La péninsule coréenne et les îles qui lui sont associées s’étendent sur 1 000 km du nord au sud, entre 33° et 43°de latitude nord. Sa plus grande largeur est de 360 km et sa partie la plus étroite ne dépasse pas 216 km. Elle est éloignée de 206 km des côtes japonaises les plus proches et de 190 km de la péninsule chinoise du Shandong. Elle est séparée au nord de la Mandchourie chinoise et de la Russie par les cours des fleuves Yalou et Toumen. La superficie totale de la péninsule est de 219 800 km2, ce qui équivaut à peu près à celle de la Grande-Bretagne. La République populaire et démocratique de Corée du Nord, séparée de sa voisine du Sud par le 38e parallèle, présente une superficie de 120 540 km2 et la République de Corée, qui occupe la partie méridionale de la péninsule, une superficie de 99 260 km2, comparable à celle de l’Islande ou du Portugal. Les reliefs montagneux occupent 70 % du territoire coréen. Les sommets les plus élevés se trouvent dans le nord du pays, notamment le Paektusan qui s’élève à 2 744 m et constitue le point culminant du territoire coréen. Les paysages de collines et de plaines s’imposent progressivement au fur et à mesure que l’on se déplace vers le sud-ouest. La chaîne de Nangnim s’étend de la frontière chinoise au golfe de Corée orientale et c’est ensuite la chaîne T’aebaek – « les grandes montagnes blanches » – qui longe le littoral oriental de la péninsule. Au nord, le plateau de Kaema s’étend entre le Toumen et le cours supérieur du Yalou et s’élève à une altitude moyenne supérieure à 1 000 m. À la différence du voisin nippon, la Corée ne connaît pas d’activité volcanique mais le Paektusan est un volcan éteint célèbre pour son superbe lac de cratère (le Chongji ou « Lac céleste ») et il en va de même – dans l’île de Cheju Do (ou île de Quelpaert), au large de la pointe sud-est de la péninsule – pour le Hallasan qui est avec ses 1 950 m d’altitude le point culminant de la Corée du Sud. Peu étendues, les plaines alluviales s’ouvrent surtout sur la façade littorale occidentale. Les côtes s’étirent sur 8 700 km, auxquels viennent s’ajouter 6 500 km correspondant aux rivages des nombreuses îles. Alors que le littoral oriental apparaît très régulier, ceux de la mer Jaune et du détroit de Corée sont très découpés et de nombreuses baies et rias font que la mer pénètre profondément à l’intérieur des terres. Six fleuves ont un cours d’une longueur supérieure à 400 km. Les principaux fleuves sont le Yalou, qui marque la frontière avec la Chine ; le Naktong, qui vient se jeter dans la mer au sud, à hauteur de Pusan ; le Toumen, qui marque au nord-est, sur son cours inférieur, la frontière avec la Russie ; le Han, qui passe à Séoul avant d’aller se jeter dans la mer Jaune le Taedong, qui permet d’accéder de la mer à Pyongyang et, enfin, le Kum, dont l’embouchure est au sud de la péninsule, à l’est de Kwangju. Ces fleuves sont irréguliers et leurs crues qui, consécutives à l’arrivée de la mousson humide, peuvent se transformer en de dangereuses inondations. Les mers bordières de la Corée présentent un fort contraste. À l’ouest, la mer Jaune est peu profonde et soumise à l’action du Kouro Shivo, courant chaud en provenance des Philippines alors que, sur la côte orientale, les fonds sont beaucoup plus importants et que la rencontre du Kouro Shivo et des eaux froides apportées par le courant venant de la mer d’Okhotsk crée des conditions favorables à la pêche. À l’extrême nord de cette côte orientale, le port de Unngi, proche de la frontière russe et de Vladivostok, est régulièrement pris par les glaces durant l’hiver. La Corée présente un climat continental caractérisé par de très fortes amplitudes thermiques (le fleuve Han gèle à Séoul durant l’hiver et la température peut y être torride l’été) mais ce climat subit aussi les effets de la mousson froide et sèche durant l’hiver – avec des moyennes de température de près de – 10 °C à la frontière chinoise en janvier, contre 2 °C à Pusan, au sud de la péninsule –. L’été est très pluvieux, notamment en juillet-août du fait de la mousson humide, et la température s’élève partout à 25 °C. Ne bénéficiant que de surfaces agricoles limitées, la péninsule coréenne dispose en revanche de ressources minières non négligeables, notamment en charbon et en fer, auxquelles il faut ajouter des métaux rares tels que le tungstène et le molybdène. Le pays produisit également jadis d’importantes quantités de cuivre et d’or ainsi que du kaolin et de l’argile, si précieux pour l’industrie céramique locale.
