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La Colombie
Au cur de l'Amrique hispanique

Cest dans la cordillre des Andes, aux confins de la jungle amazonienne, gale distance des Carabes et de locan Pacifique, qu'est n le mythe de lEldorado. Des groupes de conquistadores sillonnent lenfer vert sans jamais le trouver, mais ils s'imposent aux populations indignes et tablissent, au nom de l'Espagne, un ordre nouveau appel durer pendant trois sicles. La fureur de la conqute apaise, la Nouvelle Grenade accouche dune socit originale qui voit coexister Amrindiens et Espagnols, mais, au dbut du XIXe sicle, Simon Bolivar lve ltendard de la rvolte contre la mtropole. Une fois les derniers liens avec Madrid rompus, tout reste faire. Le jeune Etat colombien est bientt pris en otage entre factions librales et factions conservatrices, antagonismes qui dgnrent en guerre civile. Aujourdhui, la Colombie cherche ses marques. Gurilla et trafic de drogue sont les deux flaux les plus connus. Pourtant, la Colombie jouit dun niveau de dveloppement suprieur ceux du Brsil et du Prou, et son agriculture compte parmi les plus florissantes du continent.

Avec une superficie quivalente  deux fois la France, 1 141 748 kilomtres carrs, la Colombie est,  lchelle du Nouveau Monde, un Etat de dimension modeste. Avec 30 habitants au kilomtre carr, la densit de la population est faible.

A lextrmit nord-ouest de lAmrique du Sud, la Colombie souvre la fois sur locan Atlantique (mer des Carabes) et sur le Pacifique. Deux grands ensembles partagent lespace colombien :  louest la cordillre des Andes qui abrite lcrasante majorit de la population ;  lest, les bassins de lOrnoque et de lAmazonie dont le climat insalubre empche toute installation humaine. En ralit, la  Colombie utile  se limite au premier ensemble. A limage dune main humaine, les chanes de montagnes dessinent des doigts qui semblent agripper de leurs ongles les bordures des ocans. Les trois cordillres et les deux valles qui en constituent lossature y ont dtermin les implantations humaines. Au cur de cette main, la capitale Bogota culmine  2 600 mtres daltitude. A cause de la guerre civile et de lexode rural, la population a explos et frle les 6 millions dhabitants. Sa grande rivale, Medellin la besogneuse, se targue de produire la moiti de la richesse du pays. Sur les pentes triomphes la culture du caf. A la fois bndiction et maldiction, son exploitation fait vivre de manire directe ou indirecte 30 millions de Colombiens. Mais il est tributaire du climat et des cours mondiaux. Un incident climatique ou lirruption de nouveaux concurrents font que les prix peuvent brutalement seffondrer. A cela sajoute la dforestation qui, une consquence de la monoculture intensive, bouleverse tout lcosystme. La couche superficielle et utile du sol disparat, alors que le nombre des bouches  nourrir saccrot, au point qu'il faut maintenant importer  grands frais des produits alimentaires dAmrique du Nord. A ceux qui suggrent dessayer dautres cultures, le paysan, accroch  son cafier, rtorque  quil vaut mieux tenir un oiseau quen voir cent qui volent .

Puis la cordillre saffaisse et se dilue dans une vaste tendue herbeuse, la Cordoba, o ruminent dimmenses troupeaux qui forment le meilleur cheptel du pays. Plus loin, vers la mer, se dcoupe la plaine du rio Magdalena. Les champs de coton y agitent leurs tiges blanches et la canne  sucre dcoupe le paysage de ses ranges gomtriques.

Gigantesque et plurielle, la Colombie offre un visage sans cesse renouvel. Lhomme y demeure prisonnier dune sensation dangoisse et danantissement qu'inspire limmensit du cadre naturel.

Colossal rideau de roches, fort sans fin, fleuve bouillonnant, mer jusqu linfini. Cest encore pire, crit Jacques Aprile-Gniset,  quand les lments naturels, minraux, liquides ou vgtaux se dchanent autour de lhomme. Un dluge deau tombe brusquement du ciel dchir, submerge tout, une fume noire sort dun pic qui bientt crache la pierre et le feu Lhomme andin nest pas proportionn  sa gographie. Il subit sa nature comme une maldiction qui le domine et dont il se sent le jouet vulnrable. Ecras par son paysage aux horizons clos, il se sent enferm, isol du monde. Il nadmire jamais sa terre, la craint toujours. 

 

Dsabus, le pote Guillermo Valencia, murmure un jour la vue des statues questres des premiers conquistadores qui peuplent les bourgades de son pays :  Nous descendons dun assassin espagnol et dune prostitue indienne . Si lon se fie aux statistiques plutt qu' ce propos un peu trop rducteur, la population colombienne se rpartit entre 2,2% dIndiens, 6% de Noirs, 47,8% de mtis, 24% de multres et 20% de Blancs. Ces chiffres sont prendre avec prudence dans la mesure o chacun se classe en fonction de son dsir dappartenir tel ou tel groupe. La clart de la peau dessine une vritable hirarchie sociale. Loin dtre un objet de fiert, une ascendance indienne trop prononce peut-tre considre comme un handicap. A loccasion dune visite officielle en 1964, le gnral de Gaulle commit sans s'en rendre compte une maladresse. Visiblement peu inform des subtilits sociologiques du pays daccueil, il scria :  Enfin me voici parmi le grand peuple indien de la cordillre des Andes ! . A son corps dfendant, le chef dEtat franais venait dinsulter deux Colombiens sur trois. Ainsi remarque sarcastiquement Jacques Aprile-Gniset  Lindien est celui que vous jugez plus indien que vous, celui qui vous rassure. Jai souvent vu des montagnes de talc dans les Prisunic, et aussi des faces livides et enfarines dans les rues je navais pas lide de relier ces deux constatations. Des amis colombiens, un peu gns, me confirment que nombre dentre eux tentent par le talc deffacer "la honte". Nanmoins, celui-l, rencontrant un ami au coin de la 19, plus blanc que lui, se venge en montrant quil nest pas dupe. Avec un grand sourire hypocrite, il lui lance en lui malaxant le dos: Hol ! comment a va, Chino ! . Les descendants desclaves noirs appartiennent une autre catgorie de la population. Les Indiens ne supportent pas le travail forc aux champs ou dans les mines. Ds le dbut du XVI sicle, les premires cargaisons humaines en provenance dAfrique dbarquent Carthagne.

Au fil des sicles, de petites colonies desclaves en fuite se constituent dans les profondeurs de la jungle, les palenques. Ces trois influences indienne, africaine ou espagnole se coulent dans un mme moule. Le Colombien est un criollo, un mtis.

Pendant longtemps, en Colombie, la ville nexistait pas. Il ny avait que quelques centres urbains tracs au cordeau par les premiers conqurants perdus dans l'immensit verte. Aujourdhui, trois Colombiens sur quatre sont des citadins. Les villes explosent. Au sujet de Bogota, un diction populaire affirme que cest  une ville qui progresse au dtriment du reste du pays .Fuyant les affres de la guerre civile, attirs par la lumire de la ville, des millions de paysans sentassent dans des bidonvilles. Les infrastructures (eau, lectricit) ne suivent pas et limprovisation est la rgle. Les nouveaux arrivants nont rien oubli de leurs origines modestes et reconstituent une contre-socit avec ses codes et ses rgles propres. Dans cet univers pre, la virilit est une question de survie autant que dhonneur. Le macho, celui qui sait jouer du couteau, de la machette comme du fusil dassaut, jouit de lestime publique. Croyances et superstitions accompagnent cette dvotion effrne au coq de village. Ainsi, les testicules de taureau grills sont un mets recherchLe diable ctoie souvent lange. Et le macho, peut-tre simultanment assidu aux maisons closes et confit en dvotion lendroit de la Sainte-Vierge. Limage de la femme oscille entre la prostitue et la sainte. Ds leur plus jeune ge, les filles sont leves en prvision du jour fatidique o elles passeront devant lautel. Les Colombiens ont le culte de la famille nombreuse, du clan, de la ligne. Plus quun impratif religieux, il sagit dune ncessit vitale. Un manuel de classe de cinquime des annes 60 rsume en quelques phrases ce natalisme forcen :  Mon travail est pour vivre, dit le terrassier, et aussi pour payer les intrts que je dois et massurer un capital dans lavenir - Comment cela ? , demande lenfant. Louvrier le conduit sa maison : "Voici mon pre et ma mre qui ont souffert et travaill pour moi, pour mlever. Je paie maintenant les intrts de ce quils ont fait pour moi . Puis il montre les six enfants et la mre:  Ce sont mes enfants, en leur donnant la nourriture jassure mon capital qui me donnera un intrt quand je serai vieux et quils devront me nourrir . Dans un pays o le chien na pas remplac lenfant, ou la scurit sociale comme la retraite sont embryonnaires, ou la thorie du gender na pas encore valeur didologie dEtat, la famille nombreuse reste le meilleur obstacle la misre. LEglise veille cet tat de fait. Jusquen 1990, elle a joui dimmenses avantages. La religion catholique est selon larticle premier  llment essentiel de lordre social . LEtat sengage entretenir ses ministres qui exercent leur autorit sans que la puissance publique puisse intervenir, prcise larticle deux. Les questions financires et scolaires ne sont pas oublies puisque lEglise et exonre dimpts et quelle dispose dun droit de regard sur les programmes scolaires.

Le tableau de la socit colombienne serait incomplet sans un rapide aperu de la question pose par le trafic de drogue. Au caf sajoutent dsormais la marijuana et la coca comme principales sources dexportation. Selon des statistiques quasi-officielles elles fournissent elles seules plus de rentrs de devises que le caf.

