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A Nikko, le mausolée de Ieyasu Tokugawa
Aux origines d'une dynastie
Au cœur de son écrin forestier, le Tosho-gu de Nikko étire délicatement ses constructions sous le couvert des cèdres centenaires qui peuplent ses allées. Edifié au XVIIe siècle, le sanctuaire se déploie autour du mausolée de Tokugawa Ieyasu (1542-1616), le fondateur du dernier shogunat de l'histoire du Japon qui devait perdurer jusqu'au milieu du XIXe siècle et la restauration de Meiji qui remit le pouvoir entre les mains de l'empereur. C'est en 1603 que Ieyasu obtint de l'empereur Go-Yozei (1572-1617) la fonction politique suprême de shogun, lui conférant de fait, à lui et à ses héritiers, la réalité d'un pouvoir que les empereurs étaient depuis longtemps incapables d'assumer. La longue période d'instabilité et d'affrontements qui dévastait le pays depuis la fin du XVe siècle prenait donc fin avec l'unification du Japon sous la bannière de Tokugawa Ieyasu qui avait triomphé de ses rivaux lors de la bataille de Sekigahara en 1600. Celui qui n'avait été qu'un chef de guerre parmi d'autres présidait désormais aux destinées du pays avec l'intention d'asseoir son pouvoir sur l'ensemble de l'archipel.

Un sanctuaire pour affirmer la légitimité du shogunat

C'est dans ses dernières volontés que le vieux shogun exprima le souhait de reposer dans les reliefs montagneux de la région du Kantô, non loin de la capitale militaire d'Edo – la future ville de Tokyo. Le site de Nikko, qui abritait des édifices religieux depuis le VIIIe siècle, fut choisi pour accueillir les restes de Tokugawa Ieyasu dont l'intention était de devenir, après sa mort, une divinité protectrice de cette province qui était devenue le nouveau centre du pouvoir shogunal. A sa mort, l'empereur fit donc du premier des Tokugawa le « grand gongen qui illumine l'Orient » (tôshô daigongen), et le nouveau sanctuaire prit le nom de sa jeune divinité : Tosho-gu. Le gongen était une divinité qui avait l'avantage d'offrir un syncrétisme entre le bouddhisme et le shintoïsme, les deux formes religieuses traditionnelles qu'entendait épauler le nouveau pouvoir. Le corps d'Ieyasu fut transféré à Nikko en 1617 sur l'ordre de son fils et successeur, Hidetada Tokugawa (1579-1632). Le Tosho-gu n'était alors qu'un sanctuaire modeste et ce n'est qu'à partir de 1630 que le petit-fils de Ieyasu, Tokugawa Iemitsu (1604-1651), développa et embellit le site de manière à lui donner la physionomie qu'on lui connaît encore aujourd'hui. Autour de l'austère tombeau d'Ieyasu, le troisième shogun et ses vassaux firent ériger un ensemble de bâtiments dédiés au culte du daigongen. Contrastant avec la grande sobriété des temples shintos traditionnels du Japon médiéval, les couleurs vives, le raffinement des innombrables ornements ainsi que la richesse des matériaux caractérisent l'architecture éclatante du Tosho-gu qui lui vaut aujourd'hui son classement à l'Unesco sur les listes du patrimoine mondiale de l'humanité. Iemitsu ne recula en effet devant aucune dépense pour mener ce chantier considérable dont l'importance symbolique justifiait à ses yeux le poids qu'il faisait peser sur les finances du shogunat. C'est que, contrairement à ses prédécesseurs immédiats, le pouvoir politique d'Iemitsu ne reposait pas sur ses victoires militaires passées : en développant le culte de son grand-père divinisé, le nouveau shogun entendait sceller autour du mausolée cette légitimité que ni son passé militaire ni un titre impérial ne pouvait lui conférer. Ainsi, afin d'assurer le maintien de la jeune dynastie à la tête de l’Etat, Iemitsu fit du Tosho-gu le centre d'un pèlerinage officiel qui réunissait les grands feudataires et les dignitaires militaires. Chaque année, le jour anniversaire de la mort d'Ieyasu, les cortèges reliaient Edo et Nikko sous la conduite du shogun qui affirmait ainsi sa prééminence. Le culte d'Ieyasu fut répandu dans l'ensemble de l'archipel et de nombreux autres Tosho-gu furent édifiés sur l'ordre du shogun ou de ses vassaux : c'est par centaines que l'on pouvait les compter, mais seul celui de Nikko exprime avec une telle perfection la quintessence du style architectural et artistique de l'ère d'Edo.

