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Le pavillon d'Or de Kyoto
Sous l'égide du phénix
Sous les collines protectrices et ombragées du Nord-Ouest de Kyoto, s’élève l’un des plus célèbres édifices du Japon médiéval : le pavillon d’Or, délicatement posé depuis 1397 au bord d’un lac immobile, dit « du miroir ». Conçu à l’origine pour l’illustre chef de guerre Yoshimitsu, dont il fut la demeure princière, il est l’unique vestige d’un ensemble palatial beaucoup plus vaste, transformé, dès 1419, en un temple de l’école Rinzai, rattachée au bouddhisme zen. A l’écart du monde, et en dépit des conflits, des troubles, des incendies, le pavillon d’Or – dit aussi Kinkakuji – s’offre ainsi au regard depuis plus de six cents ans, dans une nature apaisée et harmonieuse, propice à la méditation. D’une beauté mystérieuse, presque irréelle, cette « légère construction d’une grâce immatérielle » paraît « suspendue comme une nacelle sur les eaux », et son immuable majesté n’en finit pas de fasciner ceux qui l’approchent à l’exemple, en son temps, de l’historien d’art Germain Bazin. Véritable fleuron de l’architecture japonaise, le site est ainsi inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994.

L’arrière-plan historique : une caste guerrière favorable au bouddhisme zen

Indépendamment de la cour impériale, les dernières décennies du XIVe siècle voient l’essor, à Kyoto, de la dynastie militaire des Ashikaga, qui avait succédé, dès 1338, à celle des Hojo, installée auparavant à Kamakura. Ces guerriers aspiraient non seulement à asseoir leur pouvoir politique à travers le bakufu – c’est-à-dire « gouvernement militaire » –, mais aussi à adopter le mode de vie particulièrement raffiné de l’élite aristocratique qu’ils cherchaient à supplanter. Soucieux de se démarquer, notamment sur le plan religieux, ils contribuèrent ainsi au rayonnement du zen, connu au Japon depuis le VIIe siècle, mais longtemps étouffé par les autorités impériales qui désiraient contrôler sans partage le clergé bouddhique.

Dès la fin du XIIe siècle cependant, et à la faveur de la progressive bipartition du pouvoir, le zen du courant Rinzai s’affirme comme école indépendante, imitant les structures religieuses chinoises avec le système des Cinq Montagnes et des Dix Temples. Patronné par les militaires, il ne cesse de se développer au cours du XIIIe siècle tout en s’épurant progressivement. Modèle religieux, à travers lequel s’interfèrent le sacré et le profane, le zen favorise aussi naturellement de nouveaux modes de vie plus raffinés ainsi que des pratiques quotidiennes incitant à la méditation : la consommation de thé, la déclamation de poésies, l’attention portée aux arts, la contemplation des symboles cosmiques au travers, notamment, des jardins. Kamakura, mais aussi Kyoto, deux centres politiques majeurs, deviennent ainsi les principaux creusets de ce courant à la fois culturel et religieux.


A l’origine, une somptueuse retraite pour un shogun d’exception

L’installation définitive du pouvoir militaire à Kyoto est l’œuvre d’un shogun – c’est-à-dire un « chef de guerre » – particulièrement prestigieux : Yoshimitsu (1358-1408), troisième représentant de la dynastie Ashikaga. En 1377, à peine âgé de 20 ans, il fait construire, à proximité du palais impérial, le palais dit « des Fleurs ». Cinq ans plus tard, il fait édifier le plus grand temple jamais bâti alors à Kyoto : le Shokoku-ji, rattaché au bouddhisme zen de l’école Rinzai. Dès 1384 cependant, il cède le pouvoir à son fils et, après avoir pris lui-même l’habit sous le nom de « Rokuon », il choisit de se retirer loin du centre urbain, dans un magnifique paysage du Nord-Ouest de la ville.

