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L’indépendance sous le contrôle du « grand frère » américain


1898 à 1901 : Les États-Unis occupent Cuba où se trouvent 6 000 de leurs soldats.


1899 : Doté de très nombreux pouvoirs, le général Wood se voit confier le gouvernement de l’île. Les officiels et les employés espagnols de l’administration conservent leurs postes, alors que les Cubains sont, eux, moins bien traités : les nouveaux dirigeants de Cuba dédaignent la population locale et particulièrement les Noirs. Des écoles fonctionnant sur le modèle américain sont fondées par des méthodistes qui veulent convertir la population.


1899 : Naissance de la Cuban American Sugar Co et de la Cuba Central Railways Ltd ; les investissements nord-américains se multiplient à Cuba et cette tendance se confirme jusqu’à la grande dépression des années 1920. Cependant, dès 1899-1900, les États-Unis s’inquiètent du coût de leur mainmise sur l’île.


Dans les vingt premières années du XXe siècle, l’immigration espagnole se poursuit à Cuba qui reçoit des colons, dont certains sont des militants anarcho-syndicalistes.


1900 : Premières élections au suffrage censitaire à Cuba. Les municipales ont lieu en juin, suivies en décembre des législatives pour désigner une Assemblée constituante. Les municipales sont remportées par les partisans de l’indépendance que les États-Unis doivent désormais admettre comme inévitable.


1901 : Une Assemblée constituante réunie à La Havane adopte la Loi fondamentale de la nouvelle République.


Mars 1901 : Adoption par l’Assemblée cubaine d’un texte qui prend force de loi et stipule que « le gouvernement de Cuba accorde aux États-Unis le droit d’intervenir pour garantir l’indépendance et pour aider tout gouvernement à protéger les vies, la propriété et la liberté individuelle ».


1902 : L’American Tobacco Co achète de nombreuses marques de fabrique de tabac à Cuba, signe de la mainmise américaine sur l’économie de l’île.


1902 : Signature de l’amendement Platt imposé comme additif à la Constitution cubaine par Washington. Ainsi Cuba ne peut pas conclure de traité avec une puissance étrangère sans l’accord des États-Unis. Ceux-ci peuvent intervenir militairement sur l’île quand bon leur semble et conservent un droit de regard sur les finances cubaines. Un véritable protectorat se met ainsi en place.


20 mai 1902 : Premières élections présidentielles à Cuba. Le conservateur Tomás Estrada Palmas, soutenu par les Américains, en sort victorieux. La République est proclamée. Le régime d’occupation militaire cesse, mais la domination politique et économique américaine se maintient.


1902-1905 : Plus de 13 000 Américains acquièrent un titre de propriété à Cuba.


1903 : Accord de réciprocité par lequel Cuba garantit aux Américains une réduction sur de nombreuses marchandises en échange de tarifs douaniers préférentiels. Ces accords renforcent la position de dépendance économique de Cuba vis-à-vis de son puissant voisin et ne font qu’accentuer la tendance à la monoculture de la canne à sucre.


Septembre 1906 février 1909 : Deuxième intervention américaine qui permet aux Américains de s’implanter à La Havane sur la base de Camp Columbia puis de s’installer sur la base de Guantànamo qui leur offre le contrôle de la mer des Caraïbes et de la route du futur canal de Panama. Ils interviennent contre des rebelles au président Estrada et Taft, secrétaire d’État à la Guerre, se proclame « gouverneur général de la République de Cuba » ; l’île est alors considérée comme un protectorat. À l’exclusif autrefois imposé par la couronne espagnole s’est substituée l’exclusivité nord-américaine : l’immense majorité des produits cubains part vers les États-Unis.


1907 : Métis né esclave et vétéran de la guerre d’indépendance, Evaristo Estenoz, qui avait tout d’abord soutenu le Parti libéral puis avait jugé que les Noirs n’y avaient pas une place correspondant à l’importance de leur engagement pendant la guerre, fonde le Parti indépendant de couleur qui contribue à diffuser les principales idées de la conscience noire cubaine.


