Logo Clio
Service voyages
Service voyages


Le temps des populismes

1930 : Cette année est décisive et constitue un tournant dans l’histoire de l’Argentine. S’il fallait faire un bilan des années libérales, on le qualifierait de positif sur un plan économique dans la mesure où le pays a connu une véritable industrialisation et un développement du commerce international, aussi bien pour les matières premières que pour les produits manufacturés. Les provinces agricoles de l’intérieur ont elles aussi bénéficié de cet essor économique. Cependant, le pays ne parvient pas à faire face aux difficultés nées de la Grande Crise de 1929. La corruption est omniprésente, les problèmes sociaux demeurent et les antagonismes de classes ne font que s’exacerber.
Le libéralisme cède la place au populisme. Bientôt, le président Uriburu écarte les radicaux de son gouvernement et annule les élections provinciales que les candidats du pouvoir ont perdues, provoquant des manifestations antigouvernementales. Les militaires les plus modérés lui conseillent d’organiser des élections présidentielles.

1932 : Le général Agustín Justo est élu président grâce au soutien d’une partie des radicaux, des conservateurs du PAN et des socialistes de Buenos Aires. Durant les six années de son mandat, les fraudes sont la règle. Dirigée par les militaires, l’Argentine vit une période de dépression et de morosité sans précédent, qualifiée de « décennie infâme ».

1932-1934 : La guerre du Chaco oppose la Bolivie au Paraguay.

1933 : Mort d’Yrigoyen. La foule se rassemble en son honneur à Buenos Aires, ce qui marque un revirement de l’opinion qui témoigne de son hostilité à l’égard du gouvernement. De telles manifestations sont rares dans l’histoire de l’Argentine.

1934 : Le traité Roca-Runciman confère l’exclusivité des marchés britanniques aux exportations argentines. En échange, l’Argentine promet de donner sa préférence aux produits manufacturés britanniques et de soutenir les entreprises britanniques dans les domaines ferroviaires et de la conservation de la viande. En parallèle, le gouvernement favorise le développement des industries argentines, notamment en leur garantissant crédits et financements bancaires. Les militaires eux-mêmes approuvent cette politique d’industrialisation. Pendant toute la décennie, le gouvernement poursuit dans la voie du nationalisme économique. Les compagnies pétrolières étrangères, accusées de tentatives de corruption sur des militaires argentins et d’être la cause de la guerre du Chaco pour s’approprier les ressources pétrolières de la Bolivie et du Paraguay, sont la cible des nationalistes.

1936 : Le gouvernement revêt la YPF du pouvoir de contrôle sur toutes les importations de pétrole et sur leur distribution. L’année suivante, il revient sur cette décision qui a froissé les Anglais.

1936 : Les funérailles du chanteur de tango Carlos Gardel, mort dans un accident d’avion dont la cause n’a jamais été élucidée, rassemblent une foule immense.

1936 : Dans un contexte de reprise économique, Buenos Aires célèbre le quatrième centenaire de sa fondation par Pedro de Mendoza. Sa population est alors de 2,5 millions d’habitants.

Dès 1936, la Guerre d’Espagne trouve un écho à Buenos Aires où s’opposent franquistes et républicains. L’Argentine est restée très attachée à la « mère patrie » dont elle s’est rapprochée depuis que le président Yrigoyen a institué comme jour férié national le « jour de la Race » (12 octobre) qui commémore l’origine hispanique de nombreux Argentins.

1938 : Pour la première fois depuis l’accession au pouvoir d’Yrigoyen, un président civil, le conservateur Roberto M. Ortiz, est élu.

1939 : Au moment où la guerre éclate en Europe, l’Argentine adopte une position de neutralité. Divisés, les milieux militaires sont plutôt favorables à l’Axe (de nombreux officiers ont été formés en Allemagne) alors que les milieux d’affaires sont très liés à l’Angleterre (l’Argentine couvre alors, avec ses exportations agricoles, 40 % des besoins alimentaires du Royaume-Uni et les Anglais ont à cette époque 400 millions de livres investies dans le pays, c’est-à-dire trois fois plus que les Américains et cent cinquante fois plus que les Allemands). L’Argentine apparaît alors comme un môle de résistance anti-yankee en Amérique latine, avec l’assentiment de l’Angleterre, qui entend y maintenir son influence dominante.

