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Le Japon, première puissance d'Extrême-Orient (1895-1932)

 L’industrialisation du pays fournit au Japon les moyens de devenir une puissance régionale au moment où une rapide croissance démographique – la population passe de 33 millions d’habitants en 1872 à près de 51 millions en 1910, la densité passant dans le même temps de 83 habitants au km2 à 127 – encourage certains dirigeants à pratiquer une politique d’expansion territoriale jugée nécessaire pour assurer l’autonomie alimentaire et l’approvisionnement en matières premières de l’archipel. C’est tout naturellement vers la Corée que se tournent les ambitions japonaises, au risque de voir le pays confronté à l’Empire chinois et à l’Empire russe. Les relations avec la dynastie mandchoue établie à Pékin se sont progressivement tendues, à l’occasion de l’expédition punitive menée en 1874 contre les aborigènes formosans qui avaient malmené des pêcheurs japonais – l’île était considérée, sous le nom de Taïwan, comme une dépendance de l’Empire chinois – et lors du « traité inégal » imposé à la Corée deux ans plus tard. La lutte d’influence engagée à Séoul débouche, le 1er août 1894, sur une déclaration de guerre du Japon à la Chine, qui suit d’une semaine l’attaque de trois transports de troupes chinois au large des côtes coréennes.


11 septembre 1894 : Les Japonais détruisent la moitié d’une flotte chinoise dans le golfe du Petchili et s’emparent de Port Arthur le 21 novembre suivant. En deux mois, les forces nippones prennent le contrôle de la Corée et de la péninsule du Liao-Toung qui ferme au nord, comme la péninsule du Shantong au sud, le golfe du Petchili et permet ainsi le contrôle de l’accès à Tien-Tsin.


30 janvier 1895 : Les Japonais débarquent à Wei Hai-Wai puis, le 23 mars, à Taïwan.


30 mars 1895 : Li Hong Tchang, représentant de l’impératrice régente Tseu Hi, conclut l’armistice à Tokyo. Le traité de paix est signé à Shimonoseki le 17 avril suivant, sur le territoire des vainqueurs. L’accord ainsi conclu prévoit l’indépendance de la Corée qui échappe ainsi à la suzeraineté chinoise, la cession au Japon de la péninsule du Liao-Toung, de Taïwan et des îles Pescadores, le paiement d’une lourde indemnité de guerre, garanti par l’occupation de Wei Hai-Wai, enfin l’ouverture au commerce nippon de nouvelles villes dont Tchong-King dans l’intérieur de l’empire.


23 avril 1895 : Les ambassadeurs russe et français à Tokyo rejettent l’occupation du Liao-Toung. Ils sont relayés ensuite par les représentants de l’Angleterre et de l’Allemagne. Dès le 5 mai, le Japon, isolé, est contraint de renoncer au Liao-Toung, Port Arthur compris, remis à la Chine le 4 décembre. Les grandes puissances peuvent compléter de 1895 à 1898 le break up of China engagé depuis le milieu du XIXe siècle. La Russie obtient la cession du chemin de fer transmandchourien. L’Allemagne se fait céder pour 99 ans le territoire de Kiao-Tchéou après le meurtre de deux missionnaires. La Russie se fait céder à bail pour 25 ans Port Arthur. La France se voit reconnaître une zone d’influence dans les régions proches du Tonkin. Les Anglais s’installent à Wei Hai-Wai et se font reconnaître une zone d’influence sur le Tibet.


29 mars 1897 : Le Japon adopte l’étalon-or.


25 avril 1898 : Un accord russo-japonais reconnaît la prévalence de l’influence japonaise en Corée.


22 juin 1898 : Formation d’un Parti constitutionnel, le Kenseitô, rassemblant les différents groupes de l’opposition parlementaire, qui réclame la responsabilité ministérielle devant l’Assemblée. Cette opposition constitue un gouvernement éphémère de juin à octobre 1898. L’intermède est clos avec la formation d’un nouveau gouvernement proche de l’empereur, confié au maréchal Yamagata.


1900: Le comte Itô fonde le parti Seiyukai.


Août 1900 : Un corps expéditionnaire international auquel participe le Japon vient délivrer le quartier des Légations de Pékin où les Européens sont assiégés depuis près de deux mois par les insurgés Boxers.


