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La crise de l’Empire espagnol et la longue marche vers l’indépendance


Le XIXe siècle correspond à l’effondrement du système colonial espagnol en Amérique latine. La plupart des pays de l’empire espagnol acquièrent leur indépendance entre 1808 et 1824, alors qu’à Cuba toutes les tentatives de révolte échouent.


L’île intéresse beaucoup les États-Unis. Le président Thomas Jefferson déclare ainsi que, en cas de guerre entre son pays et l’Espagne à propos de la Floride occidentale, les Américains s’empareraient aussi de Cuba dont la position centrale dans le golfe du Mexique représente un atout géostratégique évident. Dans un tel contexte, celui de la fin de l’empire espagnol et de la montée en puissance du grand voisin nord-américain, Cuba s’apprête à vivre, au cours du siècle qui s’ouvre, une histoire des plus mouvementées.


1800 et 1804 : Le baron Alexandre de Humboldt, linguiste et homme politique allemand, visite Cuba et rédige un Essai politique sur l’île de Cuba qui révèle aux Européens ses potentialités en matière économique. Il se lie d’amitié avec Arango, un riche planteur favorable aux nouvelles techniques agricoles.


1804 : Santiago devient archevêché. Cuba compte désormais deux métropoles : La Havane et Santiago.


1807 : L’Angleterre condamne la traite des esclaves africains et critique la poursuite, au profit de Cuba, de cet « odieux commerce ».


1810 : Une rébellion indépendantiste est menée par des Noirs libres dirigés par des créoles francs-maçons. En réaction, une milice de jeunes Blancs se crée d’elle-même pour soutenir les autorités coloniales et la rébellion est réprimée.


1812 : Nouvelle rébellion menée par Aponte, un homme libre de couleur. Celle-ci est sévèrement réprimée. La fréquence des rébellions d’esclaves s’explique par la dureté de leurs conditions d’existence dans les plantations. À l’inverse, les « nègres à talent » ou esclaves domestiques se considèrent supérieurs aux « nègres de culture » et sont mieux traités par leurs maîtres.


1817 : Sous la pression anglaise, l’Espagne accepte de renoncer au commerce des esclaves avant 1820, mais Cuba poursuit la traite.


1818 : La fin du monopole du tabac permet le développement de l’exportation des cigares.


1819 : Fondation de la ville de Cienfuegos par des colons originaires de Bordeaux et de La Nouvelle-Orléans. Elle leur doit le tracé élégant de son plan néo-classique. Cienfuegos est aujourd’hui le troisième pôle industriel du pays après La Havane et Santiago.


1820 : Introduction de la machine à vapeur. Le moulin commence alors à se transformer en sucrerie.


1820-1868 : Cuba connaît des années agitées et ponctuées par diverses révoltes et manifestations indépendantistes.


1823 : Le futur président Adams, alors secrétaire d’État du président Monroe, déclare à propos de Cuba : « Il y a des lois de gravitation politique, comme il y en a de gravitation physique, et de même qu’une pomme détachée de l’arbre par la force du vent ne peut, si elle le voulait, ne pas tomber à terre, Cuba, une fois rompue la connexion qui l’unit à l’Espagne, doit nécessairement graviter vers l’Union nord-américaine. » Quelques mois après Adams, c’est Jefferson qui parle de la possible acquisition de Cuba par les États-Unis. Ces déclarations précèdent la formulation au mois de décembre de la même année de la doctrine Monroe, véritable programme de mainmise nord-américaine sur l’ensemble du Nouveau Monde, au nom de la lutte contre les vieilles métropoles coloniales européennes. À partir des années 1820, l’intérêt des États-Unis pour Cuba s’accroît : les dirigeants de Washington considèrent désormais que la question de Cuba relève de la sécurité nationale.


Au cours des années 1820, Cuba connaît une prospérité sans pareille. En 1827, l’île ne compte pas moins de 3 000 ranches, 5 000 plantations de tabac, 1 000 moulins à sucre et 2 000 grands domaines où l’on cultive le café.


Années 1830 : L’Angleterre abolit l’esclavage dans ses colonies antillaises et fait pression pour que Cuba l’imite. À partir de 1837, les soulèvements favorables à l’abolition de l’esclavage s’y multiplient.


La décennie 1830 voit le fossé s’élargir entre les créoles et les Espagnols. Les premiers souhaitent l’abolition de la traite et de l’esclavage à laquelle s’opposent les seconds. Le créole José Antonio Saco est abolitionniste, mais il revendique aussi l’autonomie de l’île afin que la classe dirigeante locale puisse prendre part aux affaires. Il doit s’exiler. Un courant « annexionniste » apparaît parmi les créoles : des individus se tournent vers les États-Unis auxquels ils souhaitent rattacher Cuba pour des raisons économiques et de sécurité intérieure. Mais les annexionnistes connaissent des échecs répétés en 1848, 1851 et 1854 en raison de leur faible nombre puis de l’opposition de Saco qui souhaite la totale indépendance de l’île.


1836 : Le général Tacon refuse d’appliquer à Cuba la Constitution libérale qui vient d’être adoptée en Espagne. Les députés cubains ne sont pas autorisés à siéger aux Cortes à Madrid, ce qui confirme la vanité des efforts du parti réformiste réunissant de grands propriétaires, des négociants créoles et des intellectuels.