17 décembre 1939 : Le croiseur allemand Graf Spee se saborde en rade de Montevideo pour éviter d’être capturé par la Royal Navy. La menace de la guerre se rapproche de l’Argentine où les militaires sont divisés entre partisans de l’Axe et sympathisants des Alliés. Le GOU ou Grupo de Oficiales Unidos, qui regroupe des officiers, choisit une troisième voie, celle de la neutralité.

Mars 1940 : Révélation d’un projet d’annexion de la Patagonie par le Reich qui suscite de vives réactions dans l’opinion.

Juin 1940 : Le président Ortiz démissionne pour des raisons de santé. Il est remplacé par le vice-président Ramón S. Castillo qui, plutôt germanophile, représente les oligarques de l’intérieur au sein du Parti conservateur. L’Argentine est alors, avec le Chili, le seul pays d’Amérique latine à ne pas avoir rompu ses relations avec l’Axe.

Début des années 1940 : Lorsque la guerre éclate, les exportations de l’Argentine à destination de l’Europe chutent. Le président tente d’établir des relations privilégiées avec la Grande-Bretagne, bientôt insolvable. La politique pro-américaine ne satisfait pas les nationalistes argentins, de plus en plus nombreux.

1941 : Pour doter le pays d’une industrie d’armement autonome, le gouvernement crée les Fabricaciones Militares.

1942 : La plupart des pays latino-américains déclarent la guerre à l’Axe, ce qui n’est pas le cas de l’Argentine. Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères sud-américains qui s’est tenue à Río de Janeiro en janvier, le blocage argentin a abouti à une simple « recommandation » de rupture avec l’Axe. Il est vrai que l’Allemagne et son armée suscitent une certaine admiration auprès des militaires argentins, mais les accuser de nazisme, comme le font les Américains, paraît excessif. Le pouvoir ne parvient pas à trouver de politique cohérente en raison des difficultés économiques du pays. Les États-Unis arment de plus le Brésil, entré en guerre à leurs côtés dès 1942.

1943 : Les élections présidentielles se préparent dans un climat tendu.

4 juin 1943 : Coup d’État militaire organisé par le GOU. Plus de 10 000 militaires prennent part à la Révolution de 1943. Les meneurs, parmi lesquels le colonel nationaliste et anticommuniste Juan Domingo Perón, sont bien décidés à ne pas partager le pouvoir avec des civils. Ce ne sont pas des idées politiques communes qui les unissent mais bien plus un mépris et une rancœur à l’égard d’un pouvoir civil corrompu qui ne cesse de s’immiscer dans les affaires militaires. Perón justifie le coup d’État dans un manifeste qui dénonce « la vénalité, les fraudes, la corruption » du gouvernement Castillo.
Ils installent le général Edelmiro Farrell à la présidence et le colonel Perón au ministère du Travail. Ce dernier a l’habitude de s’adresser aux ouvriers dans leur propre langage, ce qui lui vaut une grande popularité et permet de désamorcer de nombreux conflits sociaux. Les classes laborieuses attendent une réforme qui ne tarde pas à venir. Le ministère de Perón renforce la législation sociale et négocie des accords collectifs en faveur de l’amélioration des conditions de travail, ce dont les salariés lui sont très reconnaissants. Il favorise le monde des cheminots et remet en vigueur la journée de huit heures.
Le but de Perón est de faire adhérer les ouvriers aux syndicats dirigés par l’État comme la Confédération générale du travail (CGT) et d’en éliminer les tendances antimilitaristes.

1943 : Perón réintroduit l’instruction religieuse dans les écoles publiques.

26 janvier 1944 : Rupture des relations avec l’Axe. Personnage politique le plus en vue au sein du gouvernement, Perón est bientôt promu vice-président de la junte militaire au pouvoir. En juin, il renvoie dos à dos l’Axe et les Alliés, ce qui lui vaut une vive hostilité du secrétaire d’État américain Cordell Hull. En réaction à certaines nationalisations d’entreprises américaines, le gouvernement de Washington décide le gel des avoirs argentins aux États- Unis et, le 22 juin 1944, l’ambassadeur américain à Buenos Aires est rappelé. Le 27 octobre, Perón en appelle à l’Organisation panaméricaine, censée être en mesure de régler les différends survenant entre ses membres.

