèrent vers des cultures sédentaires comme celles du maïs, de la pomme de terre et des poivrons. Ils complétaient leur alimentation avec du gibier et du poisson pêché dans l’océan Pacifique. Ils se servaient d’outils de pierre pour les moissons, la construction des maisons et des enclos des lamas.
Ils menaient parfois des offensives sur les villages voisins, qu’ils fussent de la même famille linguistique ou non. Leur caractère guerrier fut un atout pour résister à Topa Inca qui ne put les soumettre. Ils s’organisèrent pour la résistance en élisant des chefs de guerre et conservèrent cette attitude face aux Européens devant lesquels ils ne s’avouèrent vaincus qu’en 1880.
• Les Guarani, autre peuple d’agriculteurs et de guerriers, vivaient à l’est des territoires des Diaguita, au-delà du désert du Gran Chaco. Originaires du bassin de l’Amazone au Brésil, ils occupaient les forêts semi-tropicales de l’actuel Paraguay. Observant une stricte répartition des rôles, les hommes chassaient et pêchaient tandis que les femmes s’occupaient des cultures.
Les Guarani vivaient par familles élargies dans des huttes qui pouvaient contenir jusqu’à cinquante personnes dormant dans des hamacs. Les villages comptaient entre vingt et trente maisons. Leur système politique était décentralisé et chaque groupe vivait sur un territoire délimité. Les Guarani souffrirent des raids des peuples nomades du Gran Chaco.

Au contraire, les groupes d’Indiens du Sud de l’Argentine, depuis le Chaco jusqu’à la Patagonie en passant par les collines de la région de Córdoba et la Pampa, étaient des chasseurs nomades aux modes de vie bien différents. Ils furent particulièrement rétifs à l’installation des Espagnols sur leur territoire.
Ces individus, contrairement à ceux évoqués précédemment, vivaient au jour le jour, sans jamais disposer d’aucun surplus de nourriture. Les groupes nomades résidaient dans des camps temporaires formés d’une dizaine de toldos, des tentes rondes recouvertes de peaux animales.
Les décisions, surtout quand il s’agissait de faire la guerre, étaient prises par les chefs lors de conseils réunissant la communauté après consultation des chamanes en lien étroit avec les esprits. Ces chamanes pratiquaient également la médecine et des rituels animistes qui donnaient un sens aux phénomènes naturels. Les groupes étaient très indépendants les uns des autres et très souvent antagonistes.
Voyons tout d’abord les peuples du Chaco, dépression située entre les Andes, les montagnes méridionales du Brésil et celles de la région de Córdoba. Tantôt aride et désertique, tantôt soumise à des précipitations si fortes qu’elle devient marécageuse, cette région est particulièrement hostile à l’occupation humaine. Les groupes ethniques et culturels y sont nombreux et variés mais sept d’entre eux s’imposent. Les Guana étaient les seuls à cultiver le tabac mais tous en consommaient, ainsi que du chanvre.
Les femmes construisaient les abris temporaires, tressaient des paniers et faisaient de la poterie tandis que les hommes étaient à la chasse ou au combat. Les missionnaires jésuites qui arrivèrent les premiers dans le Chaco témoignent du rôle prégnant des combats dans la vie quotidienne de ces groupes au tempérament belliqueux.
Les Espagnols attendirent trois cents ans pour s’installer dans le Chaco après des rencontres malheureuses avec ses habitants.

Les Charrua, autre groupe important de chasseurs, entretinrent des relations hostiles avec les Européens. Divisés en cinq groupes, tous reliés les uns aux autres par la langue, ils habitaient les régions de l’actuel Brésil, de l’Uruguay et du nord de l’Argentine.
Les hommes Charrua se peignaient le corps avant la bataille et se perçaient les lèvres, les oreilles et le nez pour y introduire des coquillages ou bien des plumes. Ils se déplaçaient en canoës.
Eux aussi pratiquaient une décentralisation politique et sociale et, aux dires des missionnaires jésuites, leurs chefs n’avaient que peu d’ascendant et d’autorité. Ils vivaient en petits groupes de quelques dizaines d’individus mais s’alliaient parfois lors de guerres. Au combat, ils ne témoignaient d’aucune pitié envers les femmes et les enfants des tribus opposées dont ils faisaient des esclaves après les avoir capturés.

Plus au sud, dans la Pampa et jusqu’en Patagonie, vivaient des petites bandes de chasseurs-cueilleurs. Outre les ressources que leur procurait le gibier local, ces peuples côtiers amélioraient leur repas quotidien avec du poisson. Leurs outils, faits d’os et de pierre, étaient simples. Les peuples des prairies argentines sont connus pour une arme qui leur est spécifique : les bolas, faits de trois pierres rondes recouvertes de peau d’animal et reliées les unes aux autres par des cordons de cuir. Le chasseur faisait tournoyer le bola et le lançait dans les pattes de l’animal qu’il voulait capturer.

L’histoire de l’Argentine a été influencée par ces populations originelles. La dispersion des populations, la totale décentralisation politique, l’absence de richesses a ruiné les plans des premiers colons espagnols. Une conquête rapide, semblable à celles menées au Pérou et au Mexique, fut impossible. Les villes n’existant pas, ils ne purent s’en emparer. Il fallut plusieurs siècles aux colons pour prendre possession de tout le territoire argentin et faire table rase de toutes les résistances et velléités d’indépendance des peuples indigènes du cône sud.

1492 : L’arrivée de Christophe Colomb dans les îles des Caraïbes marque le début de l’établissement d’immenses empires coloniaux en Amérique.

1502 : Le marin italien Amerigo Vespucci longe la côte du Brésil et s’avance plus au sud.

1507 : le géographe de Saint-Dié Waldseemüller fait imprimer une carte sur laquelle il donne au nouveau continent le prénom, féminisé, du découvreur florentin : America.

Février 1516 : Découverte de l’estuaire du Río de la Plata, le « fleuve de l’Argent », par le navigateur Juan Díaz de Solís. D’autres avant lui s’étaient déjà certainement aventurés sur ce fleuve auquel il donne le nom de mer Douce, Mar Dulce, pensant qu’il communique avec le Pacifique découvert en 1513 par Balboa. Solís et ses compagnons sont massacrés par les Charruas. Dès lors, des aventuriers remontent le Paraná et établissent des contacts avec les peuples indigènes qu’ils rencontrent et auxquels ils achètent des objets en argent. Les explorateurs apprennent rapidement que cet argent provient du lointain Empire inca, ce qui n’empêche pas le fleuve d’être baptisé Río de la Plata ou rivière d’Argent et de donner son nom à l’Argentine. Le Río de la Plata n’est pas tant un fleuve que le large estuaire du Paraná qui s’étend sur le territoire du Paraguay, de l’Uruguay et de l’Argentine actuels.

1520 : Fernand de Magellan longe la côte de l’Argentine lors du tour du monde qui le conduit en Asie. Il donne son nom au détroit situé à l’extrême pointe méridionale de l’Amérique.

1532 : Francisco Pizarro conquiert l’Empire inca.

1534 : La couronne espagnole envoie une mission chargée de coloniser le Río de la Plata afin de devancer les Portugais qui, présents au Brésil, seraient tentés de s’y installer. Cette expédition, l’une des rares directement envoyées d’Espagne, est menée par Pedro de Mendoza, à la tête de 1 600 hommes répartis sur 16 navires. Par le décret du 22 août 1534, ce noble espagnol est nommé adelantado du Río de la Plata.

1536 : La flotte commandée par Pedro de Mendoza atteint les côtes de l’Amérique.

3 février 1536 : Il fonde un établissement nommé Nuestra Señora Santa Maria del Buen Ayre, au bord d’une rivière baptisée Riachuelo. Quelques dizaines d’hommes emmenés par Gonzalo de Acosta remontent les rivières Paraná et Paraguay dans l’espoir d’atteindre le Pérou qu’ils ne verront jamais : tous sont massacrés par les Indiens Payagua.

1536 : Première bataille entre les Européens et les Querandi, un des peuples indigènes du Río de la Plata. Plusieurs nobles espagnols, parmi lesquels Diego de Mendoza, frère de Pedro, y trouvent la mort.

Mai 1536 : Mendoza dépêche Juan de Ayolas en amont du río Paraná dans l’espoir de trouver des vivres dans des villages d’agriculteurs susceptibles de les approvisionner. Au cours de cette expédition fluviale, Ayolas fonde le fort de Corpus Christi. À Buenos Aires, la situation est critique : le campement est assiégé par quatre tribus d’Indiens, bien déterminés à empêcher l’installation des Européens sur leurs terres. Les Espagnols se voient contraints de quitter la ville et de battre en retraite sur leurs navires. Ceux qui résistent à la faim et à la maladie sont mus par un rêve : découvrir la montagne de l’Argent. Pour la trouver, ils remontent le Paraná, menés par le Basque Martínez de Irala qui noue des alliances avec les Guarani.

Août 1537 : Les Guarani, alliés des Espagnols, les aident à fonder Asunción, premier établissement permanent du Río de la Plata. Seules quatre femmes espagnoles sont présentes : les Espagnols trouvent donc leurs épouses parmi les filles des Guarani. Le Paraguay devient la première société métisse du continent. Leurs enfants sont métis et parlent guarani tout en demeurant fidèles à la couronne d’Espagne. La mort de l’adelantado Pedro de Mendoza provoque une crise de succession.

1541 : Les 350 habitants de Buenos Aires quittent le campement pour venir s’établir à Asunción avec l’autorisation du caudillo du Paraguay, Cabrera.

Juin 1541 : Buenos Aires est incendiée par les Indiens. L’histoire de cette ville s’arrête pour quelques décennies.

1541 : Álvar Núñez Cabeza de Vaca succède à Mendoza comme adelantado. Il dirige la petite colonie du Paraguay, qui correspond aux environs de la ville d’Asunción. De nombreux colons espagnols arrivent à sa suite, puis, le riche Empire inca ayant été découvert par Pizarro, le Paraguay perd de son attractivité et les colons se raréfient.
Très vite, des maladies jusque-là inconnues des Indiens les déciment. Cela provoque un manque de main-d’œuvre et une crise économique : les Espagnols partent en quête d’esclaves pour les remplacer. La crise est aussi politique car le gouverneur Cabeza de Vaca s’est rendu impopulaire auprès des colons. En effet, il est révulsé par les règles de la société hispano-guarani où le cannibalisme et le trafic d’esclaves sont tolérés, la fornication et la débauche de mise. Il ne parvient ni à réfréner ces excès ni à juguler l’état de guerre permanent qui règne dans la ville.

1544 : Victime d’intrigues ourdies contre lui, Cabeza de Vaca est rappelé en Espagne sans être parvenu à s’imposer à la ville et à ses habitants. Le Basque Irala lui succède, jusqu’à sa mort en 1556.

1545 : Certains Guarani se rebellent contre les Espagnols qu’ils jugent trop exigeants en femmes et en travailleurs. Les colons alliés à de fidèles Guarani répriment cette rébellion.
Du fait de la relative pauvreté des territoires du Nord de l’Argentine et du Paraguay, les colons jouissent d’une grande autonomie vis-à-vis de la couronne espagnole. Ils s’organisent en encomiendas, comme ailleurs en Amérique du Sud et fondent des villes à partir d’Asunción.

Début des années 1550 : La Couronne nomme un nouvel adelantado de Buenos Aires dont elle perçoit la situation stratégique sur l’estuaire du Río de la Plata. La création d’un port permettrait de maîtriser les flux en direction des mines de Potosí et du Pérou.

1553 : Fondation de Santiago del Estero par des Européens du Pérou.

1560 : La production d’argent débute dans les mines de Potosí, sur l’actuel territoire bolivien. C’est le prélude à des siècles de commerce illégal d’argent dans le cône sud.

1561 : Fondation de Mendoza et de San Juan par des Espagnols venus de la côte pacifique de l’Amérique latine.

1565 : Fondation de Tucumán à 200 km de Potosí.

1573 : De riches colons métis venus d’Asunción et menés par Juan de Garay fondent le port de Santa Fe peu de temps après Córdoba. Dans les années qui suivent, Garay s’impose à Asunción où font rage les luttes de succession. Ce conquistador parvenu très jeune dans le Nouveau Monde a déjà fait la preuve de ses talents militaires et politiques.

1580 : Juan de Garay, à la tête de 75 habitants de Santa Fe, descend le Río de la Plata. Il refonde la ciudad y puerto de Buenos Aires. Chaque colon y est doté de terres. Sur les conseils d’un dénommé Antonio Tomas, la ville est édifiée à distance du port.

11 juin 1580 : Juan de Garay plante l’arbre de la Justice sur la Plaza Mayor qui vient d’être délimitée. Cette place est le centre politique, religieux, économique de la cité dont elle constitue l’ombilic. Le plan tel qu’il est conçu et mis en œuvre par Garay divise la ville entre des lotissements individuels et le sol municipal, l’ejido. Les terres situées en dehors du périmètre de la cité sont dévolues à l’élevage : en 1585, on dénombre 80 000 têtes de bétail en liberté dans la campagne portègne (cet adjectif désigne les habitants de Buenos Aires et, de manière plus générale, la région).
Les différents établissements le long du Paraná font de ce fleuve un lien entre le Paraguay et l’Espagne. À cette date, la majorité des grandes villes actuelles d’Amérique latine sont fondées, la phase de conquête de l’Amérique espagnole est achevée. Commencent alors trois cents ans de lutte entre les tenaces indigènes et les Européens avides de terres et de pouvoir.

1583 : Mort de Juan de Garay, tué à Baradero par une des tribus rebelles du Paraná.
 
La période coloniale a joué un rôle décisif dans la mise en place des caractères et des traits profonds de la société argentine. Les colons font de l’Argentine, en marge des riches territoires coloniaux tels que le Pérou et le Mexique, une région prospère et productive parmi les plus florissantes et les plus dynamiques de l’Empire espagnol. Une grande partie de l’Amérique latine se développe alors grâce à la production des mines d’argent de Potosí.

XVIe siècle : La couronne espagnole estime que l’argent constitue la principale source de richesse en Amérique du Sud mais également le fondement de sa puissance en Europe. Les taxes pesant sur le commerce de l’argent représentent en effet une source de revenus non négligeable. Pour l’heure, Asunción est la cité la plus importante et la plus peuplée du Río de la Plata.

Milieu du XVIe siècle : La couronne espagnole décrète que tout le commerce latino-américain doit se faire par l’intermédiaire du système de la flotte. Le commerce direct entre Buenos Aires et l’Espagne est interdit. L’argent des mines de Potosí doit être transféré à dos de mules vers Lima, expédié par bateau à Panamá et chargé dans des navires qui transiteront par La Havane où ils seront escortés par une flotte de guerre. Cependant, ce système ne donne pas les résultats escomptés par les officiers royaux du fait de la contrebande, sans laquelle le port de Buenos Aires ne se serait jamais développé.

1583 : Fondation de Salta et de Jujuy, à proximité des marchés des hautes terres, sur la route de Potosí. À la même époque, des voies commerciales sont construites pour relier le Río de la Plata aux établissements espagnols des actuels Paraguay et Chili. Bénéficiant de leur situation de porte vers les hautes terres péruviennes, Salta et Jujuy deviennent des villes commerciales incontournables. Elles accueillent des marchés annuels où l’on vend des mules par centaines et qui attirent des marchands de tout l’Empire.

1591 : Fondation de La Rioja.

1596 : Fondation de San Luis.

1600 : La communauté marchande de Córdoba est très importante. Les négociants font venir des esclaves africains qui partent travailler dans les mines de Potosí. Pendant la majeure partie de la période coloniale, Córdoba a été la capitale économique, administrative et religieuse du Río de la Plata grâce à ses nombreux couvents, à ses palais et à son collège jésuite.
Comme Salta, Jujuy et Santa Fe, Córdoba tire de substantiels bénéfices de sa situation sur la route qui relie le Pérou à l’Atlantique.

1604 : Les Jésuites arrivent au Paraguay.

1609 : La Compagnie de Jésus établit à Córdoba un collège et des estancias, c’est-à-dire de grandes propriétés agricoles.

1613 : L’Université de Córdoba est fondée. Tout d’abord réservée aux seuls Espagnols, elle s’ouvre aux créoles ne se destinant pas à la prêtrise mais aux carrières juridiques et administratives. Pour soutenir financièrement ces écoles, les Espagnols obtiennent des terres de la Couronne ainsi que le droit d’y faire travailler les Indiens.