Synthèse dynamique des approches géographique et historique, l’analyse géopolitique permet d’éclairer dans une large mesure l’histoire de la Corée et d’en dégager quelques lignes de force dont la permanence peut apparaître surprenante. La Corée a vécu la majeure partie de son histoire bloquée entre les deux puissants Empires chinois et japonais, puis a dû compter à partir de la seconde moitié du XIXe siècle avec l’irruption de la Russie installée à Vladivostok avant que 1945 n’introduise dans la région l’écrasante puissance américaine. Ce qui place le pays dans une situation des plus originales mais sans doute aussi des moins confortables, au point de contact des intérêts et des ambitions de quatre puissances majeures. Dans sa Géopolitique de l’Extrême-Orient, François Joyaux a dégagé de manière lumineuse les constantes qui structurent la longue histoire du pays : « Durant de très longues périodes, la Corée fut souvent divisée et ses divisions ont toujours donné lieu à des jeux assez complexes d’alliances et de contre-alliances entre États coréens et empires voisins ; ce fut particulièrement net pendant la période des trois royaumes de Koguryo au nord, Paekche et Silla au sud – où Paekche s’allie au Japon contre Silla et ce dernier à Koguryo ; puis Paekche à Silla contre Koguryo ; puis Silla à la Chine contre Paekche et Koguryo. Ce jeu cesse avec la dynastie de Koryo qui refit l’unité du Xe au XIVe siècle, de même avec celle des Yi (XIVe-XXe siècles). Durant cette longue phase de plus grande unité, la Corée territorialement diminuée fut étroitement liée à la Chine par un système de vassalité qui lui permit de résister aux invasions japonaises de la fin du XVIe siècle. La leçon de cette histoire est double. Dans les périodes de division, les Coréens fondent leur sécurité sur des systèmes d’alliance ; dans les périodes d’unité, la Corée se sent assez bien protégée du Japon par la mer et s’assure du côté de la Chine par une vassalité scrupuleusement respectée. Cette politique s’est avérée relativement efficace tant que la Chine a été suffisamment forte pour protéger la Corée. Sa faiblesse extrême à la fin du XIXe et au début du XXe a finalement permis au Japon d’annexer la Corée en 1910, en enrayant dans le même temps la pression russe dans la région… » La guerre froide ne simplifie et ne bloque qu’en apparence la situation. Le Nord a dû tenir compte du conflit sino-soviétique dans ses relations avec Pékin et Moscou. Étroitement allié à Washington, le Sud pensait ainsi de prémunir des ambitions japonaises et se rapproche désormais de Pékin pour parfaire l’isolement de Pyongyang alors que Tokyo est tenté par le dialogue direct avec la Corée du Nord. Il faut ajouter aux constantes géopolitiques qui caractérisent la situation coréenne le rappel que cet État, à une époque ancienne, s’étendit au nord bien au-delà de ses frontières actuelles, sur une partie de la Mandchourie et de l’actuelle Sibérie russe, de quoi réveiller certaines nostalgies dans une Corée éventuellement réunifiée… Le tout se compliquant actuellement de la présence d’importantes minorités d’origine coréenne dans les régions concernées. État inspiré du modèle chinois et replié sur lui-même jusqu’au XIXe siècle – l’appellation de « royaume ermite » donnée par les Occidentaux est en elle-même très révélatrice –, la Corée apparaît initialement comme un État clairement continental, caractère que confirme aujourd’hui la Corée du Nord, dont le territoire correspond à l’implantation des commanderies chinoises contemporaines des Han, entre le Ier siècle avant J.-C. et le IIIe siècle après J.-C. Dès cette époque la frontière méridionale de la Corée « chinoise » avec les royaumes du Sud correspond, à peu de choses près, à notre actuel 38e parallèle. La fermeture à l’extérieur et la volonté d’autarcie du Nord, ultime vestige aujourd’hui du bloc communiste continental soviéto-chinois révèlent aussi de troublantes continuités. Le Sud correspond aux territoires des anciens royaumes de Paekche (capitale : Kwangju) et de Silla (capitale : Kyongju) ; il fut aussi profondément sinisé, ce qui diffère de la situation du Vietnam où le Sud, correspondant au royaume indianisé de Champa, demeura toujours à l’écart de cette influence. L’ouverture tardive et l’annexion par Tokyo bloquèrent durablement les perspectives d’évolution du pays et seule l’occupation américaine permit l’ouverture du Sud sur l’extérieur, au point d’en faire un État de type « maritime » orienté vers le commerce extérieur et inséré dans les grands flux d’échanges mondiaux. François Joyaux a ainsi pu remarquer que «… par bien des points, l’évolution du Sud face au Nord a été similaire à celle de Taïwan face au continent : ce sont, à Séoul et à Taipeh, les régimes nationalistes anticommunistes qui ont réussi à s’internationaliser tandis que les régimes communistes a priori “internationalistes” se sont avérés incapables d’une telle ouverture ou ne l’ont pas voulue… ».