1839 : Une bulle pontificale interdit la traite et condamne ceux qui la pratiquent à l’excommunication.


1840 : Cuba, qui produit alors 200 000 tonnes de sucre, 4 millions de tonnes de tabac et 536 000 quintaux de café, connaît toujours une très grande prospérité.


1841-1843 : Le capitaine général Geronimo Valdes s’oppose à l’arrivée de nouveaux esclaves à Cuba et en affranchit de nombreux. Cependant, 200 000 esclaves au moins débarquent encore dans l’île entre 1840 et 1860. En 1841, l’île compte 420 000 esclaves, soit 43 % de sa population. Le système esclavagiste perdure jusqu’à une date tardive, notamment pour satisfaire les grands propriétaires latifundistes. Les Blancs, minoritaires dans l’île, sont effrayés à l’idée que l’émancipation des Noirs risque de les conduire à s’organiser contre eux.


1843 : Début de la rébellion des esclaves des plantations sucrières de la région de Cardenas. Elle porte le nom de conspiration de La Escalera, du nom de l’échelle de bois à laquelle on attachait les esclaves pour leur faire passer le goût de la révolte. Cette rébellion, qui mêle à la fois esclaves et Noirs libres, est la plus importante depuis celle d’Aponte en 1812 et avant celle de 1868. Des centaines de Noirs sont arrêtés.


Vers 1850 : L’industrie du tabac est florissante, les ateliers s’agrandissant et le machinisme faisant son apparition. La Havane compte alors 15 000 ouvriers du tabac qui produisent les fameux cigares. À la même époque, Cuba est le troisième producteur mondial de café.


1848 et 1854 : Les États-Unis proposent à l’Espagne d’acheter Cuba dont ils sont devenus le principal partenaire commercial. Les liaisons maritimes entre les ports américains et cubains sont très fréquentes et les navires américains s’approvisionnent à Cuba en sucre, cacao, tabac et café. L’Espagne n’occupe plus désormais que le second rang dans les échanges commerciaux de l’île, où les Américains sont désormais fort nombreux à s’établir. Ils y envoient des émissaires, des hommes chargés de développer la haine à l’égard de l’Espagne et d’encourager les partisans de l’annexion. Parmi ces individus se trouve Narciso Lopez, un ancien officier espagnol qui a été gouverneur de Valence et de Madrid. Il émigre à Cuba et, inspiré par les idées de Bolivar, devient partisan de l’indépendance. Il lance deux expéditions pour libérer l’île et la rattacher aux États-Unis, la première depuis La Nouvelle-Orléans en 1850 et la seconde l’année suivante. Il est alors fait prisonnier et exécuté peu de temps après.


1853-1873 : 130 000 coolies chinois arrivent pour travailler dans les plantations et la construction ferroviaire.


1860-1861 : Pour la première fois, le recensement montre que la population blanche est majoritaire.


1865 : Après l’échec de l’annexionnisme, naissance du parti réformiste qui obtient la constitution d’une Junte d’information. Celle-ci doit se réunir à Madrid pour examiner les problèmes de Cuba et élaborer les fondements des lois spéciales prévues pour l’île. Elle fonctionne de 1865 à 1868. Les réformistes, en dépit de leur nom, ont été les défenseurs des propriétaires esclavagistes. Ils se montrent favorables à la liberté du commerce avec les États-Unis et demandent une réforme douanière, la fin de la traite et une représentation aux Cortes. Les négociations échouent et les grands propriétaires envisagent alors la lutte armée comme ultime solution pour obtenir l’indépendance.


10 octobre 1868 : Début de la révolution de Yara et de la guerre de Dix Ans. Carlos Manuel de Céspedes proclame Cuba libre dans sa propriété de La Demajagua : il s’agit du premier acte de trente années de lutte pour l’indépendance. Cette journée a été préparée de longue date par un groupe de patriotes de Manzanillo, parmi lesquels deux grands propriétaires, Carlos Manuel de Céspedes et Francisco Vicente Aguilera, excédés par les abus fiscaux espagnols et la trop grande dépendance de l’île vis-à-vis de la métropole. Ce groupe s’était mué en une loge maçonnique dont les membres se réunissaient sous le sceau du secret, ce qui explique que la rébellion ait été préparée dans la plus grande discrétion. Ce 10 octobre, un véritable soulèvement secoue l’île : Céspedes a rassemblé 160 partisans ou mambis à La Demajagua et annonce qu’il a libéré et armé ses esclaves. Une colonne se met en marche, remporte des victoires à Yara, Jiguani et s’empare de la ville de Bayamo. De nombreux esclaves libérés et des paysans cubains se joignent au mouvement.


Novembre 1868 : La révolte s’étend à l’ouest, vers Camagüey, menée par deux hommes issues de riches familles de planteurs, Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte rejoints par un soldat, Manuel de Quesada.


La guerre de Dix Ans est à la fois une guerre civile et une guerre raciale opposant des propriétaires, des esclaves et des hommes de couleur libres à l’armée espagnole soutenue par d’autres propriétaires.


Janvier 1869 : Les forces de Céspedes sont défaites.


Février 1869 : L’Assemblée réunie par le pouvoir insurrectionnel, qui s’est proclamé la « République en armes », abolit l’esclavage de manière immédiate et sans compensation ni rachat.


