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De Karolyi à Horthy, révolutions, contre-révolution et régence

La fin de la guerre et la chute de la monarchie signifient la fin de la Hongrie historique. Elles entraînent également le pays sur la voie de deux révolutions. La première, démocratique, menée par le comte Michel Karolyi, qui se délie de ses serments de fidélité à la couronne et proclame la République, fait sans précédent, en dépit de toutes les destitutions de roi et des déchéances subies par la dynastie étrangère des Habsbourg depuis son installation sur le trône. Pour la première fois de l’Histoire du pays, l’esprit de démocratie passe avant le droit traditionnel des ordres et des diètes, avant les droits d’une couronne qui s’est, à de multiples reprises, trouvée vacante. A la fin de cette expérience politique, la Hongrie est à qui veut la prendre, et le pouvoir est saisi par Béla Kun, mandaté par Lénine, dont il semble être la réplique sur une échelle réduite. Il entraîne la Hongrie sur la voie d’une révolution communiste qui sera génératrice de la terreur rouge pendant les 133 jours qui virent le triomphe des soviets locaux. Cette république des Conseils plonge le pays dans le chaos et ses outrances provoquent un sursaut contre-révolutionnaire, traditionaliste, nationaliste et chrétien. Un pouvoir imprégné de l’idéologie royale parvient à s’imposer sans permettre pour autant au roi Charles IV d’occuper le trône. L’amiral Horthy, dernier commandant de la marine impériale, élu régent de Hongrie à vie, est la figure centrale de ce régime qui va s’efforcer de mener à bien la normalisation de la vie politique et le redressement de l’économie.

30-31 octobre 1918 : Révolution bourgeoise à Budapest. Le commandant de la garnison de la capitale remet l'autorité au Conseil national qui, Karolyi en tête, a été porté au pouvoir par une manifestation populaire. Il forme un gouvernement, approuvé par Joseph de Habsbourg, représentant du roi Charles. Jaszi rejoint ce cabinet qui compte aussi des ministres sociaux-démocrates.

31 octobre 1918 : Tisza est assassiné dans sa villa par des soldats.

2 novembre 1918 : Constitution du Conseil national central des ouvriers de Budapest.

3 novembre 1918 : Armistice de Padoue (Villa Giusti) entre la Double-Monarchie et les puissances de l’Entente.

7 novembre 1918 : Rencontre entre Karolyi et Franchet d’Esperey, commandant de l’armée d’Orient. Karolyi affirme son désir de voir maintenue l’intégrité territoriale du royaume de Hongrie, à l’exception de la Croatie, en état de sécession.


13 novembre 1918 : Signature de la convention militaire de Belgrade qui fixe la ligne de démarcation du front sud. Dans le même temps, négociations de Jaszi avec les représentants slovaques qui réclament la Haute-Hongrie, et avec les Roumains qui revendiquent la Transylvanie. Les Etats « successeurs » de la Double-Monarchie ne vont avoir de cesse de repousser ces lignes et de rétrécir par conséquent le territoire d’une Hongrie qui n’a pas été occupée par les troupes alliées.

11 novembre 1918 : Abdication du roi Charles.

16 novembre 1918 : Proclamation de la République de Hongrie.

24 novembre 1918 : Naissance du Parti communiste de Hongrie, avec, à sa tête, Béla Kun.

Novembre-décembre 1918 : Décrets assurant les libertés démocratiques et établissant la journée de 8 heures de travail.

Décembre 1918 : Les puissances de l’Entente autorisent les armées tchécoslovaques et roumaines à franchir les lignes de démarcation.

Janvier 1919 : Nombreuses occupations d’usines.

11 janvier 1919 : Karolyi est élu président de la République.

16 février 1919 : Loi sur le partage des grandes propriétés terriennes. Elle ordonne le partage des exploitations de plus de 150 hectares moyennant l’indemnisation des propriétaires.