1908 : Les élections municipales et provinciales sont remportées par les républicains, renommés conservateurs sous l’influence de Charles Magoon, un juriste américain que les États-Unis avaient envoyé à Cuba.


Novembre 1908 : Les élections présidentielles sont remportées par les libéraux, alliés à Maximo Gómez et à Zayas. Gómez, soutenu par les Noirs, reste président jusqu’en 1913 et déclare en 1909, lorsque les marines et Magoon quittent l’île, que celle-ci « a de nouveau son destin entre ses mains ».


Mai-juin 1912 : Evaristo Estenoz, qui a été arrêté deux ans plus tôt, orchestre un mouvement de mécontentement rassemblant plusieurs milliers de Noirs qui considèrent avoir été privés des « fruits de l’indépendance ». Les marines américains débarquent alors à Cuba pour protéger les plantations de canne à sucre et le président Gómez déclenche une répression qui fait 3 000 morts parmi les Noirs. Le 12 juin, Estenoz est tué. Pour la première fois depuis Aponte, le chef des rebelles a été un Noir.


1912 : Le général Mario Garcia Menocal remporte les élections présidentielles. Perçu comme plus américain que cubain, Menocal a fait fortune dans le sucre dont l’industrie est alors florissante. Durant cette période que l’on nomme la « danse des millions », les entreprises nord-américaines et cubaines profitent de l’envolée des prix provoquée par la Première Guerre mondiale pour s’enrichir.


Février 1917 : Le général Menocal demande sa réélection mais les libéraux, menés par Gómez, s’y opposent et parviennent à s’emparer du pouvoir. Le mois suivant, les Américains débarquent à Santiago, renversent Gómez et rétablissent Menocal à la présidence. Ils restent sur l’île pendant six ans.


Octobre 1917 : Première guerre du sucre pour obtenir de meilleurs salaires. Cuba vit dès les années 1917-1918 une période de difficultés économiques et sociales. Du fait de la corruption des dirigeants, des mouvements d’opposition étudiante se développent. Ils aboutissent en 1923 à la formation de la Révolte universitaire dirigée par Julio Antonio Mella. Étudiants et ouvriers représentent les deux pôles d’opposition politique et sociale à Cuba.


1920 : Le sucre, élément primordial de l’économie cubaine, atteint ses cours les plus hauts puis subit une chute brutale qui se prolonge jusqu’en 1922. Les exportations baissent à leur tour.


1921 : La Banque nationale doit fermer du fait de la crise. Cuba a alors grand besoin de l’aide américaine.


1925 : Le leader étudiant Mella organise le soulèvement des ouvriers de la compagnie américaine United Fruit Co qui exploite plus de 100 000 hectares sur l’île. Il va devenir l’un des principaux dirigeants du Parti communiste cubain (PCC), né en 1925. La même année est créée la Confédération syndicale où, à la suite d’une série de rudes affrontements, les communistes prennent le dessus sur les anarcho-syndicalistes.


À partir de 1925, Cuba entre dans le cycle des dictatures dont elle ne sortira que difficilement.


20 mai 1925 : Le général Gerardo Machado devient président de Cuba. Ce libéral organise de grands travaux publics dont de nombreuses firmes américaines profitent pour s’enrichir. Tenant à garder le pouvoir, Machado fait adopter une réforme de la Constitution qui lui permet de prolonger son mandat en se présentant comme candidat unique. L’opposition ne cessant de se développer, notamment sous l’influence de Mella, il organise une police politique et fait assassiner ce dernier en 1929 au Mexique.


1925 : Cuba produit 4,5 millions de tonnes de sucre, avec pour débouché essentiel les États-Unis.


13 août 1926 : Naissance de Fidel Castro.


