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La Vénétie
Venise, des eaux méditerranéennes aux horizons de la terre ferme

Si la Vénétie est indissociable de Venise, cette perle délicatement posée sur un bras de terre, elle ne peut toutefois être résumée à l’histoire, aussi glorieuse soit-elle, de la Sérénissime. D’ailleurs, loin de se contenter de regarder uniquement vers la mer, la république vénitienne a très tôt imposé sa domination sur l’arrière-pays, que les Italiens désignent sous le nom de Terraferma. A l’apogée de sa puissance, son territoire touche les confins de la Lombardie. La Vénétie est donc une province qui ne se confond pas avec la lagune. Elle s’étire depuis la mer Adriatique jusqu’aux Alpes, sur une vaste étendue de plaines traversée par de nombreux fleuves (la Piave, l’Adige, le Po). L’été, un soleil de plomb écrase la province, baignée par l’air chaud remontant du sud, de cette Méditerranée qui fit la richesse, le prestige et la puissance de la cité de Saint-Marc. Les amoureux de la ville connaissent les effets désagréables de cette chaleur moite qui écrase les ruelles soudain nauséabondes. A l’inverse, l’hiver enveloppe la Terre Ferme dans un froid humide et pénétrant apporté par l’air glacé d’Europe centrale. Les âmes romantiques sont alors touchées par l’épais brouillard qui, des jours entiers, semble couper la Vénétie du reste du monde, avant que le soleil d’Italie ne réussisse à percer et à inonder champs et lagunes de sa pâleur hivernale. Il existe, en fait, une infinité de variations climatiques : humide dans les zones lagunaires, alpine au nord, douce sur les rives du lac de Garde. C’est dire la richesse de cette région. Loin des cordons littoraux qui délimitent la lagune, hostiles malgré les transformations que des générations y ont apportées, la campagne vénète accorde à ceux qui veulent bien s’y laisser prendre une impression de calme et de douceur. Les aristocrates vénitiens ne s’y trompèrent pas et y édifièrent de somptueuses villas, le long des fleuves s’écoulant vers la mer avec la lenteur d’un corps qui ne veut pas mourir.


Venise éclipse la Vénétie. C’est la dure loi des vainqueurs. Car si la cité des Doges ne fut à l’origine qu’une ville parmi d’autres, un foyer de réfugiés chassés par les envahisseurs barbares, s’accrochant à la lagune comme un naufragé à une planche de bois, elle étendit par la suite son pouvoir sur le reste de la province, par étapes, avec la patience de ceux qui savent mesurer leurs forces et leurs faiblesses. En réalité, plusieurs cités ont aussi connu leur heure de gloire avant d’être éclipsées par la splendeur de la fête vénitienne : Vérone, Padoue, Aquilée, Vicence. Auraient-elles pu être Venise à la place de Venise ? Il leur manquait cette ouverture sur la mer, cet esprit capitaliste, cette volonté d’entreprendre et cette rage de survivre qui motivèrent les Vénitiens.


Actuellement d’une superficie de 18 390 kilomètres carrés, la Vénétie a connu bien des vicissitudes depuis l’époque antique et son peuplement originel par les Vénètes jusqu’aux actuelles tensions autonomistes, qui sont le lot de toute l’Italie du Nord. Grandeur et décadence d’une province-frontière, que l’Histoire et la géographie placèrent au carrefour des routes commerciales entre la Méditerranée et le monde germanique, entre Rome et Constantinople, entre les grands Etats européens et les Empires autrichien ou ottoman. Quel mystère recèle l’histoire de cette province couverte de villes farouchement indépendantes, devenue au XIXe siècle le symbole de l’inachèvement de l’unité nationale magnifiquement décrit par Visconti dans Senso (1954), et qui contribue aujourd’hui à la remise en cause de la pérennité de la nation italienne ?

IIe millénaire av. J.-C. : Arrivée des Euganéens dans les régions situées entre l’Adriatique et les Alpes. On leur doit la dénomination de la Vénétie euganéenne (l’une des régions de la Vénétie historique avec la Vénétie Tridentine et la Vénétie Julienne) et des monts euganéens au sud-ouest de Padoue. Peuple nomade, les Euganéens se sédentarisent avant d’être submergés par un autre peuple, les Vénètes, aux XIIe et XIe siècles av. J.-C. L’origine troyenne des Vénètes constitue une légende qui trouve ses origines dans les récits antiques dont celui de Tite-Live. Ce dernier affirme en effet qu’un des chefs de Troie, Anténor, beau-frère de Priam, s’est réfugié dans les régions septentrionales de l’Adriatique avec un groupe d’hommes. Cette affirmation, sans cesse reprise au Moyen Age, servait à affirmer la puissance de Venise face à Rome, elle aussi fondée par un prince troyen. D’un point de vue scientifique, deux thèses prévalent : celle d’une origine balkanique ou anatolienne, et celle d’un groupe ethnolinguistique né aux confins de l’Europe centrale. Quoi qu’il en soit, les Vénètes fondent plusieurs cités qui existent encore aujourd’hui : Padoue, Oderzo, Este, Trévise, Vérone...


283 et 225 av. J.-C. : Les Vénètes passent une alliance avec les Romains afin de résister aux invasions des tribus gauloises (les Insubres, les Boïens) venues des régions occidentales et septentrionales. Ils participent aux combats que mène Rome en Gaule transpadane (Italie du Nord), mais ils lui fournissent aussi des soldats lors de la deuxième guerre punique (les Gaulois s’étant, par ailleurs, alliés avec les Carthaginois).


IIe siècle av. J.-C. : Après leurs dernières victoires contre les Insubres en 194 av. J.-C. et les Boïens en 191, les Romains établissent leur hégémonie sur l’ensemble de l’Italie septentrionale. Ils y installent de nombreuses colonies dont, en 181, celle d’Aquilée dont la fonction est de contenir la pression des tribus d’Istrie et des Alpes. A partir de ce moment, les cités vénètes sont progressivement intégrées dans le monde romain.


89 av. J.-C. : Les cités vénètes deviennent des cités de droit latin ce qui permet à leurs magistrats de devenir citoyens, et donc d’accélérer leur intégration sociale, culturelle et politique au sein de l’espace romanisé.


49-42 av. J.-C. : Jules César franchit une nouvelle étape en accordant à l’ensemble des habitants de la région des Vénètes la citoyenneté romaine. Ainsi, la province se trouve-t-elle sur un pied d’égalité avec le reste de la péninsule.


27-14 av. J.-C. : Sous le règne d’Auguste, la Vénétie devient la 10e région d’Italie, la regio X Venetia et Histria, dont la capitale se situe à Aquilée. Cette cité est désormais le centre névralgique, politique et économique de toute la région.


30 ap. J.-C. : Construction de l’amphithéâtre de Vérone.


Entre 64 et 69 : Martyre de saint Hermagoras, premier évêque d’Aquilée et de son diacre, saint Fortunat. La tradition chrétienne affirme que saint Marc, de passage à Aquilée, lui confia l’évangélisation de la Vénétie.


69 : Destruction de la cité de Crémone par les troupes de Vespasien, général romain qui, proclamé empereur par les légions orientales, conteste la légitimité de l’empereur Vitellius. Une fois vainqueur, Vespasien ordonne la reconstruction de la ville.


140-154 : Pontificat de Pie Ier, sans doute natif d’Aquilée.


170 : Lors du règne de Marc Aurèle, Aquilée est assiégée par une coalition de peuples germaniques (Marcomans, Quades, Lombards, Vandales) dirigée par le roi marcoman Ballomar. Les envahisseurs sont chassés par les troupes du général romain Claudius Pompeianus, gendre de l’empereur.


238 : Aquilée est de nouveau assiégée, cette fois par les troupes de Maximin le Thrace - chef de guerre devenu empereur en 235 - dans le cadre de la lutte qui l’oppose au Sénat de Rome. Alors qu’il assiège Aquilée, il est assassiné avec son fils par ses propres hommes lassés des difficultés de ravitaillement dont ils souffrent.


300 : L’empereur Maximien, installé à Milan, fait d’Aquilée l’une de ses résidences et y fait construire de nombreux monuments. La ville compte, à la fin du IVe siècle, comme l’une des plus importantes villes d'Italie avec Milan et Rome.


303 : Mort de saint Chrysogone d’Aquilée, évêque de la ville, martyrisé au cours des persécutions de Dioclétien. L’année suivante, c’est au tour de trois frères d'une noble famille romaine réfugiés à Aquilée, Canzio, Canziano et Canzianilla, d'être décapités. Ces saints seront l’objet d’un culte fervent dans toute la Vénétie.


308-319 : Théodore occupe le siège d’évêque d’Aquilée.


313 : Théodore lance la construction de la basilique Santa Maria Assunta, aujourd’hui basilique patriarcale d’Aquilée. Cette fondation est réalisée suite à l’édit de tolérance de Milan accordé au christianisme par l’empereur Constantin. Aquilée devient dès lors un centre de rayonnement et d’évangélisation tourné vers l’Europe danubienne et balkanique.


381 : Réunion du concile d’Aquilée, sur la demande de saint Ambroise de Milan ; il est dirigé par l’archevêque d’Aquilée Valérien. Il condamne l’arianisme et les évêques qui ont adhéré à cette hérésie.


388 : L’empereur Maxime se réfugie dans la ville d’Aquilée après que ses troupes ont été vaincues par Théodose Ier qui le fait mettre à mort.


Durant l'Antiquité, tous les centres importants sont situés sur la Terre Ferme, sur la route allant de Ravenne à l'Istrie par Padoue et Aquilée, alors port principal et métropole religieuse de la région. Le cabotage pratiqué entre Ravenne et Aquilée devait cependant passer par la lagune vénitienne où s'élevaient déjà quelques villages de pêcheurs.

 

452-454 : Les Huns ravagent la province. Aquilée est prise et rasée par Attila. C’est alors que des populations réfugiées plus au sud fondent un groupe de hameaux d’où surgira Venise.


