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Rembrandt
L'apothéose des dernières années
Une gloire précoce

Rembrandt – dit « Van Rijn » du nom du moulin que possédait son père « sur le Rhin » – naquit à Leyde en 1606, à l'aube du Siècle d'or hollandais. Huitième d'une famille de neuf enfants, il fut le seul de ses frères à entamer des études, mais n'avait déjà pour seule vocation que la peinture. Encore adolescent, il entre ainsi en apprentissage, à Leyde d'abord puis à Amsterdam. De retour dans sa ville natale, il ouvre, en 1625, un premier atelier. Dès lors, il n'entend « travailler que sous un seul maître : la nature », et s'exerce à la technique de l'eau-forte dont il va faire, à part égale avec la peinture, l'une des plus puissantes expressions de son génie.

Dans les Provinces-Unies calvinistes, les artistes ne peuvent compter sur de grandes commandes d'Eglise et le Stathouder lui-même ne dispose pas d'une fortune comparable à celle des mécènes princiers. De fait, bourgeois et marchands constituent, à titre personnel ou réunis en guildes, la principale clientèle des peintres, pour laquelle le jeune Rembrandt réalise des scènes d'inspiration biblique et des portraits individuels ou de groupes, dont il renouvelle le genre. L'un d'entre eux, La Leçon d'anatomie du docteur Tulp, lui vaut non seulement la gloire, mais encore son installation définitive à Amsterdam, en 1631. Là, il rencontre Saskia, une jeune orpheline, d'un rang social supérieur au sien, qu'il épouse en 1634 avant d'en faire son principal modèle.

Amoureux et fantasque, Rembrandt goûte avec fougue et sensualité au bonheur de créer. Avec panache et parfois avec véhémence, il relève le défi pictural du baroque – ainsi dans L'Aveuglement de Samson. Il affermit aussi sa maîtrise du portrait, et s'adonne à cœur joie à la richesse ostentatoire des coloris dont, par son traitement inédit du clair-obscur, il rend plus chatoyant encore le rouge, l'or et le vert. Au faîte de sa carrière, il mène un train de vie dispendieux et achète à crédit en 1639 une maison cossue de la Breestraat, où il installe son atelier, forme ses nombreux élèves et accumule toutes sortes d'objets insolites, costumes et bizarreries, en même temps qu'une remarquable collection d'œuvres d'art. Les années de faste et d'insouciance lui sont pourtant comptées. En 1641, Saskia tombe gravement malade après avoir mis au monde Titus, et meurt en 1642, alors que Rembrandt vient d'achever La Compagnie du capitaine Frans Banning Cocq, dite La Ronde de nuit. Cette œuvre est considérée comme l'aboutissement de toutes ses recherches précédentes, mais aussi – par son immense format, inhabituel dans sa production – comme le champ d'investigations nouvelles. Alors que le deuil et la solitude sont entrés dans sa vie, la faillite menace à son tour, mais Rembrandt, fort de son prestige, parvient, pour quelque temps encore, à rassurer ses créanciers.

Le retour sur soi

Les années qui suivent sont celles d'une quête renouvelée. Rembrandt aspire désormais à l'apaisement, et s'engage sur une voie inexplorée, plus intimiste. Déjà, dans ses eaux-fortes, il utilise l'ombre et la lumière à des fins avant tout expressives et non plus descriptives, et laisse pressentir le rôle bientôt dévolu dans sa peinture au clair-obscur. Peu à peu, en effet, ce dernier lui permet de restituer le drame qui se joue, non plus dans sa représentation exclusivement extérieure et théâtrale, mais avant tout dans sa sourde présence, dans sa vibrante intensité.

Après Geertje Dirk, la nourrice de Titus qu'il avait mise dans son lit sans vouloir l'épouser et qui n'hésite pas à lui intenter un procès, c'est la jeune et douce Hendrickje Stoffels qui entre, en 1649, dans sa vie, assumant à la fois les rôles de servante, de maîtresse, de compagne fidèle. Inspiratrice en 1654 de la Bethsabée du Louvre, elle subit la même année l'humiliation de répondre à l'accusation publique de concubinage, mais le peintre refuse cette fois encore de se remarier pour ne pas renoncer à l'usufruit de l'héritage laissé par Saskia.
Peu à peu, la clientèle habituelle de marchands, appauvrie par les nombreux revers que connaît alors la Hollande, déserte son atelier, mais laisse paradoxalement place à des figures plus prestigieuses encore, ainsi le poète et patricien Jan Six, dont il fait le portrait, tandis que, depuis la Sicile, un noble de Messine lui commande la toile connue aujourd'hui sous le nom d'Aristote contemplant un buste d'Homère. En 1656, il peint aussi une seconde Leçon d'anatomie. Mais cette reconnaissance ne lui permet pas pour autant d'échapper à la banqueroute. Acculé, il assiste, entre 1656 et 1658, à la vente forcée de tous ses biens et quitte définitivement, en 1660, sa demeure pour s'installer dans le quartier modeste du Rozengracht. En réponse à cette nouvelle épreuve du destin, il se représente alors dans l'autoportrait de la Frick Collection, souriant et fier, tenant dans sa main gauche une canne à pommeau qui pourrait aussi bien être un sceptre, indice symbolique de son indéfectible pouvoir créateur, seule véritable richesse d'un peintre.

Le « chant du cygne »

Les autoportraits de la dernière période sont d'ailleurs particulièrement révélateurs – tout au long de sa vie, Rembrandt en réalisa près d'une centaine – des ultimes évolutions de son art. La confrontation avec lui-même comme avec le spectateur l'emporte définitivement en effet sur la simple représentation, tandis que la peinture, à la manière déjà des artistes modernes, est envisagée dans sa matérialité même. A côté des glacis délicats, des harmonies colorées, la touche s'épaissit en certains endroits de la toile, les coups de brosse se font plus violents et plus larges, Rembrandt n'hésite pas à gratter, à étaler, à substituer les doigts ou le couteau au pinceau : « Une peinture est achevée – déclare-t-il – lorsque l'artiste a atteint ce qu'il se proposait. »

Ces nouveaux moyens d'expression ne sont pas toujours appréciés de ses contemporains et si Rembrandt reçoit encore d'importantes commandes officielles, l'une d'entre elles, La Conjuration de Claudius Civilis, est refusée en 1662. Lui reproche-t-on son « réalisme rugueux », son « incapacité à restituer l'idéale beauté » ? La même année pourtant, son dernier portrait de groupe, Le Syndic des drapiers, remporte une unanime adhésion. Là encore, Rembrandt innove en faisant participer directement le spectateur à la scène. Au moment où celui-ci pose son regard sur la toile, tous les protagonistes, surpris dans leur conversation, semblent se retourner vers lui : ainsi transfiguré, l'art n'est plus seulement spectacle, mais l'occasion d'une véritable communion.

Rembrandt n'en finit pas de rembourser ses dettes, sans cesser pour autant d'affirmer sa liberté créatrice. Au mois d'octobre, sa chère Hendrickje meurt à son tour, précédant de quelques années dans la tombe Titus, le fils de Saskia. Le voici définitivement seul face à sa peinture, menant une vie sobre et triste, mais produisant dans le silence de son atelier d'incomparables chefs-d'œuvre, ainsi La Fiancée juive, ou encore Le Retour de l'enfant prodigue. Sans doute n'est-ce pas un hasard si, prématurément vieilli, l'âme déchirée de souffrance, il choisit, au seuil de la mort, de représenter la réconciliation et la mansuétude, avant de s'éteindre dans l'indifférence, le 4 octobre 1669.
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