23 février 1919 : Karolyi applique la réforme agraire à ses propres terres de Kalkapolna.

Mars 1919 : Occupation de nombreuses propriétés par des paysans.

20 mars 1919 : Le colonel Vix, chef de la mission militaire de l’Entente, remet à Karolyi une note exigeant un nouveau recul de 100 kilomètres de la ligne de démarcation. Le Premier ministre Berinkey démissionne. De son côté, Karolyi annonce son intention de former un gouvernement social-démocrate. Le lendemain, une proclamation signée de sa main annonce qu’il transmet le pouvoir au prolétariat. Naît ainsi la légende d’un Karolyi remettant le pouvoir à Béla Kun. Il n’aurait pas signé ce document, qui serait donc un faux venant avaliser le coup d’Etat communiste – parti social-démocrate et parti communiste ont par ailleurs fusionné le 20 mars –, mais Karolyi n’apporte pas de démenti immédiat à cette version des faits qui vient enrichir sa légende noire.

21 mars 1919 : Proclamation de la république des Conseils.

25 mars 1919 : Décret sur la constitution de l’Armée rouge. Décret sur l’organisation de tribunaux révolutionnaires.

26 mars 1919 : Nationalisation des entreprises industrielles, des entreprises minières et des banques.

28 mars 1919 : Blocus économique de la Hongrie, décidé par la conférence de paix.

29 mars 1919 : Nationalisation des écoles et de toutes les institutions d’enseignement. Cette succession de mesures contribue à installer l’inflation et la pénurie. Les mécontentements se développent, les opposants sont traqués par une police parallèle dont les hommes de main sont appelés « gars de Lénine ». Leurs victimes seraient de l’ordre de quelques milliers.

13 avril 1919 : Naissance, à Vienne, du comité contre-révolutionnaire présidé par le comte Istvan Bethlen.

Avril-mai 1919 : Les armées roumaines et tchécoslovaques avancent en Hongrie.

Mai-juin 1919 : Succès de la contre-offensive de l’Armée rouge hongroise en Slovaquie.

7 juin 1919 : Note de la Conférence de paix ordonnant l’arrêt des opérations de l’Armée rouge. Dans le camp des vainqueurs, Anglais, Américains et Italiens seraient prêts à entamer des pourparlers avec Kun, mais la France refuse que des conversations soient engagées. Foch propose même une action armée.

16 juin 1919 : Proclamation à Prezov d’une éphémère république slovaque des Conseils.

Juin 1919 : Formation d’un gouvernement contre-révolutionnaire à Szeged.

24 juin 1919 : Soulèvement contre-révolutionnaire à Budapest.

Juillet 1919 : Offensive de l’Armée rouge hongroise contre les troupes roumaines.

24 juillet 1919 : Succès de la contre-attaque roumaine.

1er août 1919 : Démission du Directoire révolutionnaire.

6 août 1919 : Formation d’un nouveau gouvernement présidé par Istvan Friedrich. Son cabinet, et les gouvernements de rencontre qui lui succèdent, sont impuissants et dépourvus d’autorité. La loi est, pour l’heure, celle de l’occupant.

9 août 1919 : L’amiral Miklos Horthy, dernier commandant en chef de la Marine impériale et ministre de la guerre dans le contre-gouvernement de Szeged, soustrait le haut-commandement de l’armée à l’autorité du gouvernement de Budapest.

Mi-novembre 1919 : Les Alliés obtiennent le retrait des forces roumaines.

16 novembre 1919 : Entrée de Miklos Horthy à Budapest qu’il qualifie de « ville pécheresse ». Commence alors une « terreur blanche », pendant de la terreur rouge exercée précédemment par la république des Conseils. Elle s’abat notamment sur les Juifs et les francs-maçons. La poussée d’antisémitisme est due au fait que nombre de dirigeants de la république des Conseils, à commencer par Kun, sont juifs. Parallèlement, formation d’un nouveau gouvernement présidé par Karoly Huszar.