476 : L’Empire romain d’Occident, auquel la Vénétie appartenait, cesse d’exister avec la déposition de l’empereur Romulus Augustule par le chef barbare Odoacre.


486 : Invasion de la Vénétie par les Ostrogoths commandés par Théodoric.


493-553 : La Vénétie est intégrée au royaume ostrogoth fondé par Théodoric. Dans une lettre adressée au début du VIe siècle aux chefs locaux des petits villages établis dans la lagune, l'écrivain Cassiodore, ministre de Théodoric, évoque les « nombreux navires » des Venitici dont il nous dit également « qu'ils remontent les fleuves vers l'intérieur ». Il insiste également sur l'importance que revêt pour eux l'exploitation des salines.


538-540 : Campagne militaire menée par les généraux byzantins Narsès et Bélisaire sur ordre de l’empereur Justinien Ier contre les Ostrogoths. Tout le littoral adriatique, de la Vénétie jusqu’à la ville de Ravenne comprise, est libéré et rejoint le sein de l'empire.


554 : Aquilée se déclare patriarcat indépendant de Rome et de Constantinople. Cette décision fait suite au refus des archevêques de Milan et d’Aquilée de reconnaître la condamnation du nestorianisme prononcée par Justinien Ier, empereur de Constantinople. Cette décision est connue comme le schisme des Trois Chapitres, du nom de l’édit impérial rédigé sous forme de trois chapitres. Devenue autocéphale, l’Eglise d’Aquilée est administrée par un patriarche.


561 : Prise de Vérone par Bélisaire qui achève ainsi la libération de la Vénétie.


568 : Invasion des Lombards qui établissent leur royaume sur l’ensemble de l’Italie du Nord, et, donc, de la Vénétie, à l’exception de la zone littorale, toujours dépendante des Byzantins. C'est alors, et non à l'époque des premières invasions du Ve siècle, que s'opère l'exode massif dont parlent les chroniques relatant l'histoire de Venise (dont celle du diacre Jean, rédigée vers l'an mil). La plupart des habitants d'Aquilée et de Padoue se réfugient au delà de la lagune, à Grado, Malamocco et autour des îles réaltines, là où s'élèvera ensuite la Venise médiévale. La Vénétie lombarde (ou continentale) est alors divisée entre trois régions  les duchés de Vicenza, Vérone et Ceneda , tandis que la Vénétie byzantine devient, en 584, la province de Vénétie maritime (Venetikà). Cette invasion provoque un nouveau flux de réfugiés vers la lagune et ses îles. C’est le cas de la population de la ville d’Opitergium qui s’installe, avec son évêque, sur les îles d’Equilio et de Melidissa. Sur cette dernière se développe un centre urbain important appelé aussi Eraclea. Le patriarche d’Aquilée quitte alors sa ville pour s’installer à Grado toujours sous l’autorité de l’empereur de Byzance.


579 : Le pape Pelage II élargit l’autorité du patriarche de Grado sur la Vénétie et l’Istrie.


17 octobre 589 : Inondations spectaculaires connues sous le nom de « la rupture de la Cucca ». Le fleuve Adige a, en effet, inondé toute la zone lagunaire qu’il a ainsi transformée en profondeur : séparation des lagunes, multiplication des marécages, modification du cours des fleuves.


606 : Schisme à l’intérieur du patriarcat entre l’Eglise d’Aquilée et celle de Grado. La première se rattache au royaume lombard tandis que la seconde conserve ses liens avec Byzance.


639 : Prise des villes d’Altino et d’Oderzo par Rothari, roi des Lombards (636-652) qui s’est lancé dans une guerre de conquête des territoires de l’empire byzantin.


667 : Destruction d’Oderzo par Grimoald Ier, roi des Lombards (662-671). Ces événements provoquent l'arrivée de nombreux réfugiés à Eraclea (ainsi nommée en l'honneur de l'empereur byzantin Héraclius) qui en profite pour consolider son influence au détriment de celle d’Equilio. La compétition s’achève par une guerre, en 690, gagnée par Eraclea, appelée aussi « Cittanova », qui abrite les représentants de l'autorité byzantine et s'impose ainsi, tout au long du VIIe siècle, comme le centre politique de la région, alors que Grado où s'est réfugié l'archevêque d'Aquilée, apparaît comme le centre religieux.


699 : Réunion d’un concile à Pavie qui permet la réintégration d’Aquilée dans l’orthodoxie catholique, ce qui met fin au schisme des Trois Chapitres.


717 : Le patriarche de Grado obtient officiellement son indépendance par rapport à Aquilée et garde, sous son autorité, le duché de Venise.

 

Au début du VIIIe siècle, la pression des Lombards et la faiblesse de l'exarchat byzantin, complétées par les échos de la crise iconoclaste, font que les liens commencent à se distendre entre Venise et Constantinople. Un duc indigène, le « doge », est élu en 697. La tradition veut que ce soit Paolo Lucio, qui aurait négocié avec le roi lombard Liutprand, vers 720, un accord frontalier. En fait, c'est l'exarque de Ravenne, Paul, qui l'aurait négocié. Marcellus, second doge selon la tradition, l'aurait confirmé, mais il aurait été, en fait, le magister militum byzantin établi à Cittanova.


697 : Election du premier doge, Paolo Lucio Anafesto, personnage peut-être légendaire. Son règne correspond en tout cas à une transformation administrative de la province de Vénétie, devenue un duché dont Eraclea est la capitale, toujours sous l’autorité de l’empereur byzantin.


726 : Arrivée au pouvoir du troisième doge, Orso Ipato. Il y restera jusqu'en 737. La tradition historique le présente comme le premier souverain du duché à ne pas avoir été nommé par Byzance, mais par les tribuns et le clergé de la province. L’élection passe ensuite entre les mains de l’arengo, sorte d’assemblée populaire rassemblant les chefs de famille.


742 : Année de gouvernement de Giovanni Fabriciaco, général byzantin et administrateur du duché. Il transfère le siège du pouvoir à Malamacco, dans la partie méridionale de l’île du Lido.


751 : Ravenne, siège de l’exarchat byzantin, est prise par les Lombards auxquels seules échappent les régions lagunaires.


774 : Destruction du royaume lombard par Charlemagne qui ceint la couronne de fer de son souverain.


775 : Installation du siège épiscopal de Venise à San Pietro di Castello, sur l’île d’Olivolo. Cette décision est prise par le doge Maurizio Galbaio afin de soustraire les structures ecclésiastiques vénitiennes à l’influence du patriarcat de Grado.


802 : Les troupes vénitiennes envahissent Grado dont le patriarche, qui a pris parti pour les Francs, est mis à mort.


803 : Soutenue par une flotte byzantine, Venise repousse les assauts des Francs de Charlemagne. Il en va de même en 810.


805 : Le doge Obelerio Antenoreo prête hommage à l’empereur des Francs, dans sa capitale d’Aix-la-Chapelle. Venise devient ainsi un satellite de l’empire carolingien.


810 : Pépin d’Italie, fils de Charlemagne, lance une expédition chargée de soumettre la Vénétie et de l’arracher à la domination byzantine. Il est battu par les troupes vénitiennes.


811 : Signature d’un traité de paix entre Charlemagne et l’empereur byzantin Nicéphore Ier, connu sous l’appellation de pax nicephori (en réalité une série d’accords négociés entre 802 et 815). Le texte confirme la suzeraineté de Constantinople sur la Vénétie, mais reconnaît la validité de l’élection par ses habitants des fonctionnaires de Venise. Le doge Agnello Partecipazio quitte Malamocco, jugée trop vulnérable, pour s’installer dans les îles du Rialto. Ce choix est dicté par les avantages offerts par le site : profondeur du Grand Canal, force des courants, à mi-distance de la terre ferme et du cordon littoral. Venise est née.


827 : Réunion à Mantoue d’un concile qui échoue à rapprocher les patriarches d’Aquilée et de Grado.


828 : Transfert à Venise des reliques de saint Marc, récupérées à Alexandrie par deux marchands. Le précieux squelette est placé dans une chapelle, ancêtre de la basilique Saint-Marc. Il donne à la ville une dimension religieuse, économique et politique qui la place au même niveau que Rome et Constantinople.


829 : La flotte vénitienne intervient en Sicile avec les forces byzantines contre les Arabes.


23 février 840 : Signature du Pactum Lotharii entre Venise et l’empereur Louis Ier le Pieux. Cet accord constitue un acte d’indépendance de Venise à l’encontre de l’empire byzantin et illustre sa volonté d’en desserrer l’étreinte.


870 : Les Vénitiens repoussent les Sarrasins de Tarente.


890-900 : Invasion des Hongrois qui ravagent la Vénétie. Une première grande muraille ceinture la ville.


VIIIe-Xe siècle : L'île de Torcello, siège d'un évêché, tire profit de la chute de Ravenne et de Comacchio prises par les Lombards pour s'imposer comme le centre économique et commercial le plus important de la lagune.

C'est l'époque qui voit s'établir la puissance maritime et commerciale des Vénitiens. Leurs navires gagnent Constantinople d'où ils ramènent les marchandises destinées au marché européen (soie et épices notamment). Venise importe aussi le blé des Pouilles pour assurer sa couverture alimentaire et le bois des forêts dalmates pour ses chantiers navals. Petit à petit, ce sont les îles du Rialto qui vont se substituer à Torcello.


962-976 : A l’exception de la bande côtière autour de Venise, la majeure partie de la Vénétie est rattachée au duché de Bavière, puis au duché de Carinthie, seigneuries appartenant au Saint Empire romain germanique. A Venise, le doge Pietro IV Candiano mène une politique favorable à l’empire qui en profite pour réduire les avantages commerciaux de la ville et même son territoire. Cette orientation alimente les mécontentements de la population qui se révolte. Le palais ducal est incendié et le doge massacré avec son fils en 976.