Début du XVIIe siècle : Les marchands de Buenos Aires se plaignent de l’interdiction qui leur est faite de commercer directement avec les ports espagnols. Les autorités espagnoles concèdent l’entrée d’un petit nombre de navires dans le port de Buenos Aires et finissent par accorder des licences pour le commerce entre le Brésil et l’Argentine. Plus tard, la Couronne consent à l’arrivée d’esclaves dans le port argentin. Chaque concession du pouvoir donne lieu à des abus ; la contrebande se développe et ne peut bientôt plus être stoppée, d’autant que les officiers royaux mal payés, le gouverneur de la cité et les Jésuites y prennent part.

1606-1625 : 450 esclaves transitent annuellement par Buenos Aires dont 90 % sans licence royale.

1615 : On estime la population de Buenos Aires à 1 000 habitants.

1618 : Buenos Aires devient la résidence des autorités politiques et ecclésiastiques mais laisse à Asunción son titre de capitale de la province du Río de la Plata. Née comme une colonie du Paraguay, Buenos Aires acquiert très vite son indépendance vis-à-vis de ce pays sous la mainmise de la Compagnie de Jésus et se tourne vers l’Europe.

1620 : Les Jésuites établissent des missions auprès des Indiens Guarani, à l’est d’Asunción, et s’emparent bientôt du commerce des feuilles de la yerba maté que les Guarani ramassent dans la forêt. Le Paraguay commence à exporter la yerba maté dont on fait un excellent thé et qui connaît un vif succès dans tout le cône sud.

Années 1620 : Les attaques de colons du Brésil sur les missions où vivent de nombreux Guarani sont fréquentes. Ils les capturent pour en faire des esclaves. Les Jésuites obtiennent alors de la Couronne la permission d’armer les Guarani, dont la vocation précolombienne de combattants est alors rétablie, afin qu’ils se défendent.

1622 : Création de douanes à Córdoba pour empêcher la contrebande.

1624 : Le roi dénonce la contrebande et la corruption dans le Río de la Plata.

1625 : Le premier évêque de Buenos Aires, Pedro Carranza, indigné par le trafic négrier, obtient de la Couronne un décret qui affranchit tous les Noirs qui fouleront le sol portègne. Dans la réalité, cela ne fait qu’adoucir la condition des esclaves qui ne sont pas affranchis.

1629 : Des chasseurs d’esclaves brésiliens attaquent des missions jésuites.

1632 : Un esclave coûte le même prix qu’un lot de terre dans la ville de Buenos Aires. Le coût des esclaves ne cesse d’augmenter par la suite.

À partir de 1640 : Les commerçants portugais de Buenos Aires commencent à perdre leur hégémonie au profit des Hollandais dont une vingtaine de navires sont amarrés dans le port.

1641 : Une expédition de 300 Brésiliens venus de Sao Paulo attaque des missions jésuites. Pour la première fois, ils sont défaits.

Milieu du XVIIe siècle : La ville de Potosí compte près de 100 000 habitants. La frappe de monnaie d’argent favorise les contacts commerciaux intenses entre le Pérou, le Chili et le Río de la Plata.

1657 : Un Espagnol, Pedro de Bohórquez, mobilise les Indiens de la région de Tucumán et obtient le soutien de 117 caciques locaux, c’est-à-dire de chefs de tribus indiens, pour s’autodésigner Inca. Cela provoque des escarmouches entre Indiens et Espagnols. Les relations entre indigènes et colons restent conflictuelles : certaines tribus s’allient aux Espagnols alors que d’autres les considèrent comme des envahisseurs. Pour mettre fin à toute résistance dans la région de Tucumán, les Espagnols exilent les groupes rebelles dans des colonies lointaines.

1672 : Le roi Charles II dénonce la corruption des officiers royaux à Buenos Aires et le commerce illégal.

1674 : La population de Buenos Aires s’élève à 4 600 habitants.

1677 : D’après un registre de commerce de la ville de Santiago del Estero, 40 000 têtes de bétail et 30 000 mules ont transité par la ville vers Potosí dans l’année. Cependant, Tucumán s’impose sur Santiago del Estero pour ce qui est du commerce vers Santiago du Chili.

1680 : Des Portugais fondent le port de Colonia do Sacramento en Uruguay. Les Espagnols ripostent en fondant Montevideo sur l’autre rive de l’estuaire, en 1726.

1681 : Fondation de la cité de Catamarca.

1695 : Buenos Aires acquiert son rang de capitale.

XVIIe et XVIIIe siècles : Environ 100 000 esclaves africains arrivent dans le port de Buenos Aires, ce qui correspond au nombre d’immigrants espagnols parvenus sur le territoire argentin. Ce nombre est bien inférieur à celui des esclaves parvenus au Brésil et aux Caraïbes, très gros consommateurs d’esclaves employés dans les champs de canne à sucre.
Dans la région de Tucumán où l’on cultive la canne, les esclaves noirs sont employés dans les moulins alors que les travaux des champs sont réservés aux Indiens et aux métis itinérants. Les esclaves pouvaient aussi servir aux travaux domestiques. Les esclaves argentins jouissaient d’une plus grande liberté, d’une plus grande mobilité et étaient mieux traités que leurs congénères brésiliens et cubains. Fait significatif, les esclaves marrons, c’est-à-dire enfuis des grandes propriétés, sont bien plus rares que dans les pays voisins.
L’esclavage urbain est en revanche plus important. Il était interdit de réduire les indigènes en esclavage, les Noirs faisaient donc l’affaire. À Buenos Aires et Córdoba, les esclaves étaient suffisamment indépendants pour être autorisés à se promener dans les rues et à créer des associations. La possession d’esclaves noirs devient un indice du statut social.

XVIIe et XVIIIe siècles : Les Jésuites présents en Argentine regroupent les Guarani dans des villages de mission et tentent de les convertir au christianisme. Ces missions jésuites se trouvent au sud du Paraguay, entre les fleuves Paraná et Uruguay. La plupart des peuples indigènes des forêts acceptent cette nouvelle culture : ils construisent des villages, des églises et cultivent des champs. Habiter dans une mission constitue pour eux une double protection : les Jésuites leur apportent de nombreux progrès techniques et les protègent des chasseurs d’esclaves paraguayens et brésiliens, sans jamais tenter de les réduire en esclavage ni de faire de leurs femmes des concubines.

XVIIIe siècle : L’Argentine devient une des régions commerciales les plus dynamiques de l’Empire espagnol. L’essentiel des marchandises transite par le port de Buenos Aires où les marchands étrangers abondent. En raison de son éloignement géographique, Asunción reste à l’écart du développement économique et démographique. Les colons espagnols s’y font rares et l’élite socio-économique est formée de métis qui parlent guarani.

1700-1713 : Le duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, accède au trône d’Espagne sous le nom de Philippe V en 1700, à la mort de Charles II, le dernier souverain Habsbourg de Madrid. La guerre de Succession d’Espagne débute alors. Elle durera jusqu’en 1713 et se terminera avec les traités d’Utrecht et de Rastatt.

1702 : Accord entre la couronne espagnole et la Compagnie française de Guinée qui s’engage à fournir 3 800 esclaves noirs par an aux colonies espagnoles d’Amérique latine. Cet accord prend fin avec le traité d’Utrecht.

1704 : Les forces espagnoles et guarani prennent Colonia aux Portugais.

1708 : Les premiers Mapuche arrivent dans la Pampa lors d’une rencontre de chefs de guerre indiens sur la rivière Quinto. Peu à peu, ils s’intègrent dans les tribus indiennes de la Pampa auxquelles ils imposent leur mode de vie.

1713 : Une fois terminée la guerre de Succession d’Espagne, le XVIIIe siècle est celui des réformes bourboniennes qui visent à renforcer la mainmise de la métropole sur les colonies américaines. La Couronne attend de ses sujets américains qu’ils contribuent à la défense de l’Empire en s’engageant dans les milices coloniales et en participant à l’expansion territoriale qui passe par le recul la frontière vers le sud. L’ensemble des réformes mises en œuvre par la dynastie de Bourbon a été désignée comme une « Reconquête des Amériques » dans la mesure où elles ont donné lieu à un déploiement considérable d’officiers et de soldats espagnols chargés de renforcer le pouvoir de la Couronne.
À la même époque, l’Angleterre et la France sont devenues les premières puissances militaires d’Europe. L’Espagne s’allie à la France dans le cadre du pacte de famille bourbonien alors que le Portugal choisit la Grande-Bretagne. Les colonies deviennent un théâtre d’affrontement à l’occasion des conflits qui opposent ces deux puissances en Europe au long du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle.

1713 : Lors de la négociation du traité d’Utrecht, le gouvernement espagnol accorde à la British South Sea Company le monopole exclusif de l’importation d’esclaves dans les colonies espagnoles. C’est le privilège de l’asiento. Le traité est valide jusqu’en 1743.

De 1713 à 1740 : 18 000 Africains entrent sur le territoire argentin par l’entremise de la British South Sea Company qui n’est autorisée à pratiquer le commerce d’esclaves qu’en échange de produits locaux et non d’argent. Elle ne respecte cependant pas le contrat.

1714 : Les trente missions jésuites comptent 120 000 habitants dont une majorité d’Indiens, désormais immunisés contre les maladies des Européens. À la même époque, 12 000 Indiens seulement sont au service des colons à Asunción : les conditions de servitude des Indiens nuisent à leur démographie. Au XVIIIe siècle, la Société de Jésus est devenue l’une des institutions économiques les plus prospères d’Amérique latine grâce à ses haciendas. Mais les Jésuites se font des ennemis parmi les marchands qui leur envient les exemptions de taxes dont ils bénéficient.

1720 : La population de Buenos Aires est de 8 900 habitants.

1721 : La révolte dite des Comuneros, c’est-à-dire des gens de la ville, préparée par des métis, des fermiers et des marchands, éclate à Asunción contre le gouverneur de la ville qui semble favorable aux Jésuites. Il est tué et remplacé par des citoyens nés en Argentine. Les Guarani se sont bien gardés de se mêler à la révolte et sont restés fidèles aux Jésuites.

1725 : Fondation de l’Université de Chuquisaca en Bolivie après celle de Córdoba en 1613 et avant celle de Santiago du Chili en 1758. L’Amérique du Sud va subir au cours du siècle l’influence des philosophes des Lumières tels que Locke, Descartes, Voltaire ou Rousseau dont les œuvres sont diffusées clandestinement. Les créoles, assoiffés de pouvoir politique, y puisent des arguments pour justifier leurs revendications.

1726 : Fondation de Montevideo, en Uruguay.

1730 : La cathédrale de Buenos Aires est achevée.

1734 : Les indigènes Pampas envahissent les terres des Espagnols et s’emparent de leur bétail. Il faut cinq années aux Espagnols pour les sédentariser.

1735 : Les officiers de la Couronne rétablissent leur autorité sur Asunción avec l’aide de Guarani armés par les Jésuites. Ces Indiens des missions participent à la construction de fortifications à Buenos Aires et à Montevideo.

1738-1748 : Cessation du monopole britannique sur le commerce des esclaves. Les Jésuites doivent retirer leurs missions du Sud du Brésil. En échange, les Portugais rendent la ville de Colonia do Sacramento.

Années 1740 : Le système de la flotte est allégé et les bateaux individuels sont autorisés à commercer à Buenos Aires.

Années 1740 : Des chefs indiens, secondés par des cavaliers, multiplient les offensives sur les haciendas et les cultures des Européens. D’après les Jésuites, les Tehuelche s’emparent de plus de 20 000 têtes de bétail, de nombreuses femmes et de leurs enfants.

1742 : Les milices de Guarani rejettent les Portugais de Colonia do Sacramento, port de l’estuaire du Río de la Plata.

1750 : Le traité de Madrid entre l’Espagne et le Portugal reconnaît les prétentions des Portugais sur le río Grande do Sul et Santa Catarina en échange de leur renonciation à l’Uruguay. La ligne de partage établie lors du traité de Tordesillas est repoussée vers l’ouest, en faveur des Portugais. C’est la source de la guerre des Guarani, mécontents des ordres qui leur sont donnés de se retirer du Paraguay. Les Espagnols leur font croire que les Jésuites sont les donneurs d’ordre, ce qui est faux, si bien que les Guarani se retournent contre leurs protecteurs.

1753-1756 : Les tribus guarani que l’on croyait pacifiées et christianisées se rebellent et attaquent des missions jésuites. D’après le témoignage du père jésuite Sanchez Labrador, les attaquants, menés par Felipe Yahati, frère d’un cacique, terrorisent les habitants de la mission par leurs cris féroces et tuent des soldats espagnols et guarani. Ils se dirigent ensuite vers une hacienda où ils s’emparent du bétail. Ils utilisent le christianisme pour montrer que leur roi bien-aimé et chrétien ne voudrait pas que les églises soient laissées aux Brésiliens. Ces révoltes ne sont apaisées que par une intervention commune des Portugais et des Espagnols. La révolte des Guarani, qui fait suite à celle des Comuneros survenue une trentaine d’années plus tôt, conduit les pouvoirs en place à accuser les Jésuites d’être à l’origine de ces troubles.

1756-1763 : Guerre de Sept Ans. Les Indiens Guarani sont chargés de la défense de Buenos Aires.

1759-1788 : Règne de Charles III d’Espagne.

Années 1760 : Des milices armées formées de citoyens soldats sont créées pour défendre l’Empire. Elles sont financées par les colons et Buenos Aires compte à la fin de la décennie près de 4 600 miliciens. Les charges d’officiers supérieurs (colonels et généraux) sont réservées aux Espagnols, ce qui ne fait qu’accroître le sentiment d’injustice chez les riches colons américains.

Avril 1767 : La couronne espagnole tente d’augmenter son emprise sur l’Église catholique en réduisant les pouvoirs temporels du clergé dans les colonies. En Argentine, les Jésuites font les frais de cette politique. Perçus comme plus fidèles au pape qu’au roi, ils sont expulsés de l’Empire espagnol. Ils abandonnent leurs collèges, leurs estancias, l’Université de Córdoba et leurs missions du Chaco et de la Pampa. Les prêtres jésuites sont arrêtés par des émissaires royaux et embarqués dans des bateaux à destination de l’Italie. Leurs propriétés sont distribuées aux autres ordres et aux marchands. Les missions du Paraguay souffrent du départ des Jésuites. En revanche, la production de yerba matí ne cesse d’augmenter et les propriétés confisquées aux Jésuites apportent de substantiels revenus aux membres de la bourgeoisie locale et aux officiers royaux.

1770 : Buenos Aires compte plus de 22 500 habitants, signe de sa très grande prospérité et de son grand dynamisme.

Années 1770 : Les Indiens de la Pampa ont tous adopté la langue des Mapuche. Des forts sont édifiés le long de la frontière qui sépare les terres espagnoles des territoires indiens qui restent à conquérir. Les actes d’hostilité entre colons et indigènes ne cessent pas pour autant. Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, les Indiens attaquent régulièrement les établissements des Espagnols qui ne peuvent établir d’haciendas au-delà d’un rayon de 90 km autour de Buenos Aires.

Années 1770 : Les réformes bourboniennes sont à l’origine de l’avènement d’une élite marchande fortunée à Buenos Aires. La contrebande se poursuit et les marchands s’immiscent dans l’extraction et la vente d’argent des mines de Potosí pour l’exporter en échange d’esclaves et de mercure. De jeunes Espagnols traversent l’océan avec l’espoir de faire fortune dans le Río de la Plata et d’épouser les filles de riches commerçants. Les sujets de la colonie du Río de la Plata, habitués à une relative autonomie, perçoivent toutes ces réformes venues de métropole comme une atteinte à leurs droits.

1776-1783 : Guerre d’Indépendance américaine. Les Français et les Espagnols y prennent part aux côtés des indépendantistes américains.

1776 : Création de la vice-royauté du Río de la Plata à laquelle sont rattachés l’Uruguay, le Paraguay et la Bolivie, avec ses mines de Potosí. Buenos Aires, alors principal port d’Amérique latine, en devient la capitale. Cette vice-royauté s’ajoute à celles de Nouvelle-Espagne, c’est-à-dire du Mexique, du Pérou et de Nouvelle-Grenade. La Couronne ne place que des Espagnols à la tête de son gouvernement : les métis en sont exclus de fait.

1777-1778 : La population de l’intendance de Buenos Aires est de 37 000 habitants, celle de Córdoba de 73 000 habitants et celle de Salta del Tucumán 74 000.