29 décembre 1919 : Exécution d’Otto Korvin et de Jenö Laszlo, deux figures de la Terreur rouge.

1er mars 1920 : Miklos Horthy est élu régent. Ce maître de la Hongrie nouvelle « Arpad des nouveaux temps » comme le surnomme une presse à sa dévotion, est donc pourvu du même titre qu’un Jean Hunyade, et le conserve, tant par respect des traditions monarchiques, que par rejet de la République, entendue dans ses acceptions « bélakuniste » ou « karolyisiste », et dès lors honnie. Il concentre entre ses mains des pouvoirs étendus, sans exercer une mainmise totale et totalitaire sur la société. Son régime, autoritaire, ne signifie pas pour autant la fin de la représentation parlementaire, non plus que celle du pluralisme politique, en dépit de la domination du parti unifié au pouvoir, domination garantie par le caractère public du scrutin dans les provinces. Jugé très conservateur, rétrograde, passéiste même, le régime n’est pas exempt, durant les années Vingt, d’une ouverture relative, même si le mot est banni du vocabulaire officiel. Tonalité voulue par Istvan Bethlen, homme d’Etat de grande envergure de la période. Après quelques cabinets éphémères, il tient les rênes du gouvernement dix ans durant, de 1921 à 1931, et bénéficie du soutien indéfectible de Horthy, qui préfère voir le gouvernement entre ses mains plutôt qu’entre celles de ses soutiens d’extrême-droite dont il tend à se démarquer. La stabilité que connaît la Hongrie durant plus de vingt ans, en une Mittel Europa affectée par de nombreuses vicissitudes politiques, est également à porter au crédit du régime Horthy.

Mars 1920-juillet 1920 : Gouvernement dirigé par Sandor Simonyi-Semadam.

1920 : Adoption d’une réforme agraire limitée. 540 000 hectares ont été distribués, mais le nombre de paysans sans terre est encore d’un million et demi, tandis que les grands propriétaires fonciers détiennent la moitié des espaces cultivables.

4 juin 1920 : Signature du traité de Trianon qui ampute la Hongrie des deux tiers de son territoire d'avant 1914 et de la moitié de sa population. Le pays passe de 283 000 à 93 000 kilomètres carré, et de 18 millions à 8 millions d’habitants. La Hongrie est reconnue comme Etat indépendant et souverain, mais le traité formalise la perte de la Voïvodine, de la Transylvanie, de la Haute-Hongrie, de la Croatie, du Burgenland. Trois millions de Magyars vivent désormais en dehors des frontières de la Hongrie. Un million et demi d’entre eux deviennent sujets roumains, un million citoyens d’une Tchécoslovaquie qui compte, au demeurant, plus d’Allemands que de Slovaques, un demi-million vit désormais sous le sceptre des Karageorgévitch au sein du nouveau royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Le traité, vécu comme une humiliation sans précédent, alimente plus que le simple ressentiment, un révisionnisme qui est au cœur de la politique étrangère hongroise des années Vingt et Trente.

Juillet 1920-avril 1921 : Gouvernement de Pal Teleki. Cet aristocrate doublé d’un géographe de renom se fait le champion du révisionnisme face aux dispositions du traité de Trianon.

22 septembre 1920 : Promulgation de la loi dite « du numerus clausus ». Elle limite à 6 % la part des étudiants juifs dans les universités. Cette part est ensuite augmentée.

26-30 mars 1921 : Tentative de coup d’Etat menée par le roi Charles IV, encouragée par les légitimistes de Budapest. Rencontre avec Horthy. Le régent lui signifie l’impossibilité d’une restauration qui susciterait l’intervention des puissances de l’Entente et des Etats successeurs. S’il existe, en France, dans l’entourage de Briand, quelques projets qui relèvent avant tout des vues de l’esprit en faveur de la mise en place d’une confédération danubienne menée par le roi déchu, une autre option est adoptée par le quai d’Orsay : le soutien à la Petite Entente formée de la Tchécoslovaquie, de la Roumanie et du royaume « yougoslave », puissances qui ont toutes trois intérêt au maintien intégral des dispositions du traité de Trianon.