L’Espagne entreprend la répression : Céspedes doit abandonner Bayamo et le pouvoir civil de Cuba libre se dissout. La Havane, tenue par les Espagnols, est en proie à la violence, due à la formation d’un corps contre-révolutionnaire de 30 000 hommes qui multiplie assassinats, déportations et incendies de plantations.


Avril 1869 : Adoption d’une Constitution à l’Assemblée de Guaimaró qui prévoit une Assemblée unique nommant le président de la République. Céspedes devient président et Aguilera secrétaire à la guerre. Dès 1869 apparaissent au sein du camp rebelle des divisions entre partisans de l’indépendance et partisans de l’annexion aux États-Unis.


1873 : Début de l’éphémère Ire République espagnole qui dure jusqu’en 1874, l’année qui voit l’avènement du roi Alphonse XII. Les troubles que connaît la métropole n’empêchent en rien la poursuite de la guerre et aucun des deux camps ne parvient à l’emporter sur l’autre pendant plusieurs années.


1873 : Alors que la guerre se poursuit et qu’aucun compromis ne semble possible, le mécontentement apparaît au sein du camp indépendantiste. Céspedes est alors remplacé à la présidence par Cisneros Betancourt.


1874 : Céspedes est tué dans une escarmouche.


1877 : Le général Martinez Campos, jeune officier qui a combattu à Cuba, arrive comme capitaine général dans l’île pour mettre fin à la guerre. Il défait les indépendantistes.


19 février 1878 : Le pacte de Zanjón officialise la paix. Il signifie le déclin temporaire des aspirations indépendantistes et l’échec du gouvernement de Cuba libre qui a pourtant réussi à durer plusieurs années. Les espérances indépendantistes perdurent au cours des années suivantes et la domination espagnole est désormais rendue responsable de l’injustice sociale. Le traité est parfois mal accepté : le leader noir Maceo, qui tient à l’indépendance et à l’abolition de l’esclavage, s’y oppose et finit par s’exiler.


Le bilan économique de la guerre est lourd : plus de la moitié des ingenios, les plantations ont été dévastées. En outre, de nombreux propriétaires en sortent endettés lorsqu’ils n’y ont pas trouvé la mort. C’est alors que les grands propriétaires terriens perdent leur statut de classe dirigeante au profit des classes moyennes, des paysans et des ouvriers qui obtiendront l’indépendance de Cuba. La guerre a accéléré le développement du processus abolitionniste.


1880 : L’esclavage laisse progressivement la place au salariat et des associations de Noirs voient le jour.


1883 : Pour la première fois, une exploitation sucrière devient la propriété d’une société américaine. Les investissements américains se poursuivent pendant la décennie 1880. En 1895, les États-Unis auront investi à Cuba près de 50 millions de dollars.


1886 : Abolition généralisée de l’esclavage. Cependant, en raison de la faiblesse des salaires des guajiros, c’est-à-dire des paysans cubains, la misère reste grande dans les campagnes.


1891 : Le traité commercial conclu entre Cuba et les États-Unis est à l’origine d’une forte augmentation de la production sucrière de l’île. Le sucre cubain est acheté à 95 % par les États-Unis, qui fournissent en échange à l’île de nombreux produits manufacturés.


1892 : Lors du Ier Congrès des associations noires, plus de cent groupes sont présents. Les Noirs s’affirment désormais comme une force importante au sein de la population cubaine.


10 avril 1892 : Naissance du Parti révolutionnaire cubain (PRC) censé être l’instrument de l’unité nationale et coordonner l’action des diverses factions anticoloniales. Le fondateur en est José Martí, penseur né en 1853 d’immigrés espagnols, ardent patriote et anticolonialiste farouche. Il écrit en effet : « La patrie exige des sacrifices. Elle est un autel et non un piédestal. On est à son service et on ne saurait s’en servir. » Le nouveau parti doit « créer une nation ample et généreuse fondée sur le travail et l’équité » dans un esprit démocratique. À ses yeux, le problème cubain est essentiellement racial : il parle dans une lettre à Maceo, l’un des futurs leaders du mouvement indépendantiste cubain, de la nécessité du pardon et de l’égalité entre les deux races.


Pour Martí, indépendance et révolution sont deux choses bien distinctes. Il faut la première pour pouvoir donner tous leurs droits aux prolétaires, comme le préconise Marx dont il s’inspire. L’indépendance doit s’acquérir sans l’aide des États-Unis que Martí qualifie de monstre et Cuba doit se forger des institutions nouvelles qui lui soient propres et non importées de l’étranger. Déjà en mars 1889, Martí avait publié dans The Evening Post un article intitulé « Défense de Cuba », où il s’opposait à une éventuelle annexion aux États-Unis. Martí prône l’hispano-américanisme en opposition à l’impérialisme américain.


1893 : Le gouverneur Emilio Calleja accorde l’égalité civile aux Noirs de l’île.


1894 : La situation est difficile à Cuba à tous points de vue. Sur le plan politique, à Madrid, les Cortes repoussent un projet de statut pour Cuba présenté par Antonio Maura, ministre espagnol des Territoires d’outre-mer. Quant à la situation économique, elle n’est guère florissante en raison de la chute des prix du sucre qui entraîne une augmentation du chômage. À la même date, Martí tire la conclusion que les Cubains n’ont d’autre solution pour s’affranchir de la tutelle espagnole que la lutte armée et la guerre révolutionnaire.