 

Lpoque davant la conqute est une page blanche de lhistoire colombienne. Les sources sont rares et les donnes lacunaires. A la diffrence du Mexique ou du Prou, il ny a pas de civilisation grandiose et peu de vestiges monumentaux. Les tribus indiennes forment des groupes peu nombreux et isols, sans contact les uns avec les autres. On value leurs effectifs, la veille de la conqute, entre 500 000 et 1 500 000 d'individus. Pas de ville ni de lieux de culte spcifiques. On peut nanmoins distinguer quelques groupes lorganisation plus avance. Les Quimbayas vivent du rio Cauca au Magdalena. Ils cultivent le mas et tissent le coton. Leurs tombes se distinguent par leurs cramiques et leur orfvrerie. Toutefois, et en dpit dune lgende tenace, les richesses accumules dans ces rgions nont rien voir avec celles des Incas, des Mayas ou des Aztques. Compte tenu de l'insalubrit du climat, la vie est une lutte de chaque instant. Evitant les rgions malsaines, lhomme sinstalle sur les minences ventiles loignes des fonds marcageux.


25 000 ans av. J.-C. : Premire trace doccupation humaine en Colombie. Il s'agit de groupes de chasseurs-cueilleurs qui se sont rpandus vers le sud en suivant les valles du rio Magdalena et du rio Cauca ; deux sites de la cordillre orientale, El Abra (10 400 160 avant J.-C.) et Tequendama (7000 av. J.-C.) rvlent la prsence de ces chasseurs qui fabriquaient un outillage lithique sur clats.


7000  1250 av. J.-C. : Les sites de Manizales et de Retrepo correspondent des groupes vivant en tat de semi-nomadisme proximit du littoral. On a dcouvert dans un amas de coquilles de Puerto Hormiga, sur la cte carabe, des fragments de poteries remontant 3800-3500 av. J.-C. Une cramique plus volue sera dcouverte Bucarelia, date de 1550 av. J.-C.

On voit apparatre vers 1200 avant J.-C. les premiers villages agricoles permanents. Cette agriculture repose sur la production de manioc et sur celle du mas. Le site de Malambo (-1120), sur le bas Magdalena, rend bien compte de ce passage d'une conomie de prdation une conomie de production. La cramique s'enrichit dsormais de figures anthropomorphes ou zoomorphes incises.


Ier millnaire avant J-C : Dveloppement des cultures dites  subandines  caractrises par des chefferies belliqueuses gouvernes par un chef semi-divinis et organises en classes sociales. La guerre occupe une place importante pour ces groupes humains. C'est durant cette priode qu'merge la fascinante culture de San Agustin. C'est un religieux espagnol qui visite le premier le site et rend compte de ses observations en 1756. Des archologues allemands et italiens prennent le relais au XIXe sicle avant les campagnes de fouilles dcisives menes en 1936-1937 par Jos Perez de Barradas. Le petit village de San Agustin se dresse au cur d'une vaste rgion montagneuse o les vestiges archologiques abondent (tumulus, temples, tombes et statues gigantesques reprsentant des tres humains ou des animaux). Entre 1 500 et 2 000 mtres d'altitude, le climat tempr a favoris l'installation humaine. L'histoire de cette culture se partage entre diverses priodes : jusqu' 550 av. J.-C., la population vit de chasse, de pche et de cueillettes et ralise une cramique encore trs grossire ; de 550 avant J.-C. 550 ap. J.-C., la culture du mas devient l'activit conomique principale, les populations se sdentarisent et l'on voit apparatre la poterie peinte ; de 550 1180, les surplus de production agricole permettent l'apparition d'un artisanat spcialis qui ralise des sculptures monumentales, des temples, des pices de cramique plus raffines et des objets d'orfvrerie ; de 1180 1500, la culture de San Agustin se prolonge et l'inspiration raliste s'affirme dans les dcors, les villages taient installs sur des plates-formes amnages au sommet des collines et les huttes circulaires taient runies autour de la statue monolithique de l'anctre du clan local. Le village tait dirig par un cacique qui s'appuyait sur la caste des prtres et sur celle des guerriers. La socit vivait du travail des agriculteurs qui matrisaient l'irrigation et le drainage et savaient amnager des cultures en terrasses. Une trentaine de sites ont t dcouverts dans l'aire de diffusion de la culture de San Agustin, qui couvre une superficie d'environ 500 kilomtres carrs. Les plus importants sont Las Mesitas, Alto de Lavapatas, Alto de Lavaderos Alto de los Idolos et Quinchana. Il s'agit de centres crmoniels o voisinent des spultures, des temples, des autels et des statues mgalithiques.

La statuaire de San Agustin est l'expression artistique la plus tudie de cette culture : on a dnombr plus de trois cents statues monolithiques dont la hauteur varie de 0,73 mtres 4,25 mtres, et qui reprsentent des tres humains (guerriers, prtres, chamans), des animaux (oiseaux flins, serpents) ou des personnages mi-hommes mi-flins.

200 et 1000 ap. J.-C. : Culture Calima.sur le versant pacifique de la Cordillre occidentale. Le site le plus ancien (Canaguyero) remonte 250 avant J.-C., mais c'est entre 1100 et 1250 ap. J.-C. qu'elle atteint son apoge. Cette culture a excell dans les domaines de la cramique et de l'orfvrerie.

500 aprs J.C. : Apparition de la mtallurgie.

610 850 : Culture des hypoges de Tierradientro caractrise par des tombes creuses directement dans la roche. Les traits de cette culture montrent qu'elle tait proche de celle de San Agustin.

On dsigne sous le nom de  Qimbaya  (celui d'un groupe d'indignes qui occupaient le bassin moyen du Cauca au moment de la conqute) une cramique particulire et un style d'orfvrerie remarquable.

700 et 1200 : Culture Narino entre la Colombie et lEquateur. Culture de Tumaco, proche de celle, quatorienne, de La Tolita. A la veille de l'irruption des conquistadors, le plateau o s'lvera Bogota est occup par les Muiscas ou Chibchas qui disposent d'une conomie prospre et font le commerce du sel et des meraudes. Ils sont riches en or et c'est sur leur territoire que les conquistadors chercheront la trace d'El Dorado le seigneur dor , vague cho de la tradition qui rapportait qu'un chef indien plongeait, couvert de poudre d'or, dans le lac de Guatavita. Ce n'est que durant l'entre-deux-guerres que les archologues colombiens purent mettre en lumire ce qu'avait t la culture villageoise des Taironas qui, installe dans Sierra Nevada de Santa Marta, a connu son apoge la veille de la conqute. 


1492 : Dcouverte de lAmrique par Christophe Colomb.

 

Christophe Colomb na probablement jamais foul le pays qui porte son nom. Autre paradoxe, la conqute de la Colombie savre une entreprise longue et difficile qui schelonne sur plus dun sicle. Tout concourt entraver lentreprise des conquistadores. Le climat tropical, la fort sans fin, le relief escarp et labsence de voie de pntration naturelle. Mais les conquistadores ont pour eux laudace et lesprit dentreprise. Chaque hidalgo arme son navire, recrute ses hommes darmes, appts par le got de laventure et le mirage de lEldorado. Selon la rumeur, un roi indien surnomm El Dorado le Seigneur dor , se baigne nu, couvert de poudre dor, dans un lac. Parvenu au centre du lac, il prcipite dans les entrailles du lac de lor et des pierres prcieuses. On n'a jamais retrouv la trace du trsor, mais le muse de lOr de Bogota conserve un modle miniature en or de la barque crmonielle, ce qui tend donner un ancrage cultuel  la lgende.

Madrid concde des droits de conqute en change du versement d'une redevance, le quinto real, le cinquime des richesses dcouvertes. Cinq colonnes sillonnent bientt la Colombie, crasant la rsistance autochtone. Une concurrence impitoyable anime entre eux les chefs espagnols. La plupart finissent par succomber, victimes de leur propre dmesure. De la Cosa et Solis tombent, sous des flches indiennes. Ces premiers conqurants ne sont quune poigne. Chaque expdition ne compte quune centaine dhommes. Les points dappui restent des mois, des annes sans nouvelles de la mtropole. Les chefs sont dextraction modeste, pour ne pas dire douteuse. Belalcazar est un condamn de droit commun pour vol de btail. En revanche, dautres, plus jeunes, ont frquent les bancs de luniversit linstar de Quesada, g de 27 ans. Une fois les Indiens soumis, les colons appliquent le systme de lencomienda. Comme lexplique Jean-Pierre Minaudier,  les colons se rpartirent les communauts indignes qui leur taient confies ; ils devaient assurer leur vanglisation. Les Indiens, en change, devaient un tribut pay en nature (de la nourriture, et aussi des pices de coton qui firent trs vite lobjet dun commerce grande chelle) ou en service (transport de charges dos dhomme) .


1494 : Trait de Tordesillas. Le pape Alexandre VI confie la couronne dEspagne toutes les terres situes louest du mridien du cap Vert.


1499 : LEspagnol Alonso de Ojeda foule le sol colombien au cap de la Vela. Il est accompagn du pilote italien Amerigo Vespucci. A son retour, il publie un rcit de voyage dans lequel il affirme que les terres dcouvertes et qu'il nomme  lAmrique  est un continent part entire, distinct des Indes que croit avoir abordes Colomb.


1509-1510 : Les premiers conquistadores fondent les villes de San Sebastien dUruba et Santa Maria, toutes deux sur les rives du golfe dAruba.


1519 : Pedro Arias Davila atteint, six ans aprs Balboa, la Grande Mer du Sud  que Magellan baptisera bientt l'ocan Pacifique.


1524-1526 : Deux gouvernements sont crs. A louest du rio Magdalena, le bnficiaire nhonore jamais sa charge. A lest, entre la Magdalena et le cap de la Vela, Rodrigo de Bastidas jette les premires pierres de la ville de Santa Marta.


1533 : Pedro de Heredia fonde la ville de Carthagne louest de lembouchure du Magdalena. Lendroit est le point de dpart de toutes les expditions en direction du Prou. Par ailleurs, la rgion est riche en tombes de caciques. Elle attire tous les aventuriers en qute dor.


1535-1538 : Le jeune Gonzalo Jimenez de Quesada prend, dans des circonstances trs difficiles, la direction de la colonie de la Santa Marta. Afin de rompre son isolement, il organise une expdition vers lintrieur des terres. Il se heurte en route aux Indiens Chibchas quil subjugue sans difficults. Sur lemplacement d'une ancienne ville indienne, il fonde Santa F de Bogota.