14 avril 1921 : Nomination d’Istvan Bethlen à la tête du gouvernement.

23 octobre 1921 : Seconde tentative de coup d’Etat de Charles IV, appuyée cette fois par quelques troupes légitimistes, regroupées à Sopron. L’aventure se termine par une escarmouche avec les forces gouvernementales, et par l’exil du roi qui meurt à Madère.

6 novembre 1921 : La déchéance de la dynastie des Habsbourg est proclamée par le Parlement. Une fois de plus, la monarchie subsiste, mais le trône est vacant. Le vicomte Rothermere, magnat de la presse britannique et défenseur de la cause hongroise sur la scène internationale durant les années vingt et trente, aurait été tenté de l’occuper et ses visites en Hongrie donnent à la population l’occasion de cultiver le rêve « néo-romantique » d’une refondation de la monarchie hongroise, à laquelle Horthy et Bethlen sont, dans les faits, fermement opposés.

22 décembre 1921 : Le gouvernement Bethlen conclut un modus vivendi avec le parti social-démocrate, le pacte Bethlen-Peyer, qui met fin aux tensions sociales. Tous les partis, à l’exception du parti communiste interdit, ont par ailleurs une existence légale et une représentation au Parlement.

31 janvier 1923 : La Hongrie est admise à la SDN.

2 juillet 1924 : A l’issue de longues négociations menées par Bethlen, et grâce à une réforme monétaire et à une stabilisation économique, la SDN accorde à la Hongrie un prêt de deux cent cinquante millions de couronnes-or.

14 avril 1925 : Naissance du Parti socialiste ouvrier hongrois, dirigé par Istvan Vagi.

18-21 août 1925 : Les communistes hongrois en exil tiennent un congrès à Vienne.

1925 : Début des émissions de la radio de Budapest, à laquelle Bethlen accorde une relative indépendance.

Juillet-août 1926 : Procès anti-communiste à Budapest.

5 avril 1927 : Alliance entre la Hongrie et l’Italie. L’isolement de la Hongrie sur la scène internationale n’a jusqu’alors pas été rompu. France et Grande-Bretagne appuient la Petite Entente constituée de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie et de la Roumanie. Les « Etats successeurs » montent la garde autour d’une Hongrie qu’ils enserrent. Faute d’appuis, elle se rapproche donc de l’Italie mussolinienne avec laquelle un traité d’alliance est signé. Certains observateurs étrangers opèrent pour l’occasion un parallèle entre les deux régimes, et établissent un amalgame contestable entre la marche sur Rome et l’arrivée de Horthy à Budapest. Rapprochement abusif car il n’y a guère en commun entre le fascisme et l’ultra-conservatisme d’un régent qui n’harangue jamais les foules. L’idéologie nationale et chrétienne traditionnelle sur laquelle se construit la Hongrie d’après Trianon apparaît en réalité bien différente, si l’on excepte l’irrédentisme, de celle qui prévaut alors à Rome.

1er septembre 1930 : Manifestation ouvrière à Budapest. La Hongrie commence à subir les effets de la grande dépression consécutive à la crise américaine.

13 septembre 1930 : Naissance du Parti indépendant des petits propriétaires, animé par Balint Szijj et par Zoltan Tildy.

Décennie 1930 : La vie culturelle hongroise demeure dynamique. Elle se caractérise par l’émergence d’une génération qui privilégie les questions relatives à la condition paysanne. Parallèlement, la création artistique est l’œuvre de romanciers comme Mihaly Babits ou Zsigismond Moricz, ou encore de musiciens comme Kodaly, et avant tout Béla Bartok, apprécié du public, moins du gouvernement.