24 février 1895 : La guerre d’indépendance débute à Baire sous l’impulsion de José Martí qui la prépare depuis de longues années. Plusieurs éléments du contexte international favorisent le déclenchement de l’insurrection : la dépression mondiale de 1893, la chute des cours de la canne à sucre concurrencée par la betterave, ainsi que l’agitation des anciens esclaves qui se sentent oubliés depuis la loi d’émancipation de 1886.


23 mars 1895 : Martí signe avec Maximo Gómez, chef militaire du soulèvement, le Manifeste de Montecristi qui expose les buts de guerre. On y lit ainsi : « La guerre, dès le départ saine et vigoureuse, que rouvre aujourd’hui Cuba… ne se réduit plus seulement, aujourd’hui, au pieux désir de rendre pleine vie au peuple… La guerre d’indépendance de Cuba, nœud de cette gerbe d’îles où se rencontreront, d’ici à quelques années, les messagers commerciaux des divers continents, est un événement de grande portée humaine ; c’est un service à point nommé que l’héroïsme judicieux des Antilles rend aux nations américaines, à l’équité de leurs rapports ainsi qu’à l’équilibre encore mal assuré du monde. »


Des rebelles arrivent du Costa Rica et de Saint-Domingue et envahissent la partie orientale de l’île. En réaction, l’Espagne envoie des troupes qui mènent une répression sévère.


15 avril 1895 : Martí est nommé major général de l’Armée de libération.


21 avril 1895 : A. Maceo prend la tête de la province d’Oriente, bientôt rejoint par José Martí, chef civil de la guerre et par M. Gómez.


19 mai 1895 : Martí est tué à Dos Rios en combattant contre les Espagnols. La perte est énorme pour les partisans de la révolution.


Septembre 1895 : La Constitution de Jimaguayu instaure une République démocratique et les mambis, les indépendantistes, obtiennent des succès militaires. La guerre contre les Espagnols est terrible et les pertes humaines sont nombreuses.


1896 : Les civils cubains sont victimes de la répression menée par le général Valeriano Weyler qui applique la reconcentracíon consistant à regrouper les femmes et les enfants dans des camps. Les conditions de vie y sont si difficiles que beaucoup y meurent. Weyler avait expérimenté ce système à petite échelle durant la guerre de Dix Ans et ses méthodes sont immédiatement critiquées par les États-Unis et les exilés cubains qui s’y trouvent.


Décembre 1896 : Mort du leader indépendantiste noir Maceo, tué par surprise par des Espagnols. La mort de celui que l’on nommait « le Titan de bronze » est un coup dur pour l’Armée de libération. Seul reste Maximo Gómez qui doit mener la guérilla.


1897 : Les événements sont favorables à l’Espagne qui rappelle le général Weyler. Il est alors remplacé par le général Blanco chargé d’une « mission de pacification ». Celui-ci constitue un gouvernement formé d’autonomistes et de réformistes de La Havane, mais refusé par les mambis. Cela provoque des émeutes dans la capitale. Pour protéger leurs intérêts à Cuba, les États-Unis y envoient le cuirassé Maine. C’est le début de l’intervention et de l’invasion américaines à Cuba. Cependant, sans les États-Unis, l’indépendance à Cuba n’aurait pas été possible.


25 janvier 1898 : Le cuirassé Maine jette l’ancre à La Havane.


15 février 1898 : L’explosion du cuirassé Maine dans le port de La Havane, où 260 soldats américains trouvent la mort, justifie l’intervention américaine. Le Sénat vote l’intervention directe en déclarant la guerre à l’Espagne « pour la libération de Cuba ».


10 avril 1898 : La reine d’Espagne demande l’armistice mais aux États-Unis le parti belliciste l’emporte au Sénat qui vote la guerre par 42 voix contre 35. Cette guerre « pour la libération de Cuba », qui doit être « altruiste et morale », est aisément menée par les États-Unis sur mer comme sur terre.


20 avril 1898 : Les États-Unis signent la Joint Resolution, dans laquelle ils s’engagent à ne pas exercer de domination sur Cuba, excepté dans le cadre de la pacification de l’île. En fait, ils se donnent la possibilité de fixer le type de gouvernement de Cuba après la pacification et ne reconnaissent pas la République en armes comme gouvernement. Cuba est rapidement occupée militairement par les Américains et placée sous l’autorité d’un général américain.


25 octobre 1898 : Le traité de Paris ôte à l’Espagne Cuba, les Philippines, Porto Rico et l’île de Guam. Cuba obtient l’indépendance mais celle-ci se révèle en réalité toute formelle en raison de la mise en place d’un statut provisoire de tutelle américaine, accompagnée d’une occupation militaire de quatre années. Cette forme de néo-colonialisme politique se substitue au joug espagnol et ne fait que renforcer la présence économique et commerciale des Américains sur l’île. Les trente années de lutte pour l’indépendance ont été inutiles. Contrairement à ce qui s’était passé dans les autres colonies de l’empire espagnol, les colons espagnols ne quittent pas Cuba dont la société reste coloniale. La stratégie d’intervention des États-Unis, inspirée à la fois par des motifs géopolitiques et des intérêts commerciaux, a été finalement couronnée de succès.