Un fleuron de l'architecture japonaise

Le Tosho-gu de Nikko se compose de plusieurs dizaines de bâtiments reliés par des chemins et des escaliers épousant harmonieusement les courbes du paysage et créant dans des sous-bois apaisants une atmosphère d'équilibre et de religiosité diffuse remarquable. Les éléments shintos et bouddhistes s'enchevêtrent intimement et projettent une image authentique des sanctuaires du Japon médiéval qui associaient généralement les deux spiritualités. Les sculptures de bois finement ciselées et peintes, parfois relevées à la feuille d'or, véhiculent les grands thèmes religieux et philosophiques de l'ère d'Edo et dessinent les contours d'un paysage qui demeure unique au Japon. Comme un pèlerin, c'est en montant les degrés que le visiteur traverse les différents éléments du sanctuaire qui mènent à la tombe du shogun.
Au-delà de l'Ishidori, le torii de granit qui marque l'entrée dans l'espace sacré du Tosho-gu, on fait face au Gojunoto, une élégante pagode de cinq étages élevée ici en 1648 par un grand seigneur de la province de Wasaka. Sans plancher intérieur, une poutre est suspendue par une chaîne à la hauteur du quatrième niveau pour stabiliser l'édifice lorsque les typhons et les séismes sollicitent sa structure, une technique que l'on retrouve dans les gratte-ciel les plus modernes. C'est en franchissant l'Omotemon, la première porte du Tosho-gu, que l'on pénètre dans le cœur du sanctuaire. On découvre peu après le Sanjiko, un ensemble formé de trois entrepôts – le Kamijinko, le Nakajinko et le Shimojinko – dans lesquels les harnais et les costumes utilisés pendant les processions des grands festivals sont soigneusement conservés. La remarquable sculpture des Eléphants imaginaires orne le fronton du Kamijinko : l'artiste n'ayant vraisemblablement jamais vu l'animal qu'il représentait, il dut composer avec sa fantaisie. Le Shinkyusha, qui abrite les chevaux sacrés du sanctuaire, est ceinturé de bas-reliefs dont le point focal est la représentation des Singes de la sagesse attribuée à Hidari Jingoro, sculpteur légendaire de la période d'Edo. Avant de poursuivre l'ascension vers le mausolée, le pèlerin peut se purifier dans l'Omizuya, un bâtiment consacré aux ablutions rituelles construit dès 1618. On est alors libre de franchir le Yomeimon, une merveilleuse porte ornée de centaines de sculptures peintes dont le foisonnement baroque semble inspiré du style chinois. Erigé en 1636, le Yomeimon est l'un des plus précieux chefs-d’œuvre de l'architecture japonaise. Derrière lui, les salles richement décorées du Gohonsha forment le centre rituel du sanctuaire : les salles de culte et de prière sont consacrées à l'esprit de Tokugawa Ieyasu. A droite de ce dernier bâtiment, le nemuri-neko, l'illustre sculpture du chat dormant qui est devenue le véritable emblème du Tosho-gu de Nikko, garde l'escalier qui mène à la tombe de Ieyasu. On dit qu'Hidari Jingoro s'isola du monde plusieurs mois afin d'être en mesure de représenter l'animal à la perfection. Enfin, après une courte ascension, le tombeau d'Ieyasu s'offre au regard, paré de sa grande simplicité et d'un dépouillement qui contraste avec le reste du sanctuaire.

Un sanctuaire vivant

Aujourd'hui, le Tosho-gu de Nikko semble ramener ses visiteurs à l'ère d'Edo lors des cérémonies qui scandent les deux grands festivals du Printemps et de l'Automne. D'impressionnants défilés de samouraïs reproduisent les grandes processions qui ont accompagné les funérailles de Tokugawa Ieyasu. Sous les fleurs du printemps lors du Shunki Reitaisai (Grand Festival de printemps), ou bien sous les ors de la forêt d'automne pendant le Shuki Taisai (Grand Festival d'automne), le Tosho-gu resplendit de cette intemporalité qui caractérise le Japon traditionnel.
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