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Le temps de l’Arménie soviétique

Importé de l’extérieur, le régime soviétique installé en Arménie est d’autant mieux accepté qu’il préserve ce qui reste du pays d’une conquête kemaliste qui eût permis aux Turcs d’achever le travail d’extermination entamé en 1915. Ce sont de plus des Arméniens qui sont aux commandes, ce qui favorise le consentement de la population. L’ancienneté des relations avec la Russie, perçue traditionnellement comme protectrice face à un environnement musulman hostile, permet également au nouveau pouvoir de s’imposer à une nation ruinée, traumatisée et plongée alors dans le dénuement le plus total.


1921 : Au moment où l’Arménie rejoint l’ensemble soviétique, Lénine met fin au « communisme de guerre » pour lui substituer la NEP (Nouvelle Politique économique) qui crée des conditions plus favorables au redressement en encourageant la petite propriété paysanne et la reconstitution d’un tissu économique naturel. Dès 1926, la production agricole a ainsi retrouvé son niveau de 1913. La paix et le retour de la sécurité suffisent à rallier une population acquise au programme de développement de l’instruction mais hostile en majorité aux mesures de modernisation et de laïcisation introduites par le système communiste.


1929 : Interdiction de toute propagande religieuse.


À partir de 1929 : La collectivisation agraire est imposée de force à la paysannerie arménienne : on passe de 55 à 900 kolkhozes entre 1928 et 1932 et la part des familles paysannes concernées par la collectivisation passe de 3,5 % à 38 %. Il faut l’intervention de l’Armée Rouge pour briser la résistance armée des paysans mais un tiers du bétail a été abattu, les champs sont en friche et la famine s’installe. Le rationnement du pain doit être établi et demeure jusqu’en 1935, jusqu’à l’instauration par Staline du « lopin individuel » qui assurera bientôt, sur 10 % des terres cultivées, la moitié de la production… Au cours de ces années dramatiques, la dékoulakisation a fait en Arménie plusieurs dizaines de milliers de victimes.


1928-1937 : La mise en œuvre des premiers plans quinquennaux permet la construction d’une trentaine de centrales hydroélectriques et la constitution d’industries textiles et agro-alimentaires qui font que le secteur industriel assure, en 1937, 72 % du revenu de la République (contre 21 % en 1927).


Juillet 1936 : Aghassi Khandjian qui a été « l’homme fort » en Arménie soviétique durant une quinzaine d’années mais qui est suspecté de « communisme national » est assassiné à Tbilissi (l’ancienne Tiflis) dans le bureau de Béria, alors premier secrétaire de la Fédération de Transcaucasie, reconstituée dans le cadre soviétique avec les trois républiques de Géorgie, d’Azerbaïdjan et d’Arménie. La victime, dont on raconte qu’elle s’est suicidée, est accusée de « déviations nationalistes » par la propagande du régime et la terreur stalinienne s’abat alors sur l’Arménie. La direction locale est épurée, des milliers d’arrestations sont opérées sous la direction d’Amatouni puis d’Arioutounov, des créatures de Béria. Les « procès d’Erevan » liquident l’intelligentsia locale et le poète Yeghiche Tcharents meurt ainsi dans les caves de la prison du NKVD.


1936 : La nouvelle constitution soviétique met fin à la Fédération de Transcaucasie et l’Arménie devient une République à part entière dans l’ensemble soviétique.


Avril 1938 : Le catholicos Khoren Ier est étranglé par les policiers staliniens. Les persécutions se déchaînent alors contre l’Église, accusée d’encourager la contre-révolution et d’entretenir le nationalisme. Délations, condamnations arbitraires, assassinats, déportations sont le quotidien en Arménie comme dans le reste de l’URSS.


1940 : À la veille de la guerre, on constate cependant une croissance démographique significative (de 881 000 habitants en 1926 à 1 282 000 en 1939), un essor rapide de l’enseignement (il n’y a plus d’analphabètes chez les moins de cinquante ans) et des résultats industriels encourageants. La situation de l’agriculture reste en revanche catastrophique et la collectivisation n’a fait qu’aggraver les retards antérieurs.