1929 : La crise économique est très rapidement et vivement ressentie à Cuba où elle entraîne une hausse du chômage. Les engagements et les investissements américains diminuent dans l’île, tandis que les droits de douane sur le sucre cubain augmentent aux États-Unis, ce qui n’est pas sans conséquences sur l’économie cubaine. En effet, à cette époque, 79 % des exportations sont dirigées vers les États-Unis et 65 % des importations en proviennent. Contrairement à ce qui se produit dans d’autres pays d’Amérique latine, la crise de 1929 n’offre pas l’opportunité de se lancer dans l’industrialisation.


Mars 1930 : Pendant la décennie qui suit la grande crise, Cuba est en proie à l’instabilité politique. Le pays est touché par une grève générale, menée entre autres par le poète Martinez Villena. La guerre politique est déclarée entre Machado à la tête de la « lutte contre le communisme » et ses opposants qui le qualifient de « Mussolini des tropiques ». Les réfugiés politiques cubains commencent à affluer à Miami où ils s’organisent au sein de comités.


Septembre 1930 : Le Directorio Estudiantil, qui organise la terreur et des assassinats, est recréé clandestinement. D’autres mouvements d’inspiration socialiste sont créés dans son sillage, notamment par Raul Roa (Ala Izquierda Estudiantil) et Antonio Guiteras Holmes (Union Revolucionaria), figure la plus radicale de l’opposition de gauche. Un troisième mouvement clandestin, nommé ABC, voit le jour en septembre 1931 et reprend de nombreux thèmes du fascisme mussolinien. Tous ces mouvements d’opposition emploient la violence révolutionnaire en réponse à la crise.


1932 : Parution du manifeste du mouvement ABC, directement inspiré du programme fasciste italien de 1919.


1933 : Les États-Unis, à la tête desquels Roosevelt vient d’être élu, envoient un ambassadeur à Cuba pour demander à Machado de se retirer. L’opposition redoute une tentative d’intervention américaine dans les affaires de Cuba.


Août 1933 : Nouvelle grève générale décrétée par le leader communiste Ruben Martinez Villena. La population se précipite dans les rues à la fausse nouvelle de la chute de Machado : la police tire sur la foule.


11 août 1933 : Sous la pression de l’armée et de l’ambassadeur américain Summer Welles, Machado doit s’enfuir aux Bahamas. Carlos Manuel de Céspedes, petit-fils du leader indépendantiste de 1868, le remplace à la présidence pendant un mois à peine. C’est alors que commence la première révolution cubaine du XXe siècle. Elle va se dérouler en trois phases : la première, semi-fasciste, dure moins d’un mois ; la seconde, d’extrême gauche, dure quatre mois et la dernière, contre-révolutionnaire, s’étend de 1934 à 1939.


3-4 septembre 1933 : Céspedes est renversé par un coup d’État organisé par des révolutionnaires (des soldats et des étudiants) qui nomment un collège de cinq membres. Celui-ci élit président de la République le professeur d’université Ramon Grau San Martin qui appartient au Directorio Estudiantil. Le « gouvernement des Cent Jours » mène une politique réformatrice dans le cadre d’une éphémère république révolutionnaire : apparaissent le ministère du Travail, la journée de Travail et le suffrage des femmes. Il est divisé entre les partisans du groupe radical, l’Union Revolucionaria, menés par Antonio Guiteras et des personnes plus modérées. Guiteras, qui s’inspire de Jaurès, des révolutions russe et sandiniste, représente un lien entre José Martí et Fidel Castro. Lors d’un rassemblement à Camp Columbia, les révolutionnaires publient un programme intitulé « Proclamation au peuple cubain » exigeant l’élection d’une Assemblée constituante chargée de la rédaction d’une nouvelle Constitution et la formation d’un tribunal appelé à juger les crimes de l’ère Machado.