1778 : Le traité du Libre Commerce, qui met fin au système rigide des flottes affrétées grâce à des autorisations spéciales, entre en application : marchands et armateurs peuvent utiliser dix ports espagnols et commercer directement avec Buenos Aires et les autres ports importants d’Amérique latine. Les taxes sur la production d’argent sont réduites de moitié.

1778-1784 : Le vice-roi du Río de la Plata, Juan José de Vértiz y Salcedo, homme empreint des idées des Lumières, tente de rationaliser l’organisation de Buenos Aires. Frappé par l’insalubrité des quartiers, il entreprend des travaux de grande envergure pour améliorer la circulation et la propreté de la ville. Pour maintenir l’ordre et pour un contrôle plus efficace, elle est mieux quadrillée. Cependant, ces efforts ne dépassent guère le centre de la ville.

1782 : La vice-royauté du Río de la Plata est divisée en huit intendances dans le but de mieux collecter les taxes, notamment sur le tabac et les spiritueux, le sel et la poudre, toutes denrées dont la production est monopole royal. Les revenus fiscaux augmentent de manière considérable dans toute la vice-royauté. La vice-royauté du Río de la Plata englobe les intendances de Buenos Aires, de Córdoba, de Salta del Tucumán, de Potosí, de La Paz, de Cochabamba, de Charcas et du Paraguay et les territoires des Misiones, des Chiquitos, des Mojos et de la Banda Oriental.

1786-1804 : La charge d’intendant du Río de la Plata est vacante.

À partir de 1789, l’Atlantique est le théâtre de combats entre la France révolutionnaire et ses adversaires. Le port de Buenos Aires pâtit de la guerre de course et le commerce s’effondre dans la dernière décennie du XVIIIe et au début du XIXe siècle.

1797-1801 et 1805-1808 : Le commerce colonial de l’Espagne ne représente plus que 10 % de ce qu’il était en 1790 en raison de la guerre en Europe. La contrebande, très développée, est le fait de marchands anglais et américains. En 1810, le pouvoir des marchands espagnols d’Argentine s’est amoindri et ils sont impuissants devant la montée en puissance des créoles.

1791 : La Couronne abandonne son monopole sur le commerce d’esclaves qui devient libre et s’accroît fortement à Buenos Aires. Le nombre de Noirs et de mulâtres est en constante hausse.

Fin du XVIIIe siècle : Apparition de l’élevage dans les estancias de la Pampa.

1800 : Potosí reçoit des biens d’une valeur totale de 900 000 pesos de Buenos Aires et du Pérou. C’est dire le rang commercial auquel s’est hissée la capitale de la vice-royauté de la Plata. L’Argentine commerce aussi avec le Chili via Mendoza et, à partir de la fin du XVIIIe siècle, avec la Banda Oriental, qui l’approvisionne en viande séchée. Le commerce s’est considérablement développé dans le Río de la Plata, notamment autour des ports de Montevideo et de Colonia repris aux Portugais en 1776.

1806 : Les Anglais occupent Buenos Aires. La Grande-Bretagne souffre de la politique de Napoléon qui consiste à lui fermer les places commerciales les unes après les autres. En envahissant l’Argentine, elle espère gagner de nouveaux marchés et accéder aux ports sud-américains. À cette occasion, les troupes de défense espagnoles, mal encadrées, révèlent leurs limites. Dès l’arrivée des Anglais, le vice-roi s’enfuit de la capitale. Sir Popham, qui mène l’expédition, voit ses espérances déçues : les Portègnes ne se rebellent point contre la tutelle espagnole, bien au contraire, les marchands argentins rejoignent la milice nationale. Les Britanniques s’emparent toutefois de Colonia et de Montevideo.

Juin 1807 : Les troupes anglaises de Montevideo lancent une seconde offensive sur Buenos Aires. À nouveau repoussées, elles se rendent le 7 juillet. À la même période, les créoles prennent la tête du conseil municipal de Buenos Aires, le cabildo.

1807-1808 : Les armées de Napoléon envahissent la péninsule Ibérique. Les ministres portugais s’enfuient au Brésil avec l’aide de la marine anglaise. Napoléon fait prisonnière la famille royale espagnole. Une féroce guérilla s’organise contre les troupes de l’Empereur.
En Amérique du Sud, la capture de la famille royale ne laisse pas indifférent et ne fait qu’accentuer le fossé entre les Blancs nés en Argentine et ceux nés en Espagne. L’allégeance au roi n’est plus acquise. En l’absence de roi, de nombreux créoles se demandent où réside la souveraineté : en Joseph, frère de Napoléon qui revendique la couronne d’Espagne, dans les vice-rois entièrement corrompus ou au sein des cabildos ?

Janvier 1809 : Le marchand espagnol Félix Alzaga qui s’est illustré dans la guerre contre les Anglais dirige une conspiration contre Liniers, le vice-roi de Buenos Aires, afin qu’il réduise les milices créoles qui représentent un danger pour les métropolitains. Le coup est déjoué et Alzaga emprisonné.

Juillet 1809 : Liniers est déchu et remplacé par un vice-roi, Baltasar Hidalgo de Cisneros, nommé par la junte de Séville qui assure provisoirement le gouvernement en Espagne. Déjà des libelles circulent en faveur de l’« émancipation » de l’Argentine. Cisneros apparaît impuissant.

1809 : Les intendances de Buenos Aires, Córdoba et Salta del Tucumán comptent respectivement 92 000, 132 500 et 140 000 habitants. Dans la première, la population a plus augmenté dans les campagnes que dans la ville proprement dite.

1809 : Pour faire face à la concurrence de plus en plus redoutable des importations anglaises, les marchands espagnols demandent l’expulsion des Britanniques.

Dans la décennie 1810, des marchands liés aux marchés nord-américains supplantent les marchands espagnols et créoles à Buenos Aires. Ces marchands étrangers, anglais, français ou allemands, dépendent cependant des marchands locaux qui leur assurent un accès à l’arrière-pays producteur des denrées exportées par l’Argentine.

1810 : En Espagne, la situation politique est très instable. Au début de l’année, la junte de Séville est remplacée par un Conseil de régence auquel les créoles refusent de se soumettre.

1810 : Les créoles obtiennent la majorité au cabildo de Buenos Aires. Le mouvement d’indépendance se fait jour dans le Río de la Plata mais les chefs de l’insurrection, des créoles, sont désunis et leurs préjugés vis-à-vis des métis, des Indiens et des Noirs les privent d’un soutien populaire suffisamment large. Les chefs de la milice obligent cependant le vice-roi à convoquer un cabildo abierto, un conseil ouvert à tous qui donnerait la parole au peuple.

10 mai 1810 : Journée capitale pour l’indépendance de l’Argentine. Sous la pression des leaders créoles armés, le cabildo abierto vote la déposition du vice-roi et nomme un triumvirat d’hommes créoles, dont l’intellectuel révolutionnaire Mariano Moreno. Ils promettent de faire allégeance au roi Ferdinand VII dès que ce dernier aura recouvré la liberté. Les créoles souhaitent que les taxes des colonies cessent d’être expédiées vers l’Espagne. Les marchands espagnols fortunés perdent alors tout contrôle sur la monnaie et leurs réseaux commerciaux et politiques à travers l’ensemble de l’Argentine sont mis à bas. Cependant, le nouveau pouvoir ne parvient à s’imposer sur l’ensemble de la vice-royauté en raison de querelles intestines.
À Buenos Aires, le mouvement de Mai ne cesse de se radicaliser, influencé par les idées des philosophes des Lumières tels que Rousseau. Ses membres définissent la notion de « patriote » qui se veut l’équivalent de « patricien » et donc de « criollo ». Ils insistent sur le fait que les Espagnols sont désormais, au même titre que les autres Européens, des étrangers en Argentine.

21 mai 1810 : Au nom des patriciens portègnes, Cornelio Saavedra explique dans une lettre au vice-roi Cisneros les motifs de leur refus de prêter allégeance au Conseil de régence. Les créoles proposent de former une junte dirigée par Cisneros.

25 mai 1810 : Six cents hommes armés, tous partisans de Mariano Moreno, encerclent le cabildo et crient : « Le peuple veut savoir ce qui se passe ! » Une junte révolutionnaire, ne reconnaissant plus l’autorité madrilène, est alors formée.

Dans les années 1810, les Blancs sont devenus minoritaires dans le Río de la Plata. En 1812, la composition raciale de la population de Mendoza est ainsi de 44 % de Blancs, 22 % d’indigènes, 33 % de Noirs esclaves et libres et de 1 % de membres du clergé.

1811 : Mariano Moreno, secrétaire de la junte, perd la faveur des créoles et est envoyé en mission diplomatique en Europe. Il meurt pendant le voyage qui l’y conduit tandis que d’autres de ses amis sont jetés en prison. Son adversaire Cornelio Saavedra devient président d’un nouveau triumvirat.

Dans le Río de la Plata de l’intérieur, les créoles qui viennent de s’installer au pouvoir refusent le gouvernement des hommes de Buenos Aires qu’ils considèrent comme aussi incompétents que les officiers royaux qui les ont précédés. Sur l’autre rive de l’estuaire, à Montevideo, les élites, qui prennent le nom d’« orientales » c’est-à-dire d’« orientaux », restent fidèles au gouvernement espagnol. Le Paraguay résiste lui aussi à la domination politique de Buenos Aires et appuie le retour de l’intendant espagnol après avoir défait une expédition venue de la capitale. Peu de temps après, les propriétaires terriens créoles renversent le pouvoir en place. Le Paraguay est ainsi le premier à obtenir l’indépendance de l’Espagne et l’autonomie à l’égard de Buenos Aires en instituant sa propre junte.

1811 : La révolution populaire a lieu au moment où les créoles établissent un nouveau pouvoir. En raison des dissensions qui règnent entre les différents chefs créoles, les classes populaires décident de régler certains problèmes par leurs propres moyens. Le peuple se rebelle simultanément dans de nombreuses régions. Ces révoltes aboutissent à la décentralisation du pouvoir politique et à une brève période de redistribution de la propriété que les classes marchandes perçoivent comme du vol et du pillage. Les soldats montés ou montoneros exercent directement la souveraineté, ce qui n’aboutit pas à un pouvoir équilibré ; au contraire, les petits propriétaires souffrent de la mise en place de ces nouveaux pouvoirs.
En Uruguay ou dans la Banda Oriental, le mouvement artiguista est l’exemple parfait des mouvements de rébellion qui éclatent dans les provinces argentines. Les artiguistas suivent José Gervasio Artigas, un caudillo révolutionnaire de la Banda Oriental, propriétaire terrien, éleveur et chef de la police montée dans les campagnes en proie au commerce illégal de tabac. Les représentants du pouvoir espagnol tentent d’augmenter les taxes des propriétaires de bétail qui se soulèvent en une armée de 3 000 gauchos emmenés par José Gervasio Artigas. Face aux Portugais, aux Espagnols et aux Portègnes alliés pour l’occasion, ils doivent opérer un mouvement de repli sur l’autre rive de l’Uruguay. Artigas prend la tête de la Ligue fédérale du Río de la Plata qui exige un statut équivalent à celui de Buenos Aires et maintient l’autonomie politique et militaire dans sa région.
D’autres provinciaux se sont illustrés, à l’instar d’Artigas, lors de mouvements de contestation : Francisco Ramirez à Córdoba ou encore Facundo Quiroga à La Ríoja.

1811-1816 : Une escadre de la marine espagnole stationnée à Montevideo bloque le port de Buenos Aires.

1811, 1813 et 1815 : Les Portègnes envoient plusieurs expéditions de libération en Bolivie qu’ils souhaitent faire passer sous leur pouvoir en même temps que les mines de Potosí. Les créoles de Bolivie, attachés à leur modèle social conservateur, ne sont pas prêts à adopter les théories libérales et sociales des Argentins dont ils voient l’invasion d’un mauvais œil. Ils accueillent avec soulagement l’arrivée des forces loyalistes à Lima.

1812 : Le roi Ferdinand VII est rétabli sur son trône après la défaite de Napoléon.

1812 : José de San Martín revient en Argentine, sa terre natale, après avoir servi dans l’armée espagnole contre l’occupant français. Dès son retour, San Martín s’engage en politique, organise l’armée portègne puis prend le commandement des forces patriotiques de l’intérieur.

1813 : Établissement d’une Constituante qui remplace l’éphémère triumvirat démis de ses fonctions par la loge maçonnique, Logia Lautaro, créée par San Martín.

1813 : Constitution qui interdit l’esclavage à Buenos Aires et proclame la liberté des ventres : désormais, les enfants nés de mères esclaves seront libres.

1813 : Le caudillo José Gaspar Rodriguez de Francia prend le pouvoir au Paraguay.

1813-1818 : Les partisans d’Artigas lui restent fidèles. Ce fervent partisan du fédéralisme a annoncé un programme de redistribution des terres en faveur des paysans et éleveurs. Il compte prendre ces terres aux Espagnols et aux créoles qui se sont ralliés et les distribuer aux pardos, les mulâtres, aux zambos, les Noirs et les métis, et aux Indiens. Ces systèmes fédéralistes sont pétris de contradiction car les chefs fédéralistes, des créoles, n’ont pas du tout les mêmes objectifs politiques et sociaux que leurs troupes.

1815 : Les artiguistas libèrent Montevideo du joug espagnol, les orientales gagnent ainsi leur légitimité politique. Cependant, leur pouvoir est éphémère.

1816 : Les Portugais du Brésil repoussent Artigas sur la rive opposée de l’Uruguay et bloquent Buenos Aires.

9 juillet 1816 : Le Congrès des provinces d’Argentine qui se tient à Tucumán proclame l’indépendance des Provinces unies du Río de la Plata. Les Portègnes n’ont pas tenu compte du refus des provinces de participer au Congrès. Le régime politique que le pays adoptera demeure incertain : les partisans d’un système centralisé s’opposent aux fédéralistes dont les idées vont totalement à l’encontre de ce que les Bourbons avaient souhaité établir. L’indépendance est acquise mais non encore l’unité.

1816 : Les forces de San Martín vainquent une invasion loyaliste venue de Lima. San Martín se rend alors compte de l’importance de cette ville pour assurer l’indépendance de l’Amérique du Sud. En effet, le vice-roi de Lima a envoyé des expéditions pour mettre fin aux rébellions en Argentine mais aussi en Équateur, en Bolivie et au Chili. San Martín décide d’agir au Pérou et au Chili. C’est pourquoi il établit ses quartiers généraux à Mendoza, près de la frontière, où il entraîne une armée formée d’Argentins et d’exilés chiliens, pour la plupart des hommes de couleur et notamment d’anciens esclaves auxquels il a donné la liberté en échange de leur entrée dans son armée. Les patriotes chiliens sont dirigés par Bernardo O’Higgins. San Martín fait traverser les Andes à ses 5 000 hommes.

Février 1817 : Avec trois colonnes de ses troupes, San Martín vainc à Chacabuco des forces espagnoles divisées commandées par le général Marco del Pont. Il s’empare ensuite la capitale chilienne, Santiago.

Avril 1817 : Les troupes espagnoles sont définitivement défaites à Maipo. O’Higgins dirige désormais le Chili récemment libéré mais San Martín n’en a pas fini : il compte libérer toute l’Amérique latine et forme à cet effet une nouvelle armée de patriotes chiliens, argentins, péruviens tandis qu’il confie à lord Cochrane, un amiral britannique, l’organisation d’une marine. Le Chili lève une taxe pour financer la nouvelle armée patriote.
 
1810-1820 : Le commerce entre Buenos Aires et Salta et les bassins du Paraná et du Paraguay est momentanément interrompu. L’exploitation des mines de Potosí cesse après la guerre d’Indépendance, entraînant le déclin des villes de l’intérieur et la perte de valeur des terres de la région. Le commerce intérieur est miné par le développement du commerce international qui se fait pour l’essentiel à Buenos Aires. La fracture entre Buenos Aires et les provinces paraît irrémédiable.

1819 : Le chef de la milice révolutionnaire, Juan Martín de Pueyrredón, cède sa place à José Rondeau à la direction des Provinces unies du Río de la Plata. Buenos Aires s’entête à vouloir dominer l’ensemble des provinces argentines et s’attire ainsi leur inimitié.

La décennie 1820 correspond au gouvernement des caudillos, ces chefs politiques clientélistes. Elle est synonyme d’instabilité, de corruption et de violence politique : arrestations, assassinats et rébellions se multiplient.