1941-1945 : Largement mobilisée, la population arménienne compte 174 000 morts à l’issue du conflit (sur une population de 1 360 000 habitants en 1941, ce qui est énorme). Le pays, en revanche, n’a pas été occupé et n’a pas subi les mêmes destructions que d’autres régions de l’URSS. À la différence des populations montagnardes musulmanes du nord du Caucase, les Arméniens font preuve d’une totale loyauté vis-à-vis de l’État soviétique, ce qui leur vaut de se voir accorder par Staline la réouverture du séminaire d’Edjmiatzin.


1945 : Les Arméniens attendent alors de Staline et des puissances victorieuses que justice leur soit rendue et que se reconstitue l’Arménie historique. Staline y voit en fait un moyen de faire pression sur la Turquie à propos des détroits.


1946-1948 : Plus de cent mille Arméniens dispersés en Orient regagnent l’Arménie soviétique – au moment où les Juifs bâtissent en Palestine le foyer national appelé à devenir l’État d’Israël, tous les espoirs semblent permis. La désillusion est totale et ce retour est stoppé dès 1948, avec le début de la guerre froide. Dès 1949, tous les espoirs de rectification des frontières s’évanouissent dans la mesure où Staline – qui a réclamé en 1945 la rétrocession de Kars et Ardahan – ne cherche pas l’affrontement avec la Turquie, étroitement alliée au bloc occidental et craint les réactions des populations turques et musulmanes d’URSS. La lutte contre les « déviations nationalistes » reprend d’ailleurs rapidement. La stagnation démographique des années 1948-1953 semble témoigner du climat de terreur restauré par le stalinisme finissant.


1953 : La mort du « petit père des peuples » semble annoncer un certain dégel. La situation s’améliore effectivement (mais le point de départ se situait très bas) au cours du quart de siècle qui suit ; la population de la République soviétique d’Arménie augmente jusqu’à compter 3 031 000 âmes en 1979 (dont 2 725 000 Arméniens), l’essor industriel est spectaculaire et l’urbanisation progresse rapidement, notamment à Erevan qui dépasse le million d’habitants à la fin des années 70 (contre 30 000 en 1920). La rigidité de la planification et l’inadaptation des réseaux de distribution demeurent pourtant de sérieux obstacles, compensés pour une bonne part par le développement rapide de l’économie souterraine et du marché noir.


1956-1957 : Rupture de l’unité de l’Église arménienne entre les partisans du catholicos d’Antelias (au Liban) et ceux de celui d’Edjmiatzin. Cette division correspond à la période de la guerre froide et à l’attitude adoptée au sein de la diaspora par les partisans et les adversaires de l’URSS. L’unité sera rétablie en 1979, à la faveur de la Détente, autour du catholicos d’Edjmiatzin, Vasken Ier.


1959 : Organisation de l’Institut des manuscrits anciens à Erevan, héritier du Maténadaran, la « Bibliothèque » transférée d’Edjmiatzin à Erevan en 1939. C’est le « monument » fondateur de la mémoire arménienne.


24 avril 1965 : La République soviétique d’Arménie commémore officiellement pour la première fois, à l’occasion de son cinquantenaire, le génocide de 1915 ; un monument est élevé à Erevan en 1967.


1974 : La sous-commission des droits de l’homme de l’ONU mentionne le massacre des Arméniens en 1915 comme le premier génocide du XXe siècle. Protestation du délégué turc qui demande et obtient la révision du paragraphe concerné.


1975-1982 : Une série d’attentats vise les diplomates turcs en divers pays du monde et fait une trentaine de victimes. Ils sont revendiqués par deux organisations clandestines arméniennes, les « Justiciers du génocide » et l’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie (ASALA). En 1983 un attentat organisé à Orly contre la Turkish Airlines entraîne la mort de huit passagers. Il est vigoureusement dénoncé par les organisations de la diaspora arménienne. Les attentats cessent ensuite.


1977 : Création à Erevan d’un Comité arménien de surveillance de l’application des accords d’Helsinki. Comme le reste de l’URSS, l’Arménie connaît le phénomène de la « dissidence », qui concerne surtout les milieux intellectuels (condamnation du cinéaste Sargis Pardajanian à cinq ans de prison en 1972). Les membres de ce comité sont également arrêtés et emprisonnés.


Janvier 1979 : Trois militants arméniens partisans de la sécession sont fusillés après avoir été accusés d’être responsables d’un attentat survenu dans le métro de Moscou.

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