14 juin 1931 : Crise financière. En dépit de la stabilisation menée par Bethlen, la Hongrie est enferrée dans la spirale de l’endettement et se trouve dans une situation de quasi-banqueroute à l’heure où, sur fond de crise mondiale, les prix agricoles chutent et où la production industrielle baisse. La Hongrie obtient une aide internationale, mais sa situation financière reste fragile.

21 août 1931 : Démission de Bethlen. Au terme de dix ans de pouvoir, il cristallise sur son nom les oppositions, de droite et de gauche – les sociaux-démocrates multiplient les attaques à son encontre – et ne parvient pas à insuffler une nouvelle dynamique à son action. Jusqu’à la fin du régime Horthy, Bethlen demeure toutefois une éminence grise, opposée, dans les années trente puis dans les années de guerre à un trop grand alignement sur l’Allemagne nazie.

Août 1931-octobre 1932 : Gouvernement Gyula Karolyi. Son passage aux affaires est marqué par un durcissement dans la lutte contre les communistes, anciens séides de Béla Kun en détention ou nouveaux activistes réduits à la clandestinité. Imre Sallai et Sandor Füsrt, deux affidés des soviets sont exécutés.

1er octobre 1932-12 octobre 1936 : Gouvernement Gömbös. Ancien officier de l’armée impériale, membre des groupes armés qui ont pratiqué la terreur blanche après la chute de Bela Kun, il est aussi le champion de l’idéologie nationale-chrétienne en Hongrie. N’attendant rien des vainqueurs de 1918, il prône le rapprochement avec l’Allemagne et l’Italie en vue de récupérer les terres perdues. Sur le plan intérieur, il mise sur les classes moyennes et veut susciter leur adhésion au régime, se distinguant ainsi de Bethlen dont les assises au sein de la société étaient situées plus haut dans la pyramide sociale, au sein de la vieille aristocratie de gouvernement et au sein d’une bourgeoisie d’affaires, pour une bonne part juive, dont la puissance a survécu à la vague d’antisémitisme du début des années vingt. Sans rompre avec un certain conservatisme, son discours et ses méthodes se teintent de populisme et de corporatisme réformiste. Il affiche un désir d’emprunter de nouvelles voies pour sortir de la crise. Ses méthodes s’apparenteraient, d’après certains historiens, à un « magyaro-fascisme », néologisme forgé à l’imitation de l’austro-fascisme, terme utilisé pour désigner le régime corporatiste et chrétien bâti par le chancelier Dollfuss. En fait, plus qu’un fascisme, Gömbös s’efforce de bâtir un nouveau patriotisme.

18 juin 1933 : Visite de Gömbös à Hitler.

4 février 1934 : La Hongrie noue des relations diplomatiques avec l’Union soviétique.

16 mars 1934 : Signature du protocole de Rome sur la coopération entre l’Autriche, l’Italie et la Hongrie. Il est à noter que si Vienne accepte de bonne grâce ces relations triangulaires, elle s’oppose au rapprochement de la Hongrie et de l’Allemagne nazie.

12 octobre 1936 : Mort de Gömbös. Kalman Daranyi prend la tête du gouvernement.

Juin 1937 : L’Assemblée adopte une loi accordant au régent un droit de veto.

23 octobre 1937 : Naissance du parti nationaliste des Croix-Fléchées, nouveau nom du Parti de la Volonté nationale, dirigé par Ferenc Szalaszi. Il compte dans ses rangs nombre de membres des classes moyennes victimes du marasme économique. Fort de 150 000 membres, il devient la plus importante formation d’opposition. Les gouvernements successifs la combattent par la répression policière (Szalaszi est arrêté à plusieurs reprises) et par la promulgation d’une législation ségrégationniste à l’endroit des Juifs, espérant ainsi mettre un terme aux revendications de ce parti.