991-1008 : Règne du doge Pietro Orseolo II. Habile diplomate, il réussit à arracher des avantages commerciaux, aussi bien à l’empereur Othon III qu'aux souverains byzantins Basile II et Constantin VIII.

 

9 mai 998 ou 1000 : Départ du doge pour une expédition contre les pirates narentins qui menacent les riches cités de Dalmatie. Il est à l’origine de la fête de la Sensa ou du Sposalizio del Mare (les épousailles de la mer), grande cérémonie navale qui affirme la puissance maritime de la cité. Cette opération marque le départ de l’expansion vénitienne sur les côtes orientales de l’Adriatique. En juillet, à son retour, le doge prend le titre officiel de duc de Dalmatie. Il veille à maintenir le lien avec Byzance, en épousant une nièce de l’empereur.


1026 : Le fils de Pierre II Orseolo, Otton, est chassé par les Vénitiens qui ne veulent pas voir s'installer une dynastie de doges.


1054 : Schisme entre Rome et Constantinople. Venise, ainsi que les patriarcats d’Aquilée et de Grado, choisissent de rallier l’Eglise romaine tout en conservant des liens avec le patriarcat de Constantinople.


1063-1094 : Construction de l’actuelle basilique Saint-Marc. Monument emblématique de Venise, elle est un mélange de style byzantin et roman, une sorte d’affirmation dans la pierre de la nature de pont entre l’Orient et l’Occident de Venise, même si son plan en croix grecque, ses coupoles, ses mosaïques rappellent les édifices byzantins.


1081 : Après s'être emparés de la Pouille byzantine, les Normands s'en prennent à l'Epire. Ils peuvent ainsi tenter de fermer l'Adriatique, ce que ne peuvent admettre les Vénitiens. Le doge Domenico Selvo (1070-1084) s'allie tout naturellement au basileus byzantin Alexis Comnène.


1082 : L’empereur de Constantinople Alexis Comnène reconnaît à Venise un statut d’égalité de puissance afin de remercier la ville pour son aide militaire contre les troupes normandes de Robert Guiscard présentes dans l’Adriatique.


juillet 1085 : Le doge Vitale Falier (1084-1096) l’emporte sur les Normands, ce qui permet à l’empire grec de récupérer Durazzo.


1095 : En demeurant neutre dans le conflit opposant l’empereur à la papauté, Venise assure à ses marchands l’accès aux routes de l’Adige vers le Brenner et l’Autriche et du Pô vers Pavie.


à partir de 1099 : Participation de la flotte vénitienne aux croisades. Elle remporte plusieurs victoires dont celle d’Ascalon contre les Egyptiens. La ville y gagne d’importants avantages commerciaux en Orient, étendant ainsi son emprise en Méditerranée orientale. Elle installe ainsi des comptoirs à Tyr, Sidon, Acre, soumet l’Istrie à son autorité, obtient une multitude de privilèges de diverses natures aussi bien dans les Etats latins d’Orient que dans l’empire byzantin. Avec ce dernier, les relations se tendent du fait du monopole commercial que Venise exerce en son sein. A bout de patience, Manuel Comnène ordonne l’arrestation des marchands vénitiens et la confiscation de leurs marchandises en 1171. Il faut attendre 1187 et l’aide que Venise apporte à Constantinople dans sa guerre contre les Normands de Sicile pour voir l’empereur Isaac II Ange lui rendre ses privilèges.


1104 : Fondation de l’Arsenal. Ce bâtiment, à l’origine simple dépôt d’armes, deviendra le chantier naval de Venise et le symbole de sa puissance maritime.


1111 : L’empereur byzantin accorde aux Pisans des privilèges comparables à ceux dont jouissaient les Vénitiens depuis 1082. En 1118, l’empereur remet en cause les privilèges alors accordés à Venise.


1122-1124 : Une expédition vénitienne engage la lutte contre l’empire grec. Corfou, Lesbos, Samos et Rhodes sont ravagées et, en Palestine, Ascalon est prise.


1126 : Jean Comnène doit reculer et garantir aux Vénitiens la liberté de commercer dans l’empire Dans le même temps, le roi de Jérusalem Baudouin II leur donne le tiers d’Ascalon et de Tyr. Venise est ainsi très présente dans l’Orient méditerranéen, mais doit compter néanmoins avec la concurrence de Pise et de Gênes.


1130 : Loi interdisant aux membres du clergé de participer à la vie politique.


1148 : Un chrysobulle de Manuel Comnène étend le quartier vénitien de Constantinople le long de la Corne d’Or. Les Vénitiens fournissent alors à l’Italie et à l’Allemagne soieries, épices, coton, sucre de canne, parfums, métaux précieux et, surtout, le sel tiré de leur lagune, mais aussi des côtes d’Istrie et de Dalmatie.


1143 : Formation du Conseil des Sages, ancêtre du Grand Conseil, chargé de faire les lois.


1155 : Les souverains normands de Sicile autorisent les Vénitiens à commercer en Italie méridionale.


1156 : Election du doge Vitale Michiel. C’est le début d’une période difficile pour Venise. Elle est menacée en Italie par les ambitions de Frédéric Barberousse, elle perd pour un temps ses positions dans l’empire byzantin et doit tenir compte du danger que représente la Hongrie sur la côte dalmate.


1158 : Lors de la Diète de Roncaglia, le représentant vénitien, le fils du doge Domenico Morosini, affirme la loyauté de Venise vis-à-vis de l’empereur mais, dès 1159, la république reconnaît Alexandre III comme pape légitime, contre l’antipape Octavien soutenu par Frédéric II.


1164 : Constitution de la Ligue véronaise entre Venise et plusieurs autres cités de Vénétie (Vérone, Padoue, Vicenza, Trévise). L’objectif est de résister à la pression sans cesse accrue qu’exerce l’empereur Frédéric Barberousse sur l’Italie septentrionale. Sa création marque l’intérêt de Venise pour les questions politiques continentales.


1er décembre 1167 : Union de la Ligue véronaise et de la Ligue lombarde (formée de Milan, Ferrare, Piacenza et Parme) contre la domination impériale sur l’Italie du Nord, avec l’appui du pape Alexandre III.


1170 : Venise écrase, sur la côte dalmate, la révolte de Zara soutenue par les Hongrois.


mars 1171 : Manuel Comnène fait arrêter les Vénitiens résidant dans l’empire. Ils seront libérés et retrouveront leurs droits et leurs biens en 1179.


1172 : Réforme institutionnelle qui enlève au peuple vénitien (réuni en une assemblée, l’arengo) le pouvoir d’élire le doge au profit d’un collège de quarante grands électeurs. Création du Grand Conseil qui deviendra, par la suite, l’organe central de la république de Venise, sous contrôle des grandes familles qui se transmettent la charge de père en fils. De nouvelles circonscriptions urbaines, les sestiers, sont mises en place au nombre de six. Les pouvoirs du doge sont, de fait, diminués, car il est désigné par quarante électeurs qui doivent, à l’origine, soumettre leur choix au peuple. Le rôle des Conseils grandit par rapport à celui de l’Assemblée populaire.


29 mai 1176 : Bataille de Legnano entre la coalition et les troupes impériales. L’empereur y est battu.


1177 : Signature de la paix de Venise entre la coalition et Frédéric Ier Barberousse par laquelle l’empereur reconnaît l’autonomie des villes italiennes. C’est à Venise, du fait de sa médiation, que se scelle la réconciliation entre Frédéric Ier et le pape Alexandre III.


1180 : Le pape règle le conflit de juridiction entre les deux sièges d’Aquilée et de Grado. Certains pensent que c’est à ce moment que le pontife a donné au doge le droit de procéder au fameux rite du sposalizio del mare, du mariage de Venise avec la mer.


1182 : Massacre de commerçants latins à Constantinople, mais Andronic Comnène se réconcilie avec les Vénitiens en 1183.


1189 : Venise ne participe pas à la troisième croisade, si ce n’est en fournissant des bateaux.


1195-1231 : Vie de Fernando Martins de Bulhões, futur saint Antoine de Padoue. Né à Lisbonne dans une famille de l'aristocratie militaire, il rentre chez les chanoines réguliers de Saint Augustin, avant de s'engager sous le nom de frère Antoine dans le tout nouvel ordre des franciscains fondé en 1210. Parti en mission au Maroc dans un premier temps, il poursuit son apostolat en Italie où il se distingue par ses talents d'orateur. Envoyé prêcher dans tout le nord de l'Italie et en France, il combat le catharisme à force d'érudition théologique et partout son enseignement et ses prodiges suscitent un grand mouvement de conversion. Nommé provincial de l'Italie du Nord après la mort de saint François d'Assise, il meurt d'épuisement à Padoue en 1231. Canonisé un an plus tard en 1232, son culte se répand surtout aux XVe et XVIe siècles : invoqué comme patron du Portugal et des marins, les explorateurs le font connaître dans le monde entier. 


XIIIe-XVe siècle : Venise renforce sa présence en Orient, mais doit finalement reculer sous les coups des Turcs ottomans.


1202-1204 : Participation de Venise à la quatrième croisade qui, une fois détournée de son objectif premier, aboutit à la prise et au sac de Constantinople par les chevaliers latins. A l’origine, Venise ne devait fournir que les navires nécessaires pour le transport des troupes croisées. Or, profitant de l’impossibilité des chevaliers de payer le voyage, le doge Enrico Dandolo leur impose la prise de la ville dalmate de Zara et parvient ensuite à détourner l’expédition d’Alexandrie – où Venise dispose de nombreux privilèges – vers Constantinople, sa richissime rivale dont le pillage suffirait à payer les dettes des croisés. La prise de la ville le 12 avril 1204 retentit dans toute la Chrétienté et approfondit le fossé séparant les catholiques des orthodoxes. Venise obtient, lors du partage de l’empire byzantin, un vaste ensemble de territoires indispensables à l’établissement de points d’appui et de comptoirs : les îles Ioniennes, la Crète, Chypre et plusieurs points d’appuis dans le Péloponnèse, le Bosphore, la mer Egée ainsi qu’en Anatolie.