1944 : Un tremblement de terre dévaste la province de San Juan, au pied de la cordillère des Andes.

Février 1945 : La conférence continentale organisée à Mexico à l’initiative des États-Unis se tient sans l’Argentine qui se retrouve totalement isolée.

27 mars 1945 : L’Argentine déclare la guerre à l’Allemagne. Son gouvernement est alors reconnu par toutes les républiques américaines et elle est admise dans la nouvelle Organisation des Nations unies. Le nouvel ambassadeur américain à Buenos Aires, Spruille Braden, est très hostile à Perón. La société argentine est en proie à des divisions profondes. En effet, les classes moyennes réclament le départ de Perón et l’instauration d’un gouvernement élu. Elles soutiennent les Alliés alors que la junte militaire au pouvoir a plutôt penché du côté de l’Axe.

Septembre 1945 : Plus de 200 000 Argentins défilent du riche quartier de Barrio Norte vers le centre de Buenos Aires en faveur du retour d’un gouvernement constitutionnel.

9 octobre 1945 : Des officiers forcent la junte dirigée par le général Farrell à renvoyer Perón et à le faire arrêter, à la grande colère de la majorité de la population. Dès le 12 octobre, les descamisados (« les sans-chemise ») descendent dans la rue pour exiger son rappel.

17 octobre 1945 : Alors que la CGT a appelé à la grève générale pour le 18 octobre, les foules se mobilisent à travers le pays dès le 17. Les centaines de milliers de travailleurs qui défilent à Avellaneda, un faubourg industrieux de Buenos Aires et se dirigent vers la Plaza de Mayo, les employés de l’industrie sucrière qui convergent vers le centre de Tucumán et tous ceux qui manifestent leur mécontentement à Rosario, Córdoba, La Plata, n’ont qu’un seul mot d’ordre : la libération de Perón. La junte militaire cède à la pression et relâche Perón qui apparaît vers minuit au balcon de la Casa Rosada pour y être acclamé en héros. Les manœuvres de l’ambassadeur américain, qui fait publier un Livre bleu dénonçant la collusion de l’Argentine des militaires et du IIIe Reich n’entament en rien la popularité dont jouit alors le général.
La journée du 17 octobre constitue un séisme dans la vie politique et sociale du pays : Perón est alors propulsé sur le devant de la scène. Son projet est de construire une unité nationale et son programme politique, au nom éloquent de justicialismo, se veut l’incarnation d’une troisième voie entre libéralisme et communisme. Le populisme est un système ancien en Amérique latine et à plus proprement parler en Argentine. Celui de Perón se compose ainsi : nationalisme économique, politique d’industrialisation nationale, alliance entre civils et militaires et négociation de l’État avec les travailleurs. Il ne laisse pas les classes moyennes en reste ; il sait en effet que tout l’effort d’industrialisation repose sur les épaules de ces élites instruites.

1945 : Perón est candidat à l’élection présidentielle pour le parti travailliste qui est le fruit d’une alliance de leaders syndicaux qui lui avaient accordé leur soutien lorsqu’il était ministre du Travail.

24 février 1946 : Perón remporte régulièrement les élections avec 55 % des voix.

1945-1950 : Pendant le mandat de Perón, le régime accroît sa mainmise sur les fédérations de travailleurs du pays. En cinq ans, le nombre de travailleurs syndiqués passe de 500 000 à 2 millions. Le syndicat majoritaire est la CGT.

1945-1949 : À la sortie de la guerre, l’économie argentine est florissante : elle bénéficie d’une croissance de 6 % par an, d’une augmentation de la production industrielle de 25 % et de multiples créations d’emplois. Les travailleurs voient leurs revenus s’accroître de 22 à 30 % entre 1945 et 1948.

1946 : L’Argentine compte plus de un million d’employés dans l’industrie, contre à peine la moitié en 1935. Ces travailleurs, pour la plupart des immigrants, jouissent d’aides médicales, de congés payés et de congés de maternité. Le pays connaît de fortes tensions sociales entre Argentins et immigrants mais aussi entre ouvriers qualifiés et non qualifiés.

1947 : Le droit de vote est accordé aux femmes, ferventes partisanes de Perón.