1536-1537 : Les villes de Cali et de Popayan sont fondes par Sebastian de Belalcazar. Au mme moment, lAllemand Nikolaus Federmann venant du bassin de lOrnoque parvient son tour sur le plateau de Bogota.


1540 : Les rivalits qui les opposent obligent la monarchie espagnole dpartager les sphres dinfluence attribues aux trois conquistadores : Belalcazar, Quesada, Federmann. Charles Quint, aprs avoir tergivers, tranche en faveur de Quesada et de Belalcazar qui reoivent le titre de gouverneur.


1542 : Leyes Nuevas ( nouvelles lois qui interdisent le travail forc dans les mines pour les Indiens. Elle nest pas respecte.


1549 : Dcentralisation de ladministration qui dpendait jusqualors de Saint-Domingue. Cration de la Real audiencia de Santa F de Bogota. La nouvelle circonscription administrative, appele galement Nouvelle-Grenade, simpose rapidement.


1564 : Le pape Pie IV cre larchevch de Bogota.

 

La premire tape de la conqute sachve. Celle-ci est en ralit bien incomplte. Quelques raids clairs lintrieur des terres sont appuys par un chapelet de garnisons abrites dans des fortins rudimentaires. La colonisation dbute par la transformation du soldat en paysan. Les soldats vivent encore sous des cabanes de branchages. Ainsi, Bogota a pour trame originelle une dizaine de cahutes entourant une modeste chapelle o laumnier militaire clbre tous les matins loffice. Mais bientt, le gnie latin reprend ses droits. DEspagne arrivent des ingnieurs qui transforment les premiers camps en vritables villes. Du nant surgit un carr de 100 mtres de ct qui constitue la plaza mayor. A son centre convergent huit avenues qui dessinent le plan orthogonal de la future cit qui se dveloppe en manzanas, carrs de 80 mtres de ct. Chaque fois que la ville sagrandit, on rajoute une nouvelle manzana qui prolonge linfini le quadrillage existant.

La Nouvelle-Grenade mue rapidement. Trois facteurs bougent les lignes de la nouvelle socit : la dilution progressive des autochtones par le mtissage, le choc microbien et la guerre ; lexploitation des mines dor grce larrive desclaves dAfrique et les difficults de communication qui favorisent lmergence de particularismes locaux. LEspagnol, remarque Jacques Aprile-Gniset a  pris femme. Au viol brutal du dbut se substitue le concubinage, puis le mariage entre le soldat et sa servante indienne. Il remarque la polygamie paisible de lIndien et, bientt, malgr linterdiction du cur, suit son exemple. Mais soldat ou fonctionnaire, ds quil a pris femme, lEspagnol du Sud la clotre dans une maison entourant un patio, semblable celle quil connut en Andalousie. Ainsi se dgagent, des apports indiens et arabes, des lments qui vont modeler la personnalit dun pays et de ses habitants .

Bogota abrite les lieux de dcisions. La ville est entoure dun vaste espace agricole o sactivent esclaves et mtis. Tabac et caf sont exports vers lAncien Monde. La cte carabe jouit du dynamisme des changes avec la mtropole tandis que le versant pacifique bnficie de la prsence des mines dor. Toutefois, la Nouvelle-Grenade reste trs en retrait au sein de lempire colonial espagnol. Elle ne compte que 800 000 habitants en 1778. Rien voir avec le Mexique, ni mme le Prou. En outre, la situation conomique est tributaire du cours des matires prcieuses. Trois phases mergent : la fin du XVIe sicle se caractrise par lapoge de lor ; le XVIIe sicle est plus tendu en raison de lpuisement des mines ; le XVIIIe sicle bnficie de la dcouverte de nouveaux gisements aurifres.


1565 : Lentretien des ports et le prlvement des impts sont affermaux commerants aiss.


1580 : Alonso de Narvaez peint la Vierge de Chiquiquira, sainte patronne de la Colombie.


1590-1593 : Une srie de rformes vise mettre un terme larbitraire des colons. Les services personnels demands au titre des tributs sont interdits. Les Indiens sont censs recevoir une rmunration.


1595-1599 : Niveau maximum de production des mines dor du Cauca et du Magdelana.


1587 : Dbut du systme de lasiento : des compagnies portugaises, anglaises et franaises achtent le droit dexporter des esclaves noirs. Le prix dun esclave est relativement levdenviron 500 piastres. Lquivalent de vingt-cinq vaches.


1598 : Insurrection arme de Zaragoza. Les esclaves se rvoltent.  Mme si mon matre me tue, je ne vais pas la mine , chante le mineur dIscuand.


1600-1630 : Rduction progressive des Indiens Pijados. Abrits au cur de la cordillre centrale, ils attaquent de manire continue la route de Bogota Popayan. A la fin, les dbris de ces tribus indiennes sont repousss vers des zones marginales comme la Sierra Nevada.


1610 : Baisse drastique de lextraction dor. Les causes de cet effondrement sont multiples. La main duvre indienne manque, dautant que la traite ngrire reste peu dveloppe. Les mthodes dexploitation encore primitives empchent dexploiter fond les gisements.


1639 : Les dominicains fondent luniversit de Bogota.


1660 : Dbut du cycle du Choco. Larrive massive desclaves et le perfectionnement des mthodes dexploitation permettent daugmenter les rendements. Les mines demandent de lespace et des travaux de drainage. Leau dvie sert trier les alluvions et dcouvrir les ppites qu'ils charrient.


1697 : Guerre de la ligue dAugsbourg. Le port de Carthagne est pris dassaut par une escadre franaise.


1700 : Les Bourbons montent sur le trne dEspagne. La nouvelle dynastie met aussitt en uvre un programme de rformes qui tend vers plus de centralisation.


1701-1713 : Guerre de succession dEspagne.


1720 : Le travail forc est aboli. Les encomiendas disparaissent progressivement.


1739 : Cration dune vice-royaut de la Nouvelle-Grenade dont la capitale est Bogota.


1741 : La Royal Navy assige Carthagne. Les Britanniques sont repousss et perdent plusieurs dizaines de btiments et des milliers dhommes.


1742 : Le Venezuela, davantage tourn vers les Carabes, est organis en une Capitainerie gnrale pratiquement autonome.


1759-1789 : Rgne de Charles III. Son rgne est marqu par la volont dabaisser les privilges et les exemptions derrire lesquelles sabritent les colonies espagnoles.


1764 : Madrid passe au systme de ladministration directe. Les prix dachat et de revente des produits sont fixs par une bureaucratie centralise Bogota.


1767 : Expulsion des jsuites des colonies espagnoles.


1770 : Le neveu du dernier cacique de Bogota, Don Ambrosio Pisco, refuse de prendre la charge de son pre. Il prfre se tourner vers le monde des affaires o il fait fortune comme commerant.

 

Au XVIIIe sicle, les Bourbons hritent dun pays en crise o les ressources fiscales sont rares. Tout le paradoxe est que la couronne dEspagne est un Etat pauvre dans un pays riche. Madrid enrage de constater que son colossal empire colonial lui rapporte moins qu la France la seule le de Saint-Domingue et ses richesses en sucre. Les colonies sont englues dans un immobilisme strile auquel sajoute un clientlisme qui entrave toute innovation. Pour encourager les changes et la concurrence, la Couronne met fin aux barrires douanires et aux monopoles commerciaux. Le deuxime versant de cette entreprise rformatrice est la mise au pas de la bureaucratie locale. La Couronne supprime la vnalit des charges et oblige les fonctionnaires daudiences faire carrire hors de leur rgion dorigine afin dviter le conflit dintrt. A linverse, les natifs des colonies sont envoys exercer leur mtier en mtropole. Cette politique se heurte la rsistance de la bourgeoisie criolla qui,  la mme poque, commence mditer lexemple de lindpendance amricaine. Une formule rsume leur revendication :  Vivre et travailler au pays . En 1794, un admirateur de la Grande Rvolution, Narino, traduit la Dclaration des droits de lhomme et du citoyen que lon se passe de main en main. Dans ce grand arc atlantique qui va de lAmrique du Nord la France en passant par la Nouvelle-Grenade, la question du consentement limpt est le dtonateur de lexaspration populaire. Dsormais, afin dacclrer les rentres fiscales, la Couronne confie la gestion des monopoles des fonctionnaires dEtat auxquels les producteurs sont obligs de vendre le fruit de leur labeur. A la fin du XVIIIe sicle, et en dpit de toutes les difficults rencontres, cette politique donne des rsultats. Mais ce succs, souligne Jean- Pierre Minaudier  eut un prix politique : la Couronne dut affronter la fin du XVIIIe sicle une crise sans prcdent .


1768-1774 : La libert de commerce est instaure entre la Nouvelle-Grenade et le Prou, puis avec lensemble du continent amricain.


1774 : Le vice-roi Manuel Guirior propose une rforme du systme ducatif. Il sagit dintroduire davantage ltude des matires scientifiques.


1777 : Inauguration de la premire bibliothque publique avec plus de quatre mille ouvrages.


1780 : Lvque de Bogota Caballero y Gongora encourage la cration de socits conomiques, mais galement de limprimerie.


1778-1780 : Mission du visiteur gnral Gutierrez de Pineres. La Couronne lui donne mission dinstaurer une fois pour toute ladministration directe des monopoles. Afin damliorer la qualit du tabac destin lexportation, sa culture est limite quelques rgions. Lapplication de ces mesures, accompagne dune campagne darrachages, provoque lexaspration populaire. Dautant que la production comme la qualit baissent. En outre, ladministration multiplie les contrles tatillons sur les biens et les personnes, prludes de nouvelles ponctions fiscales.