Le XIXe siècle correspond à l’effondrement du système colonial espagnol en Amérique latine. La plupart des pays de l’empire espagnol acquièrent leur indépendance entre 1808 et 1824, alors qu’à Cuba toutes les tentatives de révolte échouent.


L’île intéresse beaucoup les États-Unis. Le président Thomas Jefferson déclare ainsi que, en cas de guerre entre son pays et l’Espagne à propos de la Floride occidentale, les Américains s’empareraient aussi de Cuba dont la position centrale dans le golfe du Mexique représente un atout géostratégique évident. Dans un tel contexte, celui de la fin de l’empire espagnol et de la montée en puissance du grand voisin nord-américain, Cuba s’apprête à vivre, au cours du siècle qui s’ouvre, une histoire des plus mouvementées.


1800 et 1804 : Le baron Alexandre de Humboldt, linguiste et homme politique allemand, visite Cuba et rédige un Essai politique sur l’île de Cuba qui révèle aux Européens ses potentialités en matière économique. Il se lie d’amitié avec Arango, un riche planteur favorable aux nouvelles techniques agricoles.


1804 : Santiago devient archevêché. Cuba compte désormais deux métropoles : La Havane et Santiago.


1807 : L’Angleterre condamne la traite des esclaves africains et critique la poursuite, au profit de Cuba, de cet « odieux commerce ».


1810 : Une rébellion indépendantiste est menée par des Noirs libres dirigés par des créoles francs-maçons. En réaction, une milice de jeunes Blancs se crée d’elle-même pour soutenir les autorités coloniales et la rébellion est réprimée.


1812 : Nouvelle rébellion menée par Aponte, un homme libre de couleur. Celle-ci est sévèrement réprimée. La fréquence des rébellions d’esclaves s’explique par la dureté de leurs conditions d’existence dans les plantations. À l’inverse, les « nègres à talent » ou esclaves domestiques se considèrent supérieurs aux « nègres de culture » et sont mieux traités par leurs maîtres.


1817 : Sous la pression anglaise, l’Espagne accepte de renoncer au commerce des esclaves avant 1820, mais Cuba poursuit la traite.


1818 : La fin du monopole du tabac permet le développement de l’exportation des cigares.


1819 : Fondation de la ville de Cienfuegos par des colons originaires de Bordeaux et de La Nouvelle-Orléans. Elle leur doit le tracé élégant de son plan néo-classique. Cienfuegos est aujourd’hui le troisième pôle industriel du pays après La Havane et Santiago.


1820 : Introduction de la machine à vapeur. Le moulin commence alors à se transformer en sucrerie.


1820-1868 : Cuba connaît des années agitées et ponctuées par diverses révoltes et manifestations indépendantistes.


1823 : Le futur président Adams, alors secrétaire d’État du président Monroe, déclare à propos de Cuba : « Il y a des lois de gravitation politique, comme il y en a de gravitation physique, et de même qu’une pomme détachée de l’arbre par la force du vent ne peut, si elle le voulait, ne pas tomber à terre, Cuba, une fois rompue la connexion qui l’unit à l’Espagne, doit nécessairement graviter vers l’Union nord-américaine. » Quelques mois après Adams, c’est Jefferson qui parle de la possible acquisition de Cuba par les États-Unis. Ces déclarations précèdent la formulation au mois de décembre de la même année de la doctrine Monroe, véritable programme de mainmise nord-américaine sur l’ensemble du Nouveau Monde, au nom de la lutte contre les vieilles métropoles coloniales européennes. À partir des années 1820, l’intérêt des États-Unis pour Cuba s’accroît : les dirigeants de Washington considèrent désormais que la question de Cuba relève de la sécurité nationale.


Au cours des années 1820, Cuba connaît une prospérité sans pareille. En 1827, l’île ne compte pas moins de 3 000 ranches, 5 000 plantations de tabac, 1 000 moulins à sucre et 2 000 grands domaines où l’on cultive le café.


Années 1830 : L’Angleterre abolit l’esclavage dans ses colonies antillaises et fait pression pour que Cuba l’imite. À partir de 1837, les soulèvements favorables à l’abolition de l’esclavage s’y multiplient.


La décennie 1830 voit le fossé s’élargir entre les créoles et les Espagnols. Les premiers souhaitent l’abolition de la traite et de l’esclavage à laquelle s’opposent les seconds. Le créole José Antonio Saco est abolitionniste, mais il revendique aussi l’autonomie de l’île afin que la classe dirigeante locale puisse prendre part aux affaires. Il doit s’exiler. Un courant « annexionniste » apparaît parmi les créoles : des individus se tournent vers les États-Unis auxquels ils souhaitent rattacher Cuba pour des raisons économiques et de sécurité intérieure. Mais les annexionnistes connaissent des échecs répétés en 1848, 1851 et 1854 en raison de leur faible nombre puis de l’opposition de Saco qui souhaite la totale indépendance de l’île.


1836 : Le général Tacon refuse d’appliquer à Cuba la Constitution libérale qui vient d’être adoptée en Espagne. Les députés cubains ne sont pas autorisés à siéger aux Cortes à Madrid, ce qui confirme la vanité des efforts du parti réformiste réunissant de grands propriétaires, des négociants créoles et des intellectuels.


