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Van Dyck à Anvers
Marie-Annick Sékaly
Directrice du service culturel de Clio

Né en 1599 à Anvers, Van Dyck reçut très tôt en partage le génie, la richesse et la gloire. À l'instar de Rubens, il mena sa vie à grandes guides à travers l'Europe, entre Anvers, Gênes et Londres, auprès des commanditaires les plus prestigieux de son temps. Son œuvre immense est dominée par un ensemble de portraits dont l'attrait et la variété sont inépuisables.

Dès dix ans, Van Dyck entre en apprentissage dans l'atelier de Van Balen et fait preuve de dons exceptionnels. À quinze ans, il manifeste son talent particulier en peignant l'un des serviteurs de l'atelier sous les traits de L'Apôtre Pierre se repentant. Le portrait est ressemblant : on connaît en effet les traits du modèle, Abraham Grapheus, qui a aussi inspiré Jordaens. Pourtant il est transfiguré par le génie psychologique de Van Dyck qui sait donner au visage de cet homme une expression sublime. À vingt ans, il est auprès de Rubens dont il devient, comme Jan Brueghel de Velours, le compagnon bien plus que l'élève. Il peint les apôtres de la grande commande qu'a reçue Rubens pour l'église du Jésus d'Anvers et fait le portrait des hommes remarquables de ces temps troublés où les Pays-Bas sortent exsangues des guerres de religion. Il peint l'intelligence du peintre Peter Snyders, la détermination et l'ouverture d'esprit de l'homme politique Nicolas Rockox et portraiture avec affection Peter Bruegel le Jeune. Il réalise une copie du tableau de Rubens Saint Ambroise refusant l'entrée de la cathédrale de Milan à l'empereur Théodose en remplaçant les visages anonymes par ceux des familiers des deux artistes. Rubens aime tant le tableau qu'il le garde jusqu'à sa mort dans sa collection personnelle.

À la cour d'Angleterre

Jacques Ier d'Angleterre voit en lui le peintre dont il a besoin pour magnifier une monarchie qu'il cherche à rendre absolue. Nul ne sait comment Van Dyck vit cette période où il se trouve mêlé à une époque difficile de l'histoire de l'Angleterre. À quoi pense-t-il en peignant, à demi-nus, le favori de Jacques Ier et son amie pour le portrait de Georges de Villiers et Lady Katherine Manners en Adonis et Vénus ? Est-il conscient de la provocation que représente ce tableau pour le parti puritain et le Parlement qui considèrent le futur duc de Buckingham comme l'âme damnée du souverain, symbole de la mollesse et de l'impéritie politique de la cour ? Quoi qu'il en soit, il obtient une permission de voyager en Italie pendant huit mois, qui l'amène en fait à quitter l'Angleterre pendant plus de dix ans.

Parenthèses italienne et anversoise

Il visite la Sicile, Rome, Florence et Venise et puise chez Titien, Raphaël et le Corrège un goût de la grâce et de la douceur élégante qui contrebalancera par la suite la manière libre et tranchante de ses années de jeunesse. C'est à Gênes qu'il passe le plus clair de son temps. Installé dans la maison et le cercle chaleureux d'un ami anversois, il devient le portraitiste adulé des grandes familles de la ville. Des tableaux brillants, où enfants espiègles et vieux sénateurs sont représentés avec cette géniale ambiguïté qui combine réalisme et idéalisation, ne sont qu'un prélude à la floraison de chefs-d'œuvre que Van Dyck réalisera dans les dix dernières années de sa vie. Après son voyage en Italie, il reste quatre ans encore à Anvers, où il est nommé peintre de la cour de Bruxelles. Il y poursuit son projet de L'iconographie, recueil de portraits gravés des artistes, savants et mécènes qui font la vie intellectuelle d'alors.

Peintre de Leurs Majestés

Van Dyck regagne l'Angleterre en 1634. Charles Ier a succédé à son père et poursuit sa lutte contre le Parlement. Atteignant le sommet de son art, Van Dyck donne au roi, dans de fameux portraits, la majesté guerrière, noble et élégante à laquelle celui-ci aspire en vain dans la réalité. Il fait de son épouse Henriette de France une beauté altière et gracieuse où les contemporains sont surpris de reconnaître cependant le laideron amer dont ils subissent la politique impopulaire. Le contraste est étonnant entre l'image de grandeur, de sérénité et de légèreté raffinée que donne de l'Angleterre l'ensemble de l'œuvre de Van Dyck – avec les merveilleux portraits des enfants de Charles Ier et les charmants paysages naturalistes à l'aquarelle – et le climat délétère qui règne alors dans ce pays. En 1641, il est à Londres, malade. Rubens est mort l'année passée et Van Dyck s'est vu préférer Poussin pour le décor de la grande galerie du Louvre. Il a le projet de quitter l'Angleterre avec son épouse, mais la mort le prend. Ses funérailles dans la cathédrale Saint-Paul sont le dernier événement mondain de la cour d'Angleterre avant que la guerre civile n'éclate, s'achevant par la décapitation de Charles Ier. Rien dans ses derniers tableaux ne laisse deviner cette accumulation de tensions, ces malheurs annoncés : Van Dyck peint jusqu'au bout avec grâce et panache, en grand seigneur, comme il a vécu et s'est représenté lui-même pour l'éternité.

Marie-Annick Sékaly
Janvier 1999
 
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