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La cathédrale Saint-Nicolas-des-Marins
Un souffle baroque sur l'âme russe
Dans le quartier pétersbourgeois de la Kolomna, bordé à l’ouest par le canal Krioukov, s’élève, depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle, la cathédrale Saint-Nicolas-des-Marins. Tout de bleu, d’or et de blanc, ce majestueux édifice, logé dans un écrin de verdure, s’offre de loin au regard au bout d’une allée bordée d’arbres, et détache vers le ciel ses lignes ascendantes couronnées par cinq bulbes dorés. Considéré comme l’un des fleurons de l’architecture baroque en Russie, Saint-Nicolas-des-Marins est l’œuvre de Savva Tchevakinski (1712- vers 1775), qui sut tirer les leçons de son maître et devancier – l’architecte d’origine italienne Bartolomeo Rastrelli (1700-1771) – tout en affirmant sa propre originalité créatrice.

A l’exemple de Rastrelli pour la cathédrale Smolny, située non loin de là dans l’un des méandres de la Neva, Tchevakinski adopta un plan centré en croix grecque, des dômes arrondis, et la couleur bleu turquoise si chère à la tzarine Elisabeth Petrovna. Mais si, à Smolny, le jeu des courbes et des creux, l’effet de profondeur marqué par le progressif dédoublement de la façade donnent l’illusion d’un rythme quasi-circulaire, c’est plutôt l’élan vertical qui l’emporte à Saint-Nicolas-des-Marins, caractérisé par ses lignes pures et régulières et ses 68 colonnes corinthiennes. A l’intérieur, sont réparties deux églises, l’une haute, l’autre basse : la première étant dédiée à l’Epiphanie, et la seconde à saint Nicolas de Myre, patron des gens de mer. A travers un somptueux décor d’or et de stucs, d’icônes et de sculptures, la fumée des cierges et de l’encens s’élève ici sans relâche depuis plus de 255 ans, Saint-Nicolas-des-Marins n’ayant jamais été fermée aux fidèles, ni pendant la période communiste, ni même lors du siège nazi de 1941-1944. Par-delà les tumultes de l’Histoire, c’est toute l’âme de la ville, de ce grand port ouvert sur la mer Baltique, que révèle ainsi cet édifice emblématique.


Une église voulue par Pierre Ier, bâtie par Elisabeth et consacrée par Catherine II


Pierre le Grand semble avoir, le premier, envisagé la construction à Saint-Pétersbourg d’une église Saint-Nicolas, après avoir admiré dans la ville d'Astrakhan celle dédiée au saint patron des marins et des voyageurs. Mais, en dépit de la fièvre bâtisseuse qui caractérisa son règne, il fallut attendre l’accession au trône d’Elisabeth pour voir ce projet se réaliser. Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, le site servit de terrain de parade au régiment de la marine impériale avant d’accueillir, en 1743, une première église en bois, réservée aux matelots et gens de mer qui peuplaient le quartier. Par définition fragile, l’édifice se dégrada rapidement en raison de l’humidité ambiante, et, dès le printemps 1752, l’amiral général Mikhail Mikhailovich Golitsyn demanda officiellement la construction d’une cathédrale en pierre dédiée à saint Nicolas, “en souvenir et pour la digne récompense des exploits glorieux de la flotte russe”. La tzarine Elisabeth Petrovna donna immédiatement son consentement et ordonna par décret l’édification du nouveau lieu de culte après en avoir confié la responsabilité à Sevva Tchevakinski.


Issu d’une famille noble mais désargentée, Tchevakinski était né en 1712, près de Torzhok, et avait été envoyé à l’âge de 16 ans à l’Académie de Marine de Saint-Pétersbourg où il s’était rapidement fait remarquer comme l’un des plus brillants élèves de l’architecte de l’Amirauté, Ivan Korobov. Désigné à la mort de ce dernier comme son successeur, il reçut, à ce titre, en 1753, la responsabilité de la nouvelle cathédrale, celle qui allait devenir son chef-d'œuvre. A travers elle, et à la suite de Rastrelli qu’il finit par concurrencer après avoir été son assistant sur d'autres chantiers importants, Tchevakinski porta l’esthétique baroque à son apogée en Russie, si singulière en Europe car nourrie à la fois des influences italiennes et des canons locaux. En même temps, il en offrait là l'ultime expression, car l'achèvement de Saint-Nicolas-des-Marins en 1761 allait aussi coïncider avec l'avènement d'un style radicalement différent – le néoclassicisme – dont l'un des principaux représentants ne serait autre, après son voyage en France, que Vassili Bajenov (1737-1799), celui-là même qui, dans ses jeunes années – de 1756 à 1758 –, avait aidé Tchevakinski pour la réalisation de l'élégant campanile de Saint-Nicolas-des-marins, bâti à l'écart de l'édifice principal, au bord du canal Krioukov. Ainsi, la cathédrale baroque ne correspondait-elle plus au goût nouveau au moment de sa consécration par Catherine la Grande, en 1762. Mais élevée en l'honneur de la marine impériale et de son histoire héroïque, elle se voyait pourtant parée d'un inaltérable prestige, qui allait l'inscrire à jamais dans l'identité même de la ville.


Ors et décors : un réservoir de trésors, à la mémoire des marins russes

Dédiée à saint Nicolas de Myre, l'église inférieure est divisée en trois nefs et constitue le sanctuaire principal de la cathédrale. De part et d'autre s'ordonnent deux chapelles latérales, l'une consacrée, au sud, à saint Jean-Baptiste, l'autre au nord à saint Dimitri de Rostov. Sous la voûte obscure et soutenue par de puissants piliers, la lumière des lampes et des cierges invite au recueillement tandis qu'on entend s'élever prières et litanies, tout près des reliques du saint patron des marins et des voyageurs, lui-même représenté sur une précieuse icône grecque datée du XVIIe siècle. Particulièrement vénérée par les fidèles, elle fait partie des nombreux trésors artistiques de la cathédrale, parmi lesquels on compte aussi, dans l'église supérieure, la magnifique iconostase, sculptée au XVIIIe siècle par S. Kanaev et S. Nikulin et décorée par le peintre Fédot Kolokolnikov. Enchâssées dans un éblouissant décor baroque d'or et de stucs, les scènes religieuses semblent s'animer sous nos yeux, prendre vie au rythme des pilastres, des colonnes torsadées et des guirlandes de fleurs.

Offertes par Catherine II, dix représentations des dix plus belles victoires navales de la Russie, contre les Turcs ou les Suédois, ornent aussi les murs de Saint-Nicolas-des-Marins, ainsi la célèbre bataille de Tchesmé remportée par Orloff en 1770 contre la flotte ottomane. Mais la cathédrale rend aussi hommage aux vaincus et aux disparus : depuis 1907, deux plaques commémoratives font ainsi honneur aux victimes de la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et rappellent la terrible bataille de Tsushima. D'autres tragédies plus récentes, qui firent verser tant de larmes au peuple russe, sont aussi évoquées en ces murs : en 1989, le naufrage du sous-marin Komsomolets et, en 2000, celui du sous-marin Koursk. Lieu de mémoire et incomparable sanctuaire, la cathédrale Saint-Nicolas-des-Marins continue à vivre au rythme de l'Histoire nationale.
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