1222 : Fondation de l’université de Padoue par l’empereur Frédéric II.


1229 : Création du Conseil des Pregadi, c’est-à-dire du Sénat de Venise qui concentre, avec le Grand Conseil, la majorité des pouvoirs.


1234-1236 : Venise doit faire face à une tentative de reconquête de la Crète par Jean Vatatzès, l’empereur grec de Nicée.


1257-1270 : Guerre de San Saba qui oppose pour la première fois Venise à Gênes. Leur rivalité s’est exacerbée après la chute de Constantinople autour des routes commerciales et des comptoirs en Méditerranée orientale. L’épisode le plus marquant reste celui de la restauration de l’empire byzantin grâce à l’alliance passée entre Michel Paléologue et la république de Gênes le 13 mars 1261 qui permet de reprendre Constantinople le 25 juillet de la même année. Malgré de nombreuses victoires navales et son retour en 1277 à Byzance, Venise ne parvient pas à abattre le pouvoir de sa rivale. Elle lui livrera trois autres guerres (1294-1299, 1351-1355, 1377-1381)


1268 : Réforme définitive de l’élection du doge, désormais bien encadrée grâce à toute une série de votes préalables et même de tirages au sort ! Elle est en fait entre les mains du Grand Conseil.


1271-1295 : Expédition de Marco Polo, membre de l’aristocratie vénitienne, jusqu’en Chine le long de la route de la soie. Il en rapportera un récit, Le Livre des merveilles qui motivera les grandes explorations des XVe et XVIe siècles.


1281 : Venise s’entend avec Charles Ier d’Anjou en vue d’une conquête de Constantinople, mais les Vêpres siciliennes de 1282 paralysent le souverain angevin de Naples. Dans le même temps, Venise cherche aussi le compromis avec le basileus byzantin (accords de 1285 et 1302) pour reprendre ses activités dans l’empire.


1291 : La ville de Motta di Livenza se soumet à la république de Venise. Cet acte consacre le début de la prise de contrôle de l’intérieur des terres, dit Terraferma, par la Sérénissime.


28 février 1297 : Serrata del Maggiore Consiglio (fermeture du Grand Conseil) qui restreint son accès à ceux dont les ascendants ont déjà siégé en son sein.


1307-1313 : Conflit contre la papauté au sujet de la possession de la ville de Ferrare que Venise revendique pour mieux consolider son contrôle de la vallée du Pô. Le pape Clément V va jusqu’à jeter une excommunication contre Venise qui doit renoncer à cette ville.


1333 : L’accès au Grand Conseil est désormais purement héréditaire.


1335 : Création du Conseil des Dix, chargé de la sécurité des institutions républicaines.


1339 : Prise de la ville de Trévise (possession de Vérone) par Venise.


1340 : Lancement des travaux de réfection du palais des Doges qui va prendre son aspect actuel après moult transformations et incendies.


1348 : La peste noire ravage la Vénétie. Plus des trois quarts de la population vénitienne y succombent.


15 avril 1355 : Tentative de coup d’Etat menée par le doge Marino Faliero qui tente de renverser le système aristocratique de la république. Après son échec, il est condamné à la décapitation. La république fait la preuve de sa solidité et ne sera plus vraiment contestée par la suite.


1378-1381 : Guerre dite « de Chioggia » qui oppose Venise et Gênes. Les tensions entre les deux cités maritimes n’ont jamais disparu. Gênes bénéficie toujours du soutien de Constantinople tandis que Venise réussit à arracher au basileus Jean Paléologue la possession de l’île de Tenedos (Bozcaada aujourd’hui) à l’entrée du détroit des Dardanelles. La guerre éclate à cause d’un conflit à propos de Chypre et se concentre au nord de l’Adriatique, autour de l’Istrie et, notamment, de la ville de Chioggia, cité de la lagune conquise par les Génois en 1379 avant d’être reprise par les Vénitiens l’année suivante. Elle se termine par la victoire des Vénitiens et la signature, grâce à la médiation du comte de Savoie Amédée VI, de la paix de Turin, le 8 août 1381. Venise reconnaît la suzeraineté du roi de Hongrie sur la Dalmatie (perdue depuis 1358), celle du duc d’Autriche sur Trévise, celle de Gênes sur Chypre et l’indépendance de Trieste. Toutefois, Venise maintient son monopole commercial sur l’Adriatique, et Gênes ne constitue plus une menace.


1386 : Venise occupe l’île de Corfou, verrouillant ainsi l’entrée dans la mer Adriatique.


1402 : Création de l’Ecole de Chancellerie du palais ducal.


1404 : La ville de Vicence se soumet librement à l’autorité de Venise en échange du maintien de ses lois et de ses structures administratives ainsi que des privilèges et du pouvoir de son aristocratie. Vicence sera, jusqu’à la fin de la Sérénissime, sa fidèle sujette.


1404-1405 : Guerre dite « de Padoue » entre Venise et l’Etat de Carrare. Les Vénitiens, victorieux, annexent Padoue et une partie de sa région.


1405 : Venise profite des désordres internes à la ville de Vérone pour s’en emparer. La Vénétie est désormais sous le contrôle de Venise.


1406 : Election du pape Grégoire XII, Vénitien d’origine.


1420 : Conquête du Frioul, alors possession du roi de Hongrie Sigismond.


1424-1437 : Construction du palais de la Cà d’Oro, sur le Grand Canal. Il est représentatif du gothique vénitien, subtil mélange de l’art français et de l’influence orientale avec ses loggias et ses arcs trilobés. Même si Venise, restée longtemps sous l'influence byzantine, ne sera jamais un grand centre de l’art gothique, ce dernier n’en a pas moins marqué la ville avec la Cà Foscari ou le palais Bernardo ainsi que plusieurs églises dont celle des Santi Giovanni e Paolo, nécropole des doges.


1426 : L’expansion territoriale du duché de Milan se heurte aux prétentions de Venise, ce qui conduit à l’éclatement d’une guerre.


30 décembre 1426 : Signature entre Venise et Milan de la paix de Ferrare qui laisse Brescia aux Vénitiens. Toutefois, les hostilités reprennent très vite.


12 octobre 1427 : Bataille de Maclodio remportée par les troupes de la coalition antimilanaise (Venise, Florence et Mantoue) commandées par le condottiere Francesco Bussone dit « Carmagnola », passé au service de la république des Doges en 1425.


18 avril 1428 : Signature d’une paix qui confirme la possession de Brescia par Venise, mais qui, encore une fois, ne tient guère. Les combats reprennent en 1431.


1429-1507 : Vie du peintre Gentile Bellini. Formé auprès de son père Jacopo Bellini, peintre reconnu, et fortement influencé par son beau-frère Mantegna, ses œuvres narratives offrent des représentations précises et anecdotiques du milieu urbain de Venise notamment sa Procession sur la piazza San Marco ou son Miracle de la croix au pont de San Lorenzo.


1430-1479 : Vie d'Antonello de Messine. Formé à Naples et en Sicile, dans un milieu cosmopolite dominé alors par l'influence de la peinture flamande dont le traitement minutieux marque ses œuvres de jeunesse, il assimile également les principes de la première Renaissance toscane et contribue largement à la diffusion de la peinture à l'huile (technique d'origine flamande) dans toute l'Italie. Mais c'est à Venise, à partir de 1475, que son génie s'épanouit définitivement dans ses portraits et ses Ecce homo, son talent y alliant solennité et sensibilité. Son œuvre marque de manière déterminante les peintres de la génération suivante, en particulier Andrea Mantegna et Vittore Carpaccio. 


3 mars 1431 : Election du neveu de Grégoire XII, Eugène IV, sur le trône pontifical.


5 mai 1432 : Exécution à Venise de Carmagnola, pour trahison au bénéfice de Milan. Cette condamnation, qui fait suite à son échec devant Crémone, illustre la méfiance de la république vis-à-vis des condottieres.


1433-1516 : Vie de Giovanni Bellini. Demi-frère de Gentile Bellini, il fait comme lui son apprentissage auprès de son père et de Mantegna, à une époque où Ucello, Donatello, et Filippo Lippi travaillent à Padoue et à Venise. Son œuvre, caractérisée par un nouveau travail sur la couleur et la lumière, marque la naissance de « l'école vénitienne ». Dans son atelier vénitien où il formera Giorgione et Titien, il peint de nombreuses œuvres destinées aux congrégations religieuses et églises de la ville, notamment de nombreuses Madones à l'enfant, et son célèbre Polyptyque de Saint Vincent Ferrier.


1433 : Signature de la seconde paix de Ferrare. Brescia et Bergame restent sous la souveraineté de Venise qui contrôle ainsi une partie de la Lombardie. La conquête de la Terre Ferme devient un objectif prioritaire et va de pair avec les progrès ottomans en Méditerranée orientale. En 1460, ces nouveaux territoires rapporteront deux fois plus de ressources fiscales que l’empire d’outre-mer. La république de Saint-Marc dispose maintenant, de l’Isonzo à l’Adda, de territoires riches et peuplés dont l’agriculture et l’industrie constituent désormais pour elle de précieux atouts.


1440 : Venise s’empare de la ville de Ravenne, ce qui lui donne un accès plus méridional à l’Adriatique.


1450 : Déclenchement d’une nouvelle guerre contre Milan où le condottiere Francesco Sforza s’est emparé du pouvoir. Venise, avec l’aide de ses alliés le roi de Naples Alphonse V d’Aragon et l’empereur Frédéric III de Habsbourg, espère poursuivre son expansion en Lombardie.


8 octobre 1451 : Création du patriarcat de Venise dont le siège se situe à la basilique San Pietro di Castello. Le patriarcat de Grado disparaît. Les titulaires du siège épiscopal sont choisis par le Sénat vénitien.