À partir de 1934, les présidents se succèdent, habilement manipulés par l’un des principaux artisans du coup d’État, le sergent devenu colonel Fulgencio Batista. Ce dernier est soutenu par le PCC et par le président américain Roosevelt qui a instauré la politique dite de « bon voisinage ». Batista va dominer Cuba de 1934 à 1958. Né en 1902, il revendique à la fois du sang espagnol, indien, africain et chinois et se considère donc comme représentatif du peuple cubain.


1934 : Fin de l’amendement Platt qui laissait en partie Cuba sous la tutelle américaine et retrait de la Constitution le 29 mai. Un nouveau traité cède la base de Guantànamo aux Américains.


1934-1935 : Importants mouvements contre le gouvernement et le président Mendieta, ancien maire de La Havane qui avait appartenu au mouvement de droite, l’Union Nacionalista. Ils sont en partie menés par le chef de l’opposition, Guiteras, qui organise une véritable guérilla urbaine. Les grèves se multiplient et aboutissent en mars 1935 à une grève générale que Batista et Mendieta répriment. Guiteras est alors assassiné. Le pouvoir de l’armée et la violence politique ne cessent de s’accroître.


Vers 1935 : Le New Deal de Roosevelt permet la reprise des investissements étrangers à Cuba.


1936 : Miguel Mariano Gómez est élu président mais ne reste qu’un an au pouvoir.


1936 : Le Pr Grau San Martin crée un mouvement pour les classes moyennes, le Partido Revolucionario Cubano Autentico, tandis que les communistes, menés par Juan Marinello, fondent le Partido Union Revolucionaria et se tournent vers Batista avec lequel ils passent un pacte : Batista permet aux communistes de s’organiser, en échange de quoi il reçoit leur soutien politique.


1938 : Les communistes créent le Parti d’union populaire.


1940-1944 : Présidence de Batista, resté dans l’ombre pendant plusieurs années. Il est élu avec plus de 60 % des voix. Pour la première fois dans l’histoire de Cuba, les communistes obtiennent des portefeuilles ministériels. Le PCC change de nom pour devenir le Parti socialiste populaire (PSP).


1940 : Nouvelle Constitution d’inspiration sociale-démocrate, la première issue d’une Assemblée constituante élue.


1944 : Retour au pouvoir du Pr Grau San Martin, après qu’il a évincé le candidat de Batista, Carlos Saladrigas. Ce succès s’explique par l’intérêt que le professeur porte à la démocratie. Son mandat est marqué par des scandales financiers, la corruption, le marché noir, le gangstérisme au sein des syndicats… Ce système se poursuit sous le président Carlos Prio Socarras, ancien ministre du Travail de Grau San Martin, au pouvoir de 1948 à 1952. Le mécontentement populaire est à son comble et l’on dénonce la corruption généralisée. Grau est alors devenu hostile aux communistes.


1950 : Cuba souffre d’une crise à la fois politique et économique. La culture du riz fait son apparition à Cuba qui reste toutefois dépendante des importations américaines.


1952 : Début de la baisse du commerce et des exportations. Le peuple cubain ne parvient pas à s’extirper de sa pauvreté, ce qui explique la multiplication des grèves. En outre, le commerce de l’île dépend des États-Unis qui importent 90 % du sucre cubain et fournissent à l’île 75 % de ses importations.


10 mars 1952 : Batista, le « fils du peuple », appuyé par les Américains et de nombreux officiers, revient au pouvoir par un coup d’État militaire réalisé aux premières heures du matin. Il s’installe à la présidence en 1954. L’opposition étant inexistante, il impose sa « dictature démocratique » : il supprime la Constitution, suspend les libertés, tout en s’assurant du soutien des États-Unis et de la majorité de la classe dominante. L’État entretient de bonnes relations avec les organisations syndicales qu’il contrôle en grande partie. La paix sociale est illusoire et artificielle : la pauvreté ne cesse de s’accroître, y compris au sein des travailleurs ; le jeu et la prostitution, contrôlés par des gangs nord-américains, se développent dans des proportions encore jamais atteintes. Avec ce « coup de caserne » ou cuartelazo, Cuba cesse définitivement de vivre dans un régime constitutionnel.