1781 : Rvolte des Comuneros. Linsurrection clate dans la rgion de Santander. Les causes sont lies aux rformes brutales entreprises par Madrid, ainsi quau refus des croles de se laisser dpossder du pouvoir politique. Sous le commandement de Jos Antonio Galan, les insurgs marchent sur Bogota. Mais, au dernier moment, les rvolts ngocient avec larchevque un accord temporaire. Toutefois, le vice-roi Manuel Antonio Flores refuse de reconnatre laccord sign et envoie la troupe craser linsurrection. A rebours dune interprtation marxiste, la rvolte des communes est une motion populaire qui ne vise pas renverser les assises de la socitmais restaurer un ordre idal que le temps aurait altr. Le slogan des insurgs exprime ce loyalisme lordre traditionnel :  Viva el Rey y muera el mal gobierno . Ce qui caractrise la rvolte des Comuneros, crit Jean-Pierre Minaudier, cest  avant tout la solidarit de toutes les classes sociales face aux rformes. Le peuple rvolt place sa tte des membres des lites locales Avant tout, les Croles rvolts aspirent une plus grande autonomie des "communauts" quils pensent reprsenter, comme lindique le nom quils se donnent ; ils refusent quune autorit extrieure leur impose des charges supplmentaires sans ngociation ni compensation .


1782 : Le vice-roi proclame une amnistie gnrale, mais fait excuter les meneurs comme Galan.


1783 : Dbut de lexpdition botanique, vaste entreprise scientifique qui vise recenser la faune et la flore de lensemble de lAmrique espagnole. Un herbier de vingt mille espces est constitu.


1790 : Vargas publie Mmoire sur la population du royaume, o il sattaque lingale rpartition de la proprit foncire.


1791 : Publication Bogota du premier journal, dirig par Manuel del Socorro Rodriguez.


1793 : Inauguration du thtre du Colise Bogota.


1794 : Les autorits font jeter en prison un tudiant, Narino, qui a traduit et diffus plusieurs dizaines dexemplaires la Dclaration des droits de lhomme et du citoyen.


1797 : Narino rdige Essai sur un nouveau plan dadministration de la vice-royaut.


1801-1802 : Lexpdition dAlexandre von Humboldt traverse la Nouvelle-Grenade.


1808 : Charles IV dEspagne abdique en faveur de son fils Ferdinand VII. Napolon envahit lEspagne et dpose Ferdinand VII au profit de son frre Joseph.

 

Lindpendance de la Colombie n'a rien d'vident. Elle est arrache la pointe du sabre et de la baonnette une mtropole dcide maintenir son autorit. En deux dcennies, la Colombie livre deux guerres dindpendance tout en faisant face une tentative de reconqute espagnole. Les hostilits opposent rpublicains et royalistes, mais dressent galement lintrieur du camp amricain les patriotes entre eux. La premire rpublique, la Grande Colombie, ne dure quune dizaine dannes (1819-1830). La figure de Bolivar, pourtant originaire du Venezuela, domine de trs loin lpoque. A son retrait, la Grande Colombie clate et, de ses dpouilles, naissent lEquateur, le Venezuela, et lactuelle Colombie.

La chute des Bourbons est loccasion plus que la cause de lmancipation des colonies espagnoles. Plus que la monarchie, la vritable cible des patriotes amricains est le systme de centralisation mis en place partir de la fin du XVIIIe sicle. En vertu de la  constitution non crite , les Croles estiment tre lis de manire personnelle la Couronne et non la nation espagnole. En 1808, cette union personnelle est rompue. Naturellement, les Amricains reprennent leur compte la souverainet dsormais vacante. Cest ainsi, souligne Jean Pierre Minaudier, que  les colonies dAmrique proclamrent leur souverainet vis--vis de lEspagne, tout en se considrant encore lies la dynastie lgitime : un peu, si lon veut, selon les mmes principes qui prsident lactuel Commonwealth, mais sans laccord de la mtropole .


20 juillet 1810 : A cette date, crit Jacques Aprile-Gniset, la Colombie connat en une journe son  vase de Soissons et sa prise de la Bastille . Ce jour-l, Bogota, un habitant ayant besoin dun vase sadresse son voisin, le fleuriste espagnol, dont la boutique est langle. Le vendeur injurie lIndien qui le frappe, ce qui ameute toute la ville. Aussitt se forme une assemble populaire qui oblige le vice-roi accorder le lendemain lindpendance.


27 novembre 1811 : Un congrs des Provinces-Unies sige Tunja et adopte un  Acte fdral  dont les idologues sont Camillo Torres et Miguel Pombo. De tendance fdraliste, cette constitution souhaite faire respecter le droit des diffrentes provinces de Nouvelle-Grenade. A cette orientation fdraliste soppose une tendance plus centralisatrice, groupe autour d'Antonio Narino. En consquence, les dlgus de Bogota et du Choc rejettent lActe fdral.


9 janvier 1813 : Narino bat les troupes fdralistes aux portes de Bogota.


30 mai 1813 : Fdralistes et unionistes parviennent un accord. Ils saccordent sur la lutte contre lennemi commun espagnol.


12 dcembre 1814 : Simon Bolivar, rentr en Nouvelle-Grenade aprs lchec de la Deuxime Rpublique, entre Bogota dans le but de refaire ses forces. Bogota devient officiellement la capitale du pays. Mais, rapidement, dgot par les intrigues et les disputes, Bolivar comprend quil narrivera rien. Pour cette raison, il sembarque pour partir en exil la Jamaque.


1815 : Suite la chute de Napolon, Ferdinand VII remonte sur le trne dEspagne et entreprend de runir lui les colonies rvoltes. LEspagne envoie un imposant corps expditionnaire. Le colonel Pablo Morillo, un vtran de la guerre contre la France, est choisi pour le commander. Les forces espagnoles atteignent un effectif de 10 000 hommes.


Aot-dcembre 1815 : Sige de Carthagne.


26 mai 1816 : Bogota tombe aux mains des Espagnols.


1817 : Rtablissement de laudience de Santa F. Un rgime militaire dune grande brutalit sabat sur la Colombie. Les rpublicains sont pourchasss et excuts. En dehors de cette rpression qui sattaque aux lites locales, les exactions des troupes espagnoles sur la population civile excitent le ressentiment des populations locales. Dans lintrieur, quelques gurillas mergent. Mais faibles, elles ne peuvent rien entreprendre sans une aide extrieure.


15 fvrier 1819 : Congrs dAngostura. Vingt-six dlgus sont prsents et reprsentent le Venezuela et la Nouvelle-Grenade. Y est dcide la cration dun grand Etat commun. Sous la houlette de Simon Bolivar revenu dexil le mouvement saffirme. Crole de Caracas, il a t lev la lecture des auteurs des Lumires, et toute sa jeunesse a vibr au rythme des exploits de Napolon et de lEmpire. Pour lui, lchec de la Premire Rpublique est dabord le fruit dune mauvaise constitution, la fois trop librale, trop dcentralise, et sans outil militaire. Aussi crit-il dans la Lettre de Jamaque que  les institutions parfaitement reprsentatives ne sont pas adaptes notre caractre, nos coutumes et nos lumires actuelles . De mme que pour lui, il nest pas possible doublier lpineux problme de lesclavage qui dresse les noirs et les multres contre leurs matres croles, partisans de lindpendance.


Mai-juin-1819 : Libration de la Colombie. Larme du librateur passe les Andes et surprend les Espagnols.


11 juillet 1819 : Bataille de Gameza. Les deux parties sattribuent la victoire. Bolivar russit cependant avancer vers Tanja, porte dentre de lAltiplano.


25 juillet 1819 : Les patriotes, grce une charge de lanciers bien mene et laction dcisive de la lgion anglaise, parviennent enfoncer les lignes espagnoles et mettre en droute larme de Madrid.


10 aot 1819 : Bolivar entre triomphalement Bogota. Le vice-roi fuit, dguis en Indien.


17 dcembre 1819 : Le congrs dAngostura scelle lunion de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela en une rpublique de Colombie compose de trois dpartements : le Venezuela, la Nouvelle-Grenade et Quito. Nanmoins, une grande partie de ce territoire tait encore sous le joug espagnol : la cte du Venezuela et, surtout, tout le Sud, puisque, pour Bolivar, la nouvelle nation devait stendre jusquaux limites du Prou.


1er janvier 1820 : Les soldats qui doivent tre embarqus Cadix en direction des Amriques se rvoltent et contraignent le roi Ferdinand VII rtablir la constitution espagnole de 1812.


Mai-octobre 1820 : Bolivar convoque un congrs constituant Ccuta. Antonio Narino est charg de diriger les travaux du congrs.


24 juin 1821 : Bataille de Carabobo. Bolivar crase le marchal Miguel de la Torre.


10 octobre 1821 : Les troupes rpublicaines prennent Carthagne.


7 novembre 1821 : Bolivar est lu prsident de la Colombie et Santander vice-prsident.


16 juin 1822 : Bolivar entre Quito. Effectivement, Bolivar poursuit la lutte contre lEspagne en lanant une campagne de libration continentale au Prou et en Bolivie. Santander exerce la ralit du pouvoir en Colombie.


Juillet 1822 : Les Etats-Unis dAmrique reconnaissent le nouvel Etat.


1824 : Tous les suspects de royalisme sont expulss de Grande Colombie et leurs biens sont confisqus.


1824-1826 : Pendant labsence de Bolivar, des problmes apparaissent au sein du nouvel Etat, du fait du gigantisme de son territoire, form de rgions trs diffrentes. Les divergences idologiques un instant disparues dans lunion sacre contre les Espagnols rejaillissent. Les partisans de Santander prnent un Etat faible et lac. A linverse, Bolivar dfend lide dune Grande Colombie catholique forte et centralise aspirant lhgmonie continentale. Le nouvel Etat se dote dune Bibliothque nationale, dun Muse national, dune cole des Mines et dune Acadmie littraire. Linquisition politique (comme en Espagne) ainsi que la censure religieuse sont abolies.


4 septembre 1826 : Bolivar quitte le Prou pour la Colombie.


2 mars 1828 : Bolivar convoque un congrs dans la ville dOcana afin de rflchir une nouvelle constitution plus centralise.