1948 : Début de la nationalisation des chemins de fer, autrefois possédés par les Anglais. Cet élément majeur de la politique de Perón satisfait aussi bien les militaires que les travailleurs, les nationalistes et les classes moyennes.

Dans les années 1950 et 1960, les entreprises étrangères comme IBM, Palmolive et Dupont de Nemours investissent le marché argentin. Leurs directeurs ne sont plus argentins, comme au temps des investissements anglais, mais bel et bien étrangers.

1952 : Perón est réélu président de l’Argentine avec 64 % des voix. La corruption n’a pas disparu et il est courant de voir des directeurs d’usines et des leaders syndicaux invités à des banquets politiques.

1952 : Récession économique de grande ampleur. La population souffre de l’inflation et des licenciements qui touchent 40 000 travailleurs du textile et 25 000 travailleurs de l’industrie agro-alimentaire. L’effondrement des exportations agricoles est pour beaucoup dans cette récession : l’Argentine n’a plus les fonds nécessaires à l’importation des produits manufacturés indispensables à son industrie. En 1952, le revenu moyen des ouvriers non qualifiés est de 20 % inférieur à celui de 1949.
Le gouvernement péroniste lance un programme d’austérité qui prévoit le gel des revenus des travailleurs et la relance de l’économie par l’augmentation de la productivité. Lors d’un discours, le leader populiste s’exprime ainsi : « Aujourd’hui comme toujours, notre slogan est produire ! » À longue échéance, cela s’est avéré efficace ; en 1954, l’inflation avait été ramenée à un niveau insignifiant.

26 juillet 1952 : Evita Perón meurt d’un cancer. L’épouse du président était le symbole du soutien aux travailleurs et aux pauvres, notamment grâce à ses nombreuses œuvres de charité. Née dans une petite ville de la Pampa dans les années 1920 et enfant illégitime d’un homme de la bonne société, elle se lance en 1935 dans le spectacle puis dans la radio où elle dispose de sa propre émission. Elle rencontre le colonel Perón lors d’une vente de charité et ils se marient peu de temps avant l’investiture présidentielle de ce dernier. Pendant quinze jours, la foule brave un froid glacial et une queue de plusieurs kilomètres pour lui rendre un dernier hommage et s’incliner devant son cercueil.

Avril 1953 : Attentat contre Perón. Lors d’une manifestation de la CGT en faveur de Perón, deux bombes explosent dans la foule et tuent six personnes. Dans la nuit qui suit, des groupes d’extrême droite attaquent le siège du journal socialiste Vanguardia et le Jockey Club.

Fin 1954 : L’agitation reprend en Argentine. Au début des années 1950, l’Église retire son soutien au président Perón qui a suspendu les aides aux écoles catholiques. Les autorités arrêtent des prêtres et ferment des églises ; de nombreux catholiques des classes moyennes rejoignent alors les étudiants dans l’opposition.

Mai 1955 : Le gouvernement propose un amendement à la Constitution dans le but de séparer l’Église et l’État.

Juin 1955 : Cent mille manifestants issus des classes moyennes protestent contre ce projet dans Buenos Aires. La semaine suivante, des travailleurs contre-manifestent en signe de soutien au président. Des officiers se révoltent contre Perón et tirent dans foule, tuant 156 personnes et en blessant plusieurs centaines d’autres. L’après-midi, des centaines de péronistes saccagent des églises de Buenos Aires : Perón est alors excommunié. En quelques semaines, le général Eduardo Lonardi lance la Revolución Libertadora pour en découdre avec le régime péroniste.

Septembre 1955 : Coup d’État militaire. Perón démissionne et s’enfuit au Paraguay. Les opposants de Perón l’avaient qualifié d’autocrate et de fasciste ; cependant, ce dernier avait laissé un semblant de liberté à ses opposants, du moins ne les avait-il pas fait éliminer.
Le péronisme constitue désormais un élément d’identité et de résistance chez les travailleurs argentins qui restent fidèles à leur leader. Le nouveau pouvoir n’allait pas tarder à s’en rendre compte lors de la longue période d’instabilité et de division qui s’ouvrait.

22 septembre 1955 : Le général Lonardi est nommé président provisoire. Dès son installation à la Casa Rosada, il accueille les leaders des partis radicaux et socialistes dans un élan d’unité politique. Cependant, certains officiers ne l’approuvent pas et cherchent à le remplacer par le général Pedro E. Aramburu.