1952 : Une plainte est déposée au Tribunal d’exception de La Havane par un jeune avocat du nom de Fidel Castro. C’est une tentative de recours légal contre le coup d’État de Batista, accusé d’avoir violé six articles du Code. Le 16 août, Castro écrit ainsi dans le journal clandestin El Accusador : « Des malheurs dont Cuba souffre, des peines qui l’accablent, du sang versé, je t’accuse Batista. » Né en août 1926, ce fils de riche planteur d’origine galicienne a poursuivi des études de droit à l’université de La Havane où il a organisé un comité contre la discrimination raciale. Devenu avocat en 1950, Castro est le premier à s’opposer activement à la dictature de Batista. Il prépare la lutte armée en organisant des groupes de combattants. Ses deux héros sont José Martí et Eduardo Chibas, qui a appartenu au Directorio Estudiantil dans les années 1930, s’est illustré dans la lutte politique et a créé un parti radical en 1947, le Partido Revolucionario Cubano Orthodoxo.


26 juillet 1953 : La forteresse de Moncada, deuxième caserne du pays, est prise d’assaut par Fidel Castro et 200 ouvriers et étudiants dont beaucoup trouvent la mort lors de ce combat. C’est la naissance du mouvement du 26 juillet et de la révolution. Capturé, Castro est emprisonné.


21 septembre 1953 : Début, à Santiago, du procès de Castro et des survivants de l’attaque. Castro revendique la responsabilité entière de la révolte au nom de droit de résistance à la dictature. Le 16 octobre, il prononce un discours de défense, véritable réquisitoire contre le président Batista et son régime. Il en profite pour présenter son programme, inspiré de José Martí, qui comprend la lutte contre la corruption, la réforme agraire (distribution équitable des terres, regroupement des paysans en coopératives, baisse de 50 % des loyers) et la réforme de l’enseignement. Il achève son discours par la célèbre phrase : « Condamnez-moi, cela est sans importance, l’histoire m’acquittera. » Condamné à quinze ans de prison sur l’île des Pins, il se plonge dans la lecture de Marx et de Lénine.


1954 : Batista, seul candidat à la présidence, est réélu.


13 mai 1955 : Batista signe une loi d’amnistie dont bénéficie Castro qui part au Mexique pour préparer la révolution. À Cuba, le Directorio Estudiantil, héritier de la révolution de 1933, cherche à éliminer Batista.


1956 : 66 membres du Directorio Estudiantil attaquent la caserne de Matanzas dont ils tuent tous les occupants. Le gouvernement accroît la répression et les assassinats politiques deviennent chose courante.


1956 : Castro entame une tournée aux États-Unis dans le but de recueillir des fonds auprès des Cubains en exil ; il obtient 50 000 dollars grâce auxquels il finance l’achat d’armes et l’entraînement militaire de 80 hommes. Parmi eux se trouve l’Argentin Ernesto Che Guevara, grand admirateur de Castro, rencontré au Mexique. Ce médecin marxiste-léniniste se met au service de celui qu’il appelle « l’ardent prophète de l’aurore ».


15 novembre 1956 : Castro annonce l’invasion imminente de Cuba.


Décembre 1956 : Le 2 décembre, les hommes de Castro, à bord du Granma, abordent à Cuba mais sont surpris le 5 à Alegria del Pio où plusieurs trouvent la mort. Douze d’entre eux atteignent le Turquino, dans la montagne, la sierra Maestra d’où ils entretiendront la guérilla pendant les deux années à venir. Ils gagnent la confiance des paysans, pour la plupart des precaristas occupant la terre sans titres de propriété, en leur exposant leurs projets de réforme agraire. Il est rare que des paysans se rallient de manière spontanée à une guérilla. Cela s’explique par l’adhésion au mouvement de leur cacique, Crescencio Perez, et par l’histoire cubaine où d’importants conflits fonciers se sont achevés sur l’expulsion des petits paysans des basses terres par les grands planteurs de canne. L’appui de la base paysanne locale fut ainsi déterminant dans la victoire des guérilleros.


