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La réintégration à la mère patrie

La Crète autonome 1897-1913


1905 : Eleftherios Venizélos, ministre de la Justice et des Affaires étrangères du gouvernement autonome, prend le pouvoir en Crète : il organise la révolution de Thérissos qui aboutit à la destitution du prince, dont le commissariat échoit à Alexandre Zaïmis. Il n’avait eu de cesse jusque-là de dénoncer les conceptions monarchistes et arbitraires du prince, ainsi que la corruption de son entourage.


1908 : Les Crétois déclarent l’Enosis (« l’union » à la Grèce), qui n’est effective que le 1er décembre 1913, à l’issue des guerres balkaniques.


1909 : La Ligue militaire révolutionnaire opposée au roi fait un coup d’État et nomme Venizélos Premier ministre de la Grèce.


Octobre 1912 : Le gouvernement hellénique dirigé par Venizélos autorise les députés crétois à siéger au Parlement grec et déclare la guerre à la Turquie.


Mai 1913 : Les préliminaires de Londres permettent à la Crète de devenir une province du royaume de Grèce, dont le drapeau est hissé sur la forteresse Fircas à La Canée. L’Église de Crète reste, quant à elle, indépendante : elle est directement rattachée à la juridiction du patriarcat œcuménique.


1er décembre 1913 : Déclaration officielle du rattachement de la Crète à la Grèce.


 


L’île au XXe siècle


1920 : Les Turcs, qui constituaient encore un quart de la population en 1881, ne sont plus que 6 %.


1923 : Après la « catastrophe de 1922 » (le réveil turc sous l’impulsion de Mustapha Kemal), un million et demi de Grecs d’Asie doivent se réfugier en Grèce tandis que près de 500 000 Turcs, dont certains sont originaires de Crète, vont s’établir à leur place, essentiellement à Smyrne.


1939-1945 : Si l’histoire de la Crète se confond désormais largement avec celle de la Grèce, l’île tient néanmoins une place à part durant la Seconde Guerre mondiale. En octobre 1940, Mussolini attaque la Grèce par l’Épire. Mais ses troupes ne tardent pas à perdre du terrain. Pour éviter que les avions alliés ne bombardent les champs pétrolifères de Ploesti, en Roumanie, la Wehrmacht lance une grande offensive en Grèce continentale. Pour la conquête de la Crète, qui pourrait servir de base à l’aviation adverse, l’élite de l’armée allemande est mobilisée : sa seule division de parachutistes, destinée à l’origine à l’invasion de la Grande-Bretagne, participe à la deuxième grande opération aéroportée de l’histoire (après celle conduite en mai 1940 contre les forts de Liège et contre Rotterdam), tandis que des troupes de montagne s’apprêtent à rejoindre l’île à bord de caïques. Pour résister à plus de 20 000 Allemands, la Crète dispose de conscrits de l’armée grecque, de gendarmes locaux et de 30 000 soldats britanniques (notamment néo-zélandais) qui n’avaient pas encore été évacués vers l’Égypte. Les Anglais avaient occupé la baie de La Suda dès l’automne 1940, dans l’espoir de prendre une option pour l’avenir sur une île stratégique, située à proximité immédiate de la route maritime de Suez. L’opération Merkur, sous le commandement du général Löhr, débute le 20 mai 1941. Les soldats parachutés sont trop dispersés et les combats sanglants dus à une résistance crétoise inattendue, font dire à Hitler que « la Crète est le tombeau des paras allemands ». Ces derniers arrivent néanmoins à s’emparer de l’aéroport de Maleme, près de La Canée et, le 30 mai, les Anglais sont contraints de se retirer vers le sud, par les Lefka Ori (les « montagnes blanches »), et d’évacuer l’île. La population civile est ainsi abandonnée à son sort et subit les représailles des vainqueurs : 200 villageois de Kastelli sont fusillés. Les Crétois, fidèles à leur tradition, n’en résistent pas moins au nouvel envahisseur : en 1943, par exemple, ils enlèvent le Gauleiter von Kreipe, entre son PC d’Arkhanes et Héraklion, et le cachent au cœur de l’Amari. En 1945, Nikos Kazantzakis est chargé d’évaluer les dommages de la guerre et ne peut que dresser le triste bilan du conflit : l’île est ravagée, un village sur six est anéanti, un tiers de La Canée (encore capitale de la Crète jusqu’en 1971, où elle perd sont statut au profit d’Héraklion) est détruit. La reconstruction se fait avec l’aide des Alliés, surtout des États-Unis, l’Angleterre étant sortie épuisée du second conflit mondial.


La guerre civile d’après-guerre touche assez peu l’île, moins sensible au clivage politique gauche-droite qui ravage le continent qu’aux oppositions de clans. 150 exaltés n’en proclament pas moins une république populaire à Samaria.


Depuis le retour de la paix, la Crète a pu panser ses plaies et laisser des auteurs comme Nikos Kazantzakis (1883-1957) chanter les souffrances et la fierté de son peuple. Cet écrivain aux passions des plus contradictoires (le prologue d’Alexis Zorba rend hommage à des maîtres tels qu’Homère, Nietzsche et Bergson, mais son panthéon s’enrichit également des figures du Christ, de Bouddha ou encore de Lénine !) s’est toujours dit Crétois avant d’être Grec. Son roman picaresque La Liberté ou la mort (1953) a pour cadre les luttes des années 1880-1890 contre les Turcs.