27 aot 1828 : Face aux rsistances, Bolivar passe outre et adopte la  loi fondamentale  qui abolit la prcdente constitution et assume la dictature. Cependant, les difficults intrieures saggravent.


25 septembre 1828 : Coup dEtat avort. Santander est exil en Europe.


3 juin-28 fvrier 1829 : La Grande Colombie est en guerre avec le Prou qui lorgne sur le Sud du pays. Le conflit sachve sur un statu quo.


27 dcembre 1829 : Le Venezuela fait scession.


8 mai 1830 : Incapable de juguler la crise ouverte par la dclaration dindpendance du Venezuela et affaibli physiquement, Bolivar donne sa dmission.


13 mai 1830 : LEquateur dclare galement son indpendance.


Ier juillet 1830 : Antonio Jos de Sucre, que Bolivar considre comme son dauphin, est assassin.


17 dcembre 1830 : Bolivar steint dans la Quinta de San Pedro Alejandrino, Santa Marta. Il crit peu avant de mourir que l  Amrique est ingouvernable , que  servir une rvolution, cest labourer la mer , et que  la seule chose faire en Amrique, cest dmigrer .


20 octobre 1831 : Ce qui reste de la Grande Colombie se regroupe sous le nom de rpublique de la Nouvelle-Grenade.

 

Aprs quatre noms successifs, six constitutions, trois coups dEtats, neuf guerres civiles et des dizaines de conflits frontaliers avec ses voisins, le nouvel Etat qui nat sur les cendres de la Grande Colombie connat une gestation douloureuse. Ainsi, souligne Jean Pierre-Minaudier,  cet ensemble de territoires disparates, rassembls autrefois sous lgide des mmes autorits coloniales, ne formait absolument pas une nation, cest--dire une communaut consciente de son unit et dsireuse de partager un destin commun. LEtat, faible, dpourvu de lgitimit et de projet mobilisateur, se dissout dans la violence et lanarchie .

Les diffrentes constitutions savrent en pratique inapplicables. On raconte que Victor Hugo, le phare spirituel des constituants, recevant un exemplaire de la constitution colombienne, sexclama que  ce pays devait tre peupl danges .

Cest aussi au milieu du XIXe sicle que naissent les deux grands partis qui dominent encore la vie politique colombienne : les libraux et les conservateurs. Quelle diffrence y a-t-il entre un conservateur et un libral ? Garcia Marquez nous lexplique dans Cent Ans de solitude :  Les conservateurs vont la messe de cinq heures, les libraux vont lglise sept heures.  En ralit, la ligne de fracture entre les deux partis saffirme au gr de lesprit de contradiction. Ainsi, les conservateurs deviennent les porte-drapeaux de la religion et des valeurs traditionnelles parce que les libraux ont une inclinaison plus anticlricale. A linverse, les libraux sont de farouches avocats de la dcentralisation alors que les conservateurs ne croient quen un Etat fort. Le clientlisme domine la vie politique. A la racine se trouvent les solidarits, locales et familiales, les rseaux labors dans les loges maonniques ou les confrries religieuses.

Cest galement cette poque qumerge la figure du caudillo, grand propritaire terrien ou chef de guerre intrpide qui sappuie sur un fief, un clan. Plus gnralement, cest un homme daction pris de rve de grandeur. Un sicle plus tard, dans son roman LHomme cheval, Pierre Drieu la Rochelle en donne cette dfinition :  Il y a beaucoup daction dans lhomme de rve et beaucoup de rve dans lhomme daction. 


29 fvrier 1832 : Une nouvelle constitution est adopte. Elle tablit un rgime prsidentiel. De retour dEurope, le gnral Santander est lu la charge suprme par le Congrs.


1833 : Rlection de Santander. En dpit de son exprience dhomme dEtat et de juriste, il ne parvient pas stabiliser le rgime, en partie faute davoir su se concilier les partisans de Bolivar. Luvre de sa prsidence se borne labolition du monopole de leau de vie. Par ailleurs, les frontires avec le Venezuela sont fixes. Toutefois, des imprcisions demeurent. Les deux pays sont toujours en conflit au sujet du golfe de Maracaibo.


1837 : Jos Ignacio de Marquez est lu prsident de la Rpublique.


30 juin 1839-mai 1840 : Le pays est plong dans une guerre civile. Le Congrs supprime les couvents de la rgion de Pasto, provoquant la rvolte de la population locale. Le gnral Pedro Alcantara Herran crase la rbellion. Le chef de linsurrection, Jos Erato, est captur. Celui-ci accuse le gnral Jos Maria Obando, candidat du parti dopposition aux prochaines lections prsidentielles, de ne pas tre tranger lassassinat de Sucre en 1830. Obando quitte Bogota et rejoint les dbris de la rbellion. Il profite de la mort de Santander pour sortir de Pasto. Mais le gouvernement de Bogota anantit les insurgs avec laide de lEquateur. Cette ingrence extrieure dclenche une contestation gnrale. Les dirigeants insurgs proclament lindpendance de leurs provinces et dclarent quils naccepteront de rintgrer le giron de la Nouvelle-Grenade qu condition quelle se transforme en fdration. Nanmoins, les rebelles ne parviennent pas sentendre, ce qui conduit Jos Maria Obando la droute. Le prsident Marquez reprend la main et termine son mandat en pacifiant le pays.


1841-1845 : Prsidence de Pedro Alcantara Herran.


1843 : Nouvelle Constitution qui renforce lautorit du prsident.


1845-1849 : Prsidence de Tomas Cipriano de Mosquera.


1848-1849 : Formation des partis libraux et conservateurs. Les tensions mises en relief par la guerre entre les bolivaristes et les santandristes se cristallisent avec la naissance des partis libral et conservateur. Mais la vie dmocratique reste assez rduite. Le corps lectoral ne dpasse pas 5 % de la population : les analphabtes, les journaliers, les domestiques sont exclus du droit de vote, les esclaves ltaient mme de la nationalit no-grenadine. En outre, le collge en charge de llection du prsident ne compte que 1 600 grands lecteurs.


1er avril 1849 : Le libral Jos Hilario Lopez accde la prsidence. Il entreprend aussitt une vaste campagne de rformes. Il abaisse les droits de douane, dcentralise la fiscalit. La peine de mort pour des motifs politiques est abolie. Les jsuites sont expulss en raison de leur trop grande influence dans lducation.


21 mai 1851 : Le gouvernement dcide labolition de lesclavage. Cette mesure provoque une brve priode daffrontement. Mais les libraux sortent renforcs de lpreuve.


1853 : Nouvelle constitution qui introduit une dose de fdralisme. Le Panama devient le premier Etat fdral.


1854 : Une courte guerre civile clate suite au coup dEtat du gnral Jos Maria Melo. Melo sassure le soutien de Bogota. Mais sans charisme, isol, mal organis, il ne rsiste que quelques mois face lunion sacre des conservateurs et des libraux.


1857 : Cration des Etats autonomes de Bolivar, Boyaca, Cauca, Cundinamarca et Magdelana.


1858 : Transformation de la rpublique de Nouvelle-Grenade en un Etat plus dcentralis nomm Confdration grenadine. Le poste de vice-prsident est supprim et le suffrage universel direct est adopt tandis que le prsident est lu pour quatre ans par le Congrs. Cependant, malgr ces progrs en direction du fdralisme, les libraux estiment que le pouvoir central garde encore trop de pouvoir et souhaitent carter lEglise des affaires politiques.


1860-1862 : Guerre civile. Le gnral Tomas Cipriano de Mosquera (ancien prsident conservateur de Nouvelle-Grenade devenu entre-temps leader des libraux) proclame la scession de lEtat du Cauca, le plus vaste des Etats du pays. Il sempare de Bogota et se dclare prsident provisoire. Lun de ses premiers actes est de changer le nom du pays en Etats-Unis de Colombie espagnole.


4 fvrier 1864 : Convention de Rionegro. Le pays se dote dune nouvelle constitution encore plus fdrale. La Colombie, remarque Jean-Pierre Minaudier, ne fut plus que laddition de neufs Etats confdrs souverains  qui menaient chacun leur vie propre, avec leurs constitutions, leurs lois, leur justice, leur monnaie, leurs douanes, leurs armes. Au pouvoir confdral, il restait en thorie les relations extrieures et la conduite de la guerre : mais le prsident, dont le mandat avait t rduit deux ans, navait mme plus le droit de dclarer la guerre sans laccord des gouverneurs des Etats, ni dintervenir en cas de conflit arm contre le gouvernement de lun des Etats. La Constitution limitait les forces armes confdrales mille hommes, une garde nationale inoffensive, bonne parader aux ftes nationales.  Institue pour viter le retour d'un caudillo aspirant la dictature lchelle nationale, la constitution plonge la Colombie en campagne lectorale permanente du fait de la brivet des mandats. La fraude explose. Ainsi, en 1875, le futur prsident Rafael Nunez obtient dans lEtat de Bolivar plus de voix que l'Etat ne comptait dhommes adultes.


1er avril 1864 : Le gnral Mosquera cde la place de prsident Manuel Murillo Toro. Il radicalise sa politique religieuse et fait voter une loi expulsant les membres du clerg ne jurant pas fidlit la constitution.


1866 : Mosquera est rlu prsident de la Rpublique. Sur le plan de la politique trangre, il tente de maintenir la neutralit du pays dans la guerre qui oppose lAmrique du Sud lEspagne. Il ouvre les ports colombiens aux belligrants.


1867 : Un scandale clate au sujet de lachat aux Etats-Unis dun navire de guerre. Aprs avoir suspendu les activits du Congrs pour un an, il est renvers par un coup dEtat radical et exil. Ce coup dEtat entrine le dbut de lhgmonie politique des libraux radicaux.


1er avril 1868 : Santos Gutierrez est lu prsident. Il fait face plusieurs rvoltes quil rprime sans problmes.


1870 : Election dEustorgios Salgar la prsidence de la Rpublique. Lducation samliore avec la cration dcoles normales. Un trait est sign avec Washington au sujet de Panama et de la voie de chemin fer qui permet la liaison entre les ocans.


