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Le palais baroque de Rundale
Un joyau d'architecture dans les plaines de Lettonie
Somptueuse résidence princière, le château de Rundale s'élève depuis le XVIIIe siècle au-dessus des plaines fertiles de Zemgale, dans le Sud de la Lettonie. Il offre encore de nos jours un contraste saisissant avec la campagne environnante où s'étirent de vastes champs paisibles et uniformes, parsemés de discrètes bâtisses. Comme autrefois, le voyageur s'avance, émerveillé, vers ce domaine chargé d'histoire, et découvre, au-delà de l'étroit chemin d'entrée traversant les écuries en demi-cercle, un palais monumental s'ordonnant autour d'une immense cour d'honneur. De l'autre côté, s'étend un vaste jardin à la française, dont les allées rayonnent jusqu'à se perdre dans la forêt qui marque l'horizon. Inspiré en partie de Versailles, le château de Rundale s'impose ainsi au regard au sein d'une nature parfaitement maîtrisée et magnifiée par l'art.

Un palais symbole de gloire et de puissance

En 1735, le domaine de Rundale et son ancien château sont acquis par Ernst Johann Biron. Ce petit-fils de palefrenier connaît une ascension sociale sans précédent depuis l'accession au trône, en 1730, de son illustre maîtresse, l'impératrice russe Anna Ivanovna. Après l'avoir nommé grand-chambellan, celle-ci lui accorde aussi le titre de comte. Animé par une dévorante ambition, Biron devient encore duc de Courlande en 1737, avec le soutien, cette fois, du roi de Pologne. Les travaux engagés à Rundale sont à la mesure d'un tel triomphe. Dès 1735, en effet, Biron confie la réalisation de sa nouvelle résidence d'été à Rastrelli, architecte d'origine italienne à qui l'on doit aussi le palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg et le palais Catherine à Tsarskoïe Selo.

Digne des plus somptueuses demeures impériales, le château de Rundale est édifié, malgré de multiples contraintes matérielles, en l'espace de quatre ans. Huit feuilles du projet initial sont conservées au musée de l'Albertina à Vienne : comme à Versailles, la chambre du duc est placée exactement au centre du bâtiment principal. Par ailleurs, une tour haute de trois étages, aujourd'hui disparue, surplombe le portail d'entrée. A l'intérieur s'ordonnent, sous le signe d'une élégante retenue, stucs, dorures et peintures, tandis qu'on creuse à l'extérieur un canal et qu'on installe déjà jeux d'eau et parterres brodés. A partir de 1738, certains décors destinés au départ à Rundale sont transférés sur ordre du duc dans son château d’Ielgava, capitale du duché. Ces modifications expliquent encore aujourd'hui l'aspect sobre et dépouillé des façades.

Les vicissitudes de la fortune

Le palais est achevé dès 1740, mais le duc de Courlande n'a pas le temps d'y goûter les plaisirs enchantés auprès de l'excentrique Anna Ivanovna qui meurt la même année, sans laisser d'enfant. Il est alors nommé régent de Russie et semble au faîte de sa gloire. Mais à peine vingt-deux jours plus tard, il est arrêté puis condamné à mort. Sa peine est commuée en exil à vie par la nouvelle régente, mère du tsarévitch Ivan Antonovitch. Il faudra attendre la clémence magnanime de Catherine II en 1763 pour que le duc Ernst Johann puisse revenir sur ses terres et retrouver son domaine de Rundale.

Le retour de Biron marque une période de renouveau pour le château qui, délaissé depuis déjà deux décennies, se trouve alors dans un piteux état. Rastrelli est rappelé dès l'année suivante à Rundale et, confronté à de telles détériorations, choisit le plus souvent de modifier son projet originel plutôt que de refaire à l'identique ce que le temps a emporté. Il est assisté dans cette tâche par un autre architecte de cour, le Suédois Jensen. La tour d'entrée est tellement abîmée qu'on n'hésite pas à la remplacer par un portail sculpté. Quant aux écuries, elles sont, elles aussi, définitivement transformées. Mais c'est surtout dans la décoration intérieure qu'on observe le changement le plus radical avec l'avènement en Courlande du style rococo.

L'Europe des arts rassemblée à Rundale

Les anciens décors ne sont pas seulement abîmés mais semblent aussi surannés tant le goût artistique a changé. Rastrelli fait alors appel au sculpteur berlinois Johann Michael Graff, et à deux peintres italiens installés dans la capitale russe, Francesco Martini et Carlo Zucchi. Ces deux derniers ont déjà participé, sous sa direction, à la décoration du palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg. Tous appartiennent à cette grande famille d'artistes n'hésitant pas à se mettre au service de cours étrangères et à favoriser de fait la diffusion du style baroque puis rococo dans l'Europe entière, comme ici, en Lettonie.

Parmi les 138 pièces du château, la salle d'Or, qui est aussi celle du trône, incarne merveilleusement cette Europe des Arts. Les guirlandes en stucs doré de Graff font écho à celles de la galerie d'Or du château de Charlottenburg à Berlin. Le luxuriant plafond achevé en 1767 par Martini et Zucchi glorifie les vertus du souverain à travers les représentations allégoriques de la Force, de la Sagesse ou encore de la Probité, et rappelle en cela les influences de Versailles.

Si le décor de cette salle d'apparat se caractérise par une vertigineuse profusion de couleurs et de dorures, celui de la salle Blanche, servant de salle de bal, est au contraire tout de discrétion et de délicatesse. Il est aussi de la main de Graff. Incarnant autant la grâce que la légèreté, la couleur blanche encadrait harmonieusement les mouvements des danseurs, femmes et hommes, et mettait aussi en valeur leur parure. Les bas-reliefs représentant la vie villageoise ou encore les quatre saisons suggèrent aussi le mouvement en donnant l'illusion de courir autour de la pièce. Le nid de cigogne figuré au plafond est particulièrement célèbre. Il fut réalisé dans de vraies branches, légèrement recouvertes de plâtre.

De la décadence à la renaissance

En 1795, le duché de Courlande est annexé par la Russie, et le domaine de Rundale est offert par la suite au prince Zoubov, dernier favori de Catherine II. Jusqu'en 1945, son destin se joue au rythme des guerres, entraînant d'inévitables dégâts et des restaurations, souvent modestes, initiées par ses différents propriétaires, privés ou officiels. Mais le palais est particulièrement mis à mal sous le régime soviétique, peu soucieux de sa sauvegarde. Il faut attendre 1972 pour qu'il bénéficie enfin de plusieurs plans de restauration, dont le dernier, encore en cours, doit s'achever en 2014, et lui rendre définitivement son faste d'antan. Tel le phénix qui renaît de ses cendres, le château de Rundale est à nouveau admiré comme l'un des plus riches et des plus beaux trésors du patrimoine letton.
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