Novembre 1955 : Le général Pedro E. Aramburu accède à la présidence. Il lance la chasse aux péronistes dont il purge l’administration et la CGT. Des centaines d’officiers, soupçonnés d’avoir soutenu Perón, sont mis en retraite anticipée. Pour ternir l’image des époux Perón, dont il est totalement proscrit de prononcer le nom, le gouvernement fait courir des rumeurs sur leur train de vie et sur des comptes bancaires illicites en Suisse. Enfin, le président fait enlever le corps d’Evita du quartier général de la CGT. Pendant dix-sept ans, nul ne sut où la dépouille avait été cachée.

Après 1955 : Les travailleurs argentins perdent tout ce que Perón leur avait concédé, notamment en matière de revenus. Les militaires qui le remplacent au pouvoir leur sont hostiles, répriment leurs grèves et sont enclins à ne céder à aucune de leurs revendications.

16 juin 1956 : Révolution libératrice. Des vagues de grèves secouent Buenos Aires et se poursuivent l’année suivante.

1958 : Les péronistes ne sont pas autorisés à se présenter aux élections, ce qui aurait dû permettre aux radicaux de remporter le scrutin. Or, le parti sort d’une scission et l’une des deux branches, menée par Arturo Frondizi, passe un accord secret avec Perón : Frondizi monnaie les voix des péronistes contre leur retour en politique. Il remporte les élections grâce au soutien des péronistes. En 1961, il effectue un voyage aux États-Unis où il rencontre le président Kennedy.

19 août 1961 : La rencontre secrète de Frondizi avec Ernesto Guevara, de retour dans son pays natal pour la journée, suscite l’inquiétude des généraux. Le Che ne revint plus jamais en Argentine par la suite.

Mars 1962 : Frondizi tient parole et permet aux péronistes de se présenter aux élections provinciales. Cependant, la victoire du parti péroniste, l’Union populaire, dans 10 des 14 provinces est contestée par les militaires qui annulent les élections, arrêtent Frondizi et le remplacent par un civil, José María Guido. L’armée connaît de profondes divisions entre les Azules (les « bleus ») et les Colorados : les premiers ne voient rien à redire à une alliance avec les Péronistes tandis que les seconds veulent à tout prix les éliminer.

1963 : De nouvelles élections ont lieu en Argentine. L’élection à la présidence d’Arturo Illia débouche sur une brève période de stabilité. Pour enrayer les déficits et l’inflation, il dévalue le peso, ce qui a pour conséquence immédiate de faire chuter les revenus des travailleurs.

1964 : Les syndicats réagissent par des grèves massives.

1965 : Les péronistes, bravant l’interdiction des militaires, se présentent aux élections au Congrès où ils remportent de nombreux sièges. Ils opposent leur veto aux propositions de loi du président Illia.

28 juin 1966 : Coup d’État du général Juan Carlos Ongania. Les Azules décident de prendre totalement le contrôle du gouvernement et leur leader, le général Ongania, somme le président Illia de démissionner pour éviter tout acte de violence. Certains travailleurs espèrent qu’une alliance avec lui sera possible car il représente la faction modérée des militaires. Cependant, les grèves sont proscrites et Ongania mène une politique répressive à l’égard des grévistes.

5 août 1966 : Lors d’une réunion à l’université de Buenos Aires, la police intervient avec violence : 200 étudiants sont emprisonnés et 30 blessés. Ils viennent de dénoncer les purges dont sont victimes les professeurs et les membres de l’administration. Cette « nuit des Longs Bâtons » marque la fin de l’autonomie de l’Université et entraîne la radicalisation politique des étudiants, influencés par la révolution cubaine et les théories marxistes.

1969 : Les investissements américains atteignent 790 millions de dollars contre seulement 230 millions au moment de la chute de Perón mais 1,8 milliard en 1972. L’industrie automobile est en pleine expansion.

Mai 1969 : À Córdoba, les ouvriers de la métallurgie manifestent contre l’allongement de la semaine de travail. Rejoints par les étudiants, ils affrontent les forces de police qui finissent par les laisser maîtres de la ville où ils brûlent les bureaux de Xerox et de Citroën et commettent des actes de vandalisme. L’armée est envoyée et, en l’espace de trois jours, elle tue 60 personnes, en blesse des centaines et en arrête un millier. Cette révolte, nommée le Córdobazo, encourage les travailleurs argentins à réclamer le retour de Perón et aboutit à la démission d’Ongania moins d’un an après.