1839 : Une bulle pontificale interdit la traite et condamne ceux qui la pratiquent à l’excommunication.


1840 : Cuba, qui produit alors 200 000 tonnes de sucre, 4 millions de tonnes de tabac et 536 000 quintaux de café, connaît toujours une très grande prospérité.


1841-1843 : Le capitaine général Geronimo Valdes s’oppose à l’arrivée de nouveaux esclaves à Cuba et en affranchit de nombreux. Cependant, 200 000 esclaves au moins débarquent encore dans l’île entre 1840 et 1860. En 1841, l’île compte 420 000 esclaves, soit 43 % de sa population. Le système esclavagiste perdure jusqu’à une date tardive, notamment pour satisfaire les grands propriétaires latifundistes. Les Blancs, minoritaires dans l’île, sont effrayés à l’idée que l’émancipation des Noirs risque de les conduire à s’organiser contre eux.


1843 : Début de la rébellion des esclaves des plantations sucrières de la région de Cardenas. Elle porte le nom de conspiration de La Escalera, du nom de l’échelle de bois à laquelle on attachait les esclaves pour leur faire passer le goût de la révolte. Cette rébellion, qui mêle à la fois esclaves et Noirs libres, est la plus importante depuis celle d’Aponte en 1812 et avant celle de 1868. Des centaines de Noirs sont arrêtés.


Vers 1850 : L’industrie du tabac est florissante, les ateliers s’agrandissant et le machinisme faisant son apparition. La Havane compte alors 15 000 ouvriers du tabac qui produisent les fameux cigares. À la même époque, Cuba est le troisième producteur mondial de café.


1848 et 1854 : Les États-Unis proposent à l’Espagne d’acheter Cuba dont ils sont devenus le principal partenaire commercial. Les liaisons maritimes entre les ports américains et cubains sont très fréquentes et les navires américains s’approvisionnent à Cuba en sucre, cacao, tabac et café. L’Espagne n’occupe plus désormais que le second rang dans les échanges commerciaux de l’île, où les Américains sont désormais fort nombreux à s’établir. Ils y envoient des émissaires, des hommes chargés de développer la haine à l’égard de l’Espagne et d’encourager les partisans de l’annexion. Parmi ces individus se trouve Narciso Lopez, un ancien officier espagnol qui a été gouverneur de Valence et de Madrid. Il émigre à Cuba et, inspiré par les idées de Bolivar, devient partisan de l’indépendance. Il lance deux expéditions pour libérer l’île et la rattacher aux États-Unis, la première depuis La Nouvelle-Orléans en 1850 et la seconde l’année suivante. Il est alors fait prisonnier et exécuté peu de temps après.


1853-1873 : 130 000 coolies chinois arrivent pour travailler dans les plantations et la construction ferroviaire.


1860-1861 : Pour la première fois, le recensement montre que la population blanche est majoritaire.


1865 : Après l’échec de l’annexionnisme, naissance du parti réformiste qui obtient la constitution d’une Junte d’information. Celle-ci doit se réunir à Madrid pour examiner les problèmes de Cuba et élaborer les fondements des lois spéciales prévues pour l’île. Elle fonctionne de 1865 à 1868. Les réformistes, en dépit de leur nom, ont été les défenseurs des propriétaires esclavagistes. Ils se montrent favorables à la liberté du commerce avec les États-Unis et demandent une réforme douanière, la fin de la traite et une représentation aux Cortes. Les négociations échouent et les grands propriétaires envisagent alors la lutte armée comme ultime solution pour obtenir l’indépendance.


10 octobre 1868 : Début de la révolution de Yara et de la guerre de Dix Ans. Carlos Manuel de Céspedes proclame Cuba libre dans sa propriété de La Demajagua : il s’agit du premier acte de trente années de lutte pour l’indépendance. Cette journée a été préparée de longue date par un groupe de patriotes de Manzanillo, parmi lesquels deux grands propriétaires, Carlos Manuel de Céspedes et Francisco Vicente Aguilera, excédés par les abus fiscaux espagnols et la trop grande dépendance de l’île vis-à-vis de la métropole. Ce groupe s’était mué en une loge maçonnique dont les membres se réunissaient sous le sceau du secret, ce qui explique que la rébellion ait été préparée dans la plus grande discrétion. Ce 10 octobre, un véritable soulèvement secoue l’île : Céspedes a rassemblé 160 partisans ou mambis à La Demajagua et annonce qu’il a libéré et armé ses esclaves. Une colonne se met en marche, remporte des victoires à Yara, Jiguani et s’empare de la ville de Bayamo. De nombreux esclaves libérés et des paysans cubains se joignent au mouvement.


Novembre 1868 : La révolte s’étend à l’ouest, vers Camagüey, menée par deux hommes issues de riches familles de planteurs, Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte rejoints par un soldat, Manuel de Quesada.


La guerre de Dix Ans est à la fois une guerre civile et une guerre raciale opposant des propriétaires, des esclaves et des hommes de couleur libres à l’armée espagnole soutenue par d’autres propriétaires.


Janvier 1869 : Les forces de Céspedes sont défaites.


Février 1869 : L’Assemblée réunie par le pouvoir insurrectionnel, qui s’est proclamé la « République en armes », abolit l’esclavage de manière immédiate et sans compensation ni rachat.


