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Voyage aux confins de l'Europe, le Portugal
Manuel Pinto

Diplômé d'histoire et d'histoire de l'art, accompagne des circuits Clio depuis 1997.

Le Portugal n'a pas, auprès de nos contemporains, la place qui lui revient dans les domaines artistique et culturel. Pourtant on peut dire que, par sa civilisation, il est l'un des grands pays d'Europe. La longue présence humaine a inscrit dans le sol et les pierres un art raffiné qui irrigue toutes les villes et tous les villages du pays..

Si l'on s'en tient à la classification de l'Unesco sur la notion de patrimoine mondial de l'humanité, ce petit pays qui couvre seulement 88 000 kilomètres carrés (pour le continent) obtient cinq sites classés, soit, si cela a un sens, une densité plus forte que l'Espagne et même que la France. Néanmoins, les richesses culturelles et artistiques de ce pays ne se limitent pas à ces sites exceptionnels. Leur énumération est d'une incroyable diversité et scande toutes les grandes périodes historiques européennes.

Un site paléolithique exceptionnel

Les premières traces artistiques remontent au paléolithique, avec la mise au jour en 1992 du site de Foz Côa, c'est-à-dire du plus grand site européen de gravures rupestres à ciel ouvert. C'est le projet d'un barrage sur cet affluent du Douro qui a permis, par assèchement de son cours, la découverte de ces gravures vieilles de 20 000, voire 25 000 ans. D'abord hostiles à l'arrêt du barrage, les habitants sont désormais conscients de l'intérêt extraordinaire d'un tel patrimoine. D'une façon générale, c'est plutôt au sud du Portugal que l'on recense les vestiges préhistoriques, surtout dans l'Alentejo, aux environs d'Evora : on peut y admirer des peintures rupestres à Escoural et un important cromlech de 92 menhirs à Almendres, le tout au cœur d'une région vallonnée, aride, où se déploient les vastes étendues de chênes-lièges si caractéristiques de cette région.

Comme le reste de l'Europe, le Portugal est né de vagues successives d'invasions. La présence la plus ancienne est celle des Ibères. À ce peuple venu d'Afrique du Nord viennent se mêler les Celtes au premier millénaire avant notre ère, pour donner naissance aux Celtibères plus connus sous le nom latin de Lusitaniens. Dans le nord du Portugal, à proximité de Braga, dans la citania de Briteiros, se trouve un village lusitanien datant de l'âge de fer, probablement construit entre le VIIIe et le Ve siècle avant J.-C. Là, à l'abri d'une triple enceinte, on découvre 150 huttes circulaires ou elliptiques, dont deux ont été reconstituées.

Des Phéniciens aux Romains

Le premier millénaire avant J.-C. a vu aussi l'installation sporadique des Phéniciens venus après Ulysse s'installer à Lisbonne. Les Grecs également ont laissé des souvenirs, même si le passage des colonnes d'Hercule semble parfois douteux.

Le Portugal entre réellement dans une trame historique continue avec l'arrivée des Romains au IIe siècle avant J.-C. Malgré l'hostilité forte des autochtones et de leur chef Viriathe, ils parviennent à s'installer entre 147 et 139 avant J.-C.

La présence romaine au Portugal offre de beaux restes aux amateurs d'antiquités romaines. Deux grands moments forts : au sud, le temple de Diane à Evora, construit à la fin du IIe siècle avant J.-C., et dont le style n'est pas sans rappeler la Maison carrée de Nîmes. Les fûts des colonnes en granit, la base et les chapiteaux en marbre d'Estremoz, ainsi que la transformation du temple en forteresse au Moyen Âge expliquent qu'une partie de la colonnade nous soit parvenue intacte. Au centre du Portugal, à Conimbriga : les plus belles ruines de cité romaine de toute la péninsule Ibérique.

Tous les éléments d'une cité romaine

La cité s'est épanouie surtout à la fin du Ier siècle après J.-C. On y retrouve tous les éléments constitutifs et stéréotypés d'une ville romaine : un forum avec un temple pour le culte impérial, un amphithéâtre, trois établissements de thermes, plusieurs quartiers d'insulae, un quartier commercial, de riches et vastes villas aux mosaïques polychromes parfaitement conservées, comme celles de la maison dite aux jets d'eau, ou de Cantaber, tout ceci dans un cadre auquel les cyprès donnent une allure de campagne romaine.

Réduite de moitié par une muraille élevée au IIIe siècle après J.-C., la ville sombre face aux Suèves qui incendient tout en 468. En effet, depuis le début du Ve siècle après J.-C., les Germains font une entrée en force dans l'Empire romain d'Occident. Les Suèves s'installent en 419 dans le nord du Portugal, avec pour capitale Braga, et leur royaume s'étend de la Galice jusqu'au sud de Coïmbra. Le royaume suève ne se maintient que 150 ans, puis disparaît sous les assauts des Wisigoths en 585.