Années 1970 : C’est au tour des guérillas d’extrême gauche de combattre pour la même cause. Quelque 200 combattants activistes créent des groupuscules qui rassemblent bientôt 5 000 guérilleros au sein d’une force paramilitaire. Ces groupes fort divers vont des nationalistes Montoneros à l’Armée Révolutionnaire du peuple, trotskiste. Au moment de la révolution cubaine, de nombreux étudiants sont séduits par les idées du Che et croient en une éventuelle révolution. Ils critiquent ceux qu’ils appellent les vendepatrias, c’est-à-dire les « vendeurs de la terre natale », qui font travailler les Argentins mais exportent leur production vers les pays développés. Paradoxalement, les guérillas voient en Perón l’expression de cette révolution et Evita devient leur sainte patronne.

1970 : Les Montoneros kidnappent le président Aramburu et l’exécutent après l’avoir interrogé sans succès au sujet de la disparition de la dépouille d’Evita Perón. La démission d’Ongania n’atténue en rien leurs ardeurs : ils assassinent des militaires et des leaders syndicaux, kidnappent des expatriés qu’ils ne relâchent qu’en échange de substantielles rançons. La violence est généralisée à Buenos Aires.

25 mai 1973 : Sous la pression des guérillas, les candidats péronistes sont autorisés à se présenter aux élections qu’ils remportent haut la main. L’élection à la présidentielle du candidat désigné de Perón, Hector Cámpora, suscite l’espérance de tout un pays. Cámpora récompense les Montoneros et libère 371 prisonniers politiques, pour la plupart des terroristes. L’arrivée des Montoneros au sein de l’Union populaire n’est ni du goût de l’aile droite des péronistes ni de celui de Perón.

1973 : La hausse des prix de l’or noir a des répercussions sur l’économie argentine.

20 juin 1973 : Perón fait son retour en Argentine en compagnie de sa nouvelle épouse Maria Estela Martínez de Perón, dite Isabel Perón. Un million de personnes se pressent à l’aéroport pour les y accueillir. Cependant, une rixe inopportune entre individus de la droite du parti et Montoneros se produit. Le bilan officiel est de 16 morts et de 433 blessés mais tous les témoins restent persuadés que le nombre de victimes fut bien plus élevé. Perón doit atterrir sur une base militaire, cela contrecarre tous ses plans : il manque l’ovation de la foule. Dès son retour, il presse Cámpora de démissionner.

Octobre 1973 : Perón remporte les élections avec 61 % des voix. Sa femme est élue vice-présidente.

1er juillet 1974 : Perón meurt d’un arrêt cardiaque. Des centaines de milliers de personnes lui rendent hommage. Son épouse est la première femme à devenir chef de l’exécutif d’un pays d’Amérique. Cependant, elle n’est pas suffisamment aguerrie pour résister à la guerre que les Montoneros déclarent au gouvernement. Ni Isabel Perón ni son ministre José López Rega ne sont en mesure d’améliorer la condition des travailleurs.

1974 : Rega fonde l’Alliance anticommuniste argentine ou Triple À qui est en fait un groupe paramilitaire.

1975 : Les guérillas guévaristes terrorisent les populations par leurs attentats et leurs assassinats.

Au début de 1976, l’opinion publique réclame un coup d’État.

Mars 1976 : Sentant qu’elle bénéficie de l’approbation générale pour s’emparer du pouvoir, une junte militaire réalise un coup d’État qui sonne le début d’une longue et cruelle dictature, certainement la période la plus sombre de l’histoire de l’Argentine. Elle lance la réalisation d’un programme nommé « Procès », place des militaires à tous les hauts postes et élimine les opposants péronistes. Le général Jorge Videla assure la présidence de la junte et promet de combattre l’inflation qui vient de dépasser les 600 %. Elle entreprend enfin une lutte à mort contre les guérillas. Cette lutte fait 19 000 victimes et l’on estime à 2 millions le nombre d’exilés.