1820 : Rondeau est renversé après sa défaite contre les forces unies de Santa Fe et de l’Entre Ríos dirigées par les caudillos Francisco Ramírez et Estanislao Lopez.

1820 : Vingt-trois navires transportant les 4 500 soldats de l’armée de San Martín font voile vers Lima. Les troupes débarquent à Pisco et remontent ensuite vers la capitale péruvienne. Les forces espagnoles préfèrent la négociation à l’affrontement.

1820 : Les provinces argentines sont décrétées autonomes : c’est la fin des Provinces unies placées sous la coupe d’institutions centralisatrices.

1821 : Les troupes espagnoles évacuent Lima, laissant le champ libre à San Martín et à ses troupes. Les créoles n’apprécient guère les bandits et les pillards qui se sont joints à l’armée de San Martín qui a dû accepter de prendre la tête du mouvement en l’absence d’un gouvernement créole unifié. La population de Lima ne lui est guère favorable.

1822 : Le Brésil proclame son indépendance à l’égard du Portugal.

1822 : Trois mille cinq cents Anglais sont présents dans la province de Buenos Aires qui les attire à la fois par les perspectives économiques qu’elle offre et par l’immensité de ses paysages. On citera des voyageurs tels que Samuel Haigh, Charles Darwin… Les Britanniques incarnent la modernité aux yeux des Portègnes qui les accueillent les bras ouverts.

1822 : San Martín voit s’ouvrir de nouvelles perspectives en la personne du général Simón Bolívar qui vient de libérer la Colombie, le Venezuela et l’Équateur. Lorsque les deux hommes se rencontrent à Guayaquil, l’un vient de triompher en Équateur, l’autre est en grande difficulté au Pérou. Bolívar n’a en aucune manière l’intention de partager son pouvoir. Désabusé, San Martín transfère ses pouvoirs à Bolívar.

1824 : Après avoir choisi l’exil politique, San Martín quitte Buenos Aires pour la France.

1824 : La comtesse de Chichester inaugure la ligne maritime Buenos Aires-Liverpool. Les échanges maritimes entre l’Argentine et l’Europe ne cessent de se renforcer.

1824 : Une banque d’investissement londonienne, la House of Baring, accorde un prêt d’un million de livres sterling au gouvernement de Buenos Aires. Cependant, l’argent qui devait servir au redressement économique du pays est détourné à des fins militaires lors de la guerre contre le Brésil.

1825 : Le Brésil, qui a des prétentions sur la Banda Oriental, déclare la guerre à Buenos Aires. Cette guerre constitue une entrave à la vie économique de la province, déjà mise à mal par la guerre d’Indépendance. Des étrangers et des Portègnes tentent de fonder une banque d’investissement, la Banco de la Provincia de Buenos Aires, et de faire revivre les mines d’argent de Potosí mais leur entreprise est vouée à l’échec.

1825-1828 : Malgré la Constitution de 1813, près de trois mille esclaves sont introduits dans le Río de la Plata à la faveur de la guerre contre le Brésil.

1825 : L’armée de Bolívar est vainqueur des forces loyalistes à Tumusla en Bolivie qui acquiert son indépendance à cette occasion.

1825 : Le premier faux-monnayeur, Marcelo Valdivia, est fusillé dans le Retiro.

Janvier 1826 : Indépendance du Pérou. La période de guerre civile qui a débuté seize ans plus tôt en Argentine est enfin achevée.

1826 : Année de grandes difficultés financières à Buenos Aires.

1826 : Bernardino Rivadavia est élu président de la Confédération des Provinces unies. Tous les espoirs reposent sur lui pour mettre fin à la guerre contre le Brésil. Ce civil entreprend de nombreuses réformes, s’attirant les foudres des propriétaires terriens et des gouverneurs caudillos des provinces de l’intérieur qui voient en lui l’incarnation de l’hégémonie de Buenos Aires sur le reste du pays.

1827-1828 : Buenos Aires est victime d’un nouveau blocus lors de la guerre contre le Brésil.

1828 : Indépendance de l’Uruguay dont Artigas est considéré comme le père.

1828 : À l’issue de la bataille d’Ituzaingo, les Argentins sortent vainqueurs de la lutte contre leur voisin brésilien. Cependant, le président Rivadavia, cédant aux pressions anglaises, propose de faire de la Banda Oriental un État indépendant. Ayant mécontenté l’opinion, il doit démissionner.

1829 : Les troupes portègnes de retour de la guerre contre le Brésil sans avoir perçu leur solde se rebellent. C’est la crise et Manuel Dorrego, gouverneur par intérim de Buenos Aires et partisan d’une fédération de provinces, est assassiné. Ce coup d’État militaire dans la capitale est le premier d’une longue série. Juan Manuel de Rosas entre alors dans la capitale. Aidé de ses milices montées ou montoneros, il met fin à la rébellion, ce qui lui vaut le titre de « restaurateur des lois et des institutions ».

1829 : Reconnaissante, l’élite de Buenos Aires le nomme gouverneur de la ville où il parvient à réduire l’instabilité politique. Cependant, il ne contrôle vraiment que sa province. Il reste au pouvoir jusqu’en 1852. L’accès au pouvoir de ce fédéraliste issu de la classe des estancieros, c’est-à-dire des grands propriétaires terriens, marque le passage des élites coloniales de commerçants aux propriétaires fonciers. Il est apprécié des estancieros et des gauchos qu’il protége des attaques des Indiens. Ardent nationaliste, il s’affirme comme le garant de la frontière et déploie toute son énergie pour favoriser l’expansion de Buenos Aires. Dans les provinces, les caudillos gouvernent, secondés par leurs armées à cheval privées. Avec lui, c’en est momentanément fini du libéralisme.

Années 1830 : Le nombre de navires accostant à Buenos Aires est de plus de 280 et ne cesse d’augmenter par la suite. Le commerce et l’industrie prospèrent. Parallèlement, les fermes se modernisent et l’agriculture s’intensifie. Les gauchos tirent de substantiels profits de la terre et de l’élevage si bien que les familles marchandes investissent à leur tour dans les estancias.
Le pays entier bénéficie de la reprise économique et de l’ouverture de nouveaux marchés. Les provinces de Santa Fe, Corrientes et Entre Ríos participent au commerce du bétail.

1832 : Lorsque Charles Darwin traverse l’Argentine, son attention est attirée par les fortifications des ranchs situés à la frontière avec les territoires des Indiens dont les attaques fréquentes sont redoutées. Ils s’en prennent en effet au bétail et aux chevaux et kidnappent femmes et enfants des ranchs isolés.

1833 : Rosas mène contre les Indiens la Conquête du Désert, c’est-à-dire des vastes étendues méridionales qui n’étaient pas encore soumises à l’autorité du pouvoir central.

1833 : Après avoir rétabli l’ordre dans la capitale, Rosas démissionne de ses fonctions.

1835-1852 : L’histoire de Buenos Aires se confond avec celle du dictateur Rosas car la junte des Représentants le rappelle en 1835 et lui confère des pouvoirs exceptionnels justifiés par l’assassinat d’un de ses fidèles, Facundo Quiroga. Son ambition est de rétablir l’ordre dans le pays. Il y parvient au prix d’un programme qui est la parfaite illustration de sa dictature : « Qui n’est pas avec moi est un ennemi. » Rosas met en œuvre un terrorisme d’État qui s’appuie sur une milice secrète, la Mazorca, dont le but est d’intimider les opposants politiques et de réprimer leurs actions. Quelque 2 000 personnes disparaissent ainsi sous son gouvernement. Pour la première fois depuis l’indépendance, la sécurité règne en Argentine mais de nombreux hommes politiques sont contraints à l’exil comme le futur président, Domingo F. Sarmiento, qui trouve refuge au Chili, ou l’économiste et juriste Juan Bautista Alberdi. Rosas bénéficie de l’appui des classes populaires sans pour autant proposer de réforme agraire ou de redistribution de la terre. Partisan de la cause fédérale, il est critiqué pour favoriser financièrement la province de Buenos Aires. Tels sont les divers aspects de sa politique qui mèneront à sa chute.

Mars 1838 : Les sévices endurés du fait de Rosas par le lithographe français César Hippolyte Bacle qui en est mort conduisent à un blocus de deux ans de Buenos Aires par une escadre française. En représailles, Rosas retire à saint Martin de Tours son titre de patron de Buenos Aires.

1839-1842 : La terreur culmine à Buenos Aires où les habitants se doivent de porter les insignes fédéraux sous peine de recevoir des coups de fouet. En 1842, la présence dans les rues des corps mutilés des ennemis politiques égorgés est une réalité quotidienne.

1845 : Rosas s’illustre lors de sa résistance au blocus franco-britannique de Buenos Aires. Ses troupes ont été battues à la Vuelta de Obligado mais les navires des deux puissances se sont finalement repliés sur Montevideo. Ce succès face aux puissances « impérialistes » européennes désireuses de voir s’ouvrir le marché argentin assure au dictateur une grande popularité.

1850 : Mort à Boulogne-sur-Mer de San Martín, le pionnier de l’indépendance argentine.

1852 : Justo José de Urquiza, de l’Entre Ríos, parvient à unifier les adversaires de Rosas et à déposer le dictateur. Ce grand propriétaire est à la tête de nombreux gauchos qui l’aident à vaincre les forces de Rosas lors de la bataille de Caseros. Le vaincu n’a d’autre choix que l’exil en Angleterre. L’arrivée au pouvoir d’Urquiza en tant que président de la Confédération argentine suscite de nombreux espoirs.

1852-1879 : Les Indiens multiplient les attaques contre les villages et les ranchs. En 1876, ils mènent une incursion à moins de 250 km de Buenos Aires, s’emparent de 300 000 têtes de bétail et capturent 500 personnes.

1853 : Urquiza convoque un Congrès qui ratifie la nouvelle Constitution, jurée par l’ensemble des provinces, hormis celle de Buenos Aires qui a fait sécession de la Confédération argentine. Le père de cette Constitution, qui est restée celle de l’actuelle Argentine, est Juan Bautista Alberdi. Elle interdit définitivement l’esclavage et autorise le commerce étranger sur le Paraná et l’Uruguay. Elle prévoit un exécutif fort au détriment du fédéralisme. Le président est investi du droit d’intervención qui lui permet d’intervenir dans les affaires provinciales en cas de troubles locaux. Les Provinces unies d’Argentine sont remplacées par la République d’Argentine. La construction de la nation n’en demeure pas moins à faire car les provinces entretiennent toujours leurs milices armées. Alberdi encourage l’immigration européenne qui constitue, selon lui, la solution au sous-peuplement endémique de l’Argentine. Dans l’esprit de ce libéral, les travailleurs européens sont plus qualifiés que les Boliviens, les Africains et les Paraguayens.

1854 : Le tiers de la population de la province de Buenos Aires, soit plus de 183 000 personnes, est constitué de nouveaux arrivants. Buenos Aires et sa province ont acquis le statut d’un État à part entière.

1860 : L’Argentine est sous-peuplée avec son million d’habitants, soit l’équivalent de la population cubaine.

Années 1860 et 1870 : Les colons européens commencent à cultiver des céréales dans les provinces de Santa Fe et de l’Entre Ríos.

1862 : Les successeurs de Rosas, représentant l’État portègne, parviennent à reprendre Buenos Aires à Urquiza, ce caudillo de l’Entre Ríos. Défaits à la bataille de Cepeda en 1859, ils sont vainqueurs à Pavón trois ans plus tard. L’unité nationale est alors acquise et l’hégémonie de Buenos Aires consacrée. L’écrivain et homme politique Bartolomé Mitre est élu président de la République argentine. Son gouvernement accorde des avantages à des entreprises étrangères pour qu’elles investissent dans la construction ferroviaire.

1865 : La guerre éclate entre l’Argentine et le Paraguay de Francisco Solano López. Elle a pour origine des différends frontaliers dus à l’extension du Brésil sur les terres de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay. Fin 1864, les Paraguayens retiennent un bateau brésilien qui a emprunté le fleuve Paraguay sans y être autorisé. Il transporte à son bord le nouveau gouverneur du Mato Grosso : les autorités brésiliennes déclarent alors la guerre au Paraguay. Solano López décide d’attaquer le Brésil en passant par la province argentine de Misiones. Devant le refus de Buenos Aires, le Paraguay envahit les provinces de Misiones et de Corrientes. L’Argentine, bientôt rejointe par l’Uruguay, s’engage dans cette guerre inégale qui dure de 1865 à 1870 et dont la population paraguayenne sort décimée : seuls 230 000 de ses 400 000 membres en réchappent.
La Constitution argentine de 1853 prévoyait une armée nationale qui n’a d’existence que sur le papier. Le gouvernement argentin mobilise en masse, ce qui est très mal perçu dans les provinces les plus orientales : celle de Salta tente ainsi de faire sécession. La guerre est l’occasion pour le gouvernement argentin de renforcer son emprise sur l’ensemble du pays et d’y faire appliquer les articles de la récente Constitution.

1867 : Buenos Aires est touchée par une épidémie de choléra qui fait 8 000 victimes.

1868 : Le président Mitre est remplacé par Domingo F. Sarmiento.

1869-1914 : La population de Buenos Aires est multipliée par plus de huit, passant de 178 000 à 1,5 million d’habitants.

Dans les années 1870, les présidents Domingo F. Sarmiento et Nicolàs Avellaneda, tous deux provinciaux, dirigent le pays sous l’influence du gouverneur de Buenos Aires, originaire de la capitale. Les Portègnes conservent ainsi la mainmise sur le gouvernement et l’économie du pays.

1871 : À Buenos Aires, la fièvre jaune frappe l’ensemble de l’échelle sociale, des plus démunis aux plus fortunés. En effet, les Portègnes vivent côte à côte dans le centre de la ville, dans de superbes demeures pour les uns, entassés dans des conventillos pour les autres. La situation se modifie par la suite : les riches quittent le centre pour s’installer dans le Barrio Norte où ils construisent des demeures dans le style français. Par leur mode de vie de plus en plus luxueux et fastueux, ils s’affirment au sein de la ville.

1872 : Dans les campagnes de la province de Santa Fe, les étrangers commencent à acquérir des terres et établissent une économie fondée sur la production de maïs et de lin.

1873-1893 : L’économie européenne est touchée par une dépression sans précédent, fatale à de nombreux paysans. L’Angleterre confirme alors la priorité qu’elle donne à l’industrialisation. Sa population augmente et sa balance alimentaire est largement déficitaire. Le marché britannique constitue un débouché idéal pour les produits agricoles argentins qui sont bon marché.

1877 : Mort de Juan Manuel de Rosas.

1878 : Le pays connaît sa première grève en faveur d’une revalorisation salariale. Elle est organisée par l’Union typographique, un syndicat.

1878 : Le commandant général de la frontière, le général Julio Argentino Roca, déterminé à en découdre définitivement avec les Indiens de la Pampa, mène une campagne remportée en l’espace de trois mois. Il parachève l’œuvre entreprise par Rosas un demi-siècle plus tôt.

1879 : Lors de la Conquête du Désert, le général Roca et l’armée parviennent enfin à bout du conflit qui les oppose aux Indiens. Des colonnes armées parties de Buenos Aires, de Córdoba, San Luis et Mendoza détruisent les villages indiens dont elles massacrent les habitants. Le général Roca bloque les cols et les passages des Andes pour interdire tout espoir de fuite aux rebelles. La résistance indigène est ainsi éradiquée, les Indiens sont vaincus et les terres méridionales de la Pampa et de Patagonie peuvent désormais être colonisées. Moins de quatre cents personnes s’approprient ainsi des millions d’hectares.

Dès la fin des années 1870, la taille des grandes exploitations de bétail commence à diminuer. Les terres deviennent accessibles à une plus large frange de la population. Bientôt, les chemins de fer et la culture de céréales repoussent l’élevage vers les marges de la Pampa et certains éleveurs migrent en Patagonie.

Dans les années 1880, les héritiers des marchands qui avaient investi dans les estancias diversifient leurs activités et s’impliquent dans le commerce urbain, la construction ferroviaire et la banque. Des familles particulièrement riches et puissantes comme les Bunge, les Tornquist, les Armstrong s’imposent dans le pays. Ces familles de la haute société affirment leur puissance et imposent un style de vie particulier, se retrouvant notamment au Jockey Club ou à la Sociedad Rural. Ce sont des étrangers qui investissent dans les secteurs à risques.