15 août 1453 : Les troupes vénitiennes sont battues par les Milanais à la bataille de Ghedi. Venise perd ses territoires lombards à l’exception de Bergame et Brescia.


9 avril 1454 : Signature de la paix de Lodi à laquelle Venise s’est résolue pour conserver Brescia et Bergame, alors que la menace exercée par les Ottomans  désormais maîtres de Constantinople  ne cesse de se renforcer.


1473 : Prise de contrôle de Chypre suite à la mort du roi Jacques II. Venise maintient en place sa veuve Catherine Cornaro, d’origine vénitienne, qui est enceinte du futur Jacques III le Posthume, mais elle l’entoure de conseillers choisis par le Sénat vénitien. A la mort de l’enfant-roi en 1474, Catherine devient reine, mais abdique en 1489. L’île est alors annexée par les Vénitiens.

 

La fin du XVe siècle constitue une période charnière pour la Vénétie et Venise : d’une part elles se trouvent mêlées aux guerres d’Italie et au conflit entre les Valois et les Habsbourg, d’autre part la découverte des routes océaniques par les Portugais et les Espagnols décale le centre de gravité économique de l’Europe, de la Méditerranée vers l’Atlantique.


29 mai 1453 : Prise de Constantinople par les Turcs de Mehmet II qui, néanmoins, confirment les accords commerciaux passés avec Venise.


1460-1526 : Vie de Vittore Carpaccio, peintre narratif qui occupe une place toute particulière dans l'évolution de la peinture vénitienne. Il fut toute sa vie au service des Scuole, confréries d'entraide et de bienfaisance dont les mécènes étaient d’illustres familles vénitiennes. On lui doit notamment le cycle de fresques de la Scuola degli Schiavonni ou encore les toiles de la Légende de Sainte Ursule qui se déroulent dans les rues et témoignent de son goût pour le pittoresque. 


30 août 1464 : Election du pape Paul II, originaire de Venise et neveu d’Eugène IV.


1473 : Création de la bibliothèque de Saint-Marc (Marciana) qui accueille notamment les manuscrits grecs rassemblés par la cardinal Bessarion dans les ruines de l'empire byzantin expirant. Au cours des années précédentes, de nombreux érudits grecs (dont Bessarion) chassés par les conquérants ottomans sont venus s’installer à Venise à qui ils transmettent toute la culture hellénique conservée jusqu'alors à Constantinople.


1477-1510 : Vie de Giorgio da Castelfranco, dit « Giorgione ». Élève de Giovanni Bellini, condisciple et maître du Titien dont l’œuvre prolonge la sienne, son merveilleux sens du paysage et de l'atmosphère se fait sentir dans des compositions dont la signification reste énigmatique. Vasari le classe au rang des «créateurs de l'art moderne» en compagnie de Léonard de Vinci, auquel on le peut le comparer non seulement par l'usage précurseur qu'il fit du glacis pour conférer à ses toiles leur qualité «atmosphérique», mais aussi par cet univers empreint d'une rêverie philosophique qu'il expose dans des tableaux comme La Tempête ou les Trois Philosophes.


1481-1484 : Tentatives de Venise pour s’emparer de Ferrare, toujours possession de la papauté. Elle poursuit ainsi sa politique d’expansion sur les Terres Fermes, motivée par le commerce du sel dont Ferrare s’est fait à son tour une spécialité. Le pape Sixte IV jette l’interdit sur Venise. La guerre s’achève par la paix de Bagnole (7 août 1484). Cette opération militaire confirme, pour les Etats italiens, les ambitions hégémoniques de Venise sur l’Italie septentrionale, d’où l’intervention de Milan et Naples en faveur de Ferrare.


1488-1576 : Vie de Tiziano Vecellio, appelé « le Titien ». Né à Pieve di Cadore, il est élève de Giovanni Bellini, comme Giorgione avec lequel il commence d’ailleurs à peindre. En 1516, date à laquelle il est nommé peintre officiel de la  République de Venise, il reçoit une commande pour l’église Santa Maria dei Frari et se lance alors dans la réalisation de l’impressionnant retable de l’Assomption qui suscite l’admiration de tous. Dès lors, les commandes affluent et son talent se distingue par la grande variété des thèmes et des traitements de ses œuvres. Auteur surabondant de peintures et de fresques, c'est surtout dans l'art du portrait que son génie donne sa pleine mesure. Il est successivement employé par François Ier, Charles Quint, Philippe II d’Espagne et plusieurs souverains pontifes. Mais il séjourne très fréquemment en Vénétie avant de s’installer, à partir de 1551, à Venise où il est enterré.


1498 : Nouvelles mesures anticléricales : les membres du clergé ne peuvent siéger au Grand Conseil.


10 décembre 1508 : Formation de la ligue de Cambrai sous l’impulsion du pape Jules II. Elle rassemble le roi de France, l’empereur du Saint Empire, le roi de Naples et de Sicile Ferdinand d’Aragon, le duc de Ferrare, le marquis de Mantoue, le duc de Savoie et, bien sûr, le pape. Elle se fixe comme objectif d’entraver l’expansion vénitienne. La Vénétie est envahie. Les armées de la Sérénissime subissent plusieurs défaites, l’une sur terre à Agnadel (14 mai 1509) contre Louis XII et l’autre sur mer à Polesella (22 décembre 1509) contre le duc de Ferrare. Toutefois, la victoire de Cadore et la défection du pape fragilisent la ligue et permettent aux Vénitiens de redresser la situation. Ils signent une alliance avec la papauté, à laquelle se joignent l’Espagne, le Saint Empire, l’Angleterre et les cantons suisses. Mais l’avènement du pape Léon X brisant l’alliance, Venise se tourne alors vers la France contre ses anciens alliés. Les paix de Noyon et de Bruxelles (1516) permettent de récupérer l’ensemble de ses territoires perdus sur la Terre Ferme (à l’exception de la haute vallée de l’Isonzo donnée aux Habsbourg, et de Ravenne).


1508-1580 : Vie de Andrea di Pietro dalla Gondolla, dit Palladio. Né à Padoue, il est d'abord maçon, tailleur de pierre et maître d’œuvre. Ce n'est que vers 1536 que son client le comte Trissino, savant humaniste, lui fait découvrir Vitruve et Alberti, et l'encourage à poursuivre des études d'architecture. Fortement influencées par les monuments conservés de la Rome classique et par Vitruve, ses œuvres adaptent l'architecture antique aux paysages environnants. Il conçoit de nombreux édifices en Vénétie où il construit ses célèbres villas : la Rotonda, la Malcontenta, la villa Maser, la villa Barbarano. A Vicence il remodèle le Palazzo della Ragione puis à partir de 1550 commence le Palazzo Porto, le Palazzo Chiericati, et, peut être le plus original avec ses deux étages de colonnades très aérées, le Palazzo Thiene. Sa dernière œuvre fut le Teatro Olympico de Vicence, réactualisation architecturale du théâtre antique. Venise lui doit également les églises de San Giorgio Maggiore, Il Redentore et la façade de San Francesco della Vigna. Deux siècles après sa mort, on recyclera encore le style palladien pour construire des édifices publics et de splendides demeures particulières en Angleterre, en Irlande et jusqu'en Amérique.  


29 mars 1516 : Les juifs sont obligés et s'obligent de résider dans un quartier spécifique de la ville, le Ghetto. Ce nom finit par désigner ce type de regroupement dans toutes les villes d’Europe.


1518-1594 : Vie de Jacopo Robusti, dit « le Tintoret ». Brièvement passé par l'atelier de Titien, il affiche son ambition artistique dans son atelier : "le dessin de Michel-Ange, la couleur de Titien". Principalement employé par les scuole de Venise, il ne quittera presque jamais la ville. Son génie de la mise en scène, qui repose autant sur la force du sentiment religieux que sur les effets de lumière et de dramatisation, offre l'une des plus parfaites expressions du maniérisme incarné par des formes allongées, de grandes compositions rythmées, des perspectives et des raccourcis. Nommé décorateur officiel de la la Scuola Grande di San Rocco en 1564, il entreprend pour celle-ci un ensemble colossal de soixante-cinq fresques, avant de réaliser Le Paradis pour la salle du Sénat du Palais de Doges : sa plus grande peinture et l'un de ses chefs d’œuvre. 


1528-1588 : Vie de Paolo Caliari, surnommé Véronèse en hommage à sa ville natale, Vérone. Éminent représentant de l'école vénitienne et maître du maniérisme baroque, il s'illustre en particulier dans des compositions monumentales et fastueuses, aux riches coloris. Après avoir décoré des villas en Vénétie et séjourné à Rome, Véronèse s’établit à Venise. Son talent s’y affirme, sa réputation s’accroît et les commandes se renouvellent. Il peint pour de nombreuses églises, continue à décorer des demeures et réalise, entre autres chefs-d’œuvre, le célèbre Triomphe de Venise, dans la salle du Grand Conseil du palais des Doges, les Noces de Cana, immense toile destinée au réfectoire de San Giorgio Maggiore, et les fresques de la villa Barbaro à Maser en Vénétie, témoins de sa maîtrise des trompe-l’œil et des illusions picturales.

 

1539 : Création des Trois Inquisiteurs, magistrats chargés de la sécurité de l’Etat et de la défense contre la subversion.


1552 : Venise obtient le droit d’installer des comptoirs au Caire, en plus de ceux déjà existant à Alexandrie.

 

1er août 1571 : Perte de Chypre envahie par les Ottomans.


7 octobre 1571 : Bataille de Lépante remportée contre la flotte ottomane par la Sainte Ligue à laquelle Venise participe. Toutefois, pour des raisons avant tout économiques et commerciales, Venise s’entend avec la Sublime Porte en signant avec elle, le 7 mars 1573, un traité par lequel elle renonce à revendiquer Chypre.


1576-1577 : Epidémie de peste qui fait près de 40 000 victimes dont le peintre Le Titien.


1586 : Fondation de la banque vénitienne du Rialto, suite à la faillite de la banque Priani-Tiepolo.