L’Espagne entreprend la répression : Céspedes doit abandonner Bayamo et le pouvoir civil de Cuba libre se dissout. La Havane, tenue par les Espagnols, est en proie à la violence, due à la formation d’un corps contre-révolutionnaire de 30 000 hommes qui multiplie assassinats, déportations et incendies de plantations.


Avril 1869 : Adoption d’une Constitution à l’Assemblée de Guaimaró qui prévoit une Assemblée unique nommant le président de la République. Céspedes devient président et Aguilera secrétaire à la guerre. Dès 1869 apparaissent au sein du camp rebelle des divisions entre partisans de l’indépendance et partisans de l’annexion aux États-Unis.


1873 : Début de l’éphémère Ire République espagnole qui dure jusqu’en 1874, l’année qui voit l’avènement du roi Alphonse XII. Les troubles que connaît la métropole n’empêchent en rien la poursuite de la guerre et aucun des deux camps ne parvient à l’emporter sur l’autre pendant plusieurs années.


1873 : Alors que la guerre se poursuit et qu’aucun compromis ne semble possible, le mécontentement apparaît au sein du camp indépendantiste. Céspedes est alors remplacé à la présidence par Cisneros Betancourt.


1874 : Céspedes est tué dans une escarmouche.


1877 : Le général Martinez Campos, jeune officier qui a combattu à Cuba, arrive comme capitaine général dans l’île pour mettre fin à la guerre. Il défait les indépendantistes.


19 février 1878 : Le pacte de Zanjón officialise la paix. Il signifie le déclin temporaire des aspirations indépendantistes et l’échec du gouvernement de Cuba libre qui a pourtant réussi à durer plusieurs années. Les espérances indépendantistes perdurent au cours des années suivantes et la domination espagnole est désormais rendue responsable de l’injustice sociale. Le traité est parfois mal accepté : le leader noir Maceo, qui tient à l’indépendance et à l’abolition de l’esclavage, s’y oppose et finit par s’exiler.


Le bilan économique de la guerre est lourd : plus de la moitié des ingenios, les plantations ont été dévastées. En outre, de nombreux propriétaires en sortent endettés lorsqu’ils n’y ont pas trouvé la mort. C’est alors que les grands propriétaires terriens perdent leur statut de classe dirigeante au profit des classes moyennes, des paysans et des ouvriers qui obtiendront l’indépendance de Cuba. La guerre a accéléré le développement du processus abolitionniste.


1880 : L’esclavage laisse progressivement la place au salariat et des associations de Noirs voient le jour.


1883 : Pour la première fois, une exploitation sucrière devient la propriété d’une société américaine. Les investissements américains se poursuivent pendant la décennie 1880. En 1895, les États-Unis auront investi à Cuba près de 50 millions de dollars.


1886 : Abolition généralisée de l’esclavage. Cependant, en raison de la faiblesse des salaires des guajiros, c’est-à-dire des paysans cubains, la misère reste grande dans les campagnes.


1891 : Le traité commercial conclu entre Cuba et les États-Unis est à l’origine d’une forte augmentation de la production sucrière de l’île. Le sucre cubain est acheté à 95 % par les États-Unis, qui fournissent en échange à l’île de nombreux produits manufacturés.


1892 : Lors du Ier Congrès des associations noires, plus de cent groupes sont présents. Les Noirs s’affirment désormais comme une force importante au sein de la population cubaine.


10 avril 1892 : Naissance du Parti révolutionnaire cubain (PRC) censé être l’instrument de l’unité nationale et coordonner l’action des diverses factions anticoloniales. Le fondateur en est José Martí, penseur né en 1853 d’immigrés espagnols, ardent patriote et anticolonialiste farouche. Il écrit en effet : « La patrie exige des sacrifices. Elle est un autel et non un piédestal. On est à son service et on ne saurait s’en servir. » Le nouveau parti doit « créer une nation ample et généreuse fondée sur le travail et l’équité » dans un esprit démocratique. À ses yeux, le problème cubain est essentiellement racial : il parle dans une lettre à Maceo, l’un des futurs leaders du mouvement indépendantiste cubain, de la nécessité du pardon et de l’égalité entre les deux races.


Pour Martí, indépendance et révolution sont deux choses bien distinctes. Il faut la première pour pouvoir donner tous leurs droits aux prolétaires, comme le préconise Marx dont il s’inspire. L’indépendance doit s’acquérir sans l’aide des États-Unis que Martí qualifie de monstre et Cuba doit se forger des institutions nouvelles qui lui soient propres et non importées de l’étranger. Déjà en mars 1889, Martí avait publié dans The Evening Post un article intitulé « Défense de Cuba », où il s’opposait à une éventuelle annexion aux États-Unis. Martí prône l’hispano-américanisme en opposition à l’impérialisme américain.


1893 : Le gouverneur Emilio Calleja accorde l’égalité civile aux Noirs de l’île.


1894 : La situation est difficile à Cuba à tous points de vue. Sur le plan politique, à Madrid, les Cortes repoussent un projet de statut pour Cuba présenté par Antonio Maura, ministre espagnol des Territoires d’outre-mer. Quant à la situation économique, elle n’est guère florissante en raison de la chute des prix du sucre qui entraîne une augmentation du chômage. À la même date, Martí tire la conclusion que les Cubains n’ont d’autre solution pour s’affranchir de la tutelle espagnole que la lutte armée et la guerre révolutionnaire.