1880 : Le général Roca remporte les élections présidentielles et met fin à sept décennies d’instabilité. Soutenu par l’armée, ce provincial réprime les partisans d’un président portègne. Il place la capitale et sa province sous la dépendance directe du gouvernement central et force son gouverneur à s’établir à La Plata. La question du fédéralisme et de la domination de Buenos Aires est donc en grande partie résolue. Roca permet à la République d’Argentine d’exister en tant que véritable nation.
Il donne à son programme politique et économique le nom de « paix et administration ». À ses côtés se trouvent de nombreux propriétaires et hommes politiques qui contribuent à l’instauration d’un climat de stabilité. S’ouvre l’ère du libéralisme qui se réfère au programme idéologique de deux générations d’oligarques et de politiciens au pouvoir de 1880 à 1916. Il promeut l’import-export, l’ouverture des marchés aux investissements étrangers ainsi que la venue de migrants pour pallier le manque chronique de main-d’œuvre. L’Argentine entre dans la modernité en important des technologies, de la main-d’œuvre et des capitaux d’Europe et en exportant ses produits agricoles. Les villes grossissent et se multiplient, les campagnes se peuplent.
Le parti du président Roca, le PAN ou Partido Autonomista Nacional, est voué à un bel avenir.

1880 à 1916 : L’Argentine se transforme de manière spectaculaire. Cette ère de paix s’accompagne d’un essor économique sans précédent dans l’agriculture mais le pays ne s’industrialise pas.

En 1880, plus de 61 millions de pesos d’or, soit à peu près autant en euros actuels, ont été investis dans la construction de 2 000 km de voies ferrées.

1884 : Mort de l’économiste et juriste argentin Juan Bautista Alberdi.

1884 : Le président Roca promulgue des lois anticléricales interdisant l’instruction religieuse dans les écoles publiques.

1887 : Les limites actuelles de la ville de Buenos Aires sont tracées.

1888 : Une compagnie anglaise installe l’éclairage au gaz dans Buenos Aires.

Dans les années 1890, les travailleurs des villes se rendent compte du peu de poids dont ils jouissent en politique. Se sentant considérés comme des citoyens de seconde zone, ils s’organisent politiquement. De nombreux immigrants font partager leur expérience syndicale et leur culture de la grève.

Dans les années 1890, les derniers Indiens de Patagonie vivant en liberté sont massacrés.

1895 : Parmi les ouvriers travaillant à Buenos Aires, 95 % ne sont pas nés en Argentine ; le pays reçoit des flots d’immigrants d’Europe méditerranéenne et notamment d’Italie et d’Espagne. Français, Allemands et Russes sont pour leur part moins nombreux.

1895 : Les fermiers de la province de Santa Fe sont 48 % à posséder leur terre contre une moyenne nationale qui atteint à peine 30 %.

À la fin du XIXe siècle, un fossé s’est creusé entre les migrants européens et les natifs argentins qui se considèrent comme supérieurs. Les immigrants sont surnommés les gringos, c’est-à-dire les étrangers, les nouveaux venus. Le terme criollo, c’est-à-dire créole, a changé de sens entre la période coloniale où il désignait un Espagnol né en Argentine et le XIXe siècle, où il s’emploie pour des personnes nées en Argentine, métisses ou noires. Les gringos sont souvent plus alphabétisés que les criollos.

Au début du XXe siècle, le pays offre le résultat de trente années de mutations. Dans la Pampa et sur la frontière, les troupeaux de bovins et les tribus d’Indiens ont cédé la place à de vastes étendues de céréales et de maïs. La population de Buenos Aires a atteint le million. Le revenu par tête est le sixième du monde, signe d’une prospérité sans précédent.

1902 : Les leaders anarchistes organisent la première grande grève, parviennent à fermer Buenos Aires et tentent d’assassiner le président Roca. La réponse du gouvernement ne se fait pas attendre : elle prend la forme d’une loi de Résidence qui prévoit l’expulsion de tous les fauteurs de troubles d’origine étrangère. La classe laborieuse offre un nouveau visage aux classes moyenne et dirigeante chez lesquelles elle suscite désormais crainte et méfiance.

1904 : Le président Roca achève son second mandat et meurt peu de temps après. Le PAN doit faire face à des difficultés internes et à la concurrence du Parti radical qui rassemble des oligarques dissidents et recrute ses partisans parmi les fermiers des provinces de Santa Fe et de l’Entre Ríos. Les fils d’immigrants votent pour le Parti radical en qui ils voient une alternative à la corruption généralisée. Les militaires soutiennent aussi le Parti radical comme ils le prouvent lors de trois rebellions mineures en 1890, 1893 et 1905.

1907 : Découverte de champs pétrolifères dans la région de Comodoro Rivadavia en Patagonie. Le gouvernement empêche alors toute compagnie étrangère de s’approprier l’exploitation de ces nappes, ce qui donne lieu à un débat politique, les conservateurs ne voyant rien à redire à leur exploitation par des firmes étrangères.

1909 : Un anarchiste assassine le chef de la police de Buenos Aires. Le danger anarchiste resurgit.

1910 : Les céréales, dont la province de Buenos Aires est la première productrice, sont les biens les plus exportés. L’emballage réfrigéré, qui rend possible la conservation et l’exportation de la viande argentine, représente une véritable révolution car les marchés mondiaux s’ouvrent à elle. L’Argentine fournit ainsi à l’Angleterre 30 % de sa consommation de mouton. En 1914, l’Argentine exporte près de 450 000 tonnes de bœuf congelé et 66 000 tonnes de mouton.

1910 : Les boutiques sont tenues à 80 % par des propriétaires nés à l’étranger.

1912 : Grève des fermiers dans l’Entre Ríos qui doivent payer à leurs propriétaires 33 % de leurs récoltes, mettre les grains dans des sacs et les porter jusqu’à la gare. Comme l’explique le journal The Review of the River Plate du 5 juillet 1912, ils sont obligés de moissonner leurs champs avec le matériel du propriétaire terrien et ne peuvent vendre le surplus de leurs récoltes qu’à lui.

1912 : Le président Sáenz Peña fait voter des lois électorales dans le but de redorer le blason de son parti, le PAN. Le vote des hommes de plus de 18 ans est rendu obligatoire et le scrutin devient secret. Pour plus de transparence, les militaires sont chargés de surveiller les élections.

1913 : Les investissements étrangers concernent les secteurs ferroviaire, bancaire et du bâtiment. Cent quarante-trois banques opèrent alors en Argentine.

1914 : L’Argentine compte 8 millions d’habitants et dépasse les 10 millions en 1930. Le nombre d’immigrés de fraîche date atteint 30 % de la population.

1914 : Le pays est sillonné par 30 000 km de voies de chemin de fer.

1916 : Lors des élections qui suivent les lois Sáenz Peña, le PAN subit un lourd revers : le candidat et leader du Parti radical Hipólito Yrigoyen est élu président. De surcroît, le Parti socialiste gagne du terrain à Buenos Aires. Pour la première fois en Argentine, un parti reçoit le pouvoir d’un autre sans violence.
Le président Yrigoyen, issu de l’oligarchie terrienne, est élu grâce au soutien des fermiers, des classes moyennes urbaines et des ouvriers. Il doit sa grande popularité à son paternalisme et à sa sollicitude à l’égard de tous ses concitoyens dont il écoute les doléances.
Au sein du Parti radical, les tendances sont diverses : les classes moyennes urbaines, pour beaucoup issues de l’immigration, sont farouchement opposées aux oligarchies terriennes qui monopolisent le pouvoir politique et économique. Elles deviennent nationalistes au tournant du XXe siècle et témoignent d’une grande méfiance à l’égard des classes ouvrières.
Les radicaux sont conscients que leur seul soutien ne leur suffit pas. Ils recherchent donc aussi celui des classes urbaines ouvrières tentées par les promesses du Parti socialiste mais ne comptent pas sur celui des travailleurs ruraux, restés sous la coupe des grands propriétaires terriens.

1917-1918 : La Première Guerre mondiale entraîne l’Argentine dans la crise économique qui draine dans son sillon licenciements, baisses de salaire et inflation. Soutenus par les radicaux au pouvoir, les travailleurs de grandes usines optent pour la grève, revendiquant la sécurité de l’emploi et une hausse des salaires.

1918 : Aux élections du Congrès, les travailleurs votent en masse pour les radicaux et non pour les socialistes, suscitant malgré tout la crainte des classes moyennes, de l’oligarchie et de l’armée.

Janvier 1919 : Buenos Aires connaît une semaine de grèves si violentes qu’elle est restée gravée dans les mémoires sous le nom de « semaine tragique ». Tout commence par des grèves dans les ateliers métallurgiques auxquelles la police tente de mettre fin. Travailleurs et policiers s’affrontent pendant trois jours et l’on compte bientôt des victimes de part et d’autre. Des jeunes des classes moyennes venus des banlieues de Buenos Aires entrent dans la capitale où ils brûlent une partie du quartier juif. Ils accusent en effet ses habitants, qu’ils assimilent aux Russes et, par extension, aux bolcheviques, d’être à la source des troubles urbains. La police n’intervient pas. D’après les chiffres de l’ambassade américaine, 1 500 personnes auraient trouvé la mort pendant ces quelques jours et 4 000 auraient été blessées.
Yrigoyen se place du côté de ces individus qui se regroupent au sein de la Ligue patriotique argentine ; celle-ci manifeste ostensiblement son hostilité à l’égard des classes laborieuses et des immigrants, hostilité bientôt partagée par une large part de la classe moyenne.

1918 et 1919 : Des grèves, organisées par le mouvement dit « de la Réforme », secouent les trois universités de Córdoba, Buenos Aires et La Plata. Elles dénoncent le caractère socialement élitiste des universités. Il est vrai que les écoles et les universités restent le bastion des élites en ce début de XXe siècle. Le gouvernement radical saisit l’occasion qui lui est fournie pour réformer les universités et y établir de nouvelles chartes qui permettent aux étudiants de faire entendre leur voix au sein de l’administration. La création de deux universités à Santa Fe et Tucumán donne accès à l’éducation aux habitants de l’intérieur.

1921-1922 : Les grèves des dockers de Buenos Aires et des éleveurs de Patagonie sont violemment réprimées par l’armée, au prétexte qu’elles mettent en danger la sécurité et la souveraineté du pays. Dans les années 1920, le gouvernement radical d’Irigoyen devient de plus en plus conservateur.

1922 : Le successeur désigné de Yrigoyen, Marcelo T. de Alvear, est élu président. Sous la présidence de ce grand propriétaire terrien, l’économie reprend sa croissance.

1922 : Création de l’Union ferroviaire qui rassemble les travailleurs du secteur. La quasi-totalité du réseau ferroviaire argentin a été construit par les Anglais.

1924 : Décret de l’État faisant de la Patagonie une réserve fédérale de pétrole. Il en confère l’exclusivité d’exploitation à la compagnie d’État, la Yacimientos Petroliferos Fiscales ou YPF qui vient d’être créée. Shell est particulièrement touché par ce décret, la Standard Oil l’est moins car elle concentre ses prospections dans la province de Salta.

1927 : Treize compagnies pétrolières étrangères sont encore présentes en Argentine. Shell obtient l’autorisation de l’État de construire une raffinerie à Buenos Aires.

1928 : Yrigoyen est réélu à la présidence de la République argentine.

1929 : L’Argentine, devenue une puissance industrielle, est touchée de plein fouet par la Grande Dépression. Les prix à l’exportation s’effondrent et les licenciements se multiplient. Les radicaux sont désignés comme les responsables de la crise, Yrigoyen est décrié et perd toute popularité alors qu’il lui reste quatre années avant le terme de son mandat électoral. Cela explique les tentatives de coup d’État l’année suivante.

6 septembre 1930 : La faction du général Uriburu prend l’initiative de renverser le président. Six cents cadets de l’académie militaire et 900 militaires marchent sur l’Avenida San Martín et se dirigent vers la Casa Rosada. Yrigoyen fuit à La Plata. Le coup d’État fait l’unanimité à Buenos Aires. La fonction de ministre de la Guerre échoit pour peu de temps à un certain Perón et celle de président au général Uriburu.

En 1930, le bilan de la décennie précédente en matière d’indépendance énergétique est très positif. L’Argentine est le premier État latino-américain à avoir créé une compagnie pétrolière d’État capable de résister à la concurrence étrangère.
 

1930 : Cette année est décisive et constitue un tournant dans l’histoire de l’Argentine. S’il fallait faire un bilan des années libérales, on le qualifierait de positif sur un plan économique dans la mesure où le pays a connu une véritable industrialisation et un développement du commerce international, aussi bien pour les matières premières que pour les produits manufacturés. Les provinces agricoles de l’intérieur ont elles aussi bénéficié de cet essor économique. Cependant, le pays ne parvient pas à faire face aux difficultés nées de la Grande Crise de 1929. La corruption est omniprésente, les problèmes sociaux demeurent et les antagonismes de classes ne font que s’exacerber.
Le libéralisme cède la place au populisme. Bientôt, le président Uriburu écarte les radicaux de son gouvernement et annule les élections provinciales que les candidats du pouvoir ont perdues, provoquant des manifestations antigouvernementales. Les militaires les plus modérés lui conseillent d’organiser des élections présidentielles.

1932 : Le général Agustín Justo est élu président grâce au soutien d’une partie des radicaux, des conservateurs du PAN et des socialistes de Buenos Aires. Durant les six années de son mandat, les fraudes sont la règle. Dirigée par les militaires, l’Argentine vit une période de dépression et de morosité sans précédent, qualifiée de « décennie infâme ».


1932-1934 : La guerre du Chaco oppose la Bolivie au Paraguay.

1933 : Mort d’Yrigoyen. La foule se rassemble en son honneur à Buenos Aires, ce qui marque un revirement de l’opinion qui témoigne de son hostilité à l’égard du gouvernement. De telles manifestations sont rares dans l’histoire de l’Argentine.


1934 : Le traité Roca-Runciman confère l’exclusivité des marchés britanniques aux exportations argentines. En échange, l’Argentine promet de donner sa préférence aux produits manufacturés britanniques et de soutenir les entreprises britanniques dans les domaines ferroviaires et de la conservation de la viande. En parallèle, le gouvernement favorise le développement des industries argentines, notamment en leur garantissant crédits et financements bancaires. Les militaires eux-mêmes approuvent cette politique d’industrialisation. Pendant toute la décennie, le gouvernement poursuit dans la voie du nationalisme économique. Les compagnies pétrolières étrangères, accusées de tentatives de corruption sur des militaires argentins et d’être la cause de la guerre du Chaco pour s’approprier les ressources pétrolières de la Bolivie et du Paraguay, sont la cible des nationalistes.


1936 : Le gouvernement revêt la YPF du pouvoir de contrôle sur toutes les importations de pétrole et sur leur distribution. L’année suivante, il revient sur cette décision qui a froissé les Anglais.


1936 : Les funérailles du chanteur de tango Carlos Gardel, mort dans un accident d’avion dont la cause n’a jamais été élucidée, rassemblent une foule immense.


1936 : Dans un contexte de reprise économique, Buenos Aires célèbre le quatrième centenaire de sa fondation par Pedro de Mendoza. Sa population est alors de 2,5 millions d’habitants.


Dès 1936, la Guerre d’Espagne trouve un écho à Buenos Aires où s’opposent franquistes et républicains. L’Argentine est restée très attachée à la « mère patrie » dont elle s’est rapprochée depuis que le président Yrigoyen a institué comme jour férié national le « jour de la Race » (12 octobre) qui commémore l’origine hispanique de nombreux Argentins.


1938 : Pour la première fois depuis l’accession au pouvoir d’Yrigoyen, un président civil, le conservateur Roberto M. Ortiz, est élu.


1939 : Au moment où la guerre éclate en Europe, l’Argentine adopte une position de neutralité. Divisés, les milieux militaires sont plutôt favorables à l’Axe (de nombreux officiers ont été formés en Allemagne) alors que les milieux d’affaires sont très liés à l’Angleterre (l’Argentine couvre alors, avec ses exportations agricoles, 40 % des besoins alimentaires du Royaume-Uni et les Anglais ont à cette époque 400 millions de livres investies dans le pays, c’est-à-dire trois fois plus que les Américains et cent cinquante fois plus que les Allemands). L’Argentine apparaît alors comme un môle de résistance anti-yankee en Amérique latine, avec l’assentiment de l’Angleterre, qui entend y maintenir son influence dominante.