1605-1607 : Conflit avec le pape à cause de deux prêtres coupables de délits et qui, selon le pape Paul V, devraient être jugés par des tribunaux ecclésiastiques. Le doge Leornardo Donà refuse cette supériorité du pouvoir spirituel sur le temporel, ce qui conduit la papauté à jeter l’interdit sur le territoire de la république. Intransigeant, le doge expulse les ordres religieux et refuse de céder. Suite à la médiation d’Henri IV, le pape doit abandonner et lever l’interdit.


1609 : Création du Banco del Giro chargé de fournir le maximum de liquidités sous le contrôle du Sénat qui en nomme les administrateurs. Vingt-huit ans plus tard, il absorbera la banque du Rialto.


1615-1617 : Guerre dite « de Gradisca » ou « des Uscoques » entre Venise et l’empire d’Autriche. Son nom dérive du conflit pour la possession de la forteresse de Gradisca, mais, en réalité, ses causes se situent dans la menace que l’empire d’Autriche exerce sur les frontières vénitiennes et sur l’appui que Vienne accorde à des pirates slaves et catholiques, les Uscoques, dont les raids dans l’Adriatique pénalisent gravement des intérêts commerciaux vénitiens. Gradisca, forteresse cédée à l’Autriche en 1512, est assiégée par les troupes de la Sérénissime, mais sans succès. Malgré cet échec, le traité de Madrid du 26 septembre 1617 permet à Venise d’obtenir le retrait des Uscoques du port dalmate de Segna, tout en rendant aux Autrichiens l’ensemble des territoires conquis pendant les opérations militaires. Cette guerre illustre la profonde rivalité, politique, économique et même idéologique, entre Venise et Vienne.


1618 : Découverte de la conspiration du duc d’Osuna, vice-roi de Naples, qui organise, avec la complicité de plusieurs agents sur place (Giacomo Pierre, Nicola Regnault et l’ambassadeur d’Espagne le marquis de Bedmar), une tentative de renversement du gouvernement. Le complot devait aboutir, la nuit de l’Ascension, à l’incendie de l’Arsenal, du palais des Doges et à l’occupation de plusieurs sites stratégiques (place et pont du Rialto par exemple). Parallèlement, l’entrée dans la lagune de plusieurs navires devait apporter une aide décisive. Cette histoire occupe donc une place non négligeable dans la dégradation des rapports entre la république et l’empire des Habsbourg.


1628-1631 : Participation de Venise à la guerre de succession de Mantoue et du Montferrat aux côtés de la France. Ce conflit, lié à la guerre de Trente Ans, éclate après la mort sans héritier du duc de Mantoue et du Montferrat, Vincent II de Gonzague. Le duc de Savoie Charles Emmanuel Ier, l’Espagne et l’empereur Ferdinand II refusent que la succession se fasse au bénéfice de son cousin Charles de Gonzague-Nevers, jugé trop favorable à la France. L’invasion par la Savoie du territoire de Mantoue déclenche une intervention de la France, laquelle justifie celle de l’empire d’Autriche. Venise, forte du soutien de la France, en profite pour mener de nouvelles opérations militaires contre les Habsbourg. La défaite des troupes de la coalition (françaises, vénitiennes et mantouanes) à la bataille de Valeggio, le 25 mai 1630, met un terme aux espoirs de la république. La paix est alors signée à Cherasco (7 avril 1631) en faveur de Charles de Gonzague-Nevers.


1630 : Nouvelle épidémie de peste. Près de 50 000 personnes y perdent la vie. Afin de remercier la Vierge d’avoir exaucé le vœu de la population et d’avoir arrêté l’épidémie, la construction d’une église splendide est lancée, le 1er avril 1631 : Santa Maria della Salute, sur la pointe de la douane. Ce bijou baroque sera achevé en 1687.


1638 : La flotte vénitienne détruit des navires de pirates barbaresques qui ont trouvé refuge dans le port albanais de Valona. Le sultan Mourad IV décrète un embargo sur les marchandises vénitiennes avant qu’un compromis ne soit trouvé avec le paiement par la république d’une forte indemnité.


1641 : Le pape Urbain VIII, poussé par les ambitions de sa famille, envahit le duché de Parme. Le duc Odoardo Ier Farnèse s’allie alors avec Venise, Florence et Modène pour entrer à son tour dans les Etats pontificaux. Une paix est signée le 31 mars 1644.


1645-1669 : Guerre de Candie. Il s’agit d’un conflit majeur opposant Venise et l’Empire ottoman pour le contrôle de la Crète. En 1644, l’attaque d’un convoi de pèlerins musulmans en route vers La Mecque et le massacre d’une partie d’entre eux par les chevaliers de Malte fait monter la tension entre Venise et Istanbul, les Ottomans accusant les Vénitiens de collusion avec les chevaliers. L’année suivante, les Turcs déclenchent les hostilités en s’emparant de l’île de Crète, possession de la Sérénissime. Seule la capitale, Candie, résiste aux assauts ottomans. Le conflit dure plus de vingt ans, ponctué par de nombreuses batailles navales. La France, après la signature de la paix des Pyrénées qui règle son conflit avec l’Espagne (1659), apporte une aide de plusieurs milliers de soldats, ainsi que des navires, à Venise. Malgré cela, Candie, épuisée et détruite par le siège, finit par se rendre le 5 septembre 1669. Les négociations de paix débouchent sur un traité le 30 octobre 1671 qui sanctionne la défaite vénitienne, la perte de la Crète à l’exception de trois bases navales, mais qui reconnaît les possessions dalmates de la République. C’en est fini de sa prépondérance en Méditerranée orientale.


1684-1699 : La guerre de Morée oppose une nouvelle fois Venise et les Ottomans. Après que Vienne a été directement menacée par les Ottomans, Venise accepte le 25 avril 1684 de participer à la Sainte Ligue formée pour battre les Infidèles, avec le secret espoir de récupérer ses territoires perdus. C’est donc la République qui déclare pour la première fois la guerre aux Turcs. Sa flotte combat dans l’Adriatique afin de les en chasser tout en débarquant en août 1685 des troupes en Morée (le Péloponnèse) sous le commandement de Francesco Morosini. Au bout de deux ans d’opérations, toute la Morée est occupée. Le siège est mis devant Athènes et c’est à cette occasion que des dommages irréparables sont commis sur les monuments de l’Acropole, dont le Parthénon. Utilisé en effet comme dépôt de munitions, le temple est touché par un tir vénitien qui fait tout sauter ! La ville finit par se rendre, mais cela n’empêche pas les troupes vénitiennes, affectées par la peste, de devoir se retirer dans le Péloponnèse, non sans s’être emparées du Lion du Pirée qui sera installé à l’entrée de l’Arsenal. Venise profite de la priorité donnée par le sultan au front autrichien pour maintenir ses positions en Morée et opérer des raids sans lendemains en Epire, en Crète et contre l’île de Chio. Le 22 janvier 1669, les belligérants signent la paix de Karlowitz. Venise y gagne la possession de la Morée, un agrandissement de ses territoires en Dalmatie, les îles de Leucade et d’Egine.


1696-1770 : Vie de Giovanni Battista Tiepolo. Son nom est associé à la dernière grande période artistique de Venise, celle du rococo vénitien. Caractérisé par sa palette lumineuse et ses fresques puissantes, il travaille aussi bien à Udine qu’à Venise, pour des sujets religieux et profanes, dans des églises ou des palais. Son succès lui permet d’être élu président de l’académie de Padoue et de recevoir des commandes des plus grands princes européens.


1697-1768 : Vie de Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, figure emblématique du genre des vedute ou représentations de paysages urbains. Né à Venise, Canaletto hérite de son père, fabricant de décors destinés au théâtre, sa passion de la mise en scène architecturale. Il étudie dans un premier temps la peinture à Rome avant de s'installer à Venise. La majeure partie de sa production concerne la cité des doges qu’il met en valeur par un réalisme touchant la perfection et une remarquable maîtrise de la perspective et de la lumière. Il connaît vite une reconnaissance européenne et ses œuvres s’exportent essentiellement en Angleterre où il s’installe à partir de 1746. Il continue à y peindre des représentations de sa ville natale, mais également des vues de Londres et de sa campagne qui influenceront toute une génération de peintres anglais, à commencer par Turner. De retour à Venise en 1755 , il devient professeur de perspective à l’académie des Beaux-Arts où il côtoie Tiepolo. 


1702-1714 : Lors de la guerre de Succession d’Espagne, Venise reste neutre.


1707-1793 : Vie de Carlo Goldoni. Né à Venise, il s'y passionne pour le théâtre de rue qui lui inspire sa vocation de dramaturge. Alors que la Commedia dell'arte règne encore en maître dans les théâtres italiens, il s'élève contre ce genre et se spécialise dans la comédie de mœurs. Ses grandes œuvres : La Locanderia (1753), Il Campiello (1756), La Villeggiatura (1761), Le baruffe chiozzotte (1762), s'appuient sur le réalisme des situations et la peinture sociale, proches en cela des pièces de ses deux modèles Molière et Marivaux. Très critiqué en Italie, il se réfugie à Paris où il finira sa vie.


1714-1718 : nouvelle guerre contre les Ottomans (la septième depuis 1463). Ce sont ces derniers qui, le 9 décembre 1714, déclarent la guerre, profitant des mauvaises relations que la République entretient avec les Grecs. Ils reconquièrent toute la Morée et seule l’intervention de l’Autriche dans le conflit les empêche d’envahir les îles Ioniennes. La défaite de la flotte vénitienne au cap Matapan (juillet 1717) enterre tout espoir de récupérer ce qui a été perdu, même si les assauts turcs en Dalmatie sont repoussés, alors que le prince Eugène de Savoie inflige de terribles défaites aux Ottomans. La paix conclue à Passarowitz le 21 juillet 1718 impose à Venise la cession de ses bases en Crète ainsi que la Morée en échange de la conservation de la Dalmatie, de Corfou et de ses bases en Albanie.


