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Santa Maria della Salute
La basilique protectrice de Venise
A l'extrémité sud du Grand Canal, peu avant la Douane de mer, la massive et majestueuse basilique de la Salute domine depuis le XVIIe siècle le tissu architectural de la cité de saint Marc. Bâtie au lendemain d'une épidémie de peste, elle fut dessinée selon un plan circulaire, comme était ronde la couronne de la Vierge Marie à qui elle est dédiée. Véritable point de repère dans le paysage urbain, elle impressionne d'emblée le voyageur qui, à l'instar d'Hippolyte Taine en 1866, la « voit s'élever de l'eau comme une riche végétation marine, comme un splendide et étrange corail blanchâtre... avec ses dômes, ses entassements de sculptures, son fronton chargé de statues ».

Comment la peste fit naître un chef-d'œuvre de l'architecture

Autour de 1629 et de 1630, la peste, rapportée sans doute de Mantoue par une mission diplomatique, se propage à Venise. Alessandro Striggio, le librettiste d'opéra à qui l'on doit le texte de l'Orfeo de Monteverdi, fait partie de l'ambassade. Déjà en 1576, le fléau s'était abattu sur la ville et avait entraîné la construction de l'église du Rédempteur, dont la réalisation avait été confiée à Palladio. On choisit cette fois, le 22 octobre 1630, d'implorer la Vierge Marie et de lui consacrer un nouveau sanctuaire, dans l'espoir d'éradiquer un mal qui a déjà emporté près de 50 000 vies humaines. Le vœu ne tarde pas à se réaliser, ce qui précipite les travaux de Sainte-Marie-du-Salut.
« Pour son dessin et sa construction », le Sénat imagine d'abord faire appel à un architecte extérieur car il craint « d'être ici mal pourvu », mais c'est bien dans la ville qu'on lance finalement un concours. Dès le 1er avril 1631, le doge Nicolo Contarini pose la première pierre sans qu'aucun des projets proposés n'ait été encore retenu. Le 13 juin, après d'ultimes délibérations, c'est Baldassare Longhena qui l'emporte. Agé seulement de 32 ans, il est à l'origine d'un édifice totalement nouveau : « J'ai dessiné une église de forme ronde d'invention nouvelle, et pas une semblable n'a été construite à Venise. » Dès lors, il consacre cinquante années de sa vie à ce qui allait devenir son chef-d'œuvre, même si la Salute n'est achevée qu'en 1687, cinq ans après sa mort. Entre-temps, il bâtira de nombreuses autres églises, et aussi deux des plus célèbres palais vénitiens, Ca'Pessaro et Ca'Rezzonico.
Ancien élève de Scammozzi, inspiré lui-même des réalisations de Palladio, Longhena fait preuve ici d'un esprit particulièrement novateur et parvient à renouveler le langage architectural propre à la ville, offrant ainsi une alternative vénitienne aux grandes réalisations baroques à venir dans la Rome du Bernin ou de Borromini. Le lieu retenu pour la construction de la Salute se situait dans le quartier du Dorsoduro, sur la rive élargie du Grand Canal, et Longhena allait exploiter d'une main de maître la qualité du site dont les dimensions laissaient la place pour un immense parvis, prolongé par un imposant escalier de forme polygonale, à partir duquel on pénétrerait dans la basilique. Dans le sol préalablement aplani, on enfonce, pour stabiliser les fondations, près de cent mille pieux de bois.

Entre exubérance et retenue, une création baroque

Bâtie sur un plan octogonal, en pierre blanche d'Istrie, la Salute, s'élève, immaculée, vers le ciel, avec, à son sommet, deux imposants dômes dans lesquels Théophile Gautier voyait « deux coupoles arrondies comme des seins pleins de lait ». Le plus grand au centre est surmonté d'une statue de la Vierge, et le second d'une statue de saint Marc, le patron tutélaire des Vénitiens. De part et d'autre du chevet, deux campaniles contribuent à ordonner l'ensemble, en lui insufflant son rythme définitif. La façade, d'inspiration palladienne, avec ses demi-colonnes soutenues par de grands piédestaux, revêt un aspect particulièrement solennel et se distingue des sept autres pans de la basilique. Sur tout le pourtour du dôme central, dominent les courbes et les creux, avec ces grands contreforts spiralés caractéristiques, surnommés par les Vénitiens les orecchioni, littéralement « les grandes oreilles ». Paul Morand compare ces « volutes déroulées » à « des vagues prêtes à crouler ». Concourant à un effet de profusion générale, elles semblent donner naissance aux cent vingt-cinq statues d'anges et de saints qui ornent l'édifice.
A l'intérieur, le cercle l'emporte à nouveau, mais selon un dessin plus sobre, qui contraste avec ce que l'on observe à l'extérieur. L'absence de transept, les huit énormes piliers soutenant le tambour de la grande coupole et délimitant le déambulatoire, suscitent à la fois une impression de vide et de grandeur. Le sol est en marbre coloré et, par ses motifs géométriques, semble tourbillonner sous les pieds du visiteur. Propice aux grandes cérémonies, cet espace accueille depuis plus de trois cents ans, la procession annuelle de la fête de la Salute. Chaque 21 novembre, les Vénitiens parcourent la ville, armés de cierges, pour commémorer l'intercession de la Vierge lors de la grande peste de 1630. Ils traversent alors le Grand Canal sur un pont flottant éphémère les menant directement de San Marco au Dorsoduro. Messes et offices se succèdent toute la journée, tandis que les habitants, rejoints par les touristes, défilent devant l'icône byzantine du XIIIe siècle, trônant au-dessus du maître-autel. Représentant une magnifique Vierge noire, elle fut rapportée de Crète en 1672 par Francesco Morosini. Elle est encadrée par un groupe de sculptures symbolisant la victoire de la Madone sur l'épidémie, considéré comme le chef-d'œuvre de Josse de Corte, un sculpteur baroque d'origine flamande.

Les trésors artistiques de la Salute

La basilique renferme de nombreux trésors peints et sculptés, répartis entre l'espace central, la sacristie et les six chapelles latérales s'ouvrant sur les côtés de l'octogone. On peut y admirer des sculptures de Bartolomeo Bon, Tullio Lambardo et Gianmaria Morlaiter, mais aussi des œuvres des plus grands peintres italiens. Avec Saint Marc en majesté entouré de saints, David tuant Goliath, ou encore Caïn et Abel, Titien est particulièrement bien représenté. La Présentation de la Vierge au Temple, L'Assomption de la Vierge, et La Naissance de la Vierge sont l'œuvre du Napolitain Luca Giordano. Et c'est encore à la Salute que se trouve l'une des plus belles réalisations du Tintoret, Les Noces de Cana, dans laquelle il s'est lui-même représenté en apôtre.
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IT 56 - 5 jours

Palladio, à qui l’on doit San Giorgio et l’église du Rédempteur, fut appelé à concevoir pour l'aristocratie vénitienne les nombreuses villas qui, inspirées de Vitruve, ont imposé une architecture néoclassique ... Découvrir ce voyage
 

 
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