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A Saint-Pétersbourg
Le palais d'Hiver et l'Ermitage
1905, le dimanche 22 janvier, selon le calendrier julien : le grand-duc Vladimir fait tirer sur la foule rassemblée sur la place du palais d'Hiver, apportant une pétition pour informer le tsar Nicolas II de la misère de son peuple affamé. Des centaines de manifestants y perdirent la vie mais, quelques mois plus tard, le tsar accorda au peuple une constitution garantissant quelques libertés fondamentales et l'élection d'une douma.
1917, le 25 octobre : exaspérés par les atermoiements du gouvernement provisoire de Kerenski qui refusait de mettre un terme à la guerre contre l'Allemagne et face à la misère croissante, dix-mille révolutionnaires bolcheviques, sous l'impulsion de Lénine, appuyés par la garnison de Kronstadt et les marins du croiseur Aurore, s'emparèrent du palais d'Hiver... Dix jours qui ébranlèrent le monde, comme le vit si bien le journaliste américain John Reed, témoin oculaire de ces événements qui marquèrent toute l'histoire du XXe siècle.

Un hymne à la grandeur de la Russie...

Créé ex-nihilo sur les terres peu hospitalières de l'embouchure de la Néva par la volonté de Pierre le Grand pour ouvrir, avec sa nouvelle capitale, « une fenêtre sur l'Europe », Saint-Pétersbourg, fondé en 1703, comptait déjà 40 000 habitants à la mort du tsar en 1725. La maisonnette d'où l'empereur veillait sur les travaux avait fait place à un palais impérial, mais lorsqu'elle accéda au trône suprême, la fille de Pierre, Elisabeth 1ère désira un palais qui ne fît pas piètre figure face à ce Versailles qu'avait tant admiré Pierre le Grand.

Une nouvelle architecture russe venue d'Italie...

En 1716, Pierre le Grand avait, entre autres artistes européens, fait appel au Florentin Bartolomeo Rastrelli, architecte et sculpteur. Elisabeth fit appel à son fils, prénommé également Bartolomeo, pour édifier le nouveau palais impérial, le palais d'Hiver. Imprégné de l'art et de l'architecture française et italienne, Rastrelli « inventa » le style baroque russe, superposant à des lignes néoclassiques, un décor empreint de luxe et d'exubérance. Rastrelli comprit aussi que, sous le ciel si souvent gris de Saint-Pétersbourg, il fallait faire chanter les couleurs et il sut jouer de l'opposition entre les teintes pastel des façades, la blancheur éclatante des colonnes et l'or des chapiteaux et des sculptures. La façade du palais d'Hiver, telle que nous la voyons aujourd'hui, est l'expression parfaite de la volonté de Rastrelli : à la suite de l'incendie qui le ravagea en décembre 1837, celle-ci fut restaurée en parfaite conformité avec ses plans. Malgré les dimensions imposantes du palais d'Hiver, il semble que la Grande Catherine s'y trouvait encore à l'étroit et, pour abriter les innombrables œuvres d'art dont elle avait enrichi sa collection privée, elle lui fit adjoindre les bâtiments du Petit Ermitage, dont la construction fut confiée au Français Jean-Baptiste Vallin de la Mothe qui introduisit en Russie le style néo-palladien. L'Italien Giacomo Quarenghi fut chargé de la réalisation du théâtre de l'Ermitage, d'inspiration purement romaine, puis Youri Felten, élève de Rastrelli, lui adjoignit encore les bâtiments du Vieil Ermitage !
Entre 1820 et 1832, Carlo Rossi, le dernier des grands architectes néo-classiques de Saint-Pétersbourg, paracheva le décor de la place qui borde le palais en la parant d’un arc de triomphe et des bâtiments ministériels qui la ferment en hémicycle. Le tsar Nicolas 1er, qui décida d'ouvrir au public les collections de l'Ermitage, confia enfin à l'architecte bavarois Leo von Klenze, à qui l'on doit aussi la Pinacothèque de Munich, le remaniement d'une partie du palais, pour en faire le Nouvel Ermitage.

Le musée de l'Ermitage

Avec ses 2 kilomètres de façades et ses 1057 pièces, toutes plus somptueuses les unes que les autres, le palais d'Hiver abrite aujourd'hui l'un des plus grands musées du monde. Les collections des tsars, devenues propriété publique en 1917, comportaient une collection exceptionnelle de peintures européenne, du Moyen Age aux impressionnistes en passant par la Renaissance italienne, les primitifs flamands, de Léonard de Vinci à Rembrandt et Monet. Les peintres russes y sont aussi largement représentés et il ne faut pas oublier les trésors archéologiques qui y sont présentés, provenant des régions orientales de l'Empire russe puis soviétique, tels que les merveilleux exemples de l'art des steppes qui forment la collection de « l'or des Scythes ».
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