30 janvier 1902 : Signature du traité anglo-japonais. Il affirme l’indépendance de la Chine et de la Corée mais souligne que les deux puissances signataires ont des « intérêts spéciaux » dans ces deux pays et peuvent prendre toutes les mesures nécessaires pour les défendre contre des tiers. Si l’une des parties était entraînée dans une guerre, l’autre resterait neutre et tenterait d’empêcher une intervention d’autres puissances mais si une autre puissance intervenait, l’allié devait entrer en guerre. Il s’agissait d’un succès diplomatique pour le Japon : si l’Angleterre restait neutre dans l’hypothèse d’un conflit russo-japonais, la seule intervention de la France alliée du tsar déclenchait le mécanisme de l’alliance.


8 avril 1902 : Accord russo-chinois prévoyant l’évacuation progressive de la Mandchourie mais, sous l’influence de Bezobrazov, fondateur de la Compagnie du Yalou, le tsar suspend l’évacuation le 18 avril 1903. Un groupe d’influence puissant comprenant le grand-duc Alexandre, le ministre de l’Intérieur Plehve, le ministre de la Guerre Kouropatkine et l’ambassadeur en Corée Pavlov pousse le tsar à demander à la Chine un protectorat sur la Mandchourie.


13 janvier 1904 : Le gouvernement japonais adresse à la Russie un véritable ultimatum à propos de son attitude en Mandchourie. Les relations diplomatiques sont rompues le 5 février.


8 février 1904 : Attaque japonaise contre la flotte russe de Port Arthur. Le 3 mai, les Japonais parviennent à bloquer la rade. Entre temps l’armée du général Kuroki a débarqué en Corée et repoussé les Russes au nord du Yalu ; une autre armée, menée par le général Nozu, a débarqué dans le Liao-Toung et fait sa jonction avec la précédente au début du mois de mai. Sous les ordres du général Oku, une troisième armée, débarquée également dans le Liao-Toung marche vers le sud et coupe la ligne de chemin de fer qui aboutit à Port Arthur désormais bloqué par le nord, du côté de la terre, en mai. Une quatrième armée (général Nogi) est chargée du siège et lance sans succès un premier assaut en août alors que les trois autres, placées sous le commandement en chef du maréchal Oyama, doivent attaquer les forces russes de Mandchourie.


24 février 1904 : Les Japonais imposent au souverain coréen un quasi protectorat, renforcé par les accords des 19 et 22 août suivants. Ils obtiennent l’occupation de plusieurs points stratégiques de la péninsule, la conclusion d’une alliance militaire et l’établissement d’un contrôle administratif et diplomatique ainsi que l’octroi de privilèges particuliers aux entreprises nippones. Ces limitations de l’indépendance coréenne reçoivent la sanction américaine lors de la signature des accords Taft-Katsura, contre la promesse japonaise de se désintéresser des Philippines.


1er janvier 1905 : Le général Stoessel, commandant la place de Port Arthur, capitule. En Mandchourie, les Japonais s’emparent de Moukden et le général Kouropatkine est contraint de se replier sur Kharbin.


27 mai : La flotte russe de l’amiral Rojestvenski, venue de la Baltique, est presque totalement détruite dans le détroit de Tsoushima.


7-30 juillet 1905 : Les Japonais s’emparent de l’île Sakhaline.


12 août 1905 : Reconduction de l’alliance anglo-japonaise conclue en 1902. Le Japon confirme sa garantie des intérêts britanniques au Tibet et en Inde contre l’assurance anglaise d’une aide militaire contre tout agresseur mais l’intervention du président américain Taft conduit le gouvernement de Londres à signer un troisième traité d’alliance (13 juillet 1911) qui précise que les Anglais n’interviendraient pas en cas de guerre entre le Japon et les USA. Il était clair désormais pour le Japon que le principal danger n’est plus la Russie, mais les États-Unis.


5 septembre 1905 : Signature du traité de paix de Portsmouth à la faveur de la médiation du président américain Theodore Roosevelt. Les Japonais s’installent en Corée et au Liao-Toung et contrôlent la partie méridionale du Transmandchourien. Ils récupèrent le sud de Sakhaline. L’opinion japonaise est très mécontente de ces conditions de paix qu’elle estime insuffisantes et de violentes émeutes éclatent à Tokyo quand elles sont connues, nécessitant de proclamer l’état de siège et de faire occuper la capitale par l’armée. Le traité n’en est pas moins ratifié par l’empereur le 15 octobre.