12-13 mars 1938 : Anschluss en Autriche. Le Reich allemand est désormais présent aux frontières de la Hongrie.

8 avril 1938 : Sous la pression allemande, adoption d’une législation antisémite interdisant l’accès des Juifs à l’enseignement supérieur. La Hongrie accentue sa trajectoire, que certains disent sous contrainte, la rapprochant de l’Allemagne nazie. Les dirigeants hongrois mesurent que la contrainte peut également être d’un rapport intéressant, mesurée sous l’angle de gains territoriaux. N’ayant rien à attendre des démocraties, les Hongrois espèrent que les vues hitlériennes sur l’Europe pourront permettre la révision du traité de Trianon. Cette option n’est toutefois pas celle de Kalman Kanya, ministre des Affaires étrangères, assez hostile à Berlin.

8 mai 1938 : Décès de Daranyi. Nomination de Béla Imredy à la tête du gouvernement. Adoption d’une loi antisémite destinée à limiter les activités des Juifs dans les professions libérales et les services publics.

20 août 1938 : Visite de Horthy à Hitler.

2 novembre 1938 : Après la conférence de Munich des 29 et 30 septembre, le territoire de la Tchécoslovaquie connaît un premier démembrement du fait du rattachement de la région des Sudètes à l’Allemagne. A l’issue de l’arbitrage qui a lieu à Vienne, Budapest profite d’une amputation supplémentaire du territoire de la Tchécoslovaquie et récupère une partie de la Haute-Hongrie.

Novembre 1938 : Les conservateurs s’opposent à la politique de rapprochement avec l’Allemagne poursuivie par Béla Imredy. Ils le mettent en minorité à la chambre, événement sans précédent depuis l’installation du régime Horthy. En conséquence, Imredy remanie son gouvernement, en exclut les ministres les plus germanophiles et antisémites, et annonce une transformation du régime. Dans les faits, il garde les mêmes orientations, et durcit le ton face à ses adversaires. De nombreuses publications sont interdites, la censure est introduite, les Juifs sont exclus de la presse. Au Parlement, les formations classiques d’opposition – sociaux-démocrates, chrétiens-sociaux, libéraux – sont affaiblies tandis que les formations fascisantes montent en puissance. Les milieux conservateurs craignent une escalade pronazie, les concessions du gouvernement encourageant à la surenchère les dirigeants de Berlin.

24 décembre 1938-3 mai 1939 : Débat parlementaire autour d’une nouvelle législation antisémite.

13 janvier 1939 : La Hongrie adhère au pacte anti-Komintern constitué en 1937 contre l’URSS et le communisme international par l’Allemagne, l’Italie et le Japon.

2 février 1939 : Rupture des relations diplomatiques entre l’URSS et la Hongrie.

12 février 1939 : Chute d’Imrédy. Elle est due à Bethlen. Opposant à la législation anti-juive, il fait courir le bruit dans la presse qu’Imrédy est d’origine juive… Déconsidéré, le Premier ministre cède la place à Pal Teleki, revenu aux affaires après avoir été une première fois chef du gouvernement en 1920-1921.

15 mars 1939 : Après l’entrée des Allemands à Prague et la disparition de la Tchécoslovaquie née des traités de 1919-1920, la Hongrie récupère la Ruthénie subcarpatique.

11 avril 1939 : La Hongrie quitte la Société des Nations.

20-30 mai 1939 : Progression des Croix-Fléchées lors des élections générales.

Septembre 1939 : Teleki obtient que la Wehrmacht ne traverse pas le territoire hongrois lors de la campagne de Pologne.

23 septembre 1939 : Reprise des relations diplomatiques entre la Hongrie et l’URSS qui s’est rapprochée de l’Allemagne par le pacte germano-soviétique du 23 août et qui a porté le coup de grâce à la Pologne en envahissant son territoire le 17 septembre.