Venise entre, à partir du XVIIIe siècle, dans une période de repli des grandes affaires internationales, ne prenant plus part aux conflits européens, y compris ceux contre l’Empire ottoman. Son activité maritime est affectée par la piraterie et la concurrence de cités rivales telles que Trieste ou Ancône. Son économie est désormais davantage centrée sur l’intérieur des terres.


1735-1741 : Règne du doge Alvise Pisani qui correspond à une sorte de sursaut. Des investissements dans le domaine naval permettent une certaine modernisation de la flotte.


1740-1782 : Construction d’un ensemble de digues en pierre appelées les murazzi afin de protéger la lagune de la pression de la mer.


1755 : Arrestation de Giacomo Casanova, aventurier vénitien, génial touche-à-tout, libertin scandaleux, sous l’accusation d’athéisme et de sorcellerie. Il s’évade de prison au bout de quatorze mois. Gracié, il reviendra à Venise en 1774 d’où il sera de nouveau expulsé pour s’être moqué de l’aristocratie de la ville… neuf ans plus tard !


6 juillet 1758 : Election du pape Clément XIII, Vénitien d’origine, issu de la riche famille della Torre di Rezzonico.


1767 : Poursuivant sa politique anticléricale, Venise ferme plus de cent monastères qui sont vendus au profit de la république.


1774 : Le Grand Conseil ordonne la fermeture du casino et interdit les jeux de hasard.


1782 : Visite du tsarévitch de Russie, futur Paul Ier.


9 mai 1789 : Election du 26e et dernier doge de la République, Ludovico Manin.


1793 : Formation de la première coalition des Etats européens contre la France révolutionnaire, conséquence de l’exécution de Louis XVI. Venise, conformément à sa ligne politique, fixée dès l’éclatement des troubles en France, refuse de s’y joindre et maintient une prudente neutralité.


1795 : C’est depuis Vérone, où il vit en exil, que le comte de Provence, frère de Louis XVI, se proclame roi sous le nom de Louis XVIII, suite à la mort de son neveu Louis XVII. Il lance une proclamation appelant à la restauration de la monarchie. Il est expulsé l’année suivante sous la pression de la France.

 

1796 : Depuis le 25 mars, la péninsule italienne est envahie par les armées républicaines conduites par le général Bonaparte. Le Piémont et la Lombardie sont successivement occupés. A partir du mois de mai, les Français sont aux frontières de la Vénétie. Bonaparte propose une alliance à la République, mais se heurte à un refus. Cette décision provoque la colère du jeune général déjà ulcéré par l’autorisation donnée aux troupes impériales de fuir à travers le territoire vénitien. Venise doit céder aux menaces françaises et laisser les troupes ennemies entrer sur la Terre Ferme. Cette violation de sa neutralité conduit à l’occupation de plusieurs villes de l’intérieur et à de nouvelles pressions pour obtenir un traité d’alliance. La Vénétie devient un champ de bataille franco-autrichien, Bergame et Brescia se révoltent contre les autorités vénitiennes qui se préparent au combat définitif que Bonaparte ne cesse de leur promettre.


Du 17 au 25 avril 1797 : La population de Vérone se révolte contre l’occupation française (les Pâques véronaises), mais échoue dans sa tentative. Bonaparte veut alors en finir avec la Sérénissime.


17 avril 1797 : Il s’entend avec l’Autriche au traité de Leoben pour lui accorder les territoires vénitiens de la Terre Ferme, d’Istrie et de Dalmatie. Réduite à l’ancien territoire du duché de Venise, la République vit ses derniers instants.


20 avril 1797 : Une frégate française tente de forcer le port du Lido, mais est finalement repoussée. Ce succès est un feu de paille. Le gouvernement abandonne l’idée d’envoyer une armée porter secours aux Véronais révoltés.


25 avril 1797 : Bonaparte lance une terrible menace : « Je serai un Attila pour l’Etat vénitien. »


30 avril 1797 : Les Français se positionnent sur les rives de la lagune. Bonaparte lance un ultimatum : une réforme démocratique des institutions ou l’invasion.


2 mai 1797 : Malgré des ouvertures du côté vénitien, Bonaparte déclare la guerre à Venise.


4 mai 1797 : Le Grand Conseil accepte les réformes exigées par les Français (704 votes favorables contre 12 refus).


8 mai 1797 : Le doge Ludovico Manin déclare être prêt à remettre les insignes de son pouvoir aux chefs révolutionnaires et demande aux autres magistrats de suivre son exemple. Le 12 mai se tient la dernière séance du Grand Conseil sous la menace d’un contingent de 4 000 soldats français opportunément débarqués sur la place Saint-Marc… Le vote est donc favorable à l’abolition de la République, décidée à 512 voix favorables contre 20 refus. Le doge se présente alors devant le palais pour en faire l’annonce et enterrer officiellement les institutions républicaines. Une municipalité provisoire s’installe en lieu et place de l’ancien Etat.


13 mai 1797 : Les troupes françaises entrent dans la ville. Le 4 juin, un arbre de la Liberté est planté place Saint-Marc.


juin 1797 : Les territoires dalmates passent sous contrôle autrichien.


17 octobre 1797 : Signature entre la France et l’Autriche du traité de Campoformio qui confirme les dispositions de la convention d’armistice de Leoben en transférant aux Habsbourg les territoires encore sous l’autorité nominale de la Municipalité provisoire (Venise, Istrie, Dalmatie). Celle-ci, de facto, disparaît.


21 novembre 1797 : Les membres de la Municipalité abandonnent effectivement le pouvoir. Venise est alors livrée aux pillages des Français qui, entre autres butins, s’emparent des chevaliers de bronze de la basilique Saint-Marc qu’ils transfèrent à Paris. La marine de guerre vénitienne, entre destruction et transfert à Toulon, disparaît.


28 décembre 1797 : Un gouvernement militaire français s’installe à Venise.


18 janvier 1798 : Cette autorité transfère son pouvoir aux Autrichiens dont les troupes entrent dans la ville.

 

30 novembre 1799-14 mars 1800 : Réunion en conclave des cardinaux du Sacré-Collège qui doivent choisir un successeur au pape Pie VI mort en captivité à Valence. Rome étant occupée par les Français, et conformément au vœu du défunt, c’est Venise qui est choisie comme ville du conclave. Les votes ont lieu dans le monastère San Giorgio et débouchent sur l’élection du cardinal Chiaramonti, qui règne sous le nom de Pie VII.


18 mars 1805 : Signature du traité de Presbourg entre Napoléon Ier et l’empereur d’Autriche François II. Il fait suite aux victoires d’Ulm et d’Austerlitz. La Vénétie tombe sous souveraineté française et est incorporée au royaume d’Italie dont Napoléon a ceint la couronne. Son beau-fils Eugène de Beauharnais y exerce le pouvoir en son nom, avec le titre de vice-roi. L’Istrie et la Dalmatie en font partie jusqu’en 1809, date à laquelle Napoléon crée les provinces illyriennes (Istrie, Carniole, Gradsica, Gorizia, Trieste, Carinthie).


29 novembre 1807 : Visite de Napoléon Ier à Venise. Il y lance toute une série de grands travaux dont la construction du palais royal sur la place Saint-Marc. En outre, il apporte un soutien financier aux industries du verre. Les ordres religieux sont dissous, le siège du patriarcat est transféré à Venise même, auprès de la basilique Saint-Marc, les œuvres d’art sont volées et rapatriées en France (où, pour la plupart, elles resteront définitivement). La prospérité de la ville souffre beaucoup de l’occupation française et surtout du blocus continental que l’Empereur lui impose.


16 avril 1814 : Le vice-roi Eugène signe avec le général autrichien Heinrich Bellegarde la convention de Schiarino-Rizzino. Il a, dans un premier temps, cherché à rester fidèle à Napoléon battu par la sixième coalition. Mais, encerclé par les troupes autrichiennes au nord et par les troupes napolitaines de Murat au sud, alors même que Napoléon Ier a abdiqué, il préfère s’entendre avec les Autrichiens. Il espère ainsi gagner du temps.


23 avril 1814 : Eugène signe la capitulation à Mantoue, sans avoir été battu, mais trahi par la noblesse milanaise qui a conspiré contre lui au bénéfice des Autrichiens.


26 avril 1814 : Abdication d’Eugène de Beauharnais et dissolution du royaume d’Italie.


7 avril 1815 : Création officielle du royaume lombard-vénitien suite à la décision du congrès de Vienne, opposé à l’idée d’une unification de l’Italie, de réunir la Vénétie à la Lombardie sous la direction de l’Autriche. Cet ensemble territorial constitue un avant-poste autrichien sur la péninsule et symbolise la mainmise de Vienne sur celle-ci.


1815-1848 : Epoque de la domination autrichienne. La ville souffre de la concurrence de Trieste, privilégié par les Habsbourg malgré la création d’un port franc en 1830 et la reprise des activités de l’Arsenal.


1846 : Construction du premier pont ferroviaire entre Venise et la Terre Ferme.


17 mars 1848 : Eclatement d’un soulèvement provoqué par l’arrestation de Daniele Manin et de Nicolò Tommaseo, deux figures locales engagées dans la lutte contre l’oppression autrichienne et pour la libération des peuples. L’effervescence des événements de Paris de février 1848 et le Printemps des peuples qui commence à secouer l’Europe forment un terreau propice à une révolte.


22 mars 1848 : Les troupes autrichiennes quittent Venise, et Manin devient le chef de la République de Saint-Marc. Ainsi, le chef vénitien se tient-il dans un premier temps à distance du mouvement du Risorgimento, de l’unité italienne au profit de l’Etat du Piémont-Sardaigne et de la dynastie de Savoie. Venise retrouve son indépendance.


5 juillet 1848 : Manin change son fusil d’épaule et accepte l’union avec le Piémont, en grande partie pour chercher un soutien contre les Autrichiens.