De la période wisogothique demeure l'église Sao Frutuoso érigée entre 650 et 665. On s'accorde à y lire l'influence de Byzance sur la civilisation wisigothique, car le plan est en croix grecque et les chapiteaux, corinthiens.

À partir de 711, les Arabes et Berbères islamisés font irruption dans la péninsule et culbutent le royaume wisigoth. Leur présence au Portugal dure cinq siècles, et l'apport est important sur le peuplement et la langue qui compte environ 500 mots d'origine arabe. C'est à Lisbonne que l'esprit maure s'avère le plus visible, au château Saint-Georges, ancienne forteresse musulmane, et dans le quartier de l'Alfama : entrelacs de ruelles, d'escaliers pentus, d'impasses, il donne à cette partie de la ville un aspect de médina non dénué de charme.

Naissance et affirmation du Portugal

Face aux musulmans, la résistance chrétienne a trouvé refuge dans les montagnes des Asturies. Dès le IXe siècle, les chrétiens de la péninsule amorcent le lent mouvement de la Reconquista vers le sud. En 868, Braga et Porto, au nord de ce qui n'est pas encore le Portugal, sont reprises définitivement à l'islam, mais l'Algarve ne sera portugais qu'en 1249.

Au IXe siècle, le nord du Portugal est un comté dépendant de la couronne de Leon et, au Xe siècle, il devient le contado portucalense, du nom de la principale ville sur l'estuaire du Douro (Porto). Au XIe siècle, Alphonse VI de Castille, dans sa lutte contre les Maures, fait appel aux princes francs, notamment à la branche bourguignonne des Capétiens. Il donne le comté portucalense à Henri de Bourgogne. Son fils Afonso Henriques transforme ce fief en royaume et prend le titre de roi en 1140. Le royaume est reconnu en 1179 par le pape Alexandre III. Le Portugal est donc une création féodale et militaire du XIIe siècle.

domus municipalis de Bragança, dans la rude province du Tras-os-Montes : pentagone de granit, elle témoigne de l'affirmation des institutions communales médiévales.

Le développement de l'art gothique est lié à celui des ordres religieux contemplatifs, mais aussi mendiants, qui ont connu un vif essor et qui au Portugal trouvent une personnalité hors du commun avec le franciscain saint Antoine, qui, pour l'anecdote, est « de Lisbonne » avant d'être « de Padoue ».

Au milieu du XIIIe siècle est consacrée Santa Maria de Alcobaça. Cette église cistercienne est un chef-d'œuvre de l'art religieux au Portugal. La nef, la plus grande du pays, longue de 106 mètres, large de 23, haute de 20, explose par sa nudité et sa verticalité. Avec l'ensemble des bâtiments le monastère forme un complexe architectural unique, justement considéré comme patrimoine mondial de l'humanité.

Un chef-d'œuvre du gothique flamboyant

Le gothique portugais atteint son deuxième temps fort avec l'église dominicaine de Batalha qui, comme son nom l'indique, est votive et rappelle la victoire inespérée contre la Castille en 1385 à Aljubarrota. L'église, haute de 32 mètres, est d'une extrême sobriété. Les voûtes d'ogives forment une arête continue, et on peut y lire l'influence du gothique anglais. La chapelle du fondateur où repose Henri le Navigateur, octogonale et à la coupole étoilée, est un chef-d'œuvre du gothique flamboyant. Avec le cloître royal gothique et manuélin, la salle du chapitre où reposent les deux soldats inconnus portugais, avec les chapelles inachevées à ciel ouvert, le couvent – un des plus beaux de la péninsule – est également le monument national des Portugais. Le gothique s'épanouit aussi dans les palais, que ce soit à Guimaraes avec celui des Bragance ou à Sintra avec le palais royal. Au niveau pictural, le XVe siècle voit l'essor des « primitifs portugais » chez qui se manifeste l'influence italienne mais surtout flamande, avec cette œuvre majeure, conservée au musée d'Art ancien de Lisbonne, qu'est le polyptyque dit de Sao Vicente da Fora, de Nuno Gonçalves. L'œuvre fournit un témoignage essentiel sur la cour et la société portugaises sous Jean Ier (1385-1433), au moment où le Portugal entre dans l'ère des grandes découvertes.