17 décembre 1939 : Le croiseur allemand Graf Spee se saborde en rade de Montevideo pour éviter d’être capturé par la Royal Navy. La menace de la guerre se rapproche de l’Argentine où les militaires sont divisés entre partisans de l’Axe et sympathisants des Alliés. Le GOU ou Grupo de Oficiales Unidos, qui regroupe des officiers, choisit une troisième voie, celle de la neutralité.

Mars 1940 : Révélation d’un projet d’annexion de la Patagonie par le Reich qui suscite de vives réactions dans l’opinion.

Juin 1940 : Le président Ortiz démissionne pour des raisons de santé. Il est remplacé par le vice-président Ramón S. Castillo qui, plutôt germanophile, représente les oligarques de l’intérieur au sein du Parti conservateur. L’Argentine est alors, avec le Chili, le seul pays d’Amérique latine à ne pas avoir rompu ses relations avec l’Axe.

Début des années 1940 : Lorsque la guerre éclate, les exportations de l’Argentine à destination de l’Europe chutent. Le président tente d’établir des relations privilégiées avec la Grande-Bretagne, bientôt insolvable. La politique pro-américaine ne satisfait pas les nationalistes argentins, de plus en plus nombreux.

1941 : Pour doter le pays d’une industrie d’armement autonome, le gouvernement crée les Fabricaciones Militares.

1942 : La plupart des pays latino-américains déclarent la guerre à l’Axe, ce qui n’est pas le cas de l’Argentine. Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères sud-américains qui s’est tenue à Río de Janeiro en janvier, le blocage argentin a abouti à une simple « recommandation » de rupture avec l’Axe. Il est vrai que l’Allemagne et son armée suscitent une certaine admiration auprès des militaires argentins, mais les accuser de nazisme, comme le font les Américains, paraît excessif. Le pouvoir ne parvient pas à trouver de politique cohérente en raison des difficultés économiques du pays. Les États-Unis arment de plus le Brésil, entré en guerre à leurs côtés dès 1942.

1943 : Les élections présidentielles se préparent dans un climat tendu.

4 juin 1943 : Coup d’État militaire organisé par le GOU. Plus de 10 000 militaires prennent part à la Révolution de 1943. Les meneurs, parmi lesquels le colonel nationaliste et anticommuniste Juan Domingo Perón, sont bien décidés à ne pas partager le pouvoir avec des civils. Ce ne sont pas des idées politiques communes qui les unissent mais bien plus un mépris et une rancœur à l’égard d’un pouvoir civil corrompu qui ne cesse de s’immiscer dans les affaires militaires. Perón justifie le coup d’État dans un manifeste qui dénonce « la vénalité, les fraudes, la corruption » du gouvernement Castillo.
Ils installent le général Edelmiro Farrell à la présidence et le colonel Perón au ministère du Travail. Ce dernier a l’habitude de s’adresser aux ouvriers dans leur propre langage, ce qui lui vaut une grande popularité et permet de désamorcer de nombreux conflits sociaux. Les classes laborieuses attendent une réforme qui ne tarde pas à venir. Le ministère de Perón renforce la législation sociale et négocie des accords collectifs en faveur de l’amélioration des conditions de travail, ce dont les salariés lui sont très reconnaissants. Il favorise le monde des cheminots et remet en vigueur la journée de huit heures.
Le but de Perón est de faire adhérer les ouvriers aux syndicats dirigés par l’État comme la Confédération générale du travail (CGT) et d’en éliminer les tendances antimilitaristes.

1943 : Perón réintroduit l’instruction religieuse dans les écoles publiques.

26 janvier 1944 : Rupture des relations avec l’Axe. Personnage politique le plus en vue au sein du gouvernement, Perón est bientôt promu vice-président de la junte militaire au pouvoir. En juin, il renvoie dos à dos l’Axe et les Alliés, ce qui lui vaut une vive hostilité du secrétaire d’État américain Cordell Hull. En réaction à certaines nationalisations d’entreprises américaines, le gouvernement de Washington décide le gel des avoirs argentins aux États- Unis et, le 22 juin 1944, l’ambassadeur américain à Buenos Aires est rappelé. Le 27 octobre, Perón en appelle à l’Organisation panaméricaine, censée être en mesure de régler les différends survenant entre ses membres.

1944 : Un tremblement de terre dévaste la province de San Juan, au pied de la cordillère des Andes.

Février 1945 : La conférence continentale organisée à Mexico à l’initiative des États-Unis se tient sans l’Argentine qui se retrouve totalement isolée.

 27 mars 1945 : L’Argentine déclare la guerre à l’Allemagne. Son gouvernement est alors reconnu par toutes les républiques américaines et elle est admise dans la nouvelle Organisation des Nations unies. Le nouvel ambassadeur américain à Buenos Aires, Spruille Braden, est très hostile à Perón. La société argentine est en proie à des divisions profondes. En effet, les classes moyennes réclament le départ de Perón et l’instauration d’un gouvernement élu. Elles soutiennent les Alliés alors que la junte militaire au pouvoir a plutôt penché du côté de l’Axe.

Septembre 1945 : Plus de 200 000 Argentins défilent du riche quartier de Barrio Norte vers le centre de Buenos Aires en faveur du retour d’un gouvernement constitutionnel.

9 octobre 1945 : Des officiers forcent la junte dirigée par le général Farrell à renvoyer Perón et à le faire arrêter, à la grande colère de la majorité de la population. Dès le 12 octobre, les descamisados (« les sans-chemise ») descendent dans la rue pour exiger son rappel.

17 octobre 1945 : Alors que la CGT a appelé à la grève générale pour le 18 octobre, les foules se mobilisent à travers le pays dès le 17. Les centaines de milliers de travailleurs qui défilent à Avellaneda, un faubourg industrieux de Buenos Aires et se dirigent vers la Plaza de Mayo, les employés de l’industrie sucrière qui convergent vers le centre de Tucumán et tous ceux qui manifestent leur mécontentement à Rosario, Córdoba, La Plata, n’ont qu’un seul mot d’ordre : la libération de Perón. La junte militaire cède à la pression et relâche Perón qui apparaît vers minuit au balcon de la Casa Rosada pour y être acclamé en héros. Les manœuvres de l’ambassadeur américain, qui fait publier un Livre bleu dénonçant la collusion de l’Argentine des militaires et du IIIe Reich n’entament en rien la popularité dont jouit alors le général.
La journée du 17 octobre constitue un séisme dans la vie politique et sociale du pays : Perón est alors propulsé sur le devant de la scène. Son projet est de construire une unité nationale et son programme politique, au nom éloquent de
justicialismo, se veut l’incarnation d’une troisième voie entre libéralisme et communisme. Le populisme est un système ancien en Amérique latine et à plus proprement parler en Argentine. Celui de Perón se compose ainsi : nationalisme économique, politique d’industrialisation nationale, alliance entre civils et militaires et négociation de l’État avec les travailleurs. Il ne laisse pas les classes moyennes en reste ; il sait en effet que tout l’effort d’industrialisation repose sur les épaules de ces élites instruites.

1945 : Perón est candidat à l’élection présidentielle pour le parti travailliste qui est le fruit d’une alliance de leaders syndicaux qui lui avaient accordé leur soutien lorsqu’il était ministre du Travail.

24 février 1946 : Perón remporte régulièrement les élections avec 55 % des voix.

1945-1950 : Pendant le mandat de Perón, le régime accroît sa mainmise sur les fédérations de travailleurs du pays. En cinq ans, le nombre de travailleurs syndiqués passe de 500 000 à 2 millions. Le syndicat majoritaire est la CGT.

1945-1949 : À la sortie de la guerre, l’économie argentine est florissante : elle bénéficie d’une croissance de 6 % par an, d’une augmentation de la production industrielle de 25 % et de multiples créations d’emplois. Les travailleurs voient leurs revenus s’accroître de 22 à 30 % entre 1945 et 1948.

1946 : L’Argentine compte plus de un million d’employés dans l’industrie, contre à peine la moitié en 1935. Ces travailleurs, pour la plupart des immigrants, jouissent d’aides médicales, de congés payés et de congés de maternité. Le pays connaît de fortes tensions sociales entre Argentins et immigrants mais aussi entre ouvriers qualifiés et non qualifiés.

1947 : Le droit de vote est accordé aux femmes, ferventes partisanes de Perón.

1948 : Début de la nationalisation des chemins de fer, autrefois possédés par les Anglais. Cet élément majeur de la politique de Perón satisfait aussi bien les militaires que les travailleurs, les nationalistes et les classes moyennes.


Dans les années 1950 et 1960, les entreprises étrangères comme IBM, Palmolive et Dupont de Nemours investissent le marché argentin. Leurs directeurs ne sont plus argentins, comme au temps des investissements anglais, mais bel et bien étrangers.

1952 : Perón est réélu président de l’Argentine avec 64 % des voix. La corruption n’a pas disparu et il est courant de voir des directeurs d’usines et des leaders syndicaux invités à des banquets politiques.

1952 : Récession économique de grande ampleur. La population souffre de l’inflation et des licenciements qui touchent 40 000 travailleurs du textile et 25 000 travailleurs de l’industrie agro-alimentaire. L’effondrement des exportations agricoles est pour beaucoup dans cette récession : l’Argentine n’a plus les fonds nécessaires à l’importation des produits manufacturés indispensables à son industrie. En 1952, le revenu moyen des ouvriers non qualifiés est de 20 % inférieur à celui de 1949.
Le gouvernement péroniste lance un programme d’austérité qui prévoit le gel des revenus des travailleurs et la relance de l’économie par l’augmentation de la productivité. Lors d’un discours, le leader populiste s’exprime ainsi : « Aujourd’hui comme toujours, notre slogan est produire ! » À longue échéance, cela s’est avéré efficace ; en 1954, l’inflation avait été ramenée à un niveau insignifiant.

26 juillet 1952 : Evita Perón meurt d’un cancer. L’épouse du président était le symbole du soutien aux travailleurs et aux pauvres, notamment grâce à ses nombreuses œuvres de charité. Née dans une petite ville de la Pampa dans les années 1920 et enfant illégitime d’un homme de la bonne société, elle se lance en 1935 dans le spectacle puis dans la radio où elle dispose de sa propre émission. Elle rencontre le colonel Perón lors d’une vente de charité et ils se marient peu de temps avant l’investiture présidentielle de ce dernier. Pendant quinze jours, la foule brave un froid glacial et une queue de plusieurs kilomètres pour lui rendre un dernier hommage et s’incliner devant son cercueil.

Avril 1953 : Attentat contre Perón. Lors d’une manifestation de la CGT en faveur de Perón, deux bombes explosent dans la foule et tuent six personnes. Dans la nuit qui suit, des groupes d’extrême droite attaquent le siège du journal socialiste Vanguardia et le Jockey Club.

Fin 1954 : L’agitation reprend en Argentine. Au début des années 1950, l’Église retire son soutien au président Perón qui a suspendu les aides aux écoles catholiques. Les autorités arrêtent des prêtres et ferment des églises ; de nombreux catholiques des classes moyennes rejoignent alors les étudiants dans l’opposition.

Mai 1955 : Le gouvernement propose un amendement à la Constitution dans le but de séparer l’Église et l’État.

Juin 1955 : Cent mille manifestants issus des classes moyennes protestent contre ce projet dans Buenos Aires. La semaine suivante, des travailleurs contre-manifestent en signe de soutien au président. Des officiers se révoltent contre Perón et tirent dans foule, tuant 156 personnes et en blessant plusieurs centaines d’autres. L’après-midi, des centaines de péronistes saccagent des églises de Buenos Aires : Perón est alors excommunié. En quelques semaines, le général Eduardo Lonardi lance la Revolución Libertadora pour en découdre avec le régime péroniste.

Septembre 1955 : Coup d’État militaire. Perón démissionne et s’enfuit au Paraguay. Les opposants de Perón l’avaient qualifié d’autocrate et de fasciste ; cependant, ce dernier avait laissé un semblant de liberté à ses opposants, du moins ne les avait-il pas fait éliminer.
Le péronisme constitue désormais un élément d’identité et de résistance chez les travailleurs argentins qui restent fidèles à leur leader. Le nouveau pouvoir n’allait pas tarder à s’en rendre compte lors de la longue période d’instabilité et de division qui s’ouvrait.

22 septembre 1955 : Le général Lonardi est nommé président provisoire. Dès son installation à la Casa Rosada, il accueille les leaders des partis radicaux et socialistes dans un élan d’unité politique. Cependant, certains officiers ne l’approuvent pas et cherchent à le remplacer par le général Pedro E. Aramburu.

Novembre 1955 : Le général Pedro E. Aramburu accède à la présidence. Il lance la chasse aux péronistes dont il purge l’administration et la CGT. Des centaines d’officiers, soupçonnés d’avoir soutenu Perón, sont mis en retraite anticipée. Pour ternir l’image des époux Perón, dont il est totalement proscrit de prononcer le nom, le gouvernement fait courir des rumeurs sur leur train de vie et sur des comptes bancaires illicites en Suisse. Enfin, le président fait enlever le corps d’Evita du quartier général de la CGT. Pendant dix-sept ans, nul ne sut où la dépouille avait été cachée.

Après 1955 : Les travailleurs argentins perdent tout ce que Perón leur avait concédé, notamment en matière de revenus. Les militaires qui le remplacent au pouvoir leur sont hostiles, répriment leurs grèves et sont enclins à ne céder à aucune de leurs revendications.

16 juin 1956 : Révolution libératrice. Des vagues de grèves secouent Buenos Aires et se poursuivent l’année suivante.

1958 : Les péronistes ne sont pas autorisés à se présenter aux élections, ce qui aurait dû permettre aux radicaux de remporter le scrutin. Or, le parti sort d’une scission et l’une des deux branches, menée par Arturo Frondizi, passe un accord secret avec Perón : Frondizi monnaie les voix des péronistes contre leur retour en politique. Il remporte les élections grâce au soutien des péronistes. En 1961, il effectue un voyage aux États-Unis où il rencontre le président Kennedy.

19 août 1961 : La rencontre secrète de Frondizi avec Ernesto Guevara, de retour dans son pays natal pour la journée, suscite l’inquiétude des généraux. Le Che ne revint plus jamais en Argentine par la suite.

Mars 1962 : Frondizi tient parole et permet aux péronistes de se présenter aux élections provinciales. Cependant, la victoire du parti péroniste, l’Union populaire, dans 10 des 14 provinces est contestée par les militaires qui annulent les élections, arrêtent Frondizi et le remplacent par un civil, José María Guido. L’armée connaît de profondes divisions entre les Azules (les « bleus ») et les Colorados : les premiers ne voient rien à redire à une alliance avec les Péronistes tandis que les seconds veulent à tout prix les éliminer.

1963 : De nouvelles élections ont lieu en Argentine. L’élection à la présidence d’Arturo Illia débouche sur une brève période de stabilité. Pour enrayer les déficits et l’inflation, il dévalue le peso, ce qui a pour conséquence immédiate de faire chuter les revenus des travailleurs.

1964 : Les syndicats réagissent par des grèves massives.

1965 : Les péronistes, bravant l’interdiction des militaires, se présentent aux élections au Congrès où ils remportent de nombreux sièges. Ils opposent leur veto aux propositions de loi du président Illia.

28 juin 1966 : Coup d’État du général Juan Carlos Ongania. Les Azules décident de prendre totalement le contrôle du gouvernement et leur leader, le général Ongania, somme le président Illia de démissionner pour éviter tout acte de violence. Certains travailleurs espèrent qu’une alliance avec lui sera possible car il représente la faction modérée des militaires. Cependant, les grèves sont proscrites et Ongania mène une politique répressive à l’égard des grévistes.

5 août 1966 : Lors d’une réunion à l’université de Buenos Aires, la police intervient avec violence : 200 étudiants sont emprisonnés et 30 blessés. Ils viennent de dénoncer les purges dont sont victimes les professeurs et les membres de l’administration. Cette « nuit des Longs Bâtons » marque la fin de l’autonomie de l’Université et entraîne la radicalisation politique des étudiants, influencés par la révolution cubaine et les théories marxistes.

1969 : Les investissements américains atteignent 790 millions de dollars contre seulement 230 millions au moment de la chute de Perón mais 1,8 milliard en 1972. L’industrie automobile est en pleine expansion.