16 septembre 1976 : Lors de la « nuit des Crayons », des élèves du secondaire, qui réclament la baisse du prix des transports, sont victimes de la répression. Aucun écho n’est donné dans la presse ou les médias à la lutte contre la guérilla, jusqu’à ce qu’un groupe de femmes et mères de disparus se rassemble pour protester contre les éliminations sommaires. L’opposition fait tâche d’huile : les mères de disparus sont bientôt rejointes par les travailleurs de l’industrie.

1976 et 1977 : Les travailleurs mènent des grèves illégales alors que le démantèlement des syndicats se poursuit.

Avril 1977 : Un groupe de mères de disparus s’assemble face à la Casa Rosada. Dès lors, elles se réunissent tous les jeudis sur la Plaza de Mayo où elles prient pour leurs enfants, ce que les militaires ne peuvent interdire. L’une d’elles, Hebe de Bonafini, fait figure de leader.

1978 : L’Argentine accueille la Coupe du monde de football qu’elle remporte pour la première fois.

Avril 1979 : La nouvelle génération de leaders syndicaux appelle à la grève générale qui touche les secteurs ferroviaire et automobile. Les leaders syndicalistes sont parmi les premiers à réclamer le retour à la démocratie, seul moyen, selon eux, pour que le pays retrouve son unité.

1979 : Le gouvernement de Jimmy Carter suspend les négociations commerciales avec l’Argentine en raison des atteintes aux droits de l’homme. En revanche, les gouvernements de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan (à partir de 1981) approuvent le « Procès » entrepris par les militaires argentins.

1980 : Une sévère récession touche l’Argentine et l’inflation reprend de plus belle. Ce n’est qu’alors que l’étau politique se desserre. La situation empire encore l’année suivante : la junte est véritablement remise en cause et le non-respect des droits de l’homme pointé.

1981 : Succédant au général Videla, le général Leopoldo Galtieri devient président.

2 avril 1982 : Le général Galtieri ordonne à l’armée et à la marine argentines d’envahir les îles Malouines que les Britanniques nomment îles Falkland. La petite garnison anglaise présente sur place est rapidement défaite. Les Malouines avaient été prises par les Britanniques en 1833 et étaient restées en leur possession depuis lors. Les Nations unies avaient pressé l’Angleterre de rendre ces îles à l’Argentine, mais sans succès. Les négociations avaient échoué à propos des droits des résidents britanniques.

En 1982, le général Galtieri croit pouvoir compter sur le soutien de Reagan mais il commet une erreur. En fait, le président américain préfère ne pas se froisser avec ses amis britanniques et accorder son soutien à Margaret Thatcher. À leur arrivée, les troupes anglaises ne rencontrent qu’une résistance inégale. Un sous-marin d’attaque britannique torpille L’Amiral Belgrano, un navire argentin, englouti avec ses 800 marins dans les eaux glaciales de l’océan. Le général Menendez doit reconnaître la défaite argentine.
Cet épisode a de lourdes conséquences sur le climat politique du pays. En effet, le peuple argentin est abasourdi par la nouvelle de la reddition de ses troupes. Il se rend alors compte que la junte militaire a été capable de faire disparaître des citoyens, d’aller à l’encontre des droits de l’homme, de rejeter les péronistes du pouvoir, d’intimider l’intelligentsia mais qu’elle a échoué dans ce qui était l’essentiel de sa fonction : la défense de la nation.

Décembre 1982 : Le prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel parvient à organiser une manifestation de 100 000 personnes pour protester contre la « Guerre sale ». Les généraux annoncent alors des élections pour octobre 1983.

Octobre 1983 : Raúl Alfonsin, qui a su créer un consensus au sein du parti radical, est élu président.
Au terme de cette phase, la tentative de dépéronisation entreprise par les militaires s’est avérée être un échec total. En effet, la population reste en grande partie acquise au leader populiste qu’elle surnomme affectueusement « le vieil homme ». D’autre part, les résultats économiques sont mauvais. Enfin, les Argentins vivent dans un climat d’instabilité politique et sociale que Perón était parvenu à réduire voire à éliminer. Les élections de 1983 constituent un bouleversement dans le paysage politique argentin.
Page précédente Page suivante
Mentions légales Conditions Générales de vente Comment s'inscrire Hôtels à Paris Vos assurances Qui sommes-nous ? Clio recrute Nous contacter