1872 : Bogota devient la capitale fdrale.


1872-1874 : Mandat prsidentiel de Manuel Murillo Toro.


1874-1876 : Mandat de Santiago Prez de Manosalbas.


1876-1877 : Guerre civile. Elle clate cause de la frustration des conservateurs privs de postes et qui sont furieux de la politique anticlricale des libraux. Des troubles perturbent la tenue des lections prsidentielles. Le Congrs finit par lire Aquileo Parra. Les conservateurs refusent de reconnatre le rsultat. Le gnral Largacha mate la rbellion.


1er avril 1878 : Le gnral Largacha, le vainqueur de la guerre, est lu la prsidence. Son mandat est compliqu car les caisses de lEtat sont vides et lautorit du pouvoir central est toujours conteste.


10 janvier 1880 : Ferdinand de Lesseps dbute les travaux de percement du canal de Panama qui est encore en territoire colombien.


1er avril 1880 : Le docteur Rafael Nunez est lu prsidence. Libral, il a effectu plusieurs voyages dtude en Europe. Lucide, il observe que lanarchie et de trop grandes liberts aboutissent au chaos. Pour cette raison, il prconise un Etat central fort et respect.


1er avril 1882 : Le docteur Francisco Javier Zaldua est lu prsident sans candidat de lopposition. Il sert en ralit dalibi Rafael Nunez. La constitution interdit celui-ci denchaner deux mandats conscutifs.


1er avril 1884 : Rafael Nunez est rlu la prsidence.


Janvier 1885 : Sept Etats se rvoltent. Leurs milices occupent toute une bande ctire le long du rio Magdalena. Nunez, avec la bienveillance de Washington, mne une campagne militaire qui rtablit lordre. Nunez se rapproche des conservateurs et fonde le parti national.


5 aot 1886 : Le Congrs labore une nouvelle refonte constitutionnelle. Le pays abandonne lappellation dEtats-Unis de Colombie pour relever celui de rpublique unitaire de Colombie. Les neufs Etats souverains sont abolis et remplacs par trente-deux dpartements. Dornavant, les gouverneurs et les maires sont nomms directement par le gouvernement et non plus lus. Les lois, la monnaie, la collecte de limpt redeviennent des prrogatives rgaliennes. Les armes rgionales sont prohibes. Le prsident jouit dsormais de larges pouvoirs. Il nest pas responsable de ses actes et peut, en cas de crise, proclamer ltat de sige.

 

Les institutions conues la fin du XIXe sicle ont charpent toute lhistoire politique de la Colombie jusquen 1991. Elles partent dun constat dchec. Ainsi, Nunez, en rsumant lexprience du libralisme radical, crivait en 1886 :  Nous avons fait de la libert humaine un idal stupide semblable aux idoles sanglantes des tribus barbares, source fangeuse de dispositions aveugles qui perturbent le jugement et finissent par plonger chaque citoyen dans la plus dplorable des servitudes, la dpression morale. 

A cause de la dcentralisation outrance, il nexiste aucun rseau routier national, ce qui renforce le cloisonnement entre les rgions. Lindustrialisation est inexistante.

Cette seconde renaissance, cette rgnration nationale se fait dans le sang et la douleur, tant les haines et les fosss sont profonds entre les diffrentes composantes de la population. Le pays qui endure trois nouvelles guerres civiles est amput dune partie de son territoire. Pourtant, aprs 1905, la Colombie connat quatre dcennies de paix et de stabilit. Lhomme va dfricher trois fois plus quil ne lavait fait durant les sicles prcdents. En Antioquia, qui ne comptait que quarante-huit bourgs et hameaux en 1800, natront cinquante-et-un villages nouveaux avant 1900, dont vingt-sept dans les cinquante dernires annes.


1887 : Concordat avec le Vatican qui rend lEglise le contrle de lducation et reconnat le catholicisme comme religion de la Rpublique colombienne.


1888 : La loi dite  de Ley de los Caballos  permet dinterdire les journaux dorientation librale.


1894-1898 : Election la prsidence de Miguel Antonio Caro.


22 janvier 1895 : Le directeur de la nouvelle police nationale colombienne, le commissaire franais Jean-Marie Marcelin Gilbert, djoue une conspiration organise depuis ltranger par le gnral libral Avelino Rosas Cordoba qui pensait faire arrter le prsident Miguel Antonio Caro.


Janvier-mars 1895 : Les libraux sinsurgent et la rvolte se rpand dans toute la Colombie. Mais elle est rapidement crase.


1898 : Election de Sanclemente, g de 85 ans, la prsidence de la Rpublique.


1899-1902 : Guerre des Mille Jours. Cest la dernire et la plus meurtrire des guerres civiles du XIXe sicle. Sous la houlette des gnraux Gomez Pinzon, Herrera et Uribe, les libraux essayent de profiter de la crise qui agite le parti conservateur. En raison de son ge, Sanclemente a du mal se faire respecter. Mais les libraux ne parviennent pas trouver des allis et, surtout, savrent incapables de faire face larme nationale modernise et quipe leuropenne. La guerre est responsable dnormes destructions, de leffondrement du commerce, de campagnes saccages, de la mort de plus de cent mille personnes (3 % de la population). Le conflit sarrte par puisement. En outre, les Etats-Unis russissent faire parapher un accord de paix entre les belligrants. Il est sign bord du cuirass Wisconsin. Les libraux renoncent la lutte arme et sont amnistis.


Janvier 1903 : Le gouvernement colombien signe le trait Herran-Hay qui prvoit la concession du canal de Panama et dune bande de terre de 5 kilomtres de large en change dun ddommagement de 10 millions de dollars. Mais le Congrs colombien refuse de le ratifier. Irrits, les Amricains dcident dapporter leur soutien aux autonomistes panamens.


3 novembre 1903 : Coup de force des indpendantistes panamens soutenus par les soldats amricains. La rpublique de Panama est proclame. Par la suite, la Colombie sera indemnise pour la perte du Panama, soit un total de 25 millions de dollars.


1904 : Rafael Reyes est lu la prsidence. Dans le domaine de lconomie, laction du nouveau prsident vise acclrer la modernisation des transports et protger une industrie naissante grce des tarifs douaniers levs (augments de 70 % en 1907).


1905 : Reyes met fin aux travaux du Congrs et convoque une assemble dont il dsigne les membres.


1906 : Un attentat rat dclenche la rpression contre les milieux libraux.


1909 : Reyes signe avec les Etats-Unis un trait qui entrine la perte du Panama et autorise les btiments de lUS Navy faire escale dans les ports colombiens en cas de guerre. Laccord est rejet par lassemble, ce qui oblige Reyes donner sa dmission.


1910 : La coalition htroclite qui a dchu Reyes se rassemble au sein dun nouveau parti, le Parti rpublicain, le parti qui porte la prsidence le conservateur Carlos Eugenio Restrepo. La dure du mandat prsidentiel est ramene quatre ans et les mandats successifs sont prohibs. Dsormais, le chef de lEtat est lu au suffrage universel. Quelle que soit la nature du crime, la peine de mort est dfinitivement supprime.


1914 : Election du conservateur Jos Vicente Concha qui forme un gouvernement purement conservateur.


1918 : Election du conservateur Marco Fidel Suarez.


1920 : La Colombie devient le deuxime producteur de caf au monde. La United Fruit Company emploie 25 000 personnes. Nanmoins, la United Fruit demeure une compagnie trangre dteste (elle dispose de ses propres lois qui priment sur le droit national). Elle ne sintresse pas au dveloppement du pays. Les dividendes ne sont pas rinvestis sur place. La firme utilise un personnel qualifi amricain et exploite la main-duvre autochtone. Llevage de viande ovine double et la Colombie exporte sa marchandise vers les Antilles et les Etats-Unis.


1921 : La compagnie amricaine ouvre sa premire raffinerie en Colombie. Une dcennie plus tard, le pays exporte vingt millions de barils.


1922 : Election du conservateur Pedro Nel Ospina dans des circonstances douteuses.


1923 : Cration de la banque centrale. La surintendance bancaire (institution charge de contrler le systme financier) et le contrle gnral (organisme charg de contrler les dpenses de lEtat).


1924 : Naissance du Parti socialiste rvolutionnaire dobdience marxiste.


1925-1929 : Spculation effrne. Afflux massif de capitaux amricains qui va de pair avec lendettement. Cette priode de croissance est appele par la suite, la  Danse des millions .


1926 : Election de Miguel Abadia Mendez sans candidat dopposition.


1928 : Massacre des bananeraies, dans la ville de Cinga au nord de la Colombie, lorsquun rgiment fait feu sur des grvistes de la United Fruit Company, faisant cent morts et deux cent cinquante blesss.


1929 : Aprs des chauffoures entre tudiants qui font un mort, le maire de Bogota doit dmissionner. Le climat devient si tendu que le parti conservateur se scinde en deux.


1930 : Les libraux prsentent Enrique Olaya Herrera qui est lu prsident. Trois dcennies de rgne sans partage des conservateurs prennent fin.

 

Trois pisodes scandent cette triple dcennie : laccession aux affaires des libraux et lapplication de leur programme avanc ; puis la monte fulgurante de Jorge Eliecer Gaitan. Il soutient les petits planteurs de caf, encourage linstruction publique, dfend lide dun organisme proposant des habitations accessibles tous. A la fois nationalistes et rvolutionnaires ses ides mlent bolivarisme et qute dun homme nouveau affranchi de la domination du capitalisme international. Comme il est mort fauch dans la fleur de lge quelques mois dun scrutin dont il tait le favori, il est devenu un personnage mythique, mme si ses ides nont jamais pu tre confrontes lpreuve du pouvoir.

Enfin, une nouvelle guerre civile clate, sempiternelle rptition de la haine sculaire entre bleus et rouges. Jacques Aprile Griset remarque que lidologie est relgue au second plan.  Depuis longtemps dj un libral nest pour un conservateur quun sale cachiporro qui lui-mme mprise laffreux godo. On ne choisit dailleurs pas son tiquette car on nat dans une famille o un lointain anctre a dj choisi une fois pour toutes, et pour tous ceux qui suivront. 