Du style manuélin au baroque

Sous l'impulsion de l'infant Henri le Navigateur, les Portugais se jettent à la mer. À partir de 1415 et la prise de Ceuta au Maroc, le Portugal entre dans le Siècle d'or de sa civilisation. Contournant l'Afrique en 1487 avec Dias, les Portugais atteignent l'Inde en 1498 avec Vasco de Gama. Leurs ambitions sont sans borne et, depuis 1494 et le traité de Tordesillas, ils se sont attribué un hémisphère de la planète. Grâce aux richesses qui affluent se développe sous Manuel Ier (1495-1521) le style manuélin, qui puise son génie dans les motifs marins et la fascination de l'Afrique et de l'Inde : cordages, algues, sphères armillaires, spirales, croix du Christ jaillissent de partout. Ce style exotique est éblouissant à Lisbonne, à l'église et au cloître des Hiéronymites, ainsi qu'à la tour de Belém ou encore à Tomar, au couvent du Christ, à la fenêtre délirante. Ce Siècle d'or se clôt au début du XVIIe siècle avec l'union personnelle de l'Espagne et du Portugal (1580-1640). Cependant, grâce au Brésil et à son or, le Portugal connaît un renouveau et se couvre d'édifices baroques, notamment au XVIIIe siècle. Près de Braga, c'est l'escalier monumental de Bom Jesus do Monte ; à Porto, la tour dos Clérigos ; à Mafra, près de Lisbonne, le plus grand palais-monastère de la péninsule où la basilique de marbre a de faux airs de Saint-Pierre de Rome. La richesse du baroque portugais s'exprime surtout dans la talha dorada, la sculpture sur bois, recouverte d'or du Brésil. Elle envahit les maîtres-autels et même tout le chœur, comme à Porto dans l'église Sao Francisco. Le baroque trouve à s'exprimer également ailleurs que dans l'art sacré.

À Coïmbra, l'université reçoit sous Jean V (1706-1750) une bibliothèque aux plafonds peints et à la décoration de bois exotiques, d'or et de marbre. Les souverains ne s'oublient pas non plus, en réalisant à Quéluz près de Lisbonne un palais rocaille inspiré de Versailles, mais aux dimensions plus humaines. Le XVIIIe siècle voit s'épanouir également l'art de l'azulejo. Cette céramique peinte envahit les églises où elle joue le rôle de peintures et de tapisseries. C'est l'or du Brésil, enfin, qui permet au marquis de Pombal de reconstruire Lisbonne après le tremblement de terre de 1755, selon un plan orthogonal où se dessine l'esprit des lumières.

Les difficultés du XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, le Portugal subit à son tour les appétits napoléoniens. En 1807, il est envahi, et la cour ne trouve d'autre refuge que l'exil vers le Brésil. Le Portugal échappe alors peu à peu au souverain pour devenir comme une colonie anglaise. En 1820, la révolution libérale conduit au retour de Jean VI qui doit accepter la première Constitution du Portugal en 1822. Cette année-là, le Portugal perd le Brésil et son or. Le XIXe siècle marque surtout l'entrée du Portugal dans les guerres civiles entre libéraux et tenants de la monarchie absolue. Elles aboutissent au déclin du pays qui perd définitivement son statut de grande puissance. Cette faiblesse de la monarchie favorise l'essor du sentiment républicain qui mène à l'assassinat du roi en 1908, puis à l'instauration de la république en 1910. Dans le domaine de l'architecture, le Portugal est touché au XIXe siècle par une vague romantique, néomanuéline et néoclassique. À Sintra est édifié le château de Pena qui répond à la sensibilité romantique du souverain. Il a pour cadre la magnifique sierra volcanique où Lord Byron voyait un glorius Eden. La confusion des styles y est extrême, mais l'ensemble ne manque pas pour autant d'une réelle valeur esthétique. Le style néomanuélin trouve à s'exprimer dans le palais royal de Buçaco et, à Porto, la façade néoclassique de la Bourse cache une élégante salle, pastiche de celles de l'Alhambra de Grenade.

Le XXe siècle est, pour le Portugal, celui d'une très longue dictature, instaurée en 1926 et qui ne s'effondre qu'en 1974 avec la révolution des œillets. Depuis, le Portugal a fait de gigantesques efforts pour mettre sa jeune démocratie sur les rails et rattraper son retard économique. Entré en 1986 dans la CEE, il est le bon élève de l'Europe, et tout laisse penser qu'il entrera dans l'union économique et monétaire.

Manuel Pinto
Mars 1997
 
Bibliographie
L'Art en Espagne et au Portugal L'Art en Espagne et au Portugal
Sous la direction de Jean-Louis Augé
Citadelles et Mazenod, Paris, 2000

Histoire du Portugal Histoire du Portugal
Robert Durand
Nations D'Europe
Hatier, Paris, 1983

Le Portugal musulman, VIIIe-XIIIe siècle. L'Occident d'al-Andalus sous domination islamique Le Portugal musulman, VIIIe-XIIIe siècle. L'Occident d'al-Andalus sous domination islamique
Christophe Picard
L'Occident d'al-Andalus sous domination islamique
Maisonneuve & Larose, Paris, 2000

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