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Le Potala
Palais, forteresse et monastère...
Palais, temple, ville, forteresse ou... montagne ?

Dominant la vallée de la rivière Lhassa, au sommet de la colline Mar-po-ri, le Potala, image emblématique du Tibet, ne semble pas construit de main d'homme, mais comme enfanté par la montagne avec laquelle il fait corps. Un immense perré de pierre blanche qui, flanqué de murailles en gradins, monte à l'assaut du ciel, conduit le regard vers les dominos de croisées du palais Blanc d'où semble surgir, comme d'une corolle, le fruit sombre du palais Rouge, rehaussé de l'éclat de sa toiture dorée.
Treize étages, une surface de plus de 200 000 mètres carrés, plus de mille pièces, le palais du Potala est celui de tous les superlatifs. Peut-être doit-il son nom à celui du Potala, montagne mythique de l'Inde, résidence d'Avalokiteshvara, le boddhisttva aux mille bras de la compassion universelle dont le dalaï-lama est considéré comme l'incarnation terrestre. Les autres noms du Potala, palais de la Terre pure ou Royaume céleste ainsi que la présence, dans le palais Rouge, de stupas, de tombeaux, de bibliothèques de sutras, de salles de prières et de séminaires en sus des quartiers d'habitation du palais Blanc, illustrent bien la conjugaison qui caractérisa le Tibet durant des siècles, des pouvoirs temporels et religieux.

Un reflet de l'histoire

L'histoire du Potala est intiment liée à celle de Lhassa et du Tibet. L'essaim de petites principautés montagnardes qui vivaient sur les hauts plateaux, à l'écart des grandes civilisations de l'Inde et de la Chine, fut uni pour la première fois au VIe siècle sous l'autorité du roi Namri Songtsen. Si cette époque vit vraisemblablement la fondation de Lhassa, elle inaugura aussi une politique agressive de conquête qui conduisit même les Tibétains à s'emparer un temps de Chang'an – aujourd'hui Xi'an – la capitale chinoise. Le VIIe siècle fut celui de l'arrivée au Tibet de Padmasambhava qui, confondant par des miracles les prêtres de la religion traditionnelle Bon-Pô, marqua à jamais le pays de l'empreinte du bouddhisme. Le roi Songtsen Gampo décida aussi à ce moment de faire construire, sur les hauteurs de Lhassa, un palais fortifié, le premier Potala. Deux salles – le Chogyal Drubphuk et le Phakpa Lhakhang –, vestiges de ce palais, subsistent toujours au cœur du Potala actuel en constituent le « saint des saints » qui abrite la grande statue d'Avalokiteshvara apportée, dit-on, par la princesse Wen Cheng, donnée en mariage par l'empereur de Chine au roi tibétain.
Durant les siècles suivants, la monarchie tibétaine se désagrégea progressivement tandis que les Yuans de Chine imposaient leur suzeraineté, que croissait la puissance des grands monastères et que s'élaborait la doctrine spécifique du bouddhisme tibétain, la voie du foudre-diamant, le Vajrayana. Cette évolution connut son aboutissement lorsque Tsong-khapa fonda la puissante école des Bonnets jaunes au début du XVe siècle, puis quand, en 1578, le prince mongol Altan donna à son abbé le titre de dalaï-lama : la théocratie tibétaine était née qui allait se maintenir à la tête du pays jusqu'à l'intervention chinoise de 1959.

Une « cité interdite »

En 1645, le dalaï-lama Lobsang Gyatso, le « Grand Cinquième », choisit de faire de Lhassa la capitale du pays et ordonna la construction d'un nouveau palais prestigieux. La construction du palais Blanc s'acheva en 1682, au moment de sa mort, mais le régent Sangyé Gyatso poursuivit les travaux et fit édifier le palais Rouge, centre spirituel de l'édifice. Durant des siècles, l'accès à Lhassa fut strictement interdit aux étrangers, et le mystérieux Potala enflammait les imaginations. Ce ne fut qu'en 1904 que le Britannique Francis Edward Younghusband, à la tête d'une expédition qui n'était pas réellement pacifique, pénétra dans la ville, tandis qu'Alexandra David-Néel l'atteignit en 1924.
Lorsque se déchaînèrent les gardes Rouges de la révolution culturelle chinoise, le Potala bénéficia, contrairement à bien d'autres monastères tibétains, de la protection que lui avait conféré Chou En Lai en décrétant le Potala patrimoine de la nation chinoise, et même si la grande bibliothèque a été transférée en Chine, le Potala n'a subit que peu de dégradations et la tombe du XIIIe dalaï-lama est toujours ornée de ses 40 000 pierres précieuses et de ses 200 000 perles...
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Bibliographie
Histoire du Tibet
Laurent Deshayes
Fayard, Paris, 1997