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Le jardin de pierre du Ryoan-ji à Kyoto
La nature et l’esprit du bouddhisme zen
Le temple Ryoan-ji du « Dragon de la paix » est un sanctuaire qui, installé au nord-ouest de Kyoto, dépend de l’école Myoshin-ji de la branche Rinzai du bouddhisme zen. Il abrite l’un des plus beaux exemples de jardin de pierres (kare-sansui) et fait partie des monuments de l’ancienne capitale impériale nippone admis dans le patrimoine mondial établi par l’UNESCO.

Le jardin japonais, un lieu conçu pour la méditation

Introduit au Japon, en provenance de Chine, dès l’époque de Kamakura (XIIe-XIVe siècle), le bouddhisme ch’an, apparu en Chine au VIe siècle après J.-C., y devient le bouddhisme zen et rencontre dans l’archipel un rapide succès. Il affirme que l’éveil naît de l’introspection, de la méditation et de l’illumination subite. Rejetant le langage et les écritures et affirmant l’indépendance à laquelle le fidèle doit accéder vis-à-vis des mots, la foi nouvelle s’adresse directement au cœur de l’homme et à son intuition, et contribuera, en se mêlant aux croyances traditionnelles, à la formation d’une identité religieuse japonaise tout à fait originale. Elle s’exprime dans les différents arts du XIVe au XVIe siècle, notamment avec des peintres tels que Mincho, Josetsu, Shubun, Sesshu ou Bunseï . Parmi ceux-ci, Sô-ami apparaît comme le maître du paysage et il est aussi considéré comme celui qui a imaginé le jardin du temple de Ryoan-ji.

La pensée zen a fortement influencé le culte que, de longue date, les Japonais vouaient à la nature au sein de laquelle une multitude de lieux numineux étaient censés accueillir les esprits des disparus. Tout autant que les arbres ou les eaux courantes ou dormantes, la tradition nippone honorait la pierre, la mousse, les arbres ou les rochers, ce qui suscite la surprise du voyageur occidental confronté, dans le cas du Ryoan-ji, à un ensemble formé d’un rectangle de sable et de gravier soigneusement ratissé et de quinze rochers savamment disposés selon un ordre mystérieux. Le jardin zen doit exprimer ou suggérer les plus hautes vérités enseignées par les maîtres spirituels japonais et tout y est symbolique. Rober Linssen, auteur d’une brillante synthèse destinée au public occidental, nous explique que « chaque détail a sa signification spirituelle ou psychologique ». Au lieu des fleurs multiples qui charment et distraient l’âme du visiteur « en surface », les rocs et le sable l’aident plutôt à se concentrer en « profondeur ». Il est ainsi significatif que les quinze rochers du jardin de Ryoan-ji ne puissent être vus en même temps, ce qui doit nous convaincre qu’aussi longtemps que nous demeurerons au niveau de la simple analyse intellectuelle, nous resterons déterminés par une vision fragmentaire et fatalement limitée de la réalité.

Pour accéder à une vue d’ensemble, il faut embrasser le jardin d’en haut, dans un regard de nature supérieure qui l’englobe et le domine. Suzuki Daisetsu (1870-1966) qui, avec son Introduction to Zen Buddhism (1934) a révélé à l’Occident cette spiritualité exotique, nous explique comment sable et rochers contribuent à la perception par ceux qui veulent s’y initier « du vide dans la forme et de la forme dans le vide ». Il s‘agit de suggérer, chez les contemplateurs des jardins zen, la perception d’un certain espace intérieur, de telle sorte que, selon Suzuki Daisetsu, « le jardin existe en nous ».

Une histoire tourmentée et incertaine

L’endroit où est installé le temple du Dragon de la Paix appartenait, au XIe siècle, au puissant clan des Fujiwara et un premier sanctuaire, le Daiju-in, y fut édifié à cette époque. Un autre seigneur, Hosokawa Katsumoto, l’acquit en 1450, y construisit sa résidence et y fit édifier le temple Zen de Ryoan-ji. La guerre civile Onin no Ran, qui débuta en 1467 – entre les clans Hosokawa et Yamana à l’occasion de la succession du shogun Ashikaga Yoshimasa – et qui dura pendant dix ans vit la destruction de Kyoto et celle du sanctuaire. Hosakawa Katsumoto mourut en 1473, mais son fils fit reconstruire le temple qui servit ensuite de mausolée pour sept puissants daimyos Hosakawa dont les tombes furent regroupées là avant d’être restaurées au XIXe siècle, sur l’ordre de l’empereur Meiji Mutsu Hito.

L’identité du créateur du jardin et la date à laquelle il fut réalisé demeurent controversées. Certains avancent la seconde moitié du XVe siècle et l’attribuent à la volonté d’Hosakawa Katsumoto, le créateur du temple, entre 1450 et 1473. D’autres retiennent plutôt son fils, Hosokawa Matsumoto, ce qui retarderait l’origine du jardin à 1488. D’autres encore attribuent sa conception au célèbre peintre paysagiste Sô Ami (1455-1525). Esprit universel, maître de la cérémonie du thé et de l’art de l’Ikebana, son intervention serait sensiblement plus tardive, peut-être au début du XVIe siècle. D’autres interprétations reportent au siècle suivant – durant la période d’Edo qui va de 1618 à 1680 – la mise en place du jardin, et le débat reste par ailleurs ouvert entre ceux qui font des moines ses créateurs et d’autres spécialistes qui font intervenir des jardiniers professionnels appelés kawaramono, ce que semblerait confirmer les noms de deux de ces artisans gravés sur l’une des pierres dressées au-dessus du sable.

Espace symbolique et quête de l’illumination

Dans une description remontant à la décennie 1680, il est question de neuf grosses pierres censées figurer une tigresse et ses petits franchissant une rivière, mais les choses ont changé depuis : on compte en effet aujourd’hui quinze pierres. L’incendie qui, survenu en 1779, détruisit les constructions voisines a, sans doute, fourni l’occasion d’un réaménagement, puisque l’érudit Akisato Rito donne en 1799 une présentation correspondant à la réalité actuelle. Selon lui, ce sont des jardiniers spécialisés qui sont à l’origine de l’ensemble, et les moines auraient été chargés, dès l’origine, du simple ratissage quotidien du sable et du gravier. Cet étonnant rectangle de 248 mètres carrés occupé par quinze rochers de différentes dimensions réunis en cinq groupes (un de cinq, deux de trois, deux de deux), entourés de sable blanc et auxquels s’accroche une modeste végétation de mousses, conserve tout son mystère et il est vain de vouloir y reconnaître une tigresse et ses petits ou des montagnes s’élevant vers le ciel, telles que pouvait les figurer Sô Ami dans ses célèbres peintures.
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