17 novembre 1905 : Le Japon instaure un véritable protectorat en Corée où est installé un Résident nippon ; le premier sera en février 1906 le comte Itô, qui sera assassiné le 26 octobre 1909 à Kharbin par un nationaliste coréen.


22 décembre 1905 : La Chine cède le Kouantoung au Japon ainsi que le bail de Port Arthur et de la ligne ferroviaire du sud-Mandchourien.


Janvier 1906 - juillet 1908 : Ministère du marquis Saionji, de tendance « libérale », qui profite de la bonne situation de l’économie et réalise la nationalisation des chemins de fer.


12 mars - 10 juin 1907 : Accords franco-japonais. Prêt de 300 millions de francs et reconnaissance des zones d’influence respectives au Yunnan et en Mandchourie méridionale.


19 juillet 1907 : Les Japonais contraignent à l’abdication l’empereur de Corée et le remplacent par son fils. Le traité du 24 juillet prévoit la fusion de l’armée coréenne dans l’armée japonaise et la direction japonaise de la politique intérieure du « pays du matin calme ».


28 au 28 juillet 1907: Accords russo-japonais sur les pêcheries et les échanges commerciaux. Reconnaissance mutuelle des zones d’influence en Corée et en Mandchourie du Sud pour les Japonais, en Mandchourie du Nord et en Mongolie extérieure pour les Russes. En 1910 et 1912, de nouveaux accords visent à empêcher toute implantation ferroviaire américaine dans les régions concernées.


Juillet 1908 - août 1911 : Ministère du général-marquis Katsura, marqué par une série de scandales financiers. Un ministère dirigé de nouveau par le marquis Saionji lui succède d’août 1911 à novembre 1912 mais tombe en raison des exigences financières de l’armée qui réclame des moyens supplémentaires.


Octobre 1908 : Seize cuirassés américains sont reçus à Yokohama. C’est une visite amicale mais, le 30 novembre suivant, l’accord Root-Takahira sanctionne le maintien du statu quo dans le Pacifique, le respect de l’indépendance de la Chine et le principe de la « porte ouverte » sur le marché chinois. En fait, Japon et USA apparaissent de plus en plus comme des rivaux potentiels en Asie orientale et dans le Pacifique.


23 août 1910 : L’assassinat du comte Itô en octobre 1909 par un nationaliste coréen fournit au marquis Katsura le prétexte de l’annexion pure et simple de la Corée. Le Résident est remplacé par un gouverneur, le général Terauchi. La Corée perd toute existence propre, elle devient le Chosen, Séoul est rebaptisée Keijo et Pyong-Yang Heijo. Le japonais devient la langue officielle, l’administration et l’enseignement sont japonisés. Un système policier est établi. Le clergé japonais, shintoïste ou bouddhiste, entreprend d’en finir avec l’influence des missionnaires chrétiens. Dans le domaine économique, les compagnies japonaises reçoivent des privilèges exorbitants. C’est en recourant à la corvée que routes et chemins de fer sont construits. L’établissement de ce système colonial compromettait cependant la prétention du Japon d’apparaître comme le libérateur des peuples jaunes, comme la force asiatique capable de préserver l’Orient des convoitises européennes ou nord-américaines.


1911 : Traité de commerce américano-japonais. Les USA renoncent à leurs intérêts en Mandchourie mais le Japon s’engage à ne pas envoyer d’immigrants aux États-Unis. Dès 1892 une loi fédérale américaine avait interdit toute immigration chinoise mais pas celle des Japonais. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux s’étaient ainsi installés dans l’ouest américain et en Colombie britannique entre 1870 et le début du XXe siècle, ce qui avait engendré de nombreuses difficultés avec les populations locales, mécontentes de voir ces nouveaux venus accepter des bas salaires. Une Ligue syndicale pour l’exclusion des Japonais fut ainsi créée en 1905 et le Bureau de l’enseignement de Californie exclut des écoles « les enfants de race jaune » en 1907 ; ces mesures discriminatoires sont à mettre en parallèle avec plusieurs pogroms anti-japonais perpétrés à San Francisco en 1906 et 1907…


1912 : La chute de la dynastie mandchoue et la proclamation de la République chinoise ouvrent au Japon des perspectives d’intervention en Chine et certains milieux politiques nippons soutiennent alors le Kuomintang de Sun Yat-Sen.