Mais la fièvre bâtisseuse ne l’abandonne pas pour autant. Sur ce vaste terrain de plus de trois hectares, trois ensembles architecturaux voient bientôt le jour : le palais du Nord, le palais du Sud et le palais de Sukenmon, auxquels s’ajoutent de nombreuses demeures destinées aux nobles, aux guerriers ou aux dignitaires bouddhiques, ainsi qu’une multitude d’édifices plus prestigieux les uns que les autres : le pavillon dit « des Réunions », réservé aux fêtes et réceptions et abritant aussi les plus belles œuvres d’art ; une pagode à sept niveaux, d’une hauteur de 39 mètres ; la chapelle de la cérémonie du Feu ; le pavillon « pour regarder les nuages » ; le pavillon de la Source ; la tour du Miroir céleste ; la chapelle de la Confession des péchés ; et, enfin, le pavillon des Reliques sacrées, dénommé « le pavillon d’Or ». A l’origine, celui-ci était relié au pavillon des Réunions par une galerie se poursuivant elle-même jusqu’au palais du Nord. C’était donc tout un ensemble d’édifices qui bordait l’étang principal et s’y mirait dans ses eaux immobiles.


Le pavillon d’Or, unique et précieux vestige

La mort du shogun en 1408, puis celle de son épouse en 1419, entraîna la transformation des lieux en un temple zen, dénommé « Rokuon-ji », en référence au nom religieux de Yoshimitsu. Certains des édifices les plus prestigieux furent alors démontés et remontés dans d’autres propriétés. Les autres n’échappèrent pas aux tumultes de l’Histoire et avaient pour la plupart déjà disparu à la fin du XVe siècle. Le pavillon d’Or allait seul désormais traverser l’Histoire, mais non sans encombre, puisqu’en 1950, un moine pyromane, obsédé par la beauté paroxystique du monument, le fit volontairement disparaître sous les flammes. Cet événement inspira à Yukio Mishima l’un de ses plus beaux ouvrages, Le Pavillon d’Or. Lorsqu’il fut publié, en 1956, les Japonais, ébranlés par cet acte sauvage, avait déjà fait reconstruire à l’identique cet incomparable trésor de leur patrimoine architectural.

Divisé en trois niveaux bien distincts, le monument s’élance ainsi toujours au-dessus des eaux. Il doit son nom à la couche d’or qui recouvre tout le pourtour extérieur du second et du troisième étage, tandis qu’à son sommet domine, triomphant, un phénix, tout d’or lui aussi, les ailes déployées vers le ciel. Nettement différenciés les uns des autres, les étages répondent chacun à une fonction propre, à chaque fois associée à une symbolique singulière. Le rez-de-jardin fait ainsi référence aux maisons aristocratiques de l’époque Heian et évoque par là la culture de la noblesse de cour. Le second niveau rappelle, lui, les demeures de samouraï et la dimension guerrière de la dynastie des Ashikaga. L'architecture du troisième étage, enfin, est celle d'un temple zen, caractérisée au centre par une double porte à battants avec, de chaque côté, une fenêtre en forme de lanterne. On y vénérait une triade du Bouddha Amitaba.

L’ensemble offre symboliquement au regard la synthèse harmonieuse d’une culture hétérogène, mêlant références aristocratiques et guerrières, traditions anciennes et aspirations nouvelles du bouddhisme. Le jardin qui entoure le pavillon, avec les collines qui le délimitent, son étang principal, les deux cours d’eau qui l’alimentent, est aussi une invitation à la contemplation. Au milieu du parc, l’île centrale porte l’ancien nom poétique du Japon, Ashihara. Elle est bordée de deux ensembles de pierre symbolisant la triade des Vénérés, image de la paix bouddhique. Ci et là, des roches évoquent le souvenir des clans alliés aux Ashikaga. Le visiteur qui chemine autour de l’étang et du pavillon d’Or pénètre ainsi la sagesse zen tout en revivant une des pages les plus fascinantes de l’histoire du Japon.
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