11 août 1848 : Les délégués piémontais sont obligés de quitter la ville, en même temps que leur flotte, suite à la défaite de leur armée contre l’Autriche (défaite de Custoza du 27 juillet et l’armistice de Salasco du 9 août). Vienne récupère ses territoires de 1815 et restaure les souverains dépossédés de Parme et de Modène.


13 août 1848 : Pour faire face au danger, un triumvirat est constitué avec Manin, Giovanni Cavedalis et Leone Graziani.


4 mai 1849 : Début de l’attaque autrichienne contre la forteresse de Marghera.


2 juillet 1849 : A l’aide de montgolfières, le premier bombardement aérien de l’histoire frappe Venise assiégée et rapidement touchée par une épidémie de choléra. Manin choisit de combattre jusqu’au bout, mais l’épuisement de ses forces et de la population affamée rendent la résistance vaine.


22 août 1849 : Signature de la reddition de Venise à la villa Papadopoli.


27 août 1849 : Entrée des troupes autrichiennes dans la ville. Manin et ses compagnons partent en exil tandis que Vienne rétablit le royaume lombard-vénitien et exerce une forte répression policière.


11 juillet 1859 : Signature de l’armistice de Villafranca par Napoléon III et les Autrichiens. Après les victoires de Solferino et de Magenta, l’empereur a préféré mettre fin à la guerre, ce qui empêche le royaume de Piémont-Sardaigne d’annexer la Vénétie qui reste donc sous souveraineté autrichienne.


3 octobre 1866 : Signature du traité de Vienne entre l’Italie, la Prusse et l’Autriche. Celle-ci, malgré les défaites de Custoza et Lissa infligées à l’armée italienne, cède la Vénétie à Napoléon III, lequel devra, après consultation des populations, la rétrocéder à l’Italie.


21 octobre 1866 : Organisation du plébiscite qui valide l’union avec l’Italie. Toutefois, avant même la tenue du vote, Napoléon III a laissé l’armée italienne entrer en Vénétie et s’installer dans plusieurs forteresses, ce qui a fait planer le doute sur la réalité des résultats du plébiscite.


4 novembre 1866 : Union officielle de la Vénétie au royaume d’Italie.  

 

1895 : Création de la Biennale d’Art moderne de Venise. Elle doit sa naissance à la volonté d'un maire de la ville, Rioccardo Selvatico, qui cherche à promouvoir le marché de l’art à Venise.


14 juillet 1902 : Ecroulement du campanile. Sa reconstruction à l’identique est immédiatement décidée. L’inauguration aura lieu le 25 avril de la même année.


4 août 1903 : Election du patriarche de Venise Giuseppe Sarto comme pape, sous le nom de Pie X.


24 mai 1915 : Entrée en guerre de l’Italie aux côtés de la Triple Entente contre l’Autriche-Hongrie. L’objectif des Italiens est d’achever le Risorgimento en annexant le Trentin et l’Istrie. La Vénétie constitue l’arrière du front situé le long du fleuve Isonzo où se déroulent initialement les grandes batailles de la Grande Guerre. Dès le premier jour du conflit, Venise subit un bombardement.


23 octobre 1915 : Une bombe touche l’église des Scalzi et détruit une peinture de Tiepolo.


1er février 1917 : Lancement du projet du port industriel et de la zone résidentielle de Maghera. Il s’agit de doter la ville d’une structure industrialo-portuaire moderne capable de rivaliser avec les autres grands ports méditerranéens et de sortir Venise de sa léthargie économique.


24 octobre 1917 : Défaite des armées italiennes à Caporetto. Le front est enfoncé et le Nord de la Vénétie occupé. Le front est stabilisé in extremis sur le fleuve Piave. Le Haut Commandement s’installe à Padoue.


26-27 février 1918 : Bombardement nocturne de Venise sur laquelle tombent trois cents bombes.


17 août 1918 : Bombardement de Venise le plus meurtrier : dix-sept morts. En tout, cinquante-deux Vénitiens perdent la vie dans les bombardements autrichiens.


24 octobre 1918 : La victoire de Vittorio Veneto, arrachée par les Italiens aux Austro-Hongrois, permet la libération de la Vénétie et du Frioul.


1915 : Gabriele d'Annunzio (1863-1938) s'engage dans l'armée. Poète, romancier et dramaturge, il se fait chantre, dans ses œuvres, des ivresses dionysiaques et de la religion païenne de la beauté et de l'héroïsme. Fervent patriote et favorable à l'entrée en guerre de l'Italie contre l'Autriche, il s'illustre tout au long du conflit par de nombreux actes de bravoure. En 1919, avec quelques centaines de "légionnaires" nationalistes et malgré l'opposition de l'armée régulière, il occupe Fiume et y proclame une régence italienne dont il devient de facto le commandant avant d'en être chassé en 1921. Il vécut les dernières années de sa vie dans son domaine du Vittoriale, près du lac de Garde.


30 octobre 1922 : Mussolini devient Premier ministre. Durant la période fasciste, plusieurs petits centres urbains sont établis dans les campagnes, caractéristiques de l’architecture du fascisme et de son idéologie, à savoir l’exaltation du retour à la terre et de la culture rurale. Ainsi, une nouvelle classe sociale de petits propriétaires ruraux émergera-t-elle de ce programme ambitieux. Pour la Vénétie, citons Fratelli Grinzato (1937), Candiana-Borgo Littorio (1938), Brentella et Sabbioni (1938) et Borgo Roma (1939).


à partir de 1926 : La Vénétie fait partie des provinces, avec l’Emilie-Romagne et le Frioul, à bénéficier du programme de bonification des terres insalubres.


1932 : Premier Festival international du film de Venise dit « la Mostra de Venise ».


1934 : Lancement de la Biennale de théâtre.


1935 : Un pont routier est construit pour relier Venise à la terre Ferme, en doublant celui pour le train.


10 juin 1940 : Entrée en guerre de l’Italie au côté de l’Allemagne.


8 septembre 1943 : Occupation de l’Italie du Nord par les Allemands, suite à l’armistice signé entre le gouvernement Badoglio et les Anglo-Saxons. Toute la Vénétie se retrouve soumise à l’autorité de la République sociale italienne, Etat satellite sous la direction de Mussolini et, de facto, contrôlé par Berlin. Vérone devient un des centres de la RSI.


28 mars 1944 : Vérone est victime d’un bombardement allié.


7 avril 1944 : Bombardement allié sur Trévise provoquant la mort de mille personnes et la destruction de très nombreux édifices historiques.


19 août 1944 : C’est au tour de Venise de subir un raid aérien dont l’objectif est de couler un navire allemand. Vingt-quatre victimes sont à déplorer.


21 mars 1945 : Opération Bowler contre Venise. Il s’agit d’une opération aérienne des Alliés visant le port de la ville, menée par des pilotes spécialisés dans les attaques en piqué afin de ne pas endommager les chefs-d’œuvre artistiques de la ville.


29 avril 1945 : Capitulation des troupes allemandes en Italie du Nord. Fin de l’occupation de la Vénétie.


2 juin 1946 : Référendum institutionnel perdu par la monarchie. La Vénétie a voté à 61,5 % pour la république.


1er janvier 1948 : Entrée en vigueur de la Constitution de la République italienne.


28 octobre 1958 : Election du patriarche de Venise Angelo Roncalli comme pape sous le nom de Jean XXIII.


4 novembre 1966 : Une inondation catastrophique touche Venise et provoque une prise de conscience quant aux dangers qui menacent la ville et la lagune.


1971 : Une loi accorde aux habitants de Vénétie le statut de « peuple ».


26 août 1978 : Albino Luciano, patriarche de Venise, est élu pape sous le nom de Jean-Paul Ier.


16 janvier 1980 : Fondation à Padoue de la Ligue vénète, mouvement fédéraliste favorable à l’autonomie de la province. Il ne recueille que 0,47 % aux élections du Conseil régional vénète tenues en juin de la même année et donc… aucun siège !


26-27 juin 1983 : La Ligue vénète parvient à obtenir un siège de député et un siège de sénateur aux élections législatives.


1985 : Election de deux élus de la ligue au Conseil régional, Ettore Beggiato et Franco Rocchetta.


1989 : Lancement du projet MOSE (acronyme de Modulo Sperimentale Elettromeccanico) qui doit conduire à la construction d’un système de soixante-dix-huit digues mobiles pour protéger Venise de la montée des eaux lors des marées.


4 décembre 1989 : Création de la ligue du Nord, mouvement qui rassemble plusieurs ligues autonomistes du Nord de l’Italie dont la Ligue vénète. L’objectif est, à cette époque, clairement sécessionniste avec le détachement des provinces du Nord en faveur d’une Padanie indépendante.


1992 : Elections régionales où la ligue du Nord devient le second parti en Vénétie après la démocratie chrétienne. Depuis cette date, les succès électoraux ne cessent de s’accumuler.


13 avril 2010 : Suite aux élections régionales, Luca Zaïa, membre de la ligue du Nord, obtient le siège de président de la région de Vénétie.


12 juin 2014 : Vote par le Conseil régional d’une loi organisant un référendum sur l’indépendance de la Vénétie. Le gouvernement de Matteo Renzi renvoie la question devant la Cour constitutionnelle italienne.


La Vénétie retrouvera-t-elle un jour son indépendance ? Loin d’être farfelue, cette question mérite d’être posée au moment où les nations européennes, sous l’effet conjugué de l’unification européenne et de la mondialisation, s’affaiblissent. La province, marquée par un passé prestigieux et une identité assez forte, est traversée par les courants régionalistes dont on ne sait jusqu’où ils iront. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : la Vénétie appartient pleinement à l’histoire de l’Italie et de ses cités-Etats, mais aussi à celle de la civilisation européenne qu’elle irrigua par son dynamisme commercial, sa vitalité, son art de vivre, en un mot par l’esprit particulier des hommes qui la bâtirent.

 
 
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