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Le monastère serbe de Dečani
La plus longue mémoire inscrite dans la pierre
Berceau spirituel de la Serbie, le Kosovo a connu, à la fin du Moyen Age, un développement artistique exceptionnel issu de la rencontre d'influences orientales et latines venues se greffer sur les traditions byzantines et romanes. Classé par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité, le monastère aux mille fresques de Visoki Dečani correspond avec son ensemble architectural et décoratif à l'apogée de l'art médiéval du Kosovo.


Dečani, joyau de la Jérusalem serbe

Situées au sud de la Serbie, les deux grandes plaines du Kosovo et de la Métochie sont encadrées à l'est, à l'ouest et au sud par de rudes chaînes montagneuses les séparant du Monténégro, de l'Albanie et de la Macédoine. A la croisée des chemins entre la mer Noire, la mer Egée et l'Adriatique, le Kosovo était, par nature, voué à subir l'influence de nombreux courants artistiques. Ses sanctuaires, qui constituent l'essentiel du patrimoine médiéval serbe, témoignent de cette cohabitation réussie entre éléments grecs et latins. Le mot Métochie, signifiant en grec « propriété ecclésiastique », a d'ailleurs donné son nom à cette région tant cette terre du Kosovo, parfois appelée la « Jérusalem serbe », est constellée d'innombrables monastères et églises édifiés pour la plupart au Moyen Age.
Avec le monastère de Dečani, l'art médiéval serbe semble atteindre la perfection. Edifiée par le roi de Serbie Etienne Dečanski (1322-1331) pour en faire son mausolée, la sublime cathédrale du Christ-Pantocrator, plus grande église médiévale des Balkans, offre à contempler un sanctuaire unique en son genre.

Rome et Byzance unies à Dečani

Le monastère de Dečani se situe non loin du patriarcat de Peč, au cœur de la Métochie. Dominant des prés fertiles et entourée de coteaux boisés, l'église toute de marbre multicolore, s'élève majestueusement au bord de la Bistrica, au pied du mont Prokletija.
C'est en 1327 que le souverain Etienne Uros III, qui doit son surnom « Decanski » à la fondation de ce monastère, engage la construction de l'immense église du Christ-Pantocrator, confiée au maître architecte franciscain Vitus de Kotor. Ce dernier fait venir nombre d'artisans de la côte orientale de la mer Adriatique, une région déjà parsemée de cathédrales édifiées dans le style du roman tardif, et dont on retrouve l'influence à travers le plan basilical et les vastes proportions retenues à Dečani. Les murs faits de rangées alternées de moellons roses et blancs font aussi écho aux églises de Toscane.

Le plus important sanctuaire médiéval de Serbie

Le roi Etienne Dečanski ne vit pas l'achèvement de sa pieuse fondation : destitué, le souverain fut enfermé à vie dans la forteresse de Zvecan par son fils, Etienne Dusan (1331-1355), premier empereur serbe, qui se chargea de superviser la fin des travaux, au terme de huit années. Roi martyr, Etienne Dečanski et son épouse, Marie Paléologue, firent l'objet d'un fervent culte populaire. Les Serbes se rendront en nombre en pèlerinage au monastère de Dečani, prier son saint fondateur et y vénérer ses précieuses reliques, contenues dans un sarcophage en bois sculpté situé devant l'iconostase. La tragique épopée du souverain fut célébrée des siècles durant par la littérature et les arts serbes, et la dévotion à ce roi, à qui l'on attribue bien des miracles, persiste encore aujourd'hui. On doit au moine peintre Longin, qui passa 20 ans à Dečani au XVIe siècle, une icône d'Etienne Dečanski, véritable chef-d’œuvre mettant en scène la vie de ce saint monarque.

Dečani, le monastère aux mille fresques

Sépulture royale, la monumentale église du Christ-Pantocrator mesure 36 mètres de long pour 29 mètres de large et de haut. Conçue dans l'esprit de l'architecture occidentale, cette basilique de cinq vaisseaux, précédée d'un narthex à trois travées, est coiffée d'une coupole.
En pénétrant dans l'église, le visiteur est saisi par l'immensité de l'espace intérieur, pavé de marbre et rythmé par les imposants mais élégants piliers qui s'élèvent au-dessus de la nef, jusqu'à la coupole sur tambour circulaire à base carrée. On retrouve dans l'architecture et la décoration du sanctuaire l'influence rascienne, école d'architecture – qui fleurira en Serbie à partir de 1170 jusqu'à la fin du XIIIe siècle – étroitement associée à la dynastie serbe des Nemanjić. La lignée de cette illustre famille est d'ailleurs représentée, tel un arbre sacré, sur le mur ouest du sanctuaire, au milieu de centaines d'autres fresques rivalisant de beauté et formant la plus imposante composition picturale de l'art byzantin.
Les mille fresques serbo-byzantines de Dečani offrent en effet un ensemble sans équivalent. Les voûtes, les arcs et les hauts murs de l'édifice accueillent une profusion étourdissante de personnages bibliques et historiques, de scènes sacrées ou profanes parfois monumentales. Ainsi, sous le regard tutélaire du Christ Pantocrator représenté au zénith de la haute coupole de l'église, les fidèles pouvaient retrouver en images la Genèse, les prophètes, l'histoire de l'Eglise et de ses conciles, l'explication des dogmes et de la liturgie, les miracles ou la passion du Christ. Dans sa richesse thématique et sa variété iconographique, la peinture murale de Dečani est une parfaite illustration de « l'encyclopédisme » qui marqua l'art sacré en ce milieu du XIVe siècle.

Un joyau architectural et artistique en péril

En visitant le monastère de Dečani, le visiteur comprend l'origine de l'attachement du peuple serbe à cette « Terre sainte » du Kosovo où il puise ses racines historiques et spirituelles. Les sanctuaires orthodoxes de cette région ont beaucoup souffert après l'éclatement de la Yougoslavie. Face à l'urgence de la situation, le monastère de Visoki Dečani a été inscrit en 2004 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO puis placé sur la liste du patrimoine mondial en péril. En guise de protection symbolique, l'Union européenne a classé en 2012 les monastères orthodoxes serbes du Kosovo, parmi les cinq plus importants lieux saints de Méditerranée. Dès 1975, André Malraux écrivait aux Yougoslaves à propos des menaces qui pesaient déjà sur leur patrimoine artistique et religieux : « Si le Kosovo n’était que le pays de votre histoire, ce ne serait pas l’essentiel, mais il est au cœur de votre culture, et la culture, puisque c’est le bien le plus précieux que l’on possède, n’appartient jamais au passé. »
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