30 juillet 1912 : Mort de Mutsu-Hito, l’empereur de l’ère Meiji. Conformément aux usages anciens, le plus glorieux soldat du Japon, le général Nogi, se suicide rituellement pour ne pas survivre à son souverain. Le successeur de Mutsu-Hito est son fils Yoshihito qui est âgé de trente-trois ans. Il inaugure l’ère Taisho, « de la Grande Justice ».


15 août 1914 : Le gouvernement japonais demande à l’Allemagne de retirer tous ses navires de guerre des eaux chinoises et japonaises et d’évacuer sans condition le territoire à bail du Kiao Tchéou qu’elle occupe en Chine, pour qu’il soit « éventuellement » restitué à la Chine. L’Allemagne refusant de répondre, le Japon lui déclare la guerre le 23 août. Le territoire de Kiao Tchéou est investi le 27 septembre et le général Waldeck se rend le 7 novembre. Dès le 10, tout le territoire est occupé et les troupes japonaises défilent dans Tsing Tao. Les archipels allemands des Marshall et des Carolines sont occupés avant la fin de l’année 1914. Pour le Japon, la guerre est de fait terminée.


18 janvier 1915 : « 21 Demandes » sont présentées par les Japonais à Yuan Che Kaï qui gouverne la Chine du Nord. Elles visent à transformer la Chine en un quasi protectorat japonais. Elles sont transformées en ultimatum le 7 mai et deux traités conclus le 25 satisfont la plupart des revendications nippones mais, le 11 mai, le secrétaire d’État américain Bryan désavoue toute modification imposée des traités antérieurs.


3 juillet 1916 : Accord russo-japonais dont les clauses secrètes prévoient une alliance défensive contre toute puissance qui voudrait intervenir en Chine. Dans la guerre civile qui oppose la Chine républicaine du sud au régime de Yuan Che Kaï, les Japonais soutiennent maintenant le gouvernement nordiste avec lequel un accord militaire contre toute intrusion étrangère en Chine est conclu le 16 mai 1918. L’octroi de crédits au gouvernement du « régent » Yuan Che Kaï permet par ailleurs une prise de contrôle grandissante de l’économie chinoise.


La révolution russe, l’entrée en guerre américaine et celle de la Chine aux côtés de l’Entente sont venues bouleverser en 1917 les plans des dirigeants nippons. En novembre 1917, le secrétaire d’État américain Lansing accepte de reconnaître que le Japon a des « intérêts spéciaux » en Chine.


12 janvier 1918 : Alors que la Russie plonge dans la guerre civile, deux navires de guerre japonais viennent mouiller à Vladivostok pour y protéger les stocks alliés destinés initialement aux armées tsaristes. Le 5 avril, les Japonais débarquent des troupes. Celles-ci se montent à trois divisions et 70 000 hommes en août 1918, à la grande inquiétude des Américains. Des unités japonaises pénètrent profondément en Sibérie jusqu’au-delà du lac Baïkal.


Janvier 1919 : Ouverture à Paris de la Conférence de la Paix. Le Japon y apparaît comme l’une des grandes puissances victorieuses et participe initialement au « groupe des Dix » avec la France, la Grande Bretagne, l’Italie et les USA – chacun de ces pays est représenté par le chef du gouvernement et le ministre des Affaires étrangères. Son peu d’intérêt pour les questions européennes fait que le représentant japonais ne participera pas au « Groupe des Quatre » réunissant ensuite Clemenceau, Lloyd George, Orlando et Wilson. La question des archipels allemands du Pacifique fut aisément réglée dans la mesure où tous ceux qui se trouvaient au nord de l’Équateur furent donnés au Japon qui les avait déjà occupés. Les Japonais ne purent en revanche faire admettre le principe de l’égalité raciale dans le Pacte de la Société des Nations. Les difficultés rencontrées par les immigrants japonais aux États-Unis et les inquiétudes de l’Australie et de la Nouvelle Zélande face à l’immigration jaune firent que le principe fut rejeté, bien qu’il ait bénéficié de onze voix sur dix-sept. Jugeant que l’unanimité était nécessaire, Wilson fit rejeter ce projet mais se contenta en revanche d’une simple promesse japonaise de restitution du Chantong à la Chine. La Conférence de la Paix n’aborda pas la question coréenne malgré la révolte qu’avait entraînée à Séoul la mort du souverain déposé en 1907. L’insurrection ne dura que quelques jours en mars-avril 1919, sous la direction de Syngman Rhee, et fut rapidement écrasée. Reconnu comme la principale puissance en Extrême-Orient, le Japon tirait des profits évidents d’une première guerre mondiale qui lui avait coûté un minimum d’efforts et avait au contraire stimulé son économie : progrès de l’industrie du coton et de la soie, doublement de la production de fonte et d’acier, progrès des chantiers navals et de l’industrie chimique, multiplication par trois du volume du commerce extérieur entre 1914 et 1918.