30 août 1940 : Deuxième arbitrage de Vienne, rendu aux dépens de la Roumanie. La Transylvanie septentrionale est rattachée à la Hongrie.

8 octobre 1940 : Naissance du Parti du Renouveau hongrois, dirigé par Béla Imrédy.

20 novembre 1940 : La Hongrie adhère au pacte tripartite (Allemagne, Italie, Japon) en tant que puissance associée. Elle n’est pas tenue d’intervenir dans les conflits en cours, mais doit porter assistance aux parties co-contractantes en cas d’agression par une puissance non-belligérante à la date de l’adhésion au pacte.

12 décembre 1940 : Traité d’amitié éternelle entre la Hongrie et la Yougoslavie du régent Paul. Teleki pense, par cet accord, prévenir une éventuelle entrée en guerre si le conflit venait à s’étendre dans les Balkans.

3 avril 1941 : Suicide de Pal Teleki, à la suite d’une prise de conscience des dangers liés à la politique qu’il a menée. Il réalise que le désir de recouvrer les terres perdues a trop attaché le destin de la Hongrie à celui de l’Allemagne. Alors que son pays s’apprête à attaquer, aux côtés des Allemands, une Yougoslavie où vient de se produire un coup d’Etat qui a renversé le germanophile régent Paul, il se tire une balle dans la tête, ne voulant pas cautionner cette agression perpétrée en dépit du traité d’amitié. Le suicide est apparu comme la solution pour cet universitaire réalisant tardivement qu’il était illusoire et contradictoire de rechercher le soutien de l’Allemagne pour recouvrer le territoire historique de la Hongrie tout en espérant maintenir le pays en dehors de la guerre mondiale.

4 avril 1941 : Laslo Bardossy est nommé Premier ministre.

11 avril 1941 : La Hongrie attaque la Yougoslavie.

26 juin 1941 : Au lendemain du déclenchement, le 22 juin, de l’opération Barbarossa, la Hongrie rompt les relations diplomatiques avec l’URSS puis l’attaque, sous le prétexte mal établi du bombardement de Kassa par des avions russes.

1er novembre 1941 : Manifestation anti-allemande à Budapest devant le tombeau de Kossuth.

7 décembre 1941 : La Grande-Bretagne déclare la guerre à la Hongrie.

13 décembre 1941 : La Hongrie déclare la guerre aux Etats-Unis, six jours après l’attaque japonaise contre Pearl Harbour.

Janvier 1942 : Ribbentrop puis Keitel se rendent en visite officielle en Hongrie, qui apparaît à la remorque de la machine de guerre nazie, à la disposition de laquelle elle met les 200 000 hommes de sa 2e Armée.

19 février 1942 : Istvan Horthy est élu vice-régent.

9 mars 1942 : Nomination de Benjamin Kallay au poste de premier ministre. Moins favorable aux Allemands que ses prédécesseurs, il envisage, à la fin de 1942, la création d’un bloc danubien neutre dont la Hongrie serait le pivot. Il approche les puissances neutres afin de prendre contact avec les alliés.

12 janvier 1943 : Catastrophe de Voronej. Débâcle de l’armée hongroise sur le front russe.

A partir de ce moment, Horthy et Kallay entament une politique dite « de balançoire », oscillant entre Hitler et les Alliés. Des contacts sont pris avec les Anglais qui, tout en reconnaissant que la situation de la Hongrie est délicate, attendent des signes de rupture manifestes avec l’Axe. Ils ne peuvent de toute façon apporter à la Hongrie aucun soutien militaire, alors que la Wehrmacht a toute latitude pour envahir le pays. Les instances dirigeantes et l’armée sont partagées entre les partisans de la paix et les jusqu’au-boutistes qui préfèrent, sans l’avouer dans un premier temps, l’installation des Allemands à Budapest plutôt que les louvoiements de la politique de Horthy et de son entourage, au premier rang duquel son fils.