Suivant une tout autre démarche, les archéologues célèbrent la plus longue histoire crétoise à leur manière, en cherchant les vestiges de la civilisation minoenne qui continue d’intriguer les scientifiques.


Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le domaine de la Grèce préhomérique et le monde égéen avaient été abandonnés aux explications mythologiques. Mais bientôt Heinrich Schliemann prouva que les poèmes de l’aède reposaient sur une réalité et ressuscita la Grèce pré-classique en dirigeant des fouilles à Ithaque (1868), à Troie (1870), à Mycènes (1874) et à Tyrinthe (1876) mais, entre les grandes civilisations de la Méditerranée orientale et du Moyen-Orient et celle de la Grèce mycénienne, il restait une lacune à combler.


En 1878, en Crète, un marchand d’huile et de savon, interprète au consulat britannique, au nom prédestiné de Minos Kalokairinos, entreprend une première fouille, non professionnelle, à Cnossos. Ses découvertes (des jarres ou pithoi, dont certaines disparurent dans l’incendie de sa maison lors des troubles de 1898) suscitent alors l’intérêt des archéologues qui essaient, sans succès, d’acheter le site du palais à ses propriétaires turcs. Parmi eux, Schliemann qui se rend dans l’île en 1886 avec son collaborateur Dörpfeld. Bientôt, en 1894, l’Italien Taramelli opère des sondages dans la caverne sacrée de Kamarès, tandis que le site de Phaistos, découvert depuis 1851 par Spratt, est fouillé de façon systématique par Halbherr.


En 1900, Arthur Evans commence, à ses frais et avec l’autorisation du gouvernement crétois, les fouilles de Cnossos, dont il a réussi a acquérir le terrain en 1899. Cet ethnologue anglais, spécialiste des monnaies grecques et siciliennes, correspondant du Manchester Guardian dans les Balkans, directeur depuis 1882 de l’Ashmolean Museum d’Oxford, était déjà venu visiter en 1894 la collection de Kalokairinos. À partir d’un premier lopin de terre, acheté sur le site, il explore la Crète, à la recherche des pierres de lait, couvertes d’écritures préhelléniques, portées par les jeunes femmes : il est persuadé d’avoir trouvé là le fil d’Ariane qui lui permettra de faire de la civilisation crétoise un phénomène original. Avec l’aide de l’archéologue D. Mackensie et de l’architecte D. T. Fyfe, il dégage plus de 17 000 m² de l’édifice, avec des méthodes très contestées aujourd’hui : il néglige ainsi tout ce qui paraît relativement récent et dédaigne le matériel mycénien. Malgré une interruption entre 1912 et 1922, les travaux se poursuivent jusqu’en 1931 et donnent lieu à ce que certains ont appelé une « cité cinématographique ». Il n’hésite pas à recoller, à reconstruire à grand renfort de béton, à repeindre les fresques et les colonnes, à attribuer aux différentes pièces dégagées des fonctions fantaisistes : n’a-t-il pas déplacé une cuve dans ce qu’il a baptisé les « appartements de la reine » dans l’idée d’en faire la « baignoire de la reine Pasiphaé » ? Il n’en a pas moins marqué les débuts d’une archéologie promise à un bel avenir. Tout au long du XXe siècle, la Crète sera investie par les plus éminents spécialistes, dont la rigueur scientifique ne fera que croître avec le temps. Les Italiens (Doro Levi) à Phaistos, les Français (Renaudin, Charbonneaux, Chapouthier, Demargne, Van Effenterre…) à Malia, le Français Louis Godart qui, chargé des fouilles… italiennes, a associé son nom à celles du site d’Apodolou, le Français Paul Faure, explorateur des cavernes sacrées de l’Ida, les Grecs (Nikolaos Platon) à Zakros, les Américains (Boyd) à Gournia, les Suédois à La Canée… ont pris la relève et continué de sonder l’inextricable dédale du passé crétois.


Aujourd’hui, la Crète fait face aux derniers envahisseurs, pacifiques ceux-là, que sont les touristes. Les 580 000 habitants de l’île accueillent ainsi plus de deux millions de vacanciers chaque année, qui font travailler, aux temps les plus forts de la saison, jusqu’à 40 % de la population, l’agriculture restant par ailleurs la principale activité. Les nostalgiques d’une Crète tout entière vouée à la tradition dénoncent aussi bien la « charterisation » abusive de l’île que les vingt années d’argent communautaire bon marché et d’expansion touristique mal contrôlée.


Si la plupart des estivants restent massivement sur le littoral, certains s’égareront peut-être au cœur de l’île, loin du béton d’Héraklion. Ils y fréquenteront les kri-kri, les fameuses chèvres sauvages, et croiseront peut-être les fantômes d’un passé héroïque, ceux-là même pour qui, selon Kazantzakis, « être Crétois était avant tout un devoir ».

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