1918 - 1921 : Ministère « parlementaire » de Hara Kei qui sera assassiné par un cheminot nationaliste en gare de Tokyo le 4 novembre 1921. Le ministre des Finances Takahashi lui succède pour six mois.


1919 : Réforme électorale abaissant le cens.


11 novembre 1921 : Ouverture de la conférence de Washington qui doit poser la question de la Chine et de l’Asie orientale ; les Japonais sont toujours présents en Sibérie orientale et considèrent que les 21 demandes présentées à la Chine ne peuvent être remises en cause ; ils craignent aussi que le consortium international de prêts à la Chine lancé par la banque Morgan ne soit l’occasion pour les Américains de s’intéresser de nouveau à la Mandchourie et à la Mongolie. Après de longs débats, la conférence aboutit en février 1922 à la signature de sept traités et de douze résolutions. Le pacte à quatre – USA, Angleterre, France et Japon – pour le Pacifique annulait l’alliance anglo-nippone de 1902 et fixait les intérêts des différents signataires. Un système de désarmement naval était mis en place, qui autorisait le Japon à disposer d’une flotte de guerre égale aux trois-cinquièmes de celles des USA et de la Grande-Bretagne. La notion de « sphère d’influence » en Chine était abandonnée mais les Américains ne peuvent obtenir la reconnaissance du principe de la « porte ouverte ». Le Japon devait rendre l’ancien territoire allemand de Kiao-Tchéou à la Chine qui devait racheter les droits nippons dans les chemins de fer locaux mais le Japon était la seule puissance contrainte d’abandonner une concession en Chine, les autres n’étaient pas remises en cause. Le 10 décembre 1922 le transfert du territoire à la Chine était réalisé. Enfin, en octobre 1922, les Japonais évacuaient la Sibérie orientale tout en se maintenant dans la partie septentrionale de Sakhaline jusqu’en 1925. La conférence de Washington marquait un recul des ambitions japonaises notamment vis-à-vis de la Chine, ce qui correspondait à la politique prudente du ministre des Affaires étrangères, Shidehara Kijuro. À l’inverse, elle semblait augurer d’une plus grande liberté pour la Chine, désormais admise à discuter avec les grandes puissances.


Juin 1922 - septembre 1923 : Gouvernement de l’amiral Katô Tomosaburô.


5 juillet 1922 : Fondation dans la clandestinité du Parti communiste japonais.


1er septembre 1923 : Terrible tremblement de terre de Tokyo et Yokohama, aggravé par un incendie de grande ampleur et par un raz de marée catastrophique. Le pays déplore plus de cent mille victimes. L’amiral Yamamoto est nommé chef du gouvernement. Le vicomte Kiyura lui succède après la tentative d’assassinat, le 27 décembre, du régent Hirohito.


Avril 1924 : Le Congrès américain vote le Johnson Act, une loi hostile à l’immigration japonaise qui interdit la naturalisation des Asiatiques comme Américains, ce qui contribue à développer la xénophobie traditionnelle des Japonais.


Juin 1924 - janvier 1926 : Leader du parti Kenseikai victorieux lors des élections de mai, le vicomte Katô Komei dirige le gouvernement, avec Shidehara aux Affaires étrangères.


12 janvier 1925 : Restauration des relations diplomatiques entre le Japon et la Russie, devenue l’URSS. Par un accord du 21 janvier le Japon restitue le nord de l’île Sakhaline aux Soviétiques.


5 mai 1925 : Vote d’une loi introduisant le suffrage universel mais la Chambre des Pairs la limite. Sont électeurs les hommes âgés de vingt-cinq ans, non indigents et résidant depuis plus d’un an sur le lieu du vote. L’âge d’éligibilité est fixé à trente ans. Dès le lendemain, une autre loi « sur la protection de la paix civile » est votée. Elle punit de prison, voire de dix ans de travaux forcés, les membres d’associations subversives visant à renverser le régime ou à mettre en cause la propriété.