Printemps 1957 : Une partie de la sierra Maestra est déclarée « territoire libre », soit 1 500 km2 au début de 1958. Ce territoire est doté d’un hôpital, d’une école, d’une armurerie et d’un four à pain. Les grands propriétaires des zones contrôlées doivent s’acquitter de l’impôt révolutionnaire, institué par les guérilleros.


Juillet 1957 : La rencontre dans la sierra d’une délégation du Parti orthodoxe de Chibas et des rebelles aboutit à la rédaction d’un communiqué commun.


1957 : L’attaque du palais présidentiel par le Directoire révolutionnaire est un échec.


1958 : L’île compte plus de 7 millions d’habitants dont la moitié de citadins. 30 % des actifs  sont au chômage ou souffrent du sous-emploi. À la campagne, où les conditions de vie sont plus dures qu’en ville, les trois quarts des habitants vivent dans les bohios, des cabanes de boue. La moitié des travailleurs agricoles sont employés dans le secteur sucrier, le plus souvent dans des latifundia (le domaine de la Cuban Atlantic Sugar Co couvre 250 000 ha) et plus de 2 millions de personnes vivent directement du sucre.


24 février 1958 : Première émission de Radio Rebelle qui décrit les progrès de la guérilla. En général, la presse a joué un grand rôle dans la victoire des rebelles car elle a contribué à créer le mythe des guérilleros.


Mars 1958 : Raul Castro ouvre un second front dans la sierra de Cristal, à l’est de l’île.


1958 : Échec de la grève générale annoncée par Radio Rebelle et voulue par le front urbain du Mouvement du 26 juillet (opposé au front engagé dans la sierra), notamment en raison du refus d’alliance avec les communistes. La voie insurrectionnelle de la guérilla l’emporte sur la voie politique au sein du mouvement.


Mars 1958 : Capture et libération de citoyens américains par les guérilleros. Les États-Unis suspendent les aides militaires à Batista.


Mai 1958 : Batista croit pouvoir en finir avec la guérilla et lance contre elle 12 000 hommes lors de « l’offensive d’été » qui échoue trois mois plus tard. La contre-offensive lancée par Castro est en revanche couronnée de succès.


20 juillet 1958 : Alliance de nombreux partis, dont le Directoire révolutionnaire, avec le Mouvement du 26 juillet de Castro. Le Parti socialiste populaire (Parti communiste) soutient la révolution sans croire à l’efficacité de la lutte armée.


20 août 1958 : Radio Rebelle annonce la victoire de la guérilla contre les soldats de Batista. Il lui faut désormais conquérir le pays.


Novembre 1958 : Batista remporte les élections présidentielles avec un très fort taux d’abstention. Les États-Unis lui retirent leur soutien.


Fin 1958 : Castro lance vers la ville de Santa Clara deux colonnes respectivement commandées par Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegos. Des volontaires les rejoignent.


Décembre 1958 : Le 28, début de la bataille de Santa Clara où la population apporte son aide aux rebelles. Le 30, les insurgés s’emparent de grandes quantités d’armes et le 31 des points stratégiques de la ville, tandis que le président Batista fuit après avoir désigné pour le remplacer le Dr Carlos Piedra. Dans le même temps, Fidel s’empare de Santiago et son frère Raul de Guantànamo.


1er janvier 1959 : Grève générale.


2 janvier 1959 : L’Armée rebelle entre dans La Havane, tandis que Fidel Castro lance le mot d’ordre de grève générale depuis Santiago. La guerre révolutionnaire s’achève. Le Dr Urrutia devient président et Miro Cardona, Premier ministre.


Ces événements sont d’une extrême importance en Amérique latine où jamais encore une armée professionnelle n’avait échoué contre une guérilla.

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