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Ségeste
Les vestiges grecs d’une cité elyme
Isolé au cœur de la nature à la pointe nord-ouest de la Sicile, sur les flancs du mont Barbaro, le temple de Ségeste apparaît comme une vision, dans son immuable tranquillité. « Il se détache admirablement, avec ses trente-six colonnes doriques, sur l’immense draperie verte qui sert de fond à l’énorme monument, debout, tout seul, dans cette campagne illimitée. […] Il semble avoir été posé au pied de cette montagne par un homme de génie qui avait eu la révélation du point unique où il devait être élevé. Il anime, à lui tout seul, l’immensité du paysage. » Telle est la description que Guy de Maupassant fait du principal vestige de la cité disparue.

La cité des Elymes

Egesta pour les Grecs, Segesta en latin, était la capitale des Elymes, l'un des trois peuples indigènes de Sicile dont l’origine reste mystérieuse. La légende veut qu’elle ait été fondée par Aegestès, roi d’Erice, pour accueillir les réfugiés de Troie. Son histoire se résume essentiellement à l’irréductible conflit qui l’opposa à sa voisine et rivale, la cité grecque de Sélinonte. Ces querelles de voisinage vont involontairement jouer un rôle déterminant dans l’histoire de la Sicile et du monde grec. En 415 avant J.-C., Ségeste est assaillie par Sélinonte, alors soutenue par Syracuse. Après avoir fait appel en vain à Agrigente et à Carthage, les Ségestins promettent à Athènes une forte contribution financière en échange de leur soutien. Prudents, les Athéniens auraient envoyé une ambassade s’assurer de la richesse de la ville. Les familles de Ségeste rassemblèrent alors la plus belle vaisselle et les trésors de la ville, les utilisant à tour de rôle pour éblouir leurs hôtes. Convaincue qu’une victoire en Sicile lui permettrait de s’affirmer face à Sparte, Athènes envoie une très importante expédition armée. Mais sa désastreuse défaite devant Syracuse en 413 sonne le glas de la suprématie athénienne. En 409, Sélinonte attaque de nouveau Ségeste qui se tourne cette fois vers Carthage. Hannibal intervient et détruit Sélinonte. La vie de la cité est désormais liée à l’histoire de la Sicile. Au IVe siècle avant J.-C., elle souffre de la lutte acharnée entre Grecs et Carthaginois. Attaquée par les Carthaginois lors de la première guerre punique, elle est délivrée par les Romains et fera désormais partie de l’Empire. Dévastée par les Vandales de Genséric au Ve siècle puis par les Arabes au IXe siècle, elle est alors abandonnée par ses habitants.

Un temple inachevé ?

Si la cité n’était pas grecque, les deux uniques monuments qui en subsistent témoignent pourtant d’une influence hellénique certaine. L’architecture du temple situé vraisemblablement à l’extérieur de la zone habitée et construit en calcaire local, présente tous les caractères de l’ordre dorique dépouillé du milieu ou de la fin du Ve siècle avant J.-C. Il est périptère, c'est-à-dire entouré de colonnes, six en façades et quatorze de côté. Toute la science de ses architectes apparaît dans son soubassement – ou stylobate – de trois marches, légèrement renflé sur les côtés, comme au Parthénon, pour corriger les illusions d’optique. Pourtant, les blocs de ce même soubassement ont encore leurs tenons de bardage, les colonnes n’ont jamais été cannelées et il n’y a pas de traces du naos, espace liturgique intérieur, ni du toit. Aucun décor, aucune fioriture ne vient animer cette étrange construction, purement linéaire, véritable épure géométrique du temple grec. On en a déduit que l’édifice n’avait jamais été achevé. Mais il est certain que, dans la construction des temples, le naos devait être bâti avant la colonnade, pour ne pas avoir à passer les pierres entre les fûts des colonnes dont l’écart n’a guère plus de deux mètres. Par ailleurs, sans naos, comment les architectes envisageaient-ils de supporter la charpente du toit ? Les historiens favorisent aujourd’hui l’hypothèse d’un simple péristyle destiné à embellir un ancien lieu sacré, et dédié à une divinité indigène dont le culte se déroulait à ciel ouvert.

L'horizon pour spectacle

Au sommet du mont Barbaro qui culmine à 400 mètres, le théâtre en hémicycle de Ségeste est le mieux conservé de toute la Sicile. Construit vers le milieu du IVe siècle av. J.-C., il est séparé verticalement en sept secteurs et mesure 63 mètres de diamètre. Ses gradins taillés directement dans la montagne pouvaient accueillir jusqu'à trois mille spectateurs. A l’origine, le mur de scène était richement orné de pilastres et de colonnes, et l’orchestra était dotée d’un passage souterrain et d’un escalier qui permettaient aux acteurs de surprendre les spectateurs en surgissant dehors à l’improviste. Ces derniers éléments ont aujourd’hui disparu, mais le théâtre offre néanmoins toujours un spectacle grandiose : un vaste panorama sur le golfe de Castellamare, où se trouvait autrefois le port de Ségeste. Contrairement à la plupart des théâtres grecs, il est tourné vers le nord. Mais comme le suggère Maupassant, cette orientation est précisément la preuve que le savoir-faire grec a parfaitement été adopté par les Elymes : « Quand on visite un pays que les Grecs ont habité ou colonisé, il suffit de chercher leurs théâtres pour trouver les plus beaux points de vue. S'ils plaçaient leurs temples juste à l'endroit où ils pouvaient donner le plus d'effet, où ils pouvaient le mieux orner l'horizon, ils plaçaient, au contraire, leurs théâtres juste à l'endroit d'où l'œil pouvait le plus être ému par les perspectives. »
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