Mai 1969 : À Córdoba, les ouvriers de la métallurgie manifestent contre l’allongement de la semaine de travail. Rejoints par les étudiants, ils affrontent les forces de police qui finissent par les laisser maîtres de la ville où ils brûlent les bureaux de Xerox et de Citroën et commettent des actes de vandalisme. L’armée est envoyée et, en l’espace de trois jours, elle tue 60 personnes, en blesse des centaines et en arrête un millier. Cette révolte, nommée le Córdobazo, encourage les travailleurs argentins à réclamer le retour de Perón et aboutit à la démission d’Ongania moins d’un an après.

Années 1970 : C’est au tour des guérillas d’extrême gauche de combattre pour la même cause. Quelque 200 combattants activistes créent des groupuscules qui rassemblent bientôt 5 000 guérilleros au sein d’une force paramilitaire. Ces groupes fort divers vont des nationalistes Montoneros à l’Armée Révolutionnaire du peuple, trotskiste. Au moment de la révolution cubaine, de nombreux étudiants sont séduits par les idées du Che et croient en une éventuelle révolution. Ils critiquent ceux qu’ils appellent les vendepatrias, c’est-à-dire les « vendeurs de la terre natale », qui font travailler les Argentins mais exportent leur production vers les pays développés. Paradoxalement, les guérillas voient en Perón l’expression de cette révolution et Evita devient leur sainte patronne.

1970 : Les Montoneros kidnappent le président Aramburu et l’exécutent après l’avoir interrogé sans succès au sujet de la disparition de la dépouille d’Evita Perón. La démission d’Ongania n’atténue en rien leurs ardeurs : ils assassinent des militaires et des leaders syndicaux, kidnappent des expatriés qu’ils ne relâchent qu’en échange de substantielles rançons. La violence est généralisée à Buenos Aires.

25 mai 1973 : Sous la pression des guérillas, les candidats péronistes sont autorisés à se présenter aux élections qu’ils remportent haut la main. L’élection à la présidentielle du candidat désigné de Perón, Hector Cámpora, suscite l’espérance de tout un pays. Cámpora récompense les Montoneros et libère 371 prisonniers politiques, pour la plupart des terroristes. L’arrivée des Montoneros au sein de l’Union populaire n’est ni du goût de l’aile droite des péronistes ni de celui de Perón.

1973 : La hausse des prix de l’or noir a des répercussions sur l’économie argentine.

20 juin 1973 : Perón fait son retour en Argentine en compagnie de sa nouvelle épouse Maria Estela Martínez de Perón, dite Isabel Perón. Un million de personnes se pressent à l’aéroport pour les y accueillir. Cependant, une rixe inopportune entre individus de la droite du parti et Montoneros se produit. Le bilan officiel est de 16 morts et de 433 blessés mais tous les témoins restent persuadés que le nombre de victimes fut bien plus élevé. Perón doit atterrir sur une base militaire, cela contrecarre tous ses plans : il manque l’ovation de la foule. Dès son retour, il presse Cámpora de démissionner.

Octobre 1973 : Perón remporte les élections avec 61 % des voix. Sa femme est élue vice-présidente.

1er juillet 1974 : Perón meurt d’un arrêt cardiaque. Des centaines de milliers de personnes lui rendent hommage. Son épouse est la première femme à devenir chef de l’exécutif d’un pays d’Amérique. Cependant, elle n’est pas suffisamment aguerrie pour résister à la guerre que les Montoneros déclarent au gouvernement. Ni Isabel Perón ni son ministre José López Rega ne sont en mesure d’améliorer la condition des travailleurs.

1974 : Rega fonde l’Alliance anticommuniste argentine ou Triple À qui est en fait un groupe paramilitaire.

1975 : Les guérillas guévaristes terrorisent les populations par leurs attentats et leurs assassinats.

Au début de 1976, l’opinion publique réclame un coup d’État.

Mars 1976 : Sentant qu’elle bénéficie de l’approbation générale pour s’emparer du pouvoir, une junte militaire réalise un coup d’État qui sonne le début d’une longue et cruelle dictature, certainement la période la plus sombre de l’histoire de l’Argentine. Elle lance la réalisation d’un programme nommé « Procès », place des militaires à tous les hauts postes et élimine les opposants péronistes. Le général Jorge Videla assure la présidence de la junte et promet de combattre l’inflation qui vient de dépasser les 600 %. Elle entreprend enfin une lutte à mort contre les guérillas. Cette lutte fait 19 000 victimes et l’on estime à 2 millions le nombre d’exilés.

16 septembre 1976 : Lors de la « nuit des Crayons », des élèves du secondaire, qui réclament la baisse du prix des transports, sont victimes de la répression. Aucun écho n’est donné dans la presse ou les médias à la lutte contre la guérilla, jusqu’à ce qu’un groupe de femmes et mères de disparus se rassemble pour protester contre les éliminations sommaires. L’opposition fait tâche d’huile : les mères de disparus sont bientôt rejointes par les travailleurs de l’industrie.

1976 et 1977 : Les travailleurs mènent des grèves illégales alors que le démantèlement des syndicats se poursuit.

Avril 1977 : Un groupe de mères de disparus s’assemble face à la Casa Rosada. Dès lors, elles se réunissent tous les jeudis sur la Plaza de Mayo où elles prient pour leurs enfants, ce que les militaires ne peuvent interdire. L’une d’elles, Hebe de Bonafini, fait figure de leader.

1978 : L’Argentine accueille la Coupe du monde de football qu’elle remporte pour la première fois.

Avril 1979 : La nouvelle génération de leaders syndicaux appelle à la grève générale qui touche les secteurs ferroviaire et automobile. Les leaders syndicalistes sont parmi les premiers à réclamer le retour à la démocratie, seul moyen, selon eux, pour que le pays retrouve son unité.

1979 : Le gouvernement de Jimmy Carter suspend les négociations commerciales avec l’Argentine en raison des atteintes aux droits de l’homme. En revanche, les gouvernements de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan (à partir de 1981) approuvent le « Procès » entrepris par les militaires argentins.

1980 : Une sévère récession touche l’Argentine et l’inflation reprend de plus belle. Ce n’est qu’alors que l’étau politique se desserre. La situation empire encore l’année suivante : la junte est véritablement remise en cause et le non-respect des droits de l’homme pointé.

1981 : Succédant au général Videla, le général Leopoldo Galtieri devient président.

2 avril 1982 : Le général Galtieri ordonne à l’armée et à la marine argentines d’envahir les îles Malouines que les Britanniques nomment îles Falkland. La petite garnison anglaise présente sur place est rapidement défaite. Les Malouines avaient été prises par les Britanniques en 1833 et étaient restées en leur possession depuis lors. Les Nations unies avaient pressé l’Angleterre de rendre ces îles à l’Argentine, mais sans succès. Les négociations avaient échoué à propos des droits des résidents britanniques.

En 1982, le général Galtieri croit pouvoir compter sur le soutien de Reagan mais il commet une erreur. En fait, le président américain préfère ne pas se froisser avec ses amis britanniques et accorder son soutien à Margaret Thatcher. À leur arrivée, les troupes anglaises ne rencontrent qu’une résistance inégale. Un sous-marin d’attaque britannique torpille L’Amiral Belgrano, un navire argentin, englouti avec ses 800 marins dans les eaux glaciales de l’océan. Le général Menendez doit reconnaître la défaite argentine.
Cet épisode a de lourdes conséquences sur le climat politique du pays. En effet, le peuple argentin est abasourdi par la nouvelle de la reddition de ses troupes. Il se rend alors compte que la junte militaire a été capable de faire disparaître des citoyens, d’aller à l’encontre des droits de l’homme, de rejeter les péronistes du pouvoir, d’intimider l’intelligentsia mais qu’elle a échoué dans ce qui était l’essentiel de sa fonction : la défense de la nation.

Décembre 1982 : Le prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel parvient à organiser une manifestation de 100 000 personnes pour protester contre la « Guerre sale ». Les généraux annoncent alors des élections pour octobre 1983.

Octobre 1983 : Raúl Alfonsin, qui a su créer un consensus au sein du parti radical, est élu président.
Au terme de cette phase, la tentative de dépéronisation entreprise par les militaires s’est avérée être un échec total. En effet, la population reste en grande partie acquise au leader populiste qu’elle surnomme affectueusement « le vieil homme ». D’autre part, les résultats économiques sont mauvais. Enfin, les Argentins vivent dans un climat d’instabilité politique et sociale que Perón était parvenu à réduire voire à éliminer. Les élections de 1983 constituent un bouleversement dans le paysage politique argentin.

 

Les élections de 1983 marquent l’entrée de l’Argentine dans une nouvelle ère politique et économique : les militaires sont défaits ; pour la première fois, les péronistes ne remportent pas les élections, enfin, Alfonsin est le premier président élu démocratiquement depuis Irigoyen en 1916.
Il s’agit tout d’abord de dresser le bilan humain et économique de la guerre des Malouines. Le gouvernement doit faire sortir l’Argentine de la crise économique en jugulant l’inflation. Il est enfin urgent de réduire la dette extérieure car le FMI menace d’interdire les prêts. L’Argentine choisit la voie du néolibéralisme, en s’inspirant, sur le modèle du Chili voisin, des doctrines formulées autour de Milton Friedmann au sein de l’école de Chicago.
La population ne saurait admettre que les crimes des militaires restent impunis : les marches silencieuses des mères de disparus se poursuivent et l’on demande des comptes à propos des victimes de la Guerre sale. Le président Alfonsin crée alors la Commission officielle d’enquête pour les personnes disparues, présidée par le romancier Ernesto Sábato. Alfonsin se trompait quand il pensait que la Commission résoudrait tous les problèmes en l’espace de six mois et que son projet recueillerait l’approbation de tous. Les critiques fusent de toutes parts : la droite l’accuse de ne pas prendre en compte l’action des guérillas et les officiers de l’armée considèrent désormais les radicaux comme des communistes. Enfin, plus à gauche, les mères de la Plaza de Mayo refusent de coopérer avec la commission car elles soupçonnent le président de vouloir limiter les condamnations aux officiers supérieurs donneurs d’ordres sans punir les subalternes qui sont les tortionnaires.


1984 : Publication du rapport accablant de la Commission nationale d’enquête pour les personnes disparues sous le nom de « Plus Jamais ça ». Au fil de ses 50 000 pages, il dévoile les lieux et les méthodes de torture ainsi que le nombre des victimes connues (8 961 personnes). Six cent soixante-dix personnes sont reconnues coupables des crimes. Les organisations des droits de l’homme ne croient pas à ce rapport et penchent pour le chiffre de 19 000 victimes.


1985 : Le Plan Austral d’Alfonsin rencontre un grand succès. Ce plan de stabilisation économique doit réduire l’inflation et remplace le peso par une nouvelle monnaie appelée l’« austral ». Le président Alfonsin décrète le gel des salaires des fonctionnaires dans le but de limiter les dépenses de l’État. Le Plan Austral promeut également les installations en Patagonie et notamment à Viedma, le long du río Negro. Le déficit de l’État et l’inflation chutent mais de manière éphémère. En 1988, le gouvernement reconnaît l’échec du Plan : les industries d’État continuent à perdre quotidiennement des millions de dollars et les industries privées ne sont guère plus florissantes.



1986 : Les victimes qui ont survécu et les familles des disparus ont déjà engagé des procès contre 1 700 officiers. Le premier procès civil des neuf généraux donne un aperçu de la durée des procès à venir. Il dure huit longs mois au bout desquels seuls cinq d’entre eux sont reconnus coupables et condamnés à de légères peines de prison. Le général Galtieri, qui avait dirigé la guerre des Malouines, ressort acquitté. L’indulgence des tribunaux est décriée.
Voyant le tour que prennent les événements, les conseillers d’Alfonsin font promulguer deux lois : la loi de « point final » oblige les procès à se tenir en un maximum de soixante jours. La loi de « l’obéissance due » stipule que les militaires de rang inférieur à celui de colonel ne peuvent être poursuivis dans la mesure où ils n’ont fait que suivre les ordres de leurs supérieurs.


Pâques 1987 : Les jeunes officiers se rebellent contre la faiblesse de leurs aînés et contre le président. Un groupe d’élite des commandos, connu sous le nom de Carapintadas et mené par le lieutenant-colonel Aldo Rico, prend l’école d’infanterie du Campo de Mayo, dans la banlieue de Buenos Aires. Les forces armées loyales au gouvernement refusent de réprimer la rébellion.


Janvier 1988 : Le lieutenant-colonel Rico, à la tête d’une seconde rébellion dans la province de Corrientes, est rapidement arrêté, ainsi que ses collaborateurs.


Décembre 1988 : Nouvelle rébellion des Carapintadas, menée par le colonel Mohammed Alí Seineldìn.


Janvier 1989 : Un groupe d’une soixantaine de guérilleros d’extrême gauche attaque la base militaire de La Tablada, à la périphérie de Buenos Aires. Ils s’en emparent mais sont vite encerclés par l’armée et la police. Au terme d’une journée de combats, 28 guérilleros et 11 militaires trouvent la mort, 14 guérilleros sont capturés. Les mères de la Plaza de Mayo refusent de condamner l’attaque.



14 mai 1989 : Carlos Saúl Menem, un néopéroniste, est élu président avec 47 % des voix. Ce fils d’immigrés syriens, ancien gouverneur de la province de La Rioja, était emprisonné pendant la Guerre sale : on ne peut donc l’accuser de violation des droits de l’homme. Il se rapproche vite des États-Unis dont il reçoit le président George H. W. Bush et se propose aussi de renouer les relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne.


Juillet 1989 : L’inflation dépasse les 1 000 %. Les travailleurs lancent des appels à la grève générale tandis que des magasins sont détruits dans tout le pays. Menem qui n’aurait dû entrer en fonction qu’en décembre de la même année force Raúl Alfonsín à lui céder immédiatement la place. La nation est alors apaisée. Menem parvient même à s’assurer le soutien de ses opposants comme le danseur de tango Astor Piazzola, pourtant antipéroniste convaincu.
La ligne économique adoptée par Menem et son ministre de l’Économie Domingo Cavallo est celle du néolibéralisme. Il entend privatiser les chemins de fer, la compagnie aérienne argentine et des industries comme la compagnie pétrolière YPF. Des milliers de fonctionnaires sont licenciés. Le ministre Cavallo retire l’austral pour réintroduire un peso dont la valeur est indexée sur celle du dollar. La réforme monétaire fait chuter l’inflation de 3 000 % à 20 % en l’espace de trois ans.

1989 : L’Argentine soutient l’invasion américaine au Panamà, contrairement à ses voisins américains.

1990-1998 : L’Argentine vend 55 compagnies d’État pour la somme de 23 milliards de dollars. En Patagonie, plus de 4 000 employés de l’industrie pétrolière perdent leur emploi lors de la vente d’YPF.

Décembre 1990 : Les Carapintadas se rebellent à nouveau ; ils s’emparent des quartiers généraux de l’armée, proches de la Casa Rosada, exigent une purge parmi les généraux ainsi que la promotion de Seineldìn au rang de commandant de l’armée. Ce dernier est condamné à mort pour avoir participé à la rébellion qui fait 14 victimes et 55 blessés. Treize autres militaires se voient infliger des peines allant de deux à vingt ans. Le président Menem prend la résolution de régler définitivement la question des droits de l’homme et de la culpabilité des militaires dans les tortures et les disparitions : il gracie tous les membres de la junte faisant l’objet de peines de prison pour crime contre l’humanité.

26 mars 1991 : Menem rencontre les présidents du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay pour fonder le Mercosur, le Mercado Comun del Sur, qui entre en vigueur en 1995. Ils signent le traité d’Asunción qui instaure un marché commun entre les quatre pays. Immédiatement les producteurs de grain et de bœuf argentins voient s’ouvrir devant eux un marché de 215 millions de consommateurs. Cette politique libérale ne correspond guère à ce que les Argentins attendaient de Menem. La situation sociale de nombre d’entre eux est précaire : le taux de pauvreté plafonne à 40 % et le chômage à 20 %.

Avril 1991 : La loi de convertibilité instaure la parité peso-dollar, ce qui entraîne la fuite de capitaux vers l’étranger.

1991 : Des soldats argentins participent à l’opération Tempête du Désert en Irak. Sous la présidence de Menem, l’Argentine est un allié indispensable des États-Unis alors qu’elle entretient une rivalité avec son voisin brésilien, au risque de mettre à mal le Mercosur.
Années 1990 : L’Argentine connaît les taux de croissance les plus élevés depuis 1940. Tout concourt à la réélection de Carlos Menem.

