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Logée dans la mer intérieure de Seto, à dix milles au large d’Hiroshima, l’île sacrée de Miyajima - appelée ausi Itsukushima - est l’objet d’un culte très ancien. Fascinés par sa beauté, la luxuriance de sa végétation, et la majesté du mont Misen qui, point culminant de la région, s’élève à 530 mètres au-dessus des eaux, les Japonais s’interdirent pourtant pendant longtemps d’y pénétrer, se contentant de la vénérer de loin, avant d’y édifier de véritables temples.

Aujourd’hui encore, on évite, pour préserver sa pureté, d’y naître comme d’y mourir, et le respect de toute vie, végétale ou animale, y est de mise, même si les interdictions d'antan ont été levées à l'eire Meiji. Parmi les sanctuaires qui bordent son rivage, le plus célèbre est le temple shinto dit d’Itsukushima. Considéré dès le XVIIIe siècle, comme l’un des “Trois Lieux les plus beaux du Japon”, classé au patrimoine mondial de l’humanité en 1996, il aurait été construit dès 593, puis rebâti au XIIe siècle, à l’époque Heian.

Harmonieusement intégré à la nature, considérée elle-même comme le temple des temples, il est précédé d’un portique flottant, rouge et sans vantail, qui en figure symboliquement l’entrée. Au gré des marées, la mer recouvre les fondations de ses différents bâtiments, donnant alors l’impression qu’ils ont été délicatement posés sur l’eau miroitante, qu’agitent parfois vents et tempêtes. Au-dehors, des daims évoluent en toute liberté, au sein d’une nature vierge et protégée, où seul le dessin des multiples sentiers témoigne de la main de l’homme. A l’instar de Pierre Loti, à l’aube du XXe siècle, tout voyageur accostant en ces lieux a ainsi le sentiment de pénétrer à l’intérieur d’un “refuge édénique” entretenu par des “rêveurs merveilleux”.


Des origines à l’époque Kamakura

Selon la tradition orale, le sanctuaire d’Itsukushima fut fondé en 593, mais son existence n’est véritablement attestée qu’à partir de 811. Sans doute n’était-il alors qu’un espace délimité par la traditionnelle cordelette de paille sacrée - shimenawa - et décorée de bandelettes de papier blanc, telles qu’on les retrouve aujourd’hui dans tous les lieux saints du shintoïsme, littéralement “la voie des dieux”. Originaire de l’archipel nippon, cette forme très ancienne de religiosité, ritualiste mais sans doctrine, exalte la nature, ressentie comme la preuve tangible de l’harmonie de l’univers. Elle voit aussi derrière toute forme de vie la présence cachée ou révélée d’un esprit, le kami. Omniprésents, les kamis dont on dit qu’ils sont “huit cent myriades”, c’est-à-dire innombrables, sont aussi honorés selon leur importance et les pouvoirs qu’on leur reconnaît. Au centre de ce panthéon se trouve ainsi Ameterasu, la déesse primordiale du soleil, considérée aussi comme l’ancêtre divin de l’empereur, et dont on retrouve l’emblème - le miroir à travers lequel elle aurait pris conscience de sa propre beauté - dans chaque sanctuaire.

Le kami d’Itsukushima ne tarda pas de son côté à faire partie des plus vénérés au Japon, au point de recevoir les hommages réguliers de l’empereur, et de faire dès le IXe siècle l’objet d’un pèlerinage réputé. Sur le plan architectural, nous ne connaissons pas l’aspect ni l’histoire du sanctuaire avant 1168, date à laquelle le prêtre Saeki Kagehiro indique en avoir reconstruit le bâtiment central, pour l’agrandir et le perfectionner. Il fut sans doute aidé alors par le célèbre chef de guerre Taira no Kiyomori qui n’hésitait pas à attribuer ses victoires militaires à sa dévotion sans faille pour le dieu d’Itsukushima. Mais au cours du XIIIe siècle, le sanctuaire d’Itsukushima fut ravagé à deux reprises par les flammes, en 1207 puis en 1223. Il fallut dix-huit années pour le reconstruire dans sa totalité et le parer définitivement en 1241 de l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui, remontant donc, malgré d’importantes restaurations ultérieures, à la période Kamakura. Seul le grand portique vermillon - ou Torii - dont les piliers en bois de camphrier sortent directement des flots, fut totalement reconstruit en 1875.

Un ensemble architectural sans égal au Japon

Le sanctuaire d’Itsukushima est ouvert sur l’eau sacrée, symbole de pureté, et placé sous la protection symbolique de la montagne à laquelle il est adossé. Il ordonne harmonieusement plusieurs bâtiments tous reliés les uns aux autres par une succession de galeries couvertes. Au centre, il fait face au portique flottant situé à cent mètres du rivage et s’étire sur la terre ferme jusqu’à la porte Fumiyomon. Autour s’élèvent trois sanctuaires secondaires, deux à l’ouest, et un à l’est. Dans le sanctuaire principal, un pavillon de purification précède le temple lui-même. Dessiné selon un plan tripartite, il est réservé aux différents rituels d’adoration et d’offrandes, et abrite à son extrémité le Saint-des-Saints. L’ensemble est recouvert de quatre toits légèrement pointus en leur milieu et ourlés sur les côtés mais réunis horizontalement en un seul, accentuant ainsi l’impression de profonde unité dégagé par ce vaste panorama. Vers la mer enfin s’élève une petite plate-forme à ciel ouvert, réservée aux danses sacrées et flanquée de deux pavillons de musique. Non loin de là, une estrade couverte est destinée en revanche aux représentations du théâtre Nô : édifiée il y a plus de quatre siècles, c’est la plus ancienne scène du Japon.

L’île sacrée de Miyajima illustre aussi le syncrétisme naturellement à l’oeuvre depuis des siècles au Japon entre le shintoisme et le bouddhisme importé par des moines coréens. La coexistence, sans encombre, de ces deux grands courants religieux transparaît ainsi à travers la fonction symbolique dévolue aux deux temples bouddhiques de l’île : le Daigan-ji à l’ouest, remontant au IXe siècle, et le Senjôkaku à l’est, offert au XVIe par Toyotomi Hideyoshi, figure majeure de l’unification du pays. Depuis les collines avoisinantes ces deux édifices semblent assurer en effet la protection latérale du sanctuaire shinto d’Itsukushima. Celui-ci demeure dans l'imaginaire nippon un hâvre de paix, à quelques encablures d'Hiroshima, à jamais meurtri en revanche par la guerre et la folie destructrice des hommes.
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Le pays du Soleil-Levant est un monde étrange, mélange subtil d’un passé toujours vivant et d’une fuite éperdue vers l’avenir. Les Japonais, sous l’égide de leurs empereurs, descendants de la déesse solaire ... Découvrir ce voyage
 

 
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