Janvier 1926 - avril 1927 : À la mort du vicomte Katô, c’est Wakatsuki Reijro qui lui succède à la tête du gouvernement. Demeuré aux Affaires étrangères, Shihedara adopte en Chine une attitude modérée, fondée sur la non intervention dans les troubles qui affectent ce pays en même temps que sur une pénétration économique, ce qui lui vaut l’hostilité des nationalistes du parti Seiyukai, dirigé depuis avril 1925 par le général Tanaka.


25 décembre 1926 : Mort de l’empereur Taisho Yoshihito. Avènement d’Hirohito qui inaugure l’ère Showa, de la « Paix rayonnante ». Né en 1901, il a effectué un voyage en Europe à l’âge de vingt ans avant de se retrouver dès 1922 investi de la régence, en raison de la mauvaise santé de son père ; il a ainsi présidé à la formation de cinq ministères.


17 avril 1927 : Démission du ministère Wakatsuki. Sous l’influence des nationalistes et des traditionalistes de son Conseil privé, le nouvel empereur Hirohito choisit les militaires mécontents de la politique étrangère de Shihedara et des restrictions budgétaires affectant l’armée contre les Zeibatsu, les milieux d’affaires favorables à l’expansion commerciale du pays mais méfiants face à l’aventurisme de la caste militaire.


1927 : Ouverture du métro de Tokyo.


2 juin 1928 : Le seigneur de la guerre chinois Tchang Tso Lin, qui était jusque-là en Mandchourie un protégé des Japonais, est tué lors d’un attentat préparé par l’armée japonaise du Kwantoung au moment où les nationalistes du Kuomintang de Tchang Kaï Shek paraissaient en mesure d’en finir avec lui et de récupérer le contrôle de la Mandchourie. Mis en cause dans l’attentat pour n’avoir pas contrôlé les militaires responsables, Tanaka démissionne le 1er juillet 1928. Il est remplacé par le leader du nouveau parti Minseitô créé en 1927, Hamaguchi Osachi, qui reprend Shidehara aux Affaires étrangères, ce qui apparaît comme une défaite des nationalistes.


1928 : Premières élections au suffrage universel. Dissolution de trois formations de gauche et arrestations de leaders communistes.


1929 : Inauguration du premier service aérien destiné à des passagers entre Tokyo et Osaka.


21 janvier 1930 : Conférence sur le désarmement naval à Londres. Le Japon n’obtient pas ce qu’il réclamait initialement mais l’empereur ratifie cependant le traité.


14 novembre 1930 : Un jeune nationaliste tire sur Hamaguchi en gare de Tokyo. Le premier ministre démissionnera le 11 avril 1931 et mourra des suites de l’attentat le 26 août. C’est son adjoint à la tête du Minseitô, Wakatsuki Reijirô, qui lui succède.


18 septembre 1931 : Un sabotage organisé par l’armée du Kwantoung fournit aux militaires japonais le prétexte à une action en Mandchourie.


22 et 30 septembre 1931 : La Société des Nations condamne l’action japonaise en Mandchourie. Les nouvelles demandes de la SDN, formulées les 24 octobre et 1er décembre suivants, n’ont pas davantage d’effets. Au début de 1932, les Japonais contrôlent l’ensemble de la Mandchourie. En janvier 1932, un contingent japonais est débarqué à Shanghai après qu’une consigne de boycott des produits japonais y a été lancée. L’aéronavale nippone bombarde les faubourgs de la ville et c’est une médiation des puissances qui permet d’arrêter les combats au début du mois de mars 1932. Entre temps les Japonais ont installé le 18 février 1932 un État du Mandchoukouo confié à Pu-Yi, le dernier empereur mandchou de Chine, renversé en 1912.


11 décembre 1931 : Après avoir dû affronter trois complots au cours de l’année, le premier ministre Wakatsuki finit par démissionner. Inukai Ki, favorable aux militaires, lui succède. Le ministre des Finances Inoué et celui des Affaires étrangères Shidehara sont exclus du cabinet au sein duquel le général Araki est titulaire du ministère de la Guerre, ce qui a de quoi satisfaire les nationalistes.


9 février 1932 : Assassinat de l’ancien ministre des Finances Inoué. Cet attentat est suivi de nombreux autres visant les hommes proches des Zeibatsu. Le 15 mai 1932, c’est le premier ministre Inukaï qui est assassiné à son tour. Ce meurtre signifie la ruine des derniers espoirs d’une évolution libérale. Les factions les plus radicales de l’armée vont désormais imposer leurs choix politiques et entraîner le Japon dans une politique expansionniste et belliciste qui le conduira à sa ruine.

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