1993 : Ce dernier déclenche l’indignation en signant des demandes d’avancements de militaires qui sont des tortionnaires notables.

18 juillet 1994 : Une bombe explose dans les locaux de l’Association mutualiste israélite argentine et fait 85 morts et plus de 200 blessés. Déjà un attentat avait été perpétré contre l’ambassade d’Israël deux ans plus tôt, le 17 mars 1992, au moment de l’ouverture des archives concernant les activités nazies en Argentine. Il avait fait 29 morts et 242 blessés.

22 août 1994 : L’hebdomadaire Pagina 12 publie une liste de 70 personnalités qui font l’objet de procédures pour corruption.

10 janvier 1995 : Entrée en vigueur du Mercosur.

3 mars 1995 : L’Argentine reçoit un prêt de 2 milliards de dollars du FMI, de 1,3 milliard de la Banque mondiale et de un milliard de dollars de la Banque interaméricaine de développement.

14 mai 1995 : Grâce à une révision constitutionnelle réduisant le mandat présidentiel à quatre ans, Carlos Menem remporte les élections présidentielles. Les politiques sont corrompus ; le président est lui-même mêlé à des trafics d’argent sale. On le soupçonne d’avoir rempli un compte en Suisse avec 10 millions de dollars issus de pots-de-vin.

1996 : Mouvement de piqueteros, des pauvres qui barrent les routes, se couchent en travers des rues pour demander du pain et du travail et protestent contre la politique libérale de Menem. Parmi eux se trouvent de nombreux licenciés de la compagnie pétrolière d’État YPF.

Octobre 1997 : Alors que taux de chômage est de 17 % et que le fait d’avoir un emploi n’assure en rien contre la pauvreté, 40 000 chômeurs défilent en direction de la Plaza de Mayo lors de la plus grande manifestation qu’ait connue Menem sous ses deux mandats.

26 octobre 1997 : Aux élections législatives, le Parti justicialiste de Menem est battu et perd par la même occasion la majorité au Congrès.

Avril 1999 : L’Argentine lance un nouveau plan d’austérité.

24 octobre 1999 : Le candidat du parti radical, Fernando de La Rúa, qui garde Cavallo au ministère de l’Économie, remporte les élections présidentielles. L’indexation du peso sur le dollar entraîne une augmentation du prix des produits. L’économie commence à se contracter : les exportations diminuent et les entreprises argentines perdent du terrain.

1999 : Ouverture des négociations sur un accord d’association entre l’Union européenne et le Mercosur. L’Argentine les considère comme essentielles car l’Union européenne représente un vaste marché pour ses produits agricoles.

12 novembre 2000 : Pour tenter d’enrayer le marasme économique, il décide d’un nouveau plan d’austérité.

Mars 2001 : Le gouvernement argentin démissionne. Domingo Cavallo, demeuré au ministère de l’Économie, entreprend un plan de redressement économique le 23 mars.

30 juillet 2001 : Loi du Déficit zéro alors que la dette de l’Argentine dépasse les 130 milliards de dollars et que les entreprises font faillite les unes après les autres.

Novembre 2001 : L’Argentine connaît son septième plan d’austérité en trois ans. La crise économique frappe tous les secteurs et une immense part des Argentins.

2001 : Les manifestations se multiplient et dégénèrent en émeutes.

1er décembre 2001 : Limitation des retraits bancaires des particuliers à 250 dollars par semaine afin d’éviter la fuite des capitaux.

2 décembre 2001 : Le gouvernement annonce un gel des dépôts bancaires pour sauver un système financier menacé de faillite sous l’effet de retraits massifs.

19-20 décembre 2001 : Les émeutiers s’en prennent à des supermarchés qu’ils dévalisent. Une marche vers la Casa Rosada donne lieu à des affrontements entre manifestants et policiers. Trente-cinq personnes y trouvent la mort et des centaines d’autres sont arrêtées. Le ministre de l’Économie Domingo Cavallo démissionne.

21 décembre 2001 : Le président De La Rúa démissionne. S’ouvre alors une période d’incertitude constitutionnelle où trois présidents par intérim, nommés par le Congrès, se succèdent.

1er janvier 2002 : Eduardo Duhalde, le candidat péroniste aux élections présidentielles de 1999, est nommé président par intérim. Il ouvre sa présidence par deux décisions majeures : la confirmation du moratoire sur la dette extérieure et la dévaluation du peso. Celle-ci met fin au système de convertibilité et a pour objectif de relancer les exportations en ramenant le taux de change et les salaires réels à des niveaux qui rendront compétitives les exportations argentines.

6 Janvier 2002 : Le président Duhalde interdit aux Argentins de retirer leur argent des banques afin d’endiguer la fuite des capitaux et la dégringolade du peso. La parité du peso sur le dollar est supprimée, le peso est dévalué de 20 %. Les Américains refusent d’apporter leur aide à l’Argentine, frappée par l’indifférence du FMI et des États-Unis à son égard.

2002 : Depuis novembre 2001, le président est en résidence surveillée pour trafic illicite d’armes mais les accusations sont levées. Le 3 avril, Domingo Cavallo est à son tour placé en détention pour les mêmes raisons.

3 avril 2002 : Le Congrès approuve le budget d’austérité du gouvernement.

23 avril 2002 : Le ministre de l’Économie Lenicov démissionne. Rien ne saurait freiner la récession.

Mai 2002 : L’économie argentine commence à se stabiliser. La crise argentine a profondément transformé les ambitions du pays en matière de politique extérieure : la relation bilatérale avec le Brésil est renforcée, le Mercosur est jugé prioritaire et l’Argentine favorise la conclusion d’accords commerciaux avec l’Union européenne.

Juillet 2002 : Annonce d’élections présidentielles anticipées à la suite de la mort de deux piqueteros lors d’une manifestation.

2 décembre 2002 : Levée des restrictions bancaires (corralito).

2003 : L’Argentine bénéficie d’une légère reprise économique ; la production reprend, l’inflation diminue très sensiblement, de même que le taux de chômage.

25 mai 2003 : Élection du péroniste Nestor Kirchner au deuxième tour, après défection de Carlos Menem. Il s’attelle à la lutte contre la corruption et l’impunité au sein de la cour suprême, des forces armées, des forces de sécurité intérieure. Il entend également mener une politique sociale volontariste. Le président est confronté à l’apparition d’un phénomène nouveau : la hausse de la criminalité et de la délinquance ainsi qu’à la violence des piqueteros.

11 juin 2003 : Néstor Kirchner se rend au Brésil où il annonce son intention de créer un parlement pour le Mercosur.

12 août 2003 : Le Congrès vote le projet de loi pour l’annulation des deux lois de 1986 et 1987 qui empêchaient les poursuites judiciaires pour violation des droits de l’homme.

14 septembre 2003 : Un péroniste, Aníbal Ibarra, est réélu maire de Buenos Aires et un autre, Felipe Sola, est reconduit à son poste de gouverneur de la province de Buenos Aires. Le président Kirchner sort renforcé de ces élections.

Novembre 2003 : Les piqueteros réapparaissent, signe que l’Argentine n’a pas encore résolu ses problèmes économiques.

19 novembre 2003 : Le gouvernement argentin annonce le non-remboursement des emprunts d’État contactés par des milliers d’épargnant d’étrangers, principalement européens.

10 janvier 2004 : Avant son départ au Sommet des Amériques à Monterey, le président Kirchner annonce que l’Argentine ne modifiera pas son offre concernant le remboursement de sa dette vis-à-vis de ses créanciers. Cependant, face au redressement de l’économie argentine, le FMI souhaite que celle-ci consacre une partie de ses rentrées fiscales de 2004 à l’amélioration de son offre sur la dette.

10 mars 2004 : L’Argentine accepte de verser l’échéance de 3,1 milliards de dollars due au FMI et évite ainsi d’entrer en défaut de paiement.

Janvier 2005 : Le nombre de militaires détenus et inculpés par la justice argentine s’élève à 120.

25 février 2005 : Fin du moratoire sur la dette privée argentine. Les trois quarts des détenteurs d’obligations, essentiellement de petits épargnants du monde entier, admettent d’être remboursés à un taux très faible ; la restructuration de la dette privée argentine est un succès politique pour le président Kirchner.

Avril 2005 : Le gouvernement de Néstor Kirchner annonce qu’il « refuse catégoriquement » que la future Constitution de l’Union européenne s’applique aux îles Malouines.

Juin 2005 : L’annulation par la Cour suprême des lois dites « de pardon », assurant l’impunité des tortionnaires de la dictature militaire, entraîne l’ouverture de procès contre 400 policiers et militaires.

Septembre 2005 : La filiale de Suez Aguas Argentinas quitte l’Argentine après l’échec des négociations avec le gouvernement argentin sur le renouvellement de la concession. Elle assurait la distribution de l’eau à dix millions de Portègnes.

4 novembre 2005 : Le président américain George Bush est conspué par 400 000 personnes à Mar del Plata, à 400 km de Buenos Aires lors du 4e Sommet des Amériques. Pour la première fois, ce sommet s’est achevé par un échec.
Décembre 2005 : Le président Kirchner annonce qu’en raison de l’amélioration des comptes extérieurs, l’Argentine remboursera ses dettes par anticipation.

20 juillet 2006 : Fidel Castro participe au 30e sommet du Mercosur à Córdoba.

22 juillet 2006 : Les présidents Chavez et Castro se rendent en pèlerinage à la maison d’Ernesto Guevara, dans la petite ville d’Alta Gracia.

22 août 2006 : Le gouvernement argentin annonce la relance de son programme nucléaire civil, interrompu dans les années 1980.

Fin août 2006 : Des milliers d’Argentins manifestent dans les rues de Buenos Aires contre la criminalité et l’insécurité.

Octobre 2006 : L’Argentine accuse l’Iran d’être à l’origine de l’attentat contre une association juive qui avait fait 85 morts en 1994. Les relations diplomatiques entre les deux pays se tendent.

19 octobre 2006 : Les présidents bolivien et argentin, Evo Morales et Néstor Kirchner signent à Santa Cruz un contrat visant à tripler l’exportation du gaz bolivien vers l’Argentine.

17 octobre 2006 : Des débordements entre syndicalistes se produisent lors du transfert des cendres de Perón.

Décembre 2006 : Un conflit oppose l’Argentine et l’Uruguay à propos de la construction d’une usine de cellulose en Uruguay à laquelle est hostile l’Argentine. Les 18 et 19 décembre, les représentants des deux pays s’affrontent à La Haye et l’Argentine est déboutée.

12 janvier 2007 : L’ancienne présidente Isabel Perón est arrêtée à Madrid en raison d’un mandat d’arrêt international lancé par un juge argentin pour se responsabilité supposée dans la disparition d’un opposant sous sa présidence (1974-1976). Âgée de soixante-quinze ans, elle a été remise en liberté provisoire. Jusque-là, le président Kirchner attribuait les violations des droits de l’homme à la dictature militaire établie après le coup d’État de 1976 mais les disparitions survenues après le retour du général Perón sont maintenant prises en compte. Un deuxième mandat d’arrêt est notifié à l’intéressée le 25 janvier à propos des crimes attribués à la « Triple A » (l’Alliance Anticommuniste Argentine dont l’inspirateur aurait été son conseiller, José López Rega. Ces mandats d’arrêt ont suscité une vive réaction dans les milieux péronistes argentins qui suspectent le pouvoir de chercher à discréditer leur camp avant l’élection présidentielle prévue en 2008. Cristina  Kirchner  est en fait élue chef de l'Etat dès 2007  avant d'être réélue largement en 2011. Représentante du camp  péroniste, elle ne pouvait briguer un troisième mandat en 2015, sans être en mesure d'imposer un successeur  à un parti profondément divisé. Appuyée sur une solide majorité parlementaire, sa coalition gouvernementale  demeure la première force politique,  c e qui lui a permis de voter plusieurs réformes importantes, dont une nouvelle loi sur les hydrocarbures. le flou entourant les statistiques économiques officielles n'a pas permis de discerner si l'Argentine était ou non en état de récession comme l'avançait le Fonds Monétaire International. Le gouvernement n'en a pas moins engagé la mise en oeuvre de mesures sociales significatives telles que la réduction du travail au noir, la lutte contre la pauvreté  et contre la spéculation, ainsi que l'augmentation des retraites. Le gaz de schiste et le pétrole de Patagonie  laissent espérer aux Argentins qu'ils vont pouvoir retrouver leur indépendance en matière d'énergie . Ces données favorables sont toutefois compensées par le maintien d'une forte inflation, par la persistance du fléau qu constitue la corruption des milieux poches du pouvoir, enfin l'insécurité , :moins importante, certes, qu'au Brésil voisin mais néanmoins préoccupante. Les exportations de céréales, notamment de soja,  ont progressé mais la bais'se des cours a limité les effets cette amélioration  sur la balance de s paiements . La limitation des importations alors mise en oeuvre a a fait que le pays s'est aliéné  ses principaux partenaires commerciaux, notamment ceux du  Mercosur, qui regroupe l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay ,le Paraguay et le Venezuela. Le pays est par ailleurs toujours aux prises avec des fonds spéculatifs - les fameux fonds-vautours -à propos d e sa dette souveraine.La justice américaine a ainsi demandé à l'Argentine  de rembourser les fonds qui avaient refusé la restructuration de la dette acceptée par d'autres créanciers, ce qui a entraîné un défaut de paiement partiel du pays . Pour sortir l'Argentine de son isolement, Cristina  Kirchner  a conclu des accords commerciaux avec Vladimir poutine et avec le Chinois  Xi Jin Ping, venus tous deux en visite officielle en Argentine  où ils ont ait part de leur intérêt pour des investissements dans le pays. 

L'élection présidentielle du 22 novembre 2015 a vu la victoire de Mauricio Macri, placé à la tête d'une coalition d e centre-droit . Cette victoire marque la fin des douze années qui ont vu au pouvoir Nestor Kirchner (de 2003 à 2007) puis son épouse Cristina (de 2007 à 2015). La victoire de Macri met également un terme à l'hégémonie exercée depuis sept décennies sur la politique argentine  par le justicialisme péroniste. 

Rompant avec la politique de ses prédécesseurs, Le nouveau président demande l'exclusion du Mercosur du Venezuela de Nicolas Maduro, le successeur d 'Ugo Chavez, qu'il accuse de violer es libertés . L e nouveau président entend aussi renouer avec les Etats-Unis  et développer des liens avec l'Europe , s'inscrivant ainsi dans le projet mondialiste libéral. Maire d e Buenos Aires en 2007, Mauricio Macri vient du monde des affaires et a bâti sa victoire dans la capitale  et dans sa région, fief traditionnel des péronistes. Faute de majorité absolue  au Sénat et à la Chambre des députés, le nouveau président  doit naviguer à vue et gérer de manière pragmatique en formant des  alliances de circonstance. La tâche n'en est pas moins difficile, dans un contexte où se mêlent récession, inflation et chômage. La pauvreté s'est étendue, malgré les promesses formulées par le candidat au cours de sa campagne,  alors que le grand syndicat péroniste a refait son unité  et se montre très revendicatif. La baisse des impôts combinée à une dévaluation du peso par rapport au dollar devrait porter des fruits au moment où le pays rompt avec les politiques protectionnistes mises en oeuvre auparavant. Le déficit budgétaire est réduit ,mais au prix de l'abandon des subventions qui allégeaient les notes d'eau, de gaz et d'électricité des Argentins. Le nouveau président s e trouve donc confronté à des difficultés dont il rend responsables ses prédécesseurs, accusés de corruption. La révélation d'affaires de cette nature impliquant la famille Kirchner est ainsi utilisée pour vendre à l'opinion une gestion présentée comme plus rigoureuse... 

       Longtemps apparu comme le pays le plus avancé d’Amérique latine, l’Argentine a perdu du terrain par rapport à son voisin brésilien. Les incertitudes politiques, financières et monétaires ont compromis, au cours du dernier tiers du XXe siècle, l’avenir de l’État demeuré, avec l’Uruguay, le plus « européen » du cône Sud. Les premières années du nouveau siècle laissent entrevoir en revanche les signes d’un nouveau départ, dans un continent qui semble décidé à s’émanciper de la tutelle nord-américaine. Avec une croissance retrouvée et avec l’éloignement des moments dramatiques que connut le pays à l’époque de la dictature militaire, les Argentins semblent désormais en mesure de valoriser enfin les nombreux atouts dont dispose leur pays, en vue d’une insertion réussie dans la mondialisation aujourd’hui en cours.

 
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