Simultanment, linsertion du pays dans le concert mondial se poursuit. Les diffrences entre les rgions sestompent et un authentique sentiment national merge.


1931 : Effondrement du cours du caf suite la crise aux Etats-Unis. Ltalon-or est abandonn et le contrle des changes instaur. Le peso est dvalu et linflation atteint jusqu 40 % par an.


1932-1933 : Guerre entre la Colombie et le Prou. Le prsident pruvien savance en territoire colombien dans le but dannexer le trapze amazonien au sud du pays. La marine colombienne riposte tandis que laviation pruvienne lance plusieurs raids. Les Colombiens ont recours plusieurs centaines de mercenaires allemands. Aprs lassassinat du prsident pruvien, le conflit cesse et un trait de paix est sign qui confirme la frontire entre les deux pays.


1933 : Jorge Elicier Gaitan fonde lUNIR, lUnion nationale rvolutionnaire de gauche, qui sinspire du PRI mexicain et des Chemises noires italiennes Jeune boursier doctorant en droit, Gaitan a pass plusieurs annes en Italie. Lexemple mussolinien la beaucoup impressionn.


1934 : Election du prsident Afonso Lopez Pumarejo. Issu dun milieu bourgeois de producteurs de caf, il lance en sinspirant du New Deal de Roosevelt lide dune  Rvolution en marche .


1935 : Le gouvernement runit une commission denqute sur les conditions de vie des ouvriers de la Tropical Oil.


1936 : Double rforme agraire et constitutionnelle. LEtat reconnat aux colons la proprit de la terre quils ont mis en culture. Toutes les corves en nature et en travail sont supprimes. Le clerg perd son immunit fiscale. La nouvelle constitution garantit le droit de grve.


23 mars 1936 : Gaitan est nomm maire de Bogota. Il lance une ambitieuse politique dducation populaire qui vise amliorer la sant et lhygine.


1937 : Le directeur de la United Fruit est emprisonn pour infraction la lgislation sociale.


1938 : Lalphabtisation progresse de 11 % en 1900 41 % en 1938.


1940 : Avec la guerre, le march du caf connat un nouvel effondrement. Les exportations diminuent de 20 %.


1941 : La Colombie dclare la guerre lAxe. Les entreprises allemandes sont nationalises.


1942 : Rlection de Lopez Pumarejo.


1943 : Lopez Pumarejo laisse le pouvoir pendant plusieurs mois un prsident intrimaire.


1945 : Instauration dun code du travail. Il limite la dure du travail, institue des congs pays.


1946 : Election du conservateur Ospina Prez la prsidence de la Rpublique.


1947 : Gaitan, aprs avoir rintgr les rangs du parti libral, lance la campagne des lections prsidentielles. Tribun de la plbe hors pair, il joue de son aspect physique imposant, de sa mchoire prominente. En bras de chemise, il sue, tonne et ructe. Ses discours sont simples et vigoureux. Il rserve ses attaques  les plus froces aux oligarchies et plus encore qu la ploutocratie, ce pays politique coup du peuple, qui profitait de son pouvoir pour exploiter la sueur du pays national  remarque Jean-Pierre Minaudier. Il conclut chacune de ses harangues par son cri de ralliement :  A la charge ! 


9 mars 1948 : En dbut daprs-midi, Gaitan est assassin en plein centre de Bogota alors que vient de souvrir la premire confrence panamricaine. Les mobiles du meurtre restent obscurs : mari jaloux, dsquilibr, tueur gage engag par les conservateurs. Car, en quelques minutes, il est lynch par la foule en fureur. Immdiatement, cest lanarchie. La masse dchane, crit Jacques Aprile-Gniset  descend dans la rue et incendie joyeusement tramways, banques, ministres, glises et collges, magasins de luxe, bref une bonne moiti du centre dune capitale comptant alors 500 000 habitants. Dans vingt villes, lmeute populaire clate, brutale, mais le prsident, fort de lappui amricain, refuse de dmissionner. Il arrive mme effrayer les dirigeants libraux qui lchent leurs troupes, convaincus quelles sont manuvres par les communistes. Larme entre en scne et, deux jours plus tard, on enterre entre 3 000 et 5 000 victimes . Cet pisode dramatique a jou un rle essentiel dans la propagation de lide dun peuple immature et barbare. Aprs les vnements, on interdit symboliquement la vente de la chicha, la bire de mas traditionnelle des Indiens et des mtis.


30 avril 1948 : Fin de la Confrence panamricaine et naissance de lOrganisation des Etats amricains (OEA).


Mai 1949 : Les ministres libraux quittent le gouvernement.


Novembre 1949 : Le prsident Ospina Prez met un terme aux activits du Congrs o les libraux demeurent majoritaires. Ces derniers dcident de boycotter llection prsidentielle remporte par le conservateur Laureano Gomez. Surnomm le  Monstre , il incarne le conservatisme radical. Admirateur de lexprience de Salazar, il rve dinstaurer un ordre nouveau la fois autoritaire et corporatiste. Immdiatement, il dsigne les libraux la vindicte :  En Colombie, on parle encore du Parti libral pour dsigner une masse amorphe, informe et contradictoire que lon peut seulement comparer une cration imaginaire dpoques rvolues : le basilic. Notre basilic se meut grce des pieds de confusion et de stupidit, sur des jambes de brutalit et de violence qui tranent son norme ventre oligarchique ; avec une poitrine assoiffe de vengeance, des bras francs-maons, et une petite, toute petite tte communiste ; mais cest la tte. 


1951 : Dans les confins du pays, des insurgs proclament des rpubliques librales.


Juin 1951 : Fidle allie de Washington, la Colombie est le seul pays dAmrique du Sud envoyer un bataillon sous mandat des Nations unies, participer aux oprations en Core.


1952 : Les insurgs tiennent une confrence nationale dans le Boyaca.


1953 : Nomination dun  commandant en chef des gurillas  en la personne de Guadalupe Salcedo. Leur nombre slve 10 000. Ils ditent deux manifestes, o ils exigent une rforme agraire drastique.


Juin 1953 : Coup dEtat de larme qui porte au pouvoir le gnral Rojas Pinilla. Il promulgue aussitt une amnistie gnrale. Mais celui-ci se met rver dun destin la Peron. Il cherche mettre sur pied une troisime voie politique quidistance des libraux et des conservateurs : le Mouvement daction nationale soutenu par le double pilier peuple-arme. Pinailla souhaite se prsenter aux prsidentielles de 1958.


1954 : Des manifestations tudiantes sont rprimes.


Juillet 1956 : Pacte de Benidorm. Les libraux et les conservateurs runis en Espagne donnent naissance au Front national. Ils unissent leur force contre Pinilla. Les deux partis sengagent pendant seize ans se partager le pouvoir tous les niveaux, et se partager les postes de ladministration publique. Aux quatre prochaines lections prsidentielles, les deux partis prsentent un mme candidat. Le premier tour revient aux libraux. Ainsi, crit Jean-Pierre Minaudier,  les conservateurs et les libraux, enfin conscients que ce qui les sparait tait infiniment moins important que ce qui les rapprochait, ne formaient plus pour seize ans quun trange parti unique du genre siamois, pourvu dune seule tte, de deux visages distincts et de deux corps troitement mls lun lautre .


Mai 1957 : Une grve gnrale clate, soutenue aussi bien par lEglise que par les syndicats. Pinailla est pouss la dmission.


Dcembre 1957 : Le pacte de Benidorm est soumis un plbiscite.


Mai 1958 : Le premier prsident libral du Front national, Alberto Liera Camargo, est lu.

 

A la diffrence dautres pays dAmrique du Sud, la Colombie a beaucoup moins souffert des soubresauts de lconomie plantaire. Elle na endur ni chmage de masse, ni hyperflation, ni rcession. Lendettement est trs supportable. Cest lunique pays dAmrique latine qui na jamais eu besoin de ngocier ltalement de ses crances avec le FMI. En revanche, loin de trouver un point dquilibre, le systme politique sest dessch, victime du partage du pouvoir entre bleus et rouges. Le systme fait lobjet dun rejet de plus en plus violent. A partir des annes quatre-vingt, les gurillas contrlent des pans entiers du pays. Les Forces armes colombiennes (FARC) rvent encore de la socit sans classes, bien que le marxisme soit entr en phase terminale.

En ralit, dans les campagnes, les soldats perdus de la gurilla se sont mus en mercenaires de causes de moins en moins politiques. Le trafic de drogue, le racket et les enlvements deviennent progressivement une fin en soi. Les homicides se comptent par dizaines de milliers ; cest la premire cause de dcs. Ainsi, selon les statistiques, 10 % des assassinats au monde sont commis en Colombie alors que les Colombiens ne reprsentent que 0,5 % de la population de la plante

Les barons de la drogue ajoutent au chaos limmoralit dun argent-roi qui arrose toutes les strates de lconomie, quand ce nest pas de la politique colombienne. Largent sale se dverse gros bouillons. Il finance les campagnes des candidats quelles que soient leurs couleurs. Il dcide aussi des rsultats. En 1994, une voix valait 50 000 pesos (un peu plus de 100 euros), soit quinze jours de salaire. Ainsi, crit Jean-Pierre Minaudier,  toutes les valeurs ont t bouleverses par lmergence brutale dune nouvelle lite exclusivement forme de malfaiteurs fabuleusement riches ; en particulier le fameux cartel de Medellin form de sous-proltaires parvenus, vulgaires et mas-tu-vu .


1962 : Election la prsidence du conservateur Guillermo Lon Valencia.


1961 : De retour dexil, Rojas Pinilla fonde lAlliance nationale populaire. Mouvement social-national qui, sur le modle du pronisme, entend rallier tous les opposants lalliance contre nature des bleus et des rouges.


1963 : LEtat colombien opte pour la politique dindustrialisation par substitution des exportations. Le principe est simple : instaurer des barrires douanires drastiques, dans le but de servir de bquilles aux industries balbutiantes ; encourager les exportations au moyen de subventions et privilgier la production nationale dans les achats.