Septembre 1943 : Négociations secrètes du gouvernement avec les puissances occidentales.

17 mars 1944 : Horthy est convoqué par Hitler à Klessheim. Le Führer, décidé à occuper militairement la Hongrie, en direction de laquelle l’Armée rouge avance, tente d’obtenir l’accord du régent, qui s’apprête à rompre, puis aurait cédé à la pression allemande. Horthy ne donne en tout cas aucun accord écrit confirmant le consentement qui lui aurait été extorqué verbalement.

17-18 mars : Huit divisions allemandes entrent en Hongrie. Arrestation de nombreux opposants.

Mars 1944 : Nomination de Döme Sztojay à la tête du gouvernement. Ouvertement germanophile, il se lance sur la voie de la collaboration totale, tant économique que politique et durcit les mesures à l’encontre des Juifs, sans que Horthy intervienne. Jusqu’alors, la nombreuse communauté juive hongroise a été épargnée par les déportations, Kallay et Horthy refusant de répondre aux sollicitations allemandes. Elles ont désormais lieu, avec mobilisation pour cela de la gendarmerie hongroise.

Avril 1944 : Envoi au front de la 1ere Armée hongroise.

8 juillet 1944 : Horthy parvient à faire arrêter les déportations des Juifs de Budapest, communauté beaucoup plus puissante et intégrée que celles de province.

Août-octobre 1944 : Le régent tente de reprendre la situation en main. Il renvoie Sztojay. Le général Géza Lakatos prend la tête d’un gouvernement plus loyal vis-à-vis de Horthy.

23 septembre 1944 : Les premières unités de l’Armée rouge franchissent la frontière hongroise.

Septembre 1944 : Reconstitution du Parti des communistes de Hongrie.

10 octobre 1944 : Parti communiste et parti social-démocrate s’entendent pour définir une unité d’action pour ce temps de fin de guerre, et posent les bases d’un gouvernement conjoint une fois la paix établie.

14-19 octobre 1944 : Importante bataille de blindés aux alentours de Debrecen.

15 octobre 1944 : Horthy annonce à la radio qu’il demande l’armistice et lance un ordre de cessez-le-feu. La réaction allemande est immédiate : un commando enlève le vice-régent et exige de Horthy la nomination de Szalasi comme premier ministre. Le gouvernement des Croix-Fléchées fait entrer le pays dans la guerre civile. Reprise des déportations de Juifs.

Novembre-décembre 1944 : Tandis que s’est constitué un comité de Libération de l’Insurrection nationale hongroise, et que se tient un meeting du front de l’Indépendance à Szeged, le programme du parti communiste y est publié.

22 décembre 1944 : Dans le sillage des mouvements de libération, élection d’une Assemblée nationale provisoire réunie à Debrecen et désignation d’un gouvernement provisoire dirigé par Béla Dalnoki.

28 décembre : Le gouvernement provisoire déclare la guerre à l’Allemagne.

20 janvier 1945 : Signature, à Moscou, de la convention d’armistice avec les Alliés.

Février 1945 : « Libération » de Budapest, déjà très éprouvée par le siège et les bombardements des mois précédents. Dans un contexte de famine, de ruines, de cadavres d’hommes et de chevaux fumant, tel qu’à pu notamment le décrire Christine Arnothy dans J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, les troupes soviétiques intensifient leur présence. De nombreux contingents mongols sèment la terreur dans la capitale du fait des exactions des viols et des pillages auxquels ils s’adonnent.

15 mars 1945 : Le gouvernement provisoire promulgue un décret portant sur l’abolition du régime des grandes propriétés terriennes et sur l’octroi des terres aux paysans pauvres. Les propriétés d’une surface supérieure à 57.5 hectares sont confisquées et distribuées aux paysans sans terres.

4 avril 1945 : L’Armée rouge achève de prendre le contrôle du territoire hongrois.
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