24 février 1895 : La guerre d’indépendance débute à Baire sous l’impulsion de José Martí qui la prépare depuis de longues années. Plusieurs éléments du contexte international favorisent le déclenchement de l’insurrection : la dépression mondiale de 1893, la chute des cours de la canne à sucre concurrencée par la betterave, ainsi que l’agitation des anciens esclaves qui se sentent oubliés depuis la loi d’émancipation de 1886.


23 mars 1895 : Martí signe avec Maximo Gómez, chef militaire du soulèvement, le Manifeste de Montecristi qui expose les buts de guerre. On y lit ainsi : « La guerre, dès le départ saine et vigoureuse, que rouvre aujourd’hui Cuba… ne se réduit plus seulement, aujourd’hui, au pieux désir de rendre pleine vie au peuple… La guerre d’indépendance de Cuba, nœud de cette gerbe d’îles où se rencontreront, d’ici à quelques années, les messagers commerciaux des divers continents, est un événement de grande portée humaine ; c’est un service à point nommé que l’héroïsme judicieux des Antilles rend aux nations américaines, à l’équité de leurs rapports ainsi qu’à l’équilibre encore mal assuré du monde. »


Des rebelles arrivent du Costa Rica et de Saint-Domingue et envahissent la partie orientale de l’île. En réaction, l’Espagne envoie des troupes qui mènent une répression sévère.


15 avril 1895 : Martí est nommé major général de l’Armée de libération.


21 avril 1895 : A. Maceo prend la tête de la province d’Oriente, bientôt rejoint par José Martí, chef civil de la guerre et par M. Gómez.


19 mai 1895 : Martí est tué à Dos Rios en combattant contre les Espagnols. La perte est énorme pour les partisans de la révolution.


Septembre 1895 : La Constitution de Jimaguayu instaure une République démocratique et les mambis, les indépendantistes, obtiennent des succès militaires. La guerre contre les Espagnols est terrible et les pertes humaines sont nombreuses.


1896 : Les civils cubains sont victimes de la répression menée par le général Valeriano Weyler qui applique la reconcentracíon consistant à regrouper les femmes et les enfants dans des camps. Les conditions de vie y sont si difficiles que beaucoup y meurent. Weyler avait expérimenté ce système à petite échelle durant la guerre de Dix Ans et ses méthodes sont immédiatement critiquées par les États-Unis et les exilés cubains qui s’y trouvent.


Décembre 1896 : Mort du leader indépendantiste noir Maceo, tué par surprise par des Espagnols. La mort de celui que l’on nommait « le Titan de bronze » est un coup dur pour l’Armée de libération. Seul reste Maximo Gómez qui doit mener la guérilla.


1897 : Les événements sont favorables à l’Espagne qui rappelle le général Weyler. Il est alors remplacé par le général Blanco chargé d’une « mission de pacification ». Celui-ci constitue un gouvernement formé d’autonomistes et de réformistes de La Havane, mais refusé par les mambis. Cela provoque des émeutes dans la capitale. Pour protéger leurs intérêts à Cuba, les États-Unis y envoient le cuirassé Maine. C’est le début de l’intervention et de l’invasion américaines à Cuba. Cependant, sans les États-Unis, l’indépendance à Cuba n’aurait pas été possible.


25 janvier 1898 : Le cuirassé Maine jette l’ancre à La Havane.


15 février 1898 : L’explosion du cuirassé Maine dans le port de La Havane, où 260 soldats américains trouvent la mort, justifie l’intervention américaine. Le Sénat vote l’intervention directe en déclarant la guerre à l’Espagne « pour la libération de Cuba ».


10 avril 1898 : La reine d’Espagne demande l’armistice mais aux États-Unis le parti belliciste l’emporte au Sénat qui vote la guerre par 42 voix contre 35. Cette guerre « pour la libération de Cuba », qui doit être « altruiste et morale », est aisément menée par les États-Unis sur mer comme sur terre.


20 avril 1898 : Les États-Unis signent la Joint Resolution, dans laquelle ils s’engagent à ne pas exercer de domination sur Cuba, excepté dans le cadre de la pacification de l’île. En fait, ils se donnent la possibilité de fixer le type de gouvernement de Cuba après la pacification et ne reconnaissent pas la République en armes comme gouvernement. Cuba est rapidement occupée militairement par les Américains et placée sous l’autorité d’un général américain.


25 octobre 1898 : Le traité de Paris ôte à l’Espagne Cuba, les Philippines, Porto Rico et l’île de Guam. Cuba obtient l’indépendance mais celle-ci se révèle en réalité toute formelle en raison de la mise en place d’un statut provisoire de tutelle américaine, accompagnée d’une occupation militaire de quatre années. Cette forme de néo-colonialisme politique se substitue au joug espagnol et ne fait que renforcer la présence économique et commerciale des Américains sur l’île. Les trente années de lutte pour l’indépendance ont été inutiles. Contrairement à ce qui s’était passé dans les autres colonies de l’empire espagnol, les colons espagnols ne quittent pas Cuba dont la société reste coloniale. La stratégie d’intervention des États-Unis, inspirée à la fois par des motifs géopolitiques et des intérêts commerciaux, a été finalement couronnée de succès.

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