1964 : Cration des Forces armes rvolutionnaires de Colombie. Dobdience marxiste-lniniste, ce mouvement prend de lampleur sous la houlette du commandant Manuel Marulanda Vlez. Il est trs proche de lappareil du PC clandestin.


1966 : Election la prsidence du libral Carlos Lieras Restrepo. Comme le rsultat des lections ne fait aucun doute, la participation seffondre moins de 30 %.


1968 : Lieras Restrepo lve lEtat de sige.


1967 : Adoption dun systme de dvaluation progressif du peso vis--vis du dollar. En quelques annes, le PIB crot de 6 % par an en moyenne.


1970 : Election la prsidence du libral Pastrana Borrero. Il lemporte dune courte tte face Rojas. Vraisemblablement, les rsultats ont t truqus, ce qui provoque la colre des partisans de Rojas dont certains optent dsormais pour la lutte arme et fondent le M-19. Ce mouvement se fait remarquer par ses actions spectaculaires comme le vol de lpe de Bolivar.


1971 : Une srie de manifestions sur les campus universitaires sont rprimes dans le sang. La gauche tudiante se radicalise et commence fournir des cadres la lutte arme.


1974 : Election dAlfonso Lopez Michelsen la prsidence. Le systme de partage des pouvoirs entre libraux et conservateurs prend fin.


1975 : Apparition du trafic de coca. A lorigine, il sagit juste dune activit de transformation. Les feuilles cultives en Bolivie et au Prou sont transformes dans des laboratoires clandestins en pleine jungle. Les raisons qui expliquent que la Colombie soit devenue le pays phare de la production de drogue sont triples. Tout dabord, elle nest distante que de trois heures en avion des Etats-Unis. Ensuite, le territoire national est constitu de trs larges tches blanches peu ou pas contrles. Enfin, lEtat ferme les yeux sur la provenance des capitaux abondants qui irriguent lensemble de lconomie et sont lorigine du dynamisme de lconomie, quels que soient les alas de la conjoncture mondiale. Endurante, la coca ne demande que peu de soins. Le travail est faible en proportion des gains escompts et des surfaces cultives.


1978 : Election de Julio Csar Turbay Ayala la prsidence.


1979 : Signature dun trait dextradition entre les Etats-Unis et la Colombie. Il prvoit de livrer aux Etats-Unis les trafiquants de drogue.


1980 : La politique de substitution aux importations est bout de souffle. Les barrires douanires leves sont un frein linnovation. Elles protgent une production nationale dont la qualit nest pas le souci premier. A part le caf, les exportations scoulent difficilement. En outre, largent facile de la drogue ou du caf alimente linflation au dtriment du travail et de linvestissement.


Fvrier 1980 : Le M-19 organise lenlvement dune douzaine dambassadeurs loccasion dun cocktail lambassade dominicaine, dont celui des Etats-Unis et du Vatican.


1981 : Interception, au large de la cte Pacifique, dun bateau bourr darmes en provenance de Cuba et destination de la gurilla. Les relations entre La Havane et Bogota sont rompues.


1982 : Election du conservateur Belisario Betancur. Il dcide une amnistie sans conditions aux guerilleros qui ne sont pas obligs de rendre leurs armes.


1984 : Les FARC et le M-19 acceptent le cessez-le-feu.


1985 : Les gurillas se coordonnent et dcident de reprendre la lutte arme.


1986 : Election du libral Virgilio Barco.


Mars 1986 : Une coule de boue dvalant les pentes dun volcan en ruption submerge la ville dArmero, faisant plus de 20 000 morts.


Juin 1986 : Spectaculaire opration du M-19 contre le palais de Justice de Bogota. La prise dassaut du btiment par larme provoque le massacre de plus de cent personnes, dont la moiti des juges suprmes.


1988 : Le trafic de drogue prend des proportions dramatiques. La drogue provoque un afflux de devises, de dollars. Ce qui provoque un renchrissement du peso. Lindustrie nationale est dcourage, la spculation explose.


1989 : Assassinat en pleine campagne prsidentielle du candidat des libraux, Luis Carlos Galan. Ltat de guerre est dclar. L'Etat fait saisir les proprits des parrains du cartel de Medellin.


1990 : Election de Csar Gavirias. Epaul par les Etats-Unis, il entreprend une vaste campagne anti-drogue. Lors de ces lections et pour la premire fois, lusage de lisoloir est obligatoire. Pour la premire fois galement, les lecteurs votent avec des bulletins imprims par le gouvernement et non par les partis. La Constitution est rcrite.


1991 : Pablo Escobar, qui est traquaccepte de se rendre. Il est incarcr dans une prison trois toiles quil a lui-mme fait construire. Entour de ses gardes du corps, il continue nanmoins diriger son  entreprise . Pour obtenir la capture dEscobar, le prsident Gavirias est contraint de cder sur la question de lextradition. Ce principe est mme dsormais inscrit dans la nouvelle constitution.


1992 : Pablo Escobar svade de manire spectaculaire de sa prison. Il est aussitt pourchass par toutes les polices et des mercenaires allchs par la prime de plusieurs millions de dollars qui est offerte.


1993 : Pablo Escobar est abattu lissue dune cavale rocambolesque Medellin.


1994 : Csar Gaviria devient pour cinq ans le secrtaire gnral de lOrganisation des Etats amricains.


Avril 1994 : Election du libral Ernesto Samper la prsidence. Il est aussitt victime dun scandale financier ayant trait au financement de sa campagne par le cartel de Cali. Bien que ddouan personnellement, ce scandale le discrdite totalement.


Mai 1994 : La Cour constitutionnelle dcide de dpnaliser lusage de la drogue au nom du respect des liberts individuelles.


1996-1998 : Les FARC lancent une offensive militaire denvergure qui trille durement les units antigurilla de larme.


1997 : Essor des milices paysannes qui travaillent en coopration avec larme.


Juin 1998 : Le conservateur Andrs Pastranas Arango est lu prsident. Aussitt, il commence ngocier avec les FARC. Une zone dmilitarise est donne aux FARC sur plusieurs dizaines de milliers de kilomtres carrs. Des prisonniers sont librs. Mais lautorit de lEtat se dlite tandis que lconomie entre en rcession.


2000 : Les autorits colombiennes obtiennent des Etats-Unis le lancement du plan Colombie 2000. Washington injecte 1,6 milliard de dollars dans la lutte antidrogue et accepte de prendre en charge la formation de larme colombienne.

 

En une dcennie, grce une politique volontariste, la situation est rtablie. LEtat a repris le contrle de rgions entires qui lui chappaient jusqualors. Repousss aux confins des frontires du Venezuela et du Brsil, les combattants des FARC font dornavant profil bas. La conjoncture conomique sest aussi amliore. En dfinitive, le drame, crit Jean-Pierre Minaudier,  cest que les Colombiens manquent tout simplement du sens de la vie en socit, de ce quil faut accepter de limites lindividualisme pour que lindividu puisse spanouir : ils on toujours t seuls aux moments difficiles ; les autorits, toutes les autorits, leur ont toujours beaucoup pris et peu donn .


2002 : Election d'Alvaro Uribe la prsidence. Il est plbiscit ds le premier tour, ce qui prouve que les Colombiens approuvent son discours de fermet lgard des groupes arms et sa volont de restaurer lautorit de lEtat sur lensemble du territoire, au nom d'une politique de  scurit dmocratique .


2003-2004 : 30 000 soldats professionnels sont recruts et un rseau de surveillance civique de plus dun million de personnes est mis sur pied. Les champs de coca sont dtruits grce lpandage massif dherbicide. Des centaines dotages sont librs et le nombre dhomicides chute spectaculairement. Les FARC sont malmens et nombre de leurs soldats dsertent.


2006 : Alvaro Uribe est rlu la prsidence ds le premier tour.


2008 : Lopration Jaque permet la libration dotages des FARC dont Ingrid Betancourt. Cest une victoire de sa ligne puisqu' il russit librer la clbre Franaise tout en refusant de ngocier avec lorganisation terroriste.


2009-2010 : Les relations entre le Venezuela et la Colombie se tendent. Des documents dmontrent que le Venezuela a apport un soutien financier aux FARC. Par ailleurs, alors quUribe, qui na jamais cach sa proximit personnelle avec Georges Bush, campe sur des positions pro-amricaines, Hugo Chavez se fait le chantre de la lutte contre limprialisme. Les deux pays rompent leurs relations diplomatiques.


2010 : Juan Mauel Santos est lu prsident aprs le rejet par la Cour constitutionnelle dune loi autorisant Alvaro Uribe de briguer un troisime mandat. Son homme de confiance et ancien ministre de la Dfense prend la succession.


2011 : Le Venezuela et la Colombie restaurent leurs relations diplomatiques.


2012 : Juan Manuel Santos se prononce pour louverture dun dialogue avec les FARC condition que ceux-ci commencent librer les otages. Cette volte-face lui vaut les attaques de son ancien mentor Alvaro Uribe.


2013 : Uribe fonde le Centre dmocratique. La rupture entre Uribe et Santos est consomme.


2014 : En dpit dun premier tour favorable au candidat du Centre dmocratique, Juan Manuel Santos est rlu la prsidence de la Rpublique.


Sortie d'une crise politique qui l'a affecte pendant plusieurs dcennies qui l'ont vue plonge dans une interminable guerre civile, la Colombie a entrepris d'en finir avec le flau qu'a longtemps constitu le trafic de drogue, devenue, avant le caf, son premier produit d'exportation. Mme si de nombreuses fragilits demeurent, le pays profite d'un incontestable dynamisme conomique. Partenaire privilgi des Etats-Unis en Amrique latine, il apparat en revanche un peu isol politiquement face aux voisins  anti-imprialistes  que sont le Venezuela, la Bolivie et l'Equateur. Avec un taux de croissance de prs de 5 % par an  que l'on peut comparer la rcession (-3 %) qui affecte le Venezuela  le pays dispose de solides atouts pour affronter l'avenir.

 
 
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